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Pourquoi l’euro fort pose problème

Créé par le 01 fév 2013 | Dans : Economie

Le Journal du Dimanche du 31/01/13 http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/Decryptage-Pourquoi-l-euro-fort-pose-probleme-589022

DECRYPTAGE – Le niveau de l’euro, désormais au-dessus de 1,35 dollar, inquiète le gouvernement français. La monnaie unique est devenue un risque pour la zone euro, pouvant plomber un peu plus la reprise économique. Explications.

Un euro de plus en plus fort

L’euro faible, approchant la barre des 1,2 dollar en juillet dernier, c’est déjà de l’histoire ancienne. Depuis l’été dernier, la tendance est à la hausse : la devise européenne est passée mercredi au-dessus des 1,35 dollar, un niveau qui n’avait pas été égalé depuis décembre 2011. Bien sûr, la monnaie reste loin des sommets atteints en avril 2011, flirtant avec les 1,5 dollar, et encore plus des 1,6 dollar frôlé en juillet 2008, un record.

L’évolution de l’eurodollar depuis juillet :

Pourquoi l'euro fort pose problème dans Economie dollar_pics_390

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Mais la situation actuelle inquiète. A commencer par le gouvernement français. « L’euro est trop haut par rapport à ce que l’économie européenne, pas seulement française, est en droit d’attendre », a ainsi affirmé mercredi Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif. La semaine dernière, son collègue à l’Economie, Pierre Moscovici, avait lui aussi jugé que le niveau actuel créait « quelques problèmes ». « Un euro à 1,35 est insupportable pour l’économie française », confirme au JDD.fr l’économiste Marc Touati*, président du cabinet de conseil ACDEFI, qui tire la sonnette d’alarme. « Le problème n’est pas l’euro fort, c’est l’euro trop fort », dit-il.

Le paradoxe de la zone euro

Pourquoi une telle agitation, alors même que François Hollande a jugé le mois dernier la crise de la zone euro « derrière nous »? C’est justement là tout le problème. Les investisseurs rassurés, l’euro s’est renforcé, notamment par rapport au dollar américain et au yen japonais. « C’est le paradoxe complet. Comme on a le sentiment d’avoir sauvé la zone euro, la devise s’apprécie. Sauf que plus elle s’apprécie, plus elle va casser la croissance. La crise va donc revenir aussi vite qu’elle est partie! », explique Marc Touati. Qui précise : « Depuis 2008, c’est constamment le même scénario, celui des montagnes russes. » 

Quel impact sur l’économie?

Le niveau de l’euro joue de plusieurs façons sur la croissance des économies européennes, et notamment celle de la France. Le principal levier est celui des exportations. « On est en compétition directe avec d’autres pays. Donc comme le coût des produits augmente, on perd en compétitivité », explique au JDD.fr Céline Antonin, économiste à l’OFCE. « Mécaniquement, il y a un effet négatif à moins exporter. Et parmi les différents moteurs de la croissance – la consommation, l’investissement, le commerce extérieur… – le dernier vecteur qui nous restait était celui des exportations », détaille-t-elle.

Avec leur baisse, la France peut-elle rééquilibrer son commerce extérieur avec les importations? Ce n’est pas aussi simple. « Il y a des effets positifs : cela allège notamment notre facture sur l’énergie, mais les gains sur le pouvoir d’achat seraient marginal », répond Céline Antonin. « L’avantage sur les prix des produits importés est un cadeau empoisonné », dit de son côté Marc Touati. « Quand l’euro est fort, les prix des produits importés sont moins chers, donc le producteur français perd des parts de marché, et de la compétitivité, par rapport au concurrent étranger! », développe-t-il.

Enfin, le spécialiste voit un troisième « vecteur de transition à l’économie » : celui des flux d’investissements. « Investir coûte plus cher, donc l’investisseur étranger y regarde à deux fois. Il sera plus tenté de le faire en dehors de la zone euro », analyse Marc Touati. Selon lui, la sentence est directe : « Dès qu’on dépasse la barre des 1,3 dollar, cela nous enlève un point de  croissance. Si l’euro reste à ce niveau, nous n’avons aucune chance d’avoir une croissance de 0,8% cette année, comme le gouvernement le prévoit. Potentiellement, on va même vers une baisse du PIB en 2013″. Le scénario « catastrophe » pourrait donc avoir lieu, à en croire l’économiste : avec une croissance atone, voire la récession, le chômage augmentera, de même que les déficits publics et la dette. « Il faut d’abord voir si cette situation perdure. Mais je ne crois pas que l’euro puisse repartir à la baisse tout de suite », conclut pour sa part Céline Antonin.

Une gouvernance à la peine

Face à ce scénario qui se répète, les solutions à apporter sont toujours aussi délicates. A elle seule, la France ne peut rien. La réponse devra être apportée par l’ensemble de la zone euro. Mais le problème est le même : les disparités entre les pays membres sont nombreuses, ce qui complique toute recherche de position commune. « L’euro à 1,35 dollar, c’est gérable pour l’Allemagne, qui est plus compétitive. Pas pour nous. Le niveau ‘normal’ de l’eurodollar pour  la France serait plutôt de 1,05″, explique Marc Touati. « Pour résoudre cette situation, il faudrait d’abord que la Banque centrale européenne baisse son taux d’intérêt, de 0,75% à 0,25%, pour s’aligner sur celui de la Fed américaine », affirme l’économiste. « Il lui sera difficile de le faire. Ce n’est pas l’optique de l’Allemagne. Et même si ce taux baisse, il n’apportera pas grand-chose à ce niveau-là », répond de son côté Céline Antonin.

Plus complexe à trouver, un compromis des Etats membres de la zone euro serait une réponse plus adéquate. « Il faut qu’ils se mettent d’accord pour écrire, noir sur blanc, le taux qu’ils souhaitent », pense Marc Touati. Avant de rajouter : « Mais encore une fois, ce n’est pas l’intérêt des Allemands ». « Les Américains utilisent le taux de change dans leur politique monétaire, de même que les Chinois et les Japonais. Il n’y a que les Européens qui ne font rien. Nous sommes les dindons de la farce. La zone euro n’est pas crédible », regrette-t-il. « L’euro reste un problème », conclut Céline Antonin.

Si la tendance se poursuit, il faudra donc une prise de conscience collective. Cela peut passer par la publication des comptes nationaux trimestriels, le 14 février prochain. Si les nouvelles sont mauvaises, ce qui est probable, la confiance des marchés en l’euro pourrait se refroidir. Aux responsables européens ensuite d’effacer leurs divergences.

* Quand la zone euro explosera, Broché, 2012.

Du mythe de la compétitivité à la sortie dans l’euro dans l’euro, par Bruno Moschetto

Créé par le 20 jan 2013 | Dans : Articles de fond, Economie

.seance-dedicace-bruno-maschetto-300x225 dans MRC-PSBruno Moschetto, Maître de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales(HEC) et à l’Université de Paris 1, par ailleurs secrétaire national du MRC aux questions économiques dédicace son livre à l’issue de l’assemblée citoyenne montoise du 12 janvier 2013.

Bruno Moschetto a présenté  une  réflexion approfondie sur  la  compétitivité et la croissance ( premier point de son intervention), l’accélération de la crise de l’euro appellant sa nécessaire et urgente maitrise par les autorités quelles soient politiques, économiques et monétaires (deuxième partie de son intervention reproduite dans sa totalité ci-dessous).

DU MYTHE DE LA COMPETITIVITE (1°) A LA SORTIE DE L’EURO DANS L’EURO (2°)

Tel pourrait être – mes chers camarades – mes chers compagnons – le fil d’Ariane  des réflexions que je souhaiterais développer devant vous. Tout d’abord celles-ci passent par une analyse de la réelle compétitivité à l’irréelle croissance.
Premier point de mon intervention.

DU  MYTHE DE LA COMPETITIVITE

Dans notre environnement européen contemporain  le concept de compétitivité n’est-il pas fondamentalement paradoxal ? La compétitivité qu’est-ce-à dire ? S’agit-il  des ou de la compétitivité ?

Les compétitivités peuvent être sectorielles. Ainsi elles peuvent concerner le secteur agricole, le secteur  automobile, le secteur aéronautique, le secteur hôtelier, le secteur financier. Issues de la productivité c’est-à-dire du rapport entre la production et les moyens mis en œuvre pour l’obtenir, les compétitivités  se mesurent en prix, c’est-à-dire de nos jours en monnaie. Ce grand commensurable selon la formule d’Aristote dans l’Ethique à Nicomaque. Dans un pays déterminé, les taux de compétitivité sectorielles peuvent se compenser et permettre dans les échanges internationaux de bénéficier d’avantages dits comparatifs en fait  compétitifs. Où chacun s’enrichit de ses mutuelles différences. Le fait par exemple que la première de nos grandes  écoles de commerce  caracole en tête depuis plus d’une décennie dans le classement du Financial Times des business schools européennes est un témoignage éclatant d’une compétitivité sectorielle.

Mais la somme des  compétitivités forme un bloc de compétence et elle devient par là globale. Celle là tient compte du prix des produits marchands que ce soient des actifs corporels ou non corporels,  c’est-à-dire le prix des biens et des  services qui dans le combat économique extérieur se réduit au solde de la balance des transactions courantes, alors que seul le déficit de la balance commerciale stigmatise, à tort, les faiblesses compétitives d’une nation.

Mais dans la compétitivité globale,  il y  a aussi celle issue des produits marchands et celle issue des produits non marchands  tels que la protection sociale, les services publics, et plus généralement l’art de vivre. Tout ceci résulte d’un choix démocratique et culturel exercé par chacune des nations. Ainsi, nous déroulons effectivement un tapis rouge à nos amis anglais lorsqu’ils viennent se faire opérer dans les 18 jours de leur arrivée  alors qu’il leur aurait fallu attendre 18 mois dans leur pays avec le risque de passer de vie à trépas !

De nos jours, l’accent est mis dans le couple franco-allemand, sur la seule compétitivité des produits  marchands et qui se traduit par un insolent excédent de la balance commerciale   pour l’Allemagne (150 MD€) et d’un déficit récurrent  pour la France (75 MD€ )La France est ainsi  réputée être à la traine de l’Allemagne . Mais à la réflexion, l’Allemagne ne tire-t-elle pas par cette soi- disant réussite l’ensemble de ses partenaires de l’Europe, dont la France, vers le bas ?
C’est le rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les tendances mondiales de l’emploi en Europe dont les conclusions sont reprises par le Monde du 25 Janvier 2012 – Article qui s’intitule – : « la crise de la zone euro : la faute à Berlin » et qui pose cette impertinente question.

Pour l’OIT les bas salaires outre -Rhin sont une raison majeure de la crise en zone euro « la baisse relative du coût du travail allemand depuis une décennie a mis sous pression la croissance de ses concurrents avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques. En se convertissant à la rigueur dès le milieu des années 90, l’Allemagne a créé au niveau européen les conditions d’un marasme économique prolongé, poursuit le rapport de l’institution onusienne. L’OIT épingle au passage les réformes Schröder qui ont eu  pour effet de réduire les revenus du bas de l’échelle notamment dans les services. Je rappellerai simplement que l’heure de baby sitting se rémunère en Allemagne 4€ contre 8 € en France. Tout ceci correspond à ce que l’on appelle la dévaluation interne qui se fait au détriment du monde du travail.

Nul doute qu’il faut pour l’Europe,  tout sauf de l’austérité, ( Bruno Moschetto –La Tribune – 20 mars 2010)  puisque dans l’équilibre économique ,  les dépenses des uns sont les revenus des autres. La cure de 30 MD€ annoncée par François Hollande  dimanche 9 septembre 2012,  équivaut à 1 ½% de la production intérieure brute (PIB)  et  se traduira immanquablement  par une contraction  mécanique de l’activité,  c’est-à-dire de  la croissance tant désirée et qui le sera encore plus. D’ailleurs Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Economie,  estime que l’Europe court à sa perte en persistant à mener des politiques d’austérité défendues principalement par l’Allemagne, dans une déclaration télévisée faite  le même dimanche, et  rapportée par le Monde du 11 septembre 2012.

Sans compter qu’à l’instar de la Chine –atelier du monde – l’Allemagne est devenue celui de l’Europe :   puisqu’elle achète des produits à bas coût dans son hinterland : les pays de l’Europe de l’Est , les assemble et les vend aux pays de l’Europe de l’Ouest – essentiellement ceux de la zone euro à pouvoir d’achat plus élevé  et où,  selon la formule de Jacques Sapir, les produits made by Germany remplacent ceux made inGermany.

Ces effets déflationnistes  dévastateurs entrainent  dans l’opinion et les médias  la création  d’une chaine de contrevérités . Celle –ci part du constat de l’analyse de la balance commerciale où il apparaît que les pays vertueux se situent au Nord et par là les non vertueux se situent au Sud ; d’où ceux du Sud doivent s’aligner sur ceux du Nord. Il s’agit là d’un véritable contresens .  Celui-ci est dénoncé par la parabole du jeu de billes de Jacques Rueff aux termes de laquelle les gagnants de billes (de devises)  équivalent billes en matière d’échange internationaux doivent les prêter aux perdants de billes (de devises)sinon il n’y a tout simplement plus de jeu de billes ni de jeu commercialinternational.

Ce contresens est poussé à son paroxysme par le slogan selon lequel l’Allemagne ne veut pas payer pour les pays du Club Med d’ailleurs, il ne s’agit pas de payer mais de prêter. Et s’il n’y a plus de Club Med parce que ces pays  ne disposeraient plus de devises i.e. de billes pour acheter,  il n’y aurait plus d’Allemagne qui, assise sur son tas de billes i.e.  devises  ne pourrait plus vendre ses produits.. Dans le même esprit on peut prétendre  que le Club Med dont la Grèce  a réellement payé pour l’Allemagne du fait de la surévaluation de sa monnaie – l’euro ! Alors comment en sortir ?

D’où les esquisses de solutions. Un autre prix Nobel d’Economie , Paul Krugman dans son dernier livre paru  le 5 septembre 2012, intitulé « Sortez-nous de cette crise ;maintenant »  en évoque trois possibles.   La première l’inflation sur les prix des flux. C’est-à-dire celle qui résulte d’un déséquilibre persistant entre l’offre de produits et la demande de produits sur l’ensemble des marchés de biens et de services.

Les conséquences financières  d’un tel déséquilibre réel  se traduisent par une hausse générale et continue des prix et en cas d’indexation des salaires sur les prix – ce qui suppose un quasi plein emploi alors que nous sommes hélas  dans une période de chômage de masse – et par là un effacement des dettes des agents économiques que ce soient les ménages – les entreprises et les administrations . D’où dans cette hypothèse  et dans cette hypohèse de plein emploi  seulement, une relance possible de la demande et un retour à la croissance.

Mais même si l’on bousculait le mandat de la Banque Centrale Européenne (BCE) qui est  d’assumer d’abord et surtout  la stabilité des prix , reflétée par un taux  d’inflation bas et  délibérément fixé par son Conseil des Gouverneurs, et si ce taux était  porté par exemple de 2%  à 4 ½%  selon les recommandations du Fonds Monétaire International (FMI) – afin de contribuer à l’effacement des dettes et à la relance de l’économie –  ce taux d’inflation   serait unique pour tous les pays de la zone euro  et l’Allemagne n’en voudrait pas ! Traumatisée à tort par l’hyperinflation des années 20 et non pas par la politique déflationniste des années 30 dont le taux de chômage l’a faitbasculer dans l’irréparable. Donc  il faut  renoncer à cette  première solution.

Aussi  Paul Krugman évoque t-il comme deuxième  solution  la monétisation des dettes c’est-à-dire le financement des créances souveraines par les banques  centrales dont  – il faut le rappeler – ce n’est pas lavocation fondamentale. En effet les banques centrales  sont les banques des banques , elles  émettent des billets dont elles détiennent lemonopole d’émission , en mettant des liquidités à la disposition des banques commerciales  contre des actifs –  crédits ou titres préalablement détenus par celles-ci et qui avaient antérieurement donné lieu à création monétaire. Aussi ce transfert des actifs des bilans des banques commerciales vers ceux des banques centrales contre des liquidités  ne change en rien le volume de la masse monétaire tout comme le volume des contreparties de celles-ci.

En revanche, lorsqu’une banque centrale se comporte comme une banque commerciale en  prêtant  directement à des entreprises ou à des Etats – ce qui a été fait par la banque centrale américaine (FED) quant elle a prêté  – dès 2008 à General Motors ou au Trésoraméricain – il y a véritablement création monétaire par elle.  Ce n’est pas ce qui est demandé à la BCE. Mais les banques centrales créent également de la monnaie lorsqu’elles rachètent des bons du Trésor sur le marché secondaire ainsi que le fait régulièrement la BCE  depuis quelques années au grand dam de la banque centrale allemande. Et depuis le vendredi 7 septembre 2012 c’est ce que propose de faire  d’une façon illimitée mais conditionnelle dans le temps et l’espace  le Président de la BCE.

« Mais on trompe les Français » – nous a rappelé dans le cadre de nos travaux Jean-Pierre Chevènement -  «  sur la portée réelle des engagement pris par Mario Draghi »  … « On oublie de mentionner que ce rachat ne pourra intervenir que moyennant stérilisation de toutes liquidités additionnelles » Celle-ci  générées par l’achat des obligations publiques serait immédiatement compensée par la revente parallèle d’obligations privées .  Ce qui aurait  pour résultat de faire baisser le taux des créances souveraines au bénéfice des Etats mais de rehausser celui des obligations privées au détriment du financement des entreprises . Cette mise au point a été soulignée par l’Est Républicain du Dimanche 16 Septembre 2012 dans l’article : Chevènement refuse «  l’austérité. »

Une telle stérilisation n’aurait-elle pas lieu, ² encore faudrait-il  que cet accroissement du volume de la monnaie mise en circulation par les banques centrales  soit utilisé par la clientèle des banques commerciales. En effet comme le rappelait John Maynard   Keynes « on peut conduire un âne à la rivière mais on ne peut l’y contraindre à boire » . Autrement dit si les agents économiques ne veulent pas consommer ou investir , la demande globale ne sera pas relancée. Et ce d’autant plus qu’en période de stagnation ou d’austérité,  se manifeste la pratique de ce que l’on appelle l’équivalence ricardienne aux termes de laquelle on épargne pour faire face aux aléas enclenchés par la: perte de revenus dus à la montée des prélèvements obligatoires ou à la montée du chômage.

Reste, troisième solution  la dévaluation. A la différence de la dépréciation d’une monnaie , qui peut être progressive,  temporaire et réversible , la dévaluation correspond à un décrochage brutal et irréversible  de la valeur externe de la monnaie nationale par rapport aux autres : les devises. La dévaluation rend immédiatement les prix nationaux compétitifs puisque convertis en devises, le   prix de nos produits  baissent d’où l’augmentation de pouvoir d’achat de nos partenaires  et par  là le développement de notre potentiel  d’exportation.

Dans cet esprit, Michel Aglietta , l’un de nos plus lucides économistes , disait au sujet de la Grèce  dans le Monde du 8 février 2012, qu’elle avait eu tort de rentrer dans la zone euro et qu’elle devrait en sortir, c’est-à-dire revenir à la drachme    et de dévaluer de plus de 70% afin de relancer ses exportations. C’est ce que Jean Claude Trichet, lorsqu’il était Directeur du Trésor appelait les dévaluations compétitives auxquelles il fallait selon lui renoncer pour « coller » au mark, avec le résultat que l’on sait tout au moins pour  cequi nous concerne

Dans le même esprit, Paul Krugman dans son livre rappelle  que les pays ayant choisi « ab initio »,  i.e. depuis le départ  de ne pas adopter l’euro – la  Grande Bretagne et la Suède, s’en sortent beaucoup mieux que leurs voisins de ladite zone. D’où , pour lui, l’invite àles rejoindre en quelque sorte en sortant des contraintes de ladite zone. A cela il apporte un bémol en disant qu’un tel retour à la monnaie nationale , impliquerait pour les pays lourdement endettés en euros,  un coût de décrochage –  dû au  réhaussement de leur dette libellée  en euros  -trop important. Ce n’ est pas tout –à- fait exact  et même pas du tout exact. D’où l’évocation d’une véritable solution pour ceux qui le voudraient  – développée dans la deuxième partie de mon propos à laquelle j’arrive maintenant.

LA SORTIE DE L’EURO DANS L’EURO

La description des mécanismes de cette construction nécessite d’être précédée par un état des lieux . L’accélération de la crise de l’euro appelle sa nécessaire et urgente maitrise par les autorités quelles soient politiques, économiques et monétaires. L’atermoiement du choix d’une solution rationnelle à un problème né de la non intégration des facteurs de risque d’éclatement lors de la conception de cette unité monétaire ne fait qu’ajouter la crise à la crise.

En effet tout semble être mis en œuvre pour le maintien du statu quo c’est-à-dire la poursuite de la gestion monétaire par l’ensemble des pays participants au prix certes d’un acharnement thérapeutique au chevet des pays malades d’un endettement réputé excessif.

D’où la succession de plans d’aide aux finances publiques internes négociés en contrepartie de plans d’austérité acceptés par les gouvernements des pays bénéficiaires mais rejetés par les populations concernées. Par là,  les pays légaux s’opposent aux pays réels. Jusqu’à quand les résignés, devenus  indignés ne se transformeront-ils pas en insurgés. ? En revanche soit dit en passant  les déséquilibres des finances extérieures des pays en difficulté ne posent pas de problème quant à eux , puisqu’au sein de cette zone monétaire parfaite, mais non optimale qu’est la zone euro, les réserves publiques de change ont été communautarisées c’est-à-dire mises en pool et ainsi par exemple, les excédents commerciaux allemands financent les déficits de même nature français. Alors que paradoxalement ils ne veulent pas financer nos déficits budgétaires. Cherchez l’erreur !

Toute  solution rationnelle implique que l’on puisse répondre à la question suivante : comment faire  durablement coexister dans le même ensemble économique et monétaire qu’est la zone euro des Etats-nation dont les performances économiques divergent à la limite de la rupture ? Ainsi par exemple l’une d’entre-elle – l’Espagne – affiche un taux de chômage de plus  25% et l’autre – l’Allemagne – un taux de chômage  de moins de 7 ½%  Dans une économie monde – selon la formule de Fernand Braudel –  telle que le sont  les Etats Unis d’Amérique la coexistence se fait par des mouvements  de population des Etats en difficulté vers les Etats prospères .Malheureusement ces mouvements  ne peuvent s’opérer dans l’économie monde composée des Etats de l’Union européenne et plus particulièrement ceux de l’Union économique et monétaire i.e. la zone euro, parce qu’à la différence des Etats Unis d’Amérique qui sont des Etats- région, ceux de l’Europe sont des Etats nation. Pour que les Etats- nation deviennent des Etats-région il faudrait que l’homogénéisation des populations soit quasi parfaite et leur fluidité impliquerait  l’adoption d’une langue commune pour l’ensemble de la pyramide de la  population et pas seulement  de  son élite. Cette  langue commune ne pourrait d’ailleurs  être que «l’ European English »avec tous les renoncements et les efforts que cela impliquerait, particulièrement pour le peuple français.  Nul doute que l’aboutissement des  Etats-Unis d’Europe ne pourra se réaliser en un quinquennat mais au plus tôt en un quart de siècle !

La confirmation de cette hypothèse  nous est donnée sans ambages par l’économiste Luis Carlos  Bresser- Peireira lequel  a notamment été Ministre des finances des Etats-Unis du Brésil. Il démontre dans un lumineux article reproduit dans le Monde du 7 août 2012 « qu’une monnaie commune » ne peut exister que dans un Etat fédéral ». Il ajoute d’ailleurs qu’arriver à créer pour et en Europe  un Etat fédéral prendrait beaucoup de temps, et que  le voir émerger à court terme est quasi impossible  puisqu’il faudrait que le budget de l’Union Européenne passe d’environ un peu plus de 1% du produit intérieur brut (PIB) à au moins 25% ce qui au rythme de croissance de un point par an demanderait vingt cinq ans. Il poursuit « si vous persistez à vouloir maintenir l’euro en vie la probabilité de le voir s’effondrer de façon incontrôlée grossit de jour en jour, ce qui ferait tomber ensuite toute la construction européenne ». En  fait l’euro – ce virus – tuerait l’Europe et par là toutes ses avancées. Aussi préconise t-il par un retour aux monnaies nationales, « de mettre fin  à l’euro de façon planifiée  et coordonnée ce qui lui semble être la voie la plus sage. »

A la réflexion, notre solution semble plus conservatrice. Avant que les marchés déclenchent  une désintégration anarchique de l’euro , une gestion pragmatique de leur monnaie par les pays membres de la zone euro s’impose. En effet, bien que la banque centrale, sise à Francfort soit européenne,  les billets émis par chacune des banques centrales nationale ne le sont pas. Cette affirmation résulte de notre code monétaire et financier lequel par son article 1er, du chapitre 1er intitulé l’unité monétaire, nous rappelle que « la monnaie de la France est l’euro et « que l’euro est divisé en cent centimes » . L’on peut en déduire par transposition  que l’euro est la monnaie de chaque Etat membre de ladite zone. . Cette donnée fondamentale est illustrée par le fait que les pièces de monnaie ont pour chaque Etat une face nationale et les billets un code national  qui précède le numéro de chaque billet :  les lettres U pour la France, X pour l’Allemagne, Y pour la Grèce et ainsi de suite. Par là, notre monnaie, l’euro, comme toutes les autres a gardé son ancrage national .

Autrement dit les émissions de billets pour l’ensemble des pays de la zone sont déjà segmentés en compartiments
correspondant aux sous ensembles nationaux. Aussi pour ce qui nous concerne rien n’interdirait de débaptiser notre unité monétaire , l’euro en euro-franc.  Une banque commerciale française  dont le déposant  résident ou non, souhaiterait convertir ses avoirs en compte, en billets se verrait offrir des billets portant explicitement la mention euro franc correspondant au signe distinctif U. Celui-ci cohabiterait avec les autres euros nationaux  et cette cohabitation pourrait donner lieu à des dépréciations ou des appréciations  qui tempèreraient le passage d’une euro monnaie à une autre et par là ne  nécessiterait pas l’établissement d’un contrôle des changes. Cette réforme monétaire pourrait se faire sans le recours à des dispositifs spécifiques et se ferait ainsi en toute simplicité et en  toute transparence.

Mais qu’en est-il du risque d’un tel passage pour les Etats qui adopteraient une telle réforme ? La réponse procède de la définition de la monnaie.  C’est pour ceux qui la détiennent, qu’ils soient résidents ou non,   des créances sur l’appareil bancaire des pays concernés,  en l’espèce des avoirs en compte  ou la monnaie dite  scripturale, lesquels  correspondent à des créances sur les banques commerciales. Et, des avoirs en poche, les billets ou la monnaie dite  fiduciaire lesquels  correspondent à des créances sur les banques centrales du système . La masse monétaire de chacune de ces monnaie a pour contrepartie et pour gage en quelque sorte, des crédits pour l’essentiel sur chacune des économies nationales. En définitive, en matière monétaire tout se $ ramène aux territoires nationaux. Ainsi le passage pour un pays donné , de l’euro-euro à l’euro- national ne change en rien la nature et le montant  des dettes des pays qui opteraient pour le passage de l’euro euro à l’euro national.

Pour prendre l’exemple le plus sensible, le système bancaire grec serait toujours redevable vis-à-vis de ses créanciers ,  du même montant en euros dont la dénomination aurait tout simplement changée et serait devenu des euro drachmes .Par cette formule les craintes évoquées par Paul Krugman n’auraient pas lieu d’être. En revanche les détenteurs d’euro drachmes , pourraient voir la valeur de leur créance se contracter mais ce seulement s’ils sont non résidents et dans cette hypothèse, ils verraient la valeur de leurs créances se déprécier parallèlement à la dépréciation de l’euro drachme sur les marchés internationaux. Autrement dit les perdants potentiels ne sont pas les résidents mais les non résidents détenteurs de créances.

Ce qui est valable pour les avoirs monétaires, c’est-à-dire les dettes bancaires le serait aussi pour les avoirs obligataires – dont les dettes souveraines – lesquelles seraient au terme de leurs échéances respectivement payées en euro nationaux, c’est-à-dire en euro drachmes pour  ce qui concerne la Grèce par exemple. Naturellement ces créances ne verraient pas leur valeur nominale modifiée par cette mutation monétaire spontanée des « euro-euro »  en « euros nationaux » mais leur valeur serait appelée à fluctuer en fonction de leur prix sur les marchés secondaires. Aussi pourrait-on très bien imaginer que face à une dépréciationsignificative de ces créances leurs détenteurs et notamment les banques non résidentes seraient conduites à constituer des provisions compensatoires . Mais rien n’interdit de penser que ces provisions  pourraient être reprises en cas d’appréciation ultérieure de la valeur de leurs créances sur les marchés, due à une prospérité retrouvée grâce à une politique économique indépendante, susceptible d’entrainer  ,  un retour à la croissance et une évacuation du chômage de masse.  Cela pourrait tout particulièrement jouer pour la Grèce qui retrouverait ainsi la compétitivité de son industrie touristique.

L’avantage considérable de cette formule –  qui peut a priori être assimilée à un tour de passe –passe -   en réalité ne l’est pas du tout puisqu’un euro national quel qu’il soit vaut toujours nominalement un euro-euro. Autrement dit par une telle formule seuls les détenteurs non résidents d’euros nationaux pourraient voir éventuellementla valeur de leurs  créances se déprécier sur les marchés , tant qu’elles  ne sont pas arrivées à leur  échéance moment auquel ils en récupéreraient la totalité de  la valeur nominale. l

L‘euro zone   redeviendrait une zone monétaire soutenable et durable. L’Allemagne, n’aurait plus  à effectuer   des transferts financiers qui s’annoncent sans fond en dépit de la mauvaise  et bonne volonté de la Cour de Karlsruhe , ni la Grèce à supporter un appauvrissement qui s’annonce sans fin.

Ainsi  que vive l’euro franc et ses semblables! Dans ce nouvel univers monétaire chacunretrouverait sa compétitivité globale sur les marchés des biens et services,  sans avoir à rendre compte à une quelconque Troïka en cas de difficultés, qui auraient été par avance résolues et éliminées par l’adoption de changes multiples en lieu et place d’une monnaie unique. La France  retrouverait ainsi sa souveraineté monétaire en conservant l’euro. Mais elle serait redevenue prince –  c’est-à-dire la première –  dans son royaume c’est-à-dire l’hexagone et l’outre-mer.

Retrouvons des banques de crédit séparées de la spéculation

Créé par le 24 déc 2012 | Dans : Economie

Libé 17 décembre 2012 à 19:16

Par Olivier Berruyer Président de l’association DiaCrisis
Libération

L’élection de François Hollande a redonné l’espoir à des millions de Français. Nombreux sont ceux qui ont vibré quand il a lancé au Bourget : «Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies.» Néanmoins, le 7 décembre, Pierre Moscovici a déclaré, pour décrédibiliser l’idée, que couper les banques en deux, en séparant vraiment les activités de dépôt et de crédit des activités spéculatives, ce serait «revenir vingt ans en arrière».

Et c’est vrai. Mais justement, c’est exactement ce dont nous avons besoin : sortir de cette fausse «modernité» néolibérale et revenir au temps où la finance n’avait pas «pris le contrôle de nos vies», où la croissance frôlait les 4%, où les banques préféraient financer l’économie plutôt que la spéculation, où des traders surpayés ne menaçaient pas l’épargne des clients et où l’Etat n’avait pas à se mettre en danger en renflouant des entreprises privées trop cupides pour gérer leurs propres risques internes.

Le «modèle de banque universelle» a en effet démontré par deux fois son lamentable échec durant la crise, de Dexia à RBS, de la Société générale à Citigroup, de Fortis à UBS. Ces banques n’ont dû leur salut qu’à l’intervention massive des Etats en 2008 (annonce en France de 360 milliards d’euros de garanties et soutiens) et de la BCE en 2011 (1 000 milliards d’euros de liquidités prêtées). Cependant, éléphantesques, elles ont à chaque fois entraîné leur sauveteur dans les difficultés, comme un obèse qui se noie…

Le projet de loi qui sera présenté demain, et qui a déjà circulé pour avis, est d’une incroyable mollesse et n’aura guère d’efficacité. De façon stupéfiante, il est même largement moins ambitieux que les réformes récemment votées dans les temples de la finance mondiale que sont les Etats-Unis et l’Angleterre – réformes qui y ont déjà montré leur inefficacité. Il tourne même le dos aux récentes propositions avancées en Europe.

Une seule question compte : qu’advient-il de l’épargne des clients si la partie banque d’investissement fait faillite ? On comprend rapidement que seule une scission complète, dans deux groupes bancaires différents, est de nature à sécuriser notre argent. C’était d’ailleurs obligatoire entre 1945 et 1984. Une telle scission est pratiquement sans conséquences sur l’économie (les activités actuelles continueront, mais séparément) ; c’est donc bon pour les clients (qui verront leur épargne protégée), c’est bon pour l’emploi (puisqu’il s’agit du contraire d’une opération de fusion) et c’est même bon pour les actionnaires. Mais surtout, c’est bon pour les contribuables, qui n’ont pas à apporter leur garantie à des entreprises privées n’exerçant pas une mission de service public, et encore moins à garantir ainsi les bonus de leurs dirigeants. Et c’est donc bon pour l’Etat – l’agence Moody’s ayant cité nos banques comme une des trois raisons ayant conduit à la dégradation de notre notation le mois dernier.

Ayant rapidement capitulé devant le puissant lobbying de nos mégas banques – qui affichent désormais leur satisfaction devant le projet de loi -, l’administration nous donne ainsi comme seule arme, pour combattre cet «adversaire», un pistolet à bouchon.

Pourtant, de nombreuses voix se sont élevées de tous bords pour indiquer la bonne voie à suivre : la scission des banques – de Jean Peyrelevade à Nicolas Baverez, de Maurice Allais à Joseph Stiglitz, de Michel Rocard à Bill Clinton, de Jacques Attali à Christine Lagarde ou Daniel Cohen…

En 2013, le Parlement va débattre de ce projet avorté. Il est encore possible de saisir cette opportunité historique de reprendre le chemin suivi par nos ancêtres après la crise de 1929 et qui a pavé la route des Trente Glorieuses. Un tel changement, à rebours de la mentalité laissez-fairiste qui prévaut depuis trente ans, est évidemment difficile à décider. Pourtant, il serait très dangereux de ne rien faire : il y a urgence à arbitrer entre la finance spéculative et l’économie réelle, désormais antagonistes. Bien loin d’être derrière nous, la crise n’est pas finie. Financièrement, nous vivons depuis quelques mois un paisible pique-nique bucolique ; malheureusement, il a lieu dans une pinède sèche et ventée, où chacune de nos banques est un barbecue incontrôlé qui crépite ardemment…

Désormais, le politique n’a plus droit à l’erreur en ce domaine – ni les Etats ni la BCE ne pourront aider à sauver l’épargne nationale en cas de troisième crise bancaire. Les Français ont droit à un système bancaire sûr, à leur service.

Il revient au chef de l’Etat de trancher. La décision de tourner fermement le dos à trente années de folie dérégulatrice néolibérale serait historique, montrant au monde la voie d’un «modèle français de régulation financière». C’est le genre de décision qui fait qu’un président laisse dans l’histoire ou bien la trace d’un François Mitterrand ou bien, à défaut, celle d’un René Coty…

Compétitivité : priorité aux services publics

Créé par le 24 déc 2012 | Dans : Economie, Santé-social-logement

Libé 20 décembre 2012
Par Jean-Philippe Thiellay Vice-président de Terra Nova et Benoît Thirion Avocat
Libération

Largement éclipsés par les débats sur le coût du travail, les services publics constituent un volet essentiel de notre compétitivité et une des clés du redressement économique de notre pays dans la justice sociale.

La qualité des infrastructures et des services publics en général favorise la croissance et la compétitivité. Les analyses de la compétitivité-coût intégrant le coût du travail et la fiscalité mais aussi le prix et la qualité des services publics montrent que les coûts de démarrage et d’exploitation sont relativement avantageux en France. Pour l’eau potable, le niveau des prix est inférieur à la moyenne européenne, et de près de 40 % par rapport à l’Allemagne.

Pourtant, après des années d’une politique purement comptable, la situation de nos services publics est dégradée. La qualité baisse, les financements manquent, les investissements ne sont pas assurés et l’égalité d’accès à ces services est négligée. Ainsi, dans le secteur de l’électricité, le temps de coupure moyen a significativement augmenté depuis 2002, avec une forte disparité entre Paris et les territoires ruraux, entraînant une fracture énergétique.

Dans ce contexte, les services publics sont un facteur de compétitivité sur lequel il faut s’appuyer et qu’il faut améliorer. Ils sont présents dans le rapport Gallois, au moins en filigrane, et dans le pacte de compétitivité du gouvernement : infrastructures, éducation, orientation, enseignement supérieur, recherche, formation professionnelle, service public de l’emploi, justice commerciale sont ainsi identifiés comme des leviers de compétitivité.

Ce volet doit devenir une priorité absolue, en mettant l’accent sur la responsabilité des politiques, au niveau national comme au niveau local, et sur un nouveau lien avec les usagers. Il appartient d’abord aux politiques de fixer les priorités et d’assurer un pilotage effectif des services publics. Cela peut paraître évident ; ce n’est pourtant pas le cas en pratique. Au niveau national, aucun ministère ne s’occupe d’une stratégie pour les services publics ; le Parlement ne débat pas, au-delà de textes sectoriels, des besoins transversaux. A l’égard de l’Europe, le gouvernement a le mérite de ne plus jeter l’opprobre sur les «diktats» européens, comme dans les années 2000 ; mais il lui reste à utiliser les marges de manœuvre existantes pour consolider les services publics et favoriser la construction de services publics européens intégrés. La création récente du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique et un prochain comité interministériel sur ce sujet devraient permettre de porter une vision ambitieuse des services publics et d’identifier précisément les investissements d’avenir.

Au-delà du niveau national, le pilotage est aussi indispensable à l’échelon local, pour définir les missions de service public adaptées aux besoins sur chaque territoire, et garantir leur bonne exécution, en particulier lorsque les services sont délégués au privé, ce qui suppose des outils de contrôle et d’évaluation efficaces. Une analyse précise des besoins d’investissement doit appuyer cette démarche. Ensuite, ce pilotage doit s’appuyer sur les usagers, particuliers et entreprises, dont les besoins essentiels doivent être satisfaits : là est la finalité des services publics. Il faut ainsi inventer de nouveaux liens avec les services publics. Des liens de proximité d’abord, en transformant une partie des points de contacts de la Poste en maisons de services publics, notamment dans les zones rurales. Il faut évaluer de manière systématique la satisfaction du «client» ; il faut encore ouvrir davantage la gestion des services publics à la société. Il s’agit de donner un nouveau visage aux structures de représentation des usagers, en s’appuyant sur le tissu associatif et sur Internet, et en leur donnant dans certains cas des pouvoirs de blocage. C’est avec cette méthode que l’on identifiera les services de demain (petite enfance, aide au consommateur…) et, le cas échéant, les domaines où l’intervention publique ne répond plus aux besoins. La modernisation de l’action publique passe par là. Les services publics sont facteurs de développement économique et de justice sociale, ces deux aspects n’étant pas opposés mais se renforçant mutuellement. En cela, ils doivent être un axe majeur du projet politique porté par la gauche. Dès maintenant.

Schiste: « la France est bénie des dieux »

Créé par le 10 nov 2012 | Dans : Economie, environnement, Parti socialiste

lefigaro.fr Publié le 10/11/2012

Dans un entretien, publié ce samedi sur le site internet du journal Le Monde, Michel Rocard affirme qu’en Europe, la France « serait au gaz de schiste ce que le Qatar est au pétrole ». Interrogé sur le choix du gouvernement de ne pas retenir la proposition de Louis Gallois sur la relance des recherches dans le gaz de schiste, Michel Rocard assure que « la France est bénie des dieux ». « Peut-on s’en priver ? Je ne le crois pas ». « Sur ce sujet, étant très écolo, je me suis longtemps abstenu. Mais je n’ai rien lu qui soit complètement convaincant. On a un réflexe fantasmé un peu du même type que face aux OGM. Quand on sait que le gaz de Lacq était extrait par fracturation hydraulique sans dégâts sur place, on s’interroge », affirme-t-il.

Egalement interrogé sur le pacte de compétitivité du gouvernement, ce dernier assure que l’effort fiscal de 20 milliards d’euros est « l’une des plus grosses frappes conjoncturelles des gouvernements de la République française qu’on ait vu faire depuis des décennies. C’est à la fois courageux et pertinent ». Sur la hausse de la TVA, Michel Rocard assure que « mieux vaut partager la charge entre les ménages pour contribuer à remettre notre système productif en route ».

Sur l’objectif de déficit à 3% du PIB l’an prochain, Michel Rocard est plus prudent: « il vaut mieux payer ce que l’on peut de ses dettes mais que la dépense publique est l’un des moteurs de l’activité. La freiner trop pousse à la récession. La brutalité des 3 % peut être dangereuse ». « Il y a de toute façon une bataille pour l’Europe dans les règles actuelles, 3 % compris. Puis il faudra mener et gagner une deuxième bataille de doctrine économique, sur ‘comment vivre avec de la dette sans entrer en récession’ », ajoute-t-il.

Et d’ajouter que « la relance européenne ne peut partir qu’avec les Allemands ».

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