Economie

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Pour restaurer la compétitivité du « site de production France », les vrais choix sont ailleurs

Créé par le 29 oct 2012 | Dans : Articles de fond, Blog du Che, Economie, Fédérations MRC d'Aquitaine

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat sur la loi organique relative à la « règle d’or », lundi 29 octobre 2012.

Monsieur le Ministre, Un bon point d’abord : la prétendue « règle d’or » inscrite dans la Constitution allemande qui l’intitule plus modestement « frein à la dette » ne figurera pas dans la Constitution française. La rédaction du TSCG énonçait une préférence pour la constitutionnalisation des règles fixées par le traité mais admettait aussi que « le plein respect et la stricte observance de ces règles puissent être garantis, de quelque autre façon. » En nous proposant ce projet de loi organique, vous avez donc choisi, une autre façon d’appliquer le TSCG. J’aurais mauvaise grâce à critiquer cette non-constitutionnalisation : tant qu’à faire, une simple loi organique est moins contraignante que l’inscription dans la Constitution d’un « frein à l’endettement », comme y a procédé, en 2010, le Bundestag allemand, en limitant à 0,35% du PIB le montant du déficit public, à horizon 2016. Contrairement à nos collègues de l’UMP, je ne regrette pas l’inscription de la pseudo « règle d’or » dans la Constitution. J’observe simplement que là comme ailleurs, l’Allemagne a donné le « la », et fini par imposer son modèle d’orthodoxie à la France et aux autres pays de la zone euro. Sans doute, vous distinguez, M le Ministre entre la substance et la forme, et vous nous assurez, que ces règles sont de toute façon, de bonne gestion, qu’elles valent par elles-mêmes, que la dette est l’ennemie de la gauche, et même de la France et de sa souveraineté et qu’il eût fallu de toute façon revenir à l’équilibre budgétaire. Cette présentation est habile. En fin dialecticien, vous avez l’art de répondre à un autre argument que celui que je vous oppose.  Lire la suite »

Six questions clés sur le traité budgétaire européen

Créé par le 02 oct 2012 | Dans : Economie

LE MONDE | 18.09.2012

Par Claire Guélaud, Philippe Ricard (à Bruxelles) et Patrick Roger

 

Début octobre, le Parlement devrait être saisi du projet de ratification du traité budgétaire européen signé par Nicolas Sarkozy, qui donne lieu à un vif débat politique. Ce traité, négocié en pleine crise de l’euro, pose le principe d’un retour à l’équilibre des finances publiques des Etats de l’euro et impose des trajectoires contraignantes de redressement. Partisans et adversaires du traité s’affrontent sur les effets bénéfiques ou non des dispositions retenues pour la croissance et sur l’abandon ou pas de souveraineté au profit de Bruxelles. Explications en six questions.

Eclairage :  Comment le traité budgétaire va s’appliquer en France

  • D’où vient le traité ?

Pourquoi le pacte budgétaire, ou TSCG, pour traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’union économique et monétaire ? Il s’agissait de répondre à une double demande de l’Allemagne et de la Banque centrale européenne (BCE). La chancelière allemande, Angela Merkel, a toujours conditionné l’aide aux pays en difficulté à de nouveaux progrès en matière de contrôle des choix budgétaires des Etats de l’euro. De son côté, Mario Draghi, le président de la BCE, avait appelé, fin 2011, à la mise en place d’un « pacte budgétaire », en laissant entendre qu’une telle démarche inciterait l’institut d’émission à agir davantage pour stabiliser l’union monétaire.

De manière générale, le nouveau traité vient surtout compléter les règles déjà en vigueur, un arsenal renforcé au fil de la crise des dettes souveraines. Traité ou pas, le cadre le plus contraignant reste le pacte de stabilité et de croissance, en vigueur depuis la création de l’union monétaire, en 1997. Assoupli en 2005 à l’initiative des Français et des Allemands, il a été durci en 2011, toujours à la demande de Mme Merkel.

C’est sur cette base que la Commission européenne et le conseil des ministres des finances (Ecofin) peuvent d’ores et déjà surveiller la politique budgétaire des Etats de l’Union européenne. Avec un double objectif : plafonner les déficits publics à 3 % du produit intérieur brut (PIB) et l’endettement à 60 % du PIB.

Lors de la dernière refonte de ce pacte, les sanctions pour déficit excessif persistant ont été renforcées. Un « semestre européen » a été mis en place, qui permet à la Commission de donner son avis sur les projets de budget avant leur adoption par les parlements nationaux. Chaque gouvernement doit présenter son projet de loi de finances avant le 15 octobre.

  • Quelle « règle d’or » ?

L’article 3 du TSCG indique que les Etats ne doivent pas dépasser un déficit structurel – soit le déficit public hors effets du cycle économique – de 0,5 % du PIB. Cette nouvelle règle, qu’on appelle communément la « règle d’or », doit prendre effet dans le droit national, au plus tard un an après l’entrée en vigueur du traité. Ce, « au moyen de dispositions contraignantes et permanentes, de préférence constitutionnelles, ou dont le plein respect et la stricte observance tout au long des processus budgétaires nationaux sont garantis de quelque autre façon », précise le traité.

Nicolas Sarkozy et François Fillon étaient partisans de faire figurer dans la Constitution le principe d’une loi-cadre de programmation pluriannuelle des finances publiques. François Hollande, après son élection, a saisi le Conseil constitutionnel de la question de savoir si l’autorisation de ratifier le TSCG devait être précédée d’une révision de la Constitution. Celui-ci a estimé que le traité ne comportait pas de clause contraire à la Constitution, permettant ainsi au chef de l’Etat de proposer dans une simple loi organique la transposition en droit national des procédures de surveillance réclamées par le TSCG.

  • Quelle ratification en France et en Europe ?

Le projet de loi de ratification du TSCG ainsi que le projet de loi organique sur le pilotage des finances publiques, qui doivent être présentés mercredi 19 septembre en conseil des ministres, devraient venir en discussion à l’Assemblée nationale à partir du 2 octobre. L’examen de ces deux textes sera précédé d’une déclaration préalable du gouvernement sur les « nouvelles perspectives européennes ».

Selon nos informations, cette déclaration préalable ne devrait pas être suivie d’un vote. Les deux projets de loi doivent être adoptés dans les deux chambres. Le projet de loi organique sera obligatoirement transmis au Conseil constitutionnel, qui jugera de sa conformité à la Constitution. S’il le valide, la procédure de ratification sera achevée en France.

A ce jour, treize Etats sur vingt-cinq signataires ont ratifié le traité, dont neuf dans la zone euro. Il suffit que douze Etats sur les dix-sept de la zone euro aient ratifié le texte pour qu’il entre en vigueur au 1er janvier 2013. L’Allemagne, l’Espagne, et l’Italie ont conclu, ou presque, la procédure de ratification. Berlin et Madrid ont inscrit dans leur Constitution une règle d’or proche de celle formulée dans le traité budgétaire, à la demande de Mme Merkel. Rome a l’intention de faire de même, mais les discussions se poursuivent en Italie à ce sujet.

La France se refuse à constitutionnaliser la « règle d’or », mais elle n’est pas le seul Etat sur cette ligne : le Danemark, l’Autriche, ou l’Irlande font de même. Un référendum a été organisé en Irlande, le 31 mai. Le oui l’a emporté. Un argument a beaucoup joué pour convaincre les électeurs irlandais : à la demande de l’Allemagne, il a été convenu que le fonds de secours permanent de la zone euro, opérationnel d’ici à octobre, ne pourra bénéficier qu’aux seuls pays ayant ratifié le traité.

  • Une perte de souveraineté ?

Dans sa décision du 9 août, le Conseil constitutionnel a considéré que les stipulations du TSCG « reprennent en les renforçant les dispositions mettant en oeuvre l’engagement des Etats membres de l’Union européenne de coordonner leurs politiques économiques », adoptées dans le cadre du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

Ces stipulations « ne procèdent pas à des transferts de compétences en matière de politique économique ou budgétaire, et n’autorisent pas de tels transferts, estime-t-il. Pas plus que les engagements antérieurs de discipline budgétaire, celui de respecter ces nouvelles règles ne porte atteinte aux conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale. »

Néanmoins, il n’est pas interdit de se demander si l’introduction de ces règles contraignantes ne comporte pas un risque de porter atteinte à la souveraineté du Parlement. Dès lors que l’équilibre des finances publiques est inscrit dans des dispositions organiques, c’est-à-dire de valeur supérieure aux lois ordinaires dans la hiérarchie des normes, cela ne limite-t-il pas la possibilité des parlementaires – déjà sérieusement encadrée – d’influer sur les politiques budgétaires, au risque de vider le vote des électeurs de son sens ?

  • La rigueur imposée ?

Les adversaires du TSCG estiment que ce traité constitue un pas de plus vers une rigueur dépressive économiquement et dévastatrice socialement. Dans la conduite de leur politique économique et budgétaire, les Etats disposeront toutefois de souplesses, certes limitées mais réelles : en cas de circonstances exceptionnelles – une récession sérieuse par exemple –, ils pourront déroger à leur trajectoire de redressement des finances publiques.

Le TSCG donne aussi la possibilité aux Etats, lorsque leur endettement public est sensiblement inférieur à 60 %, d’avoir un déficit structurel relevé au plafond maximum de 1 % du PIB (contre 0, 5 % autrement).

En échange de la non-renégociation du pacte budgétaire, M. Hollande a par ailleurs obtenu un « pacte pour la croissance » qui doit permettre de mobiliser quelque 120 milliards d’euros sur trois ans.

Cette somme représente un peu plus que le montant du budget annuel de l’Union européenne. Elle se décompose comme suit : 55 milliards de fonds structurels redéployés, au profit des régions les moins prospères ; une soixantaine de milliards de prêts supplémentaires de la Banque européenne d’investissement (BEI), grâce à une augmentation de son capital de 10 milliards d’euros, et quelque 5 milliards de project bonds, des obligations destinées à financer des infrastructures.

Seuls les project bonds constituent une véritable nouveauté : ce projet pilote est en train d’être lancé, sous l’égide la BEI, chargée d’identifier les projets susceptibles d’être financés par le biais de cet instrument.

Les différentes idées reprises dans le pacte pour la croissance étaient sur la table avant l’élection de M. Hollande, mais l’insistance de ce dernier a permis de surmonter certains blocages. Ses homologues se sont d’autant plus empressés de répondre à ses vœux, qu’il s’agissait de lui faire renoncer à son projet de « renégociation » du pacte budgétaire.

  • Quelles sanctions ?

Lors de la dernière refonte du pacte de stabilité et de croissance, en 2011, les sanctions pour cause de déficit persistant – jamais appliquées avant la crise – ont été renforcées et sont devenues plus automatiques pour les seuls pays de la zone euro. Lorsqu’un Etat présente une situation de déficit excessif, le Conseil peut lui infliger des amendes d’un montant maximal de 0,5 % du PIB.

Par ailleurs, en cas de non-respect de la transposition du TSCG dans le droit national, la Cour de justice européenne, composée de juges non élus, et saisie par l’un des Etats de l’Union, peut infliger des sanctions financières allant jusqu’à 0,1 % du PIB.

Claire Guélaud, Philippe Ricard (à Bruxelles) et Patrick Roger

Du mythe de la compétitivité à la sortie de l’euro dans l’euro

Créé par le 29 sept 2012 | Dans : Economie, Fédérations MRC d'Aquitaine, Pour une autre Europe

Intervention de Bruno Moschetto, délégué national du MRC aux questions économiques internationales et professeur d’économie à HEC, lors de la table ronde « Quelle politique industrielle et fiscale pour renouer avec la croissance? » tenue à l’Université d’été de Belfort, samedi 15 septembre 2012.

Tel pourrait être – mes chers camarades – mes chers compagnons – le fil d’Ariane  des réflexions que je souhaiterais développer devant vous. Tout d’abord celles-ci passent par une analyse de la réelle compétitivité à l’irréelle croissance. Premier point de mon intervention.

Du mythe de la compétitivité

Dans notre environnement européen contemporain  le concept de compétitivité n’est-il pas fondamentalement paradoxal ? La compétitivité qu’est-ce-à dire ? S’agit des ou de la compétitivité ? Lire la suite »

Austérité, règle d’or : pourquoi le Traité européen actuel nous conduit dans le mur, par Marie-Noëlle Linemann

Créé par le 02 sept 2012 | Dans : Economie, Parti socialiste, Pour une autre Europe

A lire sur le blog de la sénatrice de Paris  http://www.mnlienemann.fr/

Avatar de Marie-Noëlle Lienemann

Par
Sénatrice PS de Paris, Ancien Ministre et ancienne vice-présidente du Parlement Européen

LE PLUS. 72% des Français veulent un référendum en vue de la ratification ou non du Traité européen sur la stabilité, la coopération et la gouvernance (TSCG). Ce texte, travaillé avec Angela Merkel, devra être voté par l’Assemblée nationale en septembre. C’est l’issue de ce scrutin qui décidera ou non de la ratification du traité. Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice (PS) de Paris et ancienne ministre demande que ce traité soit renégocié.

La ratification du nouveau traité européen ne saurait se faire en catimini sans qu’ait lieu un débat public sérieux au préalable. Les annonces de la rentrée – baisse de la croissance, hausse importante du chômage, lourde dégradation de la situation économique et sociale dans de très nombreux pays – montrent l’urgence de stopper la logique austéritaire actuelle et de réorienter réellement la construction européenne.

François Hollande a eu raison de s’engager à renégocier le traité rédigé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, indiquant qu’il voulait le modifier et le compléter. Le sommet européen des 28 et 29 juin a certes retenu un « pacte de croissance » et la promesse d’une création de taxe ultérieure sur les transactions financières par 11 pays de l’Union, mais il a confirmé le maintien stricto-sensu du traité budgétaire. Tel n’est pas ce qui avait été annoncé à nos concitoyens.

Le « pacte de croissance » va dans le bon sens, mais il est trop modeste. Avec 120 milliards étalés sur 5 ans, dont en réalité 30 milliards réellement disponibles, il ne représente que 1% du PIB de l’Union Européenne. Très loin du plan de relance d’Obama aux USA par exemple (7% du PIB), il ne sera pas en mesure de contrer la logique anti-croissance du traité budgétaire.

On nous propose donc une alouette de croissance et un cheval d’austérité.

Pourquoi le Traité n’est pas acceptable en l’état

Le TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, ndlr)  installe une austérité durable, bride la croissance et prive les peuples des choix sur le cadre budgétaire et macro-économique. Il impose de fait la règle d’or et le durcissement du pacte de stabilité (le déficit structurel des Etats devant désormais être inférieur à 0,5% de leur PIB contre 3% auparavant), rendant impossible toute relance budgétaire contracyclique.

Mesurons bien qu’il ne s’agit pas seulement d’un accord temporaire, qu’on pourrait au demeurant contester, pour redresser la situation. C’est là le plus redoutable. Il s’agit d’un carcan permanent figé dans un traité, qu’il est extrêmement difficile de modifier une fois celui-ci ratifié. Il s’agit de poursuivre, en pire, le chemin qui a déjà conduit à la situation actuelle, à l’instant précis où il est urgent d’en changer.

Ce traité met en place un système de sanctions automatiques, organise une perte de l’autonomie budgétaire des Etats et fait peser de lourdes menaces sur nos régimes sociaux. La Commission Européenne pourra, avant ou pendant que les Parlements nationaux examinent leurs projets de lois de finances, demander les inflexions lui paraissant nécessaires pour limiter les déficits. Les gouvernements seront obligés d’instaurer sur la base des principes agréés par ladite commission un mécanisme de correction automatique en cas de dépassement. S’installe ainsi la généralisation progressive des programmes « d’assainissement » comparables aux mémorandums actuels pour la Grèce et l’Espagne. On sait désormais qu’ils provoquent une spirale de baisse de la croissance et de creusements des déficits, sans compter les drames sociaux et la chute de la production qu’ils engendrent.

Ce traité nous conduit dans le mur.

Il n’apporte en réalité aucune solution à la crise de l’Euro, ne change rien aux missions de la BCE et ne prévoit pas les euro-bounds. Pourtant, il faudrait que la BCE puisse prêter directement aux Etats et avec des taux d’intérêt réalistes, qui ne creusent pas davantage les déficits des pays. Il faut cesser cette mécanique où la BCE prête de l’argent aux banques qui prêtent aux Etats, faisant au passage de substantiels bénéfices, coûtant cher aux budgets des pays et permettant à ces dernières de spéculer sur les dettes. Le rachat de dettes souveraines par la Banque centrale européenne stopperait la spéculation et permettrait de redéfinir sérieusement une politique d’avenir. Le refus de Mme Merkel, de plus en plus insupportable pour tous.

Le Traité doit être renégocié immédiatement

La prise de conscience des dangers de la politique de la chancelière allemande est chaque jour plus largement partagée par les autres européens, ce qui permet d’espérer une renégociation autant possible que souhaitable.

Il faut donc refuser de ratifier le traité pour ouvrir une réelle renégociation. Celle-ci doit, à coup sûr, modifier les objectifs de la BCE (la croissance devant y être ajoutée) et ses modes d’interventions. Elle doit aussi substituer à la règle d’or et aux sanctions automatiques la création d’un conseil macro-économique de l’Euro qui, tous les 3 ou 5 ans, fixerait le cadre des déficits à ne pas dépasser par Etat. Cadre qui devrait tenir compte de la situation mondiale, du soutien nécessaire à la croissance et des efforts à mettre en place en en répartissant la charge et fixant à chacun des objectifs atteignables. Les parlements nationaux seraient consultés et voteraient une loi pluriannuelle de mise en œuvre. C’est l’idée du « gouvernement économique » : tout le contraire de la règle dogmatique aveugle.

Mais d’autres enjeux ne peuvent plus être reportés aux calendes grecques, comme l’instauration de convergences sociales progressives, de règles communes anti-dumping social, d’une harmonisation fiscale et d’une véritable lutte contre l’évasion fiscale. C’est aussi le cas de la nécessité de politiques industrielles communes. Plus globalement, il est temps que les principes de coopération européenne, de juste échange, de lutte contre les inégalités se substituent à la concurrence libre et non faussée.

Telle doit être la mission historique de la France et de la gauche française : afficher clairement auprès de ses partenaires et des opinions publiques européennes une voie nouvelle.

Sans comparaison excessive, je crois qu’à vouloir différer l’obligation d’un nouveau compromis d’envergure avec l’Allemagne, en acceptant des décisions absurdes et dangereuses, qui plus est intenables pour ne pas froisser nos alliés, nous prenons un risque plus lourd de crise majeure et de repli national. On a connu ces « soulagements », où l’on signait des accords qui ne faisaient que différer l’échéance, qui devenait elle pourtant fatale. Alors, refusons aujourd’hui le TSCG et renégocions.

Pourquoi la France n’a pas besoin de se serrer davantage la ceinture

Créé par le 01 sept 2012 | Dans : Economie

Dans Libé du 29 août 2012

Par GUILLAUME DUVAL Rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques

L’économie française stagne et la zone euro est entrée en récession. La situation économique n’a aucune chance de se redresser notablement au cours des prochains mois. Prendre dans ce contexte des mesures d’austérité supplémentaires pour tenir, coûte que coûte, l’objectif de 3% du PIB de déficit public en 2013 freinerait davantage encore l’activité et pousserait le chômage vers les sommets. Avec au final, d’ailleurs, un déficit plus important que prévu comme le montrent la Grèce, l’Espagne ou l’Italie malgré des efforts considérables. Les réformes récentes de la surveillance budgétaire européenne – «six pack» et le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) – sont bâties autour de la notion de déficit structurel. Celle-ci corrige les déficits publics constatés telle ou telle année des effets de la conjoncture à ce moment-là. Quoi qu’on pense par ailleurs de la pertinence de ces réformes, elles fournissent ainsi un argument solide pour ne pas s’engager dans cette politique procyclique : l’objectif des 3% en 2013 doit lui aussi être apprécié en termes de déficit structurel et non de simple déficit constaté. Or, dans le cas de la France, nous atteindrons ce niveau de déficit en 2013 sans qu’il soit besoin de prendre de nouvelles mesures d’austérité cet automne.

Un coup de frein important. Quelle serait l’ampleur du coup de frein à l’activité dû à des mesures d’austérité supplémentaires ? La question est controversée parmi les économistes mais le Fonds monétaire international (FMI)a publié en octobre 2010 une importante étude (1) qui jouit depuis d’une certaine autorité en la matière. Le FMI concluait qu’une restriction budgétaire de 1% du PIB aboutit en moyenne à une baisse de 1% de la demande intérieure au bout de deux ans. Au niveau de la production, l’effet peut cependant être moindre à condition que les exportations se développent parallèlement grâce à une baisse du taux de change et à un dynamisme économique maintenu chez les partenaires commerciaux. Or de telles conditions ne sont guère réunies en France actuellement compte tenu de l’orientation très majoritaire de nos exportations vers la zone euro et du net ralentissement de l’économie des pays émergents. L’autre facteur susceptible de limiter l’impact d’un ajustement budgétaire – une détente monétaire – n’a lui non plus guère de chance d’avoir un effet significatif sur l’économie française vu le bas niveau des taux d’intérêt. Dans le contexte actuel, il y a donc lieu de supposer qu’une restriction budgétaire de l’ordre de 1,5 point entre 2012 et 2013 amènerait, au bas mot, une perte de PIB de 1,2 point et une hausse du chômage de 1 point (300 000 personnes).

La clé du «déficit structurel». Il faut donc absolument éviter de s’engager dans cette voie. Peut-on défendre cette position vis-à-vis des instances européennes sans pour autant remettre en cause les engagements de la France à leur égard ? Oui. La réforme de la coordination budgétaire menée depuis deux ans en Europe est fondée de manière centrale sur la notion de «déficit structurel» (2). Il existe différentes façons de calculer ce déficit qui aboutissent à des résultats notablement divergents. La Commission européenne a la sienne et publie de tels chiffres (3). Les dernières prévisions de la Commission, publiées au printemps 2012 (donc avant le collectif budgétaire voté cet été qui a déjà introduit d’importantes mesures de restriction budgétaires supplémentaires), indiquent que ce déficit structurel passerait l’an prochain sous la barre des 3% en France. La dégradation de la conjoncture intervenue depuis devrait certes creuser les prévisions de déficits courants, mais elle n’a aucune raison de changer la donne sur le plan des déficits structurels. Si on juge l’engagement de faire passer les déficits publics sous la barre des 3% du PIB en 2013 en termes de déficit structurel, conformément à l’esprit des réformes engagées, il n’est donc pas nécessaire de prendre des mesures d’austérité supplémentaires.

Pas de traitement de faveur. Il ne s’agirait pas, bien entendu, de demander un traitement de faveur pour la France mais bien d’apprécier ainsi l’ensemble des déficits en Europe. Nous serions d’ailleurs loin d’être les seuls à pouvoir, grâce à cela, desserrer un peu l’étau qui étouffe nos économies, ce qui pourrait aider à convaincre certains de nos voisins de l’intérêt d’une telle démarche… Au niveau de l’ensemble de la zone, le déficit structurel ne devrait être en effet que de 1,8% du PIB en 2013 selon les prévisions de la Commission européenne. Seuls cinq pays dépasseraient la barre des 3% du PIB : Malte, la Grèce, la Slovaquie, l’Espagne et l’Irlande. Ce ne serait pas la Grèce d’ailleurs qui serait la plus mal placée sur ce plan mais l’Irlande souvent présentée pourtant comme le «bon élève des pays en crise». L’évolution de la conjoncture depuis la publication de ces prévisions ne devrait pas en théorie affecter ces soldes structurels. Il n’y a donc pas lieu de demander de nouvelles mesures d’austérité aux douze autres pays de la zone euro et tout intérêt au contraire à y laisser jouer pleinement les «stabilisateurs automatiques» pour atténuer les effets de la nouvelle récession. Un tel mouvement serait également parfaitement compris par les investisseurs financiers, inquiets de voire la zone euro s’enfoncer dans la récession du fait des politiques budgétaires procycliques menées en son sein.

(1) Will it hurt, macroeconomics effects of fiscal consolidation, World economic outlook, IMF, october 2010, voir www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2010/02/pdf/c3.pdf

(2) Voir le texte du TSCG http://european-council.europa.eu/media/639232/08_-_tscg.fr.12.pdf et celui du nouveau règlement sur la mise en œuvre des procédures contre les déficits excessifs http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2011:306:0033:0040:FR:PDF

(3) Cyclical adjustment of budget balances, spring 2012 voir http://ec.europa.eu/economy_finance/db_indicators/gen_gov_data/documents/2012/ccab_spring_en.pdf

Auteur de : «la France d’après, rebondir après la crise», aux éditions les Petits Matins.

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