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La réforme du lycée porteuse d’une grave régression, par Michel Vignal, secrétaire national à l’Education

Créé par le 20 déc 2008 | Dans : Education

Suite à la mobilisation des lycéens et des professeurs, l’application de la réforme du lycée a été reportée d’un an par le couple Darcos-Sarkozy. C’est un recul. Il faut obtenir le retrait de cette réforme d’inspiration libérale.

Le MRC constate en effet que cette réforme vise à réduire fortement le nombre d’heures de cours donnés aux élèves, afin de réduire encore le nombre de postes d’enseignants. Ce sont pourtant près de 60 000 postes de personnels de l’éducation nationale qui ont été supprimés depuis cinq ans, et 13 500 sont déjà prévus au budget 2009.

Cette réforme mettrait en cause la diversité et la qualité des connaissances transmises car elle organise une baisse de 15 à 20%, selon les options ou modules à dominantes choisis, du temps consacré à l’enseignement des savoirs des différentes disciplines. Véritable « usine à gaz »du fait de sa complexité, elle ne faciliterait pas l’orientation des lycéens, en particulier ceux issus des milieux sociaux les plus démunis culturellement.

En outre, en développant l’autonomie de chaque lycée pour la mise en œuvre de la réforme, elle va renforcer l’application du principe de concurrence à tous les niveaux, à l’intérieur de chacun d’eux dans le choix des nouveaux modules d’enseignement et des disciplines, et à l’extérieur entre les établissements eux-mêmes dont l’inégalité, déjà présente, va s’accroitre avec cette nouvelle logique libérale. L’individu consommateur sera visé, bien loin de l’idéal de l’élève apprenti citoyen tel que l’a conçue l’école républicaine.

Xavier Darcos veut faire le « lycée light » : allègement des horaires, allègement des connaissances acquises, allègement de l’encadrement professoral, seraient le résultat de cette réforme si elle aboutit.

Le MRC est partisan d’un lycée structuré assurant une solide maitrise des différents savoirs. Un lycée déjà diversifié par l’existence des voies d’enseignement général, technologique et professionnelle entre lesquelles il faut développer les passerelles permettant aux élèves d’évoluer et de se réorienter.

Surtout, le lycée doit retrouver partout qualité et exigence afin de préparer un baccalauréat qui doit rester un examen national anonyme d’un niveau suffisamment exigeant. Toutes les disciplines scolaires actuellement enseignées doivent y garder leur place car elles sont constitutives de cette culture générale qui doit être commune à tous les élèves afin de leur offrir les meilleures chances de réussite à l’université ou dans la vie professionnelle.

Vendredi 19 Décembre 2008

MRC

N.B : Prochainement la publication de l’entretien exclusif de Michel Vignal au blog citoyen, socialiste et républicain sur les questions d’éducation.

Grève dans l’éducation : les revendications

Créé par le 19 nov 2008 | Dans : Education

Les enseignants de la maternelle à l’université, du public et du privé, sont appelés, jeudi 20 novembre, à faire grève et à manifester contre la politique menée par le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, et de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse. Cette grève s’annonce massive : 70 % de grévistes, selon le principal syndicat du secteur, le SNUipp-FSU. Les syndicats d’enseignants espèrent en effet mobiliser davantage que lors de la grève du 7 octobre, qui avait vu 5,37 % des enseignants cesser le travail, selon l’éducation nationale, et qui avait été qualifiée de « flop » par Xavier Darcos. Les motifs portent aussi bien sur les suppressions de postes que sur le contenu de la réforme du lycée. 

  • Les suppressions de postes. Les syndicats dénoncent les suppressions de postes dans l’éducation nationale (8 500 en 2007, 11 200 en 2008, 13 500 en 2009), notamment les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased). Ces mesures se traduisent selon eux par une dégradation des conditions de travail et annoncent un « recours massif à la précarité ». « Pour la première fois dans le premier degré, une augmentation de près de 20 000 élèves s’accompagnera de la suppression de 5 500 postes, et sans aucune concertation ou évaluation », estiment ainsi le SGEN-CFDT, le SE-UNSA et le SNUipp-FSU.

  • L’absence de dialogue social. « Les collègues sont excédés de la façon dont le ministre les traite, de la mise en cause de leur professionnalisme, des pressions administratives quotidiennes », regrette le syndicat SE-UNSA. « C’est le métier et l’engagement professionnel des enseignants des écoles au service des élèves qui sont dévalorisés, critiqués et remis en cause en permanence », estime pour sa part le SNUipp-FSU

  • La réforme du collège et du lycée. Le Snalc-CSEN, le syndicat national des lycées et des collèges, dénonce pêle-mêle « la mise à l’écart du tronc commun de seconde des enseignements scientifiques, les menaces sur les mathématiques et l’histoire-géographie en cycle terminal, la mise en concurrence des disciplines par le jeu des modules, la disparition programmée des options les moins immédiatement ‘rentables’, la baisse conséquente des horaires du tronc commun en rapport avec l’obligation de mettre en place des activités d’accompagnement dont la pertinence pédagogique reste à démontrer ».

  • La modification de la carte scolaire. Pour le SNES-FSU, « l’assouplissement de la carte scolaire renforce la ghettoïsation des établissements scolaires défavorisés. »

  • La réforme des concours de recrutement. Dans l’Appel du 8 novembre, de nombreuses associations regrettent « la suppression de l’année de stage qui suit la réussite au concours au nom de purs calculs budgétaires ». Le Snlac-CSEN dénonce, pour sa part, « la  réduction drastique, voire la suppression des épreuves purement disciplinaires dans les maquettes de concours proposées, l’agrégation dévoyée par l’introduction d’une épreuve de connaissance du système éducatif et/ou d’une épreuve professionnelle, le recrutement des futurs professeurs sur critères pseudo-professionnels, artificiels et arbitraires, l’introduction de la bivalence dans certaines maquettes de concours ».

  • La réforme du statut des enseignants-chercheurs. Pour le Snesup, il s’agit d’« empêcher sa dislocation en autant de pseudo-statuts régis localement par des présidents d’université transformés en managers aux pouvoirs étendus. Porter atteinte aux libertés scientifiques, considérer l’enseignement comme une punition (par des services alourdis) est une politique qui ruine l’enseignement supérieur et la recherche ».

Le Monde.fr du 19/11/2008

«L’éducation coûte trop cher ? Essayez l’ignorance !»

Créé par le 19 oct 2008 | Dans : Education

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé ce dimanche après-midi à Paris contre les suppressions de postes à l’Education nationale. 

«»La manifestation nationale pour la défense du service public d’éducation et contre les suppressions de postes a démarré ce dimanche après-midi place d’Italie à Paris, réunissant 80.000 personnes, selon les organisateurs.

Venus d’un peu partout en France, les manifestants, dont une majorité d’enseignants, doivent rallier la place de la Bastille, répondant à l’appel de 47 organisations qui redoutent que l’éducation ne soit plus une priorité.

Du cortège, surplombé par de nombreux et immenses ballons aux couleurs des syndicats, fusaient le slogan « Investir dans l’école c’est l’avenir » ou encore cette citation d’Abraham Lincoln: « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ». Une affiche fustigeait le ministre de l’Education, Xavier « Darcos médaille d’or du mépris ».

La mobilisation intervient avant l’examen à l’Assemblée nationale, le 4 novembre du budget de l’éducation qui prévoit 13.500 suppressions de postes en 2009, après 11.200 en 2008, et 8.500 en 2007.

Patrick Gontier, secrétaire général de la fédération Unsa, a qualifié le cortège de « première vraie manifestation de la rentrée sociale ».

« On a posé la question de l’éducation comme une question d’avenir et les gens sont au rendez-vous », s’est réjoui M. Gontier selon lequel « la crise économique renforce le besoin de cohésion et donc le besoin de service public. Dans les moments de crise, s’il n’y a pas de solidarité nationale, ce sont les plus démunis qui trinquent ».

Au-delà des slogans généraux entendus dans le cortège, de nombreux manifestants protestaient contre la suppression des Rased (maîtres spécialisés dans la lutte contre l’échec scolaire) en scandant « Agir pour la réussite de tous, c’est renforcer les Rased, pas les fermer ».

Dimanche matin, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a estimé que les raisons de la manifestation étaient « injustifiées et décalées ». En réponse, le leader de la FSU, Gérard Aschieri, « aimerait que le gouvernement cesse de faire l’autruche » et voit que la mobilisation de dimanche « exprime beaucoup de mécontentement et beaucoup d’attente en termes de postes mais aussi d’orientation, de lutte contre l’échec et réussite de tous les jeunes ».

Un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France « montre qu’on est largement compris », a insisté M. Aschieri en référence à une enquête selon laquelle 69% des personnes interrogées jugent « justifiée » la mobilisation des enseignants.

(Source AFP du 19/10/2008)

Selon Le Monde, plus de 200 000 manifestants contre les suppressions de postes dans la fonction publique

Créé par le 15 mai 2008 | Dans : Education, Santé-social-logement

Près d’un enseignant sur deux en grève, des lycéens formant le gros des cortèges dans les manifestations : l’éducation nationale et la question des suppressions de poste ont été au centre de la journée de mobilisation dans la fonction publique, mardi 15 mai.

Les chiffres fournis jeudi faisaient état d’une mobilisation importante des agents du secteur, aussi bien selon les méthodes de comptage du ministère que des organisations syndicales. Pour les collèges et lycées, les syndicats avançaient un taux de grévistes supérieur à 55 %, et atteignant 63 % dans les écoles. Selon le ministère de l’éducation nationale, les grévistes étaient 33,55 % dans le secondaire, et 46,16 % dans le primaire.

La question de la suppression des postes dans l’éducation était également au cœur des cortèges qui ont défilé jeudi dans plusieurs villes de France. Entre 200 000 et 300 000 personnes – selon les chiffres de la police ou des organisateurs –, ont participé à ces manifestations au niveau national. A Paris, ils étaient entre 50 000 et 60 000, selon la FSU (18 000 selon la police), à dénoncer la « politique de démantèlement » du service public du gouvernement et les suppressions de postes prévues en 2008-2009. Dans le cortège, Jean-Claude-Mailly, pour Force ouvrière, évoquait « une grogne et un mécontement » touchant l’ensemble des fonctionnaires, alors que François Chérèque (CFDT) dénonçait la « seule vision comptable » du gouvernement.

SERVICE MINIMUM PEU UTILISÉ

« C’est une mobilisation réussie qui marque un mécontentement extrêmement sérieux », s’est félicité Gérard Aschieri, de la FSU (majoritaire dans l’éducation). « La mobilisation d’aujourd’hui, qui est déjà une réussite, n’est qu’un prélude à celle de jeudi prochain », a de son côté prévenu Bernard Dieudevant, secrétaire départemental de la FSU.

A Paris, comme à Marseille ou Strasbourg, lycéens et enseignants formaient le gros des cortèges. Le président de l’UNL, Florian Lecoultre, expliquait jeudi matin au Monde.fr que cette mobilisation ne constituait pas un « baroud d’honneur » et que le mouvement lycéen se poursuivrait après le 15 mai. Le ministre du budget et de la fonction publique, Eric Woerth, a quant à lui estimé que « défiler avec des pancartes pour dire ‘je veux plus de moyens’, c’est une manière très égoïste de voir les choses ».

Pour faire face à la fermeture de nombreuses écoles, Xavier Darcos avait à nouveau demandé aux communes d’organiser un service minimum d’accueil, assuré par des agents communaux. Le dispositif a été refusé par la quasi-totalité des grandes villes, qui avancent des problèmes juridiques, d’organisation et le principe du respect du droit de grève. Près de 3 000 communes petites ou moyennes ont introduit ce service. Nicolas Sarkozy a promis, jeudi soir, que le gouvernement déposera avant l’été un projet de loi sur un « droit à l’accueil des enfants inscrits dans nos écoles » lors des mouvements de grèves et sur une déclaration préalable des enseignants grévistes.

 N.B :

Fonction publique d’Etat (2,54 millions d’agents) : 28,8 % des agents de l’Etat en grève, selon le ministère de la fonction publique.
Fonction publique territoriale (1,61 million d’agents) : 3 % des agents en grève, selon le ministère.
Hôpitaux (1,02 million d’agents) : 5,8 % des effectifs en grève, selon le ministère.

La Poste
(172 000 fonctionnaires et 116 000 salariés de droit privé) : 4,85 % des postiers en grève, selon la direction, autour de 10 % selon SUD.
France Telecom (108 000 salariés en France, dont 70 % de fonctionnaires) : 8 % du personnel en grève selon la direction.
ANPE (30 000 agents) : 5 % du personnel en grève, selon la direction. Trois agences sur plus de 800 ont fermé.
France 3 : 7 % des effectifs en grève, selon la direction. Les journaux de la mi-journée ont été perturbés.
Météo France : 23,7 % du personnel, selon la direction.
Aviation civile : aucun gréviste à Roissy ou Orly, selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

Le premier chiffre est fourni par la police, le second par les organisateurs des manifestations.

Paris : entre 18 000 et 50 000 manifestants.
Marseille : entre 7 000 et 30 000.
Nantes ; entre 5 000 et 7 000.
Grenoble : entre 7 000 et 15 000.
Toulouse : entre 7 000 et 15 000.
Lyon : entre 5 000 et 10 000.
Bordeaux : entre 6 200 et 10 000
Rennes : entre 12 000 30 000
Le Havre : entre 3 500 et 4 500
Rouen : entre 5 500 et 8 000
Caen : entre 3 000 et 8 000
Le Mans : entre 4 000 et 7 000
Strasbourg : entre 2 000 3 000
Lille : entre 4 000 et 6 000
Perpignan : entre 3 500 et 5 000

De la lettre aux éducateurs au rapport Pochard : la stratégie du décalage entre propos, intentions et actes, par Mathieu Dumoulin

Créé par le 14 mai 2008 | Dans : Education

Lettre aux éducateurs adressée à la rentrée, rapport de la commission Pochard rendu public en janvier, préparation de la rentrée 2008 avec l’attribution dans les établissements de dotations horaires globales réduites à la portion congrue, Nicolas Sarkozy dévoile dès la première année scolaire de sa présidence sa stratégie de démantèlement de notre système éducatif public, laïque et gratuit.

Médiatiquement et politiquement, le début de l’année scolaire fut marqué par la publication de la lettre du Président de la République aux éducateurs. Affectant d’afficher une conception équilibrée de l’éducation, rejetant d’un même geste le retour à une instruction d’un autre temps et l’éducation centrée sur l’enfant, ce texte peut faire illusion. Mais derrière cette rhétorique, se dessine le projet quinquennal de la majorité présidentielle porté par une vision libérale de l’école. Après un catalogue des difficultés du système éducatif auquel nous pourrions éventuellement souscrire (« l’autorité des maîtres […] ébranlée », « la culture commune […] effritée », « l’inégalité devant le savoir et devant la culture […] accrue », « les chances de promotion sociale […] réduites ») apparaît ce qui semble aujourd’hui être considéré comme la mission première de l’école : assurer l’acquisition des compétences réclamées par le MEDEF en relevant « le défi de l’économie de la connaissance et de la révolution de l’information ». L’ambition affichée dans ce texte pour des savoirs complets ne doit pas cacher l’asservissement promis de l’école au patronat.

Notons que dans les établissements scolaires, la communauté éducative semble se limiter aux seuls enseignants livrés à eux-mêmes, laissant planer un doute sur le devenir des personnels d’orientation, de vie scolaire, les personnels sociaux et de santé, dont l’intégration au système éducatif assure cohésion et cohérence.

Seules les responsabilités des enseignants, parents et élèves permettraient d’expliquer les échecs de l’école ou les réussites individuelles. Jamais ne sont évoquées les difficultés sociales et territoriales. Exclure l’école des réalités sociales qui l’entourent permet d’une part d’avorter le débat de transformation sociale pourtant nécessaire aujourd’hui et d’autre part de sacrifier sur l’autel du libéralisme le service public d’éducation. C’est en effet en culpabilisant et stigmatisant les enseignants que le Président annonce des réformes qui préfigurent les conclusions de la commission Pochard. On peut sans difficulté découvrir dans ces publications un postulat commun : l’amélioration de la qualité du système éducatif français s’accompagne de la destruction des cadres nationaux et de la baisse de la quantité, que ce soit de personnels avec les diminutions de postes, des diplômes avec la généralisation des bac pro en 3 ans au dépens de la filière BEP 2 ans – Bac pro 2 ans et des savoirs avec le socle commun des connaissances et des compétences.

En quelques lignes apparemment noyées au milieu d’envolées lyriques ponctuant ses propos, le Président présente le plus parfait bréviaire libéral en annonçant rapidement la suppression de la carte scolaire, l’autonomie des établissements ainsi que l’éclatement des statuts des enseignants assimilés à un « carcan ». Ces mesures, développées par la commission Pochard, ôteront le caractère national à l’éducation.

L’abandon de la carte scolaire est censé améliorer la mixité sociale dans les établissements en supprimant le brassage social et territorial institutionnalisé. Elle permettra en réalité d’initier le processus d’autonomisation des établissements, chacun pouvant choisir les élèves dignes de le fréquenter (du moins ceux dont la réputation leur permet d’être sélectifs) ou au contraire recueillir les élèves jugés indésirables ailleurs. A la ségrégation territoriale et sociale s’ajoute une méritocratie biaisée dont la finalité est de priver de leurs meilleurs éléments les établissements souffrant déjà de difficultés. Libre choix sera également laissé aux établissements dans leur projet et leur organisation.

Le cadre national du savoir commun minimal assuré par les programmes disparaît également au profit de la seule acquisition d’un socle commun dépouillé qui n’a rien à voir avec un nécessaire et salutaire recentrage sur les apprentissages fondamentaux. Les savoirs exigeants, professés à tous les jeunes résidant sur notre territoire et pensés comme porteurs de promotion sociale, sont abandonnés au bénéfice d’un minimum de connaissances et de compétences nécessaires à une utilisation professionnelle stricte dans une visée utilitariste. Deux types d’enseignements seraient ainsi assurés : un minimum pour tous avec moins d’heures de cours, un enseignement de valeur ambitieux et exigeant pour les élèves des « bons » établissements, ceux pouvant se vanter de mériter de « bons » élèves.

Le livre vert sur l’évolution du métier d’enseignant (autre nom du rapport Pochard) explicite les attaques lancées dans la lettre aux éducateurs contre les statuts des enseignants, définis nationalement, qui restent un des seuls freins à l’autonomie totale des établissements, fin libérale promise au service public d’éducation à la française. Dans la lettre aux éducateurs, le Président s’adressant aux enseignants promet : « vous serez mieux rémunérés, mieux considérés et à rebours de l’égalitarisme qui a trop longtemps prévalu, vous gagnerez plus, vous progresserez plus rapidement si vous choisissez de travailler et de vous investir davantage ». Au-delà de l’injure qui est faite aux professeurs jugés actuellement peu consciencieux, ceci annonce le délitement des statuts auxquels sont attachés les enseignants si on considère la victoire syndicale du printemps 2007 conduisant à abroger le décret de Robien.  

La mise à mal des statuts passe par l’individualisation et la contractualisation. Le rôle accru du chef d’établissement, pressenti comme responsable de la dimension pédagogique de l’évaluation par exemple, pèsera sur la rémunération et l’évolution de carrière des enseignants. Ainsi les réponses aux revendications portant sur l’évolution du pouvoir d’achat sont déconnectées de la politique salariale. Les propositions affichées d’introduire des primes à la performance et au mérite, de compenser des missions non statutaires par des indemnités ou encore de recourir massivement aux heures supplémentaires sont de fausses solutions. Il suffira de biaiser les indicateurs pour ne plus être performant ; il suffira d’élargir les missions des enseignants pour que les tâches non statutaires le deviennent subitement ; il suffira d’augmenter le temps de travail ou d’annualiser le service des enseignants pour que certaines heures ne soient plus supplémentaires. Rappelons avec force que la question du pouvoir d’achat des fonctionnaires ne peut être dissociée de la revalorisation du point d’indice.

Les heures supplémentaires sont au centre des préoccupations actuelles des établissements. Le ministère compense la suppression d’un grand nombre de postes d’enseignants en transformant une partie des heures postes en heures supplémentaires. Ainsi les établissements reçoivent actuellement des dotations globales horaires dans lesquelles les heures supplémentaires apparaissent massivement. Sur des heures postes interviennent des enseignants titulaires de l’établissement ou des enseignants titulaires remplaçants. Sur des heures supplémentaires ne peuvent intervenir que des enseignants titulaires de l’établissement dont les services dépassent les maxima définis par les statuts ou des enseignants précaires recrutés par contrat. Par l’importance du nombre d’heures supplémentaires ne pouvant être assurées par des titulaires, le ministère impose de fait le recours à des enseignants précaires au statut de vacataire. Le ministre affiche le peu d’intérêt qu’il porte à l’enseignement de qualité assuré par des professeurs recrutés sur des concours nationaux et prouve son attachement à la précarité qui assure des conditions de travail inadmissibles. Rien ici ne concourt à la revalorisation de la fonction enseignante pourtant proclamée !

Le rapport Pochard colle à cette actualité en préconisant d’autres voies d’accès à l’enseignement que le concours national. La certification est une des pistes évoquées. Les étudiants titulaires d’un master pourront être recrutés pour assurer des fonctions d’enseignant. La généralisation du contrat comme référentiel de recrutement enterrera le concours dont l’organisation est jugée trop coûteuse et qui reste un rempart à la casse des statuts et du service public d’enseignement.

La marque de fabrique du nouveau Président de la République réside sans aucun doute dans le décalage abyssal existant entre les propos (exprimés), les intentions (souvent masquées) et les mesures (suggérées à la hussarde). Le traitement réservée à la laïcité en offre un des exemples les plus éclairants : alors que les propos utilisés dans la lettre pouvaient apparaître comme rassurants pour la laïcité, ils avaient été très vite invalidés, pour qui aurait été abusé en dépit de penchants communautaristes ou d’accointances douteuses pourtant de notoriété publique, par le fameux discours du Latran dans lequel était théorisée la prétendue supériorité du prêtre sur l’instituteur, puis par celui de Ryad, véritable ode au sentiment religieux. Les paroles n’engagent décidément que ceux qui y croient ou qui veulent bien y croire…

Mathieu DUMOULIN

Membre de l’AGAUREPS-Prométhée

(Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée)

Article publié dans www.agaureps.net et dans http://www.gaucheavenir.org/ en avril 2008

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