Gauche anti-libérale

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Colloque avec Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg: « L’Europe dans la mondialisation: que faire? »

Créé par le 25 août 2011 | Dans : a-Fédérations MRC d'Aquitaine, Battre campagne, Gauche anti-libérale, Parti socialiste, Pour une autre Europe

Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg débattront ensemble de la crise, de l’Europe et de la mondialisation, après une discussion entre Jacques Sapir, Jean-Michel Quatrepoint et Olivier Ferrand.


Date : mardi 30 août 2011 à 18h30
Lieu : 101 Rue de l’Université, 75007 Paris

Présentation du colloque :
Forum de négociation comprenant désormais 27 pays, l’Union européenne fait face à de nombreux défis. L’enjeu de cette rencontre est de faire émerger des pistes concrètes pour permettre d’affronter la crise de l’euro qui se mue en crise de l’Europe.
Permettre à l’Europe de peser sur la marche du monde, de renforcer son autonomie, d’agir, tel est le but des réflexions de ce colloque. 19H00 : « Protectionnisme, euro et démocratie »
Que peut l’Europe dans la mondialisation ? Comment agir ? Comment convaincre nos partenaires d’une réorientation des politiques économiques sur notre continent ? La place de l’Europe dans la mondialisation est au cœur des solutions politiques à apporter. L’urgence d’agir est désormais évidente face à la crise de l’euro.

Avec :
-Jacques Sapir, économiste, auteur de « La Démondialisation », Le Seuil 2011

-Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste, auteur de « Mourir pour le Yuan? », Bourin, à paraitre septembre 2011


-Olivier Ferrand, Président de Terra Nova
 

20H30 : Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement échangeront sur leurs visions respectives de l’avenir de l’Europe.
Loin de confondre internationalisme et supranationalité mais attachés à l’idée européenne et au projet de la voir s’ériger en acteur indépendant face au G2, Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement s’attacheront à définir leur vision de l’Europe, du rôle de la France dans celle-ci et du rapport au monde que peut entretenir notre continent…
Pour assister à ce colloque, envoyer un mél à l’adresse suivante en spécifiant votre nom et votre prénom : inscription.colloque30aout@gmail.com

http://www.chevenement.fr/index.php?preaction=view_nl&nl=95109&id=3394846&idnl=95109

Nélia E SILVA
______________________________________________
MRC – 3 avenue de Corbéra – 75012 Paris
téléphone : 01 55 78 05 40 – télécopie : 01 55 78 05 50
courriel :
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Pour une anti-candidature à l’élection présidentielle de 2012

Créé par le 10 août 2011 | Dans : Gauche anti-libérale

Point de vue | LEMONDE.FR 

par Christian Maurel, sociologue

La proposition d’une anti-candidature a de quoi surprendre au moment où, de la droite la plus extrême à la gauche la plus radicale, chacun affûte ses armes et, avec la servile complicité des médias télévisuels, fait assaut de bons mots, de critiques et de formules lapidaires.

On parle peu de programmes. Personne n’en a réellement un d’original qui puisse mettre en éveil la conscience du citoyen tant les contraintes du système économique, financier et social imposent un resserrement des propositions et un étouffement de la pensée politique.

Il y a un seul enjeu réel : gagner la plus grande part possible d’un marché électoral qui, si l’on en juge par la participation aux dernières consultations, est en train de se réduire. De moins en moins de personnes croient au sauveur suprême. Se présenter comme une « force tranquille » avait permis, il y a trente ans, de faire élire un président du changement qui n’a fait que conforter un système. Un « candidat normal » pourrait aujourd’hui rafler la mise en renvoyant tous les autres à leurs inconséquences, tares et pathologies. Quelle misère politique ! Quel affaiblissement du débat public et quelle dégénérescence de la démocratie ?

Et pourtant, ici en France, ailleurs en Europe et dans le monde, grandissent le besoin et la volonté de s’emparer des questions de société, de se projeter dans un autre avenir, de construire de nouvelles figures de l’homme et des rapports collectifs. Commençons chez nous. Les prochaines échéances électorales nous en offrent les possibilités comme le furent les cahiers de doléances et les Etats généraux de 1789.

Que doit donc proposer et défendre une anti-candidature présidentielle pour 2012 ? Elle ne doit pas revendiquer le pouvoir présidentiel avec toutes les compétences législatives, réglementaires et régaliennes qui sont aujourd’hui les siennes. C’est donc une candidature totalement anormale, c’est-à-dire hors norme. Elle doit s’attacher à reconstruire la puissance démocratique d’agir d’un peuple qui en a été dépossédée au profit d’oligarchies de toutes natures, qui a été trop souvent trompé et de toute façon jamais entendu. Il s’agit enfin de passer du « pouvoir sur » qui est domination, au « pouvoir de » qui est émancipation. Ne plus rentrer dans la normalité qu’imposent nos institutions contraintes par un réalisme économique qu’on nous dit incontournable (par exemple réduire la dette, sauver l’Europe et l’euro, maintenir la compétitivité des entreprises…). Il faut, au contraire, rendre aux citoyens leur souveraineté normative qui consiste à faire la loi et à dire le droit.

DES ETATS GÉNÉRAUX DE LA TRANSFORMATION SOCIALE ET POLITIQUE

Quel serait le « programme » – si toutefois on peut encore utiliser ce terme – de cette anti-présidence et des forces vives qui se reconnaîtraient dans son projet ? La réponse est simple même si la mise en œuvre l’est moins et demanderait un travail d’organisation et de mobilisation des structures que se sont données les citoyens : associations, collectifs d’habitants, syndicats, mouvements sociaux, entreprises d’économie sociale et solidaire… Il s’agirait d’organiser des Etats généraux de la transformation sociale et politique alimentés par des cahiers de doléances, de propositions et de revendications élaborés contradictoirement et après débat par des habitants là où ils vivent, travaillent, luttent, étudient, et rendre ainsi à ceux qui en ont été dépossédé les compétences à s’exprimer, analyser, délibérer et arbitrer.

Ces Etats généraux déboucheraient sur une assemblée constituante, une nouvelle déclaration des droits fondamentaux, une organisation de l’Etat et de ses services répondant aux besoins des citoyens et contrôlant les pouvoirs économiques, financiers et de production. Il faut en effet reprendre les choses par un autre bout si l’on veut rendre aux citoyens leur puissance souveraine et démocratique d’agir. Cela commence par la mise en place d’un grand service d’éducation populaire et permanente qui rassemblerait ce qui, actuellement, a noms d’éducation nationale, de ministère de la culture, de secrétariat à la jeunesse, aux sports et à la vie associative. Car c’est là, d’une manière plurielle, contradictoire et si nécessaire conflictuelle, que peut se former et se forger une intelligence collective et politique à la dimension des enjeux de notre temps.

Car, en effet, cette anti-candidature présidentielle est dictée par quelques raisons et enjeux de taille qui indiquent l’urgente nécessité d’agir et de faire de la politique autrement :

  • Une crise économique, sociale et écologique qui impose que les citoyens ne délèguent plus leurs pouvoirs mais reprennent leur destin en main ;
  • Un redéploiement des inégalités qui précarise honteusement plusieurs millions de personnes et menace gravement le corps social et politique ;
  • Une démocratie délégataire et un Etat social à bout de souffle, dans lesquels de nombreux citoyens ne se reconnaissent plus et qui les abandonne chaque jour un peu plus à leur triste sort.

N’attendons pas plus longtemps. Il sera bientôt trop tard. Prenons nos responsabilités. Sinon nous risquons la violence destructrice et la barbarie. L’histoire dramatique du dernier siècle doit nous servir de leçon.



Christian Maurel est aussi cofondateur du collectif national Education populaire et transformation sociale. Il a publié Education populaire et puissance d’agir. Les processus culturels de l’émancipation (L’Harmattan, 2010).

Affaire DSK, révélatrice de la décomposition intellectuelle, morale et politique de la gauche, par Philippe Corcuff

Créé par le 26 juil 2011 | Dans : Articles de fond, Gauche anti-libérale

« L’affaire DSK », lieu de projection de fantasmes multiples, se présente comme un révélateur d’une série de processus désagrégateurs à gauche.

Si, dans le versant américain de « l’affaire DSK », les préalables rituels sur « la présomption d’innocence » et sur le respect de « la présumée victime » ont souvent été formellement répétés, nombre de commentateurs, le plus souvent de manière implicite, n’ont guère tenu sur la double qualité d’ »accusé » et de « plaignante » des deux protagonistes. Pourtant cette double qualification devrait encore être valable aujourd’hui, tant d’ailleurs en ce qui concerne les accusations aux Etats-Unis de Naffisatou Diallo que celles de Tristane Banon en France, en souhaitant que, dans les deux cas, des procès équitables puissent aller jusqu’à leurs termes. Beaucoup de commentaires se sont ainsi précipités dans un sens, puis dans l’autre, dans une logique de marionnettes de l’immédiateté peu pourvues d’esprit autocritique. C’est dans un tel climat de surproduction de commentaires imprudents que se sont tout particulièrement engouffrées des défaillances travaillant les gauches.

Dès le départ, des théories du complot abracadabrantes ont fait florès sur Internet, avec l’onction déconcertante de dirigeants socialistes. Il apparaît éclairant d’introduire ici une distinction entre « les complots », susceptibles de rendre compte d’aspects de la réalité, et « les théories du complot », erronées du point de vue des grandes pensées critiques. Certes l’histoire humaine n’échappe pas aux manipulations cachées (et, outre le viol, l’une des éventualités dans le volet américain de « l’affaire » consisterait en une banale arnaque). Toutefois, les théories du complot en veulent davantage : que des puissants supposés omniscients (comme M. Sarkozy/M. Poutine) aux ramifications omniprésentes (les services secrets français et/ou russes, le groupe Accor, la police new-yorkaise, etc.) tirent dans l’ombre presque toutes les ficelles de ce qui arrive, sans place pour le hasard historique, ni la pluralité des logiques.

Les travaux des sciences sociales ont fréquemment invalidé ce schéma par divers bouts :

  • Des structures sociales (rapports de classes, de genres, coloniaux et postcoloniaux, hétéronormés, etc.) contraindraient de manière non nécessairement consciente les comportements humains ;

  • Des dynamiques inintentionnelles se déploieraient dans l’action humaine : le résultat de la rencontre d’intentions allant dans des directions différentes au sein de circonstances non choisies tendrait à échapper à la maîtrise de chacun des acteurs en présence, même si ceux-ci produisent souvent des effets inégaux en fonction de leurs ressources respectives ;

  • L’explication d’un événement recourrait à plusieurs facteurs en interaction, et non pas un seul.

Pourtant, le doute autodévorant et les sous-entendus (« Vous savez bien… ») propres aux rumeurs conspirationnistes ont débordé à gauche une telle critique raisonnée. Il est vrai que les milieux socialistes se sont peu ressourcés intellectuellement ces dernières années. Quand les références à Marx et à Jaurès sont remplacées par des scénarios puisés dans James Bond et SAS, on n’est pas loin d’atteindre le fond de la décomposition intellectuelle !

D’autre part, les yeux rivés sur la suite 2806 du Sofitel New York, on a moins vu ce qui, dans l’exhibition décomplexée d’une fortune, jurait avec les définitions classiques de la gauche. La gauche n’est-elle pas historiquement liée à l’expression politique des difficultés et des aspirations du salariat dans la perspective d’une répartition radicalement autre des richesses ? Mais alors comment pouvait-il y avoir un si large consensus au sein de la gauche officielle pour que DSK, par ailleurs directeur général d’une institution internationale capitaliste imposant une purge néolibérale au peuple grec, puisse en être le meilleur représentant ? Quelles différences arguer sur ce plan avec le président bling bling du Fouquet’s, en-dehors de celui nauséabond des usages électoralistes du sécuritaire et de la xénophobie ? Installée dans un tel brouillard éthique et politique, la gauche ne voyait même pas de problème à ce qu’un adversaire de classe des exploités l’incarne ! L’auto-aveuglement collectif a atteint ici son point d’intensité maximale.

Au sein de l’Internet critique, des traces de confusion intellectuelle sont aussi apparues. Pour quelques-uns, DSK était coupable parce que riche ! Se souvient-on des âneries maoïstes à Bruay-en-Artois dans les années 1970, quand un notaire devait être coupable parce que notaire ? Les rapports de classes sont bien une composante indispensable à une boussole de gauche. Cependant une telle boussole se caractérise par des repères généraux éclairant des dimensions importantes du fonctionnement de nos sociétés, mais ne constitue pas un bulldozer écrasant la singularité indépassable des personnes et des situations concrètes.

Une pente dogmatique analogue a touché des zones de l’Internet féministe. La critique de la domination masculine se présente également comme une composante nécessaire d’une boussole de gauche sans non plus dicter sa loi à la singularité des circonstances particulières. L’apport essentiel du féminisme à ce débat a permis de pointer la prégnance de stéréotypes sexistes dans l’espace public. Quelques discours ont pu toutefois laisser entendre que DSK était a priori coupable parce qu’homme, bien qu’une légitime prudence sur ce point ait été aussi active dans les rangs féministes (par exemple dans les interventions nuancées de Clémentine Autain).

Le vide politique actuellement atteint par la gauche institutionnelle s’est aussi manifesté dans l’oubli que l’idéal démocratique s’appuie d’abord sur une logique citoyenne. Or on réduit souvent la démocratie à des mécanismes professionnalisés de représentation dessaisissant les citoyens. Partant, l’attente de « l’homme providentiel » se révèle fréquemment décevante. La gauche ne suppose-t-elle pas plutôt une répartition radicalement autre des pouvoirs ?

« L’affaire DSK » met en évidence que la gauche est plus que jamais à reconstruire. Elle a besoin de la réinvention d’une boussole associant, entre autres, inégalités de classes, rapports de genres et critique libertaire de la professionnalisation politique, mais dans l’attention à la singularité des individus et des situations comme dans une culture intellectuelle de la perplexité raisonnée se prémunissant face aux délires conspirationnistes.

Tribune parue dans Le Monde du 26/07/2011



Philippe Corcuff est l’auteur du B.a.-ba philosophique de la politique pour ceux qui ne sont ni énarques, ni politiciens, ni patrons, ni journalistes (Textuel, 2011).

«Aucune politique de gauche n’est possible avec l’euro»

Créé par le 12 juil 2011 | Dans : Articles de fond, Economie, Gauche anti-libérale

Recueilli par Dominique Albertini dans Libé en ligne du 12/07/2011

Grèce, Portugal, demain peut-être l’Italie… La crise des dettes souveraines menace la stabilité de la zone euro et fait la monnaie unique un enjeu de la prochaine élection présidentielle. Libération.fr donne la parole à des économistes partagés sur l’avenir de l’euro.

Premier entretien: un partisan de la sortie de l’euro, Jacques Nikonoff, professeur associé à l’Université Paris VIII, porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), ex-président d’Attac et auteur de Sortons de l’euro!.

Pourquoi faudrait-il, selon vous, sortir de l’euro?

Parce qu’aucune politique de gauche n’est possible avec l’euro. Par exemple, sans être responsable du chômage, de la précarité et de la pression sur les salaires, l’euro a aggravé ces phénomènes et empêche de les résoudre. L’euro est surévalué, il est trop cher. Donc il réduit nos exportations, accélère les délocalisations, encourage les importations, fait pression sur les salaires. De plus, il a été conçu comme une monnaie de réserve concurrente du dollar pour attirer les capitaux; la BCE a donc mené une politique de taux d’intérêt élevés qui a dissuadé l’emprunt et bloqué la croissance.

Enfin, la monnaie unique entraîne une politique monétaire unique pour des pays aux situations économiques très différentes: certains ont besoin de taux d’intérêt forts, d’autres faibles. Des pays comme l’Allemagne ont des conceptions monétaires héritées de leur histoire, qui interdisent aux banques centrales de prêter à l’État.

Quel serait le scénario d’une sortie de l’euro?

D’abord, il faut la victoire électorale d’un rassemblement qui comprenne que la sortie de l’euro est la condition pour résoudre le problème de l’emploi, des salaires et de la protection sociale. Le soir même de son élection, le nouveau président de la République devra annoncer qu’il convoquera un référendum le jour des législatives. Il posera la question: «Acceptez-vous que la France se retire de l’Union européenne, conformément à l’article 49A du Traité de Lisbonne?». Avec pour conséquence la sortie de l’euro et la suppression du titre 15 de notre Constitution qui a intégré le traité de Lisbonne malgré le résultat négatif du référendum de 2005 !

Ensuite?

Ensuite les choses vont très vite: le nouveau président annonce la réquisition de la Banque de France, des banques et des compagnies d’assurance, le contrôle des mouvements de capitaux et des changes, la dévaluation du franc qui devient non convertible, l’annulation des plans d’austérité, la hausse du SMIC et des allocations chômage, l’échelle mobile des salaires et des prix, la fermeture provisoire de la Bourse et celle, définitive, du marché obligataire. Pour financer l’Etat, il impose aux banques et aux compagnies d’assurance l’achat régulier de bons du Trésor, et à la Banque de France de lui prêter sans intérêt.C’est Noël…

C’est la solution! A la Libération, comment finance-t-on la reconstruction? Par la création monétaire qui permet de redémarrer très vite l’activité économique. Ce n’est pas de la magie, c’est de l’histoire économique.

Pourquoi ne pas plaider d’abord pour une réforme de la gouvernance de l’euro, qui permette aux Etats de décider eux-mêmes de la politique à suivre?

C’est impossible. La Banque centrale européenne est indépendante, elle ne peut pas être gérée par les États. De plus, les traités disent que la concurrence doit être libre et non faussée. Or, une politique économique implique justement de changer les conditions de la concurrence. Enfin, il faudrait l’accord unanime des 27 pays membres pour changer le traité de Lisbonne, ce qui n’est pas envisageable à court terme.

Les partisans de l’euro prédisent une explosion de la dette en cas de sortie. Que répondez-vous?

Partout, il faut faire défaut sur la dette, c’est à dire arrêter de rembourser les spéculateurs. La dette vient des politiques néolibérales qui ont encouragé la spéculation. A partir de 1973, une loi a interdit à la Banque de France de prêter à l’Etat sans intérêts. C’est à partir de cette époque que la dette a commencé à s’accumuler. Dubaï il y a deux ans, l’Argentine en 2002, ont fait défaut sur leur dette, avec succès. C’est un non-problème.

La dévaluation du franc nouveau n’aboutirait-elle pas à une guerre des dévaluations en Europe?

Ce n’est pas un argument sérieux, car si les autres pays restent dans l’euro, ils ne pourront dévaluer! En France, il y a eu dix-sept dévaluations au XXe siècle. Certaines ont réussi, d’autres non. La démarche que je propose n’est pas agressive. Au contraire, la France devra négocier des accords bilatéraux sur la base de la Charte de la Havane, conçue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui préconise un commerce fondé sur l’équilibre de la balance des paiements. En sortira un nouvel ordre commercial qui rejette le libre-échange et favorise la coopération. Les pays qui ne signeront pas ces accords visant à la construction de ce nouvel internationalisme se verront exposés, c’est vrai, à des mesures protectionnistes.

Si le nouveau franc est dévalué, il faudra payer beaucoup plus cher pour certains produits importés, comme le pétrole?

C’est un sujet tout à fait réel, d’autant que les importations d’énergie représentent les deux tiers du déficit français. Il faudra mettre en place un fonds de stabilisation des prix du pétrole. Nous sommes actuellement obligés d’avoir quatre-vingt-dix jours de réserves stratégiques. Portons ce stock à un an. Pour l’alimenter, pourquoi ne pas explorer des partenariats avec un producteur comme le Venezuela, avec qui on pourrait payer en échange de services et non de dollars, par exemple? Par ailleurs la taxe sur les produits pétroliers (TIPP) doit être ajustable pour lisser les prix à la pompe.

Quelle différences entre ce plan et celui que propose le Front national?

Elles sont très simples: pour le FN, la sortie de l’euro est un but en soi à vocation de racolage électoral sans aucune chance de succès, alors que pour moi il ne s’agit que d’un moyen de résoudre les problèmes du pays. Ensuite, cette sortie doit s’inscrire dans une visée universaliste, pas nationaliste, pour aller vers un nouvel ordre commercial international fondé sur la solidarité et la coopération et non sur la confrontation. La sortie «groupée» de l’euro proposée par le FN est illusoire, car les pays qui sortiront le feront chacun à leur rythme. Enfin, Marine Le Pen propose de négocier pendant six à huit mois: pendant ce temps, la France sera livrée au pillage des marchés financiers.

Il semble peu probable que le vainqueur de 2012 soit un anti-euro…

On ne sortira pas de l’euro en 2012 sous cette forme. Mais il est clair que tout ceci va exploser. On ne sait juste pas quand, ni comment.

RÉSOLUTION DU 1ER CONGRÈS DU M’PEP DANS LA PERSPECTIVE DES ÉLECTIONS DE 2012

Créé par le 04 fév 2011 | Dans : Débats autour de la refondation de la gauche, Gauche anti-libérale

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 3 février 2011.

Plus d’une centaine de délégués ont participé au 1er congrès du M’PEP qui s’est tenu à Saint-Denis (93) du 28 au 30 janvier 2011. Ils ont adopté la résolution suivante :

Dans le cas où le Front de gauche ne s’ouvrirait pas à d’autres forces politiques de la gauche radicale, qu’il ne clarifierait pas sa position sur la crise de l’Union européenne, et n’engagerait pas un large débat sur la nécessaire sortie de l’euro, laissant ainsi le chemin libre au Front national et à des gaullistes de droite, le M’PEP n’écartera pas l’hypothèse de présenter ses propres candidates et candidats aux élections présidentielle et législative de 2012. Il prendra la décision lors d’un congrès extraordinaire début 2012.

La lutte pour la sortie de l’euro est la suite logique du « non » de gauche au référendum sur le traité de Maastricht en 1992 qui avait notamment pour but d’adopter le principe de la monnaie unique. Elle est également dans la continuité du « non » de gauche au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 qui a donné le traité de Lisbonne. Toutes les raisons qui avaient justifié le « non » de gauche à l’euro en 1992 se confirment aujourd’hui : remise en cause de la souveraineté populaire et nationale, l’euro n’avait pas qu’une vocation monétaire mais il était aussi un prétexte pour forcer la main aux États et les contraindre à s’engager dans une voie fédéraliste ; nivellement par le bas des salaires, de l’emploi et de la protection sociale ; accélération de la circulation des capitaux, alimentant le développement de la bulle financière au détriment de l’économie réelle ; complication dans la mise en œuvre de politiques de gauche ; retrait de la politique et des institutions monétaires du champ de la sphère politique et leur remise entre les mains des marchés financiers au motif de leur « indépendance »…

Dix ans après la mise en place de l’euro, son bilan est accablant. Les plans d’austérité qui frappent la quasi-totalité des pays membres de l’Union européenne, particulièrement dans la zone euro, sont présentés pour « sauver » la monnaie unique alors que cette dernière devait être un « bouclier » contre la spéculation. Jamais le niveau de vie des populations n’avait été si brutalement attaqué.

Face à cette situation lourde de menaces sur les plans social, économique, environnemental, démocratique, la gauche de gauche reste ambigüe vis-à-vis de l’Union européenne. Elle ne propose que de « changer les statuts de la Banque centrale européenne » pour, notamment, lui permettre d’acheter des titres des États sur le marché primaire obligataire. Cette perspective n’est pas réaliste ni crédible, en tout cas dans un délai bref. Car pour changer les traités européens il est nécessaire d’obtenir l’accord unanime des vingt-sept pays membres de l’Union européenne. Comment imaginer un seul instant que ces pays, dirigés pour la plupart par la droite ou la « gauche » social-libérale, se transmutent brutalement pour mener une politique monétaire de gauche à l’échelle européenne alors qu’ils mènent une politique très à droite dans leurs pays respectifs ? Il est particulièrement démobilisateur de faire croire que la seule issue à la crise de l’Union européenne serait une modification des traités, en refusant par principe et sans débat toute initiative nationale unilatérale comme, par exemple, la désobéissance européenne.

Le M’PEP ne laissera pas la bataille pour la sortie de l’euro dans les seules mains de l’extrême droite et des gaullistes de droite. Le Front de gauche doit combattre clairement et frontalement l’Union européenne qui fait partie des piliers de l’ordre néolibéral mondial, au même titre que l’OTAN, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation mondiale du commerce et l’OCDE. La sortie de l’euro est une revendication de gauche, elle permet de sortir de l’ordre monétaire néolibéral et de restaurer la souveraineté monétaire. Il existe en effet des politiques monétaires de gauche et des politiques monétaires de droite. En cas de victoire électorale de la gauche – quel que soit le pays -, il n’y a aucune raison de laisser la politique monétaire aux mains de la droite et des marchés financiers en épargnant la Banque centrale européenne et son « indépendance ». Il faudra au contraire s’émanciper de la Banque centrale européenne et renationaliser la politique monétaire autour de la Banque de France.

Mais il y a plus, car si la sortie de l’euro est un acte politique fondateur nécessaire, ce n’est pas suffisant. Une véritable politique de gauche, s’engageant dans la perspective d’un socialisme du XXIe siècle, doit également mener la lutte sur trois autres fronts principaux :

1.- La gravité de la crise a rendu obsolète la simple revendication de la « régulation » des marchés financiers ou de taxes sur les transactions financières. Il faut, aujourd’hui, s’attaquer réellement à la domination des marchés financiers et organiser leur démantèlement, arrêter le financement des États par les marchés financiers en supprimant le marché obligataire, organiser le dépérissement de la Bourse, etc. Le M’PEP dispose de propositions solides qu’il met à la disposition du débat public.

2.- Aucune politique salariale ambitieuse, ni le redressement de la protection sociale, ne seront possibles dans un univers qui restera dominé par la guerre commerciale et la concurrence entre les travailleurs qu’est le libre-échange. Des mesures protectionnistes aux frontières de l’Union européenne, telles qu’elles sont parfois évoquées, seraient inefficaces puisque les deux tiers du commerce de l’Union européenne sont intra-européens, l’ « élargissement » ayant précisément été décidé pour offrir des bases de délocalisations à des pays comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni… Il faut des mesures protectionnistes unilatérales, dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane de 1948. La gauche doit le dire clairement et se libérer du tabou du protectionnisme.

3.- La suppression du chômage et de la précarité, et non leur simple diminution, doivent devenir des perspectives crédibles. C’est en effet pour rediscipliner le salariat des pays occidentaux, après les grandes luttes syndicales des années 60 et 70, que les classes dirigeantes ont organisé consciemment le chômage et la précarité de masse. Le M’PEP met en débat le droit opposable à l’emploi. Ce n’est pas le travail qui manque, c’est l’emploi. Il existe en effet suffisamment de besoins individuels et collectifs non satisfaits pour y répondre par la création d’emplois, en particulier dans le secteur non-marchand : éducation, santé, culture, transports, logements, environnement, agriculture, sport, loisirs… Grâce à la mise en place de tuteurs en entreprise, ces emplois seront notamment un moyen efficace d’insérer socialement et professionnellement les centaines de milliers de jeunes sortis du système éducatif sans diplôme ni qualification et qui végètent sans aucun espoir. Dans le secteur marchand, il faudra interdire les délocalisations et généraliser la relocalisation industrielle et agricole de la France, tout en organisant la mutation écologique du mode de production de ces secteurs. Le financement de ces emplois reposera sur un partage plus juste des richesses : ce sont dans un premier temps 10% du PIB qui devront être mobilisés (170 milliards d’euros chaque année) pour financer au moins 4 millions de salaires.

Malgré toutes ses réticences vis-à-vis des institutions de la Ve République et particulièrement de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, le M’PEP n’écartera donc pas l’hypothèse de présenter ses propres candidates et candidats aux élections présidentielle et législative de 2012 si le Front de gauche ne s’ouvre pas à d’autres forces de la gauche radicale et ne clarifie pas sa position sur la crise de l’Union européenne et la nécessaire sortie de l’euro. Le M’PEP prendra la décision lors d’un congrès extraordinaire au premier trimestre 2012. Il conduira une réflexion approfondie sur une nouvelle République.

Le M’PEP rappelle qu’il est favorable à la construction d’une grande force politique de gauche, rassemblant toutes les sensibilités de la gauche de gauche. Il se veut un partenaire du Front de gauche dans la mesure où ce dernier préfigurera cette grande force politique, ouverte, pluraliste, démocratique, efficace, dynamique.

Résolution adoptée par le Congrès du M’PEP le 29 janvier 2011.

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