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Hommage à Fidel Castro – Rencontre historique entre Fidel et Hollande

Créé par le 12 mai 2015 | Dans : Amérique Latine, Gouvernement

Hommage à Fidel Castro  -  Rencontre historique entre Fidel et Hollande dans Amérique Latine

Marie-Arlette Carlotti: «Personne n’est inemployable»

Créé par le 01 fév 2013 | Dans : Gouvernement

20 Minutes           Mis à jour le 31/01/2013 à 20h20

POLITIQUE – Ministre chargée des personnes handicapées et de la
lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti annonce le lancement
du 3e plan autisme le 2 avril et détaille le plan pauvreté du
gouvernement…

Vous avez annoncé un 3e plan autisme. Quand sera-t-il lancé?

Dès mon arrivée au ministère, j’ai réuni le comité national de
l’autisme qui rassemble les plus grandes associations. J’ai découvert
une immense souffrance à ce sujet. Les familles sont souvent seules,
avec peu d’information et en manque de soutien. Le 2e plan
autisme a créé 24 centres de ressources (un par région). Je veux
d’abord soutenir les parents. On ne peut plus les laisser seuls. Je
souhaite, par exemple, leur donner toutes les informations disponibles
sur les nouvelles méthodes d’accompagnement qui existent et les
recommandations de bonnes pratiques. Je veux aussi avancer sur la
recherche: quelle est la prévalence de l’autisme en France? Quelles en
sont les raisons? Cela dans un souci d’innovation et de validation de
ces avancées.  Je veux développer la prévention et la détection précoce
de l’autisme avant 3 ans. En France, on ne détecte rien avant 6 ans. Le 3e
plan autisme comporte donc trois axes: la recherche, la formation et
l’accompagnement. Nous le présenterons le 2 avril, pour la journée
internationale de lutte contre l’autisme.

Jean-Marc Ayrault a annoncé un plan de lutte contre la pauvreté. Où en êtes-vous?

Dans notre pays, 14% de gens sont touchés par la pauvreté. Un enfant
sur 5 naît dans cette situation. Une fois que l’on a fait ce constat, on
ne peut pas répondre: ce sont des assistés. Je le dis: personne n’est
inemployable. Pour accompagner certaines de ces personnes, Michel Sapin
développe et adapte l’offre de contrats aidés. Nous allons  mettre en
place la «Garantie jeunes». Ce dispositif s’adressera à ceux qui sont
âgés entre 18 et 25 ans, qui sont exclus de tout et qui n’ont rien,
c’est-à-dire ni qualification, ni formation, ni emploi.
On veut leur proposer un accompagnement renforcé, de participer à une
formation ou de signer un contrat avec un principe de non-abandon.
L’idée, c’est de les sortir des quartiers où ils ne font rien.

Quand ce dispositif sera-t-il mis en place?

A la rentrée prochaine, dans 10 sites – et je militerai avec une
grande fermeté pour qu’il soit appliqué dans ma ville. Cette année, le
dispositif concernera un nombre limité de jeunes. Peut-être 10.000. L’objectif est d’atteindre entre 100.000 et 150.000 en rythme de croisière.

Sur quelles autres mesures travaillez-vous?

Deux dispositifs avaient été mis en place par le précédent gouvernement: la prime pour l’emploi et le RSA
activité. Ces deux mesures visaient à soutenir les travailleurs
modestes. Or, on a constaté que 68% qui devraient bénéficier du RSA
activité, entre 130 et 140 euros tout de même, ne le demandent pas. Il y
a donc une anomalie. Je suis donc chargée de mettre en place un groupe
de travail pour proposer une nouvelle mesure qui refondera le RSA
activité et prime pour l’emploi. Cette mesure doit être prête pour le
projet de loi de finances de 2014. Il faut que l’on trouve le moyen
d’accompagner les gens qui ont trouvé un emploi. L’objectif est de faire plus simple, moins stigmatisant tout en intégrant les jeunes.

Combien coûtera cette mesure?

Cette réforme se fera à coûts constants, soit environ 4 milliards d’euros.

                  Propos recueillis par Mickaël Penverne             

Le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi

Créé par le 15 jan 2013 | Dans : Gouvernement

Relevé de décisions du séminaire gouvernemental

Huit leviers de compétitivité : trente-cinq décisions concrètes

Levier 1 :Mettre en place un “Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi” (CICE)

La situation de notre appareil productif ne lui permet pas de continuer à faire face à la concurrence

internationale aujourd’hui, ni de préparer efficacement l’avenir par les investissements

nécessaires aux produits de demain. En outre, depuis une dizaine d’années, les coûts salariaux

entre la France et l’Allemagne ont divergé.

Il est donc nécessaire de redonner aux entreprises les moyens d’un repositionnement offensif

durable dans la concurrence internationale, pour celles qui y sont directement exposées, et

pour l’ensemble des entreprises, de concourir à la compétitivité de l’économie nationale par

la modération de leurs coûts.

Décision n°1 : Alléger de 20Mdpar an, avec une montée en charge progressive sur 3 ans(10Mddès la 1re année), les coûts des entreprises via un Crédit d’impôt pour la compétitivité etl’emploi (CICE). Le montant du CICE sera calculé en proportion de la masse salariale brute de l’entreprise hors salaires supérieurs à 2,5 fois le SMIC. Les entreprises bénéficieront du CICE pour la première fois sur leurs impôts au titre de l’exercice 2013. L’effet économique sera donc immédiat.

Le Gouvernement veillera à ce que les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui le demandent puissent bénéficier de l’effet en trésorerie de cet allègement dès l’année prochaine. Les entreprises présenteront devant leur comité d’entreprise l’utilisation des marges ainsi créées par ce crédit d’impôt pour investir ou embaucher. Un comité de suivi avec les partenaires sociaux, chargé de dresser à intervalle régulier un constat partagé sur le bon fonctionnement du dispositif, sera mis en place par l’État. Des données seront collectées pour permettre une évaluation précise du dispositif.

_

Levier 2 : Garantir aux TPE, PME et aux ETI des financements performants

et de proximité

De trop nombreuses très petites entreprises (TPE), petites et moyennes entreprises (PME) et

entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont confrontées à des difficultés de financement, qui

entravent leur capacité à innover, à exporter, à se développer, voire menacent leur survie (les

crédits de trésorerie sont en recul de 3,5 % depuis un an). Le Gouvernement a décidé de

mobiliser un arsenal complet de mesures, combinant des actions d’urgence et d’autres à plus

long terme, avec trois objectifs : répondre immédiatement aux besoins de trésorerie des PME,

apporter de manière durable l’ensemble des financements nécessaires aux entreprises (prêts,

fonds propres, etc.), mettre le système bancaire et financier au service de l’économie réelle.

Décision n° 2 : Mettre en place une nouvelle garantie publique permettant d’apporter plus de 500 M€ de trésorerie aux PME. La mesure sera mise en oeuvre à travers la Banque Publique d’Investissement (BPI) à compter du 1er janvier 2013.

Décision n° 3 : Établir un plan d’actions pour lutter contre l’allongement des délais de paiement : les PME pourront s’appuyer sur l’administration, qui sera dotée d’un pouvoir de sanction efficace, pour obtenir le respect des délais de paiement légaux, dépassés dans plus de 60% des cas aujourd’hui. Cette mesure sera insérée dans la loi sur la consommation début 2013.

L’État s’engage à réduire ses propres délais de paiement sur le quinquennat, afin de parvenir à un délai de paiement de 20 jours en 2017.

Décision n° 4 : Créer la Banque Publique d’Investissement (BPI) début 2013 pour offrir aux entreprises, en priorité aux TPE, PME et ETI, un service de financements de proximité à l’aide d’une palette élargie d’instruments financiers et de conseils pour intervenir à tous les moments du développement de l’entreprise : la capacité d’intervention de la BPI de 42Mdpourra s’appuyer sur une mobilisation accrue des ressources du Livret d’Epargne Industrie (qui remplacera le Livret de Développement Durable), à hauteur de 10 Md; grâce à la BPI, les PME auront unmeilleur accès aux ressources du Programme des Investissements d’Avenir (PIA) dans le cadre du redéploiement de près de 2Mdde nouveaux financements vers cinq priorités (innovation et filières, technologies génériques, transition énergétique, santé et économie du vivant, formations et économie sociale et solidaire) ; afin de répondre aux besoins en fonds propres des entreprises tout en respectant leur choix de gouvernance, la BPI développera une activité de capital risque et pourra intervenir à travers des titres de capital sans droit de vote bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée.

Décision n° 5 : Encourager le financement des entreprises par la réforme de la fiscalité de l’épargne début 2013, qui favorisera, sans augmenter la dépense fiscale, la détention de long terme et les investissements en actions. Cette réforme s’appuiera sur les conclusions de la mission confiée aux parlementaires Karine Berger et Dominique Lefebvre.

Décision n° 6 : Recentrer les banques sur leur coeur de métier, au service du financement de l’économie réelle, grâce à la prochaine loi bancaire. Elle sera adoptée en Conseil des ministres d’ici à la fin de l’année.

Décision n° 7 : Faciliter l’accès des PME et des ETI aux marchés des capitaux : la création d’une nouvelle bourse des PME sera soutenue par la mise en place d’un PEA-PME, qui favorisera également l’investissement dans les ETI.

Levier 3 :Accompagner la montée en gamme en stimulant l’innovation

La France innove trop peu (14e rang mondial) : en dépit d’une recherche de haut niveau, le taux de conversion des innovations en succès commerciaux est faible. Les entreprises françaises déposent trois fois moins de brevets que les entreprises allemandes, au détriment de la valeur ajoutée des produits. Une montée en gamme est indispensable : l’innovation doit être stimulée et mieux diffusée au sein des productions et des services.

Décision n° 8 : Rénover et renforcer la politique de soutien à l’innovation au sein des entreprises. Dans le cadre d’une réforme du système de transfert de la recherche publique et de l’innovation, les dispositifs existants seront améliorés ; de nouveaux instruments de financement adaptés à l’ensemble des phases du processus d’innovation, des premiers tests à l’industrialisation et à la mise sur le marché, seront créés en s’appuyant sur les Investissements d’avenir. Ils permettront d’accompagner les priorités de la politique industrielle et technologique nationale et rechercheront le co-financement de capitaux privés. Le préfinancement du crédit d’impôt recherche (CIR) pour les PME sera assuré avec le concours de la BPI. Les exonérations sociales et fiscales en faveur des jeunes entreprises innovantes seront restaurées à leur niveau d’avant 2011.

Décision n° 9 : Diffuser les technologies et usages du numérique par la mise en place de nouvelles actions du Programme des Investissements d’Avenir destinées à financer le développement de technologies numériques stratégiques (calcul intensif, sécurité, informatique en nuage, etc.) et leur utilisation par les entreprises (prêts “Numérique”). En cohérence avec l’évolution de l’enseignement supérieur, un plan “France Universités Numériques” sera mis en oeuvre pour rendre disponible certains contenus de cours en ligne, offrir des services mutualisés entre établissements, et diffuser l’offre de formation présentée par domaines. L’État lancera un ou deux grands projets de “e-administration” (par exemple “e-santé”, ou “e-éducation”) pour soutenir le déploiement de ces technologies.

Décision n° 10 : Réorienter les pôles de compétitivité vers les produits et services à industrialiser et distinguer les pôles stratégiques à rayonnement international des pôles de développement régionaux. L’impact économique des pôles de compétitivité doit être maximisé pour davantage de croissance des entreprises et plus d’emplois : leurs projets seront désormais évalués sur leurs retombées économiques et la diffusion des innovations dans les produits et services. Les Régions seront fortement impliquées dans leur gouvernance. Les acteurs de la formation et de la recherche seront mieux associés.

Levier 4 : Produire ensemble

Notre tissu productif est partagé entre des grandes entreprises de dimension mondiale et de

très nombreuses PME implantées partout sur le territoire. Nos entreprises doivent nouer

davantage de partenariats pour faire émerger des ETI au sein des filières et mieux associer

l’ensemble des composantes de l’entreprise à la mise en oeuvre de leurs stratégies. Produire

ensemble nécessite également un dialogue social rénové, entrepris dans le cadre de la Grande

Conférence Sociale.

Décision n° 11 : Refonder la Conférence Nationale de l’Industrie (CNI) pour élaborer et mettre en oeuvre des pactes entre les entreprises d’une même filière : stratégie à 10 ans, politique de formation, relations Grands groupes et PME, démarche collective à l’export, mutualisation des achats, co-développement, etc. Les dispositifs publics en matière d’innovation, les pôles de compétitivité et les investissements d’avenir accompagneront ces stratégies.

Décision n° 12 : Mettre en oeuvre une stratégie de filières, en mettant en place, notamment au sein de la BPI, des dispositifs sectoriels bénéficiant directement aux entreprises des filières, dont les nouvelles filières prioritaires répondant aux défis de demain : technologies numériques et génériques, santé et économie du vivant, dont l’agroalimentaire, transition énergétique, sécurisation des informations et des transactions. Dans ce cadre, l’État conditionnera davantage ses soutiens aux grandes entreprises à leur capacité d’associer leurs fournisseurs et leurs sous-traitants.

Décision n° 13 : Associer toutes les composantes de l’entreprise à sa stratégie en introduisant au moins deux représentants des salariés au sein du conseil d’administration ou de surveillance comme membres délibérants dans les grandes entreprises, selon des modalités à négocier par les partenaires sociaux. Les entreprises qui le souhaitent seront autorisées à faire présider le comité d’entreprise par un représentant des salariés. Par ailleurs, le Gouvernement soutiendra également le développement de l’entrepreneuriat au féminin.

Levier 5 : Renforcer les conquêtes de nos entreprises à l’étranger

et l’attractivité de notre pays

Le Gouvernement s’est fixé l’objectif d’atteindre l’équilibre commercial (hors énergie) en 2017,

contre un déficit fin 2011 de plus de 25 Md€. Cet objectif ambitieux implique de dynamiser

le développement international des PME et des ETI. L’État et les Régions les accompagneront

à l’export et leur assureront les financements nécessaires. Le Gouvernement veillera également

au respect des principes du juste échange (préservation de l’emploi, réciprocité, exigence

sociale et environnementale, ouverture progressive) dans les accords commerciaux entre

l’Union européenne et les autres pays.

Décision n° 14 : Assurer un accompagnement personnalisé à l’international pour 1 000 ETI et PME de croissance dans le cadre de la BPI.

Décision n° 15 : Permettre à nos entreprises de se battre à armes égales avec leurs concurrentes en les faisant bénéficier de dispositifs de financement export alignés sur les meilleures pratiques étrangères. La mesure sera mise en oeuvre dans le cadre de la loi de finances rectificative 2012. Notre appareil diplomatique sera mobilisé en soutien de nos entreprises.

Décision n° 16 : Développer le nombre de VIE (Volontariat international en entreprise) de 25 % en 3 ans et en démocratiser l’accès tant pour les PME et ETI que pour des profils plus diversifiés de jeunes diplômés.

Décision n° 17 : Développer une stratégie en matière d’attractivité visant notamment à attirer les talents internationaux et les grands projets d’investissement, ainsi que les activités culturelles (en particulier tournage de films et de productions audiovisuelles) et scientifiques. Un “passeport Talent” sera mis en place afin de faciliter l’accueil de compétences exceptionnelles venues de l’étranger. Les délais d’instruction réglementaires des grands projets d’investissement seront réduits.

Décision n° 18 : Lancer une “Marque France”, référence fédératrice visant à promouvoir ce qui est fabriqué en France et l’excellence française. La “Marque France” sera à la fois un outil de soutien à l’export et un atout pour l’attractivité économique et touristique de la France.

Décision n° 19 : Maintenir les atouts de nos infrastructures et déployer le très haut débit numérique sur l’ensemble du territoire avec un schéma équilibré et financé qui sera précisé début février 2013. La France doit maintenir l’avantage historique lié à la qualité et à la performance de ses infrastructures (transport, énergie) en intégrant cet objectif dans les réformes structurelles à engager.

Levier 6 : Offrir aux jeunes et aux salariés des formations tournées vers l’emploi

et l’avenir

Une inadéquation se creuse au fil du temps entre les compétences disponibles sur le marché

du travail et les besoins des entreprises : notre système éducatif forme trop de jeunes peu

qualifiés et pas assez de jeunes qualifiés pour les besoins de notre économie à horizon 10 ans.

La formation professionnelle, qui mobilise pourtant des ressources importantes, n’aide pas

suffisamment les salariés à affronter les mutations économiques. Il en résulte un taux de

chômage élevé et le risque que l’économie française ne soit pas suffisamment armée pour

rester une des économies les plus développées et les plus productives au monde. Ces

réformes pourront s’appuyer sur les chantiers lancés dans le cadre de la Grande Conférence

Sociale.

Décision n° 20 : Assurer une évaluation permanente de l’adaptation de l’offre des formations aux besoins de compétences des employeurs et amorcer dès 2013 la mise en place d’un nouveau service public de l’orientation, du secondaire au supérieur, fondé sur une approche “Métiers-Qualifications”, pour éviter qu’au sein d’unemême classe de qualifications, les taux de chômage varient de plus de 10 points.

Décision n° 21 : Créer dès 2013 10 plateformes territoriales d’appui aux mutations. Ces plateformes auront vocation à mobiliser les principaux acteurs dans des bassins où les enjeux pour l’emploi et le développement économique sont particulièrement prégnants, afin de répondre aux besoins en ressources humaines des TPE et PME. Ces plateformes seront des guichets uniques, pour les PME qui veulent faire évoluer leurs ressources humaines, rassemblant sur un même territoire l’ensemble des acteurs de la formation et de l’emploi.

Décision n° 22 : Renforcer la place des entreprises au sein de l’enseignement technique et professionnel, en systématisant leur présence au sein des instances de gouvernance de ces structures.

Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi

Décision n° 23 : Favoriser l’embauche de jeunes en apprentissage dans les PME avec l’objectif de 500 000 apprentis en 2017.

Décision n° 24 : Proposer aux partenaires sociaux de discuter des modalités de mise en place d’un compte individuel de formation attaché à la personne et non au statut, dans la poursuite des travaux du Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie.

Décision n° 25 : Engager la “Mobilité internationale 2020” (doubler le nombre d’étudiants français à l’étranger en ciblant les filières professionnelles et technologiques).

Levier 7 : Faciliter la vie des entreprises en simplifiant et stabilisant

leur environnement réglementaire et fiscal

La complexité et l’instabilité des normes qui s’appliquent aux entreprises génèrent des coûts,

des délais et de l’incertitude préjudiciables à l’investissement, à la croissance et à l’emploi. Le

Gouvernement a décidé d’engager une action ambitieuse en la matière, autour de 3 principes

clés : simplifier, stabiliser, consulter.

Décision n° 26 : Stabiliser sur la durée du quinquennat 5 dispositifs fiscaux importants pour l’investissement et la vie des entreprises : crédit d’impôt recherche (CIR), dispositifs favorisant la détention et la transmission d’entreprises (“pactes d’actionnaires”), jeunes entreprises innovantes (JEI), incitations aux investissements dans les PME, contribution économique territoriale (CET) dans le respect du principe de libre administration des collectivités territoriales et dans le cadre du pacte de confiance et de solidarité entre l’État et les collectivités.

Décision n° 27 : Engager à court terme cinq chantiers de simplification des démarches des entreprises :“Dites-le-nous une seule fois”, pour permettre d’ici à la fin du quinquennat aux entreprises de ne plus avoir à fournir plusieurs fois les mêmes informations à l’administration (en commençant dès 2013 sur un certain nombre de procédures) ; mettre en oeuvre la déclaration sociale nominative unique, d’ici à 2016 au plus tard ; simplifier et accélérer les procédures applicables à l’immobilier d’entreprises ;améliorer l’information sur l’offre de services en matière d’aides, de financement et de démarches à l’export ; lutter contre la “sur-transposition” des directives européennes.

Décision n° 28 : Mettre en place une démarche durable de simplification, sous l’autorité du Premier ministre, associant étroitement les représentants de l’entreprise pour identifier, mettre en oeuvre et assurer le suivi de nouveaux chantiers de simplification. Dans ce cadre, le Gouvernement instaurera un “test PME” sur les nouveaux projets de textes présentant le plus fort impact potentiel sur les PME, y compris en matière fiscale. Le principe d’une consultation des principaux acteurs concernés préalable à tout changement de norme significatif est posé.

Décision n° 29 : Lancer d’ici à la fin de l’année un exercice de rationalisation des taxes affectées. Le Gouvernement transmettra au Parlement avant fin juin 2013 une évaluation du rendement et de l’efficacité de l’ensemble de ces taxes affectées. Comme le prévoit le projet de loi de programmation des finances publiques, les affectations de taxes devront être significativement réduites chaque année, toutes les administrations publiques devant contribuer à l’effort de redressement des comptes publics. Désormais, aucune taxe affectée ne pourra être créée sans parallèlement en supprimer une de montant au moins équivalent.

Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi

_ Levier 8 : Assurer une action publique exemplaire et des réformes structurelles

au service de la compétitivité

Décision n° 30 : Redresser nos finances publiques pour assurer un environnement financier stable pour nos entreprises. La crise des dettes souveraines en zone euro a montré combien les difficultés financières des États pouvaient mettre en difficulté l’ensemble de l’économie d’un pays par les incertitudes qu’elles génèrent. Le premier service que l’État doit rendre à la compétitivité du pays dans un contexte de forte volatilité des marchés est de garantir la stabilité financière sur la base de laquelle l’activité économique peut s’épanouir.

Décision n°31 : Poursuivre et engager des réformes de structure, par exemple dans les transports, le logement, l’énergie, le fonctionnement desmarchés de biens et services, etmoderniser l’action publique (État, collectivités locales et sécurité sociale) pour accroître la qualité de l’environnement dans lequel évoluent nos entreprises et leurs salariés, libérer du pouvoir d’achat et renforcer la compétitivité de notre économie. Notamment, tout en engageant notre société dans une nécessaire transition de son modèle énergétique, le Gouvernement veillera à préserver l’avantage compétitif qu’il procure aujourd’hui à notre tissu productif.

Décision n° 32 : Accompagner le développement des PME de croissance innovantes en mobilisant l’achat public. Une Conférence de “l’achat public innovant” sera instituée pour mobiliser les acteurs de l’achat public (60Mdpar an pour l’État et ses opérateurs, 20Mdpour les collectivités territoriales) et favoriser la rencontre entre les besoins des acheteurs publics et l’offre des PME et ETI innovantes. L’objectif est d’atteindre en 2020 un volume de 2% de la commande publique de l’État, de ses opérateurs et des hôpitaux effectués auprès de telle entreprises, y compris celles qui développent des processus et des produits et services socialement innovants.

Décision n° 33 : Rénover le fonctionnement de la justice commerciale pour la rendre plus efficace. Des décisions seront prises avant la fin de l’année (formation des juges, recours à des expertises indépendantes, spécialisation des parquets, possibilité pour les représentants de l’administration de s’exprimer à l’audience, etc.) et une réforme ambitieuse sera proposée au printemps 2013 (spécialisation de quelques juridictions commerciales, recours éventuel à l’échevinage pour les juridictions principales, etc.). Cettemodernisation de la procédure commerciale et du fonctionnement des tribunaux de commerce sera organisée en concertation avec les professions concernées.

Décision n° 34 : Doter la France d’une nouvelle instance de dialogue, de réflexion prospective et d’expertise. La mission ad hoc présidée par Yannick Moreau, chargée de faire des propositions au Premier ministre pour la mise en place d’une telle instance, rendra ses conclusions d’ici à la fin de l’année 2012. Les données publiques seront rendues accessibles gratuitement depuis le site data.gouv.fr, afin de renforcer la transparence de l’action publique et permettre le développement, notamment par les entreprises, de produits et services reposant sur l’exploitation de ces données.

Décision n°35 : Demander l’introduction d’avis publics d’experts indépendants dans l’élaboration des décisions européennes en matière de concurrence. La Commission européenne sera encouragée à intensifier ses efforts en vue de simplifier l’environnement réglementaire des entreprises et à mettre en oeuvre une vraie stratégie normative au service de la compétitivité de l’industrie européenne.

Le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi structurera l’action du Gouvernement dans les mois et années à venir. L’ensemble des ministres sera pleinement mobilisé pour mettre en oeuvre ce pacte.

La mobilisation de l’État ne prendra tout son sens que si elle est accompagnée par un engagement de l’ensemble des acteurs économiques. La croissance, la compétitivité et l’emploi sont l’affaire de tous et un Pacte est un engagement réciproque. Le Gouvernement attend en particulier que les entreprises utilisent les marges financières créées par le crédit d’impôt pour investir ou embaucher. Il attend également un comportement exemplaire en matière de rémunérations et de civisme fiscal et social, ainsi qu’une réforme de la gouvernance des entreprises et une participation constructive à la démarche de modernisation de l’action publique en cours. Le Gouvernement attend également de l’ensemble des partenaires sociaux qu’ils contribuent à faire émerger des résultats rapides et ambitieux dans les négociations sur la sécurisation de l’emploi.

Le Premier ministre a reçu, accompagné des ministres de l’Économie et des Finances, du Redressement productif et du Travail et de l’Emploi, les partenaires sociaux pour des rencontres bilatérales.

Le Premier ministre saisit parallèlement le Haut Conseil du financement pour conduire des analyses et formuler des propositions sur les évolutions nécessaires des modalités de financement de la protection sociale.

La mise en oeuvre du Pacte fera l’objet d’un suivi très précis, auquel le Premier ministre a demandé à Louis Gallois de s’associer. Le Premier ministre réunira les ministres tous les six mois pour évaluer les avancées réalisées, qui seront rendues publiques.

Plusieurs projets de loi seront présentés début 2013 afin de matérialiser les premières décisions de ce pacte national pour la croissance, la compétitivité et

Pour un nouveau modèle français, par Jean-Marc Ayrault, premier ministre

Créé par le 04 jan 2013 | Dans : Gouvernement, Pacte présidentiel

 Le Monde.fr |  03/01/2013

La France est à la croisée des chemins. Au cours de deux siècles d’histoire républicaine, nous avons progressivement édifié un modèle politique, social et économique fondé sur quelques principes simples mais d’immense portée : la liberté, l’égalité, la fraternité. Or ce modèle est aujourd’hui fragilisé : les inégalités économiques se creusent, le chômage et la dette publique s’envolent, nos entreprises peinent à exporter comme à satisfaire la demande intérieure ; nos concitoyens dénoncent le caractère peu démocratique et opaque des décisions publiques, se détournent des urnes ou sont tentés par les extrêmes ; la défiance paralyse nos relations sociales et politiques. Le monde traverse une période de mutation, où les peuples doivent relever trois grands défis : le défi du développement, le défi écologique, et le défi démographique.

Certains, à droite, appellent à la « rupture » : nous n’aurions d’autre choix pour survivre que de renier notre histoire et nos principes. D’autres réclament le statu quo ou le retour en arrière : comme si la France pouvait rester inerte dans un monde qui change, comme si l’âge d’or était hier et qu’aucun progrès ne s’offrait pour demain.

C’est sur une autre voie que le Président de la République veut engager notre pays : renouveler en profondeur le modèle français pour l’adapter au temps présent, et donner une nouvelle réalité à ses valeurs républicaines fondatrices. Il y faut de la lucidité et du courage. J’ai présenté ce matin même en conseil des ministres la feuille de route des six mois à venir, mais nous voyons au-delà de cet horizon. Comme l’a déclaré François Hollande lors de sa conférence de presse du 13 novembre, « le déclin n’est pas notre destin ».

La crise que nous traversons est d’abord économique et sociale. La tentation est grande d’en reporter la responsabilité sur autrui, d’accuser la libéralisation des échanges commerciaux et financiers, la concurrence des pays à bas coûts et les politiques conduites en Europe. Il n’est pas question de nier les dangers du néolibéralisme et du capitalisme financier : oui, il faut renforcer la gouvernance internationale de l’économie, réguler la finance, promouvoir le juste échange. Oui, les Etats européens doivent s’entendre sur des règles sociales et fiscales communes, et mener une politique de croissance à l’échelle du continent : le président de la République et le gouvernement s’y emploient. Mais n’oublions pas que la mondialisation est aussi l’occasion d’élargir la diffusion de nos produits, d’attirer des entreprises et des emplois et de bénéficier d’innovations venues d’ailleurs.

LA CRÉATIVITÉ DE LA FRANCE EST INTACTE

La France, avec ses 120 000 entreprises exportatrices et sa créativité intacte, n’a aucun intérêt à se replier sur elle-même. N’oublions pas non plus que d’autres pays s’en sortent mieux que nous : les pays scandinaves et l’Allemagne ont su rendre leur appareil économique plus performant. A nous d’y parvenir sans renoncer à notre système social protecteur. Cela exige avant toute chose de remédier à nos propres faiblesses, et de mieux tirer parti de nos innombrables atouts. Soyons clairvoyants pour identifier les causes de nos difficultés et de nos succès, et soyons audacieux pour procéder aux réformes nécessaires : c’est ainsi que nous rendrons notre modèle économique et social plus compétitif et plus solidaire, et que nous assurerons l’avenir de notre jeunesse.

Nous n’y réussirons qu’en rassemblant nos forces, et c’est pourquoi le gouvernement a fait le choix d’une méthode : le dialogue et la coopération entre l’Etat, la société civile – partenaires sociaux, associations et citoyens – et les collectivités territoriales. La concertation et la négociation peuvent susciter des impatiences, elles sont moins médiatiques qu’une série d’annonces précipitées et sans lendemain ; mais cette méthode est la condition de réformes intelligentes et durables. Car de grands chantiers s’ouvrent devant nous.

Il nous faut d’abord repenser le rôle des pouvoirs publics. Les moyens mis à la disposition de l’Etat et des collectivités territoriales doivent être adaptés aux objectifs politiques définis par la délibération collective : c’est l’évidence même. Pourtant, depuis trop longtemps, on a renoncé à s’interroger sur ces objectifs et à les hiérarchiser. L’Etat a délaissé sa fonction stratégique. C’est la raison pour laquelle la dépense publique a perdu de son efficacité : elle est passée en cinq ans de 52 à plus de 56 % de la richesse nationale, sans que notre niveau de vie ait progressé. L’endettement affaiblit notre souveraineté en nous soumettant aux exigences des marchés financiers, il reporte une charge insupportable sur les générations futures, et il nous prive de moyens, puisqu’une part croissante de nos impôts sert à payer nos créanciers.

Le gouvernement a donc entrepris immédiatement un effort de redressement budgétaire et de rénovation de l’action publique. Il ne s’agit pas de tailler indistinctement dans les dépenses et les effectifs de la fonction publique, comme faisait la majorité précédente, mais de supprimer les doublons et les dépenses inutiles, et de répondre plus efficacement aux besoins d’aujourd’hui. Dans le domaine de la santé, par exemple, nous rendrons à l’hôpital public les moyens d’accomplir ses missions fondamentales, tout en l’insérant dans un véritable parcours de soins, ce qui implique bien sûr de lutter contre les déserts médicaux. D’une manière générale, nous entendons moderniser l’action publique pour mieux servir les Français, grâce à la coopération de tous, élus, fonctionnaires et usagers. La nouvelle étape de la décentralisation répondra au même souci d’efficacité, grâce à une meilleure répartition des tâches entre l’Etat et les différents niveaux de collectivités.

LUTTER CONTRE LE CHÔMAGE

Pour lutter contre le chômage, qui ne cesse de progresser depuis dix-neuf mois, nous avons également l’obligation de revoir les règles qui gouvernent le monde du travail. Il faut nous accorder sur un diagnostic et sur des remèdes : aussi le gouvernement a-t-il choisi de donner toute sa place au dialogue social et de renforcer la démocratie dans l’entreprise. D’ores et déjà, les organisations syndicales et patronales ont soutenu la création des emplois d’avenir et défini les modalités du contrat de génération, afin de donner toutes leurs chances aux jeunes et aux seniors dans notre appareil productif dès 2013. La négociation sur la sécurisation de l’emploi doit aboutir à d’autres compromis novateurs : lutter contre la précarité au travail, c’est refaire du CDI la forme normale d’embauche, encadrer le recours au temps partiel, mais aussi anticiper collectivement les mutations économiques et aider les entreprises à surmonter les difficultés conjoncturelles sans licencier. Faute d’accord, le gouvernement prendra ses responsabilités et demandera au Parlement de trancher. Mais j’insiste : il est urgent de renouer avec une culture de la responsabilité partagée au service de l’emploi et de l’intérêt général.

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Qu’est-ce que le « hollandisme » ? Par Laurent Bouvet, professeur de science politique

Créé par le 09 déc 2012 | Dans : Gouvernement, Parti socialiste, Projet politique

LE MONDE |               08.12.2012 à 18h30•       

 

Il est trop tôt pour dire si la « méthode Hollande » portera ou non ses fruits, du moins au regard des intentions et du programme de candidat de François Hollande. Après six mois au pouvoir, qui peut dire avec certitude ce qu’est le hollandisme ?

Ce ne sont pourtant pas les jugements définitifs sur l’action du président de la République qui manquent. Dans la presse, mais encore chez ses partisans comme chez ses adversaires. Fruit d’une vertigineuse accélération du temps politique induite par le quinquennat – encore aggravée par la pratique sarkozienne – et par l’information en continu démultipliée sur Internet, cette intense activité de commentaire témoigne aussi de la perplexité devant l’action du chef de l’Etat.

Entre la révolution copernicienne annoncée pratiquement chaque jour par les plus enthousiastes et l’immobilisme radical-socialiste à la Henri Queuille (1884-1970) dénoncé tout aussi fréquemment par les moins convaincus, la palette est large et le jugement hâtif.

Emmanuel Todd avait formulé pendant la campagne une hypothèse provocatrice, celle d’un « hollandisme révolutionnaire ». Celle d’une méthode de gouvernement qui s’annonçait – dans la campagne elle-même (avec le discours fondateur du Bourget notamment) et en raison de la personnalité du candidat – comme un horizon politique et sociologique possible pour le premier leader social-démocrate à la française. Celui de devenir en cours de mandat un grand président de gauche qui, grâce à l’efficacité de son action davantage qu’à son sens du tragique dans l’Histoire, changerait enfin la société française en réorientant ses choix économiques, en pesant sur le destin européen et en garantissant davantage d’égalité entre ses concitoyens. Bref, en réconciliant une France qui a divorcé d’avec elle-même ces dernières années.

Au-delà de la formule, l’interrogation sur la méthode de gouvernement du président de la République reste posée : est-elle plus efficace parce que plus souple que d’autres, notamment celle de son prédécesseur ? Est-elle plus porteuse de transformations en profondeur parce que plus prudente ? Est-elle plus « révolutionnaire » parce que moins spectaculaire ?

Ce qui frappe en premier lieu dans la méthode de gouvernement du chef de l’Etat, c’est son sens de l’équilibre et sa permanente quête d’un compromis entre des positions adverses, sinon antagonistes. Toutes les interprétations sont possibles : sens tactique aigu, prudence excessive, indécision chronique…

Le dernier épisode en date, celui de Florange, en a donné un exemple paroxystique. Le président de la République a semblé donner raison à la fois à Arnaud Montebourg et à Jean-Marc Ayrault alors que les positions qu’ils ont exprimées apparaissent comme difficilement compatibles.

Le refus de se laisser imposer ses choix est sans doute ce qui caractérise le mieux M. Hollande. D’où une posture permanente, celle d’être l’unique point de rencontre des différentes forces, souvent contraires, qui s’exercent sur tel ou tel sujet. Le refus du conflit ouvert et de la dramatisation des enjeux masquant mal une appétence, voire une dilection toute particulière pour le jeu subtil des rapports de force.

Cette pratique du pouvoir, qui était déjà visible et sensible chez le premier secrétaire du Parti socialiste pendant dix ans, met en lumière un deuxième trait caractéristique du hollandisme : le refus de tout a priori idéologique, de toute position doctrinale figée.

Ce pragmatisme de l’action n’est pas un cynisme pour autant. L’ancrage du chef de l’Etat dans le réformisme, dans une perspective sociale-démocrate, à la manière des pays du Nord de l’Europe, est indéniable. Tout comme l’est son attachement, en héritier à la fois de François Mitterrand et de Jacques Delors, à la construction européenne. L’inflexion qu’il a donnée à celle-ci depuis son arrivée, tout en faisant ratifier le « traité budgétaire », se veut respectueuse de cette filiation même si c’est dans le contexte de la crise contemporaine.

La difficulté du président de la République avec une partie de la gauche vient de là. De ce réformisme social-démocrate qui est perçu comme une trahison par une partie de la gauche pour laquelle le geste idéologique reste essentiel. Toute temporisation sur la réalisation d’une mesure du programme, toute négociation engagée avant qu’une décision définitive soit prise, tout rapport commandé pour dessiner l’état des forces en présence est considéré par certains, à gauche, comme le signe non tant d’un esprit prudent mais d’une faiblesse doctrinale, d’un manquement à la cause.

Le hollandisme, et bien davantage encore le dépassement du clivage entre première et deuxième gauches, se propose d’entériner, dans la pratique du pouvoir, la fin de l’histoire d’une gauche française marquée par des renoncements aussi spectaculaires que ses promesses. En résumé, de ne promettre que ce que l’on peut raisonnablement tenir, et de gagner, autant que possible, tout ce que l’on peut obtenir.

Si le hollandisme est donc avant tout une pratique pragmatique du pouvoir, c’est aussi – troisième trait qui le caractérise – une sociologie particulière de l’exercice de l’Etat. L’arrivée de la gauche au pouvoir s’est en effet traduite par un retour des anciens élèves de l’ENA (et de manière symbolique, de certains des condisciples du président, ceux de la promotion Voltaire) et par l’accession aux responsabilités nationales de toute une génération d’élus locaux constituée au fil des victoires du PS ces dix dernières années. C’est sans doute dans cette inversion sociologique de l’élite dirigeante que le changement a été le plus spectaculaire.

M. Sarkozy avait fait bouger le centre de gravité de l’élite dirigeante vers le privé, n’hésitant pas à mettre en cause, parfois très durement, la fonction publique. La différence de profil et d’expérience des deux présidents joue un rôle crucial en la matière. Mais on peut aussi y voir une différence structurelle, accentuée ces dernières années, entre une droite dite « décomplexée » et plus agressive contre la fonction publique sinon le rôle de l’Etat lui-même, et une gauche de gouvernement dont le socle sociologique s’est resserré autour des agents publics et des collectivités locales.

Le hollandisme resitué dans une perspective historique plus longue – celle de la gauche française et de son rapport au pouvoir – pose, finalement, une question simple. Est-ce qu’un pragmatisme prudent, désidéologisé, permettra de réaliser le changement dont la gauche continue d’être porteuse, plutôt qu’une posture plus classique ou révolutionnaire, exaltant le « peuple de gauche », mais dont le volontarisme s’est très souvent heurté à une réalité contraire et contraignante qui en a limité effets et portée ?

Si nul n’a la réponse à une telle question aujourd’hui, elle se pose avec acuité à un moment historique crucial, pour la gauche et pour la France.


Professeur de science politique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, Laurent Bouvet a publié un essai intitulé « Le Sens du peuple. La gauche, la démocratie, le populisme » (Gallimard, 304 p., 18,50 euros). Il est également l’auteur de « Plaidoyer pour une gauche populaire. La gauche face à ses électeurs » (Bord de l’eau, 2011). Il prendra la direction du Centre de recherches politiques de Sciences Po en janvier 2013.

Laurent Bouvet, professeur de science politique

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