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Les quatre piliers de la nationalité, par Patrick Weil

Créé par le 26 août 2010 | Dans : Articles de fond, Gouvernement

Le 8 mars 1872, juste après la victoire de la Prusse face à la France dans la guerre de 1870-1871, Francis Lieber, professeur à l’université Columbia (New York) d’origine prussienne, écrit à son ami Charles Sumner, sénateur antiesclavagiste depuis longtemps francophile :« J’ai reçu de Berlin un appel à collecter des fonds parmi les Allemands d’Amérique afin de participer à l’édification d’une fondation Bismarck à l’université de Strasbourg… Le gouvernement allemand est à l’évidence très attaché à faire de Strasbourg une université de premier rang, ce qui n’est pas sans signifier quelque chose. Les Français l’ont négligé. Mais ils ont négligé et négligent toujours tout, sauf Paris. J’en reviens à ma vieille question : qu’est-ce qui fait que les Français sont le seul peuple capable de convertir des peuples conquis ? Ceux-ci ne reçoivent aucun bénéfice de la France. Et pourtant, ils parlent pour la France. Ni les Allemands, ni les Anglais, ni les Américains n’y arrivent. Qu’est-ce que c’est ? »A cette question, Sumner a déjà répondu : il considère que l’égalité devant la loi, principe contenu dans la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789, est le plus important des droits de l’homme et il a voulu l’introduire dans la Constitution américaine. Ce qui explique l’attachement du Strasbourgeois à la France, c’est donc que, français, il était l’égal du Parisien bien qu’éloigné de lui sur le plan culturel – par la langue germanique et la religion souvent protestante -, tandis que, allemand depuis 1871, il est devenu inférieur au Prussien de Berlin, l’Alsace-Moselle ayant un statut de colonie dans le nouvel Empire allemand.

Chaque Etat-nation se réfère à une géographie, à une histoire et au sentiment de partager avec d’autres citoyens – par le lien de nationalité – un destin commun. Mais ces traits communs glorifiés conduisent souvent au nationalisme le plus absurde. Quelques mois après avoir entendu, le 25 juin 1940, le maréchal Pétain invoquer la terre définie comme « la patrie elle-même » qui « ne ment pas », des Français envoyés au service du travail obligatoire (STO) découvrent avec surprise en passant les frontières de la Belgique, puis de l’Allemagne, que « c’est toujours la même terre, des arbres, des vaches, des labours, des rivières – aucun signe, aucune rupture -, on glisse », ou que des paysages de l’Allemagne sont « semblables à ceux de la Dordogne » (Patrice Arnaud).

Les traits communs à tous les Etats-nations ne disent pas les valeurs et les croyances qui, traduites dans des institutions et des conduites, symbolisent la spécificité de chacun. Quatre « piliers » me semblent constituer un code sociopolitique de la France pour les Français et aux yeux du monde. Produits de notre histoire, ils ont résisté à de nombreuses contestations, aux changements de gouvernements, de Constitutions, de régimes politiques. Ils sont autant une référence qu’un programme d’action toujours à réaliser.

D’abord, ce principe d’égalité qui permettait l’identification à la France des habitants des provinces conquises. Transformé et renforcé durant la Révolution, il s’inscrit dans des dispositions importantes du code civil, devenu par sa pérennité la Constitution matérielle de la France. La succession des citoyens est, par exemple, fondée sur l’égalité des enfants – mâles et femelles. Tocqueville y voyait la base de la démocratie. Puis la langue française, langue de l’Etat depuis 1539, a été un instrument d’unification culturelle du royaume de France puis de la République. Outil d’émancipation et de débats, de l’école pour tous, son statut au coeur de la République des lettres donne à la culture et à l’intellectuel en France une place sans pareille.

Ensuite, la mémoire positive de la Révolution que nous partageons avec les Américains mais qu’aucun autre peuple d’Europe ne possède. Ni l’Italie, ni l’Espagne, ni l’Angleterre, ni l’Allemagne. Malgré la Terreur et d’autres excès, elle reste une référence qui se traduit par une approche positive des mobilisations de masse. La laïcité enfin, repose depuis 1905 sur trois principes : la liberté de conscience, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et le libre exercice de tous les cultes. Elle s’est imposée depuis 1945 comme la référence commune de croyants de plus en plus divers et d’athées ou d’agnostiques de plus en plus nombreux.

Forces et facteurs d’unification et de transformation, ces piliers représentent l’indifférenciation – l’assimilation – à laquelle chacun aspire dans certaines situations autant que le respect de sa particularité dans d’autres. Et ces piliers ont suscité d’autant plus l’adhésion qu’ils ont souvent été mis en oeuvre dans la reconnaissance de cette diversité des Français, dans un équilibre qui leur offre la possibilité de circuler entre des identités composées.

L’égalité des droits a été sous l’Ancien Régime attribuée dans le respect de la diversité culturelle des provinces rattachées au Royaume de France. Les habitants d’Alsace, de Flandre ou du Roussillon usèrent de ces droits pour défendre leurs intérêts dans des conflits entre particuliers. Mais ils finirent par leur « coller à la peau » et devenir un élément central de leur identification à la France (Peter Sahlins).

Plus tard, sous la IIIe République, l’école « s’ingénie à nous rendre tous pareils » (Mona Ozouf), mais l’enseignement du français s’accommode de la magnification des petites patries et de l’usage de la langue régionale, parfois même qualifiée de maternelle (Jean-François Chanet). La loi de 1905 permet au judaïsme et au protestantisme de développer une nouvelle diversité, indépendante des anciennes structures officielles. Après 1918, l’Alsace-Moselle conserve son ancien statut et un compromis est trouvé avec le Vatican. Après 1945, la question de l’école privée est résolue.

Cette même approche d’assimilation juridique et d’acceptation de la diversité est adoptée lorsque la France devient à la fin du XIXe siècle un pays d’immigration. Par souci d’égalité, les enfants d’immigrés acquièrent la nationalité française, automatiquement. Mais la double nationalité est aussi acceptée. Pourtant, le débat a lieu en 1922. Des Allemands installés en Alsace avant 1914 peuvent ainsi devenir français et rester allemands. Le Parlement considère que l’on doit « admettre, jusqu’à preuve du contraire, qu’une personne ayant acquis la nationalité française n’est point suspecte et dangereuse par le seul fait qu’elle conserve des intérêts moraux et pécuniaires dans le pays qu’elle a quitté ». Les dirigeants de la France connaissaient ses principes unificateurs et avaient appris à les appliquer avec souplesse et pragmatisme. C’est cet esprit qui fait défaut aujourd’hui.Un prétexte souvent invoqué est la nouveauté du temps présent qui serait celui de « l’ébranlement de notre identité historique » d’Etat-nation, de la confusion entre mémoire et histoire, de l’émergence des identités de groupe (Pierre Nora) ou de la présence de populations immigrées qui refuseraient de s’intégrer. Nous vivons, il est vrai, une mondialisation sans précédent des échanges, tandis que la France est devenue le pays d’Europe au plus grand nombre de bouddhistes, de juifs mais surtout de musulmans, d’athées ou d’agnostiques. 

Cette globalisation du monde aurait pu sonner la fin des valeurs nationales, lesquelles ne sont, après tout, des constructions sociales durables que parce qu’on les pratique et parce qu’on y croit. Or, dans cette France de plus en plus diverse, l’adhésion au principe de la laïcité est par exemple très élevée et le sentiment d’appartenance à une même nation plus fort que partout ailleurs en Europe.

Au printemps 2006, quelques mois après les émeutes de l’automne 2005, deux ans après l’interdiction des signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, l’enquête d’un think tank américain, le Pew Research Center, fait ainsi apparaître qu’au Royaume-Uni, seuls 7 % des musulmans britanniques se sentent d’abord britanniques (alors que 82 % se sentent d’abord musulmans). En France, 42 % des musulmans se sentent d’abord français contre 46 % d’abord musulmans, dans un pays où la moitié des musulmans ne sont pas de nationalité française. C’est en France que le degré d’opinion favorable desvis les uns des autres est le plus élevé. Et c’est le seul pays d’Europe où les musulmans ont en majorité – 74 % – une opinion favorable des juifs. Ces résultats sont confirmés un an plus tard par une enquête Financial Times-Louis Harris, menée aux Etats-Unis et dans les cinq plus grands pays européens : la France est le seul pays dans lequel une majorité (69 %) dit avoir un ou plusieurs amis musulmans (contre 38 % des Britanniques et 28 % des Américains).

Il ne s’agit pas de nier ici les tensions. Elles proviennent d’abord du refus – très minoritaire – de l’intégration que l’on peut appeler « communautarisme » lorsque la primeur est donnée aux lois d’un groupe sur celles de la République. Mais les frictions sont plus nombreuses et « normales » dès lors que de nouveaux arrivants dans un pays sont confrontés à une culture ou une histoire qui ne sont pas tout à fait les leurs. Ils doivent s’y adapter, parfois ils réclament une reconnaissance culturelle. Mais les valeurs de notre République sont universelles et par là même attractives. Elles provoquent une quête légitime d’égalité de traitement qui oblige parfois à des ajustements qui doivent combiner tradition, égalité et diversité.

C’est ce type de démarche qu’a eu en 2003 la commission Stasi en matière de laïcité : d’un côté l’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’espace particulier de l’école, là où leur instrumentalisation troublait la liberté de conscience d’autrui ; de l’autre, l’attribution à l’islam des mêmes droits qu’aux autres religions (création d’aumôneries dans l’armée, les prisons ou les hôpitaux, projet d’un jour férié au choix pour toutes les religions).

Le même type de travail d’inclusion dans notre mémoire nationale a été réclamé par nos compatriotes d’outre-mer. Arrivés en métropole à la fin des années 1950, ils furent surpris de constater que la citoyenneté française n’était pas une garantie contre le racisme et les discriminations et que l’histoire dont ils étaient issus n’y était ni connue ni enseignée. La loi Taubira est venue en 2001 rappeler que l’esclavage était un crime contre l’humanité.

Or, depuis 2007, les choix effectués au plus haut niveau de l’Etat brouillent tout et accentuent les tensions : ce fut la remise en cause directe de certains piliers de notre République puis, devant l’échec, le choix d’y semer, par une application rétrécie, la confusion. En matière de laïcité par exemple, Nicolas Sarkozy s’est d’abord excusé auprès du pape de la loi de 1905, puis a loué le prêtre ou le croyant au détriment de l’instituteur ou de l’athée, à rebours de la neutralité imposée dans l’Etat et du respect égal de toutes les options spirituelles. L’ampleur des réactions lui fit faire machine arrière. Depuis, au lieu d’appliquer avec intelligence les principes de la laïcité, il conduit un combat public contre la burqa. C’est une prison mobile qui choque. Mais son interdiction dans la rue sera au mieux inapplicable, au pire elle favorisera les intégristes qu’elle est censée combattre s’ils l’emportent devant la Cour européenne des droits de l’homme. Le gouvernement le sait. Qu’importe si de nombreux citoyens de culture musulmane, en permanence dans l’obligation de se justifier et d’exprimer leur distance à l’égard de pratiques extrêmes, ressentent un malaise. Il a choisi de maintenir ce sujet au centre de l’attention publique parce qu’il lui vaut le soutien de la majorité de l’opinion.

Le soupçon de présence illégitime est instillé à l’encontre de nos compatriotes d’origine africaine ou méditerranéenne par des mesures qui se succèdent : au fondement de la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale ou de la volonté présidentielle heureusement censurée de sélectionner les immigrés selon l’origine géographique, il s’est illustré par les restrictions annoncées en matière de nationalité aux « Français d’origine étrangère ».

Ce soupçon d’usurpation pèse aussi sur la loi Taubira, qui ne cesse de devoir se justifier d’exister. Pourtant, l’abolition de l’esclavage fait partie d’une histoire partagée : elle a été conquise par les esclaves mais aussi par la mobilisation des philanthropes et des abolitionnistes. Elle nous unit autour de la République qui, dès 1848, a reconnu l’esclavage comme crime de « lèse-humanité » et l’a puni comme tel. Pour la colonisation, le travail de mémoire et d’histoire partagées, plus complexe, reste à faire. Mais on n’est plus au temps de Renan, quand l’oubli des divisions passées était considéré comme nécessaire à la construction de la nation. Des citoyens adultes peuvent être confrontés à des interprétations différentes de l’histoire nationale sans perdre le sentiment d’appartenir au même projet, bien au contraire.

La France n’a pas à craindre des identifications à une région, au pays d’origine ou à une religion : elles se composent le plus souvent avec l’appartenance à la nation et l’adhésion à ses valeurs historiques. Le risque est plutôt dans l’exacerbation et la dramatisation des différences, ou dans l’interprétation des demandes de reconnaissance comme des refus d’appartenance.

Rappelons-nous qu’interrogé en 1968 dans la revue Esprit, sur le risque de double allégeance que ferait courir à la nation la solidarité manifestée par les juifs de France à l’égard d’Israël en 1967, Emmanuel Levinas répondait : « Vérité et destin… ne tiennent pas dans les catégories politiques et nationales. Ils ne menacent pas plus l’allégeance à la France que ne la menacent d’autres aventures spirituelles… Etre juif pleinement conscient, chrétien pleinement conscient, c’est toujours se trouver en porte-à-faux dans l’Etre. Vous aussi, ami musulman, mon ennemi sans haine de la guerre des Six-Jours ! Mais c’est à de telles aventures courues par ses citoyens qu’un grand Etat moderne, c’est-à-dire serviteur de l’humanité, doit sa grandeur, son attention au présent et sa présence au monde. » Ces valeurs universelles, la tâche des dirigeants du pays est d’abord de les incarner et de les faire vivre.



Patrick Weil est docteur en sciences politiques et directeur de recherche au CNRS, et travaille sur l’histoire de l’immigration en France. Il a participé en 2003à la commission Stasi sur la laïcité et a été membre du Haut Conseil à l’intégration. Il a publié « La France et ses étrangers » (Calmann-Lévy, 1991) et « Qu’est-ce qu’être français ? » (Grasset, 2002).

Patrick Weil, historien et politologue

article paru dans Le Monde du 24/08/10

La sécurité est un dérivatif pour Sarkozy

Créé par le 25 août 2010 | Dans : Blog du Che, Fédérations MRC d'Aquitaine, Gouvernement

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à l’hebdomadaire Les Inrockuptibles, mercredi 25 août 2010.


La sécurité est un dérivatif pour Sarkozy

Comment expliquez-vous ce retour brutal du discours sécuritaire chez Nicolas Sarkozy ? Est-ce uniquement pour masquer les dégâts de l’affaire Woerth ou les conséquences de la politique de rigueur ?
Jean-Pierre Chevènement : La sécurité, pour M. Sarkozy, est un dérivatif. La question principale est la question économique. Nicolas Sarkozy a été pris à contre-pied depuis son élection par la crise du capitalisme financier mondialisé. Il est aujourd’hui face à une situation difficile du fait de la crise de l’euro et des plans de rigueur que l’Allemagne a réussi à imposer à tous les pays de la zone euro. Le rapport de forces entre la France et l’Allemagne et la pression des marchés financiers ne lui permettent guère que de raser les murs. L’irruption massive de ce discours sécuritaire a essentiellement pour but de masquer l’extrême difficulté d’une politique de rigueur qui doit, conformément aux exigences de Bruxelles et du pacte de stabilité, ramener le déficit de l’Etat de 8 à 3% du PIB, soit presque 100 milliards d’euros à économiser en trois ans. C’est impossible, même avec une croissance forte – qu’on ne voit pas à l’horizon. Et le concours de politiques de rigueur auxquels se livrent actuellement les gouvernements de la zone euro ne peut mener qu’à une récession catastrophique.

Et pour masquer cette réalité objective, le gouvernement décide donc de mettre le projecteur sur les roms et de multiplier les expulsions…
C’est le discours classique du bouc-émissaire. Il y a bien sûr des noyaux durs de délinquance, je connais le dossier, mais on ne peut pas assimiler l’ensemble des roms à ces délinquants. On ne peut pas non plus assimiler les roms et les gens du voyage, ça n’a rien à voir. Le risque est grand de générer des amalgames. Personne n’est vraiment dupe dans le fond ; le gouvernement n’utilise pas de simples ficelles, il déroule un câble. Il y a un pas qu’aucun gouvernement ayant un peu de déontologie ne devrait franchir. A force de généralisations abusives, il a été franchi. C’est la raison pour laquelle la gauche , selon moi, ne doit pas tomber à pieds joints dans le piège qui lui est tendu. L’inégalité devant la sécurité est une réalité, il y a des gens qui souffrent plus que d’autres de la délinquance au quotidien. C’est un terrain très glissant pour la gauche. Elle devrait le savoir par expérience, et elle va devoir confier sa riposte à des gens qui savent de quoi ils parlent.


 

Dans quelle mesure la gauche est-elle prête ? Qui au-delà d’un Manuel Valls, spécialistes des sorties sécuritaires, peut tenir un discours crédible sur le sujet ?
La plupart des maires de gauche ont une bonne culture de ce qu’est la guerre contre la délinquance, puisqu’ils président les comités de prévention. La gauche doit comprendre que la prévention ne suffit pas. Je ne vais pas rentrer dans des considérations de personnes, j’observe simplement que le Parti Socialiste a très peu travaillé sur ces questions depuis 2002. Alors que les couches populaires, qui constituent en principe le cœur de l’électorat que doit viser la gauche, sont particulièrement victimes de la délinquance. Une politique de reconquête des couches populaires passe bien sûr d’abord par une autre politique économique, mais aussi par une politique à la fois ferme et républicaine dans le domaine de la sécurité. L’idéologie victimaire compassionnelle n’est pas la solution. Peut-être certains dirigeants du PS ne souhaitent-ils pas faire trop référence à une police de proximité dont j’ai été le concepteur.

Est-ce qu’il existe des solutions de gauche concrètes dans le domaine de la sécurité ?
La gauche doit surtout se méfier de certains réflexes conditionnés, laisser de côté sa « culture de l’excuse ». On ne peut pas se soucier que du délinquant, et laisser tomber les victimes. De 1999 à 2002, la gauche a mené sur le sujet un politique sérieuse et réfléchie : nous avions créé la politique de proximité. Peut-être l’extension, en 2002, de cette police aux petites circonscriptions n’était-elle pas opportune : la police de proximité est en effet très consommatrice d’effectifs.

Sur le plan des effectifs justement, la gauche s’est peu exprimée sur le hiatus entre le retour du discours sécuritaire et l’annonce de la baisse des effectifs de la police… Comment un gouvernement peut-il être crédible en faisant simultanément annonce de ces deux décisions en parallèle ?
C’est une très bonne question, la gauche n’a pas utilisé cet argument alors qu’il est pourtant très convaincant. On peut aussi parler du malaise de la police, qui est une réalité. J’ai gardé suffisamment de contact pour vous dire que la politique actuelle – celle du chiffre – n’est pas populaire chez les policiers.

Propos recueillis par Pierre Siankowski

Chevènement dénonce la « politique de l’esbroufe » de Sarkozy

Créé par le 23 août 2010 | Dans : Blog du Che, Fédérations MRC d'Aquitaine, Gouvernement

Entretien au Parisien, propos recueillis par Philippe Martinat, vendredi 20 août 2010. Ancien ministre de l’Intérieur, le président d’honneur du MRC critique la politique sécuritaire du gouvernement. Et il applaudit celle d’Obama en Irak.


 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, sera dimanche à Frangy (Saône-et-Loire) pour la Fête de la rose organisée par Arnaud Montebourg. Le président d’honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) commente l’actualité.

Quel jugement portez-vous sur le discours sécuritaire du gouvernement?
Jean-Pierre Chevènement :
C’est un choix essentiellement électoraliste et une stratégie dangereuse car elle peut nourrir l’extrême droite.
Je ne crois pas que ce sera une stratégie payante si l’opposition prend garde à ne pas tomber les deux pieds joints dans le panneau.

Quel est le piège?
Ce serait que la future campagne présidentielle tourne essentiellement sur la sécurité, sur laquelle beaucoup de gens n’ont pas les idées très claires, alors que les véritables questions portent sur la crise économique et une éventuelle sortie de crise.

Cet été, les responsables de la majorité ont souvent vanté votre bilan comme ministre de l’Intérieur pour l’opposer à celui de Lionel Jospin et du PS. Comment avez-vous reçu cet « hommage »?
Je trouve choquante cette tentative d’instrumentation. C’est M. Sarkozy qui a mis fin à la police de proximité que j’avais créée et expérimentée en 1999. En 2003, M. Sarkozy a révoqué à Toulouse, pratiquement devant les caméras de télévision, mon ancien conseiller, le commissaire Jean-Pierre Havrin (que j’avais nommé directeur de la sécurité publique en Haute-Garonne), en déclarant : « Les policiers ne sont pas là pour organiser des parties de foot avec les jeunes des quartiers. »


 

C’était une critique très directe…
C’est une vision très réductrice de la police de proximité qui est une police à la fois préventive et répressive et qui commençait à produire de bons résultats. Chacun sait que depuis son démantèlement les violences aux personnes ont augmenté. Et les agressions contre les policiers, qui étaient assez rares il y a une dizaine d’années, sont aujourd’hui beaucoup plus répandues. La politique du chiffre de Nicolas Sarkozy a été malheureusement un échec, je dis « malheureusement » car l’insécurité frappe tous les Français, et d’abord les plus démunis.

Le chef de l’Etat voudrait déchoir de la nationalité française certains délinquants. Qu’en pensez-vous?
Je suis assez surpris car M. Sarkozy avait supprimé en 2002 les peines complémentaires — la double peine —, c’est-à-dire la reconduite à la frontière d’un certain nombre de délinquants étrangers à leur sortie de prison. Il prévoit maintenant la déchéance de la nationalité française pour les délinquants graves : M. Sarkozy est dans la communication. Cette politique est une politique de l’esbroufe.

L’état de la réflexion à gauche est-il suffisamment avancé pour lui permettre non seulement de gagner les élections mais ensuite de bien gouverner?
Le vrai problème pour la gauche, ce n’est pas de revenir au pouvoir — c’est à sa portée —, mais de réussir vraiment. Le risque que la gauche déçoive, parce que sur l’Europe notamment elle n’a pas les idées claires, n’est pas écarté.

Vous serez dimanche aux côtés d’Arnaud Montebourg. Est-ce un signe de soutien à son éventuelle candidature pour 2012?
Nous n’en sommes pas là. J’y vais sans aucune arrière-pensée. Arnaud Montebourg est un ami. J’ai apprécié les positions courageuses qu’il a prises sur le projet de Constitution européenne en 2005. Mais le PS est le PS et le Mouvement républicain et citoyen (MRC), ce n’est pas le PS! Notre mouvement veut faire bouger les lignes pour que la gauche soit à la hauteur des défis que le pays a devant lui.

Quel constat faites-vous pour l’instant du bilan de Martine Aubry à la tête du PS?
Elle a plutôt affermi sa position depuis le congrès de Reims qui l’a portée à la tête de son parti. Mais la question du projet de la gauche, si elle vient au pouvoir, est pendante. Nous avons encore beaucoup de sujets à débattre sur la politique économique, l’Europe et la nation notamment. Je dois la rencontrer pour cela au milieu du mois de septembre.

Comment jugez-vous le changement de stratégie des Américains en Irak et en Afghanistan?
Le président Obama a une idée assez claire : il veut se retirer aussi bien d’Afghanistan que d’Irak. Il a raison! L’invasion de l’Irak en 2003 a abouti à créer les conditions d’une véritable guerre civile dans ce pays qui n’a toujours pas de gouvernement et la destruction de l’Irak a mis l’Iran en position dominante dans la région. Quant à l’Afghanistan, tout le monde sait que sa stabilisation dépend du Pakistan qu’il faut aider à jouer un rôle modérateur. La question de la date précise du retrait américain est relativement accessoire. Il faut que l’ethnie majoritaire pachtoune se soit au préalable clairement dissociée d’Al-Qaïda. Ce qui est essentiel, c’est que les Américains ont décidé de se retirer. Je ne suis pas partisan d’un retrait inconditionnel. Il faut avoir créé les conditions d’une stabilité politique dans la région, qui ne peut venir que du Pakistan.

Source : site Internet du Parisien

Ils veulent défigurer la République

Créé par le 31 juil 2010 | Dans : Gouvernement

Editorial par Jean-Paul Piérot dans l’Huma du 30 juillet 2010

Les vannes sont ouvertes. 
La calomnie, l’amalgame, 
le mensonge, les accusations 
à l’emporte-pièce, tout devient possible dès lors que l’on parle des « problèmes » posés par le « comportement » de « certains » Roms 
et autres Tsiganes citoyens français. La parole extrémiste est libérée. À peine Nicolas Sarkozy et une escouade de ministres et de policiers galonnés achevaient-ils leur réunion juste avant les JT de 20 heures mercredi soir 
que le ministre Lellouche affirmait devant les caméras que le drame de Saint-Aignan n’était pas un cas isolé ; 
le lendemain un député UMP en redemandait en matière de répression et soutenait au micro de France Inter que l’errance n’était pas « compatible » avec la manière de vivre en France. Qu’y a-t-il donc au bout de sa pensée ? Une assignation à résidence et l’interdiction de se déplacer ? Le régime de Vichy avait eu cette idée, et avait même créé des camps pour y interner les Gitans récalcitrants. Les principes de la République, forgés par 
la Révolution de 1789, ne reconnaissent que des citoyens, et non des ethnies et autres communautés fondées 
sur la religion ou sur des lectures fantaisistes de l’histoire. À cet héritage, le clan sarkozyen préfère-t-il le modèle berlusconien en cours de l’autre côté des Alpes, où les Roms sont traqués et pourchassés, livrés en pâture aux nostalgiques du fascisme et aux agités de la Padanie ?

Nous voilà avertis. Pour assourdir l’écho 
des affaires de collusion entre le parti présidentiel et les plus grandes fortunes et pour tenter de distraire l’attention des Français du débat sur l’avenir des retraites, Brice Hortefeux va multiplier les opérations policières contre les campements « illégaux » – la feuille de route prévoit l’évacuation de trois cents campements. Toute réaction de colère sera exploitée pour stigmatiser un peu plus les victimes expulsées et tous les Tsiganes de France et d’ailleurs. C’est l’été meurtrier des expulsions vers les Balkans, et des bulldozers contre les familles qui commence. Sur le fond, les mesures annoncées ne constituent pas des nouveautés mais la réunion de l’Élysée est une incitation au harcèlement d’hommes, de femmes, d’enfants suspectés à l’avance de commettre des actes délictueux. Répression et rien d’autre, y compris par anticipation, tel est le message adressé depuis l’Élysée.

Nicolas Sarkozy a pris soin de ne pas accompagner l’arsenal répressif de mesures, fussent-elles cosmétiques, pour donner à l’ensemble 
du dispositif au moins une apparence d’équité. Rien n’est dit par exemple sur la scolarisation des enfants, qui risquent au contraire de voir les portes de l’école se fermer plus hermétiquement encore dans ce climat annoncé de chasse à l’homme. En 2002, un préfet avait été sanctionné pour avoir accusé les gens du voyage 
de « vivre à nos crochets et de la rapine ». Aujourd’hui 
ce genre de propos est à la mode en haut lieu.

Les réactions de la gauche sont au niveau 
de la violence du coup porté aux principes républicains et à la cohésion nationale par ses premiers dirigeants. L’appel lancé par Pierre Laurent au nom du PCF à toutes les organisations de gauche, aux associations et aux syndicats devrait être entendu. 
On ne peut laisser ainsi défigurer la République.

Par Jean-Paul Piérot

Fonction publique : au service de tous…par Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU

Créé par le 09 juil 2010 | Dans : Articles de fond, Gouvernement

Lors de son discours à Laon sur la fonction publique, en mars dernier, le président de la République a lancé « Soyez fiers d’être fonctionnaires ». Mais « fiers » nous le sommes monsieur le président et c’est justement parce que nous pensons que notre mission d’intérêt général est fondamentale que nous la défendons. Que ce soit dans les écoles et les établissements scolaires, dans les musées, dans les services sociaux et administratifs, dans les tribunaux, pour l’environnement…, il est nécessaire que les actions et les services soient rendus par des personnels en nombre suffisant, qualifiés et reconnus, assurés de l’indépendance et de la stabilité nécessaire à leurs missions.

Les services publics sont un élément central de notre modèle économique et social. Les français y sont fortement attachés. L’accès aux soins, à la culture, à l’éducation, à la justice et à tous les biens communs…, autant de réalités que vivent au quotidien les usagers et les agents publics. Chacun en mesure l’importance, les insuffisances également.

Les services publics, la fonction publique sont fondés sur l’idée d’intérêt général, sur celle d’égalité pour tous et sur tout le territoire, sur les valeurs de solidarités et de justice dans l’accès de tous à tous les services. Plus que jamais ils doivent répondre aux besoins de la société et donc évoluer. Un réel débat sur leur gestion, les missions, sur ce que les usagers sont en droit d’attendre est devenu indispensable. D’autant plus en période de crise où les inégalités se creusent, où les injustices sont les plus criantes…

C’est précisément parce que nous sommes fiers de nos missions et de notre travail que nous n’acceptons pas une politique qui les méprise, qui les compromet, qui va à rebours de ce qui est indispensable. Parce que nous en sommes fiers nous ne supportons plus ce double langage qui d’un côté vante le rôle incontestable « d’amortisseur social » joué par les services publics dans la crise économique et sociale et de l’autre n’a comme souci que de faire des économies sur leur dos et celui de leurs personnels en les présentant comme des luxes « inutiles ».

Suppression par milliers d’emplois de fonctionnaires avec le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, gel des salaires des agents, mise en concurrence des individus au détriment de l’intérêt commun, restructuration voire suppression de services et de missions avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP)… Sans compter la réforme des retraites qui, outre les régressions imposées à tous les salariés, prévoit sous couvert d’alignement du taux de cotisation des fonctionnaires sur celui du privé, une baisse supplémentaire du pouvoir d’achat, et la remise en cause de dispositifs comme le minimum garanti ou encore la possibilité de départ anticipé pour les parents de trois enfants pénalisant encore les femmes et les plus bas salaires. Loin d’une quelconque équité c’est d’abord une nouvelle mise en cause brutale des fonctionnaires.

FONCTIONNAIRES, QUELLE BELLE IDÉE !

Qu’on y prenne garde : nous avons avec les quelques 5 millions de personnes relevant du statut général des fonctionnaires une fonction publique de qualité, attachée au bien commun, des agents qui par leur travail, l’attachement à leurs métiers, leur sens de l’intérêt général, font la qualité de nos services publics. Une fonction publique créatrice de richesses.

Arrêtez de lui porter des coups car ce sont les usagers et singulièrement les plus démunis qui en paieront le prix. Arrêtez de brouiller les repères en termes d’objectifs à atteindre en remettant en cause les principes et valeurs de la fonction publique, de faire croire que l’on peut faire forcément mieux avec moins, de chercher à diviser les fonctionnaires eux-mêmes en multipliant les dispositifs individuels, au mérite, contre des dispositifs collectifs : personne n’est dupe sur le projet porté qui vise non seulement à faire des économies mais aussi à instaurer une société du chacun pour soi, du chacun selon ses moyens.

Comment peut-on imaginer des services pour tous reposant sur la précarité, l’étiolement des missions, la dégradation des conditions de travail des personnels ? Au lieu d’une logique purement comptable aux seules fins de réaliser des économies, il faut réfléchir en termes de besoins réels pour estimer les dépenses nécessaires en postes, en crédits, pour redéfinir les missions, les péréquations et régulations indispensables. Il faut se pencher réellement sur les qualifications et les formations nécessaires et leur reconnaissance en termes de rémunérations. Il faut aussi chercher de nouvelles recettes pour financer les besoins nouveaux. Et une réforme juste et équitable de la fiscalité s’impose. Tout autre logique est vouée à l’échec. Abandonner des missions, déserter des quartiers, refuser de penser les enjeux d’avenir…, autant d’économies qui se paieront. C’est en fait du rôle de l’Etat dans notre système économique et politique dont il est aujourd’hui question. La fonction publique s’inscrit toujours dans l’histoire de notre société. C’est une idée moderne porteuse d’avenir !

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU

LEMONDE.FR | 08.07.10

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