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Jean-Pierre Chevènement interviewé en plein cœur de la crise grecque sur FigaroVox.

Créé par le 08 août 2015 | Dans : Le Che, Pour une autre Europe

Jean-Pierre Chevènement : «Si la Grèce sortait de l’euro, elle pourrait se redresser» (1/2)

                                   
Jean-Pierre Chevènement interviewé en plein cœur de la crise grecque sur FigaroVox. dans Le Che XVMcd1e31d8-3d2c-11e5-84f4-04ac2c846ad7                                                                                
 

FIGAROVOX/COLLECTION – Chaque week-end jusqu’à la fin du mois d’août FigaroVox vous offre exceptionnellement un entretien réservé aux abonnés Premium. Cette semaine Jean-Pierre Chevènement que nous avions interviewé en plein cœur de la crise grecque. Première partie.

Le 3 juillet dernier à la vielle du référendum grec, l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense confiait à FigaroVox qu’une sortie éventuelle de la Grèce de la zone euro ne serait pas une catastrophe. Au contraire, elle permettrait au pays de Périclès de se redresser. Le Che prônait déjà l’instauration d’une monnaie commune pour remplacer la monnaie unique.


PROPOS RECUEILLIS PAR

ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio


A lire également la deuxième partie de l’entretien:

Jean-Pierre Chevènement: «La menace pour l’Europe n’est pas à l’Est, mais au Sud» (2/2)

Le Premier ministre Alexis Tsipras va soumettre le plan d’aide à la Grèce à référendum. Que vous inspire cette décision?

Jean-Pierre Chevènement: Cela me paraît être une décision démocratique et légitime. Le plan d’aide est très critiquable. Les institutions de Bruxelles auraient pu bouger sur au moins deux volets. D’abord, le volet financier: le Premier ministre grec demandait qu’on allonge de 5 à 9 mois la durée du plan d’aide actuel. Cela était tout à fait raisonnable. Ensuite, sur le volet de la dette. Des prix Nobel d’économie comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, mais aussi en France le directeur de la recherche et des études de Natixis, Patrick Artus, qui n’a rien d’un gauchiste, s’accordent à reconnaître que la dette grecque, qui représente 177% du PIB, n’est pas soutenable ni donc remboursable. Il y a une volonté punitive dans ce «plan d’aide»: on voulait par avance donner une leçon au Portugal, à l’Espagne, à l’Italie, voire à la France. Plus largement, il est le symbole de l’échec de la «règle d’or» imposé en 2012 à tous les pays d’Europe après avoir été adoptée par l’Allemagne dès 2009. Mais ce qui vaut pour l’Allemagne ne peut pas valoir pour tous les autres. On touche au vice originel de la monnaie unique qui juxtapose des pays très hétérogènes et fait diverger leurs économies au lieu de les faire converger. Par un mécanisme bien connu, les zones les plus productives ont vu leur production croître tandis que les zones moins compétitives ont vu la leur décliner et se sont donc appauvries. Il y a un défaut de conception au départ dont le résultat était tout à fait prévisible.

Un certain nombre de dirigeants européens se sont agacés de cette décision. Comprenez-vous cette réaction?

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a dit: «Il n’y a pas de démocratie en Europe en dehors des traités». Or le traité de Lisbonne reprend la quasi-totalité, la «substance» comme l’a dit Madame Merkel, du projet de «traité constitutionnel» qui avait justement été rejeté par le peuple français en 2005 par référendum. Par ailleurs, Monsieur Juncker ne me paraît pas le mieux placé pour mener le combat du oui au référendum grec. En effet, il a été un excellent Premier ministre luxembourgeois mais du point de vue du Luxembourg qu’il a organisé, avec succès, comme un véritable paradis fiscal! Cela ne le qualifie pas pour prêcher la solidarité.

Pourquoi ces démocrates revendiqués semblent-ils autant redouter le choix du peuple?

Souvenez-vous de Jacques Delors qui disait en 1992 que les hommes politiques en désaccord avec Maastricht devaient «prendre leur retraite ou faire un autre métier…». Le ver était dans le fruit depuis très longtemps. Pour comprendre la nature profondément antidémocratique de l’actuelle construction européenne, il faut remonter des décennies en arrière au «système» Jean-Monnet, que l’on peut qualifier de «système de cliquets». L’Europe fonctionne par une suite de petits faits accomplis sur lesquels les citoyens ne peuvent plus revenir: on commence par le charbon et l’acier, puis par le marché commun, le droit communautaire, la réglementation de la concurrence, et enfin la monnaie unique pour arriver au «grand saut fédéral». Les peuples européens sont amenés à se dépouiller peu à peu de leur souveraineté sans en avoir réellement conscience. Petit à petit, ils se retrouvent piégés. Les dirigeants européens ont amené les peuples où ils ne voulaient pas aller sans leur poser franchement la question. A la fin, s’apercevant de la supercherie, ces derniers ont dit non, en France, mais aussi aux Pays-Bas, au Danemark ou en Irlande. Pourtant les dirigeants ont considéré que cela ne valait rien, au regard d’une orthodoxie européenne qu’ils considèrent au-dessus de toute démocratie.

L’Europe s’est construite par effraction et l’essence du système européen est oligarchique. Le Conseil européen des chefs d’Etat est la seule institution légitime, mais ne se réunit que périodiquement et ne dispose pas d’outils pour traduire ses impulsions. La Commission européenne est composée de hauts fonctionnaires qui ne sont pas élus mais nommés de manière très opaque. Comme l’affirme la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, le Parlement européen n’est pas un parlement. Il ne peut pas l’être car il n’y a pas de peuple européen, mais une trentaine de peuples différents. Dès le départ, l’Europe repose sur un postulat non vérifié: on a voulu faire l’Europe contre les nations ; on pensait qu’elle pouvait s’y substituer. Or les nations sont le cadre d’expression de la démocratie. Il faut désormais aller sur la voie de l’Europe confédérale, la seule qui soit légitime et démocratique: celle qu’avait proposée le général de Gaulle en 1962 avec le plan Fouchet. Seule une Europe à géométrie variable, souple envers chaque pays, pourra avancer. Cette nouvelle Europe aurait vocation à déboucher sur une «Europe européenne» et non inféodée. Le traité transatlantique, s’il était adopté, serait un nouveau coup porté à ce qui reste de notre souveraineté. Celui-ci ne comporte pas d’avantages évidents pour la France et nous soumettrait à des normes et juridictions influencées par les Etats-Unis. J’attends que la France fasse entendre sa voix sur un sujet qui du temps du général de Gaulle ne serait pas passé inaperçu.

Sur le fond, êtes-vous favorable au «Oui» comme Jean-Claude Juncker ou au «Non» comme Alexis Tsipras?

Je n’ai pas à me prononcer à la place du peuple grec qui doit prendre ses responsabilités. C’est un peuple courageux. Il l’a montré à plusieurs reprise dans son histoire: dans sa guerre d’indépendance puis, en 1940, face à l’Italie fasciste qu’il a fait reculer et face à l’invasion nazie en 1941. Traditionnellement, il y a un sentiment philhéllène qui s’exprime en France. Je me compte d’ailleurs parmi les gens qui aiment la Grèce car pour moi ce pays représente aussi l’antiquité, le grec ancien, la démocratie. Ne serait-ce que pour avoir eu jadis un accessit au concours général de version grecque, je ne peux pas leur en vouloir! Sans la Grèce, il manquerait quelque chose d’essentiel à l’Europe.

Pour le président la Commission européenne, un «non» voudrait dire, indépendamment de la question posée, que la Grèce dit «non» à l’Europe. Partagez-vous ce point-de vue?

C’est absurde! Comment un président de la Commission européenne peut-il parler ainsi? Il confond la zone euro qui compte dix-huit membres et l’Union européenne qui en regroupe vingt-huit. Il existe donc dix pays qui ne sont pas dans l’union monétaire et qui sont dans l’Union européenne. La Grèce restera dans l’Europe. Et si, elle doit sortir de l’euro, nous devons l’aider à le faire dans des conditions qui ne soient pas trop douloureuses. Si la Grèce sort de l’euro, elle dévaluera sa monnaie qu’on pourrait appeler l’euro-drachme et rester attachée à l’euro dans un rapport stable de l’ordre de 70%. Il faudrait restructurer la dette à due proportion. Cette hypothèse est réaliste et remettrait la Grèce sur un sentier de croissance. Elle rendrait le pays encore plus attractif pour les touristes. Elle permettrait à la balance agricole grecque de redevenir excédentaire, ce qu’elle était avant l’euro et de développer une économie de services notamment dans la logistique et les transports. C’est un pays magnifique, l’un des plus beaux endroits du monde, qui bénéficie d’une véritable attractivité sur le plan géographique et d’un patrimoine historique pratiquement sans équivalent.

Ceux qui prédisent le chaos en cas de sortie de la Grèce de l’euro jouent-ils la stratégie de la peur ou ont-ils raison?

Dans toute dévaluation, il y a des moments difficiles: dans les premiers mois et peut-être dans la première année. Mais ensuite, il y a des facteurs positifs qui interviennent: les produits du pays sont moins chers. Les avantages comparatifs qui sont les siens, sont accrus. Le tourisme par exemple bénéficie d’un effet d’appel. Des entreprises pourraient investir dans une perspective de rentabilité. L’Europe ne peut pas se permettre de rudoyer la Grèce, de l’écraser d’un pied rageur au fond du trou où elle se serait mise d’elle-même. Ce n’est pas raisonnable. Sauf si l’on souhaite dresser les peuples européens les uns contre les autres. Si la Grèce devait être amenée à recréer une sorte d’euro-drachme, il faudrait l’aider par des fonds structurels importants à supporter l’inévitable renchérissement de ses importations dans un premier temps. Et lui donner des facilités pour se redresser. Je pense qu’elle en a la capacité. Encore une fois, c’est un pays qui a beaucoup d’atouts.

A terme l’éclatement, voire la disparition de la monnaie unique, sont-ils inévitables?

La monnaie unique a énormément accru les divergences de compétitivité entre pays européens. Prenons le cas de l’économie française. Elle avait un déficit commercial par rapport à l’Allemagne de vingt-huit milliards de francs en 1983. Aujourd’hui, le déficit de la France sur l’Allemagne serait selon certaines sources (Eurostat) de trente-cinq milliards d’euros. Comme l’euro, représente six fois et demi le franc, le déficit a au moins quadruplé en tenant compte de l’inflation depuis 1983. La monnaie unique, qui a définitivement empêché la France de dévaluer, nous met une sorte de nœud coulant qui se resserre. Nous sommes désormais tombés au niveau d’industrialisation de la Grèce (12 % du PIB). Nos fleurons du Cac 40 se développent, mais à l’étranger.

Une sortie ordonnée de la zone euro, ou du moins de la monnaie unique est-elle possible?

Je suis profondément européen. Mais je ne crois pas que les modalités choisies pour la construction européenne actuelle soient les bonnes. Elles devraient être révisées. C’est très difficile parce que tous ces gens-là ont engagé leur crédit sur la monnaie unique. J’ai fait un petit livre qui s’appelle Le bêtisier de Maastricht. Il faut relire le florilège de déclarations de nos dirigeants de droite et de gauche, nous promettant, la prospérité, le plein emploi, que nous allions rivaliser avec l’Amérique, que le dollar n’aurait qu’à bien se tenir, etc. Une somme d’inepties qui ne peut que susciter le rire ou la commisération lorsqu’on relit tout cela avec le recul. Lorsqu’on a fait fausse route, il faut savoir revenir à la bifurcation et prendre la bonne direction. La monnaie commune pourrait être celle-ci.

De quoi s’agit-il?

L’euro perdurerait comme symbole de notre volonté d’aller vers une Europe toujours plus unie, mais deviendrait monnaie commune et non plus unique. Elle serait valable dans les échanges internationaux en gardant des subdivisions nationales: l’euro-drachme, l’euro-lire, l’euro-mark, l’euro-franc, etc. Certains pays pourraient augmenter de quatre ou cinq pour cent la valeur de leur monnaie interne, d’autres la garder stable et certains, comme la Grèce, la diminuer. Tous les deux ou trois ans, on pourrait procéder à de légers ajustements pour tenir compte des compétitivités relatives qui permettraient de tenir dans la durée. Cette monnaie commune serait le panier des subdivisions nationales. Elle serait cotée sur le marché mondial des devises. Rien de plus simple ; le monde est flexible. Il y aurait une cotation qui interviendrait tous les jours et une certaine stabilité s’installerait entre cette monnaie commune, le dollar et le yuan. Derrière tout cela se profile la réorganisation du système monétaire international profondément malade.

La France a-t-elle suffisamment pesé sur les négociations?

La France aurait pu intervenir d’une voix plus forte pour que le plan défini par l’Eurogroupe ne soit pas aussi dur sur le volet financier et sur le volet de la dette. Je pense que la France a perdu une occasion de faire entendre sa voix comme sur le dossier des sanctions contre la Russie qui nous pénalisent aussi. La vraie menace pour l’Europe n’est pas à l’Est, mais au Sud: c’est Daesh. Lire la suite ici.

                

Jean-Pierre Chevènement donne une leçon de géopolitique sur FigaroVox

Créé par le 08 août 2015 | Dans : Le Che

Jean-Pierre Chevènement donne une leçon de géopolitique sur FigaroVox dans Le Che XVMf1c9fc48-3d30-11e5-8cf9-8f831f116e76                                                                                                                    

FIGAROVOX/COLLECTION – Chaque week-end jusqu’à la fin du mois d’août FigaroVox vous offre exceptionnellement un entretien réservé aux abonnés Premium. Cette semaine Jean-Pierre Chevènement qui nous donne une leçon de géopolitique. Deuxième partie.

1/5

Le 3 juillet dernier juste après les attentats Saint-Quentin-Fallavier, l‘ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense confiait à FigaroVox sa vision très gaulliste de la politique étrangère. Pour le Che , il ne faut pas se tromper d’ennemi: la menace pour l’Europe n’est pas la Russie, mais Daech.


PROPOS RECUEILLIS PAR

ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio


Quelques mois seulement après les attentats de janvier, la France a une nouvelle fois été victime du terrorisme. Avons-nous sous-estimé la menace?

Elle était tout à fait prévisible. J’ai dit à l’époque au président de la République que nous allions avoir devant nous des décennies de terrorisme. Aucune démocratie n’a chaviré à cause de celui-ci. Il s’agit d’une réalité douloureuse mais auquel un grand Etat doit savoir faire face. Pour réduire le terrorisme, il faut garder son sang-froid, avoir une vue large et longue, une parole publique claire. Le but des islamistes est de créer un affrontement du monde musulman tout entier contre l’Occident. Ils veulent le choc des civilisations, mais nous ne devons pas tomber dans ce piège. Il faut assécher le terreau sur lequel le terrorisme djihadiste se développe. C’est beaucoup plus difficile qu’à l’époque d’Action directe car ce mouvement terroriste n’avait absolument aucun soutien dans la classe ouvrière française alors qu’aujourd’hui un certain nombre de jeunes «paumés» peuvent être tentés par une démarche de radicalisation. Mais il faut rejeter par avance toute culture de l’excuse!

Manuel Valls a donc eu tort d’utiliser le terme de choc de civilisation …

Il faudrait lui donner le temps de s’expliquer. Samuel Huntington, lui-même, n’employait pas ce mot pour le recommander, mais pour montrer qu’il était à l’horizon. Je réfute l’idée du choc des civilisations: C’est ce que veut Daesh. Ne tombons pas dans ce piège. Mais la menace de ruptures majeures pour la France vient incontestablement non pas de l’Est, mais du Sud, notamment pour des raisons démographiques. Dans l’Afrique subsahélienne, il existe des pays dont le taux de fécondité va jusqu’à sept enfants par femme. Il sera impossible de promouvoir le développement dans ces pays s’ils ne font pas l’effort de se responsabiliser et si les religions ne nous y aident pas. Il faut aussi prendre conscience que le Moyen-Orient reste un baril de poudre qui demande une vigilance particulière du point de vue de la sécurité de la France car il concentre la moitié des réserves de pétrole et de gaz mondiales.

Notre pays est en proie à une crise économique et sociale, mais aussi à une crise identitaire profonde. Ce type d’attentat peut-il déstabiliser la société en profondeur?

Nous avons des tensions liées à la situation économique et des tensions qui résultent de la concentration de populations immigrées dans certains quartiers ou dans certaines zones comme la Seine-Saint-Denis ou les quartiers Nord de Marseille. Tout cela témoigne d’une grande cécité historique de la part des pouvoirs publics. Il faut mener une politique d’intégration, mais cela suppose d’abord que la France s’aime assez elle-même pour donner envie à ses enfants de s’intégrer à elle. C’est un problème complexe, mais je suis persuadé qu’à long terme nous avons tous les éléments de sa solution. Cela suppose beaucoup de conditions réunies et laisse prévoir beaucoup de secousses en attendant. Mais de ces secousses mêmes nous tirerons l’énergie salvatrice du sursaut. «Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve» selon la formule du poète Hölderlin.

L’islam est-il compatible avec la République?

Je m’intéresse beaucoup à l’islam depuis que j’ai été sous-lieutenant en Algérie. Il y a dans le Coran énormément d’invocations à la rationalité, même s’il ne comporte pas que cela. Il faut que l’islam se dégage des dogmatismes excessifs, dont sont imprégnés certains de ses courants. Le catholicisme aussi a bien dû se dégager d’un certain absolutisme. Néanmoins, c’est plus compliqué avec la religion musulmane car il n’y a pas de clergé. Il faut que les musulmans se prennent en main et séparent eux-mêmes le bon grain de l’ivraie. J’avais lancé en 1999 une consultation dont Nicolas Sarkozy avait tiré les conséquences avec le CFCM (Conseil français du culte musulman). Cela n’a pas été une réussite, mais il y a eu un manque de fermeté dans la mise en œuvre d’une politique permettant de former des imams à la française: des imams qui, pour commencer, parleraient le français car la plupart ignorent notre langue. Il nous faut une vue à long terme et le courage de s’y tenir.

Certains intellectuels comparent la faiblesse des gouvernements européens actuels à la lâcheté des dirigeants avant la Seconde guerre mondiale. Que pensez-vous de cette comparaison?

On dit «chien méchant». A juste titre: Al Quaïda, Daesh sont atrocement méchants. Mais il faut aussi se demander ce qui les a rendus méchants? Prenons l’exemple de l’Irak. Les Etats-Unis ont considéré qu’ils pouvaient supprimer un Etat, dissoudre son armée, renvoyer ses fonctionnaires … Pour mettre à la place quoi? Un régime pseudo-démocratique dans un pays qui était un grand Liban et qui a été livré aux partis chiites qui vont prendre leurs ordres à Téhéran. Nous avons le résultat auquel il fallait s’attendre: la prépondérance iranienne dans la région et l’envol du terrorisme sunnite après l’écrasement d’un nationalisme laïc. De même pour la Libye. Nous pouvions protéger Benghazi, comme le préconisait le mandat de l’ONU, sans pour autant faire tomber Kadhafi. Nous avons livré la Libye au chaos, comme les Américains l’on fait avec l’Irak. Dès lors, il ne faut pas s’étonner de voir les migrants déferler sur les côtes italiennes.

Vous êtes généralement partisan du «non-interventionnisme». Faut-il faire une exception avec Daech et envoyer des troupes au sol?

Il faut reconstituer les Etats – Irak et Syrie – dans leurs frontières. Les buts politiques d’une intervention doivent être clairs et approuvés par l’ONU. Il faut se demander si le mot d’ordre «Bachar doit partir» était bien raisonnable. Nous avons aujourd’hui trois partenaire en lice: le régime de Bachar el-Assad, Daech et al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda. Je ne suis pas sûr que l’on doive émettre une préférence pour Daech ou pour al-Nosra. Nous sommes dans une situation où la France devrait jouer les intermédiaires entre un certain nombre de courants démocratiques et le régime de Damas, si déplaisant soit-il. Le régime syrien est un régime brutal et violent, mais qui a au moins le mérite de ne pas chercher à instaurer un Califat, y compris en Seine-Saint-Denis.

Et si Bachar el-Assad est trop affaibli?

Il y a deux ans il s’agissait d’intervenir pour le faire tomber. Heureusement, les Russes et les Américains nous ont évité ce qui aurait été une grave erreur. Le monde arabe est dans un état de décomposition profond. L’Occident y a une certaine responsabilité. Il faut favoriser un accord de sécurité entre le monde perse et le monde arabe et trouver un équilibre de sécurité entre les sunnites et les chiites. Cela peut passer par un pacte de sécurité impliquant l’Iran et garanti par les cinq grandes puissances avec l’Iran chiite qui est la puissance dominante dans la région et qui est une grande civilisation. Il faudra également régler le conflit israélo-palestinien qui est un abcès de fixation dans la région depuis bientôt un demi-siècle. Tout ne se traite pas militairement, mais certaines précautions doivent être maintenues et un bon budget militaire est nécessaire à la France dans la période qui vient. En même temps cela ne dispense pas d’être intelligent …

Un mot sur Charles Pasqua …

Il a marqué la place Beauvau comme ministre de l’Intérieur. Il a pris de bonnes initiatives en matière de législation anti-terroriste notamment. Lorsque j’étais moi-même ministre de l’Intérieur, j’ai d’ailleurs fait appliquer la loi de janvier 1995 qui ne l’avait pas été et qui est le premier texte à mentionner le mot de «police de proximité». Je lui rends ses droits d’auteur. Charles Pasqua était un homme qui avait été formé dans la Résistance et qui avait sans doute gardé de cette période des méthodes pas toujours très orthodoxes. On le lui a reproché. Mais cela ne doit pas masquer l’essentiel: il était un patriote et un grand serviteur de l’Etat. A titre personnel, je n’ai pas oublié qu’en 1992, nous avons livré un combat commun contre le traité de Maastricht, puis en 2005 contre le Traité constitutionnel européen. J’appréciais aussi l’acteur qu’il était dans tous les sens du terme. Il a puissamment animé notre scène politique, si bien que même ses adversaires ne pouvaient pas le détester.

                

« Pourquoi j’ai repris ma liberté » Entretien de Jean-Pierre Chevènement accordé aux Dernières Nouvelles d’Alsace,

Créé par le 20 juin 2015 | Dans : Blog du Che, Le Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement accordé aux Dernières Nouvelles d’Alsace, vendredi 19 juin 2015.  


"Pourquoi j'ai repris ma liberté"
DNA : Dans quel état d’esprit êtes-vous après avoir démissionné du MRC, que vous aviez fondé ?   Jean-Pierre Chevènement : Je suis à la fois peiné et soulagé, dans l’état d’esprit de quelqu’un qui estime qu’il vaut mieux explorer un chemin certes difficile mais nouveau que de s’entêter dans une impasse. Un parti, surtout s’il est très petit, est prisonnier de sa logique. Moi je suis enfin libre. J’ai toujours vécu à voix haute et je continuerai à m’exprimer sur tous les sujets qui concernent l’avenir de la France : la monnaie unique, la crise grecque, la désindustrialisation, le chômage, la crise ukrainienne, le terrorisme et Daech, etc. Je garde le contact avec tous ceux qui cherchent une issue authentiquement républicaine aux problèmes du pays, sans exclusive.  
Vous avez cosigné un appel contre la réforme du collège avec Luc Ferry et François Bayrou, deux ex-ministres de l’Éducation comme vous, mais dans des gouvernements de droite. Pourquoi ?   Tout ancien ministre de l’Éducation Nationale a une responsabilité vis-à-vis de la jeunesse qui transcende les clivages partisans. L’école, est une institution de la République. Elle doit former des citoyens, par la transmission des savoirs et des valeurs. Or, la réforme des collèges ne va pas du tout dans ce sens. Elle s’inscrit dans la continuité d’une tout autre inspiration dite « pédagogiste », ou si vous préférez soixante-huitarde : l’objectif n’est plus la transmission des connaissances, mais le façonnement d’un homme nouveau. Utopie ruineuse, qui explique en grande partie l’affaissement de l’école depuis deux décennies ! La réforme des collèges supprime 20 % des enseignements disciplinaires pour mettre à la place des « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) dont le flou est révélateur : « corps, santé, bien-être et sécurité », « monde économique et professionnel », « transition écologique et développement durable »… Bref, du chewing-gum !  
Vous défendez « l’élitisme républicain ».   Oui, je définis celui-ci comme « la possibilité donnée à chacun d’aller au bout de ses capacités ». C’est cela l’égalité, et non pas l’égalitarisme niveleur. Je reprends à mon compte l’objectif assigné à l’École à la Libération par Paul Langevin, qui était communiste : « La promotion de tous et la sélection des meilleurs. » Pourquoi supprimer le latin et le grec qui nous rattachent aux origines de notre civilisation, ou les classes bilangues qui ont permis d’enrayer le déclin de l’allemand ? Un enseignement de qualité tirera tous les élèves vers le haut, alors que la théorie qui a consisté, depuis la loi d’orientation de 1989, à « mettre l’élève au cœur de l’école » et non plus le Savoir, nous donne aujourd’hui, à la sortie, le sauvageon.  
 

 

On vous accuse de vouloir transformer l’histoire de France en un « roman national »   Non, je suis contre le « roman national » mais je crois à la nécessité du récit national. Celui-ci doit être objectif. Il ne doit pas être tourné systématiquement vers les ombres de notre histoire (le colonialisme, la traite négrière ou encore la collaboration de Vichy), mais mettre en valeur notre Histoire : les Lumières, la Révolution, la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, et ceux qui n’ont pas failli : les soldats de l’an II, les poilus, les Résistants, etc. En réalité, ce n’est pas le mot roman qui gêne, c’est le mot national. Et moi j’assume la Nation. Celle-ci est le cadre de la démocratie et de la solidarité : le sentiment d’appartenance est le fondement de la démocratie. Comment, autrement, la minorité pourrait-elle accepter la loi de la majorité ? Le récit national, sans cesser d’être objectif, doit faire aimer la France. Sinon, comment celle-ci pourrait-elle intégrer les nouvelles générations, notamment celles issues de l’immigration ?  
N’était-ce pas une erreur de viser, en tant que ministre de l’Éducation, 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac ?   J’ai peut-être commis une erreur de communication. Je parlais de « niveau » (la terminale), pas de diplôme presque automatiquement délivré. Aujourd’hui on est à 77 % de bacheliers, mais au prix de notes « cassées ». Je ne trouve pas normal de sacrifier l’orthographe, ou de faire passer les candidats qui n’ont que 9, voire 8,5 de moyenne. Mon objectif était d’élever le niveau général, pas de « faire du chiffre » et leurrer l’opinion. L’élitisme républicain consiste à faire aller de pair la qualité et la quantité.  
Vous tendez la main au souverainiste Dupont-Aignan…   L’intérêt public implique le dépassement des sectarismes. J’ai toujours entretenu un bon dialogue avec les gaullistes de gauche, depuis les années 1970. Déjà avec le Pôle républicain et ma candidature à la présidentielle de 2002, je m’étais fixé comme objectif de dépasser des clivages devenus obsolètes, au moins depuis le traité de Maastricht (1992). On ne peut pas sortir la France de l’ornière néolibérale en s’appuyant sur une gauche devenue majoritairement social-libérale. J’ai défini deux marqueurs parmi ceux qui, me semble-t-il, pensent comme moi que la nation doit être centrale pour le redressement de l’Europe : Jean-Luc Mélenchon, bien qu’il confonde encore trop souvent la nation et le nationalisme, et Nicolas Dupont-Aignan. J’aurais pu en citer beaucoup d’autres : tous ceux qui sont restés gaullistes à droite et ceux qui sont authentiquement républicains à gauche sont concernés !  
Pas Marine Le Pen ?   Je ne fais pas de procès d’intention. Je constate : Marine Le Pen hérite d’un passé très chargé. Ses idées sont simplistes quand elles ne sont pas dangereuses. Le FN ne dispose pas d’un personnel à la hauteur pour gouverner. Sa venue au pouvoir serait une catastrophe pour l’image de la France dans le monde. Ça fait beaucoup !  
Et Florian Philippot, qu’on dit « ancien chevènementiste » ?   Personnellement, je ne connais pas Florian Philippot. Il se réclame de moi, mais moi je ne me réclame pas de lui. Il y a beaucoup de gens qui se réclament du chevènementisme mais je suis encore capable de reconnaître les miens !  
La Grèce doit-elle quitter l’euro ?   Le bon sens consisterait à créer un euro-drachme dont la valeur serait 30 % inférieure à celle de l’euro, pour permettre à la Grèce de relancer son économie. Depuis 2009 on a la preuve que les dévaluations internes par la baisse des salaires et des retraites ne règlent rien. Bien au contraire, elles précipitent les pays dans la récession. La Grèce a perdu le quart de son PIB. Remettre en marche la mécanique grecque passerait aussi par l’annulation d’une partie de sa dette, pour la ramener à environ 120 % de son PIB, contre 180 % aujourd’hui.  
Vous avez de nombreux désaccords sur la politique extérieure de la France   Nullement par plaisir : je suis légitimiste. Je ne conteste pas le Président de la République, mais je crois nécessaire d’exprimer ce qui me paraît être l’intérêt national. On sanctionne la Russie mais on oublie de dire que les accords de Minsk ne sont pas respectés par l’Ukraine qui refuse d’appliquer leur volet politique, notamment sur l’autonomie des régions de l’est. Sur la Syrie, je crains qu’à force de poser comme préalable le départ d’Assad, on ne finisse pas installer dans toute la Syrie le pouvoir de Daech ! Ce sont des réflexions de bon sens !  
À l’heure où vous prenez un nouvel envol solitaire, quel bilan tirez-vous des partis que vous avez fondés, le MDC et le MRC ?   Je ne suis pas si solitaire que cela. Simplement je ne veux pas mourir idiot. Et il y a au moins deux députés venus du MRC qui n’en ont pas non plus envie*. Après Maastricht dont nous avions prévu les conséquences néfastes, nous avons essayé de trouver dans le peuple un recours pour relever la France à partir de la gauche. C’était très difficile. Les gens confondaient la gauche et le PS. En tendant la main, en 2002, aux républicains de l’autre rive, j’ai ouvert un chemin de vérité.  
Bien sûr, le scrutin majoritaire a favorisé un bipartisme trompeur entre le PS et l’UMP. La politique de ces deux partis, prisonniers des mêmes choix erronés faits à Maastricht, a fait le lit du FN. Mais il y a encore place pour une alternative républicaine. Le MDC depuis 1992, le pôle républicain de 2002 et le MRC depuis 2003, ont semé. Je fais le pari qu’il y a dans la jeunesse et dans la conscience de notre peuple des forces qui n’ont pas encore donné et qui veulent continuer l’Histoire de la France, avec la République, et non pas en lui tournant le dos ! Je reste entreprenant et combatif !  
Source : DNA

Jean-Pierre Chevènement fait à nouveau entendre sa voix

Créé par le 14 juin 2015 | Dans : Le Che

Jean-Pierre Chevènement a décidé de quitter le Mouvement républicain et citoyen (MRC), dont il était président d’honneur, pour « reprendre sa liberté »

bdx3mai20110081.jpgcrédits photographiques du blog citoyen et républicain

« Je souhaite reprendre ma liberté. Comme tout parti politique, le MRC obéit à une logique. Je suis au-delà des logiques partisanes », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Le MRC a sa logique et moi, j’ai la mienne (…) Je veux m’exprimer en toute liberté sur l’école, le collège, l’Europe, la crise grecque, l’Ukraine, le terrorisme… » a affirmé Jean-Pierre Chevènement, ajoutant qu’il ne fallait pas interpréter cette décision comme un « retrait [de la vie politique], tout au contraire ».

« Je compte relancer le cercle République moderne », créé en 1983 après son départ du gouvernement, a-t-il rappelé. 

 

Mon rêve est celui du Tao Te King, selon Lao Tseu

Créé par le 24 déc 2012 | Dans : Le Che

« Mon rêve est celui du Tao Te King, selon Lao Tseu :

« Il agit sans rien faire

Et enseigne sans rien dire

Les choses apparaissent et il les laisse venir

Les choses disparaissent et il les laisse partir

Il a, mais ne possède pas

Agit mais n’attend rien

Son œuvre accomplie, il l’oublie

C’est pourquoi elle dure toujours. »

Je vous lègue ce dernier distique. Il vous demande une rude tâche.

Soyez fidèles au peuple, c’est-à-dire aux simples gens,

À la France, terre de liberté, d’où un «cavalier français – Descartes – partit un jour d’un si bon pas»,

Liberté qui donne le caractère et non le laisser aller,

Pays de citoyens où la République est exigence ou bien n’est pas.

Bon courage, chers camarades.

Je ne m’effacerai pas tout à fait, me réservant de parler si possible à bon escient. »

Jean-Pierre Chevènement le 16 décembre 2012 devant les congressistes du MRC au Tapis rouge – 10° arrondissement de Paris

 

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