Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

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Offensive israélienne à Gaza: plus de 70 Palestiniens tués, Abbas boycotte Israël

Créé par le 02 mar 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Par Par Sakher ABOU EL-OUN AFP 

GAZA (AFP) – L’armée israélienne a poursuivi dimanche son offensive dans la bande de Gaza, où plus de 70 Palestiniens ont péri en 48 heures, poussant l’Autorité palestinienne à suspendre tout contact avec Israël.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a annoncé la poursuite de l’offensive, baptisée +Hiver chaud+, « contre les organisations terroristes » visant à mettre fin aux tirs de roquettes visant le sud d’Israël.

Il a dans le même temps indiqué vouloir préserver les négociations de paix avec l’Autorité palestinienne. Mais le président palestinien Mahmoud Abbas a décidé « de suspendre tous les contacts à tous les niveaux (avec Israël) car ils n’ont aucun sens au regard de l’agression israélienne », selon son porte-parole Nabil Abou Roudeina.

Cette nouvelle flambée de violences a précédé l’arrivée mardi dans la région de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice qui veut aider à progresser dans les négociations de paix relancées il y a à peine trois mois.

« La violence doit cesser et les discussions doivent reprendre », a déclaré la Maison Blanche.

A nouveau, l’armée israélienne a bombardé dimanche le nord de la bande de Gaza, où dix Palestiniens ont été tués. La veille, 63 Palestiniens y avaient péri, dont plusieurs femmes et enfants, selon des sources médicales.

Dans la localité de Jabaliya, des dizaines de blindés israéliens se frayent leur chemin dans les ruelles étroites aux murs criblés de balles. Des hélicoptères tournoient dans le ciel. Les charges artisanales palestiniennes et les roquettes israéliennes explosent.

« De ma vie je n’avais vu un tel massacre », dit Fatima Sayed, une habitante de Jabaliya. « Israël nous a chassés en 1948″, dit-elle en référence à la première guerre israélo-arabe après la création de l’Etat hébreu. « Maintenant, ils veulent nous tuer tous ».

Le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a annoncé la mort de 37 de ses combattants dans l’offensive, et celle d’une dizaine d’autres activistes. Deux soldats israéliens y ont été tués samedi, et deux autres blessés dimanche.

L’armée israélienne a indiqué dimanche soir avoir saisi d’importantes quantités d’armes et arrêté une cinquantaine de suspects palestiniens.

Dans la nuit de samedi à dimanche, des appareils israéliens avaient rasé les bureaux à Gaza d’Ismaïl Haniyeh, le chef du gouvernement Hamas non reconnu internationalement.

Malgré l’ampleur de l’offensive israélienne, la plus meurtrière depuis 2000, 24 roquettes se sont abattues dimanche sur le sud d’Israël. La police a fait état d’un blessé, et indiqué qu’en soirée un autre engin avait frappé une maison à Ashkelon.

L’armée israélienne avait lancé mercredi des opérations ponctuelles à Gaza également meurtrières, après la mort d’un Israélien dans l’explosion d’une roquette à Sdérot (sud). Depuis mercredi, plus de 100 Palestiniens ont péri.

« Israël n’a aucune intention de cesser, ne serait-ce que pour un moment, les combats contre les organisations terroristes », a prévenu M. Olmert.

« Le but de l’opération, qui est de mettre fin aux tirs de roquettes, ne sera pas atteint dans les deux prochains jours, nous continuerons nos activités et devons nous préparer à une escalade », a affirmé le ministre de la Défense Ehud Barak, ajoutant que le Hamas « paiera le prix » de « la dégradation de la situation ».

En brouille avec M. Abbas, le Hamas a appelé à la formation d’un cabinet d’union nationale d’urgence.

En Cisjordanie, des milliers de Palestiniens ont protesté contre l’offensive israélienne, et un Palestinien de 13 ans a été tué par des soldats israéliens. A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné les violences à Gaza comme dans le sud d’Israël. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon tout en reconnaissant à Israël le droit de se défendre, a critiqué « l’usage disproportionné et excessif de la force qui a tué et blessé tant de civils, y compris des enfants ».

Plusieurs pays arabes ont condamné l’opération israélienne, et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a affirmé qu’Israël serait « déraciné ».

Les derniers décès portent à 6.270 le nombre de personnes tuées dans les violences israélo-palestiniennes depuis 2000, pour la plupart des Palestiniens, selon un bilan établi par l’AFP.

Une cinquantaine de Palestiniens tués par Tsahal à Gaza

Créé par le 02 mar 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Par Nidal al Moughrabi Reuters – Samedi 1 mars, 19h51

GAZA, 1er mars (Reuters) – Quarante-six Palestiniens ont été tués samedi dans la bande de Gaza par l’armée israélienne, dont deux soldats ont également péri au cours des combats, ce qui fait de cette journée la plus meurtrière dans le territoire depuis le retrait israélien de 2005.

Au total, 81 Palestiniens au moins ont été tués en quatre jours de raids israéliens dans la bande côtière depuis la mort, mercredi, d’un civil israélien dans l’explosion d’une roquette tirée de Gaza.

Bien qu’hostile au mouvement Hamas qui contrôle Gaza depuis juin dernier, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a demandé que le Conseil de sécurité des Nations unies consacre des discussions sans délai à la situation.

Samedi encore, près de 50 roquettes et obus de mortier se sont abattus sur le sud d’Israël, notamment des missiles Grad de conception soviétique, plus puissants et plus précis que les roquettes Kassam produites localement, a indiqué Tsahal. Trois personnes ont été blessées à Ashkelon, ville de 120.000 habitants située dans le sud de l’État juif.

Sur les 46 Palestiniens tués, 26 étaient des civils et les autres des activistes, selon les services médicaux et le mouvement islamiste Hamas qui a pris, en juin, le contrôle de la bande de Gaza.

« Mon oncle, je ne veux pas mourir, je veux mon papa », hurlait une petite fille à l’hôpital Chifa de Gaza tandis que les médecins tentaient de soigner les brûlures qui lui recouvraient le corps. La fillette a été blessée dans une maison qui, selon l’armée, servait à stocker et à fabriquer des armes.

Parmi les civils tués figurait une mère de famille atteinte par des tirs alors qu’elle préparait le petit déjeuner de ses enfants, ont rapporté des proches et des médecins.

« PLUS QU’UN HOLOCAUSTE »

Des responsables palestiniens ont déclaré que les forces israéliennes progressaient en direction des villes de Beït Hanoun et de Djabaliya, dans le cadre de leur incursion la plus profonde à l’intérieur de la bande de Gaza depuis 2005.

Les États-Unis ont invité vendredi Israël à « réfléchir aux conséquences » de toute opération avant la visite, prévue la semaine prochaine, de la secrétaire d’État Condoleezza Rice.

La Russie et les Nations unies ont lancé des appels au calme.

De nouvelles effusions de sang risqueraient de mettre un terme aux espoirs du président George Bush de parvenir à un accord sur la création d’un État palestinien avant son départ de la Maison blanche, en janvier prochain.

À Damas où il vit en exil, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, a lancé un avertissement: « Je dirai aux dirigeants sionistes que s’ils décident d’envahir la bande de Gaza, ils devront se battre non pas contre une poignée de combattants, mais contre 1,5 million de personnes. »

En Cisjordanie, le président Mahmoud Abbas a jugé « incroyables » les opérations israéliennes, ajoutant que ces événements « sont plus qu’un holocauste », allusion à un responsable israélien de la Défense qui a menacé vendredi Gaza d’une « shoah ».

« Le président a réclamé d’urgence une séance du Conseil de sécurité », fait savoir le porte-parole d’Abbas, Nabil Abou Rdainah, dans un communiqué. Le président palestinien a pris contact avec le secrétaire général Ban Ki-moon à ce sujet.

Des combats d’une violence sans précédent depuis plusieurs semaines ont éclaté dans la nuit de vendredi à samedi lorsque des hommes armés ont repéré une patrouille israélienne, appuyée par des hélicoptères, qui menaient une incursion dans la bande de Gaza, rapportent des témoins.

Un Palestinien a dit avoir vu extraire d’un char au moins un soldat israélien, dont le corps était coupé en deux.

OFFENSIVE PLUS VASTE?

Les dirigeants israéliens ont averti qu’ils pourraient être contraints de lancer une offensive plus vaste dans la bande de Gaza si les tirs de roquettes sur Israël ne cessaient pas.

« Tant que l’escalade se poursuit, les chances que nous recourions à une force plus grande vont croissant », a dit à la radio israélienne le vice-ministre de la Défense, Matan Vilnai.

Le lourd bilan pourrait rendre plus difficile pour Abbas la poursuite des discussions de paix avec Israël et le négociateur palestinien Saëb Erekat a déclaré qu’une grande offensive « enterrerait » les efforts de paix.

Khaled Mechaal a juré de résister « à l’agression israélienne ».

« Quiconque jouit de toutes ses facultés ne souhaiterait voir Israël envahir Gaza, mais la bataille nous a été imposée. Les roquettes sont une réaction », a-t-il dit en accusant Israël d’avoir pris l’initiative de l’agression.

« Nous ne nous rendrons pas. Les roquettes sont l’arsenal dont nous disposons pour protéger notre peuple. La seule option qui s’offre à nous est la résistance et l’autodéfense. »

Répondant à la menace israélienne d’une « shoah », Mechaal a affirmé que les Palestinien subissent l’holocauste depuis la création d’Israël, en 1948.

Avec Khaled Yacoub Oweis à Damas et Ali Sawafta à Ramallah, version française Nicole Dupont

Gaza s’enchaîne contre le blocus

Créé par le 26 fév 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Proche-Orient. Le rassemblement a été un demi-échec et s’est achevé sur des incidents.

AFP

QUOTIDIENLIBERATION : mardi 26 février 2008

Des milliers de Palestiniens ont formé hier une chaîne humaine à Gaza pour protester contre le blocus imposé par Israël. Cette manifestation était organisée par le Comité populaire contre le siège de Gaza, dirigé par le député Jamal al-Khoudari. Celui-ci est proche du mouvement islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007. Sous une légère pluie, les manifestants, pour la plupart des écoliers, se sont alignés sur l’axe Salahedine qui traverse le territoire palestinien de Rafah, au sud, jusqu’à Beit Hanoun, au nord, sur près de 40 km. En fin de matinée, un groupe rassemblé à Beit Hanoun, avec des cadres du Hamas en première ligne, a marché vers Erez, principal point de passage entre Gaza et Israël tandis que des appareils israéliens survolaient le secteur. Les manifestants portaient des pancartes contre le siège : «Le monde a condamné Gaza à mort», ou «Sauvez Gaza». Lors de la dispersion, un groupe d’enfants a mis le feu à un pneu à des dizaines de mètres de la position militaire israélienne d’Erez et lancé des pierres. Les soldats ont tiré, blessant deux enfants, selon des sources médicales palestiniennes. Tsahal a affirmé avoir arrêté «une cinquantaine» de Palestiniens.

Pour faire face à tout débordement à la frontière, l’armée et la police israéliennes avaient laissé entendre qu’elles tireraient si nécessaire des balles réelles. Israël craignait que la chaîne ne se mue en une marche vers le territoire israélien : en janvier, des centaines de milliers de Gazaouis, en quête de provisions, étaient passés en Egypte après la destruction de la clôture frontalière à l’explosif par des activistes du Hamas. «L’armée est prête, quel que soit le scénario choisi par les Palestiniens», avait dit un porte-parole militaire. Peu après la manifestation, un jeune Israélien a été blessé à Sdérot, au sud d’Israël, par une roquette tirée depuis la bande de Gaza.

Avis de tempête sur le mouvement national palestinien

Créé par le 10 fév 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

En ligne dans l’HUMA de cette semaine

Palestine . Le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza a entériné une cassure géographique et politique. L’unité peut-elle être retrouvée ? Enquête auprès des principaux acteurs.

Territoires palestiniens occupés, envoyé spécial.

Pour la première fois dans leur histoire, les Palestiniens sont séparés géographiquement et politiquement. D’un côté la bande de Gaza, dominée par le Hamas, de l’autre, la Cisjordanie, où règnent Mahmoud Abbas et ce qu’il reste de l’Autorité palestinienne, avec Salam Fayyad comme premier ministre. Une division qui arrange évidemment les affaires d’Israël.

la question des deux États

Tel-Aviv poursuit et aggrave son occupation des territoires palestiniens, tout en montrant un visage de négociateurs à une « communauté internationale » qui veut bien se laisser duper. L’unité du mouvement palestinien est-elle possible ? « Ce qui s’est passé au mois de juin montre que le Hamas est incapable de vivre dans une société démocratique avec des idées différentes, des partis différents », estime Ayman Shahine, professeur de sciences politiques à Gaza. Pour ce chercheur, « si le Hamas voulait vraiment l’unité, il s’appuierait sur l’embargo imposé par Israël pour discuter avec Mahmoud Abbas, sur la base des intérêts nationaux palestiniens. Il y avait là la possibilité de reconstruire une véritable Autorité palestinienne. Mais en fait le Hamas est content de diriger seul la bande de Gaza ».

Pour Hanna Amireh, membre du comité exécutif (CE) de l’OLP où il représente les communistes du PPP, « Hamas parle de résistance mais il s’agit d’un suicide. Le problème est qu’en utilisant la force à Gaza, il a permis au Fatah de faire de même en Cisjordanie. Aussi longtemps que le mouvement islamiste n’est pas sur la ligne de deux États, la division géographique lui importe peu. À partir d’un bout de terre, il compte libérer l’ensemble du territoire ! ». Mustapha Barghouti, qui dirige l’Initiative nationale palestinienne, dénonce « ces forces extérieures qui ont mis leurs mains dans le problème palestinien ».

Zakaryia Al Aga, responsable du Fatah pour la bande de Gaza et membre du CE de l’OLP, explique que toutes les factions palestiniennes, à l’exception du Hamas, veulent un retour à la situation d’avant juin 2007, c’est-à-dire avant le « coup d’État » des islamistes. « Si le Hamas accepte, alors tout est possible, dit-il. S’il n’y a pas d’accord politique alors il faut organiser des élections anticipées. »

Là est le problème. Comment renouer le dialogue alors que l’organisation islamiste campe sur ses positions du mois de juin ? Comment organiser des élections dans la bande de Gaza si le Hamas refuse ? Sami Abou Zouhri, porte-parole du Hamas, explique : « La solution ne dépend pas des Palestiniens car les Israéliens et les Américains font pression sur Mahmoud Abbas pour qu’il ne s’assoie pas avec nous pour négocier. Si Abbas continue cette attitude, cela voudra dire qu’il est d’accord pour que le siège imposé par Israël se poursuive. Et ça, nous ne l’accepterons pas. »

Quant aux élections, la position du Hamas est difficile à cerner. Abou Zouhri affirme que son mouvement « est prêt à en discuter mais pour cela il faut entamer des négociations », tout en dénonçant « le coup d’État d’Abou Mazen (Abbas – NDLR) contre le Hamas qui avait gagné les élections ». Autre son de cloche avec Ahmed Youssef, conseiller politique d’Ismaïl Haniyeh et de Mahmoud Zahar, les chefs de l’organisation, pour qui « les élections ne sont pas la réponse pour le moment ». Il a cette formule elliptique : « Avec les élections, il n’y aura pas la lumière au bout du tunnel parce que les tunnels se succèdent. »

faire pression des deux côtés

Abou Leïla, député du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), membre de l’OLP, condamne l’attitude du Hamas mais estime que « le Fatah doit se dégager des pressions israéliennes et américaines et initier un dialogue national avec toutes les factions palestiniennes pour trouver une voie pacifique et résoudre les problèmes internes ». Peu optimiste, il dit ne pas penser « qu’il puisse y avoir des discussions fructueuses dans l’immédiat. C’est pour cela qu’il faut faire pression des deux côtés, afin qu’un dialogue s’engage ».

Qadoura Fares, du Fatah, penche, comme Marwan Barghouti, toujours emprisonné mais dont il est très proche, pour l’organisation d’élection « en octobre ou en novembre ». Pour Fares comme pour Barghouti, le cadre idéal de débat c’est l’initiative arabe élaborée en 2002 et réinitialisée en 2007. Hanna Amireh regrette l’attitude du Fatah. « Lors du comité exécutif de l’OLP il a été proposé la création d’un comité qui ouvrirait le dialogue avec une idée essentielle : revenir à avant juin 2007 n’est pas une précondition pour le dialogue, mais une précondition pour une solution. Mais le Fatah a refusé alors que le Hamas a accepté. »

Les islamistes palestiniens, qui cherchent avant tout une reconnaissance arabe et internationale, souhaitent l’intervention d’une tierce partie non palestinienne. On parle de la Confédération helvétique. Ahmed Youssef, pour qui « la région dépend des réalités établies sur le terrain » assure de son côté que le Hamas « a des contacts avec les pays européens, d’une manière ou d’une autre ».

Le Hamas est cependant isolé sur la scène politique palestinienne. Khaled Albatash, patron du Djihad islamique dans la bande de Gaza, « refuse ce qui s’est passé en juin. Il faut un seul gouvernement sous l’autorité de Mahmoud Abbas ». Lui-même joue l’entremetteur pour tenter de renouer un dialogue entre le Fatah, le Hamas en impliquant l’Égypte. « Hamas veut faire de Gaza un modèle et se fiche du reste », dénonce Rabah Mohanna, membre du bureau politique du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). « De l’autre côté, Mahmoud Abbas s’en tient à l’agenda américain, sans prendre en compte le fait que Washington soutient totalement Israël ».

Personne ne se fait d’illusion sur un règlement rapide du conflit interne. Ce qui est peut-être encore pire, c’est la désillusion des Palestiniens eux-mêmes. La conférence d’Annapolis apparaît maintenant pour ce qu’elle est : une farce. Les Palestiniens continuent à tomber comme des mouches sous le feu israélien, les check-points sont toujours en place, le mur de l’apartheid poursuit son sillon dans la Cisjordanie, les colonies s’agrandissent et Jérusalem se judaïse par l’expulsion de fait des Palestiniens de l’est de la ville.

Même au sein de la direction de l’OLP, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour que Mahmoud Abbas boycotte les discussions avec les Israéliens tant que ces derniers ne se conforment pas réellement à la « feuille de route ». Mais le président ne veut rien entendre. Pour Israël, tout baigne, la question palestinienne redevient un problème humanitaire comme avant 1965 (et non plus des droits d’un peuple) et les gouvernements occidentaux ne parlent plus de l’occupation.

Pierre Barbancey

De l’autre côté du mur, par Laurent Greilsamer

Créé par le 28 jan 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient, Non classé

C’est presque une découverte : la bande de Gaza possède une frontière avec l’Egypte. On avait fini par l’oublier ! Gaza, minuscule enclave où bouillonne 1,5 million de Palestiniens, est cernée au nord et à l’est par Israël, à l’ouest par la Méditerranée et au sud par une muraille de fer et de béton qui a cédé la semaine dernière. En la faisant sauter à coups de dynamite ou de boutoir, les membres du Hamas ont « révélé » que l’une des plus vastes prisons au monde est donc doublement gardée. Depuis mercredi dernier, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont échappés pour faire leurs courses en Egypte ou pour fuir. Pour humer l’air de la liberté et s’apercevoir aussitôt que l’Egypte n’entend pas être une terre d’accueil.

On a pu voir des images saisissantes : des parpaings de plusieurs mètres de haut couchés sur le sol et servant de seuil à une foule compacte et avide d’un ailleurs ; des pans de muraille en fer écroulés le long de l’ancienne route dite de Philadelphie, autrefois israélienne. Et il y a, sur place, cette effervescence des jours historiques. Comme un rappel en mineur de la chute du mur de Berlin, en novembre 1989. D’autant que la brèche s’est agrandie et que le Hamas, en dépit de l’hostilité des autorités égyptiennes, a ouvert deux voies pour permettre aux voitures de passer cette nouvelle « frontière ».

Il y a toujours eu des murs. De hauts murs pour briser net un élan. Pour couper des populations les unes des autres. Pour protéger. Pour punir. Pour écarter. Pour trier. Des murs symboliques et des murs bien réels. Des murs depuis la plus haute Antiquité. Ainsi la Grande Muraille de Chine, sublime et brave, dressée au IIIe siècle avant Jésus-Christ pour stopper la progression des Huns, ou encore le mur d’Hadrien, érigé au IIe siècle par les légions romaines dans la lande entre l’Angleterre et l’Ecosse.

Le mur est une tentation, une nécessité, un péril. Il est tout cela à la fois : grandiose et risible, ferme et vulnérable. Les Provençaux ont cru, en 1720, faire reculer la grande peste de Marseille en bâtissant un mur de pierres sèches entre la Durance et le Mont Ventoux. Histoire d’épargner le Dauphiné. Ce n’était pas sot, mais la peste ne fut pas si obéissante. Bien moins ancienne, il y eut la ligne Maginot destinée à interdire une invasion teutonne. André Maginot y croyait beaucoup et fut convaincant. Entre 1927 et 1933, la France édifia l’un des plus formidables réseau de fortifications jamais construit sur notre territoire, d’abord face à l’Italie pour tenir à distance Mussolini, puis face à l’Allemagne pour tenir la dragée haute à Hitler.

La ligne Maginot était un rêve, un songe plein de sécurité, de chaleur, de promesses. Combien de tonnes de ciment ? Combien de tonnes d’acier ? Et combien d’argent ? Beaucoup. Finalement, Hitler s’amusa à jouer une drôle de guerre devant la frontière alsacienne avant de passer par les Pays-Bas et la Belgique en 1940. Il suffisait d’y penser. Il y a des murs qui ne servent à rien, des murs stupides, des murs qui font mal, des murs de la honte et, parfois, des murs nécessaires.

Car un mur peut servir provisoirement de garrot, de pansement. Un mur peut soigner et même guérir. Un mur peut aussi mourir, devenir guenille. Ou objet sacré, relique. Le mur de Berlin a ainsi été débité, vendu aux enchères par petits morceaux que l’on retrouve aujourd’hui dans les musées. Le mur qui coupe Chypre en deux – grec au sud, turc au nord – se survit encore et toujours, plié, froissé, tordu dans l’entremêlement des maisons de Nicosie. Qu’est-ce donc qu’un mur ? Qui en est véritablement prisonnier ? Dans quel camp se trouve la liberté ? De l’autre côté du mur ? Ce serait trop facile. Les murs emmurent côté pile et côté face.



Courriel : greilsamer@lemonde.fr

Laurent Greilsamer

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