Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
Articles archivés
Articles archivés
Créé par sr07 le 10 fév 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
Palestine . Le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza a entériné une cassure géographique et politique. L’unité peut-elle être retrouvée ? Enquête auprès des principaux acteurs.
Territoires palestiniens occupés, envoyé spécial.
Pour la première fois dans leur histoire, les Palestiniens sont séparés géographiquement et politiquement. D’un côté la bande de Gaza, dominée par le Hamas, de l’autre, la Cisjordanie, où règnent Mahmoud Abbas et ce qu’il reste de l’Autorité palestinienne, avec Salam Fayyad comme premier ministre. Une division qui arrange évidemment les affaires d’Israël.
la question des deux États
Tel-Aviv poursuit et aggrave son occupation des territoires palestiniens, tout en montrant un visage de négociateurs à une « communauté internationale » qui veut bien se laisser duper. L’unité du mouvement palestinien est-elle possible ? « Ce qui s’est passé au mois de juin montre que le Hamas est incapable de vivre dans une société démocratique avec des idées différentes, des partis différents », estime Ayman Shahine, professeur de sciences politiques à Gaza. Pour ce chercheur, « si le Hamas voulait vraiment l’unité, il s’appuierait sur l’embargo imposé par Israël pour discuter avec Mahmoud Abbas, sur la base des intérêts nationaux palestiniens. Il y avait là la possibilité de reconstruire une véritable Autorité palestinienne. Mais en fait le Hamas est content de diriger seul la bande de Gaza ».
Pour Hanna Amireh, membre du comité exécutif (CE) de l’OLP où il représente les communistes du PPP, « Hamas parle de résistance mais il s’agit d’un suicide. Le problème est qu’en utilisant la force à Gaza, il a permis au Fatah de faire de même en Cisjordanie. Aussi longtemps que le mouvement islamiste n’est pas sur la ligne de deux États, la division géographique lui importe peu. À partir d’un bout de terre, il compte libérer l’ensemble du territoire ! ». Mustapha Barghouti, qui dirige l’Initiative nationale palestinienne, dénonce « ces forces extérieures qui ont mis leurs mains dans le problème palestinien ».
Zakaryia Al Aga, responsable du Fatah pour la bande de Gaza et membre du CE de l’OLP, explique que toutes les factions palestiniennes, à l’exception du Hamas, veulent un retour à la situation d’avant juin 2007, c’est-à-dire avant le « coup d’État » des islamistes. « Si le Hamas accepte, alors tout est possible, dit-il. S’il n’y a pas d’accord politique alors il faut organiser des élections anticipées. »
Là est le problème. Comment renouer le dialogue alors que l’organisation islamiste campe sur ses positions du mois de juin ? Comment organiser des élections dans la bande de Gaza si le Hamas refuse ? Sami Abou Zouhri, porte-parole du Hamas, explique : « La solution ne dépend pas des Palestiniens car les Israéliens et les Américains font pression sur Mahmoud Abbas pour qu’il ne s’assoie pas avec nous pour négocier. Si Abbas continue cette attitude, cela voudra dire qu’il est d’accord pour que le siège imposé par Israël se poursuive. Et ça, nous ne l’accepterons pas. »
Quant aux élections, la position du Hamas est difficile à cerner. Abou Zouhri affirme que son mouvement « est prêt à en discuter mais pour cela il faut entamer des négociations », tout en dénonçant « le coup d’État d’Abou Mazen (Abbas – NDLR) contre le Hamas qui avait gagné les élections ». Autre son de cloche avec Ahmed Youssef, conseiller politique d’Ismaïl Haniyeh et de Mahmoud Zahar, les chefs de l’organisation, pour qui « les élections ne sont pas la réponse pour le moment ». Il a cette formule elliptique : « Avec les élections, il n’y aura pas la lumière au bout du tunnel parce que les tunnels se succèdent. »
faire pression des deux côtés
Abou Leïla, député du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), membre de l’OLP, condamne l’attitude du Hamas mais estime que « le Fatah doit se dégager des pressions israéliennes et américaines et initier un dialogue national avec toutes les factions palestiniennes pour trouver une voie pacifique et résoudre les problèmes internes ». Peu optimiste, il dit ne pas penser « qu’il puisse y avoir des discussions fructueuses dans l’immédiat. C’est pour cela qu’il faut faire pression des deux côtés, afin qu’un dialogue s’engage ».
Qadoura Fares, du Fatah, penche, comme Marwan Barghouti, toujours emprisonné mais dont il est très proche, pour l’organisation d’élection « en octobre ou en novembre ». Pour Fares comme pour Barghouti, le cadre idéal de débat c’est l’initiative arabe élaborée en 2002 et réinitialisée en 2007. Hanna Amireh regrette l’attitude du Fatah. « Lors du comité exécutif de l’OLP il a été proposé la création d’un comité qui ouvrirait le dialogue avec une idée essentielle : revenir à avant juin 2007 n’est pas une précondition pour le dialogue, mais une précondition pour une solution. Mais le Fatah a refusé alors que le Hamas a accepté. »
Les islamistes palestiniens, qui cherchent avant tout une reconnaissance arabe et internationale, souhaitent l’intervention d’une tierce partie non palestinienne. On parle de la Confédération helvétique. Ahmed Youssef, pour qui « la région dépend des réalités établies sur le terrain » assure de son côté que le Hamas « a des contacts avec les pays européens, d’une manière ou d’une autre ».
Le Hamas est cependant isolé sur la scène politique palestinienne. Khaled Albatash, patron du Djihad islamique dans la bande de Gaza, « refuse ce qui s’est passé en juin. Il faut un seul gouvernement sous l’autorité de Mahmoud Abbas ». Lui-même joue l’entremetteur pour tenter de renouer un dialogue entre le Fatah, le Hamas en impliquant l’Égypte. « Hamas veut faire de Gaza un modèle et se fiche du reste », dénonce Rabah Mohanna, membre du bureau politique du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). « De l’autre côté, Mahmoud Abbas s’en tient à l’agenda américain, sans prendre en compte le fait que Washington soutient totalement Israël ».
Personne ne se fait d’illusion sur un règlement rapide du conflit interne. Ce qui est peut-être encore pire, c’est la désillusion des Palestiniens eux-mêmes. La conférence d’Annapolis apparaît maintenant pour ce qu’elle est : une farce. Les Palestiniens continuent à tomber comme des mouches sous le feu israélien, les check-points sont toujours en place, le mur de l’apartheid poursuit son sillon dans la Cisjordanie, les colonies s’agrandissent et Jérusalem se judaïse par l’expulsion de fait des Palestiniens de l’est de la ville.
Même au sein de la direction de l’OLP, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour que Mahmoud Abbas boycotte les discussions avec les Israéliens tant que ces derniers ne se conforment pas réellement à la « feuille de route ». Mais le président ne veut rien entendre. Pour Israël, tout baigne, la question palestinienne redevient un problème humanitaire comme avant 1965 (et non plus des droits d’un peuple) et les gouvernements occidentaux ne parlent plus de l’occupation.
Pierre Barbancey
Créé par sr07 le 28 jan 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient, Non classé
C’est presque une découverte : la bande de Gaza possède une frontière avec l’Egypte. On avait fini par l’oublier ! Gaza, minuscule enclave où bouillonne 1,5 million de Palestiniens, est cernée au nord et à l’est par Israël, à l’ouest par la Méditerranée et au sud par une muraille de fer et de béton qui a cédé la semaine dernière. En la faisant sauter à coups de dynamite ou de boutoir, les membres du Hamas ont « révélé » que l’une des plus vastes prisons au monde est donc doublement gardée. Depuis mercredi dernier, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont échappés pour faire leurs courses en Egypte ou pour fuir. Pour humer l’air de la liberté et s’apercevoir aussitôt que l’Egypte n’entend pas être une terre d’accueil.
On a pu voir des images saisissantes : des parpaings de plusieurs mètres de haut couchés sur le sol et servant de seuil à une foule compacte et avide d’un ailleurs ; des pans de muraille en fer écroulés le long de l’ancienne route dite de Philadelphie, autrefois israélienne. Et il y a, sur place, cette effervescence des jours historiques. Comme un rappel en mineur de la chute du mur de Berlin, en novembre 1989. D’autant que la brèche s’est agrandie et que le Hamas, en dépit de l’hostilité des autorités égyptiennes, a ouvert deux voies pour permettre aux voitures de passer cette nouvelle « frontière ».
Il y a toujours eu des murs. De hauts murs pour briser net un élan. Pour couper des populations les unes des autres. Pour protéger. Pour punir. Pour écarter. Pour trier. Des murs symboliques et des murs bien réels. Des murs depuis la plus haute Antiquité. Ainsi la Grande Muraille de Chine, sublime et brave, dressée au IIIe siècle avant Jésus-Christ pour stopper la progression des Huns, ou encore le mur d’Hadrien, érigé au IIe siècle par les légions romaines dans la lande entre l’Angleterre et l’Ecosse.
Le mur est une tentation, une nécessité, un péril. Il est tout cela à la fois : grandiose et risible, ferme et vulnérable. Les Provençaux ont cru, en 1720, faire reculer la grande peste de Marseille en bâtissant un mur de pierres sèches entre la Durance et le Mont Ventoux. Histoire d’épargner le Dauphiné. Ce n’était pas sot, mais la peste ne fut pas si obéissante. Bien moins ancienne, il y eut la ligne Maginot destinée à interdire une invasion teutonne. André Maginot y croyait beaucoup et fut convaincant. Entre 1927 et 1933, la France édifia l’un des plus formidables réseau de fortifications jamais construit sur notre territoire, d’abord face à l’Italie pour tenir à distance Mussolini, puis face à l’Allemagne pour tenir la dragée haute à Hitler.
La ligne Maginot était un rêve, un songe plein de sécurité, de chaleur, de promesses. Combien de tonnes de ciment ? Combien de tonnes d’acier ? Et combien d’argent ? Beaucoup. Finalement, Hitler s’amusa à jouer une drôle de guerre devant la frontière alsacienne avant de passer par les Pays-Bas et la Belgique en 1940. Il suffisait d’y penser. Il y a des murs qui ne servent à rien, des murs stupides, des murs qui font mal, des murs de la honte et, parfois, des murs nécessaires.
Car un mur peut servir provisoirement de garrot, de pansement. Un mur peut soigner et même guérir. Un mur peut aussi mourir, devenir guenille. Ou objet sacré, relique. Le mur de Berlin a ainsi été débité, vendu aux enchères par petits morceaux que l’on retrouve aujourd’hui dans les musées. Le mur qui coupe Chypre en deux – grec au sud, turc au nord – se survit encore et toujours, plié, froissé, tordu dans l’entremêlement des maisons de Nicosie. Qu’est-ce donc qu’un mur ? Qui en est véritablement prisonnier ? Dans quel camp se trouve la liberté ? De l’autre côté du mur ? Ce serait trop facile. Les murs emmurent côté pile et côté face.
Courriel : greilsamer@lemonde.fr
Article paru dans l’édition du Monde du 29.01.08.
Créé par sr07 le 28 jan 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
CHRISTOPHE AYAD
QUOTIDIEN LIBERATION : lundi 28 janvier 2008
Entrer, sortir : c’est l’obsession des habitants de la bande de Gaza, un million et demi de personnes vivant sur seulement 360 km2, l’une des plus fortes densités au monde. Depuis le début de l’Intifada, en septembre 2000, c’est devenu chose de moins en moins facile. La victoire électorale des islamistes du Hamas, en mars 2006, puis l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit, en juin de la même année, et enfin le violent coup de force du Hamas contre le Fatah, en juin dernier, ont transformé le passage d’Erez, réservé aux passagers entre Gaza et Israël, en une frontière hermétique. Le passage d’Erez n’est plus emprunté aujourd’hui que par des journalistes étrangers, quelques membres d’ONG, les représentants de l’ONU, chargés des réfugiés palestiniens, et du Comité international de la Croix-Rouge. Il arrive – de plus en plus rarement – que des malades palestiniens, devant suivre des traitements lourds, soient admis en Israël : selon des ONG palestiniennes et israéliennes, ces autorisations font l’objet de chantages à la collaboration de la part du Shin Bet, le service de sécurité intérieure.
La condition première, pour un journaliste qui veut se rendre à Gaza, est de se faire accréditer auprès du bureau de presse, rattaché aux services du Premier ministre. Une fois muni du précieux sésame, il lui faut rejoindre le terminal d’Erez aux heures d’ouverture : du dimanche au jeudi, de 8 heures à 18 heures, et le vendredi jusqu’à 14 heures. Vendredi après-midi et samedi, c’est shabat. Les journalistes israéliens – rares étaient ceux qui ont continué à se rendre à Gaza après le début de l’Intifada mais ils étaient une demie douzaine – et ceux ayant la double nationalité, franco ou américano-israélienne sont interdits d’entrée par l’armée depuis l’été dernier, lorsque la bande de Gaza a été désignée comme «entité ennemie». Amira Hass, célèbre journaliste du quotidien Ha’aretz, y voit une «censure», trop facilement acceptée par l’ensemble de la profession.
Dans les années 90, au début de l’autonomie palestinienne, Erez n’était qu’une barrière gardée par quelques soldats. Puis, l’armée israélienne a construit un long corridor destiné à canaliser les travailleurs palestiniens et à les fouiller pour démasquer les éventuelles tentatives d’attentats. Au fur et à mesure, tout s’est automatisé, déshumanisé. En même temps que Tsahal s’est retirée de Gaza et a démantelé les colonies, à l’été 2005, elle a fait du terminal d’Erez un gigantesque poste frontière aux allures d’aéroport international bourré de high-tech sécuritaire. Guidé par une voix métallique retransmise par haut-parleur, on chemine le long d’interminables corridors, entre des détecteurs de métaux et d’explosifs et des caméras infrarouges, devant lesquelles il faut montrer son torse et son ventre nus. Entrer prend vingt minutes, sortir nettement plus longtemps.
Créé par sr07 le 28 jan 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
Comment ne pas être frappé par les images qui nous parviennent de la bande de gaza ? Des centaines de milliers d’ hommes, de femmes et d’enfants qui fuient vers l’Egypte, dans une espèce de nouvel illustration d’apocalypse, grâce à des brèches faites à l’explosif dans un mur qui les enferme, peinture contemporaine du passage de la Mer Rouge.
Un millions et demi de personnes soumises à un blocus total depuis une semaine. 113 Palestiniens (dont beaucoup de civils) tués depuis la Conférence d’Annapolis qui devait relancer l’éternel « processus de paix » qui ne vient toujours pas.
Le peuple palestinien est bel et bien soumis à un châtiment collectif ce qui est une violation flagrante du droit international qu’on lui refuse toujours. Par ailleurs la Convention de Genève précise bien qu’en cas d’occupation, le peuple occupé est à la charge de l’occupant, c’est-à-dire dans le cas présent, d’Israël. Car ne nous payons pas de mots : Gaza n’est qu’une gigantesque prison à ciel ouvert, dont le gardien est l’Etat hébreux.
Certes il faut que les tirs de roquettes en direction d’Israël cessent, c’est une nécessité et une obligation. Parce qu’ils atteignent des civils ce qui est inacceptable, et en font des crimes et non des actes de résistance et parce qu’ils sont politiquement totalement contre productifs. Ils sont autant de motifs d’interventions militaires, brutales et sanglantes qui masquent la réalité de la violence d’Etat à laquelle sont confronté les Palestiniens : poursuite de la colonisation, poursuite de la construction du Mur, poursuite des expropriations notamment à Jérusalem, poursuites des arrestations et des enfermements arbitraires, poursuite de la destruction des infrastructures civiles, sociales et sanitaires.
Désormais la seule question qui vaille est la suivante : qui veut réellement voir la naissance d’un Etat palestinien, souverain, continu et viable ? Les Etats Unis d’Amérique ? L’Etat d’Israël ? Poser la question c’est en réalité déjà y répondre.
Claude NICOLET
Secrétaire national aux Relations Internationales du MRC
Paris le 24 janvier 2008
Créé par sr07 le 23 jan 2008 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
Proche-Orient. Des violences ont éclaté à la frontière égyptienne malgré un allégement du blocus.
CHRISTOPHE AYAD
QUOTIDIEN LIBERATION : mercredi 23 janvier 2008
Malgré l’allégement du blocus de la bande de Gaza par Israël, l’exaspération dans le territoire palestinien a dégénéré, hier matin, en manifestation violente au point de passage de Rafah, à la frontière avec l’Egypte. Le mouvement islamiste Hamas avait organisé une marche de protestation devant le terminal de Rafah, pour demander sa réouverture, contrôlé par des gardes-frontières égyptiens et hermétique depuis le coup de force du Hamas contre le Fatah en juin dernier. Un temps débordées par la foule menaçante et visées par des tirs palestiniens, les forces de l’ordre ont usé de lances à eau puis ont fait feu à balles réelles. Bilan des affrontements : quatre Palestiniens et un policier égyptien blessés. La situation est revenue à la normale dans l’après-midi et l’Egypte a répété son refus d’ouvrir Rafah, craignant un afflux massif de Palestiniens.
Le fonctionnement du terminal de Rafah est régi par un accord international et implique Israël, l’Egypte et l’Union européenne. Or Israël refuse son ouverture depuis juin 2007. Sous la pression de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU prévue hier soir, et des Etats-Unis qui se sont inquiétés d’une possible «crise humanitaire», Israël a autorisé la livraison de 360 000 litres de fioul à l’unique centrale électrique de Gaza, qui fournit un tiers des besoins du territoire. L’électricité, totalement coupée depuis dimanche, a recommencé à fonctionner hier à Gaza, entrecoupée de longs délestages.
Le Hamas a qualifié cet allégement du blocus de «poudre aux yeux» tandis que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, l’a jugé «insuffisant». Il a demandé la «levée totale» du blocus tout en réclamant l’arrêt des tirs «futiles» de roquettes vers Israël. Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé hier que Gaza restait menacé d’un «effondrement total».