Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

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Annapolis, « village Potemkine » de la paix par Alain Gresh

Créé par le 27 nov 2007 | Dans : Articles de fond, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient, Une autre mondialisation

Le Monde Diplomatique du 25 novembre 2007 http://blog.mondediplo.net/2007-11-25-Annapolis-village-Potemkine-de-la-paix


 

Qui sont les combattants étrangers en Irak ?

« Foreign fighters in Iraq are tied to allies of U.S. » (les combattants étrangers en Irak viennent de pays alliés aux Etats-Unis), tel est le titre d’un article de Richard A. Oppel Jr. (International Herald Tribune, 22 novembre.) « Selon des militaires officiels américains, l’Arabie saoudite et la Libye, tous les deux considérés comme des alliés des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme, étaient le lieu d’origine de 60% des combattants étrangers qui sont venus en Irak l’année dernière pour commettre des attentats-suicides ou pour participer à des attaques. »

Le Golfe et le dollar

« The Middle East’s oil exporters should end their currencies’ peg to the dollar » . L’hebdomadaire britannique libéral, The Economist, appelle, dans un éditorial complété par un dossier (« Countdown to lift-off ») les pays producteurs de pétrole du Proche-Orient à desserrer le lien entre leur monnaie et le dollar. Une telle mesure confirmerait pourtant l’affaiblissement de la place du billet vert dans l’économie mondiale et celui du rôle des Etats-Unis.

Le porte-parole de l’Elysée invité du Crif

« Martinon : ceux qui disent que le danger iranien est lointain, sont irresponsables ! », tel est le titre d’un article publié sur le site du Conseil représentatif des organisation juives (CRIF), le 22 novembre, à la suite d’une rencontre avec le porte-parole de l’Elysée. Quelques extraits de l’article :

« Pour David Martinon, depuis le 6 mai 2007, la France et Israël vivent une nouvelle « lune de miel ». Il n’a pas exclu une comparaison avec la période précédent la guerre des Six jours. « Si nous souhaitons avoir une influence sur le processus de paix, nous devons parler à Israël en ami et ne pas lui donner des leçons en permanence », a estimé le porte-parole de l’Elysée qui a mis en avant la volonté de Nicolas Sarkozy de développer les relations bilatérales entre la France et Israël. Il a rappelé que le chef de l’Etat avait déjà reçu le Premier ministre israélien Ehud Olmert et sa ministre des Affaires étrangères, Tsipi Livni. David Martinon a estimé qu’Israël devrait être au cœur de l’Union méditerranéenne, que Nicolas Sarkozy compte mettre en place en 2008. »

« Evoquant la menace nucléaire iranienne dénoncée par Nicolas Sarkozy, David Martinon s’est prononcé pour une aggravation des sanctions contre le régime de Téhéran, sans se préoccuper des intérêts économiques de la France. Les entreprises françaises ont été invitées à se désengager de l’Iran, toutes comme celles des autres pays de l’Union européenne. « Ceux qui disent que le danger iranien est lointain, sont irresponsables », a souligné David Martinon. »

Annapolis, « village Potemkine » de la paix

« La réunion qui va rassembler Israéliens et Palestiniens aux Etats-Unis, à Annapolis (Maryland), mardi 27 novembre, sera sans aucun doute un succès. Comme auparavant les sommets de Charm el-Cheikh, en 2007 et en 2005. Comme celui d’Aqaba, le 3 juin 2003… Depuis les dernières véritables négociations de Taba, en janvier 2001, les rencontres de ce style se sont répétées mécaniquement sans jamais être suivies d’effets. Les paramètres d’une paix négociée sont identifiés de longue date : les frontières de la Palestine devront être le plus possible fidèles à la Ligne verte, la ligne de cessez-le-feu en vigueur entre 1948 et 1967 ; les éventuelles annexions israéliennes seront compensées par des échanges de terres ; Jérusalem devra être partagée ; dans leur écrasante majorité, les réfugiés palestiniens qui le souhaitent rentreront en Palestine et non en Israël. Mais est-il encore possible d’y parvenir ? » C’est ce qu écrit , dans Le Monde du 25-26 novembre, Gilles Paris, sous le titre « Sommet d’Annapolis : sortir de la défiance »

Personne, en effet, ne croit que, au-delà des sourires et des photos pour la galerie et même si, comme on le dit, le président Bush prononce un « important discours », que la réunion d’Annapolis débouchera sur autre chose que sur un nouveau « processus » de paix sans fin. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice aime à dire qu’il faut offrir un « horizon politique » aux Palestiniens, mais, par définition, l’horizon est quelque chose que l’on n’atteint jamais.

Quand l’initiative de convoquer cette réunion avait été lancée par l’administration Bush, il s’agissait d’entériner une déclaration commune israélo-palestinienne qui devait déboucher sur un accord final. Olmert et Abbas ont discuté longtemps et dû reconnaître qu’ils n’ont pas été capables de se mettre d’accord. Amira Hass, dans un article (« Palestinian source : Gap remain on way to summit ») publié 22 novembre dans le quotidien Haaretz explique les divergences entre les deux parties. Le quotidien publie d’ailleurs un projet confidentiel que les deux parties ont discuté : ils ne se sont même pas mis d’accord pour savoir si ce serait un « document » ou une « déclaration ».

C’est en janvier 1787, que le ministre de la guerre de la tsarine Catherine II invite celle-ci à visiter des nouvelles provinces récemment conquises par la Russie. Et c’est le biographe de Potemkine qui lance la légende que « le ministre aurait implanté des villages factices en carton-pâte tout le long du parcours de la tsarine dans ses nouvelles provinces. Il aurait ainsi voulu la flatter et la rassurer sur l’état de sa paysannerie ! ». Depuis, l’expression est utilisée pour dénoncer les tentatives d’un gouvernement de tromper son opinion publique ou l’opinion publique internationale.

C’est une telle entreprise qui se prépare le mardi 27 novembre à Annapolis, aux Etats-Unis, sous l’égide du président américain et après plusieurs semaines de battage médiatique.

Il faut dire un mot des « concessions » qui auraient été consenties par le gouvernement israélien dans la préparation de cette réunion. 450 détenus palestiniens devraient être libérés – mais on en compte au total plus de 10 000 – et les autorités israéliennes ont arrêté pour le seul mois d’octobre 600 Palestiniens ! Le gouvernement israélien a annoncé qu’il démantèlerait les colonies « illégales » (rappelons que, du point de vue du droit international, toutes les colonies sont « illégales », mais Israël désigne ainsi celles qui n’ont pas eu l’approbation officielle des autorités) – mais cette promesse a déjà été faite mille fois et elle n’a jamais été tenue. Rappelons que même le démantèlement de certains checkpoints en Cisjordanie, qui transforment chaque déplacement des Palestiniens en cauchemar et qui pourtant a aussi mille fois été promis, ne s’est jamais effectué. Un rapport des Nations unies révélait que le nombre de barrages (roadblocks) avait atteint 572, une augmentation de 52% par rapport aux 376 barrages qui existaient en août 2005. Enfin, mesure vraiment concrète, à partir du 2 décembre, Israël réduira ses fournitures d’électricité à Gaza, ce qui revient à une punition collective considérée par le droit international comme « un crime de guerre ».

Voici pour les concessions israéliennes sur le terrain. Quant au fond du débat, qui peut croire un instant qu’Israël retournera aux frontières de 1967, alors même que le président Bush refuse ce retrait total ? Dans Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2007), je rappelais : « Dans une lettre adressé à Sharon le 14 avril 2004, le président Bush écrit : « Monsieur le Premier ministre, vous avez lancé une initiative audacieuse et de portée historique, qui peut contribuer de façon importante à la paix. Je loue vos efforts et votre décision courageuse, et je les soutiens. En tant qu’amis et alliés, les Etats-Unis sont à votre côté pour faire en sorte que votre plan soit un succès. » Et il ajoute : « Dans le cadre d’un accord de paix définitif, Israël doit pouvoir disposer de frontières sûres et reconnues, qui résulteront des négociations engagées sur la base des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies. Au vu de la nouvelle situation sur le terrain, et de l’existence d’importants foyers de populations israéliens (sic), il est irréaliste de penser que le résultat final des négociations de paix sera un simple retour aux lignes d’armistice de 1949. » Ainsi, il n’y aura pas de retour aux frontières de 1967 et l’administration américaine soutient l’unilatéralisme israélien – unilatéralisme qui met en cause le dernier acquis des accords d’Oslo, l’idée que la solution doit être négociée entre les deux parties. »

Un incontestable succès pour la diplomatie américaine réside dans la participation à la réunion d’Annapolis des pays arabes (sauf la Syrie qui reste hésitante) : l’Egypte et la Jordanie, avec enthousiasme, l’Arabie saoudite avec beaucoup plus de réticences. Il en aura fallu des pressions de Washington. Car aucune des conditions qu’avait posée la Ligue arabe pour participer n’a été remplie : le gel de toute forme de colonisation, la discussion de tous les sujets en suspens (dont les réfugiés et Jérusalem), un calendrier précis et contraignant… Et, surtout, l’acceptation du plan de paix arabe qui propose la reconnaissance d’Israël en échange d’un retrait total des territoires occupés en 1967, de la création d’un Etat palestinien et d’une solution juste et mutuellement acceptable du problème des réfugiés palestiniens.

Ainsi, les Etats-Unis peuvent espérer remplir leur but essentiel, qui n’a rien à voir avec les Palestiniens, réaliser un large front des pays arabes dits modérés, d’Israël, d’eux et des Européens (avec un rôle spécial pour la France) contre « la menace iranienne ».

Comme l’écrit Abdel Bari Atwan, dans le quotidien panarabe de Londres, Al-Quds Al-Arabi du 24 novembre et qui dénonce la position de la Ligue arabe et de l’Arabie saoudite de participer à la conférence : « Les pays arabes modérés pourraient ainsi être impliqués dans une coordination intensive militaire, économique et politique avec Israël et les Etats-Unis et former un front uni pour affronter le danger iranien, que certains arabes considèrent comme plus périlleux que le danger israélien. »

C’est d’ailleurs le point de vue de la presse israélienne. Dans son éditorial (« Don’t knock Annapolis ») du 23 novembre, le quotidien Haaretz écrit :

« Bien sûr, à Annapolis, la question iranienne sera inscrite entre les lignes. Israël, et dans une large mesure les pays arabes aussi, viennent à la conférence demandant aux Etats-Unis et à leurs alliés de les sauver (…) de la menace d’un voyou fondamentaliste et de son programme nucléaire. En coulisse, le président George Bush a souligné que des progrès israélo-palestiniens lui faciliteraient la tâche de réunir un front international déterminé contre l’Iran. »

Un point de vue que partage Shimon Shiffer le même jour dans le quotidien Yedioth Ahronoth :

« La plus importante réunion de la semaine prochaine, semble-t-il, n’aura pas lieu dans le Maryland mais à Washington. Le mercredi (28) après les photos spectacle qui seront prises à Annapolis, le premier ministre israélien Ehud Olmert rencontrera le président Bush pour discuter des question « non palestiniennes », un nom de code transparent pour désigner le problème le plus important à l’ordre du jour, l’Iran. »

« Dans les discussions en Israël sur les questions iraniennes, Olmert se situe comme un parfait faucon. Il croît que la menace nucléaire iranienne peut être réglée par des moyens militaires et qu’Israël peut payer le prix d’une telle opération. Le plus ardent soutien de la politique proactive d’Olmert est Benyamin Netanyahou. La grande question est : que fera Bush ? Il lui reste seulement 14 mois. C’est soit trop, soit trop peu – en fonction de ce que le président américain a décidé de faire pour sa dernière année de mandat. L’opinion publique est divisée. Netanyahou qui a les yeux fixés sur les sondages américains dit que, dans le passé, 70 % des Américains étaient opposés à une attaque contre l’Iran, et que ce pourcentage est maintenant tombé à 50%. »

Condoleezza Rice, à Nashville, devant l’assemblée générale de l’United Jewish Communities, a déclaré le 13 novembre, a aussi expliqué les relations entre le conflit israélo-palestinien et l’Iran : « Ainsi, Mesdames et Messieurs, ce qui est en jeu n’est rien moins que l’avenir du Moyen-Orient. Les extrémistes violents, avec de plus en plus le gouvernement iranien à leur tête, font tout ce qui est en leur pouvoir pour imposer la peur, leurs ressentiments, et leur idéologie pleine de haine aux peuples du Moyen-Orient. Et peu de gens sont des proies aussi sensibles des extrémistes que les jeunes. Cela rend la solution des deux Etats plus urgente que jamais. (…) Si les réformistes palestiniens ne peuvent pas répondre aux espoirs de leur peuple en un Etat indépendant, alors le centre modéré pourrait s’effondrer et la prochaine génération de Palestiniens pourrait devenir une proie facile pour un extrémisme sans contrôle. (…) Il est temps pour des dirigeants responsables, israéliens et palestiniens, américains et arabes de faire les choix difficiles que la paix nécessite, de les faire courageusement et de les faire avec confiance. »

On ne peut évidemment exclure, tellement les médias ont affirmé que rien ne se passerait à Annapolis, qu’un maigre résultat soit présenté comme « une avancée décisive » vers la paix. Ce sera évidemment un mensonge, mais qui créerait une marge de manoeuvre de quelques mois pour les Etats-Unis. Mais, en réalité, la seule question qui est posée, à la veille de la réunion du 27 novembre, est : le village Potemkine d’Annapolis cache-t-il la préparation d’une guerre contre l’Iran ?

A Annapolis, des «nains politiques» à la recherche d’une «paix globale»

Créé par le 27 nov 2007 | Dans : Articles de fond, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient, Une autre mondialisation

Une conférence de paix, histoire de se donner bonne conscience ? La question est abrupte, mais elle se pose. A quatorze mois de la fin de son mandat (en janvier 2009), George W. Bush semble s’être soudainement rappelé que le Proche-Orient vivait dans un état de guerre quasi-permanent depuis sept ans. Et qu’il était temps de faire la paix. Il a donc invité Mahmoud Abbas, côté palestinien, et Ehud Olmert, côté israélien, à participer mardi à une journée de négociations, avec les représentants d’une cinquantaine de pays dont l’Arabie saoudite et la Syrie, à Annapolis, ville portuaire située à une quarantaine de kilomètres de Washington.

>> Découvrez notre carte sur l’évolution des frontières d’Israël et de la Palestine.

Objectif déclaré : remettre à flot le processus de paix.
Pas évident. L’absence de perspectives de ces dernières années a dangereusement radicalisé les opinions publiques. Ce sont donc des dirigeants affaiblis qui prendront place autour de la table de réunion. Et il faut se rendre à l’évidence, les chances qu’il se passe «quelque chose» semblent bien minces.

Un document commun obtenu à l’arraché
Négociateurs israéliens et palestiniens, après s’être montrés incapables deux mois durant de s’entendre sur une feuille de route, semblaient être finalement parvenus à rédiger un document, lundi. Ses contours n’ont pas été dévoilés. Mais les solutions sont connues de tous et depuis bien longtemps : un Etat palestinien à l’intérieur des territoires conquis par Israël en 1967, une capitale palestinienne à
Jerusalem-Est et le renoncement au «droit au retour» des réfugiés palestiniens.

Une conférence pour «une paix globale»
C’est en tout cas l’objectif avancé par le président Bush dans la lettre d’invitation envoyée aux participants. Pour les plus optimistes, cela signifie que la conférence a non seulement pour objectif d’aboutir à une solution sur le front israélo-palestinien mais aussi d’inclure dans le processus des questions aussi épineuses que le plateau du
Golan, qui oppose Israël à la Syrie depuis 1967. Conséquence, Damas a décidé d’envoyer à la dernière minute son vice-ministre des Affaires étrangères.Une région sous tension
Bush a promis l’installation d’un «comité de suivi» à l’issue de la réunion d’aujourd’hui sous l’égide du Quartet. Mais, malgré tout, rien dans cette conférence n’incite vraiment à l’optimisme, étant donné le contexte régional, «au bord de l’embrasement», comme le souligne Dominique Thomas, auteur de Crises politiques en Palestine (1), qui parle même d’une conférence «anachronique».

Bush ne mettra pas les mains «dans le cambouis»
Stephen Hadley, conseiller à la sécurité du président Bush dit qu’il appartient «aux parties de mener des négociations». En clair : Bush ne mettra pas les mains «dans le cambouis». Or, sans détermination sans faille, peu de chances rejoindre le chemin de la paix, estime Ilan Greilsammer, professeur de Sciences politiques israélien qui taxe Olmert et Abbas de «nains politiques». Professeur de Relations internationales à Sciences-Po Paris et auteur du «Diplomate et de l’intrus» (2), Bertrand Badie revient sur ce «paradoxe» qui veut que même si «tout le monde a intérêt à ce que cette réunion soit un succès, chacun est arrêté par ses propres incapacités à aller de l’avant. Les Etats-Unis à cause de la guerre en Irak, les Israéliens du fait de l’absence de légitimité d’Olmert et les Palestiniens parce qu’une moitié seulement de leurs dirigeants ne siégeront à la table des négociations».

Faire la paix, avec une autorité palestinienne divisée
Il y a comme un paradoxe. Parler de paix et de «deux Etats démocratiques, Israël et Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité», comme l’a fait dimanche le président Bush, alors que l’entité palestinienne, depuis juin 2007 et le coup de force du Hamas sur la bande de Gaza, n’a jamais été aussi divisée, semble pour le moins illusoire.

C’est en tout cas l’avis de Pénélope Larzillière, sociologue spécialiste du Proche-Orient et auteur d’Etre jeune en Palestine qui pointe «le décalage total entre les discussions diplomatiques et le terrain». D’un côté Gaza, tombée aux mains des islamistes du Hamas où la violence règne en maître. De l’autre, la Cisjordanie, territoire morcelé aussi depuis 2002 et le blocus israélien. Au milieu Mahmoud Abbas qui peine à imposer sa légitimité. Pour lui, plus encore que pour les autres dirigeants arabe, rentrer les mains vides d’Annapolis, risque de coûter très cher.

(1) Aux éditions Michalon
(2) A paraître, chez Fayard
(3) Ed. Balland

Armelle LE GOFF

20Minutes.fr, éditions du 26/11/2007 – 18h38

« La colonisation mine le processus de paix »

Créé par le 19 nov 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Proche-Orient . Le premier ministre palestinien, Salam Fayad, exprime ses craintes et met en garde contre un échec des préparations de la conférence d’Annapolis.

Ramallah (Cisjordanie), envoyé spécial.

La conférence internationale que les États-Unis parlent d’organiser avant la fin de l’année à Annapolis, près de Washington, aura-t-elle lieu ? Les rencontres successives entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, censées en ouvrir la voie, n’ont débouché sur rien. Le président palestinien n’avait pourtant pas caché son « optimisme », c’est le terme qu’il a utilisé, et parlait même d’une résolution définitive du conflit avant la fin du mandat de George W. Bush. Las, les prétentions autant que les préventions israéliennes auront eu raison de cet optimisme.

« Beaucoup d’efforts ont été déployés pour arriver à la tenue de la conférence d’Annapolis », explique le premier ministre palestinien, Salam Fayad (1). « Les débuts des discussions entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert étaient même satisfaisants. Ils ont même abordé les sujets qui sont des constantes : Jérusalem, l’occupation, l’eau, l’énergie… Mais les discussions n’ont pas connu le rythme nécessaire, malgré un suivi et un intérêt marqué des États-Unis, de l’Union européenne, en particulier l’Allemagne et la France, et la venue de Javier Solana (le représentant pour l’UE des affaires internationales – NDLR). » Salam Fayad ne cache pas qu’il est « partagé entre la crainte et l’optimisme d’une réussite qui, peut-être, ne viendra pas ». Pour lui, « l’une des difficultés est qu’Israël ne veut pas se conformer à la feuille de route ». Celle-ci impose des obligations aux deux parties. Mais Tel-Aviv exige que les Palestiniens remplissent les leurs d’abord ! « Le but de la conférence d’Annapolis est bien d’aller vers la création d’un État palestinien. Mais comment expliquer aux Palestiniens qu’on va effectivement créer un État alors que la colonisation se poursuit, qu’il n’y a pas de gel de la colonisation comme le demande la feuille de route ? » demande le premier ministre palestinien. Il poursuit : « Il ne faut pas parler d’un État palestinien à la légère. Ce n’est pas comme parler de Mickey Mouse. Nous parlons d’une terre, d’un vrai pays avec Jérusalem comme capitale et dans les frontières de 1967. Nous nous engageons à respecter toutes nos obligations. Nous l’affirmons avec force. Mais il faut qu’Israël comprenne qu’il doit libérer les terres occupées depuis 1967. Si les pourparlers se poursuivent sans cesse, au bout du compte il ne restera pas grand-chose. Ce n’est pas dans l’intérêt de la paix. »

Revenant sur l’argument principal d’Israël, la sécurité, Salam Fayad fait remarquer que « la construction du mur, les blocages des villes et des villages de Cisjordanie, les 10 000 prisonniers dans les geôles israéliennes, ne font pas avancer la sécurité d’Israël. En quoi la destruction et la fermeture des institutions de l’Autorité palestinienne, comme la chambre de commerce à Jérusalem-Est, s’explique par les besoins de sécurité d’Israël ? »

Alors qu’aucune invitation n’est encore partie de Washington pour la conférence, Salam Fayad met en garde. « Si dans les prochains jours il n’y a pas une avancée sur le fond dans la préparation de la conférence d’Annapolis, c’est la crédibilité même du processus de paix qui sera entamée. » En d’autres termes, le peuple palestinien risquerait de se détourner, et pour longtemps, de la stratégie de négociation qui ne leur amène rien. Par là même, c’est la crédibilité politique de Mahmoud Abbas et du Fatah, qui serait mise en cause avec, en embuscade, le Hamas qui tirerait l’épingle du jeu.

Le 17 décembre, la France accueille une conférence de pays donateurs

Le 17 décembre, la France doit accueillir une conférence de pays donateurs en faveur de la Palestine. Une réunion qui serait caduque en l’absence de toute perspective réelle et à court terme de création d’un État palestinien. Il serait souhaitable que Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, qui est dans la région ce week-end, considère ces paramètres.

(1) Salam Fayad recevait

une délégation, conduite par Fernand Tuil, de villes françaises jumelées avec des camps de réfugiés palestiniens. Le directeur de l’Humanité, Patrick Le Hyaric, était également présent.

Pierre Barbancey, L’Huma

La nostalgie des années Arafat

Créé par le 12 nov 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

PALESTINIENS. Trois ans après la mort de l’ancien président.

Envoyée spéciale à Ramallah DELPHINE MATTHIEUSSENT

QUOTIDIEN LIBERATION : lundi 12 novembre 2007

Le large sourire de Yasser Arafat, sur le poster géant surmontant l’estrade installée dans l’enceinte du siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah, contrastait avec les visages fermés de la foule. Ils étaient venus en nombre, hier, rendre hommage au leader palestinien pour les commémorations du troisième anniversaire de sa mort. Des dizaines de milliers de Palestiniens, parmi lesquels se mêlaient lycéens et étudiants, mères de familles leurs enfants à la main, jeunes militants du Fatah (l’ancien mouvement d’Arafat) et employés de l’Autorité palestinienne : tous se sont rassemblés à la Mouqataa, le bastion du Fatah, assiégé pendant plusieurs années par l’armée israélienne.

Inquiétude. Pour marquer l’occasion, un complexe abritant un nouveau mausolée, un musée et une mosquée a été inauguré samedi dans la cour du bâtiment où repose Arafat, décédé le 11 novembre 2004 dans un hôpital de la région parisienne.

Malgré la fanfare entonnant l’hymne palestinien, la flopée de drapeaux du Fatah mélangés aux drapeaux palestiniens et les slogans repris en chœur par les jeunes membres du parti fondé par Arafat dans les années 1960, c’est la nostalgie et l’inquiétude qui dominaient ce dimanche. «Il y a beaucoup plus de monde que les années précédentes à cause de la dégradation de la situation, explique Fatima, une étudiante de 22 ans, originaire de Jérusalem-Est. Nous apprécions d’autant plus Arafat depuis les violences entre le Hamas et le Fatah. Il n’aurait jamais permis que cela se produise.» Le mouvement islamiste a pris le contrôle de la bande de Gaza à la mi-juin suite à un coup de force au cours duquel plus de 110 Palestiniens ont été tués et des centaines d’autres blessés.

«Sous Abou Amar [nom de guerre de Yasser Arafat, ndlr], il n’y avait qu’un seul peuple, pas de différence entre le Fatah et le Hamas. Il était plus qu’un leader, c’était le symbole du peuple palestinien, le seul à pouvoir maintenir l’unité nationale , renchérit Mohammed, 17 ans. Cette année tout a changé avec la guerre civile qui a opposé le Hamas et le Fatah à Gaza.»

Lors de son allocution, le président palestinien Mahmoud Abbas n’a pas ménagé le mouvement islamiste : «Nous ne laisserons pas ces forces des ténèbres prendre en otage notre histoire et fermer la porte à notre futur» , a-t-il lancé. Ils ne peuvent, à travers leurs appels à un dialogue sans condition, masquer la réalité qu’ils ont imposée de leurs mains sur le terrain en accélérant la création d’une entité séparée et isolée, contrôlée par une clique ignorant la démocratie», a-t-il ajouté, en faisant référence à la prise de pouvoir du Hamas à Gaza.

Scepticisme.Mahmoud Abbas a également fait allusion à la réunion internationale sur le Proche-Orient qui doit se tenir à Annapolis, aux Etats-Unis, à la fin du mois, la qualifiant de «chance historique». Négociateurs palestiniens et israéliens tentent depuis plusieurs semaines de parvenir à un document commun définissant les contours d’un règlement. Mais aucun progrès significatif dans les discussions n’a encore été annoncé. Dans la foule rassemblée devant la Mouqataa, de nombreux Palestiniens ne cachaient pas leur scepticisme sur les capacités du président palestinien à obtenir des concessions israéliennes, en regrettant les années Arafat. «Aucun autre président ne pourra prendre la place d’Abou Amar. Il n’avait pas peur de descendre dans la rue, de parler aux gens ordinaires, il aidait les pauvres. Ceux qui l’ont remplacé vont à Tel-Aviv pour se soûler avec les Israéliens !», s’insurge Mohammed, avant de se faire rappeler à l’ordre d’un coup de coude et d’un regard outré par un de ses amis, membre du Fatah, qui se tient à côté de lui. «Nous aurions besoin de quelqu’un comme Arafat pour discuter avec les Israéliens , estime quant à elle Wajeeha Abu Rub, secrétaire au ministère palestinien de l’Education. Mahmoud Abbas n’arrachera aucune concession à Israël

Abbas : une «chance historique»

D. M.

QUOTIDIEN : lundi 12 novembre 2007

Le président palestinien Mahmoud Abbas s’est voulu optimiste à propos de la conférence d’Annapolis : «Nous voyons cette conférence comme une chance historique d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire du Proche-Orient, avec principalement la création de notre Etat palestinien indépendant et Jérusalem comme capitale […]», a-t-il affirmé hier. Il a d’ailleurs souhaité pouvoir y transférer la dépouille d’Arafat. Selon Abbas, la conférence d’Annapolis devra aussi permettre de «récupérer les terres palestiniennes et arabes occupées en 1967 et d’instaurer la sécurité et la paix pour nous, pour les Israéliens et pour les peuples de la région.»

Israël trace la route des colonies

Créé par le 23 oct 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

De notre envoyé spécial à Al-Sawahra (Cisjordanie)   Stéphane Amar

QUOTIDIEN LIBERATION : mardi 23 octobre 2007

Il y a des ânes et des chèvres. Des vieilles masures de pierres et des oliviers centenaires sur fond de désert de Judée. Mais le village arabe d’Al-Sawahra, à une dizaine de kilomètres à l’est de Jérusalem, risque de perdre très bientôt de son charme bucolique. Israël prévoit d’y faire passer une nouvelle route reliant Bethléem à Jéricho. Bien sûr, le maire d’Al-Sawahra déplore les dizaines d’hectares de terres agricoles qui seront expropriées pour la construire et surtout ne saisit pas bien l’utilité du projet. «Il y a déjà une route et elle nous convient très bien», jure Mohammed Kassem. Mais bientôt, elle ne sera plus accessible qu’aux seuls Israéliens. Le nouveau chemin, lui, sera réservé aux Palestiniens. Son tracé ne laisse guère de doute sur les intentions israéliennes : il contournera l’imposante implantation juive de Maalé Adoumim. «Ils préparent l’annexion de Maalé Adoumim au territoire israélien», pressent Mohammed Kassem.

Avec ses 35 000 habitants, Maalé Adoumim est une pimpante ville nouvelle, aux rues impeccables. On vient ici avant tout pour la qualité de vie et les prix de l’immobilier, inférieurs de 30 % à ceux pratiqués à Jérusalem, située à dix minutes en voiture. Du coup, la ville grandit à toute vitesse. Chaque année, un millier d’Israéliens viennent s’y installer. «Nous arrivons à saturation, j’ai beaucoup de demande et peu de terrain, assure Benny Kashriel, le maire de Maalé Adoumim (Likoud). Si nous voulons continuer à nous développer, il nous faudra construire dans E1.»

Continuité.E1, «East one» pour les non-initiés. Ces quelques arpents de rocaille qui relient Maalé Adoumim aux quartiers juifs de Jérusalem-Est constituent la principale pomme de discorde entre Israël et les Etats-Unis. Depuis des années, l’Etat hébreu caresse le projet d’y construire 3 500 logements, un centre commercial, des écoles. L’administration Bush s’y oppose car construire dans E1 compromettrait définitivement la continuité territoriale d’un futur Etat palestinien en isolant Ramallah de Bethléem. «Israël fera tout son possible pour construire un quartier juif dans E1, estime Frédéric Encel, professeur de géopolitique spécialiste de Jérusalem. Au minimum, la zone deviendra un no man’s land sous contrôle israélien où passera la future route palestinienne reliant Ramallah à Bethléem».

Cette route palestinienne est déjà en construction. Comme celle qui passera par Al-Sawahra, elle participe d’un vaste plan de séparation. Murs, barrières de sécurité, ponts, tunnels : un schéma soigneusement réfléchi qui vise à maintenir la plupart des implantations juives tout en garantissant la sécurité des Israéliens. L’Etat palestinien, s’il voit le jour, sera ainsi constitué de petites poches urbaines, reliées entre elles par des axes routiers sous contrôle israélien. Pour justifier son projet le gouvernement hebreu assure que ces routes réservées permettront de lever nombre de barrages militaires, le cauchemar des Palestiniens.

Scepticisme. «La vie quotidienne des Palestiniens en sera certainement facilitée», considère Béatrice Métaireau, géographe à l’Ocha, une agence de l’ONU qui observe la colonisation israélienne. «Un Palestinien pourra aller de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, à Hébron, dans le sud, sans traverser un seul barrage militaire. Mais en terme de droit humanitaire, de droit à la continuité territoriale, cela pénalise forcément les Palestiniens.»

Curieusement, les deux maires, l’Israélien de Maalé Adoumim et le Palestinien d’Al-Sawahra, partagent le même scepticisme face au plan de séparation. «Au moment où nous parlons 2 000 Palestiniens sont dans Maalé Adoumim pour y travailler. Nous nous côtoyons depuis toujours. A quoi rime une séparation ?» s’interroge Benny Kashriel. «Ils peuvent monter toutes les barrières qu’ils veulent, cela ne changera rien», déplore Mohammed Kassem. «Ils éviteront peut-être les coups de couteau mais à la place ils recevront des roquettes, comme à la frontière avec Gaza. Ce n’est pas comme cela que l’on construira la paix, c’est en apprenant à vivre ensemble.»

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