Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
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Créé par sr07 le 12 nov 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
PALESTINIENS. Trois ans après la mort de l’ancien président.
Envoyée spéciale à Ramallah DELPHINE MATTHIEUSSENT
QUOTIDIEN LIBERATION : lundi 12 novembre 2007
Le large sourire de Yasser Arafat, sur le poster géant surmontant l’estrade installée dans l’enceinte du siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah, contrastait avec les visages fermés de la foule. Ils étaient venus en nombre, hier, rendre hommage au leader palestinien pour les commémorations du troisième anniversaire de sa mort. Des dizaines de milliers de Palestiniens, parmi lesquels se mêlaient lycéens et étudiants, mères de familles leurs enfants à la main, jeunes militants du Fatah (l’ancien mouvement d’Arafat) et employés de l’Autorité palestinienne : tous se sont rassemblés à la Mouqataa, le bastion du Fatah, assiégé pendant plusieurs années par l’armée israélienne.
Inquiétude. Pour marquer l’occasion, un complexe abritant un nouveau mausolée, un musée et une mosquée a été inauguré samedi dans la cour du bâtiment où repose Arafat, décédé le 11 novembre 2004 dans un hôpital de la région parisienne.
Malgré la fanfare entonnant l’hymne palestinien, la flopée de drapeaux du Fatah mélangés aux drapeaux palestiniens et les slogans repris en chœur par les jeunes membres du parti fondé par Arafat dans les années 1960, c’est la nostalgie et l’inquiétude qui dominaient ce dimanche. «Il y a beaucoup plus de monde que les années précédentes à cause de la dégradation de la situation, explique Fatima, une étudiante de 22 ans, originaire de Jérusalem-Est. Nous apprécions d’autant plus Arafat depuis les violences entre le Hamas et le Fatah. Il n’aurait jamais permis que cela se produise.» Le mouvement islamiste a pris le contrôle de la bande de Gaza à la mi-juin suite à un coup de force au cours duquel plus de 110 Palestiniens ont été tués et des centaines d’autres blessés.
«Sous Abou Amar [nom de guerre de Yasser Arafat, ndlr], il n’y avait qu’un seul peuple, pas de différence entre le Fatah et le Hamas. Il était plus qu’un leader, c’était le symbole du peuple palestinien, le seul à pouvoir maintenir l’unité nationale , renchérit Mohammed, 17 ans. Cette année tout a changé avec la guerre civile qui a opposé le Hamas et le Fatah à Gaza.»
Lors de son allocution, le président palestinien Mahmoud Abbas n’a pas ménagé le mouvement islamiste : «Nous ne laisserons pas ces forces des ténèbres prendre en otage notre histoire et fermer la porte à notre futur» , a-t-il lancé. Ils ne peuvent, à travers leurs appels à un dialogue sans condition, masquer la réalité qu’ils ont imposée de leurs mains sur le terrain en accélérant la création d’une entité séparée et isolée, contrôlée par une clique ignorant la démocratie», a-t-il ajouté, en faisant référence à la prise de pouvoir du Hamas à Gaza.
Scepticisme.Mahmoud Abbas a également fait allusion à la réunion internationale sur le Proche-Orient qui doit se tenir à Annapolis, aux Etats-Unis, à la fin du mois, la qualifiant de «chance historique». Négociateurs palestiniens et israéliens tentent depuis plusieurs semaines de parvenir à un document commun définissant les contours d’un règlement. Mais aucun progrès significatif dans les discussions n’a encore été annoncé. Dans la foule rassemblée devant la Mouqataa, de nombreux Palestiniens ne cachaient pas leur scepticisme sur les capacités du président palestinien à obtenir des concessions israéliennes, en regrettant les années Arafat. «Aucun autre président ne pourra prendre la place d’Abou Amar. Il n’avait pas peur de descendre dans la rue, de parler aux gens ordinaires, il aidait les pauvres. Ceux qui l’ont remplacé vont à Tel-Aviv pour se soûler avec les Israéliens !», s’insurge Mohammed, avant de se faire rappeler à l’ordre d’un coup de coude et d’un regard outré par un de ses amis, membre du Fatah, qui se tient à côté de lui. «Nous aurions besoin de quelqu’un comme Arafat pour discuter avec les Israéliens , estime quant à elle Wajeeha Abu Rub, secrétaire au ministère palestinien de l’Education. Mahmoud Abbas n’arrachera aucune concession à Israël.»
Abbas : une «chance historique»
D. M.
QUOTIDIEN : lundi 12 novembre 2007
Le président palestinien Mahmoud Abbas s’est voulu optimiste à propos de la conférence d’Annapolis : «Nous voyons cette conférence comme une chance historique d’ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire du Proche-Orient, avec principalement la création de notre Etat palestinien indépendant et Jérusalem comme capitale […]», a-t-il affirmé hier. Il a d’ailleurs souhaité pouvoir y transférer la dépouille d’Arafat. Selon Abbas, la conférence d’Annapolis devra aussi permettre de «récupérer les terres palestiniennes et arabes occupées en 1967 et d’instaurer la sécurité et la paix pour nous, pour les Israéliens et pour les peuples de la région.»
Créé par sr07 le 23 oct 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
De notre envoyé spécial à Al-Sawahra (Cisjordanie) Stéphane Amar
QUOTIDIEN LIBERATION : mardi 23 octobre 2007
Il y a des ânes et des chèvres. Des vieilles masures de pierres et des oliviers centenaires sur fond de désert de Judée. Mais le village arabe d’Al-Sawahra, à une dizaine de kilomètres à l’est de Jérusalem, risque de perdre très bientôt de son charme bucolique. Israël prévoit d’y faire passer une nouvelle route reliant Bethléem à Jéricho. Bien sûr, le maire d’Al-Sawahra déplore les dizaines d’hectares de terres agricoles qui seront expropriées pour la construire et surtout ne saisit pas bien l’utilité du projet. «Il y a déjà une route et elle nous convient très bien», jure Mohammed Kassem. Mais bientôt, elle ne sera plus accessible qu’aux seuls Israéliens. Le nouveau chemin, lui, sera réservé aux Palestiniens. Son tracé ne laisse guère de doute sur les intentions israéliennes : il contournera l’imposante implantation juive de Maalé Adoumim. «Ils préparent l’annexion de Maalé Adoumim au territoire israélien», pressent Mohammed Kassem.
Avec ses 35 000 habitants, Maalé Adoumim est une pimpante ville nouvelle, aux rues impeccables. On vient ici avant tout pour la qualité de vie et les prix de l’immobilier, inférieurs de 30 % à ceux pratiqués à Jérusalem, située à dix minutes en voiture. Du coup, la ville grandit à toute vitesse. Chaque année, un millier d’Israéliens viennent s’y installer. «Nous arrivons à saturation, j’ai beaucoup de demande et peu de terrain, assure Benny Kashriel, le maire de Maalé Adoumim (Likoud). Si nous voulons continuer à nous développer, il nous faudra construire dans E1.»
Continuité.E1, «East one» pour les non-initiés. Ces quelques arpents de rocaille qui relient Maalé Adoumim aux quartiers juifs de Jérusalem-Est constituent la principale pomme de discorde entre Israël et les Etats-Unis. Depuis des années, l’Etat hébreu caresse le projet d’y construire 3 500 logements, un centre commercial, des écoles. L’administration Bush s’y oppose car construire dans E1 compromettrait définitivement la continuité territoriale d’un futur Etat palestinien en isolant Ramallah de Bethléem. «Israël fera tout son possible pour construire un quartier juif dans E1, estime Frédéric Encel, professeur de géopolitique spécialiste de Jérusalem. Au minimum, la zone deviendra un no man’s land sous contrôle israélien où passera la future route palestinienne reliant Ramallah à Bethléem».
Cette route palestinienne est déjà en construction. Comme celle qui passera par Al-Sawahra, elle participe d’un vaste plan de séparation. Murs, barrières de sécurité, ponts, tunnels : un schéma soigneusement réfléchi qui vise à maintenir la plupart des implantations juives tout en garantissant la sécurité des Israéliens. L’Etat palestinien, s’il voit le jour, sera ainsi constitué de petites poches urbaines, reliées entre elles par des axes routiers sous contrôle israélien. Pour justifier son projet le gouvernement hebreu assure que ces routes réservées permettront de lever nombre de barrages militaires, le cauchemar des Palestiniens.
Scepticisme. «La vie quotidienne des Palestiniens en sera certainement facilitée», considère Béatrice Métaireau, géographe à l’Ocha, une agence de l’ONU qui observe la colonisation israélienne. «Un Palestinien pourra aller de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, à Hébron, dans le sud, sans traverser un seul barrage militaire. Mais en terme de droit humanitaire, de droit à la continuité territoriale, cela pénalise forcément les Palestiniens.»
Curieusement, les deux maires, l’Israélien de Maalé Adoumim et le Palestinien d’Al-Sawahra, partagent le même scepticisme face au plan de séparation. «Au moment où nous parlons 2 000 Palestiniens sont dans Maalé Adoumim pour y travailler. Nous nous côtoyons depuis toujours. A quoi rime une séparation ?» s’interroge Benny Kashriel. «Ils peuvent monter toutes les barrières qu’ils veulent, cela ne changera rien», déplore Mohammed Kassem. «Ils éviteront peut-être les coups de couteau mais à la place ils recevront des roquettes, comme à la frontière avec Gaza. Ce n’est pas comme cela que l’on construira la paix, c’est en apprenant à vivre ensemble.»
Créé par sr07 le 05 oct 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
En sortant du bloc de colonies de Goush Etzion, au sud de Bethléem, la route 60, le grand axe qui traverse la Cisjordanie du nord au sud, serpente entre les villages palestiniens avant d’atteindre la périphérie d’Hébron. Afin de remédier à cet inconvénient, les autorités israéliennes ont décidé de construire une nouvelle route, sur 8 kilomètres, qui, à l’avenir, permettra de rattacher la région d’Hébron à Goush Etzion.
Les colons pourront ainsi librement circuler sur cette nouvelle voie. Les Palestiniens, eux, devront emprunter l’ancienne route 60. Le projet, déjà existant mais qui vient d’être réactivé à la demande des colons, inquiète énormément les populations palestiniennes situées sur le tronçon, car l’accès à leurs terres sera entravé et leur liberté de circulation réduite.
En effet, les habitants craignent qu’à l’avenir, la route 60 soit coupée à l’entrée de Goush Etzion et qu’ils soient contraints d’emprunter la petite route 356 pour se rendre à Bethléem et à Jérusalem : ce qui constitue un énorme détour, sur une route étroite et accidentée.
« Pour moi, cela s’appelle l’apartheid. Tout cela est la preuve de ce que les Israéliens n’abandonneront jamais la Cisjordanie. Ils considèrent que c’est à eux, et les colons disent que nous n’aurons jamais la paix, que notre place est en Jordanie », raconte, début octobre, Saïd Madheh, enseignant en retraite. Il explique également qu’il n’a plus accès à ses terres, à proximité de la colonie de Karmi Zur. « Elle ne cesse de s’étendre et si, demain, cette nouvelle route est construite, toute cette région fertile sera coupée en deux. L’objectif est de relier les colonies entre elles en laissant les Palestiniens de côté », ajoute-t-il.
CONFISCATION DE TERRES
La « 60 bis », large de 20 m, gèlera de fait une section de 160 m de large, soit 326 hectares de cultures, selon les chiffres fournis par l’OCHA, l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Au passage, elle empiétera sur un site archéologique, occupera une partie du cimetière du camp de réfugiés d’Al-Arrub, écornera une réserve naturelle, sectionnera les champs d’une école agricole, contraindra à démolir plusieurs maisons, et coupera une quinzaine de chemins agricoles permettant d’exploiter les cultures. Des tunnels sont prévus, mais les paysans craignent qu’ils ne soient pas suffisamment larges et leur compliquent la vie pour se rendre sur leurs champs. Un immense pont surélevé est prévu à la hauteur du camp d’Al-Arrub. Ce qui inquiète énormément Issa Abu Kheiran, le responsable de ce camp de réfugiés de 7 000 personnes. « Des centaines d’arbres ont déjà été coupés. La route va passer tout près de l’école secondaire. Les gens commencent à se mobiliser. Ils veulent nous encercler. Ils ne veulent pas que l’on construise, que l’on cultive nos terres. Nous ne nous laisserons pas faire », dit-il.
Des responsables de la municipalité d’Halhul ont saisi la justice israélienne lorsque des ordres de confiscation de terres ont été notifiés. Une audition a eu lieu le 22 juillet. Le tribunal a demandé qu’une enquête approfondie soit effectuée afin de lui permettre de statuer. Moussa Makhamreh, l’avocat, s’efforce de recueillir des témoignages pour dénoncer ce projet.
Hussein Mourab, ingénieur de Halhul, explique que cette nouvelle route est un désastre pour la région et qu’il faut reconsidérer son bien-fondé et sa conception. Mais il est clair que la « 60 bis » n’a d’autre objectif que de désenclaver les colonies de Migdal Oz et de Karmi Zur ainsi que de permettre aux colons de Kiryat Arba, à proximité d’Hébron, de circuler en toute tranquillité sur les terres de Judée et de rejoindre Goush Etzion et Jérusalem sans côtoyer de Palestiniens.
Michel Bôle-Richard
Article paru dans l’édition du Monde du 06.10.07.
Créé par sr07 le 29 juil 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
LE CAIRE – Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a affirmé dimanche que la conférence de paix sur le Proche-Orient, souhaitée par le président américain George W. Bush, devrait se tenir sous l’égide de l’ONU ou du Quartet, qui rassemble la Russie, les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations unies.
Amr Moussa a exprimé son opinion à la veille d’une réunion des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire, au cours de laquelle il doivent donner une réponse à la proposition de M. Bush.
« Nous avons suggéré que le Quartet devrait prendre l’initiative pour une conférence de paix internationale, ou cela devrait entrer dans le cadre du Conseil de sécurité », a déclaré Amr Moussa.
Cette conférence devrait traiter de la question « de la création d’un Etat palestinien, et ne pas être une occasion pour se faire des salutations », a-t-il ajouté, insistant sur l’importance d’être concret et efficace dans les pourparlers. AP
Créé par sr07 le 27 juil 2007 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient
Grâce à la libération des infirmières bulgares, la Libye redevient un partenaire économique fréquentable.
Par François Burgat, Politologue sur le monde arabe contemporain
QUOTIDIEN LIBERATION: jeudi 26 juillet 2007
Les enjeux de la libération des infirmières bulgares et de leur collègue palestinien étaient de deux ordres. Le plus visible relevait bien sûr du «coup politique» ; le second, à plus long terme, était d’ordre économique. Au soir de son élection Nicolas Sarkozy avait dit sa préoccupation humaniste pour toutes ces femmes «martyrisées» de par le monde. musulman.
Dans cette catégorie, il avait englobé ces infirmières que, par erreur, il avait qualifiées de libyennes et proposé de recueillir à Paris. Elles étaient bulgares et sont donc rentrées plus logiquement chez elles, à Sofia. Mais elles l’ont fait dans un avion français et en compagnie de Cécilia Sarkozy. Ceux que cela agace rangeront l’épisode au rayon du «coup d’éclat permanent». En France, il ne fait pas de doute pourtant qu’un tel mirage en a séduit plus d’un. En Europe, la récolte sera sans doute plus contrastée : certains de nos partenaires saluent le coup de pouce, d’autres dénoncent plus ou moins ouvertement le coup de force, ou l’OPA, sur les bénéfices d’un effort prolongé et collectif.
Qu’en est-il de la perception de ce haut fait humanitaire français dans le monde arabe ? La portée de l’exploit diplomatique attribué à la famille Sarkozy y est sans doute bien moindre. Pourquoi ? Parce que dans cette région, y compris (pour ne rien dire de la Libye elle-même) dans la Tunisie ou l’Algérie voisines visitées récemment par le président français, des milliers d’autres personnes sont en prison sans raison valable. Il en va de même dans bien d’autres prisons, israéliennes (ou croupissent plusieurs centaines d’enfants) ou même américaines, à Guantanamo et ailleurs. Le vernis humaniste du coup d’éclat cette diplomatie française atypique ne brillera donc vraiment que si de telles «libérations» se reproduisent, ailleurs, au bénéfice cette fois de victimes qui n’auront pas le privilège de la nationalité européenne et seront détenues non point seulement par nos «adversaires» du moment mais également par nos alliés, y compris israéliens et américains. A défaut, la geste sarkozienne peinera à prendre plus de poids que celui d’un mirage.
Du côté de l’économie, la libération des infirmières va surtout achever de rendre sa respectabilité à un partenaire économique que ses réserves en hydrocarbures, que l’on découvre chaque jour plus importantes, placent au rang d’un petit Koweït maghrébin. Pour l’heure, la Libye n’est certes que le 76e client (loin derrière l’ancienne puissance coloniale italienne) et le 45e fournisseur (d’hydrocarbures) de la France. Mais la libéralisation en cours depuis un moment est en train, après tant d’années gaspillées par une diplomatie brouillonne, de mettre l’économie sur l’orbite d’une croissance qui pourrait atteindre 8 % en 2007.
La Libye achète des Airbus, développe ses réseaux de distribution d’eau et attise logiquement bien des convoitises. Il était dès lors urgent de rendre à Kadhafi un niveau de respectabilité qui pourrait permettre de lui vendre tout ce que l’on ne peut décemment vendre qu’à des gens. respectables.
Le pays auquel Jacques Chirac avait contribué en son temps à vendre des Mirage pourrait devenir ainsi celui à qui l’humanisme de Cécilia Sarkozy permettrait de vendre un jour des Rafale. A défaut d’être humaniste, tout cela est bien humain, non ?