Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Articles archivés

Pour l’éditorialiste du Monde « Israël-Palestine : l’Europe se renie »

Créé par le 04 nov 2012 | Dans : Contre la guerre, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

LE MONDE      01.11.2012  Par Editorial

Dans le conflit israélo- palestinien, l’Europe, une fois n’est pas coutume, a été précurseur. Avec sa déclaration de Venise de 1980, elle a, la première, posé le principe d’une solution fondée sur deux Etats : la création d’un Etat palestinien – en Cisjordanie, à Gaza et dans la partie orientale de Jérusalem – au côté de l’Etat d’Israël.

Trente-deux ans plus tard, l’Union européenne (UE) trahit cette politique. Elle est en train de renier ses engagements, de les réduire à une pure hypocrisie rhétorique. C’est une situation aussi pathétique que désolante, dont personne ne parle à Bruxelles – et contre laquelle la France aurait dû s’insurger à l’occasion de la visite, cette semaine à Paris, du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Courageuse et visionnaire, la déclaration de Venise se prononçait pour l’autodétermination des Palestiniens et pour l’ouverture de négociations avec leur mouvement national (l’OLP). Un double tabou était levé, bien avant que les Etats-Unis ne s’alignent sur cette position, en 1993, avec les accords dits d’Oslo.

En bonne logique, la politique européenne suppose une condamnation sans appel des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. Et telle est bien la ligne officielle affichée à Bruxelles : ces implantations sont « illégales au regard du droit international ; elles constituent un obstacle à l’instauration de la paix ; elles risquent de rendre impossible une solution fondée sur la coexistence de deux Etats ».

Vaines paroles. L’Europe participe, en fait, au développement des implantations israéliennes en Cisjordanie. Elle facilite le contrôle de quelque 40 % de ce territoire par Israël. Elle est complice d’un renforcement continu d’une présence israélienne qui empêche la reprise d’une négociation sérieuse entre les deux parties.

Telles sont les conclusions d’un rapport établi par vingt-deux organisations intergouvernementales européennes. Elles appartiennent à des pays qui sont tous des amis d’Israël et entendent, à raison, le rester. Accablant pour l’Union, ce document est préfacé par l’ancien commissaire européen aux relations extérieures, Hans van den Broek – un homme qu’on ne soupçonnera pas d’engagements extrémistes.

Le rapport établit que l’UE importe massivement des marchandises – produits agricoles et industriels – provenant des implantations israéliennes. L’Europe soutient ainsi la « viabilité » des implantations, dit le rapport, et facilite leur développement.

Ces importations sont estampillées « Made in Israël ». Il suffirait que l’Europe exige un étiquetage plus précis. Elle ne le fait pas. Elle a tort. Elle ne rend service ni aux Israéliens ni aux Palestiniens.

Lire la suite dans Le Monde http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/01/israel-palestine-l-europe-se-renie_1784419_3232.html

Appel pour le Forum Social Mondial Palestine Libre, 29 novembre-1er décembre 2012, Porto Alegre, Brésil

Créé par le 03 nov 2012 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient, Une autre mondialisation

Voir aussi : http://www.wsfpalestine.net/

La Palestine occupée fait partie de chaque battement de cœur libre dans ce monde et sa cause continue à inspirer solidarité autour du monde. Le Forum Social Mondial Palestine Libre est une expression de l’instinct humain de s’unir pour la justice et la liberté et aussi un écho de l’opposition du Forum Social Mondial à l’hégémonie néolibérale,

Le FSM Palestine Libre sera une rencontre globale avec des mobilisations de large base populaire et de la société civile du monde entier. Il vise à :

1. Montrer la force de la solidarité avec les appels du peuple palestinien et la diversité des initiatives et actions visant à promouvoir la justice et la paix dans la région.

 2. Créer des mesures efficaces pour assurer l’autodétermination des Palestiniens, la création d’un État palestinien avec Jérusalem comme capitale et le respect des droits de l’homme et du droit international,
en :

a) Mettant fin à l’occupation israélienne et à la colonisation de toutes les terres Arabes et démanteler le Mur ;

b) Garantissant les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité pleine, et

c) La mise en œuvre, la protection et la promotion des droits des réfugiés palestiniens de revenir dans leurs maisons et récupérer leur propriétés comme le stipule la résolution 194 des Nations Unies.

 3. Être un espace de discussion, d’échange d’idées, d’élaboration de stratégies et de planification pour améliorer la structure de la solidarité.
Appel pour le Forum Social Mondial Palestine Libre, 29 novembre-1er décembre 2012, Porto Alegre, Brésil dans Monde arabe, Proche et Moyen-Orient forum_social_mundial-8bc89

Exactement soixante-cinq ans après la présidence du Brésil de la session de l’Assemblée générale où fut convenue la partition de la Palestine, le Brésil va être maintenant l’hôte d’un tout différent type de forum mondial : une opportunité historique pour des personnes venues du monde entier de résister là où les gouvernements ont échoué. Les peuples du monde vont se réunir pour discuter de nouvelles visions et des actions efficaces pour contribuer à la justice et la paix dans la région.

La participation à ce forum renforcera structurellement la solidarité avec la Palestine, promouvra les actions à fin d’implémenter les droits légitimes du peuple palestinien, et assujettir Israël et ses alliés responsables au droit international.

Nous faisons appel à toutes les organisations, mouvements, réseaux, et syndicats du monde entier à se joindre au FSM Palestine Libre du 28 novembre au 1er décembre 2012 à Porto Alegre, Brésil.

Ensemble nous pouvons augmenter la solidarité mondiale avec la Palestine à un nouveau niveau.

Comité Organisateur du FSM Palestine Libre

La page facebook : http://www.facebook.com/pages/Forum…

L’adhésion de la Palestine à l’UNESCO est une très bonne nouvelle, par Claude Nicollet

Créé par le 31 oct 2011 | Dans : a-Fédérations MRC d'Aquitaine, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

La Fédération du Nord du MRC – Articles

Le conseil exécutif de l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a approuvé, lundi 31 octobre, par quarante voix sur cinquante-huit, la demande d’adhésion de la Palestine, qui devient donc membre à part entière. Bien que les Etats Unis d’Amérique s’y soit farouchement opposés, rien n’a pu entraver cette marche en avant vers la reconnaissance des droits légitimes des Palestiniens. Il s’agit d’un signal supplémentaire de la baisse de l’influence américaine sur la scène internationale. Incontestablement Mahmoud Abbas a réussit cet incroyable tour de force qui consiste à reprendre l’nitiative politique en sa faveur. Tant Israël, que les Etats Unis d’Amérique et le Hamas courrent derrière l’agenda, fixé désormais par l’Autorité Nationale Palestinienne et qui rencontre un large écho dans la communauté internationale.

Nous devons souligner et approuver la position de la France qui a voté en faveur de l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO. C’est une décision qui honore notre pays et sa diplomatie.

Certes, la situation sur le terrain reste très difficiles et il ne faut pas ignorer les menaces américaines de mettre un terme au financement de l’agence de l’ONU. La colonisation se poursuit sans relache. Mais on sent bien que quelque chose bouge dans le rapport de force au Moyen-Orient. Les mouvements profonds qui affectent la région depuis plusieurs mois, l’isolement de plus en plus grand de la Syrie, ne permettent plus de se contenter du « statu quo ». Rien de vraiment sérieux si ce n’est une dégradation de la situation n’est sorti de 20 ans de « processus de paix ». 

La démarche qui consiste à s’appuyer sur une administration efficace, le développement économique et la lutte pacifique est incontestablement une méthode qui porte ses fruits.

Claude NICOLET

Premier secrétaire de la fédération du Nord du MRC

Secrétaire national

Libération ambiguë en Libye

Créé par le 26 oct 2011 | Dans : Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

lundi 24 octobre 2011, par Alain Gresh dans le Monde Diplo en ligne http://www.monde-diplomatique.fr/

Le Conseil national de transition (CNT) a officiellement proclamé le 23 octobre à Benghazi la « libération » de la Libye après 42 ans de règne sans partage de Mouammar Kadhafi, au lendemain de la prise de Syrte et de la mort de Kadhafi. La chute de la dictature, comme la chute de Ben Ali et de Moubarak, est une bonne nouvelle. Mais le cas libyen est particulier, dans la mesure où cette chute a été forcée par l’intervention de l’OTAN, sous le couvert de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, mais en réalité en violant largement l’esprit et la lettre de ce texte – la destruction de Syrte, avec l’aide de l’OTAN, éclaire d’un jour étrange le prétexte utilisé de la nécessité de protéger les civils.

Par un hasard de l’histoire, cette « libération » survient alors que les Etats-Unis annoncent le retrait total de leurs troupes d’Irak d’ici le 1er janvier 2012, huit ans après qu’ils ont aussi « libéré » ce pays. Washington a tenté, jusqu’à la dernière minute, d’obtenir le droit de maintenir des instructeurs, mais Bagdad exigeait que ceux-ci soient passibles des tribunaux locaux en cas de crime, ce que les Etats-Unis ont refusé. L’aventure irakienne prend donc fin pour Washington, mais, on l’oublie trop, pas pour les Irakiens qui continueront à en payer le prix.

Car les Etats-Unis laissent derrière eux un pays dévasté. Des centaines de milliers d’Irakiens ont été tués (entre 100 000 et 500 000 selon les évaluations), entre 1 et 2 millions ont fui à l’étranger, notamment en Syrie et en Jordanie (parmi eux, nombre de chrétiens dont les médias français se désolent régulièrement qu’ils soient chassés du Proche-Orient). Mais aussi un Etat détruit, un pays fractionné, des divisions profondes entre chiites et sunnites, un pouvoir autoritaire (aussi bien à Bagdad qu’à Erbil, capitale du Kurdistan), un usage banalisé de la torture, des arrestations arbitraires, etc. Reconstruire un Etat et une société nécessitera des décennies et il est juste qu’Amnesty International ait demandé l’inculpation de l’ancien président George W. Bush, même si ce n’est que pour sa responsabilité dans les actes de torture. Plus que d’autres, M. Bush mériterait un procès devant la Cour pénale internationale, mais nous savons que celui-ci n’aura jamais lieu : on ne juge devant cette cour que des chefs d’Etat africains.

L’exécution de Kadhafi, dans d’épouvantables conditions, pourrait être décryptée comme un simple moment de colère d’une foule. L’inénarrable Bernard-Henri Lévy, « le philosophe qui est entré dans Gaza sur un char israélien », qualificatif qu’il faudrait lui accoler chaque fois qu’on le cite, a expliqué cet acte dans le journal de 20 heures de France 2, le jeudi 20 octobre, en présence du ministre de la défense Gérard Longuet. Après avoir vu les images du lynchage, il a tenu le raisonnement de Gribouille suivant :

- ces images sont terribles et toutes les révolutions ont connu des moments terribles, comme les massacres de septembre 1792, quand plusieurs centaines de prisonniers furent assassinés par les révolutionnaires en France ;

- en réalité Kadhafi est mort au combat ; il a d’ailleurs prouvé comme cela qu’il lui restait un petit peu de grandeur comme en tout être humain ;

- il a été tué dans ces combats et c’est cela que les historiens établiront assez vite.

On comprend ensuite que l’on puisse le qualifier de philosophe et que Gérard Longuet se réjouisse : « Quand on a une armée courageuse et des intellectuels clairs, cela ne marche pas si mal. » Qui se souvient du temps où les « intellectuels clairs » se battaient contre les interventions étrangères au Vietnam ou en Irak ?

Sur les prestations de BHL, on pourra lire Daniel Schneidermann, « Kadhafi, BHL et la question sans réponse » (Arrêt sur images, 21 octobre 2011). BHL aurait pu évoquer Antigone enterrant son frère malgré l’interdiction du roi, mais il n’est que « philosophe »…

L’exécution de Kadhafi, outre le fait qu’elle est un crime, ne serait pas aussi inquiétante si elle ne s’inscrivait dans une réalité qui semble désormais s’imposer : l’absence de pouvoir, le morcellement des autorités et du pays, la place des groupes armés. On ne peut évidemment pas demander à un pays qui se débarrasse d’une si longue dictature d’instaurer l’ordre et la justice en quelques semaines. Mais on peut s’inquiéter pour l’avenir, d’autant que la solution militaire qui s’est imposée grâce à l’aide de l’OTAN a permis de penser que tous les problèmes pouvaient se résoudre par la force et que l’on pouvait soumettre l’ennemi par la seule violence.

Or, toutes les informations en provenance de la Libye ne peuvent qu’inquiéter. Les organisations de droits de la personne ont publié des rapports accablants, non seulement sur le traitement raciste des travailleurs africains, mais aussi les arrestations arbitraires, l’usage de la torture, etc. (Lire, par exemple, Amnesty International, « La nouvelle Libye est “entachée” par les atteintes aux droits humains dont sont victimes les prisonniers », 13 octobre ; et Human Rights Watch, « Le CNT doit mettre fin aux arrestations arbitraires et aux mauvais traitements de détenus », 30 septembre.)

Le correspondant du New York Times a raconté les dessous d’un incident qui avait été rapporté par la presse : une manifestation armée de partisans de Kadhafi dans un quartier de Tripoli. Kareem Fahmi, « Battle for a Holdout City Stalls Healing in Libya », 18 octobre.

Dans le quartier pauvre d’Abou Salim, à Tripoli, un groupe d’une vingtaine de jeunes ont tenu une manifestation pacifique de soutien à Kadhafi le 14 octobre. Des groupes armés anti-Kadhafi ont alors envahi le quartier et tiré sur les jeunes. Ils ont aussi tiré à l’arme lourde sur les immeubles alentour.

Cet incident, parmi bien d’autres, illustre la multiplication des pouvoirs et le fait que le CNT ne contrôle pas les groupes armés qui se réclament souvent d’appartenances régionales.

Parmi les sujets d’inquiétude, la situation des femmes, qui a souvent servi de prétexte aux interventions occidentales, notamment en Afghanistan. La décision du CNT de faire de la charia la principale source de la juridiction, d’autoriser la polygamie (la Tunisie est le seul pays arabe à l’avoir abolie, avec la Libye jusqu’à présent), rappelle les incertitudes d’aujourd’hui, mais aussi les acquis du passé : le régime du colonel Kadhafi a connu un moment, à l’origine, où, de la nationalisation du pétrole à l’amélioration de la situation des femmes, il a joué un rôle progressiste que l’on tend à oublier (Vijay Prashad, « Qaddafi, From Beginning to End », Counterpunch, 21-23 octobre).

Une dernière remarque : l’exécution de Kadhafi évitera un procès qui aurait pu faire la lumière sur le soutien que divers pays, dont la France et le Royaume-Uni, lui ont apporté depuis 2003. Le quotidien The Independent du 23 octobre publie quelques révélations sur les relations de Tony Blair avec Seïf Al-Islam, le fils de Kadhafi (« Alive or dead, the Gaddafis divide their enemies »). Le premier ministre britannique de l’époque saluait le caractère « intéressant » de la thèse de Seïf Al-islam, tandis que ce dernier considérait Blair comme un « ami de la famille ».

La Libye, un pays «fondamentalement conservateur et tribal»

Créé par le 25 oct 2011 | Dans : Articles de fond, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Le président du CNT a assuré que la charia s’imposera en Libye. Impossible de savoir aujourd’hui ce qu’il en sera réellement.

Par QUENTIN GIRARD  dans Libé du 24/10/2011

«Charia». Le mot a été prononcé par le président du Conseil national de transition Moustapha Abdeljalil, ce week-end. Selon lui, le gouvernement transitoire qui va être mis en place agira selon les règles de la loi islamique.

Ce n’est pas la première fois que le CNT l’annonce. Moustapha Abdeljalil en avait déjà parlé en août et en septembre, mais, à l’époque, en termes assez vagues. Avec la proclamation officielle de la libération de la Libye, cela commence à prendre plus de consistance. Selon le président du CNT, qui a cité plusieurs exemples, la loi qui, actuellement, interdit la polygamie et autorise le divorce, ne sera ainsi plus en vigueur. Des banques islamiques, un modèle de gestion qui interdit notamment l’usure, vont également être ouvertes. Par ailleurs, il a demandé de cesser de tirer en l’air pour célébrer un événement, soulignant que «remercier Dieu ne veut pas dire tirer. C’est interdit par la charia car cela peut blesser des civils».

Inquiétude des Occidentaux

Evidemment, les déclarations sur le divorce et la polygamie ont suscité l’inquiétude. La France et l’Union européenne ont appelé ce lundi au respect des droits de l’Homme, ce qui a provoqué un rétropédalage de la part de Moustapha Abdeljalil. «Je voudrais que la communauté internationale soit assurée du fait qu’en tant que Libyens nous sommes musulmans, mais musulmans modérés», explique-t-il désormais. «Lorsque j’ai cité comme exemple la loi régissant le mariage et le divorce, j’ai juste voulu donner un exemple car la loi actuelle n’autorise la polygamie que dans certaines conditions. Or la charia, à l’appui d’un verset du Coran, autorise la polygamie

Saïd Haddad, chercheur associé à l’Iremam, l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, spécialiste de la Libye explique qu’«il a dû se faire taper sur les doigts. Ses déclarations font mauvais effet. D’autant plus qu’après sept mois de guerre civile et quarante-deux ans de dictature, ce n’est pas ce qui paraît être le plus urgent».

Difficile tout de même de ne pas repenser aux discours de Kadhafi qui répétait  à chaque sortie publique qu’il était le rempart contre les islamistes et Al-Qaeda. En France, Marine Le Pen a déjà sauté sur les déclarations de dimanche, jugeant qu’elle a eu «raison sur la Libye» et qu’elle avait «prévenu qu’elle allait se transformer en dictature islamiste».

La présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme, Souhayr Belhassen, interrogée par l’AFP, estimme elle «qu’incontestablement» cela lui «inspire une inquiétude à l’égard de ce qu’il faut appeler clairement des menaces de régression. Les Libyens et les Libyennes doivent faire preuve de vigilance. Il n’y a pas eu des milliers de morts pour qu’aujourd’hui il y ait un retour en arrière à l’iranienne».

Charia, le mot fait peur. Dans l’imaginaire occidentale, il renvoie aux Talibans, à l’Afghanistan, l’Arabie Saoudite et Ben Laden, donc à l’obscurantisme, à l’opposé des lumières démocratiques.

La charia, label d’authenticité

En réalité, la plupart des pays arabes ont dans leurs constitutions les principes de la charia, qui est dans le Coran la voie à suivre par les musulmans. C’est son interprétation et la manière de l’appliquer qui varient grandement. Pour Baudouin Dupret, spécialiste du droit musulman et directeur du centre de recherches Jacques-Berque à Rabat, «le mot charia ne correspond à rien de particulièrement défini au départ. C’est plus une sorte de référence politique que juridique.» Ainsi les responsables qui y font référence «cherchent à investir dans ce mot une sorte d’authenticité». Pour le chercheur, prenant l’exemple de l’interdiction des tirs en l’air, «on pouvait tout à fait les interdire sans parler de la charia, c’est la portée symbolique de la référence qui est importante».

De l’Egypte qui la cite dans sa constitution mais qui en a une interprétation extrêmement souple jusqu’au au Soudan qui en a une lecture très littérale, notamment à travers l’application des peines coraniques, les interprétations de la charia varient et dépendent énormément des situations politiques nationales. Baudouin Dupret, dans le cas de la Libye, note que l’on se tourne sans doute vers une interprétation conservatrice, ce qui n’est pas très surprenant : «Bien sûr, il va falloir donner des gages à l’Occident, mais fondamentalement le pays est très conservateur et tribal. Les dernières décennies de dictature n’ont pas amené les habitants à débattre et à s’ouvrir sur le monde.»

Une Libye conservatrice

Concernant le droit de la famille et la polygamie, le chercheur juge que «c’est assez symbolique [de vouloir l'autoriser complètement]. Au Maroc, la polygamie n’est pas interdite mais elle est rendue très compliquée», et c’est justifié par des questions d’interprétation.

Pour Saïd Haddad, le contexte politique intérieur est essentiel. Le CNT est, par sa composition même – un mélange de transfuges du précédent régime, des représentants des tribus et de la société civile, notamment de Benghazi et de Misrata – très divisé et tous ne veulent pas aller dans le même sens.  «Avec la constitution prochaine du gouvernement de transition, une sorte de compétition s’est mise en place pour se placer politiquement. Chez certains conservateurs, le durcissement sémantique peut permettre de faire oublier qu’ils ont servi pendant très longtemps le régime libyen», comme Moustapha Abdeljalil, ministre de la Justice de 2007 à février 2011. Et d’amadouer ainsi les islamistes qui ont participé à la révolution. Pour prendre l’exemple le plus fort, l’actuel gouverneur militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhaj, est le fondateur du GIC, le groupe islamique libyen, lié à Al-Qaeda. Il disposerait d’une petite armée fidèle, potentiellement destabilisatrice.

Dans la compétition politique qui s’annonce, c’est maintenant au tour des libéraux de se faire entendre. Les déclarations de Moustapha Abdeljalil leur ont au moins permis de se positionner. Abdelrahman Al-Chater, l’un des fondateurs du Parti de la solidarité nationale, classé centre-droit, estime ainsi que «ces déclarations laissent une sensation de douleur et d’amertume chez les femmes libyennes qui ont sacrifié des caravanes de martyrs».

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