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Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ? À retrouver dans l’émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin sur France Culture

Créé par le 12 mar 2021 | Dans : Non classé

Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ?

https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/le-temps-du-debat-emission-du-jeudi-11-mars-2021

A l’occasion de la sortie en kiosque du nouveau numéro de la revue de France Culture, «  Papiers » dont le dossier central se demande « par où est la gauche ? ». Soixante-trois personnalités répondent à cette question, de Bertrand Badie à Daniele Linhart, d’Olivier Besancenot à Claire Nouvian ou d’Aude Lancelin à Thomas Piketty.

Il nous a semblé qu’une des questions importantes qui structurait la gauche ces derniers temps concernait la souveraineté, sanitaire, alimentaire ou bien énergétique. Une question pas si nouvelle, puisque le Parti communiste de Georges Marchais fut à la fois internationaliste et héraut d’une certaine souveraineté nationale. Puisque le chevenementisme a participé à développer cette idée de souveraineté à gauche. Mais est-ce la crise que nous connaissons qui motive le retour de cette idée ? 

Rompre avec les stratégies perdantes : la chronique d’Evariste extraite de la lettre de Respublica du 20 septembre 2020

Créé par le 21 sept 2020 | Dans : Non classé

La Chronique d’Evariste est celle de la lettre de Respublica ( à ne pas confondre avec la fondation ResPublica) qui est tout à fait indépendante de notre rédaction malgré sa proximité d’inspiration et d’orientation. C’est à l’invitation de diffusion du rédacteur de cette chronique ( de la lettre à laquelle nous sommes abonnés)

« Cet article vous a plu, diffusez-le » (en bas de page de la chronique)

que nous publions cette dernière sur le blog citoyen, socialiste et républicain en reconnaissance de la grande pertinence des analyses et propositions de son rédacteur.

dimanche 20 septembre 2020
Par 
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écrire à evariste@gaucherepublicaine.org
 

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience. » René Char

« On ne pardonne jamais à un homme les injustices qu’on lui a fait subir. » Galilée

Pourquoi la gauche a-t-elle participé au progrès social et politique pendant près de deux siècles et depuis plus de 30 ans n’y arrive-t-elle plus ? Nous vous proposons ici quelques pistes de discussion (sur lesquelles nous sommes prêts à venir débattre avec vous lors d’initiatives montées dans vos territoires).
En effet, du siècle de la Révolution française jusque dans les années 1980, la gauche a eu une histoire mouvementée mais l’histoire n’est pas avare de dates qui ont marqué le progrès de l’humanité. Où sont alors les différences avec les dernières décennies ?

⇒ Hier, elle agissait pour le progrès social, aujourd’hui elle croit pouvoir être majoritaire dans le pays en ne proposant pas d’agir sur les causes des injustices sociales !
Malgré ses divergences internes, la gauche proposait d’améliorer le sort des travailleurs les plus défavorisés, des sans-culottes de la Première République jusqu’à la classe populaire ouvrière et employée dans la deuxième moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, elle n’est plus pro-active, elle n’est que réactive, une partie de la gauche devient l’opposition de Sa Majesté, passant son temps à critiquer passivement le recul organisé par le patronat et la droite. Le 10 août 1792 a produit le suffrage universel, aujourd’hui la gauche ne dit plus rien avec une abstention de 60 à près de 80 % des ouvriers et des employés !

⇒ De la Révolution française jusqu’au serment de Vincennes de 1961, le principe universel de laïcité est partie intégrante du combat de gauche, aujourd’hui, le néolibéralisme soutenu par une partie de la gauche, opposition de Sa Majesté, produit la fin de l’universel humaniste et le développement du communautarisme, du financement public des cultes, du racialisme indigéniste destructeur des solidarités et de la fraternité, du clientélisme (1) Le combat universaliste antiraciste et anticolonial a été porté par une partie de la gauche minoritaire mais importante dès la Révolution française et par une part de plus en plus grande de la gauche au fur et à mesure de l’histoire. Aujourd’hui, la gauche ne dit plus rien des différentes formes de néo-colonialisme français, en Afrique par exemple, et ne porte aucune action sérieuse pour défendre un antiracisme radical et universaliste. Pire, une partie d’entre elles fait des compromis avec des réactionnaires communautaristes.

⇒ La gauche agissait dans le cadre de la lutte des classes pour le progrès social et politique. Aujourd’hui, elle laisse le patronat, la droite et Warren Buffet dire que « bien sûr que la lutte des classes existe puisqu’on est en train de la gagner » en se vautrant dans toutes les déviances en utilisant le mot creux de populisme de gauche qui n’a existé que dans les pays sous-développés à forte économie informelle, et encore pendant une courte période, ou carrément la collaboration de classes. Et que dire des concepts débiles d’économie sociale de marché, de revenu de base, d’effondrement (en lieu et place de la lutte écologique écosocialiste), d’isolationnisme, ou d’union de la gauche sans contenu concret, etc. !

⇒ C’est la gauche qui a créé, par la pression populaire, les systèmes de protection sociale, la sécurité sociale, les services publics, les congés payés pour tous, la journée de 8 heures, Aujourd’hui tout cela est détruit. Et quel est le dirigeant de gauche qui présente un projet désirable de sécurité sociale pour mobiliser ? Pire, toute la gauche aujourd’hui encense Lionel Jospin, le champion toutes catégories des privatisations (avec 26 milliards, il explose Villepin et Balladur – respectivement 20 et 15 milliards), celui qui a tué les mutuelles solidaires avec son code assurantiel de 2001, qui a même réussi à détruire les avancées de sa première loi sur les 35 heures par sa deuxième loi deux années plus tard ! Il n’est pas revenu sur la loi Balladur de 1993 sur les retraites ni sur celle de Juppé sur la Santé-Assurance-maladie de 1995. Il a accentué la désindustrialisation avec sa piteuse position sur Renault Vilvorde où il a théorisé l’incapacité de l’action de l’Etat, pourtant le plus gros actionnaire. Hier, la gauche avait un projet de société, aujourd’hui elle pavane avec des mots creux ou des généralités dont le contenu n’est plus actualisé (pôle public du médicament, pôle public financier, maison des retraites prônée par la CGT, sécurité sociale professionnelle, etc.).
Ainsi, on n’est pas crédible avec pour seul discours contre le projet néolibéral sur les retraites « non au système à points », comme si le système actuel de répartition était désirable ! Il aurait fallu dire « non au système actuel de répartition, et non au système à points encore pire que le système actuel ! »

⇒ La gauche ne sait pas analyser l’impasse de l’affrontement direct aux forces de répression. La violence légale est le monopole de la police. Aujourd’hui l’oligarchie capitaliste ne peut se maintenir qu’en renforçant la répression. L’affrontement direct avec les forces de l’ordre est contre-productif et fait le jeu de ladite oligarchie qui réprime en donnant des images aux médias dominants qui en profite pour cacher les revendications réelles des mouvements sociaux et la violence patronale. La gauche doit donc développer une pédagogie montrant que cet affrontement direct favorise l’oligarchie. Il faut donc lutter avec d’autres moyens. Et pour cela, la pratique d’une éducation populaire refondée dans les mouvements sociaux est indispensable. Et pour cela, il ne faut pas mépriser les mouvements sociaux du type gilets jaunes.

⇒ La visibilité médiatique ne sert à rien sans un travail d’éducation populaire dans les mouvements sociaux mobilisés. Pratiquer l’éducation populaire refondée auprès des jeunes, des ouvriers, des employés, des paysans, des salariés, des couches moyennes intermédiaires en lutte est plus pro-actif que de se contenter d’une visibilité médiatique qui s’estompe en quelques jours.  Ceux qui font l’inverse tomberont de haut car on ne change la société qu’avec une société mobilisée et non avec des consommateurs médiatiques sidérés. Les consommateurs médiatiques sont des alliés du système.
Renoncer au mythe de l’immédiateté pour pratiquer un travail éducatif et politique de moyen terme est indispensable. Contrairement aux croyances altermondialistes, le spectaculaire n’a pas l’efficacité qu’elles lui donnent.
Dit autrement, il faut produire une parcelle de monde nouveau. Comme Cédric Herrou qui a agi de façon illégale, certes, pour créer un droit positif du primat de la solidarité et de la fraternité humaniste pour tous les êtres humains donc aussi pour les migrants. Comme ceux qui occupent leurs usines pour monter une coopérative à la place de la propriété lucrative (les 1336 par exemple).
Ou encore, contrairement à ce que font la plupart des organisations naguère d’éducation populaire, il faut politiser les actions pour mener la bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle face au système bourgeois actuel
D’ailleurs, la conception réactionnaire ordolibérale n’a pas été obtenue par la droite en passant du nazisme aux formes modernes de l’ordolibéralisme par de la simple visibilité médiatique. Qui connaît la Société du mont Pèlerin et toutes les officines qui ont permis à l’oligarchie d’être infiltrée pour produire l’ordolibéralisme dès le traité de Rome de 1957 – combattu par Mendès-France pour de bonnes raisons ? (2) Et qui a fusionné ensuite avec le tournant néolibéral de 1979 de Thatcher et Reagan.

⇒ La gauche doit adopter une stratégie pro-active et constituer un nouveau bloc historique autour de la classe populaire ouvrière et employée (53 % de la population) et des couches moyennes intermédiaires (24 % de la population). Mais pour cela, il faut agir, selon leurs intérêts. Le slogan par exemple « fin de mois, fin du monde même combat » n’est qu’un slogan de la petite bourgeoisie intellectuelle n’ayant pas de problèmes de fin de mois, un scandale fini ! Car pour la majorité de la classe populaire, les fins de mois, c’est tous les mois et donc il faut commencer par cela. Il y a bien d’autres explications pour lier la bataille sociale à la bataille écologique sans prendre un slogan qui met les deux au même niveau.
Dit autrement, il faut allier des couches sociales avant de penser alliances partisanes. Si une union de la gauche se fait sans la classe populaire ouvrière et employée, elle a perdu d’avance. Même François Mitterrand avait compris ce théorème puisqu’il justifiait l’alliance avec le PCF sur cette seule base !

⇒ Par ailleurs, faire croire que le virus Sars-Cov-2 allait préparer un monde meilleur « le jour d’après », fut une illusion de courte durée des partisans de la méthode Coué au sein de la gauche. Nous savons maintenant que ce sera pire qu’avant. Croire ne remplace pas le raisonnement rationnel ! La lutte des classes a repris de plus belle, pourquoi avoir cru à sa fin, alors que le discours de l’oligarchie reste celui de la solidarité nécessaire avec les patrons et les banquiers !
De ce point de vue, il convient de débattre sur le nouveau régime de sécurité sociale et non pas apparaître soutenir une Sécu inégalitaire et pas assez solidaire. Se battre sur les nouvelles copropriétés d’usage pour réformer le droit de propriété, sur la promotion du salaire socialisé par la cotisation aux côtés de l’impôt mais sans mélanger l’un avec l’autre, sur les nationalisations nécessaires mais cette fois-ci démocratiques, sur les biens communs, sur l’écosocialisme pour contrer le syndrome de l’effondrisme et du communautarisme, etc.

La gauche se doit de construire un imaginaire positif
autour de la notion du travail

Les soignants hospitaliers, médecins et paramédicaux ont montré dans la crise sanitaire du virus Sars-Cov-2 qu’ils étaient capables de s’organiser sans la technobureaucratie, largement parasite, installée par le nouveau management néolibéral. C’est à partir de cela que l’on doit réfléchir à une nouvelle organisation. Et il en est de même dans bien d’autres organisations sociales.
Par ailleurs, c’est bien parce que le pouvoir de cette bourgeoisie parasite, cette technobureaucratie néolibérale, a montré son inconséquence, que le pouvoir est obligé d’être de plus en plus autoritaire, jusqu’à utiliser la violence policière contre des infirmières, contre des pompiers !
Mais, c’est bien autour du concept de l’auto-organisation que les discussions doivent se tourner. La technobureaucratie néolibérale joue le rôle joué par l’aristocratie dans le système féodal, toutes choses étant différentes par ailleurs.

⇒ Auto-organisation veut dire de réfléchir à une sortie du salariat en devenant travailleur associé ce qui renvoie à un nouveau statut du travailleur associé adossé à une sécurité sociale refondée et donc à une modification des rapports sociaux de production. C’est le changement des rapports sociaux de production qui détermine le passage d’un système de production à un autre. Bien évidemment, cela est aujourd’hui possible grâce aux nouvelles forces productives numériques et électroniques.

⇒ Le travailleur associé, c’est aussi un autre versant de l’acquisition de la souveraineté populaire sur son propre travail, souveraineté populaire qui donne de nouveaux droits au travailleur associé par rapport aux salariés qui sont en état de subordination par rapport au capital. Mais aussi souveraineté collective qui donne également des droits à la collectivité des travailleurs associés. Redonner la souveraineté à des travailleurs associés peut se comprendre avec l’analogie, toutes choses étant différentes par ailleurs, avec la libre disposition du corps des femmes par les femmes elles-mêmes pour lutter contre la domination patriarcale.

Répétons, que changer de système ne consiste pas seulement à la prise du pouvoir d’Etat mais aussi à la prise du pouvoir sur le travail par les nouveaux travailleurs associés. Si on s’arrête à la prise du pouvoir dans l’Etat, on obtient une nouvelle aristocratie d’Etat pilotant une technobureaucratie qui peut être soit néolibérale de plus en plus autoritaire (ce qui va advenir si la gauche ne se met pas à la hauteur des enjeux), soit soviétique (nous avons vu où cela a mené).

Dans ce cadre, le secteur des travailleurs associés deviendrait le secteur pro-actif dans le nouveau système en transition face à l’Etat et aux survivances du secteur capitaliste contrairement aux coopératives et mutuelles actuelles qui subissent la subordination directe de la formation sociale capitaliste.

 

Mais gardons-nous de vouloir proposer le paradis. Restons-en à la formule matérialiste d’Engels que l’on « ne peut pas faire bouillir les marmites de l’avenir ». Dit autrement, nous pensons que toute pensée téléologique est erronée, car c’est l’activité matérielle et ses contradictions qui font surgir la « force des choses » et ce ne sont pas les idées qui créent les futures activités matérielles. Les hommes et leurs idées ne peuvent qu’agir dans le cadre de cette « force des choses » qui arrive toujours mais pas forcément quand on le souhaite. Mais ils peuvent agir positivement que si, et seulement si, ils ont correctement analysé la période, qu’ils ont préparé les conditions de la bifurcation là et qu’une organisation collective peut prendre en charge la rupture politique. Nous avons de ce point de vue expliqué dans des conférences sur les grandes révolutions que ce qui précède est corroboré dans toutes les périodes révolutionnaires sans exceptions. Car il n’y a pas plus de fin de l’histoire, n’en déplaise à Kojève ou Fukuyama que de finalité écrite d’avance par une téléologie, fût-elle de gôche.

 

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La chronique d’Evariste lue dans Respublica : Situation politique générale : l’arbre cache la forêt et la lutte des classes prend un chemin de traverse

Créé par le 09 juil 2020 | Dans : Non classé

mercredi 8 juillet 2020
 

« Partir du réel pour aller vers l’idéal », Jean Jaurès

Débattre sur l’idéal sans partir du réel, c’est comme vouloir grimper sur l’Everest sans en définir le chemin, c’est comme dire comment on pourra coloniser la planète Mars sans savoir comment s’y rendre. Et dans cet exercice, il y a pléthore de propositions dans tous les partis. Par contre, si on décide de « partir du réel pour aller vers l’idéal », c’est un peu plus difficile. Et là, il y a moins de candidats – c’est un euphémisme ! Mais n’est-ce pas nécessaire de partir du réel?

L’arbre vert qui cache la forêt…

Essayons ensemble d’y voir plus clair ! Les médias dominants y compris les mini-médias des organisations politiques et syndicales de gauche et des écologistes ont tranché : il y a une forte poussée verte ! La peinture verte est dévalisée dans tous les supermarchés ! Heureusement, le Canard enchaîné nous met sur la voie de la raison raisonnante avec sa formule : « un vert à moitié vide ou un vide à moitié vert » ? Et puis, les instituts de sondage posent malicieusement la question : « Si l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui, pour qui voteriez-vous ? ». Et là, patatras, selon les candidats en présence, le candidat EELV arrive le plus souvent en 5e position au premier tour ! Ce n’est qu’une indication qui ne correspondra sans doute pas tout à fait au réel de 2022, mais cela nous permet de relativiser la course au verdissement d’un discours sans grande conséquence concrète. Car bien entendu, la dite poussée verte n’a lieu principalement que dans les villes centres des grandes métropoles et non dans les villes moyennes et petites, et pas plus en zone rurale et périurbaine. 

Si la cause écologiste est une cause sérieuse, impérieuse et centrale pour un projet humaniste de bifurcation économique, sociale et politique, savoir comment incarner cet indispensable combat n’en est qu’à ses débuts, n’en déplaise à ceux qui en restent à l’arbre qui cache la forêt. 

Conflits à tous les étages…

Concernant le capital, nous voyons qu’il est dans une restructuration intense qui a pour conséquence une concurrence de plus en plus violente entre tous ceux qui luttent pour le pouvoir. Sur la plan économique, les risques s’amplifient tant à cause d’un niveau de dettes de plus élevé, surtout dans le secteur privé, des risques de krach  bancaire et financier, que des risques pandémiques possibles. Sur le plan international, nous ne pouvons que prévoir une intensification des conflits inter-impérialistes avec des configurations très différentes ici et là sur le globe ce qui rend l’analyse globale plus complexe et les risques plus grands. (Voir dans ce journal « Dans quelle crise sommes-nous ? » n° 12.)

Sur le plan national, essayons de clarifier le complexe et surtout pas de simplifier.
Du côté du capital, la forte baisse du soutien des bases d’appui des collectivités territoriales au dispositif macronien, relance l’intensité du conflit stratégique du capital entre la tentative d’élargissement du dispositif macronien (à droite, finalement, plutôt que vers les écologistes) et celui de l’union des droites. Là, non plus, rien ne relèvera d’un long fleuve tranquille car pour l’instant, la défaite électorale en rase campagne des listes de la « République en marche arrière » aux municipales n’entraîne pas encore sa disqualification pour le deuxième tour de la présidentielle.
De ce point de vue, les deux élections de 2021 seront cruciales pour l’engagement politique du capital. Les militants auraient tort de s’en désintéresser. Du côté des forces populaires, la décomposition politique s’est approfondie. L’accroissement du vote abstentionniste de la classe populaire ouvrière et employée a franchi un nouveau seuil. Si on part d’un niveau d’abstention générale de près de 60 % des inscrits aux dernières élections municipales; de la croissance du nombre de non-inscrits et du fait que la classe populaire ouvrière et employée (elle-même majoritaire dans le pays) frise les 75-80 % d’abstention par rapport aux inscrits dans les communes et quartiers populaires (dont la majorité ne sont pas en banlieue des métropoles contrairement à ce que laissent croire les militants de la gauche communautariste, indigéniste ou racialiste), on voit alors que la décomposition politique de notre camp continue de se développer. D’autant que les votes des jeunes sont du même ordre que ceux de la classe populaire ouvrière et employée.

Quel « bloc historique » ?

Sauf pour les différentes écoles de l’idéalisme philosophique et politique (qui foisonnent dans la gauche et chez les écologistes) qui ne peuvent que nous proposer des impasses bien connues, nous savons qu’une approche matérialiste exige que toute bifurcation économique, sociale et politique réponde à certaines conditions, dont la nécessité de constituer un bloc historique dont la classe populaire ouvrière et employée est partie prenante en son cœur !
Oui, le mouvement destituant doit se lier à un mouvement constituant. Mais croire à un mouvement constituant sans constitution d’un bloc historique  avec une partie conséquente de la classe populaire ouvrière et employée, des couches moyennes intermédiaires et de la petite bourgeoisie intellectuelle, serait  une nouvelle impasse. Le populisme de gauche a un avenir provisoire dans les pays à forte économie informelle mais pas dans un pays développé comme la France.
Rappelons une des difficultés actuelles dans la constitution de ce potentiel bloc historique, c’est que la grande majorité des militants syndicaux et politiques sont des militants vivant dans les métropoles, alors que la gentrification a rejeté des pans importants de ce bloc historique potentiel hors des métropoles. Le mouvement des gilets jaunes en porte témoignage.

Les écologistes sont comme tous les autres courants engoncés dans de profondes contradictions qui n’ont pas fini d’éclater. Des épisodes du type De Rugy, Cohn-Bendit, Pompili, Lipietz, Canfin etc. sont à prévoir. Certaines  alliances de listes se réclamant de l’écologie ou de l’écosocialisme pour le deuxième tour des municipales du 28 juin 2020 ne manqueront pas de surprendre : alliance d’écologistes et d’écosocialistes avec un milliardaire de droite à Montpellier, alliance des écologistes EELV avec LR à Choisy-le-Roi, alliance de la liste écosocialiste FI avec LR à Arcueil… ailleurs alliance avec la « République en marche arrière », etc… 

Ceci est à rajouter aux alliances du PCF avec l’indigénisme et le communautarisme, comme à Ivry entre autres, ou des socialistes avec le communautarisme religieux comme à Créteil (82 % des investissements culturels pour les structures religieuses de la ville avec 805 000 euros pour le budget en cours) au détriment du social….

Et comme une politique écologique ne peut pas sur le moyen terme s’effectuer dans le capitalisme, toutes les alliances EELV-PS ne manqueront pas de vivre rapidement des tensions insupportables. Voilà pourquoi l’indispensable question écologique ne peut pas se traiter à part et ne peut pas être surplombante. Elle doit se lier aux autres questions démocratique, laïque, sociale, féministe et politique. Par ailleurs, sans prise en compte majeure des forces productives (et de leurs développements récents), des rapports de production et de leur interaction, de l’action du capital et des forces qui s’opposent à lui,  toute perspective sociale est bouchée.

Voilà ce qu’est notre perspective d’action pour l’automne : participer au débat argumenté nécessaire partout en France à l’invitation de toute structure visant à la refondation de l’éducation populaire dans une perspective alternative au système dominant. Nous avons déjà plus d’une vingtaine d’invitations au moment où nous écrivons. Il ne tient qu’à vous d’agir en ce sens si vous le voulez bien !

Bonne trêve estivale et rendez-vous à fin août pour de nouvelles aventures ! 

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Appel. Au coeur de la crise, construisons l’avenir

Créé par le 14 mai 2020 | Dans : Non classé

Dans une longue tribune collective, 150 personnalités du monde politique, associatif, syndical et culturel appellent à  » préparer l’avenir «  » Nous ne sommes pas condamnés à subir ! «  assurent-elles.  Elles  proposent qu’un grand événement, une  » convention du monde commun « , réunisse dans les prochains mois  » toutes les énergies disponibles « .
 
La France affronte un séisme d’une ampleur inouïe. Favorisée par la destruction de la nature, la pandémie a généré une crise économique de grande ampleur, une commotion sociale brutale, notamment pour les plus précaires, et une mise entre parenthèse du fonctionnement démocratique. Elle a révélé l’improvisation des pouvoirs publics face à cette crise majeure. L’engagement extraordinaire des soignantes et des soignants, le courage de celles et ceux qui n’ont cessé de travailler sans relâche au service de tous et le civisme de millions de personnes confinées dans des conditions difficiles appellent une reconnaissance unanime. Dès maintenant, il s’agit d’éviter le pire et de préparer l’avenir. La réparation des dégâts annoncés, la défense des libertés, l’obligation de préparer une société résiliente nécessitent de fortes dynamiques collectives. La crise confirme l’urgence radicale des grandes transitions. De cette impérieuse nécessité, faisons naitre une espérance. Nous ne sommes pas condamnés à subir ! 
 
Au coeur de cette crise, il nous faut tourner la page du productivisme. Il faut affronter les périls immédiats, s’accorder pour engager la transition écologique et dans un même mouvement les transformations sociales et économiques trop longtemps différées. L’impasse où nous ont conduits les politiques dominantes depuis quarante ans et le capitalisme financier exige une offensive résolue. Avec cette initiative commune, dans le respect de nos différences, nous nous engageons à la hauteur des principes que nos prédécesseurs ont affirmés dans la « reconstruction » qui suivit la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, en temps de paix, nous devons faire preuve d’une égale ambition, avec la volonté que les Français s’emparent de ces débats. 
 
L’état d’urgence sociale doit se déployer dès maintenant dans l’ensemble du pays, à commencer par les quartiers populaires et les territoires ruraux, partout où la crise remet à vif la grande pauvreté et les inégalités. Les familles déjà vulnérables, comme celles qui viennent brutalement de plonger dans le chômage et la pauvreté, se comptent par millions. La solidarité nationale doit intervenir pour aider les locataires, contribuer à payer les factures d’eau et d’électricité, par l’aide alimentaire et la fourniture gratuite de masques, par des soutiens exceptionnels individualisés pour que vivent décemment celles et ceux, y compris les jeunes, qui ont vu leur travail et leurs revenus disparaitre. Cette crise doit enfin imposer un basculement des politiques publiques : « sortir » des dizaines de milliers de personnes de la rue, c’est affaire de dignité d’abord, mais aussi d’ordre public sanitaire et social. 
 
Pour aller plus loin, la France, comme d’autres en Europe, doit imaginer et mettre en chantier dès cette année un nouveau modèle de protection sociale. Pour ces temps de grande transition, il y a urgence à assurer un revenu digne rendant possibles à toutes et tous la formation, l’accès à un nouvel emploi ou un projet professionnel. Compte tenu de la hausse explosive du nombre des sans-emplois, ce serait une faute historique de maintenir la « réforme » de l’assurance chômage de 2020. Il faut permettre dès maintenant à tous les territoires volontaires de mettre en oeuvre la belle initiative Territoires zéro chômeur de longue durée, inspirée des expériences du mouvement associatif. Quant aux travailleurs étrangers en situation irrégulière, soutiers plus anonymes encore de nos économies, leur accès au droit au séjour doit être facilité. 
 
Pour pouvoir mobiliser les énergies de toutes et tous, il faudra inventer et consolider des protections collectives plus adaptées à notre temps, combler les failles majeures que la crise a soulignées, agir pour l’accès à la santé et des retraites décentes. Certains, à l’inverse, manifestent déjà la volonté de réduire les droits sociaux à la faveur de l’émotion générale, notamment sur la question du temps de travail. Nous ne laisserons pas faire, et nous demandons qu’il soit renoncé définitivement au projet de réforme des retraites qui mine la cohésion nationale dont nous avons tant besoin. Face à la précarité ou aux inégalités femmes-hommes, tous les travailleurs et travailleuses, indépendants, artisans et commerçants, professionnels des plates-formes, salariés en CDD, intermittents ou intérimaires, doivent être dotés de droits sociaux individuels complets et d’une capacité réelle de négociation collective. 
 
Le statu quo n’est plus possible. Nous défendons une société de la reconnaissance, qui sache valoriser celles et ceux sans lesquelles elle ne tiendrait pas, dans la crise comme après. Travailleurs de l’aube et du soir, fonctionnaires de jour comme de nuit, soignants et enseignants dévoués, elles (très souvent) et ils sont en droit d’attendre bien sûr des primes immédiates et légitimes, mais aussi une amélioration significative et sans délai de leurs conditions d’emploi et de salaire, à commencer par le Smic. Lorsque ces personnes ont des enfants, la prise en charge par les employeurs des frais de garde, l’organisation de nouveaux centres de vacances dès 2020 avec les mouvements d’éducation populaire seraient aussi de justes rétributions. Le confinement a mis également en exergue la nécessité de reconnaitre le féminicide en droit français et de ne plus reporter un plan national d’ampleur contre les violences faites aux femmes et aux enfants, en doublant le budget alloué aux associations venant en aide aux victimes et aux lieux de prise en charge. 
 
Les Français vivent intensément les effets de l’affaiblissement de notre système de santé. Sous tension bien avant le tsunami du Covid19, l’hôpital public a été asphyxié par des années d’austérité budgétaire et la marchandisation de la santé. Une loi de programmation doit assurer au plus vite un financement pérenne des investissements des hôpitaux et des Ehpad, rompre avec la spirale des fermetures de lits et permettre la revalorisation des métiers de soignantes et soignants. Cette refondation permettra de retrouver une capacité de prévision et d’anticipation, et les moyens d’affronter collectivement les chocs de grande ampleur. Elle devra également garantir à tout moment la disponibilité des principaux médicaments sur le territoire national. Elle assurera enfin la réhabilitation des soins de premiers recours, efficients et réactifs face à de nouvelles crises et la fin des déserts médicaux, indignes de notre pays. 
 
L’avenir de notre économie et sa conversion écologique se jouent en ce moment. Le soutien public à la survie du système productif est vital. Il doit être associé à une conditionnalité environnementale et sociale exigeante. Des fleurons de notre économie sont au bord de la faillite, avec le cortège habituel de restructurations brutales et de chômage massif. Face à ces risques, la réaction de l’État en faveur de l’emploi doit être couplée à la mise en oeuvre accélérée de la transition écologique, à commencer par le respect des Accords de Paris sur le climat. C’est seulement ainsi que le sauvetage des emplois sera durable. Une politique industrielle crédible implique des choix stratégiques nationaux ; elle se construit dans chaque région avec toutes les parties concernées, entreprise par entreprise, branche par branche. La mobilisation doit intégrer pleinement les enjeux d’indépendance et de relocalisation, de recherche et d’innovation, mis en lumière de façon éclatante dans la crise actuelle. 
 
D’ici la fin de cette année, il appartient à la puissance publique d’identifier avec tous les acteurs les secteurs stratégiques à relocaliser au niveau français ou européen, les chaines de valeurs à contrôler et les productions à assurer au plus proche des lieux de consommation. Les événements récents confirment une fois de plus les fragilités de l’Europe quand elle se limite à n’être qu’un marché livré aux excès du libre-échange, renonçant à protéger son économie. La signature des traités qui amplifient cet abandon doit être stoppée, et ceux qui existent déjà révisés. Rien ne sera possible sans un pilotage ambitieux du système de crédit, avec un pôle public de financement et la BPI jouant enfin réellement son rôle. La mise en oeuvre de nationalisations là où il le faut doit permettre non de mutualiser les pertes, mais d’atteindre des objectifs d’intérêt général. Dans ce but, il faudra aussi miser davantage sur l’économie sociale et solidaire pour mieux ancrer l’économie dans les territoires et impulser le nouveau modèle de développement. 
 
Cette épidémie et sa propagation rapide sont liées à la destruction accélérée des habitats sauvages combinée à une mondialisation insuffisamment régulée. Elles renforcent l’urgence d’une remise en cause de notre mode de production et de consommation : la transformation écologique de la France est le nouveau défi de notre République au XXIème siècle. Cette prise de conscience des communs naturels à protéger et de l’impasse des modes de consommation actuels est essentielle, tout comme les combats de la gauche. Les propositions des participants de la Convention citoyenne pour le climat et sa méthode ont permis que progressent dans la société des projets d’une grande richesse. Les politiques publiques doivent être au rendez-vous de cette urgence planétaire. 
 
Nous proposons que soit discutée et mise en oeuvre rapidement une Prime pour le climat, afin d’éliminer en priorité les passoires thermiques et sortir les plus pauvres de la précarité énergétique. Elle accompagnera aussi les travaux de rénovation énergétique rendus obligatoires pour l’ensemble du bâti afin d’atteindre deux millions de logements par an, en privilégiant les rénovations complètes. Des dizaines de milliers d’emplois non délocalisables pourraient être ainsi créés. 
 
La France a besoin également de bâtir un plan ambitieux de transition vers une mobilité durable, pour soutenir l’électrification des motorisations, les modes de transports collectifs et partagés, la relance des réseaux ferroviaires, mais aussi l’extension du droit au télétravail dans des conditions protectrices pour les salariés. 
 
Conçue pour éviter un recours accru aux énergies fossiles, dont les prix baissent du fait de la crise, la Contribution Climat Énergie doit s’accompagner de mesures de redistribution de grande ampleur pour en compenser les effets sur les plus vulnérables. Une relance publique du soutien à la transition écologique locale est plus que jamais indispensable afin d’impliquer beaucoup plus les territoires et les citoyen.ne.s dans le déploiement des projets collectifs d’énergies renouvelables. Ces investissements supplémentaires dans la transition écologique devront être sortis des critères budgétaires européens. 
 
La refonte des aides de la PAC en soutien des petites et moyennes exploitations doit être accélérée, pour permettre une agriculture respectueuse de l’environnement, la croissance des productions bio, et pour développer le paiement des services environnementaux (stockage du carbone, arrêt des intrants chimiques…). Il faudra enfin donner toute sa place dans nos textes fondamentaux au droit de la nature et mettre en oeuvre de façon strict sur l’ensemble du territoire la politique du « zéro artificialisation nette » et la protection de la biodiversité. 
 
Ces investissements massifs, pour l’immédiat ou le futur, exigent un financement soutenable et équitable. L’engagement de l’Europe en est l’une des clés. C’est une nécessité qui conditionne la survie de l’Union, quand les forces de démembrement prospèrent grâce au manque de solidarité européenne dans chaque moment de crise. On attend de l’Europe qu’elle conduise durablement une politique monétaire à la hauteur du risque actuel, mais aussi qu’elle mette en oeuvre des formes inédites de financement en commun pour empêcher une hausse de l’endettement des États, en particulier les plus affectés par la crise sanitaire. Il faudra aussi dès les prochains mois engager le chantier de la restructuration des dettes héritées des crises successives. 
 
Tous les pays en ont en effet un urgent besoin pour permettre un nouveau départ et la transformation de leurs économies tellement interdépendantes. Ces financements européens ne sauraient être assortis des mesures d’austérité qui ont creusé entre les peuples des blessures encore inguérissables. Les conditionnalités aujourd’hui se nomment écologie, cohésion sociale et respect de la démocratie. Une transformation profonde des structures de l’Union européenne est indispensable pour rendre possibles ces politiques ambitieuses de solidarité. Cela implique la remise en cause du pacte budgétaire. 
 
Mais l’Europe ne pourra pas régler seule l’addition de la crise. Les États devront eux aussi apporter une réponse fiscale et budgétaire dans un esprit de justice. Pour corriger les inégalités creusées au cours des dernières décennies et aggravées par la crise, et pour prévenir l’effondrement de nos sociétés. La France doit rétablir un Impôt de solidarité sur la fortune, mettant à contribution les patrimoines les plus élevés, et renforcer la progressivité de sa fiscalité sur les revenus, notamment ceux du capital, largement érodée depuis 2017. Compte tenu de l’ampleur des dépenses engagées pour faire face à la crise, elle devra appeler une contribution anti-crise des citoyens les plus aisés. La taxation des secteurs qui ont bénéficié de la crise et de ceux qui ont décidé, au coeur de la tempête, de continuer à distribuer des dividendes ou à s’enrichir à l’abri des paradis fiscaux doit être proposée sans délai au Parlement. La maitrise à l’avenir des écarts de salaires au sein des entreprises participe de ces préalables de justice : au-delà d’un écart d’un à douze, il ne serait plus possible de déduire les rémunérations et les cotisations de l’impôt sur les sociétés. Ces choix sont inséparables d’une action ambitieuse pour que les bénéfices des sociétés multinationales cessent d’échapper largement à la fiscalité française, notamment en les obligeant à une totale transparence sur leurs activités et les taxes payées dans les pays où elles sont présentes. Cette reconquête ne sera complète que lorsque les géants du numérique contribueront par un impôt juste aux efforts d’investissement qui attendent la France et l’Europe. 
 
Ces mesures n’auront de sens et d’efficacité que si dans l’après-crise, une transition démocratique offre à tous la capacité d’agir pour un monde commun. La verticalité du pouvoir fracture la société. Elle alimente l’impuissance et la défiance. C’est l’échec de la Vème République. Seule une refondation de nos institutions permettra de le dépasser. Il est impératif de ne pas confier à un « sauveur suprême » ou au pouvoir technocratique « la sortie de crise », mais au contraire d’augmenter la participation des citoyen.nes aux décisions qui les concernent et cela à tous les niveaux. 
 
Réussir les transitions exige un développement des emplois publics partout où leur manque cruel se vérifie aujourd’hui. Il faudra aussi rénover l’action publique en inventant les outils, l’organisation, les métiers du secteur public de demain. Rien ne progressera sans des délibérations collectives, valorisant bien davantage les citoyens et leurs compétences, l’éducation, l’innovation sociale et la création culturelle, les territoires, villes et villages. 
 
Cet impératif s’adresse aussi aux entreprises : pour réussir la sortie de crise, il faut y faire entrer la démocratie en associant réellement les salariés à leur stratégie. Cela doit s’incarner dans une codétermination à la française avec la présence de 50% de représentants des salariés dans les conseils de surveillance ou les conseils d’administration des grandes entreprises et le renforcement des pouvoirs des représentants des salariés à tous les niveaux. 
 
Lourde de souffrances inédites, cette période ne doit pas confisquer les espoirs de changement, bien au contraire. Faisons place à l’action collective et à ces premières convergences. Pour être à ce rendez-vous de notre Histoire, nous proposons qu’un grand événement, une « convention du monde commun », réunisse dans les prochains mois toutes les énergies disponibles, les citoyennes et citoyens épris de profonds changements, les formations politiques, les forces associatives, les initiatives que portent syndicats et ONG. C’est une première étape cruciale et attendue pour une alternative démocratique, écologique et sociale. Nous voulons lui donner la force de notre engagement.
 
 
Premiers signataires* :
 
Syamak Agha Babaei, Christophe Aguiton, Amandine Albizzati, Claude Alphandery, Nathalie Appéré, Guillaume Balas, Jeanne Barseghian, Marie-Laure Basilien-Gainche, Laurent Baumel, Romain Beaucher, Anne-Laure Bedu, Jacqueline Belhomme, Esther Benbassa, Patrice Bessac, Olivier Bianchi, Habiba Bigdade, Loïc Blondiaux, Alice Bosler, Maurice Braud, Rony Brauman, Axelle Brodiez, Ian Brossat, Philippe Brun, Julia Cagé, Sophie Caillat, Andrea Caro, Fanélie Carrey-Conte, Lucas Chancel, Pierre Charbonnier, Christian Chavagneux, Alain Coulombel, Annick Coupé, Jezabel Couppey-Soubeyran, Françoise Coutant, Thomas Coutrot, Cécile Cukierman, Ronan Dantec, Joël Decaillon, Carole Delga, Stéphane Delpeyrat, Laurianne Deniaud, Emmanuel Denis, Gregory Doucet, Marie-Guite Dufay, Cécile Duflot, Antoine Dullin, Jérôme Durain, Guillaume Duval, Timothée Duverger, Nicolas Duvoux, Anne Eydoux, Olivier Faure, Rémy Féraud, Aurélie Filippetti, Diana Filippova, Alain Foix, Didier Fradin, Philippe Frémeaux, Guillaume Garot, Karl Ghazi, Jean-Luc Gleyze, Raphael Glucksmann, Daniel Goldberg, Guillaume Gontard, Gaëtan Gorce, Aziliz Gouez, Bernadette Groison, Florent Gueguen, Denis Guenneau, Hélène Hardy, Jean-Marie Harribey, Anne Hessel, Catherine Hoeffler, Pierre Hurmic, Marie-Hélène Izarn, Pierre Jacquemain, Yannick Jadot, Hugues Jallon, Vincent Joineau, Régis Juanico, Nina Karam-Leder, Pierre Khalfa, Yazid Kherfi, Hella Kribi-Romdhane, Thierry Kuhn, Joël Labbé, Guillaume Lacroix, Delphine Lalu, Aurore Lalucq, François Lamy, Sandra Laugier, Pierre Laurent, Guillaume Le Blanc, Joël Le Coq, William Leday, Claire Lejeune, Corinne Lepage, Elliot Lepers, Nadine Levratto, Medhi Litim, René Louail, Benjamin Lucas, François Mandil, Bénédicte Manier, Edouard Martin, Gus Massiah, Nora Mebarek, Dominique Meda, Philippe Meirieu, Claire Monod, Beligh Nabli, Naïri Nahapetian, Alexandre Ouizille, Christian Paul, Renaud Payre, Willy Pelletier, Camille Peugny, Maxime Picard, Thomas Piketty, Eric Piolle, Dominique Plihon, Dominique Potier, Alexis Poulin, Angèle Préville, Audrey Pulvar, Valérie Rabault, Jean-Paul Raillard, Gilles Raveaud, Sandra Regol, Nadine Richez-Battesti, Martin Rieussec-Fournier, Jacques Rigaudiat, Marie-Monique Robin, Johanna Rolland, Barbara Romagnan, Laurence Rossignol, Muriel Rouyer, Virginie Rozière, Michèle Rubirola, Bernard Saincy, Eva Sas, Mounir Satouri, Frédéric Sawicki, Laurence Scialom, Sabrina Sebaihi, Aissata Seck, Gabrielle Siry, Emmanuel Soulias, Jo Spiegel, Olivier Szulzynger, Sophie Taille, Bernard Thibault, François Thiollet, Isabelle This Saint-Jean, Stéphane Troussel, Henri Trubert, Hulliya Turan, Boris Vallaud, Najat Vallaud-Belkacem, Shahin Vallée, Antoine Vauchez, Denis Vicherat, Anne Vignot, Patrick Viveret.
* à titre personnel
 

Boris Vallaud, PS.dans un entretien à l’Huma du 8/04/20: « Réaffirmer notre souveraineté et agir sur le réel »

Créé par le 09 avr 2020 | Dans : Non classé

Toute la semaine, l’Humanité interroge les responsables de gauche sur leur vision du « jour d’après ». Boris Vallaud, porte-parole du PS et député des Landes, plaide notamment pour un Parlement fort.

 

Cette crise bouleverse bien des certitudes et les bases de notre société. Quels enseignements en tirez-vous, notamment sur le plan économique et social ?

Boris Vallaud. La crise précède la crise. La pandémie n’en est que la morsure apparente et profonde parce que tout coagule : la crise des services publics, de l’hôpital, qui connaît un mouvement social fort depuis un an. Mais il y a également une crise de la puissance publique, de la mondialisation, de l’environnement. Le néolibéralisme, dans ce qu’il produit depuis des décennies, les inégalités, les violences, la destruction de l’environnement et la disqualification de la puissance publique, peut emporter avec lui le libéralisme politique, c’est-à-dire la démocratie. Nous avons besoin de faire la démonstration que la démocratie est capable de surmonter ce désordre. Nous devons réaffirmer une souveraineté et agir sur le réel, construire un rapport de forces avec la puissance privée. Car si l’État de droit s’est construit au XIX e siècle contre les abus de la puissance publique, il s’agit aujourd’hui de lutter contre les abus de pouvoir de la puissance privée : elle ne paie pas ses impôts, édicte ses normes, influence les opinions, bat sa monnaie et veut même rendre la justice.

Puisque vous abordez la question démocratique, quels problèmes pose, selon vous, la gestion de cette crise ?

Boris Vallaud. Dans la crise, la démocratie n’est pas un problème, elle est même une arme. Plus qu’à tout autre moment, il faut se ranger à ses impératifs, à son exigence. Cette crise montre que nous avons besoin d’un Parlement fort, et non faible comme aujourd’hui. Je plaide pour un rééquilibrage institutionnel. Les démocraties ont besoin de se réarmer.

Cela fait écho à une VI e République…

Boris Vallaud. J’y suis favorable, et depuis longtemps.

Le chiffre de 6 % de PIB en moins est aujourd’hui avancé. Comment éviter une catastrophe sociale ?

Boris Vallaud. La crise sociale est déjà là. Les mesures gouvernementales de soutien financier massif à l’économie étaient nécessaires, mais sont aidés ceux qui ont un travail, pas les familles précaires, les trois millions d’enfants pauvres qui ne mangeaient à leur faim qu’à la cantine… Très concrètement, il faut augmenter dès maintenant tous les minima sociaux, le taux de remplacement du chômage, accompagner les familles qui ont des conditions matérielles difficiles. Sur ces six points de PIB – au minimum – la question est : qui va rembourser ? Certainement pas ceux qui, frappés les premiers par la crise, seront aussi les plus fragilisés. L’UE est au pied du mur, elle a tout à y perdre ou tout à y gagner. Bien sûr, il faut mutualiser la dette, mais également un ISF européen. La BCE a un rôle important, par exemple en monétisant la dette ou même en annulant des dettes, en échange d’investissements dans la transition écologique, car nous devons également changer de modèle tout en redressant le pays. Notre modèle productif, dans son ensemble, est à repenser. On peut imaginer une sorte de Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale – NDLR) de la transition écologique. La place de l’État est centrale : sur ce point, je suis pour un colbertisme vert.

Dans cette place centrale de l’État, il y a la question des services publics. Ils ont été mis à mal depuis deux décennies au moins, notamment dans le domaine de la santé, y compris lors du quinquennat précédent. Pensez-vous qu’il faille en faire à nouveau une priorité ?

Boris Vallaud. Lors de l’examen du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale), nous attirions l’attention sur la situation à l’hôpital, et nous avions proposé, comme d’autres formations de gauche, un plan d’urgence. Bien sûr, il faut desserrer l’étau, mais penser également à des réformes structurelles de notre système de santé : le partage public-privé, la question de la tarification, de l’accès universel aux services publics, le pilotage non pas sur des critères financiers, mais humains.

Toutes ces problématiques posent également la question de la gauche. Hier, le député insoumis Adrien Quatennens parlait dans nos colonnes de construire autour des causes communes, et d’un « gouvernement de salut commun ». Alors que la situation oblige, êtes-vous prêt à travailler avec l’ensemble de la gauche ? Et comment ?

Boris Vallaud. S’unir autour de causes communes, c’est une proposition que nous avons également formulée : on doit pouvoir travailler ensemble. On aura des désaccords, mais nous devons parler. C’est d’ailleurs le cas : en ce moment, tout le monde parle à tout le monde pour faire face à cette crise profonde. Parmi ces causes communes, il y a la question sociale, la lutte contre les inégalités, qui se joue à tous les niveaux, en particulier dans l’entreprise. Le scandale du versement de dividendes, dans cette période, nous dit ce qu’il faut changer dans notre société. Je pense également à la place de l’État, de l’initiative publique : nous avons besoin d’investissements structurants pour l’avenir. Il faut pouvoir donner des perspectives, un espoir, réconcilier le rêve et l’action.

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