Parti socialiste

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Henri Emmanuelli, figure emblématique de la gauche du PS…

Créé par le 23 mar 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin, Parti socialiste

La disparition du député des Landes laisse ses compatriotes orphelins. Président du conseil départemental jusqu’à sa mort, l’ancien premier secrétaire du PS et président de l’Assemblée nationale aura bataillé toute sa vie pour une certaine idée de la gauche dont il voulait défendre les fondamentaux. Dans une posture combative qui pouvait s’accommoder de quelques raccourcis, ce cacique du parti socialiste a maintenu cette ligne du « tenir bon » malgré les vents hostiles. Cet orateur cinglant et offensif n’a pourtant jamais désespéré et sut imposer sa marque au fil des congrès socialistes tout en composant, presque malgré lui, avec cette dérive sociale libérale que visait pourtant son discours critique.

Je fus sans doute le premier étudiant socialiste et militant du CERES à le rencontrer dans la période qui entoura le congrès de Pau de 1975, date à laquelle ce jeune loup, fondé de pouvoir à la banque Rotschild, se tournait vers les Landes à l’invitation de François Mitterrand. Je revois sa silhouette élancée et son sourire avenant envers ses camarades quand, débarqué du train qui le ramenait de Paris pour le congrès fédéral de Morcenx, avec quelques numéros de l’Unité sous le bras, il nous tendait le journal en assortissant son geste de propos pertinents d’un homme très au fait de la vie nationale du parti. C’était ses toutes premières apparitions dans cette fédération des Landes tenue par le formidable Scognamiglio qui travaillait auprès du premier secrétaire fédéral au développement du nouveau parti socialiste. Je fis part à mes amis bordelais du CERES de cette forte personnalité émergente de la « mitterrandie » qui devait s’imposer comme nous en fîmes très vite l’expérience au congrès de Metz qui voyait se renouveler l’alliance CERES-Mitterrand sur une ligne de gauche…

Mon retour dans les Landes, beaucoup plus tard, m’a fait découvrir un autre personnage, plus distant, qui avait l’expérience du gouvernement et dirigeait d’une main de fer, mais avec brio, le département pour lequel il réalisa de grandes et bonnes choses dans un champ très vaste. Les rares rencontres personnelles avec ce mentor d’un socialisme ancré dans la ligne d’Epinay m’ont toujours montré un visage souriant et d’une extrême amabilité, tranchant avec cette dureté d’expression de l’homme de pouvoir. Il savait prendre ce ton et ce visage plein d’empathie envers ceux qu’il considérait de son camp fussent-ils, comme moi, des opposants notoires à ce délitement du PS. Pour autant, j’ai aussi subi ses regards désapprobateurs dans les années de rupture quand nous fondions le mouvement des citoyens après le vote du traité de Maastricht et la première guerre du Golfe. Et surtout lors de la campagne à la présidentielle de 2001 de Jean-Pierre Chevènement auprès duquel il tenta quelques éphémères rapprochements après la campagne du Non au référendum de 2005. Tout a été dit et écrit sur cet épisode qui signa la rupture d’avec une ligne accommodante avec la gestion sociale libérale.

Par delà la candidature de Benoît Hamon qui garde l’empreinte de son mentor, Henri Emmanuelli, malgré toute l’ambivalence de l’héritage rocardien, on peut questionner la réalité du socialisme français et se demander s’il reste en lui encore une place dans la fidélité de ce témoignage d’une vie militante au service du peuple et de l’intérêt général. S’il y avait une référence à ne jamais renier, ce serait sans doute, par delà les hommes susceptibles de l’incarner aujourd’hui,  celle d’un républicanisme solidaire et laïc dans la tradition du socialisme français…

Xavier DUMOULIN

Une enquête du Monde : Hamon est-il compatible avec Mélenchon, Jadot et Macron ?

Créé par le 18 fév 2017 | Dans : Parti socialiste, Projet politique

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Le programme de l’écologiste Yannick Jadot est le plus proche de celui de Benoît Hamon, le vainqueur de la primaire à gauche.

LE MONDE | 29.01.2017 à 23h19 • Mis à jour le 03.02.2017 à 10h53 | Par Agathe Dahyot, Maxime Vaudano et Adrien Sénécat

image: http://s2.lemde.fr/image/2017/01/29/534×0/5071134_6_5ac4_2017-01-29-a91b001-2362-13naapm-48tjdr6bt9_d2351a65f2304a06ba0a9c8dcf854de7.png

Benoît Hamon, vainqueur de la primaire à gauche dimanche 29 janvier face à Manuel Valls, pourrait-il se rapprocher d’autres candidats pour maximiser les chances de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle ?

Comme il l’a annoncé pendant la campagne, le désormais candidat socialiste a tendu la main à Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (la France insoumise) pour tenter de rassembler la gauche. Il partage une grande majorité de ses propositions avec le premier, et quelques orientations avec le second, même si son programme est moins radical.

Une enquête du Monde : Hamon est-il compatible avec Mélenchon, Jadot et Macron ? dans Parti socialisteS’il n’a pas cité le nom d’Emmanuel Macron, certains voudraient également voir Benoît Hamon entamer des discussions avec le leader du mouvement En Marche !, dont le flou du programme empêche pour l’instant de savoir si les deux hommes pourraient trouver des points de convergence.

Voici une comparaison de leurs positions relatives aux principales propositions de Benoît Hamon :

image: http://s1.lemde.fr/image/2017/01/29/534×0/5071136_6_3d80_benoit-hamon-yannick-jadot-jean-luc_7996bbe3b221a213b15f5e68db542c42.pngBenoît Hamon, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, candidats à l'élection présidentielle.

Sur l’économie

Benoît Hamon souhaite une mise en place par étapes d’un revenu de base inconditionnel, qui serait dans un premier temps réservé aux 18-25 ans.

 

Yannick Jadot est depuis longtemps favorable au revenu universel. Il envisage même qu’il soit attribué dès la naissance.

Jean-Luc Mélenchon est contre ce qu’il qualifie de « trappe à pauvreté ». Il y voit une menace pour les salaires, et refuse une « résignation face à l’idée que le travail est uniquement souffrance ».

Emmanuel Macron a plusieurs fois jugé intéressante la piste du revenu universel, avant de l’écarter définitivement en janvier. Le secrétaire général d’En marche ! a rejeté l’idée de « s’installer dans le financement durable d’un chômage de longue durée ».

Benoît Hamon veut fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG en un impôt unique progressif à 10 tranches. Il souhaite aussi fondre l’ISF et la taxe foncière en un impôt unique sur le patrimoine et développer une fiscalité écologique (TVA éco-modulable et taxe carbone).

 

Yannick Jadot souhaite, comme Benoît Hamon, fusionner l’impôt sur le revenu avec la CSG, réformer la fiscalité du patrimoine en tenant compte du patrimoine net et développer la fiscalité écologique.

Jean-Luc Mélenchon est hostile à la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, car il craint que le financement de la Sécurité sociale soit fragilisé par la disparition de la CSG. Il souhaite plutôt rendre l’impôt sur le revenu plus progressif, avec 14 tranches au lieu de 5.

Emmanuel Macron s’est opposé en 2015, alors qu’il était encore au gouvernement, à l’idée de fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG.

 

Yannick Jadot souhaite lui aussi l’abroger (tout en conservant le compte personnel d’activité).

Jean-Luc Mélenchon veut également l’abroger.

Emmanuel Macron veut non seulement conserver la loi travail, mais aller encore plus loin.

Benoît Hamon souhaite prohiber les « rémunérations dépourvues de lien avec l’amélioration des résultats au cours de leur mandat » et mettre fin aux stock options et aux retraites chapeaux « en cas de démission ou de perte de confiance du conseil d’administration ».

Yannick Jadot n’a pas pris position sur la question, à notre connaissance.

Jean-Luc Mélenchon est pour également, mais va beaucoup plus loin que Benoît Hamon : il souhaite limiter les écarts de salaire de 1 à 20 dans l’entreprise et fixer un plafond à 400 000 euros annuels.

Emmanuel Macron a jugé l’idée d’encadrer les salaires « inefficace » lorsqu’il était encore au gouvernement, en mai 2016.

 

Yannick Jadot est également favorable à un renforcement du compte pénibilité.

Jean-Luc Mélenchon veut revenir à la retraite à 60 ans.

Emmanuel Macron est très critique vis-à-vis du compte pénibilité. Il réfléchit à un système de retraite à la carte, modulable selon les parcours, sans plus de précisions.

Benoît Hamon a l’intention d’enfeindre les règles budgétaires du pacte de stabilité européen jusqu’à ce qu’il soit réformé pour pour exclure du calcul du déficit les dépenses de défense et d’investissement.

Yannick Jadot était plutôt favorable au traité budgétaire en 2012, avec des réserves. Il ne s’est pas positionné sur l’évolution des règles budgétaires à notre connaissance.

Jean-Luc Mélenchon souhaite également s’affranchir des règles budgétaires européennes, mais on peut douter qu’il se contenterait d’une réforme incluant les dépenses de défense dans le calcul des déficits, comme le prône Benoît Hamon.

Emmanuel Macron n’est pas favorable à un retour sur la règle des 3 % de déficit, mais souhaite un budget européen pour financer des investissements communs.


Sur l’environnement

Benoît Hamon promet une forte réduction de la dépendance au nucléaire (50 % en 2025, dans la lignée de la loi de transition énergétique de 2015), un effort sur la promotion des énergies renouvelables, une sortie du diesel à l’horizon 2025 et un grand plan pour la rénovation énergétique.

 

Yannick Jadot est sur la même ligne que Benoît Hamon, même s’il affiche des ambitions supérieures : il veut sortir du nucléaire dès 2035.

Jean-Luc Mélenchon propose lui aussi une planification énergétique, avec une sortie du nucléaire et un mix énergétique 100 % renouvelable à l’horizon 2050. Plus radical que Benoît Hamon, il suggère la fermeture immédiate de la centrale de Fessenheim et l’arrêt des projets d’EPR à Flammanville et Hinkley Point. Il est également favorable à la fin du diesel et à un plan de rénovation énergétique.

Emmanuel Macron a une vision très différente : il promeut la compatibilité des énergies renouvelables et d’une énergie nucléaire qu’il présente comme « un choix d’avenir », et défend le diesel.

Benoît Hamon souhaite une TVA éco-modulable et une taxe carbone aux frontières de l’Europe.

Yannick Jadot annonce dans son programme la fin des niches fiscales nuisibles à l’environnement. Il se prononce également depuis longtemps pour une taxe carbone européenne.

Jean-Luc Mélenchon veut une taxe carbone sur les transports de marchandises et une taxe kilométrique sur l’éloignement entre la collecte des déchets et leur traitement.

Emmanuel Macron n’a pas dévoilé sa position sur le sujet.

Benoît Hamon veut l’abandon du projet.

Yannick Jadot est contre la poursuite de tous les « grands projets inutiles », dont l’aéroport nantais.

Jean-Luc Mélenchon est contre.

Emmanuel Macron souhaite poursuivre le chantier, au nom du respect du référendum.


Sur les institutions

Benoît Hamon veut limiter aux seuls projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale cette procédure qui permet au gouvernement de passer en force au Parlement.

 

Yannick Jadot n’a pas pris position sur la question, à notre connaissance.

Jean-Luc Mélenchon, hostile au « coup de force » permis par le 49.3, souhaite changer la Constitution.

Emmanuel Macron ne s’est pas exprimé sur le sujet (même si le 49.3 a permis l’adoption de sa loi sur la croissance en 2015).

 

Yannick Jadot ne s’est pas positionné sur le sujet à notre connaissance, même si les écologistes y sont historiquement favorables.

Jean-Luc Mélenchon y est favorable.

Emmanuel Macron ne s’est pas positionné sur le sujet à notre connaissance.

 

Yannick Jadot est pour.

Jean-Luc Mélenchon est pour.

Emmanuel Macron semble être hostile au fait de l’inclure dans un programme sans garantie de pouvoir y parvenir, puisqu’il a raillé la promesse non tenue de François Hollande sur le sujet.

Benoît Hamon souhaite limiter le cumul à trois mandats identiques consécutifs.

 

Yannick Jadot n’a pas évoqué publiquement cette question à notre connaissance.

Jean-Luc Mélenchon est pour également.

Emmanuel Macron est pour.

Pour rendre l’Assemblée nationale plus représentative, Benoît Hamon souhaite qu’une partie d’entre eux soit élus selon les résultats nationaux de leur parti, plutôt qu’au scrutin uninominal à deux tours actuellement en place.

 

Yannick Jadot veut aller plus loin et propose d’élire tous les députés à la proportionnelle.

Jean-Luc Mélenchon souhaite « élire l’Assemblée nationale à la proportionnelle » (ce qui suggère qu’il est favorable à la proportionnelle intégrale).

Emmanuel Macron est favorable à une « introduction » de la proportionnelle à l’Assemblée.

Yannick Jadot n’a pas repris cette proposition de Cécile Duflot pendant la primaire écologiste.

Jean-Luc Mélenchon n’a pas pris position sur le sujet, à notre connaissance, bien qu’il réclame dans son programme l’abolition de la « monarchie présidentielle ».

Emmanuel Macron n’a pas pris position sur le sujet, à notre connaissance.


Sur les questions de société

 

Yannick Jadot s’est prononcé pour l’euthanasie.

Jean-Luc Mélenchon s’est prononcé pour la légalisation du suicide assisté.

Emmanuel Macron ne s’est pas positionné publiquement sur le sujet, à notre connaissance.

Benoît Hamon souhaite renforcer la loi Sapin II en supprimant le « parcours par étapes » que doit suivre un lanceur d’alerte au sein de son institution.

Yannick Jadot y est favorable.

Jean-Luc Mélenchon est très engagé sur le sujet. Il souhaite même naturaliser français Edouard Snowden et Julian Assange.

Emmanuel Macron ne s’est pas positionné publiquement sur le sujet, à notre connaissance.

L’aide médicale à la procréation est aujourd’hui réservée aux couples hétérosexuels.

Yannick Jadot est pour.

Jean-Luc Mélenchon est pour.

Emmanuel Macron ne s’est pas positionné publiquement sur le sujet, à notre connaissance.

  • La gestation pour autrui :

Comme Benoît Hamon, MM. Jadot, Mélenchon et Macron sont opposés à la légalisation de la GPA.

 

Yannick Jadot le propose.

Jean-Luc Mélenchon le propose.

Emmanuel Macron est favorable à une simple dépénalisation pour la détention en petite quantité, mais pas à une légalisation.

Benoît Hamon souhaite les autoriser à travailler après trois mois sur le territoire et faciliter l’apprentissage du français.

 

Yannick Jadot tient un discours d’ouverture sur l’accueil des demandeurs d’asile, sans avoir pour l’instant dévoilé de propositions concrètes.

Jean-Luc Mélenchon a durci son discours ambigu sur l’immigration depuis l’été 2016, s’attirant les foudres de Benoît Hamon, qui a jugé sa position « grave ».

Emmanuel Macron est favorable à une politique d’accueil généreuse. Il a salué la position d’Angela Merkel en Allemagne et a jugé que c’était un « devoir » pour la France.


Sur la sécurité

Benoît Hamon souhaite remplacer tous les départs à la retraite et créer 1 000 postes par an.

 

Yannick Jadot ne s’est pas positionné publiquement sur le sujet à notre connaissance.

Jean-Luc Mélenchon veut 10 000 recrutements.

Emmanuel Macron veut 10 000 recrutements en trois ans.


Sur l’Europe

Le CETA, approuvé par les chefs de gouvernement européens à l’automne 2016, doit être ratifié par le Parlement européen (en février 2017) et par les parlements nationaux des Vingt-Huit Etats-membres européens (dans les prochains mois et les prochaines années).

Yannick Jadot est contre le CETA.

Jean-Luc Mélenchon est contre le CETA.

Emmanuel Macron est favorable au CETA, et a critiqué la tentative de veto de la Wallonie.


Sur la politique internationale

Benoît Hamon veut proposer la reconnaissance de la Palestine par le gouvernement français.

Yannick Jadot est pour.

Jean-Luc Mélenchon est pour.

Emmanuel Macron refuse toute reconnaissance de la Palestine avant la conclusion d’un accord de paix.

Benoît Hamon souhaite que la France reste dans le commandement intégré de l’alliance atlantique.

Yannick Jadot n’a pas proposé d’en sortir, à notre connaissance.

Jean-Luc Mélenchon veut sortir de l’OTAN.

Emmanuel Macron n’a pas proposé d’en sortir, à notre connaissance.

Correction : Jean-Luc Mélenchon est favorable au non-cumul des mandats dans le temps. Une version précédente de cet article indiquait qu’il n’avait pas pris position à ce sujet.

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Entretien de Jean-Pierre Chevènement accordé à Nice-matin, vendredi 5 juin 2015

Créé par le 06 juin 2015 | Dans : Blog du Che, Non classé, Parti socialiste, Pour une autre Europe

Propos recueillis par Thierry Prudhon


"Le PS ne peut plus se dire socialiste"
Nice-matin : Quel regard portez-vous sur la gauche française aujourd’’hui ?   Jean-Pierre Chevènement : Elle est aujourd’’hui clairement en fin de cycle. Depuis le référendum de 1992 sur le traité de Maastricht et en fait depuis 1983, le Parti socialiste refondé à Epinay en 1971 ne peut plus se dire socialiste, ce que Manuel Valls a d’’ailleurs entériné quand il a proposé que le Parti socialiste change de nom. Le PS bénéficie d’’une rente de situation institutionnelle : il revient aux affaires quand le rejet de la droite est trop fort, en 2012 par exemple. A défaut de projet social, il propose des réformes sociétales. Depuis 1984, le Front National file sa pelote. Jean-Luc Mélenchon, malgré ses qualités de tribun, a échoué à faire surgir un « Syriza » à la française. Nous allons donc entrer dans une zone de tempêtes politiques. Le monde a profondément changé. Et la gauche française n’a pas su renouveler son offre.  
Pensez-vous que les Frondeurs puissent faire imploser le PS ?   Les Frondeurs n’ont pas su élaborer un logiciel qui les distingue vraiment de la majorité du PS, notamment sur l’’Europe.  
Globalement, comment jugez-vous les trois premières années du quinquennat de François Hollande ?   François Hollande a hérité d’’un pays à la compétitivité très dégradée. Avec le rapport Gallois fin 2013, il a su formuler le bon diagnostic. Mais les mesures prises pour la reconquête de la compétitivité de l’’économie française sont insuffisamment ciblées sur l’industrie. De bonnes mesures sont intervenues récemment, comme l’’amortissement dégressif des investissements qui peuvent aider nos entreprises à se moderniser. En matière de technologies numériques, nos entreprises sont très en retard sur leurs concurrentes allemandes et italiennes. Emmanuel Macron a formulé un plan intéressant concernant « l’’usine du futur ». Mais notre solde commercial manufacturier, la vraie mesure de la compétitivité française, s’’est encore dégradé en 2014. L’’appareil productif français s’’est élimé. Depuis 2009, 1200 usines ont été fermées, 600 à peine ouvertes. La petite reprise actuelle se traduit par un gonflement des importations et une nouvelle dégradation du solde commercial. Il faut des mesures plus énergiques : par exemple exiger de Bruxelles que le « Crédit d’’impôt compétitivité emploi » (40 milliards d’euros) soit réservé aux entreprises industrielles et ne bénéficie pas aux banques et aux grandes surfaces qui n’’exportent pas. Les exportations, ce sont des biens industriels exclusivement. Par mollesse et par idéologie, nous acceptons la voie sans issue de la « dévaluation interne ».  
 

 

Comment espérer vraiment sortir de la spirale du chômage ?   En réindustrialisant le pays à partir de technologies d’’avenir et en favorisant réellement les PMI. Ma conviction est qu’’on devra procéder à un réaménagement d’’ensemble du système monétaire européen. L’’hétérogénéité de la zone euro condamne à terme la monnaie unique. Il faut lui substituer une monnaie commune et redonner de la flexibilité à ce système si on ne veut pas enfermer l’’Europe dans une stagnation de longue durée.   Encore faudrait-il qu’’il en ait la volonté.  
Il faut, avez-vous écrit, repenser l’Europe vers plus de démocratie. De quelle manière ?   Oui, il est temps de redresser l’’Europe en s’appuyant sur la démocratie. Celle-ci vit dans les nations, là où on s’’entend ! Il faut donc trouver un compromis entre le legs communautaire (le marché unique) et la méthode confédérale chère au général de Gaulle. Il faut construire une « Europe européenne » qui puisse se faire entendre entre les USA et la Chine. Une Europe centrée sur l’essentiel (l’’économie, l’’emploi, la politique extérieure) et bien sûr à géométrie variable, avec les nations volontaires.  
Face à la menace terroriste, quelles sont les mesures que le ministre de l’Intérieur que vous avez été aurait prises ?   Le ministre de l’’Intérieur actuel a fait ce qu’il fallait dans son domaine. Mais il faut mettre de la cohérence dans toute notre politique : aimer et faire aimer la France si on veut que les jeunes issus de l’immigration aient vraiment envie de s’’y intégrer. Faire respecter par tous la loi républicaine et son esprit. Mettre fin aux incohérences de notre politique étrangère : on ne peut pas prétendre combattre à la fois Daesch et Bachar el Assad en Syrie : entre deux maux, il faut choisir le moindre. En Irak, on a abattu Saddam Hussein : c’’était un dictateur certes, mais laïc et moderniste. L’’Irak actuel est dominé par les Chiites qui n’’ont pas su faire leur place aux Sunnites, ainsi jetés dans les bras de Daesch. Il faut un Irak fédéral si on veut couper Daesch des populations de l’’Ouest irakien. Il n’’était pas intelligent de plonger la Libye dans le chaos, pour récolter le terrorisme djihadiste au Mali et dans le Sahel et il est paradoxal de le combattre tout en faisant « ami-ami » avec ceux qui le financent. Là encore, il faut mettre de la clarté. Il faut rompre avec ce qu’Hubert Védrine a appelé l’’Irreal-politik. Comme disait Jaurès : « Si on veut aller à l’’idéal, il faut commencer par comprendre le réel ».  
Le modèle d’’intégration à la française est-il en panne ?   J’ai déjà largement répondu. Ni discrimination ni passe-droit : la loi républicaine pour tous, dans sa lettre et son esprit. L’intégration, ce n’est pas la négation des différences, c’’est leur acceptation mais sous le toit des valeurs républicaines communes : la République laïque valorise ce que nous avons de commun (la raison, l’’amour de la République et de la France) mais pas ce qui nous différencie (la religion par exemple, du ressort de choix privés). Pour ma part, ayant confiance dans l’’avenir de la France, je crois en sa capacité d’’intégration. Il faut surmonter la rancoeœur des uns et le rejet des autres. Il n’’y a que la République, la vraie, avec son bonnet phrygien, symbole d’’affranchissement, qui puisse le faire.  
Si c’’était à refaire, vous seriez encore candidat à la présidentielle de 2002 (5,33 % des voix) ?   Bien entendu. J’’ai ouvert un chemin : celui d’’un pôle républicain de salut public. Les propositions que j’ai faites gardent toutes leur pertinence. Plutôt que de s’’interroger sur sa ligne politique et sur les erreurs de sa campagne, le Parti Socialiste a voulu faire de Jean- Pierre Chevènement le bouc émissaire de sa défaite. Il va retrouver le même problème en 2017, aggravé par sa cécité : Le Pen était à 17 % en 2002, sa fille est aujourd’’hui à 25 %. Il serait temps de s’interroger sur la politique qui a mis le FN à cet étiage !

D’abord l’emploi…

Créé par le 02 juil 2013 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin, Parti socialiste

Nos amis socialistes landais organisaient hier soir à Tartas les ateliers du changement. L’orateur, Jean-Marc Germain, secrétaire national du PS à l’emploi et député, a présenté la politique de l’emploi, notamment les nouveaux contrats (emploi-avenir et de génération) et les enjeux autour de la loi dite de sécurisation de l’emploi.

Plutôt convainquant sur le volontarisme gouvernemental dans la promotion des mesures pour l’emploi, le secrétaire national s’est efforcé de dissiper les critiques du contenu de cette loi qui a donné lieu, ces derniers mois, à ces débat très vifs, autour de l’ANI initialement, puis de « l’enrichissement » législatif de l’accord. L’accueil réservé à  cette loi reste encore largement mitigé à gauche en dépit des éléments d’argumentaires positifs présentés par nos parlementaires PS et MRC du groupe socialiste, républicain et citoyen à l’assemblée et des sénateurs de la majorité présidentielle. Ceux-ci mettent en perspective des avancées sur le plan de la lutte contre la précarité de l’emploi, l’accès à la formation professionnelle, l’encouragement à la négociation préalable aux licenciements économiques et à la mise en oeuvre des mesures permettant d’éviter les suppressions d’emploi…

On peut bien accepter, dans le rapport des forces actuel et en raison de la situation concrète d’un grand nombre de salariés, cette vision positive d’un texte entaché cependant d’un vice de conception originel (refus de l’ANI par deux importants syndicats de salariés). A condition néanmoins de prendre toute la mesure de la situation. Le déplacement du rapport de forces au profit de « l’entreprise » n’est pas nouveau depuis l’émergence des accords dits de flexibilité des années 80, rendus possibles – disons le pour être honnête - par les lois Auroux , puis le développement considérable d’accords d’entreprises dérogatoires au code du travail, ces dernières temps, qui ont entamé la protection des travailleurs par «  l’ordre public social », inversant de facto la hiérarchie des normes, sous l’effet de la prédominance patronale dans un  rapport social tout à l’ avantage des employeurs.(1)

Dans ce contexte il convient de ne pas en rester là et  de lier plus que jamais les questions d’emploi et de croissance avec celles de l’Europe. L’euro fort condamne notre industrie et pénalise nos exportations au moment où  nos entreprises ont besoin de regagner des parts de marché. Les nouveaux instruments mis en place par le gouvernement Ayrault : pacte pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, contrats d’avenir et de génération et la loi de sécurisation de l’emploi ne pourront produire d’effets de levier qu’à la double condition de s’accompagner d’un contrôle exigeant sur leur mise en oeuvre et d’une inflexion forte de notre politique à l’échelle de l’Europe.

Sortir de l’euro cher et refuser la logique d’austérité imposée par la finance restent bien les deux tâches les plus urgentes du moment!

Xavier Dumoulin

(1) sur le mouvement de flexibilisation lire les très riches développements d’Alain Supiot, membre de l’Institut, dans son ouvrage « Critique du droit du travail »-PUF-éditions Quadrige-juin 2011 ( les pages 170-177 sur l’entreprise source de droit).

Assemblée citoyenne à l’initiative de la Fédération des Landes et Pyrénées Atlantiques du MRC : Le PG- le PC- le PRG- le PS- le MRC et l’AGAUREPS-Prométhée réunis, débattent, sur le fond, des politiques pour la croissance et le redressement productif

Créé par le 12 jan 2013 | Dans : a-Fédérations MRC d'Aquitaine, AGAUREPS-Prométhée, Front de gauche, Gauche anti-libérale, MRC-PS, Parti socialiste

Assemblée citoyenne à l'initiative de la Fédération des Landes et Pyrénées Atlantiques du MRC : Le PG- le PC- le PRG- le PS- le MRC et l'AGAUREPS-Prométhée réunis, débattent, sur le fond, des politiques pour la croissance et le redressement productif dans a-Fédérations MRC d'Aquitaine assemblee-citoyenne-a-mont-de-marsan-300x225tribune-assemblee-citoyenne-300x225 dans AGAUREPS-Prométhée De gauche à droite sur les 1° et 2° diapositives, Josette Robert, secrétaire nationale du MRC, Florence Delaunay, députée des Landes (PS), Xavier Dumoulin, premier secrétaire MRC Aquitaine et Bruno Moschetto, Maître de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales(HEC) et à l’Université de Paris 1, par ailleurs secrétaire national du MRC aux questions économiquesvue-de-lassemblee-cotoyenne-300x225 dans Front de gauche vuesvue-de-lassemblee-citoyenne-montoise-300x225 dans Gauche anti-libérale de l’assembléeseance-dedicace-bruno-maschetto-300x225 dans MRC-PSséance dédicace du livre de B.Maschetto « Tout savoir – ou presque – sur la face cachée de l’Euro », préface de Jean-Pierre Chevènement

 

Lire l’intervention de Bruno Moschetto lors de l’assemblée citoyenne montoise

DU MYTHE DE LA COMPETITIVITE A LA SORTIE DE L’EURO DANS L’EURO

Tel pourrait être – mes chers camarades – mes chers compagnons – le fil d’Ariane  des réflexions que je souhaiterais développer devant vous. Tout d’abord celles-ci passent par une analyse de la réelle compétitivité à l’irréelle croissance.
Premier point de mon intervention.

DU  MYTHE DE LA COMPETITIVITE

Dans notre environnement européen contemporain  le concept de compétitivité n’est-il pas fondamentalement paradoxal ? La compétitivité qu’est-ce-à dire ? S’agit-il  des ou de la compétitivité ?

Les compétitivités peuvent être sectorielles. Ainsi elles peuvent concerner le secteur agricole, le secteur  automobile, le secteur aéronautique, le secteur hôtelier, le secteur financier. Issues de la productivité c’est-à-dire du rapport entre la production et les moyens mis en œuvre pour l’obtenir, les compétitivités  se mesurent en prix, c’est-à-dire de nos jours en monnaie. Ce grand commensurable selon la formule d’Aristote dans l’Ethique à Nicomaque. Dans un pays déterminé, les taux de compétitivité sectorielles peuvent se compenser et permettre dans les échanges internationaux de bénéficier d’avantages dits comparatifs en fait  compétitifs. Où chacun s’enrichit de ses mutuelles différences. Le fait par exemple que la première de nos grandes  écoles de commerce  caracole en tête depuis plus d’une décennie dans le classement du Financial Times des business schools européennes est un témoignage éclatant d’une compétitivité sectorielle.

Mais la somme des  compétitivités forme un bloc de compétence et elle devient par là globale. Celle là tient compte du prix des produits marchands que ce soient des actifs corporels ou non corporels,  c’est-à-dire le prix des biens et des  services qui dans le combat économique extérieur se réduit au solde de la balance des transactions courantes, alors que seul le déficit de la balance commerciale stigmatise, à tort, les faiblesses compétitives d’une nation.

Mais dans la compétitivité globale,  il y  a aussi celle issue des produits marchands et celle issue des produits non marchands  tels que la protection sociale, les services publics, et plus généralement l’art de vivre. Tout ceci résulte d’un choix démocratique et culturel exercé par chacune des nations. Ainsi, nous déroulons effectivement un tapis rouge à nos amis anglais lorsqu’ils viennent se faire opérer dans les 18 jours de leur arrivée  alors qu’il leur aurait fallu attendre 18 mois dans leur pays avec le risque de passer de vie à trépas !

De nos jours, l’accent est mis dans le couple franco-allemand, sur la seule compétitivité des produits  marchands et qui se traduit par un insolent excédent de la balance commerciale   pour l’Allemagne (150 MD€) et d’un déficit récurrent  pour la France (75 MD€ )La France est ainsi  réputée être à la traine de l’Allemagne . Mais à la réflexion, l’Allemagne ne tire-t-elle pas par cette soi- disant réussite l’ensemble de ses partenaires de l’Europe, dont la France, vers le bas ?
C’est le rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les tendances mondiales de l’emploi en Europe dont les conclusions sont reprises par le Monde du 25 Janvier 2012 – Article qui s’intitule - : « la crise de la zone euro : la faute à Berlin » et qui pose cette impertinente question.

Pour l’OIT les bas salaires outre -Rhin sont une raison majeure de la crise en zone euro « la baisse relative du coût du travail allemand depuis une décennie a mis sous pression la croissance de ses concurrents avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques. En se convertissant à la rigueur dès le milieu des années 90, l’Allemagne a créé au niveau européen les conditions d’un marasme économique prolongé, poursuit le rapport de l’institution onusienne. L’OIT épingle au passage les réformes Schröder qui ont eu  pour effet de réduire les revenus du bas de l’échelle notamment dans les services. Je rappellerai simplement que l’heure de baby sitting se rémunère en Allemagne 4€ contre 8 € en France. Tout ceci correspond à ce que l’on appelle la dévaluation interne qui se fait au détriment du monde du travail.

Nul doute qu’il faut pour l’Europe,  tout sauf de l’austérité, ( Bruno Moschetto –La Tribune – 20 mars 2010)  puisque dans l’équilibre économique ,  les dépenses des uns sont les revenus des autres. La cure de 30 MD€ annoncée par François Hollande  dimanche 9 septembre 2012,  équivaut à 1 ½% de la production intérieure brute (PIB)  et  se traduira immanquablement  par une contraction  mécanique de l’activité,  c’est-à-dire de  la croissance tant désirée et qui le sera encore plus. D’ailleurs Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Economie,  estime que l’Europe court à sa perte en persistant à mener des politiques d’austérité défendues principalement par l’Allemagne, dans une déclaration télévisée faite  le même dimanche, et  rapportée par le Monde du 11 septembre 2012.

Sans compter qu’à l’instar de la Chine –atelier du monde – l’Allemagne est devenue celui de l’Europe :   puisqu’elle achète des produits à bas coût dans son hinterland : les pays de l’Europe de l’Est , les assemble et les vend aux pays de l’Europe de l’Ouest – essentiellement ceux de la zone euro à pouvoir d’achat plus élevé  et où,  selon la formule de Jacques Sapir, les produits made by Germany remplacent ceux made in Germany.

Ces effets déflationnistes  dévastateurs entrainent  dans l’opinion et les médias  la création  d’une chaine de contrevérités . Celle –ci part du constat de l’analyse de la balance commerciale où il apparaît que les pays vertueux se situent au Nord et par là les non vertueux se situent au Sud ; d’où ceux du Sud doivent s’aligner sur ceux du Nord. Il s’agit là d’un véritable contresens .  Celui-ci est dénoncé par la parabole du jeu de billes de Jacques Rueff aux termes de laquelle les gagnants de billes (de devises)  équivalent billes en matière d’échange internationaux doivent les prêter aux perdants de billes (de devises)sinon il n’y a tout simplement plus de jeu de billes ni de jeu commercialinternational.

Ce contresens est poussé à son paroxysme par le slogan selon lequel l’Allemagne ne veut pas payer pour les pays du Club Med d’ailleurs, il ne s’agit pas de payer mais de prêter. Et s’il n’y a plus de Club Med parce que ces pays  ne disposeraient plus de devises i.e. de billes pour acheter,  il n’y aurait plus d’Allemagne qui, assise sur son tas de billes i.e.  devises  ne pourrait plus vendre ses produits.. Dans le même esprit on peut prétendre  que le Club Med dont la Grèce  a réellement payé pour l’Allemagne du fait de la surévaluation de sa monnaie – l’euro ! Alors comment en sortir ?

D’où les esquisses de solutions. Un autre prix Nobel d’Economie , Paul Krugman dans son dernier livre paru  le 5 septembre 2012, intitulé « Sortez-nous de cette crise ;maintenant »  en évoque trois possibles.   La première l’inflation sur les prix des flux. C’est-à-dire celle qui résulte d’un déséquilibre persistant entre l’offre de produits et la demande de produits sur l’ensemble des marchés de biens et de services.  

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