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« Il faut rénover notre pensée »

Créé par le 14 juil 2007 | Dans : Parti socialiste

Propos recueillis par Philippe Martinat

FRANÇOIS HOLLANDE, patron du PS , dans son entretien au Parisien

Nicolas Sarkozy souhaite pouvoir s’adresser directement aux parlementaires. Selon vous, change-t-on de régime ?

François Hollande. L’intention de Nicolas Sarkozy, c’est de présidentialiser la République.Nous sommes, nous, favorables à l’équilibre des pouvoirs. Face à un président qui doit, bien sûr, présider, il faut un Parlement qui vote la loi et contrôle l’exécutif. Or, Nicolas Sarkozy, dans son discours d’Epinal, a ouvert un débat sur de nombreuses questions institutionnelles. Mais la seule mesure précise qu’il a annoncée le concernait personnellement : celle de pouvoir s’adresser directement au Parlement. Il a ainsi révélé le but ultime de sa réforme.

Nicolas Sarkozy propose pourtant de renforcer les pouvoirs de contrôle du Parlement…

Tout ce qui viserait à supprimer les procédures contraignantes qui pèsent sur l’Assemblée (article 49-3, vote bloqué, droit d’amendement), à réformer le mode de scrutin (une part de proportionnelle pour l’Assemblée et un changement profond du mode de désignation des sénateurs) irait dans le même sens que nos propositions. En revanche, tout ce qui accentuerait le pouvoir présidentiel – déjà élargi par la pratique de la Ve République – serait contraire à l’idée d’équilibre et de responsabilité.

Le PS ira-t-il jusqu’à bloquer la réforme si elle ne lui convient pas ?

Nous avons la clé de la réforme si elle n’est pas soumise à référendum puisqu’il faut une majorité des trois cinquièmes au Congrès pour adopter un projet de loi constitutionnel. Nous sommes donc devant une épreuve de vérité : si le texte contribue au renforcement des pouvoirs du Parlement, alors un consensus est possible et nous participerons autant qu’il sera possible au débat. Dans le cas contraire, une occasion de réforme utile à notre pays aura été manquée.

« On ne peut pas être de gauche et ministre d’un gouvernement menant une politique de droite »

Pourquoi, dans ces conditions, menacer Jack Lang de sanctions s’il accepte la proposition de Nicolas Sarkozy d’entrer dans une commission parlementaire, droite et gauche réunies, chargée de réfléchir à une modernisation des institutions ?

Nous avons posé une règle de bon sens : celle ou celui qui accepterait – nommé par le président -, d’aller dans une telle commission n’engagerait que lui-même. Et dans le cas d’un dirigeant du PS, il serait, durant le temps de cette mission, libéré de sa responsabilité. Peut-on faire moins ? Doit-on faire plus ? Il s’agit là ni d’une sanction ni d’une pression, simplement d’une exigence de clarté.

Pourquoi cette sévérité envers le seul Lang ?

La tactique de Nicolas Sarkozy consiste, au nom de « l’ouverture », à créer de la confusion pour déstabiliser les formations politiques d’opposition. Car il craint l’échéance des prochaines élections municipales de mars 2008. Quand il a appelé des personnalités socialistes à entrer au gouvernement, celles-ci, en y consentant, se sont immédiatement placées en dehors du PS : on ne peut pas être de gauche et ministre d’un gouvernement menant une politique de droite. En revanche, pour Lang, s’il acceptait de figurer dans la commission, il s’agirait là d’un congé de direction du PS le temps de sa mission.

Et Dominique Strauss-Kahn soutenu par la France pour diriger demain le FMI ?

Cette idée, qui est d’ailleurs venue de chefs d’Etat européens, a reçu notre plein soutien.

« Au PS, nous avons travaillé, mais pas au rythme et avec les formes qui convenaient »

Le PS n’est-il pas très déstabilisé par les initiatives de Sarkozy ?

Le PS, ce sont plus de deux cents députés, une centaine de sénateurs, la présidence de vingt régions sur vingt-deux, la moitié des départements, 17 millions d’électeurs sur le nom de Ségolène Royal. C’est la seule force d’alternance. Que des personnalités veuillent pour un temps s’éloigner de la vie partisane quotidienne, c’est normal. Que d’autres aspirent à une fonction internationale, c’est une chance si elles peuvent y accéder. Ce qui est inacceptable, c’est que des responsables politiques qui avaient pu faire la campagne de Ségolène Royal puissent se retrouver dans un gouvernement Sarkozy. Mais le PS n’est en aucune façon déstabilisé. Il doit savoir résister et aux manoeuvres de Sarkozy et à la déferlante médiatique qu’elles suscitent. Et il doit mener un travail utile d’opposition en sachant que la réalité finit toujours par triompher de l’habileté.

Vous, personnellement, comment comptez-vous réagir ?

Ma tâche consiste à prendre acte de notre défaite et de lancer immédiatement un processus de rénovation, de refondation et de propositions. Notre objectif : que le PS défende les Français et prépare l’avenir. J’ai confiance car j’ai de la mémoire. Je me souviens de ce qu’on disait il y a plus de trente ans lorsque Giscard, en 1974, avait battu Mitterrand : il pratiquait déjà l’ouverture, nommait des ministres issus de la gauche et faisait des réformes courageuses, telles l’IVG et la majorité à 18 ans, et on disait qu’il était là pour quatorze ans au moins. On connaît la suite. Je me souviens aussi de la brutale défaite de 1993. Certains souhaitaient déjà un « big bang ». Et nous sommes revenus quatre ans plus tard avec Lionel Jospin. Je me souviens, bien sûr, de 2002. Là encore nous, avons pu surmonter l’épreuve. Cette fois, nous pouvons le faire d’autant mieux que nous avons un socle de 17 millions de voix et plus de 200 députés. Il faut donc garder notre sang-froid, mais sans faire comme si rien ne s’était passé. Il faut changer ce qui doit l’être, rénover notre pensée, renouveler les générations.

Vous reconnaissez qu’il y a eu une défaite ?

Pas une, mais deux ! Il faut regarder ce qui n’a pas été convaincant dans notre projet, ce qui peut être changé en termes de calendrier et de mode de rassemblement de toute la gauche. Je propose qu’avant les municipales, dès la rentrée, nous mettions toutes les idées sur la table. Pour montrer que les socialistes affrontent le réel et apportent des réponses neuves et les adhérents du PS trancheront lors de notre congrès entre les options qui auront été ouvertes. J’ai reçu mandat pour conduire les socialistes jusque-là. Et j’exercerai pleinement la légitimité que j’ai reçue des adhérents du PS.

On vous reproche, depuis 2002, de ne pas avoir « travaillé »…

Nous avons travaillé, mais pas au rythme et avec les formes qui convenaient. Au congrès de Dijon, c’est la ligne réformiste qui l’a emporté sur ceux qui nous disaient qu’il fallait aller encore plus à gauche. Sur le oui ou le non au traité européen, nous avons eu un débat qui nous a pris trop de temps, et surtout qui nous a divisés. Sans doute avons-nous désigné trop tard notre candidate. Je crois surtout que nous n’avons pas appréhendé suffisamment ce qu’étaient les attentes de la société, et pas assez donné une logique d’ensemble à nos propositions. Nous avons manqué de cohérence.

Un autre candidat du PS aurait-il pu gagner ?

Il y a une responsabilité d’ensemble qui tient, j’insiste, à un défaut de solidarité et de clarté.

« Je suis pour que Ségolène Royal se sente pleinement à l’aise dans son parti »

Lorsque vous avez parlé de fiscalité, n’avez-vous pas vous-même introduit de la confusion dans la campagne de Ségolène Royal ?

Nous n’avons pas mené suffisamment le débat fiscal avec la droite. La stratégie de Sarkozy, c’est essentiellement un programme fiscal pour les plus favorisés. L’Assemblée nationale ne vient-elle pas de voter 13 milliards d’euros de cadeaux fiscaux ? Nous aurions pu aussi présenter plus précisément – et je ne dis pas que ma formule était bonne – nos propositions fiscales. De manière à démontrer que les socialistes veulent mettre la fiscalité au service de la croissance et de la justice. Nous préférons, nous, baisser la taxe d’habitation plutôt que l’ISF. Dans une campagne, les questions économiques, sociales et fiscales constituent le thème majeur de la confrontation démocratique avec la droite.

Ce qui s’est passé dans votre couple a-t-il joué un rôle négatif ?

Non. Nous avons toujours séparé vie personnelle et vie politique.

Certains vous reprochent d’avoir cru que l’alternance serait quasi automatique…

Nous avons sans doute pensé que l’échec de la droite pendant les cinq années de présidence pleine de Chirac, de 2002 à 2007, conduisait nécessairement au succès de la gauche. Et beaucoup avaient imaginé que le rejet et la peur qu’inspirait Nicolas Sarkozy pouvaient suffire à mobiliser un électorat, au-delà même des propositions qu’on lui adressait. En réalité, une élection se gagne sur un projet et sur une dynamique. Pas seulement sur un coup d’arrêt ou sur une sanction. Cette leçon-là vaut pour l’avenir.

Aujourd’hui, êtes-vous un allié ou un concurrent de Ségolène Royal ?

Je suis pour que Ségolène Royal se sente pleinement à l’aise dans son parti. Il ne faut surtout pas qu’il puisse y avoir chez elle ou d’autres la tentation de se placer en lisière. Le PS doit être le lieu du débat, et le seul. Cela suppose le respect des personnes, le respect de la démocratie, le respect des règles, le respect du PS. C’est ainsi que la rénovation, pour moi, doit commencer.

Le Parisien commente la situation au PS après l’entretien avec Hollande

Créé par le 14 juil 2007 | Dans : Parti socialiste

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Un sondage de l’institut CSA pour notre journal révèle que la grande majorité des Français comprend ceux qui au PS, tel Jack Lang, acceptent les ouvertures et propositions de travail de Nicolas Sarkozy. La polémique fait rage.

Pour le PS, un sondage en forme d’avertissement. Interrogés par l’institut CSA, 69 % des Français (dont 74 % des moins de 30 ans et 65 % des sympathisants du PS) jugent que les ténors socialistes « ont raison », quand Nicolas Sarkozy le leur propose, d’accepter de travailler dans des « commissions » avec leurs collègues de droite. Par exemple, sur la modernisation des institutions de la Ve République, comme prévoit de le faire Jack Lang.Or, le PS, aujourd’hui carrément affolé par la réussite de ce qu’il tient pour de vulgaires « opérations de débauchage », s’est résolu, à l’initiative de François Hollande, à resserrer les boulons.De Kouchner, bombardé ministre des Affaires étrangères, au mitterrandiste Hubert Védrine, qui a accepté de « plancher » sur la mondialisation, en passant par Dominique Strauss- Kahn, que Sarkozy rêve de voir s’installer demain à la présidence du FMI, le nombre des « convertis » croît de semaine en semaine.Des hommes bluffés par le « style Sarkozy » et les égards qu’on leur porte. Ou bien convaincus que l’intéressé est à l’Elysée pour un bail.Longtemps, le PS, embarrassé, n’a pas su trop quoi dire. Mais le « cas Lang », c’est trop.Au risque de ne pas être compris des Français, Hollande tape donc du poing sur la table.Mais comme il sait que cela ne suffit pas et qu’il observe le tir de barrage dirigé contre lui, il choisit, en même temps, de contre-attaquer.

1. Il fait amende honorable. Si le PS a perdu, c’est qu’il n’a pas été assez cohérent, assez à l’écoute, assez collectif. Et ces reproches-là, il se les adresse à lui-même. Les socialistes, admet-il, ont été bien naïfs en croyant qu’il leur suffirait de « surfer » sur le rejet de Chirac et la « peur » de Sarkozy.

2. Il récuse l’idée que les tensions dans son couple aient pu compromettre la victoire de la gauche. Cela étant, maintenant que la rupture est officialisée, il indique fermement à son ex-compagne qu’elle doit jouer collectif, et surtout ne plus se tenir « en lisière » du parti. Le débat est grand ouvert, mais c’est au PS, et pas ailleurs, que tout se situe.

3. Lui-même ne joue pas battu. Oui, il faut une « rénovation », et même une « refondation ». Mais pourquoi ne la porterait-il pas ? Au PS, ça tangue.

Lang appelle à une « démission collective » de la direction du PS, qui dénonce un geste « isolé »

Créé par le 12 juil 2007 | Dans : Parti socialiste

Par Elahe MEREL AFP –

PARIS (AFP) – Jack Lang, qui jeudi soir réservait encore sa réponse à l’offre de Nicolas Sarkozy de participer à une commission, a lancé un nouveau pavé dans la mare en réclamant la démission « collective » de la direction du PS, qui parle du geste d’un homme « isolé ».

L’ancien ministre avait claqué mercredi la porte des instances dirigeantes de son parti, qui lui avait enjoint de les quitter s’il participait à une commission de réforme de la Constitution mise en place par Nicolas Sarkozy.

Dénonçant une « crise très grave » au PS, l’ancien ministre a appelé à une « démission collective » et à un retour « devant les militants » pour qu’ils tranchent. Il avait toutefois donné son aval à la tenue du Congrès en 2008, soit après les municipales.

Réitérant jeudi soir son offre de participer à la commission de réforme des institutions, le président Sarkozy a pris soin de rendre un « hommage » très appuyé à Jack Lang, lui témoignant « respect et estime », « à un moment où sa famille politique ne lui témoigne ni l’un ni l’autre ».

Le député du Pas-de-Calais a affirmé qu’il donnerait sa réponse au président dans les prochains jours.

Aux yeux de François Hollande, il ne fait plus l’ombre d’un doute qu’il va accepter: en démissionnant des instances du PS, Jack Lang a « anticipé sur le choix qu’il va faire », a dit le Premier secrétaire.

Le but de M. Sarkozy est d’ »essayer » de déstabiliser le PS, mais il ‘ »n’y parviendra pas », a affirmé le patron du PS, qui a assuré qu’il « rénoverait » le parti.

« Il n’y a pas de crise au PS », a déclaré de son côté Stéphane Le Foll, directeur de cabinet du premier secrétaire. Selon lui, Jack Lang « est totalement isolé », son appel à une démission collective est celui d’un homme « tout seul », il « n’a aucune légitimité ».

Mais le climat est délétère au PS, pris en étau entre l’ »ouverture » de Nicolas Sarkozy -qui a inclus six personnalités socialistes ou de gauche dans son gouvernement-, l’état de grâce dont bénéfice le chef de l’Etat -67% d’opinions positives chez les Français et 43% d’électeurs de gauche, selon un sondage-, et les états d’âmes de ses ténors.

Dominique Strauss Kahn a préféré tenter sa chance auprès du Fonds monétaire international, Laurent Fabius a démissionné du Bureau national du PS. « Mais Fabius est très présent dans les débats » en vue de la rénovation, assure-t-on dans l’entourage de François Hollande.

Quant à Ségolène Royal, interrogée par l’AFP, elle a refusé de commenter les derniers soubresauts et prépare une « autocritique » de sa campagne pour la rentrée.

Jeudi au PS, l’appel de Jack Lang avait fait peu d’émules, seul Gaëtan Gorce, député de la Nièvre, qui s’était déjà opposé au calendrier, a estimé une nouvelle fois que la direction devrait « remettre son mandat à disposition des militants ».

En revanche, Jean Glavany, proche de Lionel Jospin, n’a pas eu de mots assez durs pour dénoncer le « narcissisme médiatique » de dirigeants qui ont « l’obsession de faire parler de soi » et tombent « à pieds joints dans les pièges tendus par M. Sarkozy ».

Il aimait « trop la lumière » et ne supportait pas « d’être loin de l’Elysée, là où est le pouvoir », a accusé aussi le strauss-kahnien Pierre Moscovici.

Moins sévère, le fabiusien Claude Bartolone affirme « comprendre » que « Jack soit en colère », tout en lançant un appel « au calme ». « Les militants ne supportent plus d’avoir le sentiment d’un PS au bord de la crise de nerfs », affirme-t-il.

Lang demande démission du PS: «C’est grotesque»

Créé par le 12 juil 2007 | Dans : Parti socialiste

Après les «débauchages» de ténors socialistes par Nicolas Sarkozy, et la démission fracassante de Jack Lang, pressenti pour faire partie d’une commission sur les institutions, Benoît Hamon, député européen, et porte-parole du PS pour les dernières élections législatives, reconnaît que son parti connaît une crise, mais a bon espoir d’un sursaut rapide.Que pensez-vous des déclarations de Jack Lang qui appelle à une démission collective de la direction du PS?
Objectivement, je trouve ça un peu grotesque. C’est lui qui va accepter de participer à une initiative de Nicolas Sarkozy, et c’est nous qui devons démissionner? C’est très curieux, et je crois qu’il faut que cela s’arrête. En démissionnant, il a pris les devants d’une décision qui allait de toute façon s’imposer à lui rapidement. C’est normal, sur des décisions aussi importantes, c’est la délibération collective qui prime. Surtout qu’on sait que Lang est un des seuls à ne pas partager le point de vue du PS sur la question présidentialiste (Jack Lang est favorable à un régime présidentiel).

Mais cela fait tout de même beaucoup…
Non, pas tant que cela, mais cela fait beaucoup de bruit. Jack Lang était quand même ministre du premier septennat de François Mitterrand. Des crises, nous en avons déjà rencontrées. Nous sommes manifestement dans une fin de cycle qui se passe d’autant plus mal qu’elle arrive après une défaite. Mais les fondations sont solides. Il y a un désir de gauche, un besoin de gauche qui existe toujours. Cela va se manifester, assez rapidement, plus rapidement d’ailleurs que ceux qui ont fait le choix de travailler avec Sarkozy le pensent. On verra à la rentrée des voix s’élever pour condamner les conséquences des politiques qui sont mises en œuvre.

Mais pour l’instant, vous êtes inaudibles…
Pour l’instant, nous sommes encore dans les annonces, et les politiques ne font pas encore sentir leurs effets. Prenons l’exemple du discours de Sarkozy sur le traité européen. Pendant les deux-tiers de son discours, il a parlé de lutte contre le dumping fiscal, de politique monétaire, autant de choses qui ne sont pas dans le traité. Sarkozy parle d’une chose, mais il en fait une autre.

Mais n’est-ce pas très déstabilisant pour le PS?
Oui !, et ceux qui nous font le plus mal sont ceux qui sont issus de notre propre camp.

Et comment réagir?
Nous devons travailler plus. Nous ne travaillons pas assez. Il y a des béances dans la pensée de gauche, et il faut les combler, trouver des solutions plus adaptées. On doit pouvoir aborder les questions de la lutte contre les inégalités, le partage des richesses… Ces problèmes existent toujours.

Propos recueillis par Pierre Koetschet

Un éléphant célèbre et solitaire , par Dominique Dhombres

Créé par le 12 juil 2007 | Dans : Parti socialiste

Jack Lang claque la porte qu’on s’apprêtait à lui fermer au nez. Une nouvelle règle, édictée spécialement pour lui, suspend des instances dirigeantes du Parti socialiste toute « personnalité » qui accepterait une mission du gouvernement ? Qu’à cela ne tienne, il démissionne de son poste de secrétaire national du PS ! C’était un des principaux sujets, mercredi 11 juillet, des journaux télévisés du soir.

Il était donc beaucoup question de l’intéressé et de ses talents divers, aussi bien constitutionnels que festifs, mais on ne le voyait pas. Jack Lang, qui est un des hommes politiques français qui maîtrisent le mieux la télévision, n’apparaissait pas à l’écran. Il préfère écrire. « Aujourd’hui, je ne me reconnais plus à travers les méthodes de direction qui sont les tiennes », écrit-il à François Hollande. Et il donne une interview à Libération dans laquelle il se dit victime d’une « fatwa » alors qu’il n’a pas encore pris la décision de participer à la commission sur la réforme des institutions.

« Je ne me sens pas heureux dans cette maison. Je n’accepte pas le caporalisme », explique-t-il. Ce dernier mot peut faire sourire. Accuser François Hollande de caporalisme, c’est pousser le bouchon un peu loin. L’attitude du premier secrétaire du PS a consisté, depuis des années, à opposer un mol édredon à tous ceux qui contestaient son autorité. Il n’y avait pas, apparemment, de problème qu’une absence de réaction ne finirait par régler. Mais le tort de Jack Lang a été en quelque sorte d’arriver après tous les autres. Les éléphants sautent la barrière du parc naturel avec un entrain croissant ? C’est le dernier qui est sanctionné.

Même le gardien le plus débonnaire se devait de réagir ! Faute de voir Jack Lang, on avait droit aux commentaires de ses petits camarades. « Je crois que cela n’affectera en rien la marche et l’avenir du PS », disait Henri Emmanuelli, toujours aimable. « Je ne commente pas tous les jours le comportement individuel de tel ou tel », déclarait, visiblement agacé, Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.

Il y avait cependant une voix discordante. « Je pense qu’on n’a pas très bien traité Jack Lang dans cette affaire. En donnant le sentiment d’exclusion, on ne sert pas notre cause », affirmait Manuel Valls, député de l’Essonne et figure montante du parti. Jack Lang avait pourtant voulu se montrer parfaitement loyal. Il avait averti Jean-Marc Ayrault de la proposition qui lui était faite. Il n’a pas agi en catimini. Mais il fallait faire un exemple, et il était une cible d’autant plus facile qu’il est à la fois célèbre et solitaire. Dans son parc naturel, François Hollande risque de se retrouver bientôt entouré seulement d’éléphanteaux.

Dominique Dhombres

Article paru dans l’édition du Monde du 13.07.07.

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