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« Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres » Entretien de P Chaillan avec Bernard Friot dans l’Huma du 16janvier

Créé par le 16 jan 2020 | Dans : Articles de fond, Projet politique, Santé-social-logement

Bernard Friot : « Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres »

Jeudi, 16 Janvier, 2020

Auteur de Vaincre Macron (la Dispute, 2017) et le Travail, enjeu des retraites (la Dispute, 2019), le ­sociologue et économiste rappelle l’objectif des communistes qui ont bâti le système solidaire et appelle à retrouver cette ambition fondatrice. Entretien.

Bernard Friot Sociologue et économiste

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En quoi la création du système solidaire s’inscrit-elle dans le combat d’émancipation en France de ­dépassement du capitalisme, le communisme ?

Bernard Friot L’organisation capitaliste de la production invente des générations. Les jeunes comme « futurs travailleurs » ont le droit non pas au salaire, mais à des mesures jeunes et à des prêts qui anticipent leur capacité de remboursement quand ils seront insérés. Les actifs entre la fin de phase d’insertion, vers 35 ans, et la retraite sont les seuls « travailleurs » ayant droit au salaire à la qualification et ils cotisent sur celui-ci pour rembourser les prêts ou pour anticiper le chômage ou la retraite. Et les « anciens travailleurs » ont droit non pas au salaire, mais au différé de ce qu’ils ont mis au pot commun. Cette discrimination par l’âge face au travail repose, comme la discrimination par le genre, sur le fait que dans le capitalisme nos personnes sont étrangères au travail productif, dont la définition et l’organisation sont le monopole de la bourgeoisie. Or, si hommes et femmes sont complémentaires pour faire des enfants, si jeunes et vieux sont solidaires dans la famille, tous doivent être identiques face au travail, qu’ils soient homme ou femme, qu’ils aient 18 ou 88 ans. Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres. Leur ambition est de généraliser à tous la situation des retraités de la fonction publique : le droit à la poursuite de leur meilleur salaire. C’est le décret de Marcel Paul sur le statut des électriciens et gaziers qui définit la pension comme la poursuite du salaire, c’est la transposition par Ambroise Croizat des règles de la pension de fonction publique dans le régime général.

En quoi cette réforme des retraites est-elle ­capitale pour le pouvoir Macron ?

Bernard Friot La fécondité des initiatives ­communistes de 1946 est telle qu’aujourd’hui, même dénaturé, le droit au salaire continué des retraités est la base du calcul des trois quarts des pensions (240 sur 320 milliards) dans lequel aucun compte n’est tenu des cotisations des intéressés. Au contraire, Macron veut calculer toutes les pensions comme elles le sont aujourd’hui dans l’Agirc-Arrco pour parachever la victoire patronale de mars 1947 contre Croizat. En créant pour les cadres un régime complémentaire par points étendu, contre l’avis de la CGT, à tous les salariés du privé dans les années 1950 (l’Arrco est de 1961), le patronat a remis le salaire dans le carcan de l’emploi et réimposé l’étrangeté du travail productif à nos personnes : un retraité n’a pas droit au salaire, la qualification ne peut pas passer du poste de travail à la personne du travailleur, ce sont les postes qui sont le support du salaire, pas les personnes. On voit d’ailleurs le lien entre l’offensive de Macron contre le droit au salaire des retraités, son refus du droit au salaire des chômeurs et la haine qu’il a de la fonction publique ou des statuts de La Poste, d’EDF ou de la SNCF, dans lesquels le support du salaire est non pas le poste de travail, mais le travailleur lui-même, à travers son grade.

Comment peut-on avoir aujourd’hui la même ambition que le projet d’Ambroise Croizat ?

Bernard Friot On peut y parvenir en proposant un régime général de retraite géré par les seuls travailleurs et qui, à compter de l’âge de 50 ans, assure à tous 100 % de la rémunération nette des six meilleurs mois de travail, pension portée à un plancher qui devrait dépasser 2 000 euros net par mois et limitée par un plafond de 5 000 euros afin de resserrer la hiérarchie des salaires. Et cela en supprimant la condition de durée de la carrière, cette double peine pour les femmes. Ces cinquantenaires enfin titulaires de leur salaire seront par ailleurs dotés d’une protection contre le licenciement afin qu’ils puissent devenir les moteurs de l’appropriation de leur travail par les travailleurs, dans un conflit frontal avec des directions qui sont, dans les services publics comme dans les entreprises, en parfaite servilité vis-à-vis du capital. La réappropriation de leur travail par des salariés qui n’en peuvent plus de supporter des directives avec lesquelles ils sont en désaccord doit devenir le ferment de l’affirmation concrètement vécue qu’ils sont les seuls créateurs de la valeur, et donc qu’ils doivent en décider. Et donc qu’ils doivent devenir propriétaires de l’outil, décideurs de l’investissement.

Mais comment relancer alors ce projet communiste face à la fuite en avant néolibérale du capitalisme mondialisé incarné par BlackRock ?

Bernard Friot Il faut se saisir de tous les conflits pour conquérir des droits permettant de ravir à la bourgeoisie son monopole sur le travail productif, comme je viens de l’évoquer à propos de la retraite. La bourgeoisie n’est maîtresse de l’argent que parce qu’elle est maîtresse du travail. C’est son pouvoir sur le travail qu’il faut lui ravir si on veut lui ravir son pouvoir sur l’argent. Le communisme est un défi anthropologique : passer de la propriété capitaliste d’outils d’exploitation de « l’individu libre » (c’est-à-dire à poil avec la maigre bouée du compte personnel d’activité et de la sécurisation des parcours professionnels) à la propriété communiste d’outils au service de travailleurs habillés, de 18 ans à leur mort, de la reconnaissance de leur capacité à produire, et à diriger la production. Une reconnaissance inscrite dans les droits à la propriété de l’outil, à la décision sur la production, et au salaire, trois droits politiques à attacher à la personne quand elle devient majeure.

Pourquoi le dossier des retraites cristallise-t-il autant les colères et les mouvements sociaux ?

Bernard Friot Il faut alimenter les caisses de grève des cheminots et des salariés de la RATP, et surtout faire comme eux ! Les fonctionnaires, dont le passage aux points dévasterait leur pension, sont mobilisés. Reste à trouver le mot d’ordre fédérateur qui mettra en mouvement le secteur privé, notamment présent par les professions libérales et les gilets jaunes.

Entretien réalisé par Pierre Chaillan

Pour Marie-Noëlle Lienemann, la loi santé ne répond en rien aux besoins des Français

Créé par le 22 juin 2019 | Dans : Santé-social-logement

Une loi santé qui ne règle pas les problèmes, n’enraye en rien la dégradation de notre système de soin et du fonctionnement les hôpitaux publics…

http://http://www.mnlienemann.fr/2019/06/sante-la-loi-buzyn-ne-repond-en-rien-aux-besoins-des-francais-et-des-acteurs-de-la-sante/

Des annonces pour les urgences qui ne colmatent pas les brèches

Agnès Buzyn vient d’annoncer 70 millions d’euros pour tenter de stopper l’important mouvement social aux Urgences. Une fois de plus le gouvernement croit résoudre les problèmes et calmer la colère en dégageant tardivement une enveloppe budgétaire limitée pour des mesures dites immédiates. Mais ni la somme, ni la méthode (colmater les brèches au fil de l’eau) ne répondent à l’ampleur des problèmes rencontrés par les services d’urgence et la globalité des difficultés des hôpitaux publics.

Oui, c’est bien l’ensemble de l’hôpital public qui est sous tensions, subit des manques criants, des dysfonctionnements qui dégradent la qualité des soins aux patients et les conditions de travail de tous les personnels.

La situation gravissime des urgences est la partie visible de l’Iceberg : une crise majeure et les manques criants de l’Hôpital public. L’engorgement des urgences est aussi la conséquence de l’absence de disponibilité de lits capables d’accueillir les malades qui s’y présente. Il provient aussi de la disparition des hôpitaux de proximité avec des urgences mieux réparties sur tout le territoire. Il y a enfin le manque d’effectifs et la grande difficulté de recruter médecins, infirmiers(es) et aides-soignants(es) dans ces services car les rémunérations et la prise en compte de la pénibilité sont notoirement insuffisantes.

L’hôpital public a besoin d’un plan global immédiat et inscrit dans la durée, de remise à niveau et une revalorisation immédiate des salaires de tous les médecins, soignants et personnels !

La ministre de la santé depuis sa nomination ne veut ni voir, ni entendre et tente de faire croire que son plan « santé 2022 » et sa traduction législative (la loi sur « l’organisation et la transformation de notre système de santé ») allaient résoudre les problèmes. Non seulement ces perspectives à moyen terme servent d’alibi pour ne rien régler dans l’immédiat, mais en réalité elles enclenchent de nouveaux reculs, dans la veine des politiques libérales qui prévalent depuis trop longtemps et ont causé les dégradations actuelles.

Les projets gouvernementaux omettent systématiquement le rôle majeur et structurant de l’hôpital public dans notre système de soins et par ailleurs sont accompagnés d’un silence assourdissant sur les moyens financiers que la nation consacrerait à la qualité ce dernier comme à l’ensemble de la filière santé. Lire la suite »

Lu dans le Figaro : Crise des urgences «Ni les patients ni les soignants n’en sont responsables», par Cécile Thibert

Créé par le 10 juin 2019 | Dans : Santé-social-logement

Crise des urgences: «Ni les patients ni les soignants n’en sont responsables»

  • Par Cécile Thibert
  • Mis à jour le 10/06/2019 à 20:58

INTERVIEW – Le sociologue Pierre-André Juven, spécialiste des politiques de santé, rappelle que la crise actuelle est la conséquence de décennies d’inaction politique.

Les services d’urgence sont à bout de souffle. Depuis mi-mars, le nombre de services en grève ne cesse d’augmenter. Selon France Info, 84 services étaient mobilisés au 6 juin (dont une vingtaine à Paris), contre 62 le 20 mai dernier. Ce même 6 juin, une journée de mobilisation nationale est organisée pour demander une hausse des effectifs, des salaires et des moyens supplémentaires, alors que dans le même temps, le congrès des urgentistes se tenait à Paris. Face à la montée des tensions, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a salué «le travail accompli par les équipes» et annoncé cinq mesures dont le lancement d’une «réflexion pour la refondation des urgences» et des financements pour faire face aux «situations exceptionnelles». 

Sociologue au CNRS spécialiste des politiques de santé et coauteur de La casse du siècle: À propos des réformes de l’hôpital public (avec Frédéric Pierru et Fanny Vincent, Ed. Raisons d’agir), Pierre-André Juven décrypte la crise.

LE FIGARO. – Quelle est la situation des urgences à l’heure actuelle?

Pierre-André JUVEN. – La situation actuelle invite au pessimisme: le renouvellement du matériel est insuffisant, les professionnels de santé se disent très fatigués, en témoigne le fort taux d’absentéisme, et les violences au guichet sont de plus en plus fréquentes. En parallèle, la médecine de ville n’est pour l’instant pas en capacité d’absorber ce que l’hôpital ne devrait pas avoir à faire.

Certes, par définition, les urgences sont des services en tension, mais cette tension varie plus ou moins selon les périodes. Les proportions que prend le mouvement actuel sont particulièrement impressionnantes et révélatrices de la gravité de la situation. Après avoir démarré à Paris, elle a progressivement gagné de nombreuses villes à travers tout le pays. Cela fait bientôt trois mois qu’elle dure. Il s’agit essentiellement d’une mobilisation de paramédicaux – ils sont en première ligne -, même si des médecins participent aussi.

Il faut aussi souligner que dans l’histoire des mobilisations à l’hôpital, les soignants ont toujours fait grève tout en continuant à travailler. Cette fois, certains en viennent à être mis en arrêt maladie. Cette modalité d’action, récemment critiquée par la ministre de la Santé et par certains députés, témoigne d’un niveau d’épuisement rarement atteint. Un seuil a été franchi.

lire la suite dans Le Figaro

http://sante.lefigaro.fr/article/crise-des-urgences-ni-les-patients-ni-les-soignants-n-en-sont-responsables/

A écouter sur France Culture « Hôpital public : en état d’urgence »

Créé par le 13 mar 2018 | Dans : Articles de fond, Santé-social-logement

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Lu dans Libé : « Les déserts médicaux, éternels laissés en plans »

Créé par le 14 oct 2017 | Dans : Santé-social-logement

Le gouvernement a présenté vendredi de prudentes nouveautés pour améliorer l’accès aux soins. Depuis dix ans, les annonces se succèdent inlassablement mais la situation reste inchangée.

Profil bas. En présentant, ce vendredi matin, leur plan pour lutter contre les déserts médicaux à Châlus (Haute-Vienne) à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle maison de santé, le Premier ministre et la ministre de la Santé ont été chiches en annonces. Les pouvoirs publics voulant surtout «faciliter les initiatives locales» et insister sur la nécessité «d’organisations innovantes dans chaque territoire

Une prudence amplement justifiée, la grandiloquence habituelle sur le sujet n’ayant pas apporté beaucoup de solutions. En effet, depuis bientôt dix ans, la question revient en boucle. Chaque Président et chaque ministre de la Santé annoncent leur plan pour améliorer l’accès aux soins dans des territoires désertés. En 2007, Nicolas Sarkozy, tout juste élu, lançait son programme, prévoyant «l’augmentation du nombre des étudiants médecins formés» et proposant «que le praticien installé dans une zone de désert médical soit mieux payé que celui qui exerce dans les villes où il y a trop de médecins». Rebelote en février 2010 : Sarkozy demandant «solennellement» à sa ministre «d’engager avec les collectivités territoriales un plan triennal de création de maisons de santé pluridisciplinaires».

Arrive Hollande, et les… trois plans de Marisol Touraine. En décembre 2012, sont ainsi présentées douze mesures pour inciter les médecins à s’installer dans les déserts médicaux, avec un «Pacte territoire santé». Novembre 2015, nouveau plan avec un objectif : faciliter l’installation de 500 médecins tout juste diplômés. Octobre 2016, ça recommence : de nouvelles mesures avec notamment l’octroi d’une «prime d’engagement» comprise entre 10 000 et 30 000 euros aux jeunes diplômés qui s’engageront à passer le concours de praticien hospitalier et à rester, une fois titularisés, au moins trois ans en place.

Paradoxe

Le résultat de ces dix plans en dix ans ? La situation ne s’améliore pas. Les déserts médicaux persistent. Ils s’étendent même dans les grandes zones urbaines avec des difficultés d’accès aux soins des spécialistes. Et pourtant, paradoxe, la France n’a jamais compté autant de médecins : près de 216 000 praticiens en activité recensés au 1er janvier, en légère augmentation depuis dix ans (+ 0,9 %). Cherchez l’erreur…

De fait, les causes sont multiples, internes comme externes. D’abord, comme le note l’ordre des médecins dans son dernier atlas sur la démographie médicale, la profession est vieillissante. Et les effectifs chez les généralistes – donc chez les médecins de premiers recours – ont connu une baisse de près de 10 % ces dix dernières années. L’exercice médical a également changé. De plus en plus féminisée (47 % de médecins sont des femmes), la profession privilégie aujourd’hui l’exercice mixte (libéral et salariat), et non plus simplement celui en cabinet. D’où le succès des maisons de santé. En huit ans, plus de 1 000 se sont créées. Mais cela ne suffit pas à redynamiser les territoires qui se vident. A ces changements internes à la profession s’ajoute un contexte social qui aggrave la situation : les zones les plus défavorisées d’un point de vue médical sont aussi celles qui cumulent le plus de fragilités en termes socio-économiques, avec un taux plus élevé de maladies chroniques, des populations plus âgées ou avec des revenus les plus faibles. «Tout cela se voit nettement le long d’une diagonale du vide intérieur, qui va des Ardennes et de la Meuse jusqu’aux Hautes-Pyrénées et à l’Ariège», détaille l’ordre des médecins.

Que faire, alors, au-delà des effets d’annonces ? Cette fois-ci, pas de triomphalisme dans le plan du gouvernement. Comme dans les précédents, il y a toujours le refus affiché de mesures contraignantes pour pousser les médecins à s’installer dans des zones sous-dotées. Et la volonté claire de favoriser le développement des maisons de santé.

Télé-médecine

Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait en effet évoqué la création de 1 000 nouveaux établissements. Pourquoi pas ? Mais cela ne se décrète pas, les maisons de santé qui réussissent étant celles qui sont conçues et décidées localement et non pas par les autorités. Vendredi, le Premier ministre a expliqué, non sans raison, miser sur la «confiance aux professionnels de santé et aux initiatives locales» et «sur la simplification administrative».

Le gouvernement a également listé des grands axes de travail : «nouvelles façons d’exercer entre la ville et l’hôpital», «télé-médecine», «pratiques avancées» pour permettre, par exemple, aux infirmiers de pratiquer des actes habituellement réservés aux médecins. Dans le détail, le cumul emploi-retraite des médecins libéraux va être facilité. Et les praticiens seront incités à exercer à temps partiel dans des zones sous-dotées grâce à une revalorisation de leurs primes. Quant au développement de la télé-médecine – considérée par beaucoup d’experts comme la solution miracle –, il faudra attendre un peu. Il passera par des négociations entre l’Assurance maladie et les médecins début 2018 pour en fixer les tarifs. Et ce n’est pas gagné. De quoi rester, là encore, un peu modeste.

Eric Favereau

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