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A la Une de Respublica N°929 Frédéric Pierru : Pour le reconstruire, il faut dès à présent repenser notre système public de santé

Créé par le 14 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, Santé-social-logement

Pour le reconstruire, il faut dès à présent repenser notre système public de santé

lundi 13 avril 2020
 

Lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, M. Le Président de la République a déclaré que la société française était en guerre contre cette menace invisible, mais tueuse, qu’est le Covid-19, appelant les Françaises et Français à l’unité plutôt qu’à ouvrir des polémiques néfastes à l’efficacité de l’action des autorités sanitaires. Peu après était déclaré l’état d’urgence sanitaire. Pour autant, s’il faut éviter, en effet, les polémiques en ces temps de confinement, il nous semble urgent d’ouvrir dès maintenant un large débat démocratique sur ce que nous voulons construire à partir du jour d’après. Car, il ne saurait être question de refermer la parenthèse et de reprendre le fil des choix et des politiques publics qui ont mené à la catastrophe que nous vivons actuellement. Souvenons-nous de la crise financière de 2008 et de la grave récession qui en a suivi et dont beaucoup de pays européens portent encore les stigmates. Main sur le cœur, les dirigeants d’alors déclaraient solennellement que l’autorégulation des marchés, « c’était fini ». La parenthèse keynésienne a duré moins de deux ans, avant que les politiques d’austérité ne reprennent de plus belle, visant en particulier la protection sociale et les services publics. Renflouées par les contribuables, les banques ont repris leur business spéculatif as usual.

Après le confinement, tout sera à reconstruire, à commencer par notre système public de santé. Et pour reconstruire, il faut avoir pensé, comme l’ont fait en pleine seconde guerre mondiale, économistes, technocrates, syndicalistes, politiques dans les pays alliés, ce qui déboucha en France sur le fameux programme du CNR. Car s’il n’y a pas d’alternative, le scénario de 2008 risque de se produire. Il suffit pour s’en convaincre de prendre connaissance de la récente note de la Caisse des Dépôts et Consignation sur l’hôpital public – qui préconise la même politique austéritaire mais en pire – ou encore des déclarations ahurissantes du directeur général de l’ARS Grand-Est annonçant fièrement, à grands renforts de communication, en plein confinement et donc dans la région la plus touchée, son plan de fermetures de lits pour le CHU de Nancy, plan concocté avec des consultants de Cap Gemini. Cette fois c’était un peu gros et il a été limogé. Mais cela mérite d’être médité : cet inspecteur général des affaires sociales était persuadé de plaire à ses seigneurs en sortant une telle obscénité, anticipant que ces derniers reprendraient la même politique une fois la pandémie passée.

La pandémie du Covid-19 a mis en lumière deux conséquences funestes des politiques néolibérales en matière de santé. D’une part, la France n’a plus de souveraineté sanitaire ; d’autre part, son système public de santé est exsangue après des décennies de rigueur budgétaire à courte vue.

Elle n’a plus de souveraineté sanitaire, alors que la première mission d’un État est de garantir la sécurité et la santé de ses ressortissants. La croyance aveugle dans le libre-échange a fait que nous dépendons désormais de pays comme la Chine et l’Inde pour les approvisionnements de masques FFP2, de principes actifs de médicaments, voire de médicaments indispensables (anticancéreux, antibiotiques, médicaments anesthésiques). Or, en phase pandémique, le libre-échange s’efface derrière le principe sécuritaire. C’est alors la foire internationale d’empoigne pendant que les pouvoirs publics cherchent à rassurer leur population en affirmant des contre-vérités comme l’inefficacité de la protection par masques ou qu’il n’est pas utile de dépister toute la population, la confusion augmentant lorsque le directeur général de l’OMS affirme le contraire. Voici la première leçon à tirer de cette crise sanitaire : pour ne plus connaître ses discours publics qui ajoutent de la confusion à la peur, nous devons impérativement reconstruire notre indépendance sanitaire. Il ne s’agit pas seulement de relocaliser une grande partie de ce que nous avons sous-traité aux pays dits émergents, ce qui, au passage, permettrait de combattre la désindustrialisation de notre économie et créerait des emplois. Cette relocalisation pourrait prendre la forme d’un pôle public du médicament ou d’entreprises, nationales ou européennes, mais à but non lucratif, qui produiraient les médicaments et dispositifs indispensables. Il s’agit aussi de se donner une autre politique de la recherche publique qui éviterait, par exemple, que des recherches prometteuses sur les coronavirus, lancées 2002, ne se tarissent parce que les fonds publics ont été orientés vers la dernière mode scientifique. L’effort budgétaire en faveur de la recherche doit être impérativement réévalué pour atteindre le niveau de pays comparables comme l’Allemagne, pourtant toujours prise en exemple. C’est la raison pour laquelle les premiers tests de dépistage ont été inventés par nos voisins. De plus, il faut en finir avec le réflexe du financement de la recherche par projets. La recherche fondamentale suppose de la stabilité et du temps comme l’a rappelé le chercheur Bruno Canard. Elle doit être attractive pour les aspirants à la recherche, dont la précarité est la règle à ce jour.

Seconde leçon de la pandémie de Covid-19 : notre système public de santé, en particulier hospitalier, menace ruines. Du reste, c’est une leçon sans l’être car depuis des mois les soignants de l’hôpital public tirent le signal d’alarme, sans être entendus des décideurs politiques. Cela fait des années que ces derniers rêvent de faire de l’hôpital un aéroport qui renverrait immédiatement les patients une fois leur opération ou leur prise en charge effectuée. L’hôpital serait un lieu de soins spécialisés et techniques sans hébergement. Une sorte d’usine à soins. Au nom de cette politique du « virage ambulatoire », on a fermé drastiquement des lits, on a limité les effectifs de personnels soignants, par ailleurs sous-payés. Cette pensée financière de la liquidité appliquée à la santé est venue se fracasser sur la pandémie de Covid. La capacité en lits de réanimation, au nombre de 5000, est sous-dimensionnée pour faire face à un tel défi. L’hôpital est certes un lieu de soins aigus spécialisés et techniques, mais il doit aussi prendre en charge une autre épidémie, celle des malades chroniques, doublement touché par le Covid, tout en étant capable d’héberger. Là encore, nos amis Allemands n’ont pas fait cette erreur. Reconstruire un service public hospitalier attractif, avec des équipes stables, bien formées, correctement payées et financées de façon pérenne, à rebours de la logique marchande de la tarification à l’activité. Mais d’une façon générale, c’est l’ensemble du système public de santé qu’il faut repenser à la lumière de la double épidémie de Covid et de maladies chroniques. On n’en finirait pas d’énumérer les chantiers : reconstruire la psychiatrie publique de secteur afin d’éviter les malades souffrant de troubles psychiatriques de faire partie des populations les plus vulnérables, avec les sans domicile fixe, lorsque survient une telle pandémie ; se doter de lits d’aval suffisants ; médicaliser les EHPAD et leur donner les moyens humains et financiers de prendre en charge dignement et avec des soins de qualité nos aînés.

Mais un système public de santé, et non seulement de soins, doit aussi investir un ambitieux service public de prévention, et pas seulement individuelle qui tourne vite au blâme de celles et ceux qui, du fait de leur situation, ne peuvent respecter aussi bien les règles de confinement que les injonctions aux « bons comportements ». Cette prévention doit agir sur les causes économiques, sociales et environnementales qui font qu’il existe treize années d’écart d’espérance de vie entre les plus démunis et les plus aisés. Un État démocratique ne peut tolérer le scandale d’une telle inégalité des vies. Pour le moment, nous médicalisons en aval ce que nous ne nous sommes pas donné les moyens de prendre en charge en amont. Il suffit de penser à la santé au travail, sacrifiée sur l’autel de la compétitivité.

Que la sixième puissance mondiale se dote à nouveau d’un système public de santé digne de son rang, capable de protéger la santé de toutes et tous, y compris les plus vulnérables des citoyens, appelle évidemment un financement suffisant et pérenne. La Sécurité sociale doit regagner le terrain perdu aux dépens des complémentaires santé et être reconnue pour ce qu’elle est : un « commun », hors du marché de l’assurance et hors de l’emprise de l’État. C’était d’ailleurs l’ambition de ses fondateurs, méfiants à l’endroit d’un État qu’ils soupçonnaient de vouloir piocher dans les caisses en cas de disette budgétaire. L’avenir leur a donné raison. Récemment, a été abolie la loi Veil de 1994 qui obligeait l’État à compenser les exonérations de cotisations sociales. La Sécurité sociale s’est ainsi vue amputée de 2.5 milliards d’euros pour financer les mesures que les « Gilets Jaunes » avaient arrachées. Cela est inadmissible et les recettes de « la Sécu » doivent être sanctuarisées.

Mais reconstruction ne veut pas dire nostalgie et revenir à un supposé « âge d’or ». Depuis le programme du CNR, les défis auxquels s’affronte la société française sont, pour une bonne part, nouveaux. Il y a bien entendu le défi écologique et les services publics doivent contribuer à le relever. Il y a aussi le problème du non-recours aux droits : si la communication des gouvernements, de gauche comme de droite, dénoncent les « abus » et les « fraudes », elle est beaucoup plus discrète sur ce phénomène massif qui fait que des personnes renoncent à des prestations auxquelles elles ont droit, soit par honte, soit par peur du contrôle, soit par incompréhension des procédures et circuits bureaucratiques. Les services publics, notamment de la santé, doivent être pro-actifs et aller au-devant des populations les plus vulnérables. Dernier défi, sur une liste appelée à s’allonger : le défi démocratique. La démocratie sociale d’après-guerre fut une vraie ambition, hélas souvent déçue. Il nous faut, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, trouver une nouvelle articulation entre démocratie sociale, démocratie politique, démocratie sanitaire, de même qu’entre démocraties représentative et participative. Démocratiser les services publics et éviter autant que possible leur bureaucratisation est un objectif aussi difficile que stimulant.

On le voit, après la guerre pandémique, il faudra reconstruire. Pas seulement entre experts, mais aussi avec l’appui et l’inventivité de la société. Afin de donner une base juridique solide à ce vaste mouvement, il est impératif d’inscrire les services publics, piliers de la République, dans la Constitution.

Si les membres du CNR ont bâti en pleine guerre les fondements d’une société plus juste et solidaire, nous nous devons d’être à leur hauteur et d’en faire de même, en pleine guerre pandémique. Sur la base d’une conviction : Non, le jour d’après ne pourra en aucun cas ressembler au jour d’avant !

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« Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres » Entretien de P Chaillan avec Bernard Friot dans l’Huma du 16janvier

Créé par le 16 jan 2020 | Dans : Articles de fond, Projet politique, Santé-social-logement

Bernard Friot : « Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres »

Jeudi, 16 Janvier, 2020

Auteur de Vaincre Macron (la Dispute, 2017) et le Travail, enjeu des retraites (la Dispute, 2019), le ­sociologue et économiste rappelle l’objectif des communistes qui ont bâti le système solidaire et appelle à retrouver cette ambition fondatrice. Entretien.

Bernard Friot Sociologue et économiste

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En quoi la création du système solidaire s’inscrit-elle dans le combat d’émancipation en France de ­dépassement du capitalisme, le communisme ?

Bernard Friot L’organisation capitaliste de la production invente des générations. Les jeunes comme « futurs travailleurs » ont le droit non pas au salaire, mais à des mesures jeunes et à des prêts qui anticipent leur capacité de remboursement quand ils seront insérés. Les actifs entre la fin de phase d’insertion, vers 35 ans, et la retraite sont les seuls « travailleurs » ayant droit au salaire à la qualification et ils cotisent sur celui-ci pour rembourser les prêts ou pour anticiper le chômage ou la retraite. Et les « anciens travailleurs » ont droit non pas au salaire, mais au différé de ce qu’ils ont mis au pot commun. Cette discrimination par l’âge face au travail repose, comme la discrimination par le genre, sur le fait que dans le capitalisme nos personnes sont étrangères au travail productif, dont la définition et l’organisation sont le monopole de la bourgeoisie. Or, si hommes et femmes sont complémentaires pour faire des enfants, si jeunes et vieux sont solidaires dans la famille, tous doivent être identiques face au travail, qu’ils soient homme ou femme, qu’ils aient 18 ou 88 ans. Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres. Leur ambition est de généraliser à tous la situation des retraités de la fonction publique : le droit à la poursuite de leur meilleur salaire. C’est le décret de Marcel Paul sur le statut des électriciens et gaziers qui définit la pension comme la poursuite du salaire, c’est la transposition par Ambroise Croizat des règles de la pension de fonction publique dans le régime général.

En quoi cette réforme des retraites est-elle ­capitale pour le pouvoir Macron ?

Bernard Friot La fécondité des initiatives ­communistes de 1946 est telle qu’aujourd’hui, même dénaturé, le droit au salaire continué des retraités est la base du calcul des trois quarts des pensions (240 sur 320 milliards) dans lequel aucun compte n’est tenu des cotisations des intéressés. Au contraire, Macron veut calculer toutes les pensions comme elles le sont aujourd’hui dans l’Agirc-Arrco pour parachever la victoire patronale de mars 1947 contre Croizat. En créant pour les cadres un régime complémentaire par points étendu, contre l’avis de la CGT, à tous les salariés du privé dans les années 1950 (l’Arrco est de 1961), le patronat a remis le salaire dans le carcan de l’emploi et réimposé l’étrangeté du travail productif à nos personnes : un retraité n’a pas droit au salaire, la qualification ne peut pas passer du poste de travail à la personne du travailleur, ce sont les postes qui sont le support du salaire, pas les personnes. On voit d’ailleurs le lien entre l’offensive de Macron contre le droit au salaire des retraités, son refus du droit au salaire des chômeurs et la haine qu’il a de la fonction publique ou des statuts de La Poste, d’EDF ou de la SNCF, dans lesquels le support du salaire est non pas le poste de travail, mais le travailleur lui-même, à travers son grade.

Comment peut-on avoir aujourd’hui la même ambition que le projet d’Ambroise Croizat ?

Bernard Friot On peut y parvenir en proposant un régime général de retraite géré par les seuls travailleurs et qui, à compter de l’âge de 50 ans, assure à tous 100 % de la rémunération nette des six meilleurs mois de travail, pension portée à un plancher qui devrait dépasser 2 000 euros net par mois et limitée par un plafond de 5 000 euros afin de resserrer la hiérarchie des salaires. Et cela en supprimant la condition de durée de la carrière, cette double peine pour les femmes. Ces cinquantenaires enfin titulaires de leur salaire seront par ailleurs dotés d’une protection contre le licenciement afin qu’ils puissent devenir les moteurs de l’appropriation de leur travail par les travailleurs, dans un conflit frontal avec des directions qui sont, dans les services publics comme dans les entreprises, en parfaite servilité vis-à-vis du capital. La réappropriation de leur travail par des salariés qui n’en peuvent plus de supporter des directives avec lesquelles ils sont en désaccord doit devenir le ferment de l’affirmation concrètement vécue qu’ils sont les seuls créateurs de la valeur, et donc qu’ils doivent en décider. Et donc qu’ils doivent devenir propriétaires de l’outil, décideurs de l’investissement.

Mais comment relancer alors ce projet communiste face à la fuite en avant néolibérale du capitalisme mondialisé incarné par BlackRock ?

Bernard Friot Il faut se saisir de tous les conflits pour conquérir des droits permettant de ravir à la bourgeoisie son monopole sur le travail productif, comme je viens de l’évoquer à propos de la retraite. La bourgeoisie n’est maîtresse de l’argent que parce qu’elle est maîtresse du travail. C’est son pouvoir sur le travail qu’il faut lui ravir si on veut lui ravir son pouvoir sur l’argent. Le communisme est un défi anthropologique : passer de la propriété capitaliste d’outils d’exploitation de « l’individu libre » (c’est-à-dire à poil avec la maigre bouée du compte personnel d’activité et de la sécurisation des parcours professionnels) à la propriété communiste d’outils au service de travailleurs habillés, de 18 ans à leur mort, de la reconnaissance de leur capacité à produire, et à diriger la production. Une reconnaissance inscrite dans les droits à la propriété de l’outil, à la décision sur la production, et au salaire, trois droits politiques à attacher à la personne quand elle devient majeure.

Pourquoi le dossier des retraites cristallise-t-il autant les colères et les mouvements sociaux ?

Bernard Friot Il faut alimenter les caisses de grève des cheminots et des salariés de la RATP, et surtout faire comme eux ! Les fonctionnaires, dont le passage aux points dévasterait leur pension, sont mobilisés. Reste à trouver le mot d’ordre fédérateur qui mettra en mouvement le secteur privé, notamment présent par les professions libérales et les gilets jaunes.

Entretien réalisé par Pierre Chaillan

Pour Marie-Noëlle Lienemann, la loi santé ne répond en rien aux besoins des Français

Créé par le 22 juin 2019 | Dans : Santé-social-logement

Une loi santé qui ne règle pas les problèmes, n’enraye en rien la dégradation de notre système de soin et du fonctionnement les hôpitaux publics…

http://http://www.mnlienemann.fr/2019/06/sante-la-loi-buzyn-ne-repond-en-rien-aux-besoins-des-francais-et-des-acteurs-de-la-sante/

Des annonces pour les urgences qui ne colmatent pas les brèches

Agnès Buzyn vient d’annoncer 70 millions d’euros pour tenter de stopper l’important mouvement social aux Urgences. Une fois de plus le gouvernement croit résoudre les problèmes et calmer la colère en dégageant tardivement une enveloppe budgétaire limitée pour des mesures dites immédiates. Mais ni la somme, ni la méthode (colmater les brèches au fil de l’eau) ne répondent à l’ampleur des problèmes rencontrés par les services d’urgence et la globalité des difficultés des hôpitaux publics.

Oui, c’est bien l’ensemble de l’hôpital public qui est sous tensions, subit des manques criants, des dysfonctionnements qui dégradent la qualité des soins aux patients et les conditions de travail de tous les personnels.

La situation gravissime des urgences est la partie visible de l’Iceberg : une crise majeure et les manques criants de l’Hôpital public. L’engorgement des urgences est aussi la conséquence de l’absence de disponibilité de lits capables d’accueillir les malades qui s’y présente. Il provient aussi de la disparition des hôpitaux de proximité avec des urgences mieux réparties sur tout le territoire. Il y a enfin le manque d’effectifs et la grande difficulté de recruter médecins, infirmiers(es) et aides-soignants(es) dans ces services car les rémunérations et la prise en compte de la pénibilité sont notoirement insuffisantes.

L’hôpital public a besoin d’un plan global immédiat et inscrit dans la durée, de remise à niveau et une revalorisation immédiate des salaires de tous les médecins, soignants et personnels !

La ministre de la santé depuis sa nomination ne veut ni voir, ni entendre et tente de faire croire que son plan « santé 2022 » et sa traduction législative (la loi sur « l’organisation et la transformation de notre système de santé ») allaient résoudre les problèmes. Non seulement ces perspectives à moyen terme servent d’alibi pour ne rien régler dans l’immédiat, mais en réalité elles enclenchent de nouveaux reculs, dans la veine des politiques libérales qui prévalent depuis trop longtemps et ont causé les dégradations actuelles.

Les projets gouvernementaux omettent systématiquement le rôle majeur et structurant de l’hôpital public dans notre système de soins et par ailleurs sont accompagnés d’un silence assourdissant sur les moyens financiers que la nation consacrerait à la qualité ce dernier comme à l’ensemble de la filière santé. Lire la suite »

Lu dans le Figaro : Crise des urgences «Ni les patients ni les soignants n’en sont responsables», par Cécile Thibert

Créé par le 10 juin 2019 | Dans : Santé-social-logement

Crise des urgences: «Ni les patients ni les soignants n’en sont responsables»

  • Par Cécile Thibert
  • Mis à jour le 10/06/2019 à 20:58

INTERVIEW – Le sociologue Pierre-André Juven, spécialiste des politiques de santé, rappelle que la crise actuelle est la conséquence de décennies d’inaction politique.

Les services d’urgence sont à bout de souffle. Depuis mi-mars, le nombre de services en grève ne cesse d’augmenter. Selon France Info, 84 services étaient mobilisés au 6 juin (dont une vingtaine à Paris), contre 62 le 20 mai dernier. Ce même 6 juin, une journée de mobilisation nationale est organisée pour demander une hausse des effectifs, des salaires et des moyens supplémentaires, alors que dans le même temps, le congrès des urgentistes se tenait à Paris. Face à la montée des tensions, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a salué «le travail accompli par les équipes» et annoncé cinq mesures dont le lancement d’une «réflexion pour la refondation des urgences» et des financements pour faire face aux «situations exceptionnelles». 

Sociologue au CNRS spécialiste des politiques de santé et coauteur de La casse du siècle: À propos des réformes de l’hôpital public (avec Frédéric Pierru et Fanny Vincent, Ed. Raisons d’agir), Pierre-André Juven décrypte la crise.

LE FIGARO. – Quelle est la situation des urgences à l’heure actuelle?

Pierre-André JUVEN. – La situation actuelle invite au pessimisme: le renouvellement du matériel est insuffisant, les professionnels de santé se disent très fatigués, en témoigne le fort taux d’absentéisme, et les violences au guichet sont de plus en plus fréquentes. En parallèle, la médecine de ville n’est pour l’instant pas en capacité d’absorber ce que l’hôpital ne devrait pas avoir à faire.

Certes, par définition, les urgences sont des services en tension, mais cette tension varie plus ou moins selon les périodes. Les proportions que prend le mouvement actuel sont particulièrement impressionnantes et révélatrices de la gravité de la situation. Après avoir démarré à Paris, elle a progressivement gagné de nombreuses villes à travers tout le pays. Cela fait bientôt trois mois qu’elle dure. Il s’agit essentiellement d’une mobilisation de paramédicaux – ils sont en première ligne -, même si des médecins participent aussi.

Il faut aussi souligner que dans l’histoire des mobilisations à l’hôpital, les soignants ont toujours fait grève tout en continuant à travailler. Cette fois, certains en viennent à être mis en arrêt maladie. Cette modalité d’action, récemment critiquée par la ministre de la Santé et par certains députés, témoigne d’un niveau d’épuisement rarement atteint. Un seuil a été franchi.

lire la suite dans Le Figaro

http://sante.lefigaro.fr/article/crise-des-urgences-ni-les-patients-ni-les-soignants-n-en-sont-responsables/

A écouter sur France Culture « Hôpital public : en état d’urgence »

Créé par le 13 mar 2018 | Dans : Articles de fond, Santé-social-logement

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