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Compétitivité : priorité aux services publics

Créé par le 24 déc 2012 | Dans : Economie, Santé-social-logement

Libé 20 décembre 2012
Par Jean-Philippe Thiellay Vice-président de Terra Nova et Benoît Thirion Avocat
Libération

Largement éclipsés par les débats sur le coût du travail, les services publics constituent un volet essentiel de notre compétitivité et une des clés du redressement économique de notre pays dans la justice sociale.

La qualité des infrastructures et des services publics en général favorise la croissance et la compétitivité. Les analyses de la compétitivité-coût intégrant le coût du travail et la fiscalité mais aussi le prix et la qualité des services publics montrent que les coûts de démarrage et d’exploitation sont relativement avantageux en France. Pour l’eau potable, le niveau des prix est inférieur à la moyenne européenne, et de près de 40 % par rapport à l’Allemagne.

Pourtant, après des années d’une politique purement comptable, la situation de nos services publics est dégradée. La qualité baisse, les financements manquent, les investissements ne sont pas assurés et l’égalité d’accès à ces services est négligée. Ainsi, dans le secteur de l’électricité, le temps de coupure moyen a significativement augmenté depuis 2002, avec une forte disparité entre Paris et les territoires ruraux, entraînant une fracture énergétique.

Dans ce contexte, les services publics sont un facteur de compétitivité sur lequel il faut s’appuyer et qu’il faut améliorer. Ils sont présents dans le rapport Gallois, au moins en filigrane, et dans le pacte de compétitivité du gouvernement : infrastructures, éducation, orientation, enseignement supérieur, recherche, formation professionnelle, service public de l’emploi, justice commerciale sont ainsi identifiés comme des leviers de compétitivité.

Ce volet doit devenir une priorité absolue, en mettant l’accent sur la responsabilité des politiques, au niveau national comme au niveau local, et sur un nouveau lien avec les usagers. Il appartient d’abord aux politiques de fixer les priorités et d’assurer un pilotage effectif des services publics. Cela peut paraître évident ; ce n’est pourtant pas le cas en pratique. Au niveau national, aucun ministère ne s’occupe d’une stratégie pour les services publics ; le Parlement ne débat pas, au-delà de textes sectoriels, des besoins transversaux. A l’égard de l’Europe, le gouvernement a le mérite de ne plus jeter l’opprobre sur les «diktats» européens, comme dans les années 2000 ; mais il lui reste à utiliser les marges de manœuvre existantes pour consolider les services publics et favoriser la construction de services publics européens intégrés. La création récente du secrétariat général pour la modernisation de l’action publique et un prochain comité interministériel sur ce sujet devraient permettre de porter une vision ambitieuse des services publics et d’identifier précisément les investissements d’avenir.

Au-delà du niveau national, le pilotage est aussi indispensable à l’échelon local, pour définir les missions de service public adaptées aux besoins sur chaque territoire, et garantir leur bonne exécution, en particulier lorsque les services sont délégués au privé, ce qui suppose des outils de contrôle et d’évaluation efficaces. Une analyse précise des besoins d’investissement doit appuyer cette démarche. Ensuite, ce pilotage doit s’appuyer sur les usagers, particuliers et entreprises, dont les besoins essentiels doivent être satisfaits : là est la finalité des services publics. Il faut ainsi inventer de nouveaux liens avec les services publics. Des liens de proximité d’abord, en transformant une partie des points de contacts de la Poste en maisons de services publics, notamment dans les zones rurales. Il faut évaluer de manière systématique la satisfaction du «client» ; il faut encore ouvrir davantage la gestion des services publics à la société. Il s’agit de donner un nouveau visage aux structures de représentation des usagers, en s’appuyant sur le tissu associatif et sur Internet, et en leur donnant dans certains cas des pouvoirs de blocage. C’est avec cette méthode que l’on identifiera les services de demain (petite enfance, aide au consommateur…) et, le cas échéant, les domaines où l’intervention publique ne répond plus aux besoins. La modernisation de l’action publique passe par là. Les services publics sont facteurs de développement économique et de justice sociale, ces deux aspects n’étant pas opposés mais se renforçant mutuellement. En cela, ils doivent être un axe majeur du projet politique porté par la gauche. Dès maintenant.

Ethique de l’urgence, urgence de l’éthique

Créé par le 16 nov 2012 | Dans : Santé-social-logement

LE MONDE |               15.11.2012 Par Pierre Valette, Paris-Est Créteil

Le financement actuel des hôpitaux incite à la réalisation d’actes économiquement rentables. La finalité du soin tend à perdre de vue la personne pour viser le seul niveau de tarification que l’acte ainsi généré peut atteindre.

Le label « éthique », délivré lors de la certification des établissements de santé, laisse croire à une caution morale donnant l’illusion de placer le malade « au coeur du système sanitaire », selon une formule aujourd’hui rabâchée par tous, soignants, administrateurs et responsables politiques.

Si la technique accomplit l’éthique lorsqu’elle sauve des vies, elle tend aujourd’hui à la remplacer. Et lorsque la technique cesse de produire les effets attendus, l’éthique ainsi mise à nue fait figure aux yeux des professionnels de santé de phénomène surnuméraire, nouvelle instance ou discipline n’attendant plus que ses nouveaux spécialistes. A l’inverse, le glissement de la technique sur l’éthique laisse celle-là flotter dans le vide, embarquant tous ceux qu’elle instrumentalise.

L’acte médical s’y trouve alors disqualifié au profit du geste technique que le fameux progrès technologique pourra totalement mécaniser. Chacun garde bonne conscience : quelle meilleure solution à la conjonction entre l’augmentation du besoin de soins et la baisse relative du nombre des médecins en activité ?

« Super-techniciens »

Réduits à tort à de « super-techniciens », les médecins urgentistes hospitaliers se voient déjà imposer de jouer le rôle de couteau suisse de la permanence des soins – celle de la ville comme celle de l’hôpital – évacuant du même coup la question de la continuité des soins et celle de la durée de l’acte médical qui, pourtant, ne peut jamais se réduire à une succession d’instantanés.

Simultanément, la réduction des actes médicaux de la médecine d’urgence aux seuls gestes techniques que rien n’empêcherait de confier à des agents non médicaux conduirait au remodelage d’une discipline pourtant d’individuation récente. Cette nouvelle spécialité partage en effet certains de ses gestes spectaculaires avec des personnes qui ne sont pas médecins, tels les soignants des hôpitaux, mais aussi les secouristes professionnels, volontaires ou bénévoles, avec une différence de nature mal appréciée des profanes. A suivre de trop près le modèle anglo-saxon, on en viendra à faire, avec l’économie du médecin, celle de l’acte médical et de l’encombrante éthique qui commande sa pratique.

Lorsqu’elle est réduite à une succession de gestes techniques et à des protocoles comparables à autant de recettes de cuisine, la pratique médicale se voit énucléée de ce qui en constitue l’essence : la nécessité pour le médecin de délibérer sur ce dont il a la science, car la singularité du sujet, sa particularité, doit toujours primer.

Paris-Est Créteil

Pierre Valette, Paris-Est Créteil

« Du tri à l’Autre. Ethique et médecine d’urgence ».

Thèse soutenue le 1er décembre 2011. Directeur de recherche : Dominique Folscheid.

Les Roms, le préfet, le ministre

Créé par le 01 sept 2012 | Dans : Gouvernement, Santé-social-logement

Dans Libé du 30 août 2012

Par Pierre Micheletti Enseignant à l’IEP de Grenoble, ancien président de Médecins du monde et Thierry Brigaud Président de Médecins du monde

Mercredi 22 août, 10 heures. Une équipe de Médecins du monde (MDM) est à la préfecture du Rhône, conviée à une réunion de concertation. Autour de la table, les autorités préfectorales, des représentants des collectivités locales, des responsables d’associations impliquées dans l’aide aux populations roms. Les mots d’ordre de nos hôtes sont concertation, stratégies pour améliorer les campements et éviter les expulsions.

Jeudi 23 août, 18 heures. Nous recevons un appel téléphonique de la préfecture. Il nous est réaffirmé que les expulsions ne sont pas à l’ordre du jour. Au contraire, MDM est sollicité pour évaluer la situation sanitaire d’un camp, et proposer des mesures d’amélioration des conditions de vie.

Lundi 27 août, 8 heures. Une équipe MDM se rend sur place et commence à rédiger un diagnostic de situation.

Mardi 28 août, 7 h 30. Irruption des forces de l’ordre et expulsion de 180 personnes. Lyon, campement Paul-Bert, comme en 2010 ? Non, Lyon, campement de Saint-Priest, en 2012.

A Lyon, pour les Roms, c’est le «changement dans la continuité». Malgré les alternances politiques, ils sont toujours sur la route et dans les cloaques où on les cantonne, avant de les en chasser… pour les protéger de l’insalubrité. CQFD. Summum de la tautologie politique. Tour de passe-passe du préfet ? Concertation à visée anesthésiante des associations pendant que se préparent les expulsions ? Non, car selon nos informations, «les ordres sont venus d’en haut». A la fois symptôme de faiblesse et signe d’opportunisme politique. Symptôme de faiblesse, car de qui parle-t-on ? D’environ 15 000 personnes en France, soit 0,023% de la population, qui séjournent sur le territoire national ! La France, parmi les premières économies mondiales, n’arrive pas à gérer de façon apaisée le sort de cette minorité infinitésimale ? Opportunisme politique, car on place les autorités régionales devant une injonction paradoxale. Réunir les acteurs, créer les conditions d’une réflexion partagée sur la sécurité et la dignité des personnes dans les campements. Et, en même temps, on utilise cette «poussière de peuple» (0,023%) pour afficher, à peu de frais et sans grand risque politique, une préoccupation sécuritaire cosmétique, qu’on croyait révolue.

Il ne faut pas le nier, il existe une perception négative des Roms dans une large part de l’opinion publique. C’est pourquoi le discours de M. Sarkozy à Grenoble était indigne de la fonction. Il résumait le comportement d’un peuple à des conduites délictueuses, en occultant qu’on le met en situation de développer des stratégies de survie, parfois illégales. On nous vend la nécessité de gérer le «temps long», pour traiter, sur le fond, les questions qui concernent les migrants économiques européens que sont les Roms. Mais on continue à rechercher les dividendes du «temps court», celui qui accompagne les expulsions avec leurs cortèges d’hommes en uniforme et de bulldozers. La stratégie est devenue plus torpide, le discours plus subtil, mais, sur le fond, l’intention politique est la même que celle du gouvernement précédent : utiliser la symbolique de la fermeté à l’égard de quelques centaines de personnes, considérées comme des Européens de seconde zone, pour montrer ses biceps. C’est à se demander si le meilleur service à rendre aux Roms ne serait pas de taire les expulsions, pour rompre le cercle, pas du tout vertueux, expulsions-médiatisation-bénéfice politique !

Nicolas Sarkozy préfère combattre les chômeurs à défaut de combattre le chômage

Créé par le 10 fév 2012 | Dans : Parti socialiste, Santé-social-logement

 COMMUNIQUÉ DE PRESSE du 10 février 2012 d’Alain VIDALIES – Responsable du pôle emploi-travail dans l’équipe de campagne de François Hollande et Secrétaire national au travail et à l’emploi du Parti Socialiste

 

Nicolas Sarkozy s’apprêterait à soumettre aux Français un référendum sur un renforcement des obligations des chômeurs, notamment de ne plus pouvoir refuser un emploi ou une formation.

Si le Président sortant n’en n’est pas à sa première tentative d’utiliser la détresse de nos concitoyens pour faire un « coup » bassement politicien, celui-ci est particulièrement choquant. Choquant bien sûr, parce qu’au lieu d’apporter des solutions, il préfère mettre en scène la culpabilisation de ceux qui subissent ses erreurs politiques, pour mieux s’en dédouaner. Qui peut croire pourtant, que les 6,2 millions de Français qui s’inscrivent chaque année à Pôle emploi le font par plaisir ou par paresse ?

Choquant encore, parce que les Français, en quête de vérité de la part des politiques, savent pertinemment que le Président sortant feint grossièrement d’ignorer qu’il existe déjà des obligations drastiques et graduées qui pèsent sur les demandeurs d’emplois aujourd’hui. Comment expliquer autrement que nombre d’entre eux sont régulièrement radiés des listes de Pôle emploi ?

Choquant toujours, parce que passer par un référendum sur un sujet qui aurait nécessité de consulter sereinement les partenaires sociaux, c’est nier l’essence même de la démocratie sociale. Si Nicolas Sarkozy voulait casser le dialogue social dans notre pays, il ne s’y prendrait pas autrement !

Depuis 2007, et sous la responsabilité de Nicolas Sarkozy, la France compte un million de demandeurs d’emploi supplémentaire. Pour échapper à son bilan, Nicolas Sarkozy s’en prend aux victimes de sa politique, lui qui promettait en 2007 de ramener le chômage à 5 % alors qu’il frôle aujourd’hui les 10%.

Avec François Hollande, nous avons conscience que notre tâche ne sera pas d’accuser ni de diviser les Français, mais bien de redresser la France : par une politique de l’emploi ambitieuse qui se basera sur une industrie forte, par une fiscalité qui sera mise au service de la croissance et par une plus grande solidarité intergénérationnelle au sein même des entreprises avec l’instauration d’un contrat de génération et la création de 150. 000 emplois d’avenir.

Quand Nicolas Sarkozy attaque les chômeurs, François Hollande, lui, veut s’attaquer au chômage. 

La santé : au cœur du débat présidentiel

Créé par le 02 fév 2012 | Dans : Santé-social-logement

En 2000, le système de santé français était classé premier par l’OMS. Depuis, il a reculé à la septième place, notamment en raison du développement des inégalités d’accès aux soins. Ces inégalités ont plusieurs déterminants dont deux essentiels : financier et territorial. Ainsi 15% des français renoncent à des soins pour des raisons financières. C’est 30 % pour ceux qui ne peuvent pas souscrire à une assurance « complémentaire ».

Ces taux vont inévitablement s’accroître au prorata de l’augmentation de 5% par an des primes d’assurances. L’extension du rôle des mutuelles et des assurances privées est le résultat du désengagement de la Sécurité sociale voulu par le gouvernement.

Aujourd’hui, pour les personnes qui ne bénéficient pas de la CMU ou qui n’ont pas d’affection grave, la Sécurité sociale ne rembourse plus que 50 % des soins. Pourtant, ces assurances « complémentaires » sont moins solidaires et moins égalitaires, pénalisant les personnes disposant d’un faible revenu, les personnes âgées et les familles. Elles sont aussi plus coûteuses: leurs frais de gestion et de communication tapageuse dépassent 20 % du chiffre d’affaire alors que les frais de gestion de la Sécurité sociale sont inférieurs à 5 %.

A cela s’ajoutent bien sûr pour les assurances privées les dividendes versés aux actionnaires. Le gouvernement a tiré argument du développement de ces assurances « complémentaires » pour laisser filer les dépassements d’honoraires des médecins du secteur 2 et renoncer à revaloriser les tarifs du secteur 1. « Avez-vous une bonne mutuelle ? », est la question, devenue rituelle, des professionnels de santé qui sont de plus en plus nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires de plus en plus importants. Le montant annuel de ces dépassements atteignait 2,5 milliards en 2010.

Ainsi le recours aux mécanismes du marché pour réguler les coûts de santé, induit une augmentation des inégalités avec au final un coût plus élevé pour notre société. Le marché s’avère tout aussi incapable d’assurer une répartition équilibrée des médecins sur le territoire. Les médecins autorisés à s’installer en secteur 2 ne se répartissent pas sur le territoire en fonction des besoins des patients ; ils s’installent en fonction des revenus de la population environnante. Il est donc justifié de limiter la liberté d’installation en secteur 2, en proposant aux médecins le choix suivant : soit l’installation libre en secteur 1 revalorisé, soit l’installation en secteur 2 dans la limite de quotas fixés par discipline et par bassin de population.

Cependant, cette mesure ne suffira pas. Il faudra demander à des médecins hospitaliers d’assurer des « consultations avancées » un ou deux jours par semaine au sein des déserts médicaux, si besoin avec l’aide d’autres professionnels de santé. Pour améliorer à moyen terme la répartition régionale des médecins, il faudra aussi modifier l’examen qui permet l’admission à l’internat de spécialité.

Celui-ci doit être régionalisé avec des quotas par région et par spécialité. Les candidats pourraient ainsi se présenter à 2 ou 3 examens régionaux tout en prenant l’engagement d’exercer pendant au moins 3 ans dans la région où ils ont effectué leur internat. Toutes ces réformes supposent de faire le choix d’une régulation publique du système de santé, et non de faire confiance aux mécanismes de marché. Il reste que les élus, qui s’émeuvent de la situation, devraient se rappeler que ce sont eux qui, sous la pression des lobbys médicaux, ont approuvé pendant 25 ans la mise en place d’un numérus clausus trop sévère qui a conduit à réduire le nombre de médecins formés chaque année de 8 500 dans les années 70, à 3 500 dans les années 90.

Ce sont eux qui ont approuvé le financement par la Sécurité sociale de départs anticipés en retraite de médecins généralistes jusqu’en 2003. Ainsi 10 000 généralistes ont bénéficié de cette prime au départ et il a fallu ensuite faire venir plus de 10 000 médecins étrangers dont certains se trouvent aujourd’hui dans une situation très instable. Tirons les leçons du passé et reconstruisons un système de santé égalitaire et solidaire.

André Grimaldi, Olivier Lyon-Caen, Jean-Paul Vernant, médecins à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, professeurs à l’Université Pierre et Marie Curie, signataires du  »Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire » (Editions Odile Jacob)

Tribune dans Le Monde du 1/01/2012

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