Une autre mondialisation

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MARDI 17 FEVRIER 2009 de 17h à 19h SOLIDARITE AVEC LA BOLIVIE

Créé par le 15 fév 2009 | Dans : Amérique Latine, Une autre mondialisation

MARDI 17 FEVRIER 2009 de 17h à 19h

RASSEMBLEMENT DE SOLIDARITE AVEC LE PEUPLE BOLIVIEN

ET LE GOUVERNEMENT QU’IL S’EST CHOISI

PLACE DE LA CONCORDE – PARIS

 Le Président de la République de Bolivie, Evo Morales Ayma, sera de passage à Paris le 17 février prochain. A cette occasion, le collectif national de solidarité avec la Bolivie appelle à  manifester notre soutien face au processus démocratique profond engagé depuis son élection et à renouveler notre solidarité au peuple bolivien.

  Elu avec 54% des voix dès le premier tour en janvier 2006, Le Président Evo Moralès a été conforté dans ses fonctions lors du référendum révocatoire du 10 août 2008 avec plus de 67% des voix. Le triomphe du oui au référendum constitutionnel le 25 janvier 2009, avec 62% des voix,  qui reconnaît la Bolivie comme «un Etat plurinational et démocratique» confirme la volonté du peuple bolivien de voir la fin de l’Etat colonial et la construction d’une Bolivie «pour le bien de tous».

En trois ans , des changements profonds ont vu le jour: récupération du contrôle de l’eau ainsi que des ressources naturelles, réappropriation de l’exploitation des hydrocarbures permettant une redistribution des richesses pour le plus grand nombre, refus du modèle néolibéral, cause de l’appauvrissement et destructeur de l’environnement.

Les peuples indigènes ont retrouvé les droits dont ils avaient été spoliés pendant 5 siècles.

Le 20 décembre 2008, la Bolivie a été déclarée «territoire libre d’analphabétisme», devenant avec Cuba et le Venezuela le 3ème pays d’Amérique Latine à s’être débarrassé de ce fléau.

Le gouvernement bolivien a mis en place des consultations ophtalmologiques et chirurgicales gratuites,  a construit de nouveaux hôpitaux et organise actuellement de nouvelles campagnes de santé pour tous.

Alors que 87% de la terre productive est entre les mains de 5% de grands propriétaires, la nouvelle Constitution va permettre la redistribution des millions d’hectares aux paysans et aux communautés indigènes.

La nouvelle Constitution bolivienne, fidèle au respect des peuples indigènes à la «Pacha Mama» rend imprescriptible les délits contre l’environnement, interdit la production, l’importation et la commercialisation d’OGM »,  permet de prendre « des mesures de restrictions partielles ou totales, temporelles ou définitives sur l’extraction de ressources », mesures visant à la sauvegarde et préservation des espèces en voie de disparition.

Alors que l’Europe s’apprête à renforcer la «directive de la honte» , bafouant ses propres conventions  sur les droits humains,  le Président Morales lui, a adressé à tous les sans papiers, cette magnifique lettre de «solidarité avec tous les clandestins»,

Avec l’accès au pouvoir des mouvements sociaux, la politique menée actuellement en Bolivie constitue une véritable rupture dans un pays marqué jusqu’alors par l’héritage raciste du colonialisme et par la domination d’une oligarchie soutenue par le grand patronat international.

L’oligarchie bolivienne, celle qui a soutenu les coups d’Etat, les dictatures militaires et le libéralisme le plus sauvage, a cherché par tous les moyens à empêcher la progression du processus en cours, elle s’est appuyée pour cela sur des groupes fascistes et racistes soutenus par l’ex administration Bush.

Ce que le peuple bolivien est en train d’accomplir concerne l’humanité toute entière. La Bolivie avec d’autres pays latino-américains nous prouve qu’il existe d’autres solutions, qu’un autre monde est possible, un monde à visage humain. Ils représentant un  espoir.

C’est pourquoi nous tenons à exprimer au Président Evo Morales, lors de son passage à Paris,  NOTRE ENTIERE SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE DE BOLIVIE ET LE GOUVERNEMENT QU’IL S’EST CHOISI.

A L’APPEL DU COLLECTIF NATIONAL DE SOLIDARITE AVEC LA BOLIVIE

Organisations signataires: AAW (Americains Against the War), Les Alternatifs, Argentinos en el Exterior, Cercle Bolivarien de Paris, Consejo pro-bolivia-France, CSIA-Nitassinan, Cuba Si France, Cuba Si Provence, Coordination Populaire Colombienne à Paris, Espace Che Guevara,  France Amérique Latine, France Cuba,  IJAN (Réseau International Juif Antisioniste), MRAP, NPA, PCF,  Les Verts, Petit Amerique,Quipus de Bolivia ALBA,FRANCE,Raices cubanas,

Obama, … encore !!! par Claude Nicolet, secrétaire national du MRC (Syndicats – Mouvement associatif)

Créé par le 12 nov 2008 | Dans : a-Fédérations MRC d'Aquitaine, Articles de fond, Une autre mondialisation

Le 18 mars dernier, Barack Obama a prononcé un discours à Philadelphie dont l’importance fera probablement date.

Le sénateur Obama, candidat à la candidature pour l’élection présidentielle aux Etats Unis d’Amérique était dans une situation difficile suite à certaines déclarations du révérant Jeremiah Wright, dont il était très proche. Cet homme a en effet eu des propos très durs sur la politique intérieure et étrangère des Etats Unis plaçant Barak Obama en situation délicate. Se démarquant clairement des propos du pasteur, il a néanmoins refusé de le renier en affirmant “ qu’il portait en lui les contradictions de la communauté ”

Ce qu’il y a de passionnant et de remarquable dans ce discours, c’est qu’il procède d’un double mouvement. Il est à la fois une déconstruction et une mise en perspective permettant de produire une vision politique.

Il s’inscrit tout d’abord profondément dans l’histoire de ce pays sans en rejeter les contradictions, en particulier le “ pêcher originel ”de l’esclavage en décalage complet avec la déclaration d’indépendance. Cette inscription dans l’histoire et dans le volontarisme que cela sous entend, doit selon lui inciter à l’action. Rien n’a été donné, il a fallu se battre pour conquérir les droits civiques et civiles, lutter contre les discriminations pour “ réduire l’écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité du temps ”. Le souhaitable est possible à condition de le vouloir pour tous car il ne peut se réaliser au détriment de l’Autre.

Il pose ainsi clairement la question raciale dans un long préambule à son intervention comme préalable à la bonne compréhension de la réalité américaine qu’il ne faut pas chercher à récuser. Rappelant un certain nombre de vérités sur la société américaine, ses inégalités et les violences qu’elles engendrent. Mais “ on ne peut ignorer la problématique de la race ” dit il, elle est profondément enracinée dans l’identité du pays

Cependant cette violence ne doit rien au hasard mais plutôt au résultat de l’histoire et des politiques qui furent menées aux Etats Unis d’Amérique. Ce pays porte en lui ces immenses contradictions et il ne sert à rien d’essayer de les nier ou de les contourner. Pratiques inégalitaires dans tous les domaines n’ont eu comme résultat que “ l’échec et le gâchis comme expérience légués aux générations futures ”. Dès lors, le racisme devenait une “ définition du monde ”. La “ colère noire ” ne peut être comprise sans cela, et le révérant Wright porte en lui cet héritage.

Mais la force du discours d’Obama tient au fait qu’il analyse aussi les raisons de la “ colère blanche ” venant des milieux populaires ou de la classe moyenne qui n’avaient pas le “ sentiment que son appartenance raciale était un privilège ”. Face à la discrimination positive, face aux aides sociales dont les blancs se sentaient exclus, face à ce qu’ils ressentaient comme une injustice et une inégalité, surtout pour ceux qui ne sentent en rien responsables des crimes esclavagistes. La rancœur est grande et c’est sur ce terreau que la coalition néo libérale puis néo conservatrice s’est bâtie.

Il réussi à déconstruire et à expliquer au peuple américain, les maux dont souffrent sa société.

Dès lors il faut voir en face les “ vrais problèmes : une culture d’entreprise où les délits d’initiés, les pratiques comptables douteuses, la course aux gains rapides sont monnaie courante, une capitale sous l’emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d’une minorité de privilégiés (…)° qu’il est temps maintenant de parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, des urgences médicales aux files interminables et d’un système de santé qui s’effondre, des usines qui ont fermées leurs portes, des maisons qui sont à vendre, des entreprises qui délocalisent dans le seul but de faire du profit ”.

Ce faisant, il subordonne en fait la question raciale à la question sociale et à l’organisation sociale de la société américaine. Il propose alors de mettre en place un projet politique qui permettrait à l’individu de se réaliser et de s’émanciper en tentant de s’affranchir du déterminisme racial qui l’entrave tout en “ assumant le passé sans en être victime ”. Il ne s’agit pas d’une alliance des races mais bien d’une réflexion sur les structures économiques et sociales de la société américaines.

Le fait de voir revenir sous cette forme la question sociale au premier plan du discours d’un responsable politique américain qui peut devenir Président des Etats Unis d’Amérique, traduit incontestablement une évolution dans le rapport de force idéologique dans ce pays, mais aussi dans le monde.

Certes, Barack Obama est ancré dans la religion et y fait référence en permanence, certes son approche très rapide du conflit israélo palestinien est contestable, mais assurément un discours différent en terme d’analyse politique, économique et sociale est apparue.

C’est donc en abordant de front ces questions économiques et sociales qui constituent selon Obama le cœur des problèmes de la société de son pays, que l’on pourra aller “ vers une union plus parfaite ”. Mais qui ne peut se faire qu’à la condition que chaque citoyen, entame le travail de perfection qui permettra à l’ensemble du peuple de prendre ce chemin. Car “ les rêves des uns ne doivent pas se faire au détriment du rêve des autres ”.

Il faut prendre la mesure des chocs qui sont entrain de se produire, crise économique et financière commencé cet été aux Etats Unis, contagion sur toutes les places boursières qui légitime à nouveau l’idée de nationalisation, effondrement de l’immobilier et d’une partie du crédit, renchérissement du coût de l’énergie et des matières premières, instabilité internationale majeure dans la corne de l’Afrique, en Irak, dans le Proche-Orient, en Afghanistan, tensions avec la Russie suite à l’extension de l’OTAN et à l’indépendance du Kosovo…La liste est longue

La question de la place et de la fonction de l’Etat va redevenir une question politique majeure dans les mois et les années à venir pour apporter de la régulation et de la sécurité aux citoyens. Pour qu’ils puissent vivre dans des sociétés ou ne règne pas seulement la loi du plus fort.

Ce sont ces grands mouvements qu’il faut être aujourd’hui en capacité de percevoir pour bâtir de grands projets politiques éventuellement à l’échelle d’un continent mais aussi à coût sûr, cohérent au niveau mondial. C’est à cette échelle là qu’il faut désormais se placer.

Les mécanismes techniques de la crise dans un diaporama du journal Le Monde : schématique mais pédagogique pour aller plus loin

Créé par le 25 oct 2008 | Dans : Articles de fond, Economie, Projet politique, Une autre mondialisation

Sources : Infographie du journal électronique Le Monde

Des subprimes à la chute des Bourses, les mécanismes de la crise financière
 

Pour visionner le diaporama commenté cliquer sur ce lien mis gracieusement à la disposition des internautes du blog citoyen, socialiste et républicain par le journal Le Monde. Pour l’approche politique, naviguer sur notre blog dans les catégories économie, projet politique, une autre mondialisation, etc …

 

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Des subprimes à la chute des Bourses, les mécanismes de la crise financièreLEMONDE.FR | 22.10.08
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Quelle politique face à la mondialisation?

Créé par le 22 oct 2008 | Dans : Articles de fond, Blog du Che, Economie, Le Che, Une autre mondialisation

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au forum « Quelle alternative politique dans la mondialisation », organisé par le PS, le MRC, le PCF, le PRG et le Verts, mardi 21 octobre 2008.

Nous avons un devoir de lucidité. A moins de quatre ans de la prochaine élection présidentielle, la gauche française est-elle en état d’apporter une réponse convaincante au défi immense de la crise actuelle ? Maryse Dumas nous a demandé de créer la confiance. Mais les deux économistes nous ont alerté sur la profondeur de la crise. « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté », jamais l’exhortation de Gramsci n’a été plus actuelle.


I – D’abord comprendre

La crise actuelle n’est pas seulement celle du capitalisme financier. Elle s’enracine dans de profonds déséquilibres économiques et géopolitiques.

A) Le capitalisme financier a pris le pas sur le capitalisme industriel à la faveur de la « globalisation » voulue par les Etats-Unis. La crise actuelle clôt un cycle entamé dans les années soixante-dix avec le flottement des monnaies et poursuivie, sous l’impulsion de Mme Thatcher et de M. Reagan, par une dérégulation progressivement généralisée de l’économie mondiale. De cette dérégulation, l’Europe libérale a été le relais à travers l’Acte Unique négocié en 1985 et ratifié en 1987, et le traité de Maastricht signé en décembre 1991.

Le capitalisme financier a peu à peu imposé sa loi, celle de « l’acquisition de valeur pour l’actionnaire », avec l’ouverture généralisée des marchés notamment ceux des capitaux (France 1990), les privatisations, la fin de toutes les protections (OMC), la mise en concurrence des territoires et des mains d’œuvre et son cortège de délocalisations. Des politiques d’abaissement du coût du travail, qu’a stigmatisées Maryse Dumas, en ont naturellement résulté. A la faveur d’une véritable dictature de l’actionnariat, l’habitude s’est prise d’exiger des taux de rentabilité mirobolants, évidemment impossibles à satisfaire à long terme.

Cette frénésie d’enrichissement sans cause s’est traduite par des « bulles financières » successives : 1997-98 (crises asiatiques et russe), 2000 (éclatement de la bulle technologique) 2007-2008, crise des subprimes, la plus grave de toutes car elle touche le système en son cœur. C’est la fin d’un cycle de trente ans.

B) Cette crise traduit non seulement les excès du capitalisme financier lui-même (la « titrisation ») mais des déséquilibres économiques et géopolitiques plus profonds.

• Déséquilibres économiques : fuite en avant dans l’endettement et les déficits aux Etats-Unis ; excédents et thésaurisation en Chine, au Japon, dans les pétromonarchies, mais aussi en Allemagne dont l’excédent commercial (200 Milliards d’euros) a ceci de particulier qu’il se fait à 75% sur ses voisins de l’Union européenne.
• Déséquilibres géopolitiques aussi : la « surextension » de l’Empire américain décrite par Paul Kennedy est devenue évidente : les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens et n’ont plus les moyens de dominer seuls le monde. L’enlisement au Moyen-Orient le démontre.

C) La récession risque d’être longue car ces déséquilibres ne se corrigent pas en un jour : épargne des ménages US (moins de 1 % de leurs revenus) – mode de vie américain dispendieux et énergétivore – le rétablissement des comptes par la réindustrialisation ne peut se faire que dans la durée.

Le rétablissement des équilibres de l’économie américaine n’est guère compatible avec le libre-échangisme déséquilibré qui prévaut aujourd’hui entre des pays de niveau économique et social hétérogène. Ce retour au protectionnisme peut être limité par un plan de relance coordonnée à l’échelle mondiale où les pays excédentaires : Chine-Japon. Allemagne, donc Europe, serviraient de « locomotives ». Mais l’instauration de protections est aussi inévitable que souhaitable aux Etats-Unis et en Europe pour des raisons sociales et environnementales.

Quant aux pays émergents il est probable qu’ils devront privilégier davantage le développement de leur marché intérieur et la prise en compte de leurs besoins sociaux. C’est un nouveau modèle de développement qu’il faut inventer, avec notamment le souci de limiter les émissions de gaz à effet de serre.

La lucidité s’applique aussi à l’action. Sachons nous défier des chimères et garder les yeux ouverts.

II – La réponse à la crise est et ne peut être qu’à la fois nationale et internationale. Elle remet en cause toutes les sacrosaintes règles du néolibéralisme.

A) La réponse est d’abord nationale.

• Les Etats-Unis ont donné le branle avec le Plan Paulson d’abord amendé par le Congrès puis par l’Administration américaine elle-même ;
• L’Europe a suivi par un enchaînement de décisions nationales progressivement coordonnées : G4, le 4 octobre, puis dans les jours suivants : Eurogroupe à quinze + Grande Bretagne ; Union européenne à 27.

C’est une Europe des cercles qui s’est mise en mouvement. Les modalités et l’ampleur de la réponse diffèrent d’un pays à l’autre pour des raisons diverses et souvent légitimes (RFA : système bancaire décentralisé).

Le fait national a ainsi éclaté en plein jour : Seuls les Etats nationaux ont la légitimité démocratique pour agir par gros temps.

Les « autorités » européennes sont condamnées à suivre ou à s’effacer : Commission – Banque Centrale européenne qui a dû baisser ses taux, contrairement à la volonté de M. Trichet exprimée quelques jours auparavant.

La désuétude des règles européennes inscrites dans les traités est justifiée au nom de « circonstances exceptionnelles » (Jouyet, 3 octobre, interview aux Echos) :
• Principe de la concurrence libre et non faussée (le principe que rappelait encore le protocole n° 6 du traité de Lisbonne) ;
• Prohibition des aides d’Etat.

Les critères de Maastricht en matière de dette et de déficit sont « explosés ». Bref, « nécessité fait loi ».

Une contradiction majeure apparaît ainsi entre le texte et la philosophie des traités telle que la Commission les interprétait et la nécessité urgente de l’intervention des Etats. Les idéologues du libéralisme et les dirigeants patronaux se dressent contre les remises en cause qu’ils observent ou plus encore, devinent à l’horizon.

B) Les décisions nationales doivent être et ont été jusqu’ici internationalement coordonnées.

Un nouveau Bretton Woods ?

Il est difficile de revenir à des parités stables sans corriger les déséquilibres économiques de fond.

Le contenu d’un nouveau Bretton Woods ne peut se borner à quelques corrections comptables ou prudentielles. La « régulation » doit aller beaucoup plus loin jusqu’à l’interdiction des paradis fiscaux. Surtout un nouveau Bretton Woods implique d’abord un plan de relance coordonné pour corriger les déséquilibres économiques fondamentaux. Ensuite, on pourra fixer des fourchettes aux parités monétaires si la volonté politique est au rendez-vous et réformer l’ensemble des institutions internationales.

C) Une nouvelle redistribution du pouvoir est inévitable.

Elle n’ira pas sans tensions :

1. La tentation d’une fuite en avant dans la guerre doit être conjurée (Iran, Pakistan, Russie, Chine).

2. Les Etats-Unis doivent redevenir la grande nation qu’ils sont : Ils n’ont plus les moyens d’une domination universelle, mais ils restent « la nation indispensable » que Mme Allbright évoquait, sans s’y être vraiment résignée, comme on l’a vu dans les Balkans en 1999.

3. Le monde multipolaire est déjà une réalité. Sachons l’organiser sur la base du droit, c’est-à-dire dans le cadre de l’ONU et d’institutions internationales rénovées, FMI, Banque Mondiale, OMC, OIT, Organisation mondiale de l’environnement, etc.

La France et l’Europe doivent y trouver leur place car il serait paradoxal que la France et l’Europe cessent d’être un pôle dans un monde devenu multipolaire. La France a un rôle particulier à jouer pour combattre l’idée d’un « choc des civilisations ».

III – La gauche a un très bel espace à occuper et une tâche historique à remplir

1. Pour renouer à la fois avec l’idée de progrès social et avec les couches populaires,

L’idée de service public n’a jamais été aussi moderne (hôpital public, logement, éducation, mais aussi eau et ressources rares, crédit car la recapitalisation des banques par l’Etat doit se traduire par des participations publiques au capital et par une politique de transformation de l’épargne au profit de l’investissement, avec un changement inévitable des équipes dirigeantes). Un nouveau modèle de développement est à construire : plusieurs révolutions technologiques sont devant nous. Sachons en prendre les moyens.

2. Mais la gauche ne pourra devenir hégémonique qu’à une condition impérative : qu’elle reprenne le drapeau du patriotisme républicain qu’elle a laissé échapper, qu’elle se réapproprie l’idée nationale (≠ nationalisme). C’est une gauche refondée sur une base républicaine qui peut à nouveau faire aimer la France à tous ceux qui l’habitent. C’est parce que nos élites ont abandonné le patriotisme, le drapeau et la Marseillaise à Le Pen, que la signification même des symboles nationaux s’est perdue et pas seulement chez les immigrés. Comment en effet faire aimer par d’autres un pays qui ne s’aime pas lui-même, qui laisse piétiner son Histoire et son identité par tous les communautarismes, par les contempteurs de l’idée nationale et par tous ceux qui voient dans la France un obstacle à leurs ambitions ? Oui, la gauche, pour être audible, doit se remettre à la hauteur de la France car l’Histoire de la France n’est pas finie. On peut être européen sans renvoyer la France aux oubliettes.

3. L’avenir, en effet, n’est pas à une Europe libérale et technocratique. Il n’est pas non plus à une Europe fédérale dont ni la Grande-Bretagne, ni les PECO, ni les pays nordiques ni même l’Allemagne ne veulent (je ne parle pas du peuple français auquel on ne demande plus son avis). Il est à une Europe des peuples, des nations donc des Etats (autant de gros mots), une Europe à géométrie variable et s’assumant comme telle.

Sans être fédéraliste, mais seulement euroréaliste, on peut souhaiter un gouvernement économique de la zone euro, pour le jour où l’Allemagne l’acceptera. Tel n’est pas le cas aujourd’hui, mais on peut toujours espérer. Cultivons le principe : « Autant d’Europe que possible, mais autant de France que nécessaire ».

Le problème de l’Europe c’est en grande partie le problème de l’Allemagne. Il faut aider celle-ci à penser l’intérêt européen en même temps que l’intérêt du monde du travail en Allemagne. Cela n’est sans doute possible en Allemagne que par le rapprochement entre le SPD et « Die Linke ». Une victoire ou même un redressement de la gauche en France dynamiserait ce processus.

4. Je voudrais terminer sur une idée simple.

La gauche doit créer un électrochoc, si elle veut devenir majoritaire dans le pays. Il n’y a aucune raison pour que nous ne nous retrouvions pas tous dans un même parti. Nos divergences sont réelles, mais elles n’empêchent nullement la coexistence dans une même organisation démocratique de sensibilités radicales au sens étymologique du terme, et de sensibilités plus gestionnaires. C’est même une condition d’une victoire électorale possible.

Les cartes sont sur la table. J’ai envie de dire « A vous de jouer ! » Le PS et le PCF tiendront leur Congrès en novembre et décembre prochains. J’espère qu’ils feront avancer à la fois l’idée d’une réorientation profonde, à la hauteur du défi immense qui est devant nous et l’idée d’une grande organisation de toute la gauche qui donnerait le signal d’un nouveau départ. Et puisque certains sont encore réticents devant l’idée d’un grand parti, bâtissons au moins sans tarder une Confédération qui serait chargée d’organiser en 2011 des primaires ouvertes à tous les militants et à tous les sympathisants pour désigner le candidat de la gauche à la présidentielle de 2012. Cela aurait de la gueule. Cela ferait se lever de grands débats et souffler sur le pays le vent du renouveau !

La voix de la France dans le monde

Créé par le 22 oct 2008 | Dans : Articles de fond, Blog du Che, Economie, Le Che, Pour une autre Europe, Une autre mondialisation

Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Le Monde, édition du 23 octobre 2008.  

 

Le président de la République, dans son discours de Toulon, n’a pas sous-estimé la gravité de la crise. Mais il l’a réduite à la logique du capitalisme financier. Certes, il a eu raison de flétrir les excès de la titrisation qui a déresponsabilisé les banques, mais il n’a pas dit qui a encouragé cette « titrisation ». Il a surtout fait l’impasse sur la dimension géopolitique de la crise. 

Qui en effet a encouragé la fuite en avant dans l’endettement des ménages et des banques, et la dilution des risques dans une « titrisation » opaque ? Qui, sinon l’administration Bush et ce demi-dieu, Alan Greenspan, hier encensé, et jeté aujourd’hui à bas de son piédestal ? Il fallait bien sortir de la crise née de l’éclatement de la bulle technologique et financer la guerre d’Irak !

C’est cette fuite en avant qui a contaminé l’ensemble de l’économie mondiale. Mais le mal vient de plus loin encore : ce sont les Etats-Unis qui, depuis plus de trente ans, ont impulsé la globalisation financière et les dérégulations, flottement des monnaies, libéralisation absolue des mouvements de capitaux, cycle des privatisations, fin de toutes les protections à travers le GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) devenu Organisation mondiale du commerce (OMC), mise en concurrence des territoires et des mains-d’oeuvre avec son cortège de délocalisations. Il faut rappeler qu’ils furent suivis par l’Europe, qui fit du dogme libéral son credo, à travers l’acte unique, le traité de Maastricht et le projet de Constitution européenne repris par le traité de Lisbonne.

Les Etats-Unis, grâce à la globalisation et au privilège du dollar, ont pris l’habitude de vivre très au-dessus de leurs moyens : leur endettement total – tous agents confondus – atteint 316 % de leur PIB ! L’économie la plus riche du monde capte 80 % de l’épargne mondiale, signe sûr que le monde marche sur la tête ! Enfin, le déficit de leur balance commerciale dépasse 700 milliards de dollars (530,7 milliards d’euros), soit plus de 5 % de leur PIB.

Mais ce système est fragile car le sort du dollar est entre les mains du Japon, de la Chine et des pays du Golfe. La bonne tenue du dollar depuis l’accélération de la crise ne tient qu’à la puissance politique et militaire des Etats-Unis. Mais leur enlisement au Moyen-Orient montre que ceux-ci ont atteint ce que l’historien Paul Kennedy décrivait déjà en 1987 comme le point de « surextension impériale », celui au-delà duquel un empire ne peut plus soutenir sa domination et se trouve donc obligé de réviser à la baisse ses ambitions.

Certes, les Etats-Unis sont et resteront au XXIe siècle une très grande nation, mais ils devront composer avec « le reste du monde », avec les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Iran), mais aussi avec le retour de la Russie et même avec leurs alliés traditionnels : Europe et Japon, qui, dans un monde multipolaire, voudront compter parmi les « pôles ».  

Et voilà pourquoi la crise sera longue, à la mesure des profonds déséquilibres économiques et géopolitiques qui se sont creusés depuis que Francis Fukuyama, en 1992, au lendemain de la chute de l’URSS, avait imprudemment proclamé la fin de l’Histoire et le triomphe définitif du libéralisme. Il faudra du temps en effet pour que les ménages américains se remettent à épargner et revoient leur mode de vie et pour que les Etats-Unis rétablissent leurs comptes extérieurs et délaissent le rêve d’un empire universel dont ils n’ont plus les moyens.

Bien sûr, ils peuvent être tentés de maintenir leurs avantages en recourant à la guerre, avec l’Iran par exemple ou bien avec la Russie dans le Caucase, par Européens interposés, de préférence, ou bien encore – pourquoi pas ? – avec la Chine dans le détroit de Formose ou en Corée. Tel n’est pas, heureusement, l’état d’esprit d’un Barack Obama, même si certains de ses objectifs de politique extérieure (Iran, Afghanistan, extension de l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie) ne diffèrent pas fondamentalement de ceux de John McCain. Aucun des deux candidats ne semble avoir pris conscience de la situation économique réelle de l’Amérique.

Une récession économique assez longue se profile donc, faute d’une coordination des politiques économiques entre les principaux pôles de l’économie mondiale. Il faudrait en effet stimuler la demande dans les pays excédentaires (Allemagne, Japon, Chine) pour aider les Etats-Unis à rétablir leur équilibre commercial et à retrouver un taux d’épargne normal, autrement qu’à travers la récession. Nicolas Sarkozy a évoqué un nouveau Bretton Woods. L’expression est forte, mais nous sommes loin de pouvoir retrouver rapidement un système de parités ordonnées : il faut d’abord remédier aux déséquilibres fondamentaux de l’économie mondiale.

Pour que les grands pays européens puissent faire entendre leur voix dans la redistribution du pouvoir, à l’échelle mondiale, qui se profile, il serait temps de regarder les réalités en face. La crise a frappé de désuétude les principes qui ont gouverné la construction européenne : concurrence libre et non faussée sous la haute surveillance d’une Commission européenne omnipotente, prohibition des aides d’Etat, critères dépassés de plafonnement des déficits et de la dette publique, irresponsabilité de la Banque centrale européenne (BCE). On mesure ainsi à quel point le traité de Lisbonne correspondait peu aux nécessités d’une construction européenne réaliste.

En quelques jours, la réalité de l’Union européenne s’est révélée : c’est une union d’Etats et non pas une construction « communautaire » et encore moins fédérale. Ce sont les quatre plus grands Etats réunis d’urgence au sein d’un « G4″ qui ont décidé, le 4 octobre, une simple coordination de mesures nationales, sous le régime de l’urgence, c’est-à-dire en dehors des règles posées par les traités, et cela sous l’impulsion d’Angela Merkel.

L’Eurogroupe à quinze, avec le concours de Gordon Brown, a assuré la mise en musique. Ainsi a éclaté la puissance du fait national : seuls les Etats en temps de crise ont en effet la légitimité démocratique pour imposer des plans d’urgence. La Commission européenne a été mise devant le fait accompli, et la BCE a été contrainte d’accepter dans l’urgence une baisse de ses taux d’intérêt que M. Trichet refusait encore quelques jours auparavant. Fallait-il que soufflât fort le vent venu d’Amérique !

Mais mieux vaut l’Europe des Etats que pas d’Europe du tout ! L’Allemagne ne veut pas d’un gouvernement économique de la zone euro. J’entends certains réclamer un « emprunt européen » que Jacques Delors évoquait déjà en 1994 au sommet d’Essen et que les traités actuels ne permettent toujours pas.

Ainsi les faits ont tranché : armés d’un solide euroréalisme, allons à la rencontre d’un avenir que chacun pressent difficile, en nous appuyant sur les nations, là où vit la démocratie, avec une idée simple : « Autant d’Europe que possible, mais autant de France que nécessaire ! » Loin de toute inféodation, la France peut et doit faire entendre une voix claire, à la rencontre du monde nouveau qui vient.

Jean-Pierre Chevènement est sénateur du Territoire de Belfort, ancien ministre.

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