Vive le blog citoyen

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Franck Louvrier : sus à Internet

Créé par le 04 juin 2008 | Dans : Vive le blog citoyen

Après Nadine Morano et le Président lui-même, le tonton flingueur de la Sarkozye se lance dans une diatribe anti-Net. Astucieux mais criticable.

Qui a soufflé à Nicolas Sarkozy ces stupides idées sur Internet ? En tout cas, le Président, sur ce sujet, a choisi son camp : celui des anciens contre les modernes, des quinquas contre les trentas, des plumes à l’ancienne contre les Barbares de l’info. Si ce n’était pas le cas, le pittbull du président, celui que l’on surnomma Pulp Fiction ne se serait pas fendu, mercredi 4 juin, d’une telle tribune dans Libération (lire l’encadré ci-dessous).
Résumons sa thèse. Internet incarne la barbarisation du journalisme. La rumeur y prend la place de l’info. Internet incarne le rêve politique soixante-huitard. Il met en partage le pouvoir médiatique, rogne sur le secret d’Etat, rend publiques les guerres, etc. Oui mais voilà, poursuit Louvrier, il y a trois hics :
1°) Internet menace la préservation de notre vie privée. Louvrier ne l’écrit pas, mais chacun pense au fameux vrai-faux SMS présidentiel.
2°) Internet déstabilise l’équilibre économique de la presse puisqu’il entame les recettes des médias papier sans que le développement de la publicité sur le Web ne vienne compenser ces pertes. Bien vu ! Les papys des médias seront reconnaissants au Président et à Louvrier de venir ainsi à leur secours.
3°) Ce déséquilibre économique se traduit par « une course à l’audience sans précédent, qui, dopée par la pression de l’actualité en temps réel, fait primer le commentaire sur l’explication et le scoop sensationnel sur l’information vérifiée ».
Internet une nouvelle tyrannie de l’audimat ? A voir, et il serait stupide de ne pas reconnaître que la tentation existe et qu’elle a engendré plusieurs dérapages. Mais personne n’a jamais entendu Franck Louvrier ni son mentor Nicolas Sarkozy se plaindre de la même tyrannie de l’audience telle qu’elle s’exerce sur TF1, France 2 ou M6. Au contraire : il n’est pas si loin le temps où un candidat nommé Nicolas Sarkozy apostrophait ses interlocuteurs par un tonitruant « Huit millions hier soir, vous avez vu ! Huit milions quand même hein ! » Comme quoi il y a audience et audience. Et surtout, il n’y a pas d’Arlette Chabot ou de Laurence Ferrari sur le Net.


« L’information de qualité n’est pas soluble dans le haut débit »
par Franck Louvrier, dans
Libération du mercredi 4 juin 2008.

La relecture des slogans de 68 est instructive. « J’ai quelque chose à dire mais je ne sais pas quoi » placarde le manifestant, expliquant par là qu’en préalable à toute revendication spécifique, la génération 68 cherchait un espace pour s’exprimer, un lieu pour «dire» les choses.

Cet espace public d’expression et de débat, bâti hier à coups de pavés, est aujourd’hui à la portée d’un simple clic. L’espace infini d’Internet offre à celui qui a quelque chose à dire les moyens de s’exprimer. Dans quelle mesure Internet permet de réaliser les aspirations de la génération 68 ? Voilà une question qu’il nous appartient de poser, à la lumière de la double dynamique, technique et économique, qui détermine notre rapport au web.

L’évolution technique à l’œuvre dans le web est celle d’une démocratisation sans précédent des outils de production et de diffusion de l’information. Hier réservés aux seuls journalistes, les outils de production de l’information (ordinateurs, appareils photo, caméras) sont, à l’heure du numérique, des biens de consommation courante qui donnent à chaque citoyen le pouvoir d’écrire, de photographier et de filmer avec un matériel semi-professionnel. (…)

Mercredi 04 Juin 2008

Philippe Cohen dans Marianne en ligne

Le “chant des adieux”, par Florence SORIANO-GAFIUK

Créé par le 21 mai 2008 | Dans : Gouvernement, Vive le blog citoyen

La dissolution du 57ème RA de Bitche retentit comme un chant d’adieu à un monde, à une époque, à une population qui méritaient d’autres égards. c’est aussi une petite pièce composée par mes soins pour évoquer le désarroi et les drames qui en découlent, mais surtout la détermination et la force d’hommes et de femmes décidés à se défendre. Merci de diffuser ce message le plus largement possible.
 

François : Monsieur le Président, cette petite visite me rappelle votre passage éclair sur le site de Gandrange. “Visite présidentielle, visite providentielle…” et finalement, bien des déconvenues à la clef !…

Sarko : Mais c’est tout de même extraordinaire, cette façon de tout déformer ! A Gandrange, j’ai fait des déclarations précises, des promesses claires ! Je me suis engagé solennellement à prendre en charge les investissements nécessaires au redressement de cette entreprise et…

François (lui coupant la parole) : Vous l’avez dit et vous n’en pensiez pas un mot ! Vous-même savez bien que Bruxelles interdit formellement ce genre d’initiatives. Vous avez froidement mené ces gens en bateau (et pas celui de Vincent Bolloré !), et vous êtes venu en faire autant ici !

Sarko : Oh, mais pas du tout ! On ne pourra pas me reprocher de ne pas tenir des promesses faites devant vous, parce que…, comment vous dire cela…
François : Parce que vous ne prendrez même pas la peine de nous en faire, n’est-ce pas ? L’affaire est pliée, et on n’en parle plus !

Sarko (mielleux) : Il faut savoir s’adapter aux réalités économiques… Il faut que chaque français fasse des efforts pour que notre pays reste compétitif…

François : De notre point de vue, ce sont toujours les mêmes français qu’on presse de faire des efforts ! Nous sommes égaux devant l’effort, Monsieur le Président, mais comme disait Coluche, il y a des gens qui sont “moins égaux que les autres” !! …

Sarko : Allons, Monsieur François, le pays de Biche n’est pas si mal loti !

François : De Bitche, Monsieur le Président ! Le Pays de BITCHE !!!

Sarko : Ne jouez pas sur les mots ! Vous ne pouvez pas demander à l’Etat de maintenir des garnisons pour vous protéger contre des dangers qui n’existent plus !

François : Monsieur le Président, c’est nous au contraire qui avons protégé l’Etat au cours des dernières décennies. Nos pères ont été en première ligne des combats, nos maisons ont été bombardées, et lorsqu’il a fallu céder des villes à l’occupant, c’est encore la nôtre que le sort a désignée !! Et aujourd’hui, la paix revenue, c’est un autre bombardement qui s’abat sur nos têtes, celui de réformes iniques qui signent la débâcle de notre région.
C’est cela qu’il est si difficile d’admettre pour nous ! C’est le Pays de Bitche qui a été le plus éprouvé, Monsieur le Président ! C’est ici qu’il y a eu le plus de morts ! Et à chaque réforme, c’est ici encore que les mesures sont les plus dures, les plus radicales, les plus définitives !
C’est un lâchage en règle, Monsieur le Président !

Sarko (qui feuillette quelques papiers) : Bitche a toujours été chère à mon cœur, Monsieur François ! A la cérémonie de passation de pouvoirs consécutive à mon élection, j’ai tenu à la présence des artilleurs du 57ème Régiment d’Artillerie de Bitche ! Ce sont eux qui ont tiré vingt-et-un coups de canons sur l’Esplanade des Invalides !

François : C’est un signe, Monsieur le Président ! Il faut justement invalider cette décision de dissolution du 57ème Régiment d’Artillerie de Bitche !

Sarko : Ce sont les militaires qui sont les premiers concernés ! Ils seront simplement reclassés ailleurs ! Ca ne pose pas de problème majeur car ils ont accepté une certaine mobilité en entrant à l’armée.

François : Monsieur le Président, la population du Pays de Bitche a tissé au fil des ans des liens très étroits avec les personnels militaires. Nous vivons une conjoncture difficile, avec des entreprises qui mettent la clef sous la porte, des jeunes qui ont peur de l’avenir, et la présence sur place de garnisons militaires est perçue par les gens comme un pilier solide et inamovible sur lequel ils peuvent au moins compter. Beaucoup de monde s’accroche à cette branche que vous souhaitez scier !

Sarko : Aucune branche ne sera sciée de manière inconsidérée… Mais les amoureux de la nature que compte cette assistance savent bien ce que soigner un arbre veut dire. Il faut combattre les parasites, arroser l’arbre, tailler ses branches inutiles. Si on ne le fait pas à temps, c’est l’arbre entier qui est menacé !

François : Nous ne sommes pas des branches inutiles, Monsieur le Président, et encore moins des parasites ! Quant à arroser l’arbre, ce sont les larmes des petites gens qui vont couler à flot.

Sarko : Vous jouez la carte sentimentale, là ! Mais on ne dirige pas un pays avec de bons sentiments. Il faut de la rigueur, monsieur François, du réalisme !

François : Je n’aime pas davantage vos propres cartes, Monsieur le Président. La carte judiciaire, la carte hospitalière, la carte militaire, la réforme des universités… Je vois surtout à l’oeuvre des technocrates parisiens régler froidement le sort de millions de gens au vu de considérations comptables, et sans le moindre regard pour les drames qui se jouent dans la vie réelle.

Sarko : Des drames ? Allons donc ! Quels drames ?

François : Nous avons déjà été vivement ébranlés par la disparition d’un régiment à Sarralbe et par la suppression du 4ème Cuir à Bitche même. Demain, le maintien de nombreuses écoles sera contesté. Nos commerces seront menacés de faillite ! Les longues années de souffrance que nous avons vécues au cours des trois dernières guerres nous ont appris le courage, et ont ciselé au fil du temps notre identité de ville de garnison. S’y attaquer, c’est détruire notre bel équilibre, notre belle unité, et jeter aux oubliettes des siècles de tradition nourrie de respect des valeurs et de courage face aux épreuves. On n’a pas le droit de nier l’âme d’un pays.

Sarko : Ne vous inquiétez donc de rien, monsieur François. Faites-nous confiance ! Nous allons nous occuper de tout !

François : Monsieur le Président, l’avenir que vous nous promettez est bien sombre. Mais nous avons pour nous notre solidarité et notre courage. Dans les contextes les plus défavorables, dans les conflits les plus durs, nous avons toujours su serrer les rangs pour faire front tous ensemble. Jamais, nous n’avons plié devant personne ! Sachez-le, Monsieur le Président, ni aujourd’hui, ni demain, personne ne nous fera rendre gorge !
Et puis, nous ne sommes pas seuls ! Nous pourrons toujours nous fier à nos élus qui jamais, eux, ne nous laisseront humilier et trahir de la sorte !
Une majorité de français s’est rangée sous vos couleurs et vous a élu à la Présidence de la République en 2007. Aujourd’hui, c’est à vous de nous montrer que nous pouvons compter sur vous !

Posté sur le blog citoyen, socialiste et républicain le 21 mai 2008 à 16:38  

Florence Soriano-Gafiuk

Le journal d’une grève : le blog des grévistes sans-papiers de la pizzeria Marzano

Créé par le 28 avr 2008 | Dans : Vive le blog citoyen

LUNDI 28 AVRIL

Yasmine, 21 ans, serveuse depuis un an à la pizzeria Marzano

Je les soutiens.
La restauration est un métier difficile. Ils sont fidèles au poste depuis dix ans. Ils se lèvent tôt le matin, comme dirait Sarkozy. Ils ont le droit d’avoir leur part de citoyenneté.

Le chiffre d’affaire du restaurant
pâtit un peu de ce mouvement. On peut faire 70 couverts par service au lieu de 200. La terrasse, ouverte depuis un mois, compense les pertes.

On a tout de même fait 500 couverts samedi soir. Il y avait la queue.

Sur quinze cuisiniers et plongeurs, neuf sont en grève. Comme nous sommes une chaine internationale, des salariés d’Espagne et de Pologne les ont remplacés pour nous aider.

Quelques serveurs les remplacent en cuisine également.
La plupart des clients soutiennent leur mouvement. Beaucoup signent la pétition. Des mécontents, une minorité, ressortent du restaurant avant d’avoir consommé.

Filly, 33 ans, salarié sans papiers gréviste de la pizzeria Marzano à Saint Michel

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On n’a toujours pas de nouvelles du gouvernement. On n’a pas non plus la confirmation que la préfecture traite nos dossiers.

Michèle Boissy, secrétaire de l’union locale CGT du IXe arrondissement de Paris, occupe la pizzeria Marzano, boulevard des Italiens.

Pour répondre au commentaire d’un internaute sur ce blog, qui se demandait s’il n’y avait pas de travail au Mali : non il n’y a pas de travail au Mali, sinon ils ne viendraient pas ici.

Propos recueillis par Alain Roux  http://lejournaldunegreve.blogs.nouvelobs.com/

Les admirateurs d’Aimé Césaire lui rendent un dernier hommage sur le Web

Créé par le 18 avr 2008 | Dans : Vive le blog citoyen

Au lendemain de la mort d’Aimé Césaire, les témoignages d’affection au poète martiniquais se multiplient sur le Web. Il y a d’abord ceux qui racontent une histoire d’amour qui a changé leur vie. « Aimé Césaire, c’est toute mon initiation, c’est tout mon parcours, mon éveil aux choses publiques, ma prise de conscience de femme martiniquaise, de femme noire, fière de l’être », se souvient Madeleine Jouye de Grandmaison, député européen (PC) de Martinique. « Aimé Césaire nous a façonnés ; nous sommes des enfants de Césaire et des enfants du monde, dans le même mouvement. »

Nordine Nabili, rédacteur en chef du Bondy blog, raconte comment il a découvert les écrits du poète. C’était « en 1982, par hasard au détour d’un rayon de la bibliothèque de mon lycée. Un miracle en réalité. On nous avait dit d’aller passer l’heure au CDI parce que l’un de nos profs avait du retard ».  Le livre, Cahier d’un retour au pays natal, est une révélation.« Césaire nous a quittés mais son empreinte (…) sera toujours visible, comme le phare à l’approche des côtes. Merci, Monsieur Césaire, d’avoir mis votre boussole à notre disposition. »

Sur Internet, il y a aussi les admirateurs, très nombreux, qui célèbrent la fierté retrouvée par la « négritude ». Dans une Lettre à l’aîné de la tribu, l’écrivain Emmanuel Dongala rend hommage à « l’immense baobab de la poésie »  qu’était, selon lui, Aimé Césaire. « Ce mot ‘nègre’ qu’on te lançait, que dis-je, qu’on nous lançait comme une insulte, comme une provocation, tu l’as ramassé, tu l’as positivé et tu l’as flanqué fièrement à la figure de ceux qui le proféraient. »

 

Pour Frank Salin, sur Afrik.com, « la négritude (…) n’est pas un concept périmé » car « la mésestime de soi qu’ont enraciné la servitude et la colonisation dans les esprits des Africains et de leurs descendants aux Amériques n’a pas totalement disparue. De même que le racisme anti-nègre vit toujours ».  Dans Les retrouvailles de la négritude, un blogueur voit dans la « négritude » un « concept qui a fait irruption dans un espace pollué par le ‘rire banania’ pour y décliner une humanité enfouie en chacun de nous ».

HÉRITAGE EN QUESTION

Mais des aspects plus polémiques sont également abordés. Sur Afrik.com, Frank Salin s’interroge sur « l’héritage » d’Aimé Césaire. « Si son génie littéraire paraît aujourd’hui incontesté, il en va autrement de sa pensée et de son action politique. Quel héritage le père de la négritude laisse-t-il au monde ? », se demande-t-il. L’éditorialiste rapporte les reproches adressés à Césaire, pour son « manque d’adéquation entre son engagement littéraire et sa vie politique.  Peut-on avoir voté la loi de départementalisation en 1946 et être un militant anticolonialiste ? Peut-on prêcher l’émancipation des peuples en participant au jeu politique établi par la France ? Peut-on être maire et député français pendant un demi-siècle et dans le même temps défendre l’idée d’une autonomie pour la Martinique ? »

Sur un blog consacré au poète martiniquais, Amadou Iamine Sall, président de la Maison africaine de la poésie internationale, balaie ces critiques et rapporte simplement les propos du poète :« Prenez ma poésie comme une revanche sur ma politique ! » Pour Aimé Césaire, estime-t-il,« l’indépendance, la vraie »  fut « de se décoloniser culturellement. Là fut son vrai et profond combat ».

LE PANTHÉON EN DÉBAT

 

L’écrivain Claude Ribbe, historien de la diaspora africaine, adresse une lettre au président de la République pour demander que la dépouille d’Aimé Césaire soit transférée au Panthéon le 10 mai, date anniversaire de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. « Plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’outre-mer, vous pourriez ce jour-là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture ».

Mais cette proposition fait débat. Parmi les réactions à la lettre de l’écrivain Emmanuel Dongala, un internaute dénonce violemment« le cynisme dans la récupération politique des obsèques du grand ami de Senghor, sachant qu’il y a tout juste deux ans, les députés français de droite comme de gauche ont voté une loi proclamant que la colonisation française a été un acte positif ». A ceux qui émettent l’idée de transférer la dépouille du poète au Panthéon, cet internaute demande pourquoi « on ne lui a pas fait tous ces honneurs de son vivant en lui attribuant le prix Nobel de la littérature ou de la paix, ou mieux en le faisant entrer à l’Académie française ».

Un autre internaute estime, dans son blog, qu’Aimé Césaire « était profondément Martiniquais et avant tout Martiniquais. (…) Cet homme qui aimait sa terre et son peuple plus que tout doit rester sur cette terre avec son peuple qu’il aimait plus que tout. Il n’a rien à faire dans un Panthéon froid et glacé. Il est de la Martinique, pas de la France même s’il appartient au monde ».

François Béguin pour le journal Le Monde

Chine : LaGrandecensure.com

Créé par le 29 mar 2008 | Dans : Vive le blog citoyen

Baptisée «Bouclier d’Or», la machine chinoise de censure du web monte en puissance. Avec l’appui de certains sites occidentaux.

A quatre mois des Jeux, le gouvernement chinois a décidé de jouer la carte de la prudence. Aucune information sur la violente répression des Tibétains n’est accessible par Internet dans le pays. Vingt à trente milles policiers surveillent, bloquent et censurent le net quotidiennement. Ils sont relayés par les grands portails chinois et les médias nationaux qui s’auto-censurent afin d’éviter la suppression de leur journal, de leur chaîne de télévision ou, pire, l’emprisonnement. Pour Luc Richard, correspondant de Marianne en Chine, l’information sur les récents événements au Tibet s’est faite par étapes: rien pendant 24 heures, puis des images de saccages de boutiques et de lynchages de Chinois par des Tibétains, appuyant les thèses du régime. «Il y a eu une évolution depuis dix ans. A l’époque, aucune information ne serait sortie. Aujourd’hui, les images passent en boucle à la télévision et sont commentées mais elles servent la propagande» explique le journaliste. Sur les forums de discussions et les blogs, tous les commentaires sont supprimés, sauf ceux appelant au meurtre de Tibétains.

Une efficacité relative

Luc Richard raconte : «A l’intérieur du pays, les informations circulent un peu grâce aux SMS que s’envoient les Chinois, citadins comme paysans.» Malgré des écoutes téléphoniques systématiques, les habitants se renseignent et témoignent, entre eux, de leurs expériences grâce à des mots codés. Par ailleurs, jusqu’ici il était possible d’accéder à des sites d’information étrangers depuis la Chine par des relais – ou «proxys» – mais ils sont désormais inaccessibles. De même, le direct à la télévision est toujours différé de quelques minutes afin de parer à l’inattendu, qui pourrait nuire au régime. «Au Tibet, ils ont mis en place un système de contrôle des Internautes avec un numéro d’identification et un autre système de préprogrammation par mots clés. Mais leur efficacité est très relative. Et puis, tout système génère son contre-système. Ils ne sont pas à l’abri de petits génies de l’Internet, ou de fonctionnaires de l’administration qui souhaiteraient sortir des infos» précise Roger Faligot, auteur du livre Les services secrets chinois.Le « Grand Pare-Feu » de la Chine

Cette machine de censure bien huilée porte un nom : le projet «Bouclier d’Or», dont les lois sont différentes selon les régions. A l’extérieur de la Chine Continentale, ce système est connu sous le nom de «Grand Pare-feu de la Chine», en référence à la grande muraille. Deux niveaux de blocage des serveurs extérieurs sont mis en oeuvre. La plupart sont filtrés, l’internaute attend indéfiniment comme si le site était saturé. D’autres sont bloqués, comme si le site refusait la connexion. La porte d’accès à Google existe en deux versions : Google.com (en langue chinoise) et plus récemment Google.cn. Les interfaces sont similaires et les deux sites sont accessibles de Chine, bien que Google.com ait déjà été temporairement bloqué. Un grand nombre de sites situés à l’extérieur de la Chine continentale sont sujets à une censure limitée dans le temps. Il est difficile d’en donner une liste exacte car ces sites sont accessibles dans certaines villes et non dans d’autres.

Fichage des blogueurs anonymes

Les sites d’information de sources étrangères, et particulièrement ceux qui proposent des forums et/ou une version en langue chinoise – BBC News, Hong Kong news et Radio-canada.ca – sont très surveillés. Sont censurés les sites et les informations sur l’indépendance des Tibétains et les actions du Dalaï Lama bien sûr, mais aussi sur les manifestations pro-démocratie de la place Tiananmen en 1989, l’indépendance des Ouïghours et de Taïwan, le site officiel de l’Eglise catholique clandestine et certains sites de Chinois à l’étranger comme China Gate.
Wikipédia, dans toutes les langues, est bloqué – malgré un bref déblocage en octobre 2006-; le site en langue chinoise est plus difficile d’accès que les autres. En réponse à Wikipédia, le moteur de recherche Chinois Baidu a lancé
Baidu Baike, une sorte de Wikipédia chinois censuré. FreeBSD.org, maintenant accessible, a été bloqué jusqu’en décembre 2005. Egalement, le site du Falun Gong et de nombreux sites ayant pour sujet le Falun Gong ainsi que le site de Reporters sans frontières. Le gouvernement chinois essaie d’appliquer aux blogs tenus par des Chinois sur des sites extérieurs la même politique de vigilance qu’à l’intérieur. Pékin souhaite même ficher les blogueurs anonymes alors qu’on en recense 17,5 millions dans le pays. Yahoo ! complice ?

Outre les mesures prises par les autorités de Pékin, certains sites étrangers apportent leur soutien tacite à la politique répressive du régime. Ainsi en 2005 le cyber-dissident Shi Tao avait été arrêté puis condamné à 10 ans de prison suite à des informations transmises à la police chinoise par le site Yahoo ! qui investissait alors des sommes considérables en Chine et ne pouvait envisager de ne pas répondre aux requêtes du régime. N’ayant pas perdu ses réflexes, le 23 mars Yahoo ! Chine mettait en ligne sur sa page d’accueil un avis de recherche lancé par les autorités contre une vingtaine de Tibétains accusés d’avoir participé aux récentes émeutes. MSN Chine diffusait le même avis, mais à l’intérieur de son site. Le texte était accompagné des photos des Tibétains suspects. Sur les 24 Tibétains visés par cet avis de recherche, deux auraient déjà été arrêtés.

Des milliards qui coûtent cher

Aujourd’hui, la société se défend en précisant «la marque Yahoo! Chine est opérée par Alibaba, société dont Yahoo! détient moins de 40% des parts». Dans un communiqué, Yahoo! déplore même l’utilisation d’internet pour supprimer la liberté d’expression et affirme être «une compagnie basée sur le principe selon lequel la promotion de l’accès à l’information peut fondamentalement améliorer la vie des gens et leur relation au monde qui les entoure».
Belles paroles certes, mais «même si c’est en partie vrai, c’est complètement hypocrite, explique la sinologue Marie Holzman car ils se font implicitement les relais de la politique répressive du régime. On ne peut pas s’exonérer des informations, surtout quand elles sont aussi graves, diffusées sur les sites dont on possède la marque».
L’image de Yahoo ! avait déjà été fortement ébranlée en 2005. Aujourd’hui c’est tout le comportement des sociétés étrangères vis à vis des autorités de Pékin qui est remis en cause. Et la facture de la très juteuse collaboration de Yahoo ! avec Pékin pourrait se révéler sévère ! Il est des milliards plus chers que d’autres…


L’ambassade de France en Chine, partisane de la censure ?

Un communiqué envoyé par le service de presse de l’ambassadeur de France en Chine, Hervé Ladsous, explique que «le traitement par les médias chinois des événements survenus depuis le 10 mars sur les marches méridionales de la République Populaire est par certains aspects très innovant.» La diplomatie française semble ainsi justifier la politique de la Chine envers le Tibet. Cette complaisance est surprenante de la part d’un membre du corps diplomatique, spécialiste du pays, qui ne peut ignorer la censure générale des médias chinois. Pourtant, on peut lire dans le communiqué: «Quelle que soit l’interprétation que l’on a des évènements, il faut donc constater que l’opinion publique chinoise a, depuis le 20 mars, librement accès à la plupart de l’information visuelle que l’on peut voir par ailleurs dans le reste du monde.» Étrange interprétation de la liberté dans un pays où tous les sites étrangers sont censurés et où ne subsistent que les partisans du pouvoir et de sa propagande. «Un tel niveau de transparence était en tout cas inédit» écrit l’ambassade qui dit assister à «une normalisation de l’information». Où est la transparence lorsque la télévision chinoise dissimule les images de la répression et qu’elle dénonce les actes du Dalaï Lama et «de sa clique» ? Comment parler de normalisation quand des journalistes se font emprisonner pour oser critiquer le gouvernement ? À ce train-là, on peut imaginer que l’ambassade dénoncera bientôt les actes dangereux de Robert Ménard et de sa « clique »…


 

Vendredi 28 Mars 2008 – 00:03

Pauline Delassus et Régis Soubrouillard dans Marianne en ligne

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