Vive le blog citoyen

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L’affaire Hortefeux met Internet au banc des accusés, par Xavier Ternisien

Créé par le 16 sept 2009 | Dans : Vive le blog citoyen

Haro sur Internet et Daily Motion! Après la publication par Lemonde.fr d’une vidéo montrant le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux se laissant aller à proférer une blague jugée raciste, des membres du gouvernement, des parlementaires et un conseiller à l’Elysée ont pointé du doigt Internet comme étant la source de nouvelles dérives en matière d’information. Souvent sans beaucoup de nuances.

Pour Jean-François Copé, « Internet est un danger pour la démocratie ». « Je crains que si l’on met sur un pied d’égalité des images comme celles-ci, dont je persiste à dire qu’elles sont sorties de leur contexte, avec d’authentiques reportages, il y a un vrai risque de discrédit pour (la profession de journaliste) », affirmait le député, vendredi 11 septembre, sur France Inter. Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, parle de « transparence absolue » qui est « le début du totalitarisme ».

De son côté, Patrick Devedjian, ministre de la relance, estime que « les hommes politiques sont devenus des cibles, la frontière entre vie publique et vie privée s’effaçant de plus en plus ».

Tous ces arguments porteraient si les images du ministre avaient été capturées dans un contexte privé, à son insu, par une mini-caméra ou un téléphone portable. Ce qui n’est pas du tout le cas. La vidéo a été enregistrée par un journaliste professionnel, travaillant pour la chaîne Public Sénat, dans un contexte public, celui de l’université d’été de l’UMP à Seignosse (Landes), ouverte à la presse et aux militants. Alexis Delcambre, rédacteur en chef du Monde.fr, raconte dans quelles circonstances son équipe est entrée en possession de la fameuse vidéo : « C’est un journaliste du Monde papier qui nous l’a proposée, en nous garantissant son authenticité. Nous savions que les images avaient été tournées par une équipe de Public Sénat, qu’elles n’avaient pas été coupées ou montées. Mais nous nous étions engagés à ne pas en révéler la source. Le document a été mis en ligne vers 15 heures, et nous avons mis en oeuvre tout un accompagnement éditorial en contactant le ministère de l’intérieur, en retrouvant la trace du militant Amine Benalia-Brouch et en l’interrogeant. »

Où sont la violation de la vie privée, la transparence absolue, l’absence de contexte dénoncées par les politiques ? Il est sans doute de bonne guerre pour la majorité de venir à la rescousse d’un ministre mis à mal. Cet ultime argument arrive après toute une série de dénégations, dans lesquelles le ministre a affirmé tour à tour qu’il avait voulu parler des photos, puis des Auvergnats, et non pas des Arabes…

Autant d’interprétations qui ne résistent pas au visionnage de la vidéo. Est-ce la bonne réponse d’incriminer ce qui n’est qu’un outil ? Comme le souligne Pierre Haski, directeur du site Rue89 : « Internet n’est dans cette affaire que le messager. C’est le message qui est en cause. En l’occurrence le dérapage de Brice Hortefeux et sa capacité à occuper une fonction qui semble peu compatible avec l’humour raciste . »

Davantage qu’Internet, c’est peut-être la miniaturisation et l’omniprésence des micros et des caméras vidéo, notamment à travers les téléphones mobiles, qui placent les hommes politiques dans une situation d’insécurité et les obligent à un plus grand contrôle d’eux-mêmes. On se souvient du fameux « Casse-toi pauv’con ! » lancé par le président de la République, en 2008, à un homme qui refusait de lui serrer la main au Salon de l’agriculture et mis en ligne sur le site du Parisien. Manuel Valls a été enregistré alors qu’il souhaitait davantage de « blancos » dans sa ville d’Evry. Aux hommes politiques de gérer cette nouvelle contrainte et d’y répondre de manière responsable. Après tout, Patrick Devedjian a présenté des excuses après avoir été filmé par Lyon TV en train de qualifier Anne-Marie Comparini de « salope ».

Le plus inquiétant est que, dans leur croisade contre Internet, les hommes politiques trouvent des soutiens inattendus chez plusieurs intellectuels et journalistes. Le sociologue des médias Dominique Wolton parle du Web comme d’« un espace qui n’est pas vérifié, qui n’est pas légitimé ». « Il y a le Net et les médias, deux espaces complètement différents », affirmait-il le 11 septembre sur RTL, semblant ignorer l’existence des sites d’information. Alain Finkielkraut parle d’Internet comme de la « poubelle de toutes les informations », Denis Olivennes comme du « tout-à-l’égout de la démocratie ».

Il ne s’agit pas de nier les dérives. Les sites racistes et antisémites sont une réalité, de même que les ragots, les rumeurs et les fausses informations qui circulent sur le Web plus facilement qu’ailleurs. Le problème est que les contempteurs d’Internet enveloppent dans un même mépris des sites d’information reconnus, des blogs de qualité et le tout-venant. Les égouts du Web existent comme les égouts de la presse papier. Le fonctionnement du média numérique les rend simplement plus accessibles.

La diabolisation d’Internet n’est peut-être que le symptôme d’un sentiment plus profond : la peur primale d’un média qui contourne les hiérarchies, glisse entre les mailles de la communication institutionnelle, et révèle parfois au grand jour ce qu’on voudrait taire.



Courriel : ternisien@lemonde.fr.

Xavier Ternisien (Service Entreprises-Médias)

Internet, objet des fantasmes de l’UMP

Créé par le 14 sept 2009 | Dans : Vive le blog citoyen

Pour défendre Brice Hortefeux après son dérapage à Seignosse, plusieurs responsables de la majorité n’hésitent pas à mettre en cause Internet, zone de non-droit à leurs yeux.

SYLVAIN MOUILLARD dans Libé du 14/09/09

A l’UMP, on ne ménage pas ses efforts pour défendre Brice Hortefeux après son allusion douteuse de Seignosse. Premier argument développé: Brice Hortefeux n’a «rien de raciste», c’est un «humaniste (…) pétri de catholicisme social», comme l’a dit Eric Besson ce dimanche.

L’autre ligne de défense est classique, elle aussi: «Brice Hortefeux est victime d’une cabale médiatique». Dans ce domaine, le meilleur interprète reste Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l’UMP, qui a comparé lundi la polémique à des procès «staliniens», d’«intention» ou en «sorcellerie».

Dernière étage de la fusée «Il faut sauver Brice Hortefeux», l’attaque contre Internet. Frédéric Lefebvre a ainsi regretté que «dans la société de l’immédiateté et de l’instantané où Internet est roi, il ne doit pas y avoir de moments de relâchement ou de moments d’humour qui peuvent être ensuite interprétés». Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, estimant lui sur France Info que «Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent de vivre ensemble ne soient acceptées».

Une charge également développée par Jean-François Copé ce matin sur France 2, qui après avoir défendu son collègue, s’en prend au Net: «On a dit beaucoup de choses sur Brice Hortefeux (…), et du coup on a oublié de dire autre chose sur quelque chose qui pourtant me paraît essentiel aussi, Internet», peut-on entendre sur cette vidéo repérée par Arrêt sur images.

Apparemment guère informé du fait que la séquence de Seignosse avait été filmée par des journalistes professionnels de Public Sénat, Jean-François Copé plaide pour un «débat public sur Internet et la liberté», et égratigne «cet immense espace qu’est Internet dans lequel on peut finalement diffuser n’importe quelle image, la tronquer dans tous les sens…».

Bon prince, il n’oublie pas en s’adressant au journaliste de France 2 d’avoir une pensée pour «ceux qui font votre métier, ceux qui sont preneur de son, cameraman, reporter… qui font des vrais reportages… Là, on a été sur autre chose».

Journalistes parfaitement identifiés

Pourtant, la plupart des éléments avancés par les contempteurs d’Internet semblent bien souvent exagérés, ce que la Toile n’a pas manqué de relever. Ainsi, arguer du respect de l’intimité et des conversations privées, est plutôt «cocasse», comme le remarque Numérama. Brice Hortefeux n’estimait-il pas, il y a peu, que «si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez pas à avoir peur d’être filmé»?

L’argument semble encore plus de mauvaise foi quand on sait que les images de la séquence n’ont pas été volées, mais filmées par un journaliste de Public Sénat: «Lorsqu’il a tenu les propos litigieux, Brice Hortefeux n’était pas dans un cadre privé, mais suivi par une équipe de cette chaîne câblée, avec caméra et micro identifié par un logo», rappellait ainsi à Reuters la présidente de la société des journalistes de Public Sénat, Hélène Risser.

Fonctions

Pierre Haski rappelle dans un billet sur Rue89 qu’«Internet n’est dans cette affaire que le messager. C’est le message qui est en cause. En l’occurence le dérapage de Brice Hortefeux et sa capacité à occuper une fonction qui semble peu compatible avec l’humour raciste. Tout le reste n’est qu’un nuage de fumée pour détourner l’attention».

Le patron du Monde, Eric Fottorino, coupant court dans son éditorial de vendredi aux traditionnelles oppositions entre journalisme papier – dit «de qualité» – et journalisme web, ne disait pas autre chose: «Brice Hortefeux a oublié qu’un ministre doit représenter à chaque instant les valeurs de la République. Et mesurer dans chaque mot ce qu’il peut contenir d’irrespect, de violence et d’humiliation».

L’affaire Hortefeux illustre la méfiance de l’UMP vis-à-vis du Net, par Damien Leloup

Créé par le 14 sept 2009 | Dans : Vive le blog citoyen

Après la diffusion par Le Monde.fr des images de Brice Hortefeux à l’université d’été de l’UMP, plusieurs membres du gouvernement et de l’UMP ont émis de vives critiques sur le rôle que joue aujourd’hui Internet dans la diffusion d’images et d’informations. Ces images, qui montrent un dérapage de M. Hortefeux sur les origines maghrébines d’un militant de l’UMP, ont été visionnées plus d’un million de fois par le biais des sites d’information et des réseaux sociaux. 

Pour plusieurs ténors de la majorité, cette diffusion en ligne pose problème. Interrogé lundi matin sur France 2, Jean-François Copé a estimé qu’Internet était « un danger pour la démocratie ». Sur France info, Henri Guaino dénonçait vendredi « une transparence absolue qui est le début du totalitarisme ». Patrick Devedjian et Eric Besson ont, eux aussi, estimé qu’il s’agissait d’un « piège », « d’un buzz extraordinaire (…) à partir de pas grand-chose ».

Ces déclarations ne sont pas uniquement une marque de soutien au ministre de l’intérieur, après les demandes de démission de la gauche et la polémique déclenchée par ces images. Elles s’inscrivent dans un cadre plus global, celui d’une vision politique de la Toile.

Internet, zone de non-droit ?

En novembre 2007, Nicolas Sarkozy se félicitait de la signature des accords de l’Elysée entre fournisseurs d’accès à Internet et ayants droit, s’enthousiasmant de « l’avènement d’un Internet civilisé. Internet, c’est une ‘nouvelle frontière’, un territoire à conquérir. Mais Internet ne doit pas être un ‘Far West’ high-tech, une zone de non-droit (…) ». Cette image, le président de la République l’a employée à plusieurs reprises. En juin 2008, lors de la présentation du projet de loi Hadopi, Nicolas Sarkozy évoque à nouveau Internet en ces termes : « Comment pourrait-il y avoir dans notre société des zones de non-droit ? Comment peut-on réclamer en même temps que l’économie soit régulée et qu’Internet ne le soit pas ? »

Christine Albanel, alors ministre de la culture, et Franck Riester, le rapporteur UMP du projet de loi Hadopi, ont également employé l’expression « zone de non-droit » à de nombreuses reprises, tout comme Henri Guaino, monté au créneau pour la défense d’Hortefeux.

Cependant, si, sur plusieurs points, le droit français n’est pas totalement adapté aux évolutions du Web, Internet est loin d’être un espace de non-droit. Les textes régissant le droit d’auteur, le droit de la presse ou le commerce ont été adaptés à ce nouveau média. La diffamation ou l’incitation à la haine raciale sont, par exemple, punis tout aussi sévèrement en ligne que dans un journal ou dans la rue ; la contrefaçon est réprimée de la même manière sur le Web que dans un magasin, et le commerce en ligne est soumis aux mêmes obligations qu’un commerçant ayant pignon sur rue.

Internet, zone de l’amateurisme et du trucage ?

C’est l’argument qui est revenu le plus fréquemment dans les premières heures de la défense de Brice Hortefeux. La vidéo aurait été truquée, coupée ou sortie de son contexte. Internet est « un immense espace (…) dans lequel on peut finalement diffuser n’importe quelle image, la tronquer dans tous les sens », estime ainsi Jean-François Copé, pour qui les images de Seignosse ont été tournées « avec un téléphone portable ». En réalité, les images ayant été tournées par des journalistes de Public Sénat avant d’être diffusée par le Monde.fr, et n’ont aucunement été coupées ou truquées, comme le prouve la version intégrale de la scène diffusée a posteriori par Public Sénat.

S’il y a eu par le passé des exemples de documents ayant été tronqués ou manipulés pour en masquer le sens – l’exemple le plus célèbre étant cet extrait d’entretien de Barack Obama volontairement coupé pour en altérer la signification – les cas de trucages massifs restent rares. Et surtout, ces modifications ont un impact relativement faible, car les démentis et les preuves de manipulation circulent tout aussi vite, sur les blogs et les réseaux sociaux, le plus souvent avec l’appui des médias dits « traditionnels ».

Mais pour l’UMP, il semble exister un fossé entre « les médias » et « Internet » : aux premiers, la mission noble d’information, au second, la « poubelle de l’info », selon le mot d’Alain Finkelkraut. Interrogé vendredi sur France Inter, Jean-François Copé estimait que « le vrai sujet » est la manière dont « l’ensemble du monde médiatique s’est emballé sur cette histoire. Il y a derrière ça un débat de fond qui est celui du rôle que nous allons laisser à Internet en matière de diffusion de l’information. » Une vision partagée également par le sociologue des médias Dominique Wolton, et qui fait bondir Pierre Haski, cofondateur du site d’information Rue89, qui avait diffusé la vidéo du « off » de Nicolas Sarkozy à France 3 : « Ah bon ? Journaliste disposant de la carte de presse numéro 35028 (ça me fait un certain nombre d’heures de vol…) et travaillant sur un média 100 % Internet dont tous les journalistes ont la carte de presse, j’ai du mal à comprendre« . Plus ironique, le dessinateur Michaelski résume d’une case l’histoire des principales vidéos « à scandale » de ces dernières années… Pour montrer qu’elles ont toutes été diffusées par des médias « traditionnels ».

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la majorité dénonce des « images volées diffusées sur Internet », alors qu’il s’agit d’une vidéo réalisée par des journalistes dans le cadre d’un reportage. En 2007, après la diffusion d’une séquence dans laquelle il traitait de « salope » l’ancienne députée centriste Anne-Marie Comparini, Patrick Devedjian avait tout d’abord affirmé qu’il s’agissait « d’images volées lors d’une conversation privée et diffusée sur Dailymotion », avant de reconnaître que les images avaient été tournées par la télé lyonnaise TLM et de présenter ses excuses.

Zone de non-droit et de trucage, le Net représenterait ainsi un risque majeur, puisqu’on peut y diffuser des informations fausses et y diffamer librement – Nadine Morano avait d’ailleurs porté plainte en début d’année contre des internautes qui avaient écrit des propos jugés insultants dans les commentaires d’une vidéo hébergée par Dailymotion. Cette vision de la Toile hérisse Renaud Revel, rédacteur en chef de L’Express : « Si le monde change (…) si certaines atteintes à la liberté d’expression sont aujourd’hui révélées, dénoncées, dans le monde entier et si les opinions publiques s’émancipent et peuvent aujourd’hui jouer les contre-pouvoirs, c’est parce qu’une fenêtre s’est ouverte. Et celle-ci s’appelle Internet », écrit-il.

Damien Leloup

LEMONDE.FR | 14.09.09

C’est bloguable ! #2 : Et maintenant ?

Créé par le 31 juil 2009 | Dans : Vive le blog citoyen

Ecrans.fr se plonge dans l’univers du blog, l’outil d’expression en ligne numéro un de ces dernières années.

par Thibaut Charron dans Ecrans Libé http://www.ecrans.fr/C-est-bloguable-2-Blog-a-rythme,7794.html

On ne peut plus vraiment comparer le blog d’aujourd’hui à ce qu’il était à ses débuts. Du simple journal (web-log) un blog peut devenir un réel outil de publication de contenu, quel que soit ce contenu. On a assisté à l’avènement des blogs BD, dont les notes sont quasi-exclusivement illustrées. Les plus connus sont chez nous sont ceux de Pénélope Jolicoeur, Boulet ou Kek. Certains blogs sont appelés « vlog », V pour Vidéo, où se sont illustrés en France Vinvin, Monsieur Dream ou Davy Mourier, aussi animateur sur la chaîne NoLife. La communauté des blogueurs a également des figures emblématiques, des membres éminents présents depuis un temps respectable (au moins plus de 5 ans, dans cet univers), comme le businessman de l’Internet Loïc Le Meur ou Laurent Gloaguen, alias Embruns.

Twitter est l’application dérivée du blog la plus populaire du moment, proposant de poster des « micro-billets » de manière instantanée. Le principe est devenu un genre à part entière, créant à son tour des dérivés comme Plurk, Yammer, Pownce ou Jaiku (à vos souhaits).

Après le “vu à la télé”, le “lu sur les blogs”

Créé par le 28 juil 2009 | Dans : Vive le blog citoyen

Pour promouvoir leurs produits, un nombre croissant de sociétés font appel à des blogueurs. Une pratique qui suscite des interrogations.

23.07.2009 | Pradnya Joshi | The New York Times traduit dans Courrier international

Colleen Padilla et ses enfants.

Colleen Padilla, 33 ans, vit dans la banlieue de Philadelphie. Cette mère de deux enfants a testé près de 1 500 produits, des vêtements pour bébé aux plats cuisinés en ­passant par la console Wii. Elle a pu­blié son avis sur son site Classymommy.com, fréquenté par près de 60 000 visiteurs chaque mois. Elle n’attire toutefois pas seulement les internautes, mais aussi les entreprises, qui savent se montrer généreuses pour obtenir de bonnes critiques. Les sociétés de marketing sollicitent de plus en plus l’opinion de ces particuliers – les “influenceurs” – dont les sites attirent un grand nombre d’internautes afin de promouvoir leurs produits, notamment dans la jungle des médias dits sociaux. “Vous ne pouvez pas vraiment donner votre opinion sur un produit si vous ne l’avez pas essayé, explique Colleen Padilla. Les avis [de consommateurs] intéressent énormément les entreprises. Avec moi, elles ont la véritable opinion d’une mère de famille.” Elle précise généralement dans chaque billet quels produits elle a achetés et lesquels lui ont été envoyés par des entreprises. Son site héberge également des vidéos personnelles vantant les mérites de certaines marques, qu’elle présente comme des billets sponsorisés. Les entreprises n’ont généralement pas à s’in­quiéter des critiques figurant sur les blogs, contrairement aux avis pu­bliés dans la plupart des journaux spécialisés ou chez les comparateurs indépendants. Si Colleen Padilla n’aime pas un produit, elle n’en parle tout simplement pas.

La multiplication des avis sponsorisés sur Internet suscite une polémique. Des internautes n’y voient rien d’autre qu’une forme de commission occulte. D’autres mettent en doute la légitimité des blogueurs, même lorsque ces derniers énoncent clairement leurs relations avec certaines marques. La FTC [Federal Trade Commission, organisme chargé du contrôle des pratiques commerciales] s’intéresse de près à cette tendance et pourrait bientôt demander aux médias en ligne de se soumettre à de nouveaux critères de transparence en ma­tière de publicité. Dès cette année, des propositions de réglementation ont été publiées pour être commentées par les internautes, et il est possible que la FTC formule bientôt une recommandation officielle pour les faire voter au début de l’automne prochain. “Les consommateurs ont le droit de savoir quand quelqu’un essaie de leur vendre un produit”, explique Richard Cleland, directeur adjoint de la FTC. Le phénomène d’hypercommercialisation de la Toile semble toutefois prendre de vitesse tant les consommateurs que les législateurs. Aujourd’hui, le placement de produit se fait par le biais de prétendues mises à jour de statut sur Facebook. Des sociétés sponsorisent l’envoi de messages sur Twitter et les blogueurs définissent eux-mêmes la différence entre publicité et travail indépendant.

Des chèques cadeaux d’une valeur de 500 dollars

La chaîne de télévision TNT, par exemple, a lancé un partenariat rémunéré avec une blogueuse réputée, Melanie Notkin, fondatrice et directrice du site SavvyAuntie.com, qui attire une tranche très spécifique de la population représentée par les femmes actives sans enfants. Tous les mardis après la diffusion d’un épisode de Saving Grace, Melanie Notkin envoie des messages qui seront lus par les quelque 10 000 personnes qui la suivent sur Twitter. Elle refuse de révéler combien la paie la société TNT, se bornant à déclarer qu’elle est “bien dédommagée”. Elle précise toutefois qu’elle signale clairement sa relation avec la marque en ajoutant sur chaque billet commercial les lettres SP, signifiant ­“post­s­ponsorisé”. “TNT ne m’a jamais dit – et ne me dira ja­mais – quoi écrire, insiste-t-elle. Ils veulent être associés à une marque digne de confiance.”

Pour certains blogueurs, l’association avec des marques est devenue une activité lucrative. Drew Bennett, un habitant de North Attleboro, dans le Massachusetts, a commencé un blog photo il y a plus de quatre ans et a été parmi les premiers, en 2006, à participer au site PayPerPost.com, puis au réseau social SocialSpark. En l’espace de trois ans, il a écrit plus de 600 billets pour des sociétés comme Blockbuster ou Xshot. Chaque billet lui rapporte entre 5,35 dollars et 10 dollars [3,80 euros et 7,10 euros] et, en fonction de l’accord passé avec la marque, il empoche également entre 0,11 et 0,68 dollar chaque fois qu’un internaute clique sur un lien le faisant passer de son site à celui d’un revendeur. “Avec les médias sociaux, vous pouvez toucher un public complètement différent”, explique-t-il.

Izea est une société marketing implantée à Orlando, en Floride. C’est elle qui a créé PayPerPost. Aujourd’hui, elle compte près de 25 000 clients annonceurs, du parc d’attractions Sea World aux petites boutiques en ligne. La société alimente quelque 265 000 blogueurs sur son réseau et paie en moyenne 34 dollars le billet. “Nous nous sommes toujours spécialisés dans le dialogue commercial”, déclare Ted Murphy, fondateur et responsable exécutif d’Izea. Sa société devrait prochainement lancer un nouvel outil de communication avec les consommateurs : les “tweets sponsorisés”, c’est-à-dire une plate-forme réservée à certains utilisateurs de Twitter et destinée à transmettre des messages commerciaux à ceux qui les suivent.

En décembre 2008, une campagne menée par Izea pour la chaîne de supermarchés Kmart a généré 800 bil­lets dans la blogosphère et 3 200 messages sur Twitter, soit une audience de 2,5 millions de personnes en l’espace de trente jours, explique Ted Murphy. Dans le cadre de cette opération, six blogueurs réputés être des “influenceurs” ont reçu des chèques ca­deaux d’une valeur de 500 dollars à utiliser dans les magasins de la chaîne, afin de donner leur avis sur les produits de la marque. Bon nombre de ces pratiques marketing ont créé une zone grise entre la publicité et le dialogue avec les consommateurs. Ainsi, faire don d’un gadget coûteux et produit en série limitée à une poignée de blogueurs réputés peut rapporter bien plus à une entreprise qu’un chèque de 50 dollars par billet.

Richard Cleland a toutefois indiqué que la FTC préférera sans doute laisser les internautes seuls juges de l’honnêteté des blogueurs. Exiger de ces derniers qu’ils encombrent leurs sites d’un galimatias juridique s’avérerait probablement contre-productif. Dans le même temps, le secteur du marketing a revu certaines de ses règles. D’après le code de la Word of Mouth Marketing Association (WOMMA), spécialisée dans le marketing viral, les entreprises ne devraient jamais payer les consommateurs qui recommandent leurs produits. Actuellement, l’association étudie l’attitude que doivent adopter les entreprises distribuant des échantillons gratuits à certains blogueurs.

“Je n’écris pas sur les produits que je n’aime pas”

Bon nombre d’entre eux estiment que les messages commerciaux font naturellement partie de leur activité. Katja Presnal, fondatrice des sites Skimbaco Lifestyle et Skimbaco Home, a écrit un billet sur les produits cosmétiques e.l.f. après avoir rencontré le responsable marketing de la marque lors d’une conférence. Depuis, l’entreprise lui a fourni des échantillons à distribuer et lui a demandé de témoigner pour une vidéo en ligne. Aucune de ces activités n’a été rémunérée. Katja Presnal, qui est suivie par 14 000 personnes sur Twitter, reconnaît être payée pour certains billets publiés sur son blog, mais elle précise qu’elle n’accepte pas systématiquement les partenariats promotionnels. “C’est une idée fausse de croire que les blogueurs écrivent sur des produits pour obtenir des cadeaux gratuits”, explique cette mère de trois enfants qui vit dans le nord de l’Etat de New York. “Je n’écris pas sur les produits que je n’aime pas.”

En mars, la revue Better Homes and Gardens lui a offert 500 dollars de chèques cadeaux pour réaménager sa chambre avec une nouvelle gamme de produits portant le nom du magazine. Lorsque Ford l’a fait venir à Detroit pour tester son nouveau véhicule Ford Fusion Hybrid, Katja Presnal déclare avoir écrit en toute honnêteté sur son blog que cette voiture conviendrait à une famille avec des adolescents, mais qu’elle ne lui irait pas à elle, avec ses trois enfants et son chien. “Je dis toujours ce que je pense. Si vous ne le faites pas, cela finit toujours par nuire à votre crédibilité”, explique-t-elle, précisant qu’elle n’avait pas été rémunérée mais que ses frais de déplacement avaient été pris en charge par la société Ford Motor. Reste que ­l’extension de ces pratiques commerciales sur les nouveaux médias inquiète certains défenseurs des droits des consommateurs. Bon nombre de techniques de marketing viral dépendent de la façon dont sont perçues des opinions personnelles ou non sollicitées, explique Robert Weissman, directeur de l’association Commercial Alert. “Ce n’est pas comme les réunions Tupperware, où tout le monde connaît le but de l’opération et où personne n’essaie de tromper qui que ce soit”, conclut-il. Voilà pourquoi il plaide pour un contrôle plus strict de ces pratiques.

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