Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ? À retrouver dans l’émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin sur France Culture

Créé par le 12 mar 2021 | Dans : Non classé

Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ?

https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/le-temps-du-debat-emission-du-jeudi-11-mars-2021

A l’occasion de la sortie en kiosque du nouveau numéro de la revue de France Culture, «  Papiers » dont le dossier central se demande « par où est la gauche ? ». Soixante-trois personnalités répondent à cette question, de Bertrand Badie à Daniele Linhart, d’Olivier Besancenot à Claire Nouvian ou d’Aude Lancelin à Thomas Piketty.

Il nous a semblé qu’une des questions importantes qui structurait la gauche ces derniers temps concernait la souveraineté, sanitaire, alimentaire ou bien énergétique. Une question pas si nouvelle, puisque le Parti communiste de Georges Marchais fut à la fois internationaliste et héraut d’une certaine souveraineté nationale. Puisque le chevenementisme a participé à développer cette idée de souveraineté à gauche. Mais est-ce la crise que nous connaissons qui motive le retour de cette idée ? 

Entretien à Sud Ouest : « J’aurais pu démissionner mille fois »

Créé par le 02 jan 2021 | Dans : Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal « Sud Ouest », propos retranscrits par Bruno Dive, dimanche 27 décembre 2020.


Entretien à Sud Ouest : "J'aurais pu démissionner mille fois"
  • Sud Ouest : Quand on regarde votre parcours, on se dit que vous auriez pu être gaulliste. Pourquoi, dans les années 1960, rejoignez-vous la vieille SFIO plutôt que de soutenir le Général ?Jean-Pierre Chevènement : Parce qu’il était difficile pour moi, jeune boursier issu d’une famille d’instituteurs socialistes, de franchir le pas et de faire carrière avec les barons du gaullisme de l’époque. Je voulais plutôt remettre la Ve République sur des bases de gauche, lui donner une base sociale sans remettre en cause ni les institutions ni la politique extérieure d’indépendance nationale, ni la dissuasion. Et cette première partie du programme, je l’ai réalisée à travers François Mitterrand qui, quoi qu’on puisse dire, a maintenu la Ve République.

 

  • Sud Ouest : François Mitterrand vous dit, en 1973 : « Le pouvoir, c’est la noblesse de la politique. » N’est-ce pas, au fond, la principale divergence que vous ayez eue avec lui, vous qui avez démissionné trois fois du gouvernement ?Jean-Pierre Chevènement : Ce n’était pas une divergence, car moi aussi je voulais venir au pouvoir. J’avais répondu à Mitterrand que « le pouvoir pour le pouvoir n’est pas une perspective ». J’ai beaucoup appris avec Mitterrand. Il a inscrit le PS comme parti de gouvernement dans les institutions de la Ve République. C’était un magnifique cadeau, si l’on considère que le pouvoir est en soi un bien. Mais si l’on n’en fait pas un bon usage, cela peut se retourner. C’est ce qui est arrivé au Parti socialiste : à force de vouloir déborder la droite sur sa droite, en inventant le « social libéralisme » il a fini par perdre son électorat populaire et les élections.
  • Sud Ouest : N’est-ce pas le problème principal du PS et le vôtre : assumer la culture de gouvernement ?Jean-Pierre Chevènement : Quand j’arrive au ministère de l’Éducation, en 1984, et que je mets fin à la querelle scolaire, j’assume une culture de gouvernement. Quand, au ministère de l’Intérieur, en 1997, je fais prendre au PS un tournant marqué pour le rallier à une culture de sécurité, je fais aussi oeuvre de gouvernement. Et quand, en 1991, je refuse la guerre du Golfe, je regrette de ne pas être écouté, parce que la culture de gouvernement, ce n’était pas d’ouvrir la voie à Al Qaïda et à Daech. Je pense donc qu’on peut être de gauche et avoir une culture de gouvernement. Je suis un homme politique réaliste !
  • Sud Ouest : En 1983, vous démissionnez une première fois du gouvernement…Jean-Pierre Chevènement : J’étais ministre de l’Industrie et je ne pouvais même pas donner quelques directives aux dirigeants des grandes entreprises que la gauche venait de nationaliser. J’ai été fusillé dans le dos. Pour moi, c’est la désindustrialisation de la France qui se profile à l’horizon. Le tournant de 1983 tel que je l’analyse, Mitterrand ne l’avait pas vraiment voulu. Il voulait même sortir du Système monétaire européen. L’homme qui a présidé au ralliement du PS au néolibéralisme, c’est Jacques Delors, remarqué par le chancelier Kohl, qui le pressent en 1984 pour devenir président de la Commission européenne. Mitterrand se laisse faire et Delors passe un accord avec le commissaire britannique, Lord Cockfield, l’oeil de Madame Thatcher à Bruxelles, auquel il confie le « livre blanc » sur le Marché unique, et qui prévoit en commission les directives de dérégulation qui, avec la libération des mouvements des capitaux, vont installer le néolibéralisme en Europe et dans le monde.
  • Sud Ouest : Espérez-vous alors que la gauche va revenir un jour à votre ligne ?Jean-Pierre Chevènement : Pendant dix ans, j’ai espéré qu’on redresserait le cours des choses. Je pensais que la gauche ne pourrait pas persister dans cette orientation suicidaire, qui l’a d’ailleurs conduite à l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui, coupée des couches populaires : fragmentée et impuissante. Mais elle a persisté sur une ligne qui a abouti à ce que Jérôme Fourquet appelle « l’archipelisation » de la société française. Cela remonte à ces choix fondateurs de 1983, puis à l’Acte unique de 1986. Quand j’ai lu le Traité de Maastricht en 1991, j’ai enfin compris que l’on tournait définitivement le dos aux engagements de 1981.
  • Sud Ouest : Pourtant, un peu plus d’un an après, vous revenez au gouvernement, cette fois comme ministre de l’Éducation. Et quand on regarde la politique que vous menez, on se dit que Jean-Michel Blanquer est votre digne héritier ?Jean-Pierre Chevènement : Il est certainement le ministre de l’Éducation nationale dont je me sens le plus proche depuis que j’ai quitté la rue de Grenelle. Nous aurons mené le même combat contre le « pédagogisme » ou pour la formation solide des professeurs. J’avais défini, en arrivant, la stratégie du « détour républicain » : donner à ce ministère une perspective qui est la modernisation de la société française, mais aussi la formation du citoyen. On a réintroduit l’éducation civique, on fait chanter la Marseillaise, toutes choses qui faisaient rigoler à gauche à l’époque. J’ai réécrit moi-même les programmes de l’école élémentaire, avec une idée simple : savoir écrire, lire, compter, connaître l’histoire et la géographie de la France.
  • Sud Ouest : Devenu ministre de l’Intérieur en 1997, vous parlez des « sauvageons ». Aujourd’hui, Gérald Darmanin dénonce « l’ensauvagement » de la société…Jean-Pierre Chevènement : Un sauvageon, c’est un arbre non greffé. Cela joint le défaut de l’éducation. Ce n’est pas un sauvage ! Ensauvagement renvoie à sauvage, mais ça ne veut pas dire que Darmanin ait tort, car il existe effectivement des comportements empreints de sauvagerie. Ce qui est idiot, ce que le mot sauvage renvoie aussitôt à la figure de l’immigré. C’est grotesque ! Antirépublicain !
  • Sud Ouest : Et vous organisez, non pas le Beauvau de la sécurité, mais le colloque de Villepinte, qui marque un tournant de la gauche sur ce sujet.Jean-Pierre Chevènement : J’avais l’espoir de ramener Jospin sur une ligne plus républicaine. Mais j’ai bien vu qu’il y avait des forces puissantes pour peser dans l’autre sens. Je lui ai proposé une loi de programmation sur la police, des centres éducatifs fermés qu’il m’a refusés, d’autres mesures auxquelles s’est opposée Élisabeth Guigou, qui a fini par emporter le morceau.
  • Sud Ouest : Déjà, à l’époque, ce clivage entre deux gauches… Aujourd’hui, parleriez-vous, comme Manuel Valls, de deux gauches irréconciliables ?Jean-Pierre Chevènement : Aujourd’hui, quand on parle de deux gauches irréconciliables, c’est plutôt sur la laïcité. De soi-disant laïcs, qui se prétendent « ouverts », n’ont en réalité jamais admis la prohibition des signes religieux dans l’espace public. Mais je ne fais pas de la laïcité un sport de combat. La laïcité n’est pas dirigée contre la religion, ce n’est pas l’athéisme, c’est la neutralité de l’État et l’idée qu’il y a deux espaces : l’espace religieux, celui de la transcendance, et l’espace public, délivré des dogmes, où les citoyens se mettent d’accord à la lumière d’arguments raisonnés.
  • Sud Ouest : Est-ce que vous vous reconnaissez dans l’expression « islamo-gauchiste », qui a été inventée par un de vos proches, le philosophe Pierre-André Taguieff ?Jean-Pierre Chevènement : Je suis toujours proche de lui, mais je n’utilise pas cette expression parce qu’elle prête à trop de confusion. C’est plus compliqué : des gens sont venus de la religion à la politique ; même au CERES, il y avait des gens qui venaient de « Témoignage chrétien ». Il y a en revanche un sujet : des gens voudraient importer en France le communautarisme à l’anglo-saxonne. Curieusement, ce sont ceux qui fournissent les rangs décolonialistes, « racisés », racialistes. Tout cela relève d’une idéologie totalement antirépublicaine. C’est un renversement des valeurs. Il faut les combattre.
  • Sud Ouest : Toute la gauche n’y est pas prête…Jean-Pierre Chevènement : Toute la gauche n’a pas la culture historique qui lui permettrait de mettre de l’ordre dans ses idées. C’est aussi ce qui se passe à la République en Marche, où règne une certaine confusion entre des gens bien orientés et d’autres qui céderaient volontiers à cette philosophie communautariste ou différentialiste. Il faudrait que la République en Marche mette de l’ordre dans ses idées. Est-ce possible ? Cela incombera en dernier ressort à Emmanuel Macron.
  • Sud Ouest : Mais lui-même est-il au clair ?Jean-Pierre Chevènement : Il a progressé dans la bonne direction, si j’en juge par ses récents discours, notamment celui de la Sorbonne sur la laïcité et celui des Mureaux contre le séparatisme.
  • Sud Ouest : Et cette loi va dans le bon sens ?Jean-Pierre Chevènement : Globalement, oui. Mais il faudra se méfier des obstacles que le soi-disant « état de droit » voudra mettre à son application. Au fur et à mesure que monte l’islamisme et que se multiplient les attentats, on voit la jurisprudence corseter de plus en plus le pouvoir politique et l’empêcher d’agir efficacement dans des domaines tels que l’immigration, le droit d’asile, qui est abondamment détourné, la reconduite des étrangers à la frontière, qui est pratiquement impossible. Qu’est-ce qu’un droit qui ne peut pas s’appliquer ? Il faudrait pouvoir réviser la Constitution et revoir les traités.
  • Sud Ouest : En 1998, vous êtes victime d’un accident opératoire, vous restez plusieurs semaines dans le coma. Cet épisode vous a-t-il changé ? Amené à voir la vie autrement ?Jean-Pierre Chevènement : Cet épisode m’a donné le sentiment que je n’avais plus beaucoup d’années à vivre. Qu’il fallait donc aller plus vite, et face à une société française déjà fracturée, déjà désindustrialisée, déjà ghettoïsée. Ce sentiment d’urgence m’a conduit à préconiser auprès de Jospin une politique de fermeté.
  • Sud Ouest : Et vous démissionnez encore, cette fois à propos de la Corse. Ne vous êtes-vous jamais dit :  »c’est la troisième fois que je démissionne, je vais rester dans l’Histoire comme le ministre éternellement démissionnaire » ? C’est unique dans l’Histoire !Jean-Pierre Chevènement : Parfois, il faut faire des choses uniques (sourire). J’aurais pu démissionner mille fois ! À chaque fois, l’Histoire m’a malheureusement donné raison. En 2000, mon désaccord avec Jospin sur la Corse était flagrant : je ne me voyais pas expliquer à la tribune de l’Assemblée nationale qu’on allait donner un pouvoir législatif à l’assemblée de Corse et mettre les nationalistes corses au pouvoir sans que ceux-ci aient renoncé à la violence.
  • Sud Ouest : Dans votre campagne présidentielle de 2002, vous avez fait du Macron avant l’heure : réunir droite et gauche, faire « turbuler le système »…Jean-Pierre Chevènement : En effet j’anticipe sur le « dégagisme » qui frappe les candidats issus des partis dits « de gouvernement » en 2002 et plus encore en 2017. En 2002, je dis une chose assez différente de Macron : au-delà de la gauche et de la droite telle qu’elles sont devenues, il y a la République. Je définis une politique alternative, que Macron finira par concevoir dans le discours de 2020, où il déclare « dussé-je me réinventer » et parle de reconquérir notre indépendance agricole, industrielle, sanitaire, technologique…
  • Sud Ouest : Et aujourd’hui, c’est lui qui se réclame de vous…Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron a mis le système en turbulence. Il lui reste à se réinventer. Il a fixé la ligne : la reconquête de l’indépendance. Ne reste que les moyens ; ce sera le plus difficile.
  • Sud Ouest : Trouvez-vous qu’il s’en sort bien, ou qu’il déçoit ?Jean-Pierre Chevènement : Il montre une grande plasticité, il a quand même su changer de ligne sans trop le dire : « quoi qu’il en coûte », c’est une rupture avec la règle des 3 %, qui était le maître mot au début de son quinquennat.
  • Sud Ouest : Vous voyez-vous des héritiers ?Jean-Pierre Chevènement : À mon âge, j’aimerais tellement en avoir…

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au site « Le vent se lève », propos retranscrits par Catherine Malgouyres-Coffin, dimanche 22 novembre 2020.

Créé par le 28 nov 2020 | Dans : Blog du Che, Le Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au site

  • LVSL : Qu’est-ce qui faisait la singularité du CERES ? Qui le composait ? Quels étaient son logiciel et son but politique ? Jean-Pierre Chevènement : Au retour de la guerre d’Algérie, les quelques fondateurs du CERES, il n’y en avait pas beaucoup, n’étaient pas vraiment satisfaits de l’offre politique qui s’offrait à eux. Nous étions des jeunes gens plutôt à gauche. Nous n’avions pas eu besoin d’être convaincus de l’indépendance de l’Algérie, nous y étions d’emblée favorables. Et en même temps, nous comprenions assez bien ce que voulait faire le Général de Gaulle sur le plan des institutions, de la politique étrangère et de la politique de défense. Nous pensions par ailleurs que la gauche devait être renouvelée. Lire la suite »

Mémoires de Jean-Pierre Chevènement, « Qui veut risquer sa vie la sauvera »

Créé par le 21 sept 2020 | Dans : Blog du Che, Le Che

Mémoires de Jean-Pierre Chevènement, "Qui veut risquer sa vie la sauvera"Les Mémoires de Jean-Pierre Chevènement, parution le 15 septembre 2020 (Editions Robert Laffont, 506 pages, 22 euros).

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Mémoires de Jean-Pierre Chevènement,

« Jean-Pierre Chevènement nous fait entrer, pour la première fois, dans sa vie personnelle et familiale pour mieux nous raconter cinquante ans d’histoire française, d’engagements et de combats hors du commun. D’une enfance meurtrie dans la France occupée, il tirera l’énergie de paris successifs, mû par l’idée que celui « qui veut risquer sa vie la sauvera » (saint Matthieu). Il rencontre « l’Histoire en train de se faire » durant la guerre d’Algérie. À son retour, il entreprend avec une poignée de camarades de construire une autre offre politique à gauche, qui passe par la création du CERES, la rencontre avec François Mitterrand, le congrès socialiste d’Épinay, d’où s’élance une génération avide de « changer la vie ». Le « Che » nous raconte la conquête du pouvoir de 1971 à 1981 comme un véritable roman, où se mêlent audaces stratégiques et luttes opiniâtres. Multipliant savoureuses anecdotes et portraits sans concession, il démythifie la « deuxième gauche » et croque avec une douce ironie son leader, Michel Rocard. Il évoque Mitterrand à différents moments d’une relation de trente ans, où la complicité le dispute à l’affrontement. Il dépeint aussi les figures de Laurent Fabius et de Lionel Jospin, et rappelle le rôle injustement sous-estimé de Pierre Mauroy et de Jacques Delors qui surent dire « non » à Mitterrand. Éducation nationale, Défense, Intérieur : pendant près de dix ans, Chevènement donnera une colonne vertébrale à l’État. Quand viennent, en 1989-91, le grand retournement du monde et le triomphe planétaire du capitalisme financier, il ne renonce pas : non à la guerre du Golfe et au clash des civilisations ! non à Maastricht et à une Europe coupée des peuples ! Il éclaire les raisons toujours actuelles qui le conduisirent à mettre en pratique à trois reprises sa célèbre formule « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne », contre la « parenthèse libérale » en 1983, contre la guerre du Golfe en 1991 et contre le démantèlement de l’État républicain en Corse en 2000. Bref, il nous explique comment nous en sommes arrivés là. Ce récit majeur passionnera tous ceux qui se demandent comment relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Il permet aussi de mesurer la dimension exceptionnelle de l’homme d’État, son exigence morale et intellectuelle qui lui valent aujourd’hui respect et considération. »
 
Retrouvez la table des matières ci-après et :
– faites connaître du livre autour de vous en partageant cette page sur vos réseaux sociaux (Facebook, Twitter) avec les boutons prévus à cet effet
– commandez le livre (format papier ou numérique) sur les plate-formes d’achat (fnac, amazon) ou chez un libraire près de chez vous.

 

 
Préface

Première partie : Une jeunesse entre deux guerres
1 – Enfance d’une passion
2 – Apprentissages
3 – L’Algérie, engagement et tragédie

Deuxième partie : L’aventure de l’Union de la gauche
4 – Génération CERES
5 – D’Épinay au Programme commun : inventeurs de l’avenir ou faiseurs de roi ?

Troisième partie : La conquête du pouvoir
6 – Mai 1981, Mitterrand, Rocard et le CERES
7 – Belfort, citadelle républicaine

Quatrième partie : Ni périr ni trahir
8 – Recherche et Industrie : les ides de mars 1983
9 – De l’Éducation nationale à la Défense, le détour républicain

Cinquième partie : Le retournement du monde
10 – 1990, la grande rupture
11 – De la guerre du Golfe à Maastricht, l’effacement de la France

Sixième partie : À l’Intérieur, l’idée républicaine en action
12 – La parenthèse républicaine
13 – Un aller-retour au Val-de-Grâce
14 – Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

Septième partie : D’une turbulence l’autre
15 – 2002, la recherche d’une alternative
16 – Résister
17 – Sagesse et, à nouveau, turbulence
18 – Pouvait-on faire autrement ?
19 – La crise du système

Conclusion : Puissance des idées

 

Chevenement.fr

Rompre avec les stratégies perdantes : la chronique d’Evariste extraite de la lettre de Respublica du 20 septembre 2020

Créé par le 21 sept 2020 | Dans : Non classé

La Chronique d’Evariste est celle de la lettre de Respublica ( à ne pas confondre avec la fondation ResPublica) qui est tout à fait indépendante de notre rédaction malgré sa proximité d’inspiration et d’orientation. C’est à l’invitation de diffusion du rédacteur de cette chronique ( de la lettre à laquelle nous sommes abonnés)

« Cet article vous a plu, diffusez-le » (en bas de page de la chronique)

que nous publions cette dernière sur le blog citoyen, socialiste et républicain en reconnaissance de la grande pertinence des analyses et propositions de son rédacteur.

dimanche 20 septembre 2020
Par 
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org
 

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience. » René Char

« On ne pardonne jamais à un homme les injustices qu’on lui a fait subir. » Galilée

Pourquoi la gauche a-t-elle participé au progrès social et politique pendant près de deux siècles et depuis plus de 30 ans n’y arrive-t-elle plus ? Nous vous proposons ici quelques pistes de discussion (sur lesquelles nous sommes prêts à venir débattre avec vous lors d’initiatives montées dans vos territoires).
En effet, du siècle de la Révolution française jusque dans les années 1980, la gauche a eu une histoire mouvementée mais l’histoire n’est pas avare de dates qui ont marqué le progrès de l’humanité. Où sont alors les différences avec les dernières décennies ?

⇒ Hier, elle agissait pour le progrès social, aujourd’hui elle croit pouvoir être majoritaire dans le pays en ne proposant pas d’agir sur les causes des injustices sociales !
Malgré ses divergences internes, la gauche proposait d’améliorer le sort des travailleurs les plus défavorisés, des sans-culottes de la Première République jusqu’à la classe populaire ouvrière et employée dans la deuxième moitié du XXe siècle. Aujourd’hui, elle n’est plus pro-active, elle n’est que réactive, une partie de la gauche devient l’opposition de Sa Majesté, passant son temps à critiquer passivement le recul organisé par le patronat et la droite. Le 10 août 1792 a produit le suffrage universel, aujourd’hui la gauche ne dit plus rien avec une abstention de 60 à près de 80 % des ouvriers et des employés !

⇒ De la Révolution française jusqu’au serment de Vincennes de 1961, le principe universel de laïcité est partie intégrante du combat de gauche, aujourd’hui, le néolibéralisme soutenu par une partie de la gauche, opposition de Sa Majesté, produit la fin de l’universel humaniste et le développement du communautarisme, du financement public des cultes, du racialisme indigéniste destructeur des solidarités et de la fraternité, du clientélisme (1) Le combat universaliste antiraciste et anticolonial a été porté par une partie de la gauche minoritaire mais importante dès la Révolution française et par une part de plus en plus grande de la gauche au fur et à mesure de l’histoire. Aujourd’hui, la gauche ne dit plus rien des différentes formes de néo-colonialisme français, en Afrique par exemple, et ne porte aucune action sérieuse pour défendre un antiracisme radical et universaliste. Pire, une partie d’entre elles fait des compromis avec des réactionnaires communautaristes.

⇒ La gauche agissait dans le cadre de la lutte des classes pour le progrès social et politique. Aujourd’hui, elle laisse le patronat, la droite et Warren Buffet dire que « bien sûr que la lutte des classes existe puisqu’on est en train de la gagner » en se vautrant dans toutes les déviances en utilisant le mot creux de populisme de gauche qui n’a existé que dans les pays sous-développés à forte économie informelle, et encore pendant une courte période, ou carrément la collaboration de classes. Et que dire des concepts débiles d’économie sociale de marché, de revenu de base, d’effondrement (en lieu et place de la lutte écologique écosocialiste), d’isolationnisme, ou d’union de la gauche sans contenu concret, etc. !

⇒ C’est la gauche qui a créé, par la pression populaire, les systèmes de protection sociale, la sécurité sociale, les services publics, les congés payés pour tous, la journée de 8 heures, Aujourd’hui tout cela est détruit. Et quel est le dirigeant de gauche qui présente un projet désirable de sécurité sociale pour mobiliser ? Pire, toute la gauche aujourd’hui encense Lionel Jospin, le champion toutes catégories des privatisations (avec 26 milliards, il explose Villepin et Balladur – respectivement 20 et 15 milliards), celui qui a tué les mutuelles solidaires avec son code assurantiel de 2001, qui a même réussi à détruire les avancées de sa première loi sur les 35 heures par sa deuxième loi deux années plus tard ! Il n’est pas revenu sur la loi Balladur de 1993 sur les retraites ni sur celle de Juppé sur la Santé-Assurance-maladie de 1995. Il a accentué la désindustrialisation avec sa piteuse position sur Renault Vilvorde où il a théorisé l’incapacité de l’action de l’Etat, pourtant le plus gros actionnaire. Hier, la gauche avait un projet de société, aujourd’hui elle pavane avec des mots creux ou des généralités dont le contenu n’est plus actualisé (pôle public du médicament, pôle public financier, maison des retraites prônée par la CGT, sécurité sociale professionnelle, etc.).
Ainsi, on n’est pas crédible avec pour seul discours contre le projet néolibéral sur les retraites « non au système à points », comme si le système actuel de répartition était désirable ! Il aurait fallu dire « non au système actuel de répartition, et non au système à points encore pire que le système actuel ! »

⇒ La gauche ne sait pas analyser l’impasse de l’affrontement direct aux forces de répression. La violence légale est le monopole de la police. Aujourd’hui l’oligarchie capitaliste ne peut se maintenir qu’en renforçant la répression. L’affrontement direct avec les forces de l’ordre est contre-productif et fait le jeu de ladite oligarchie qui réprime en donnant des images aux médias dominants qui en profite pour cacher les revendications réelles des mouvements sociaux et la violence patronale. La gauche doit donc développer une pédagogie montrant que cet affrontement direct favorise l’oligarchie. Il faut donc lutter avec d’autres moyens. Et pour cela, la pratique d’une éducation populaire refondée dans les mouvements sociaux est indispensable. Et pour cela, il ne faut pas mépriser les mouvements sociaux du type gilets jaunes.

⇒ La visibilité médiatique ne sert à rien sans un travail d’éducation populaire dans les mouvements sociaux mobilisés. Pratiquer l’éducation populaire refondée auprès des jeunes, des ouvriers, des employés, des paysans, des salariés, des couches moyennes intermédiaires en lutte est plus pro-actif que de se contenter d’une visibilité médiatique qui s’estompe en quelques jours.  Ceux qui font l’inverse tomberont de haut car on ne change la société qu’avec une société mobilisée et non avec des consommateurs médiatiques sidérés. Les consommateurs médiatiques sont des alliés du système.
Renoncer au mythe de l’immédiateté pour pratiquer un travail éducatif et politique de moyen terme est indispensable. Contrairement aux croyances altermondialistes, le spectaculaire n’a pas l’efficacité qu’elles lui donnent.
Dit autrement, il faut produire une parcelle de monde nouveau. Comme Cédric Herrou qui a agi de façon illégale, certes, pour créer un droit positif du primat de la solidarité et de la fraternité humaniste pour tous les êtres humains donc aussi pour les migrants. Comme ceux qui occupent leurs usines pour monter une coopérative à la place de la propriété lucrative (les 1336 par exemple).
Ou encore, contrairement à ce que font la plupart des organisations naguère d’éducation populaire, il faut politiser les actions pour mener la bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle face au système bourgeois actuel
D’ailleurs, la conception réactionnaire ordolibérale n’a pas été obtenue par la droite en passant du nazisme aux formes modernes de l’ordolibéralisme par de la simple visibilité médiatique. Qui connaît la Société du mont Pèlerin et toutes les officines qui ont permis à l’oligarchie d’être infiltrée pour produire l’ordolibéralisme dès le traité de Rome de 1957 – combattu par Mendès-France pour de bonnes raisons ? (2) Et qui a fusionné ensuite avec le tournant néolibéral de 1979 de Thatcher et Reagan.

⇒ La gauche doit adopter une stratégie pro-active et constituer un nouveau bloc historique autour de la classe populaire ouvrière et employée (53 % de la population) et des couches moyennes intermédiaires (24 % de la population). Mais pour cela, il faut agir, selon leurs intérêts. Le slogan par exemple « fin de mois, fin du monde même combat » n’est qu’un slogan de la petite bourgeoisie intellectuelle n’ayant pas de problèmes de fin de mois, un scandale fini ! Car pour la majorité de la classe populaire, les fins de mois, c’est tous les mois et donc il faut commencer par cela. Il y a bien d’autres explications pour lier la bataille sociale à la bataille écologique sans prendre un slogan qui met les deux au même niveau.
Dit autrement, il faut allier des couches sociales avant de penser alliances partisanes. Si une union de la gauche se fait sans la classe populaire ouvrière et employée, elle a perdu d’avance. Même François Mitterrand avait compris ce théorème puisqu’il justifiait l’alliance avec le PCF sur cette seule base !

⇒ Par ailleurs, faire croire que le virus Sars-Cov-2 allait préparer un monde meilleur « le jour d’après », fut une illusion de courte durée des partisans de la méthode Coué au sein de la gauche. Nous savons maintenant que ce sera pire qu’avant. Croire ne remplace pas le raisonnement rationnel ! La lutte des classes a repris de plus belle, pourquoi avoir cru à sa fin, alors que le discours de l’oligarchie reste celui de la solidarité nécessaire avec les patrons et les banquiers !
De ce point de vue, il convient de débattre sur le nouveau régime de sécurité sociale et non pas apparaître soutenir une Sécu inégalitaire et pas assez solidaire. Se battre sur les nouvelles copropriétés d’usage pour réformer le droit de propriété, sur la promotion du salaire socialisé par la cotisation aux côtés de l’impôt mais sans mélanger l’un avec l’autre, sur les nationalisations nécessaires mais cette fois-ci démocratiques, sur les biens communs, sur l’écosocialisme pour contrer le syndrome de l’effondrisme et du communautarisme, etc.

La gauche se doit de construire un imaginaire positif
autour de la notion du travail

Les soignants hospitaliers, médecins et paramédicaux ont montré dans la crise sanitaire du virus Sars-Cov-2 qu’ils étaient capables de s’organiser sans la technobureaucratie, largement parasite, installée par le nouveau management néolibéral. C’est à partir de cela que l’on doit réfléchir à une nouvelle organisation. Et il en est de même dans bien d’autres organisations sociales.
Par ailleurs, c’est bien parce que le pouvoir de cette bourgeoisie parasite, cette technobureaucratie néolibérale, a montré son inconséquence, que le pouvoir est obligé d’être de plus en plus autoritaire, jusqu’à utiliser la violence policière contre des infirmières, contre des pompiers !
Mais, c’est bien autour du concept de l’auto-organisation que les discussions doivent se tourner. La technobureaucratie néolibérale joue le rôle joué par l’aristocratie dans le système féodal, toutes choses étant différentes par ailleurs.

⇒ Auto-organisation veut dire de réfléchir à une sortie du salariat en devenant travailleur associé ce qui renvoie à un nouveau statut du travailleur associé adossé à une sécurité sociale refondée et donc à une modification des rapports sociaux de production. C’est le changement des rapports sociaux de production qui détermine le passage d’un système de production à un autre. Bien évidemment, cela est aujourd’hui possible grâce aux nouvelles forces productives numériques et électroniques.

⇒ Le travailleur associé, c’est aussi un autre versant de l’acquisition de la souveraineté populaire sur son propre travail, souveraineté populaire qui donne de nouveaux droits au travailleur associé par rapport aux salariés qui sont en état de subordination par rapport au capital. Mais aussi souveraineté collective qui donne également des droits à la collectivité des travailleurs associés. Redonner la souveraineté à des travailleurs associés peut se comprendre avec l’analogie, toutes choses étant différentes par ailleurs, avec la libre disposition du corps des femmes par les femmes elles-mêmes pour lutter contre la domination patriarcale.

Répétons, que changer de système ne consiste pas seulement à la prise du pouvoir d’Etat mais aussi à la prise du pouvoir sur le travail par les nouveaux travailleurs associés. Si on s’arrête à la prise du pouvoir dans l’Etat, on obtient une nouvelle aristocratie d’Etat pilotant une technobureaucratie qui peut être soit néolibérale de plus en plus autoritaire (ce qui va advenir si la gauche ne se met pas à la hauteur des enjeux), soit soviétique (nous avons vu où cela a mené).

Dans ce cadre, le secteur des travailleurs associés deviendrait le secteur pro-actif dans le nouveau système en transition face à l’Etat et aux survivances du secteur capitaliste contrairement aux coopératives et mutuelles actuelles qui subissent la subordination directe de la formation sociale capitaliste.

 

Mais gardons-nous de vouloir proposer le paradis. Restons-en à la formule matérialiste d’Engels que l’on « ne peut pas faire bouillir les marmites de l’avenir ». Dit autrement, nous pensons que toute pensée téléologique est erronée, car c’est l’activité matérielle et ses contradictions qui font surgir la « force des choses » et ce ne sont pas les idées qui créent les futures activités matérielles. Les hommes et leurs idées ne peuvent qu’agir dans le cadre de cette « force des choses » qui arrive toujours mais pas forcément quand on le souhaite. Mais ils peuvent agir positivement que si, et seulement si, ils ont correctement analysé la période, qu’ils ont préparé les conditions de la bifurcation là et qu’une organisation collective peut prendre en charge la rupture politique. Nous avons de ce point de vue expliqué dans des conférences sur les grandes révolutions que ce qui précède est corroboré dans toutes les périodes révolutionnaires sans exceptions. Car il n’y a pas plus de fin de l’histoire, n’en déplaise à Kojève ou Fukuyama que de finalité écrite d’avance par une téléologie, fût-elle de gôche.

 

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