Pour un référendum d’initiative partagée proposé par le collectif inter-hôpitaux pour « avoir enfin un vrai débat sur la politique à mener pour l’hôpital ».

Créé par le 19 juin 2021 | Dans : Santé-social-logement

le 13 juin 2021

Une vingtaine d’élus locaux appellent les parlementaires à signer le référendum d’initiative partagée proposé par le collectif inter-hôpitaux pour « avoir enfin un vrai débat sur la politique à mener pour l’hôpital ».

« Si le système de santé a tenu depuis le début de la crise sanitaire, un constat s’impose. Parce qu’il n’a pas été possible de prévenir les contaminations, la pression a été très forte sur les personnels hospitaliers. Nous n’en mesurons pas encore l’ampleur des conséquences sanitaires à long terme, et les réponses ne se limiteront pas à l’hôpital. Mais la crise sanitaire aura montré l’extraordinaire engagement, le sens du collectif et la conscience professionnelle sans faille de ces femmes et ces hommes qui font vivre l’hôpital. Elle aura aussi révélé au grand jour des conditions de travail difficiles, et les limites de notre système hospitalier.

Une évidence s’impose : l’hôpital ne peut remplir ses missions qu’au travers d’un financement à hauteur des besoins. Notre priorité doit être de redonner au système hospitalier public les moyens d’assurer ses missions dans de bonnes conditions.

Le référendum d’initiative partagée proposé par le collectif inter-hôpitaux doit permettre à notre pays d’avoir enfin un vrai débat sur la politique à mener pour l’hôpital. Les propositions qu’il contient sont en rupture avec les choix réalisés ces dernières années et c’est heureux, tant la crise sanitaire en a montré les failles structurelles.

En dehors des revalorisations salariales, les réponses apportées par le gouvernement à la suite du Ségur de la santé se limitent à des ajustements techniques, sans changement de perspective.

Les hôpitaux publics ne peuvent être soumis aux mêmes règles que le secteur privé lucratif

En tant que maires, représentant nos concitoyens auprès des hôpitaux publics – dont le pilotage relève toutefois de l’État -, nous constatons tous les jours la nécessité d’une autre politique de santé. Nous appelons ainsi les parlementaires à signer ce référendum pour que le débat se poursuive dans la société.

 

Il est temps de faire entrer le citoyen et le patient dans les choix réalisés au niveau territorial pour faire vivre la démocratie sanitaire. Le pilotage du système de santé doit associer les citoyens, les élus locaux, au côté des représentants de l’État et des acteurs de la santé pour définir les orientations en matière de santé sur un territoire, en privilégiant le long terme et l’adéquation de l’offre hospitalière aux évolutions socio-démographiques de son bassin de population. Le projet de loi pour une nouvelle étape de décentralisation, qui sera discuté prochainement au Parlement, est l’occasion de reconnaître le rôle incontournable des collectivités territoriales.

L’objectif d’un accès aux soins réellement équitable doit aussi nous amener à redonner une priorité aux acteurs du service public hospitalier – les hôpitaux publics aussi bien que les établissements privés exerçant les missions de service public. Ceux-ci ne peuvent être soumis aux mêmes règles que le secteur privé lucratif, qui conduisent trop souvent à privilégier le court terme et à réduire les soins jugés non rentables. Changer de système, c’est assumer que l’on donnera la priorité aux acteurs remplissant l’intégralité des missions de service public, qui agissent avec les acteurs des soins de proximité, au service des patients.

Notre pays a besoin d’un grand plan pour l’hôpital

Alors que la crise a révélé le manque de moyens humains dans les hôpitaux, la priorité est de soutenir massivement la formation des professionnels de santé. La suppression du numerus clausus pour les formations médicales, ainsi que l’accroissement du nombre de places dans les écoles paramédicales en septembre 2021, constituent un premier rattrapage mais la crise sanitaire a accentué les besoins. L’effort devra donc être poursuivi dans la durée, et en veillant à la qualité de l’accueil de ces étudiants dans les établissements de santé. Le débat doit aussi s’ouvrir sur les conditions permettant de rendre les carrières hospitalières plus attractives, ainsi que sur le nombre de personnels dans les services de soins, afin de garantir la qualité des soins et d’améliorer les conditions de travail des soignants.

La France doit également se doter d’une politique d’investissement pluriannuel dans le domaine hospitalier. La reprise d’un tiers de la dette des hôpitaux, annoncée par le gouvernement depuis 2019 mais toujours pas concrétisée, ne permettra que d’assurer un minimum d’investissements courants, depuis trop longtemps ajournés. Sur le terrain, les citoyens et les personnels nous témoignent du décalage entre les annonces et la réalité quotidienne. L’hôpital doit aussi engager sa transition écologique pour réduire son empreinte environnementale : cela doit devenir un critère de validation de tous les nouveaux projets immobiliers.

Notre pays a besoin d’un grand plan pour l’hôpital, qui devra apporter les financements à la fois pour la formation et le recrutement des professionnels de demain, pour l’indispensable revalorisation des carrières et pour des investissements immobiliers adaptés aux besoins des territoires. L’hôpital est un bien commun, il appartient à tous les Français : place au débat et au vote citoyen! »

  1. Anne Hidalgo, maire de Paris
  2. Nathalie Appéré, maire de Rennes
  3. Benoit Arrivé, maire de Cherbourg
  4. Martine Aubry, maire de Lille
  5. Nadège Azzaz, maire de Châtillon
  6. Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand
  7. Sophie Borderie, présidente du département du Lot-et-Garonne
  8. Philippe Bouyssou, maire d’Ivry-sur-Seine
  9. Philippe Buisson, maire de Libourne
  10. Frédéric Chéreau, maire de Douai
  11. Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse
  12. Carole Delga, présidente de la région Occitanie
  13. Thierry Falconnet, maire de Chenôve
  14. Pierre Garzon, maire de Villejuif
  15. Emmanuelle Gazel, maire de Millau
  16. Delphine Labails, maire de Périgueux
  17. Jean-Luc Laurent, maire du Kremlin Bicêtre
  18. Jean-Claude Leblois, président du département de la Haute-Vienne
  19. Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen
  20. Stéphane Troussel, président du département de la Seine-Saint-Denis
  21. Laurent Ughetto, président du département de l’Ardèche
  22. Cédric Van Styvendeal, maire de Villeurbanne

Arnaud Montebourg : « Il faut unir le bloc populaire pour briser la tenaille entre les blocs bourgeois et réactionnaire »

Créé par le 08 juin 2021 | Dans : Battre campagne, Projet politique

 

Tribune du Monde du 7 juin 2021

Arnaud Montebourg

Ancien ministre de l’économie

En vue de l’élection présidentielle de 2022, l’ex-ministre socialiste de l’économie appelle, dans une tribune au « Monde », à une union des forces populaires qui passe selon lui par un programme politique interventionniste, régulationniste, républicain et laïc, mais aussi par le contrôle de l’immigration et la lutte contre l’islamisme politique.

Temps de Lecture 7 min.

Tribune. Il y a dix ans, les sociaux-libéraux encourageaient la gauche à persister dans sa dangereuse préférence pour les questions sociétales, les minorités et le goût pour une certaine bourgeoisie libérale s’épanouissant dans l’individualisme et une mondialisation heureuse. Triomphait alors la version française du « clintonisme » qui avait uni dans un même programme politique Wall Street et Hollywood, symbolisant un mépris implicite pour les classes populaires qui se jetaient à l’inverse dans les bras de Trump.

Pour les gauches mondiales, il n’était plus nécessaire de s’attaquer aux excès du système économique néolibéral et mondialisé puisqu’il était prétendument bon pour nos sociétés. Le protectionnisme devait rester l’apanage des supposés populistes alors que chacun comprend l’urgente nécessité de rééquilibrage écologique et social d’une mondialisation sauvage et destructrice de nos sociétés occidentales. La question des salaires et de l’amour du travail était abandonnée au profit de la seule redistribution, par les impôts et le revenu universel, célébrant ainsi curieusement l’union de Bill Gates avec Benoît Hamon.

En acceptant ainsi le monde tel qu’il était devenu, la gauche du quinquennat Hollande fit grossir de 15 points le Front national par sa politique austéritaire, parachevée par le quinquennat Macron, champion du mépris de classe en apportant les 15 points de plus qui manquaient pour atteindre les 50 % du corps électoral. Le résultat de ce choix est maintenant connu : les « gilets jaunes » s’affrontèrent en fracture ouverte avec Macron en défendant désespérément le droit de vivre de leur travail ; aujourd’hui la famille Le Pen est aux portes du pouvoir, plusieurs régions sont sur le point d’être gagnées par le Rassemblement national, et tous les candidats se revendiquant de la gauche (Mélenchon, Jadot, Hidalgo) seraient battus par Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Tout comme Macron qui n’en est plus très loin et devrait entrer dans l’histoire pour avoir minutieusement installé le RN au pouvoir, par incompétence ou cynisme.

Extrême centre et extrême droite

François Mitterrand avait exprimé clairement une vérité lors de son célèbre discours d’investiture du 21 mai 1981 : avec la victoire de la gauche, « la majorité sociale a enfin rencontré la majorité politique ». Avec Emmanuel Macron, c’est la minorité sociale d’un bloc bourgeois qui a arraché une majorité politique, gouvernant pour une base étroite avec arrogance. Cette recomposition découle de choix délibérés d’indifférenciation idéologique et de conversion de la gauche à la pensée unique. Depuis si longtemps, gauche et droite se succèdent au pouvoir pour mener les mêmes politiques néolibérales aux dépens des droits économiques et sociaux des classes moyennes et populaires.

Dans l’affrontement scénarisé à l’avance entre le bloc bourgeois d’Emmanuel Macron et le bloc réactionnaire de Marine Le Pen, les classes populaires sont expulsées du jeu politique, condamnées à un non-choix entre l’extrême centre et l’extrême droite. La majorité sociologique du pays qui a fait l’élection de Chirac (« la fracture sociale »), de Sarkozy (« travailler plus pour gagner plus »), ou de Hollande (« mon adversaire, c’est la finance ») n’est plus représentée ni par la gauche ni davantage par la droite qui court après son électorat perdu. Faute de proposition correspondant à ses aspirations, le corps central du pays se donnera donc à la famille Le Pen.

 

Dans la recomposition qui doit se poursuivre, seule l’unification politique du bloc populaire autour d’une force républicaine briserait la tenaille constituée d’un côté par le bloc bourgeois qui représente l’élite et de l’autre par le bloc réactionnaire qui prétend représenter par opposition tous les autres, c’est-à-dire le peuple. Pour réussir ce défi, il lui faut offrir une unification de ces deux composantes dans un nouveau choix démocratique capable de devenir majoritaire en 2022.

Cette force populaire est le rassemblement des forces politiques défendant l’intérêt du plus grand nombre autour de l’intérêt général, cette France des gens ordinaires, qui faute de trouver leur représentation politique, désespèrent, abandonnent, se radicalisent, ou choisissent l’indifférence. De quoi cette nouvelle majorité sociale serait-elle faite ? De tous ceux qui forment cette France contre laquelle le quinquennat d’Emmanuel Macron s’est fracassé après dix-huit mois : la France des déclassés, des enracinés, des « quelque part », des « premiers de corvée », des diplômés précarisés, de « ceux qui ne sont rien » selon la triste formule présidentielle. Mais également une bourgeoisie d’intérêt général – chefs d’entreprise, hauts fonctionnaires, intellectuels, créateurs – qui refuse de faire sécession de la nation et reste fidèle au destin commun de cette République qui nous lie. Des populations qui aspirent à s’en sortir par leur travail et à en vivre dignement, qu’ils soient anciennement affiliés à la droite (petits commerçants, artisans, travailleurs indépendants, agriculteurs) ou à la gauche (ouvriers, employés, fonctionnaires de première ligne). Tous ceux-là peuvent former une nouvelle majorité. Mais quel serait leur projet unificateur, au moment où la gauche cherche son unité sans la trouver ?

Renforcement du nucléaire

Tous ceux-là veulent à coup sûr un travail pour en vivre, plutôt que la proclamation hasardeuse de la fin du travail assortie d’allocations universelles. Ils voudraient des augmentations de salaires, plutôt que d’assister dans la classe politique à un concours Lépine des impôts nouveaux.

Tous ceux-là veulent à coup sûr que la France s’organise enfin contre la mondialisation qui nous étrille, quand on entend encore chanter les louanges de la mondialisation heureuse. Ils voudraient rétablir un minimum de souveraineté de la France face à une Union européenne incapable de résoudre les problèmes des Français et des Européens, car la démocratie est le seul moyen dont dispose le plus grand nombre pour reprendre le contrôle.

Tous ceux-là ont bien compris que les mythes de la réussite individuelle, du ruissellement, de la « start-up nation » cachent la faillite de notre capacité à permettre à chacun de se réaliser dans un pays bloqué. Ces mythes sont les cache-sexes de l’abandon total de l’industrie française, du made in France, de ses emplois et territoires, aux sirènes du laisser-faire pour les puissants, pendant qu’on ne laisse rien faire à tous les autres dans le pays de l’ultra-bureaucratie. Beaucoup voudraient ainsi en finir avec cet Etat Léviathan bureaucratique, privatif de nos libertés, facteur de blocage du pays, auteur des errements sanitaires dans la crise Covid-19, quand les partis politiques peuplés d’énarques continuent à défendre aveuglément une haute administration qui travaille en roue libre. A l’inverse, les Français ont commencé à reconstruire leur territoire abandonné, et cherchent dans leur vie quotidienne des solutions concrètes, lorsque la plupart des dirigeants ne semblent s’intéresser qu’aux métropoles.

Tous ceux-là veulent à coup sûr que la France produise et relocalise selon de nouveaux modèles écologiques ce qu’elle consomme, en organisant une collaboration entre toutes les générations, climat et boomers. Ils savent que la lutte contre le dérèglement climatique passe aussi par le renforcement du nucléaire et d’EDF comme service public national assurant une électricité bon marché.

Cette force politique existe

Tous ceux-là pensent également que l’immigration n’est pas sous contrôle et pèse sur les conditions de vie des plus modestes, face au slogan facile du « accueillons-les tous ! ». Ils voudraient pourtant à coup sûr défendre l’application intransigeante de l’état de droit, le droit à la sûreté et à une police au service de la population face à l’insécurité qui atteint des sommets, tout comme le droit à la justice, qu’on soit puissant ou misérable. Finalement, ils veulent corriger les injustices cruelles et criantes de leur vie quotidienne, et dire non aux arrangements du monde en faveur de quelques-uns.

Tous ceux-là veulent enfin que l’Etat les débarrasse de l’islamisme politique qui cherche à pervertir ou détruire les règles de la République délibérées en commun, quand quelques dirigeants s’aveuglent encore sur la dangerosité de cette autre forme de fascisme, l’autre versant de la peste brune.

Au second tour de l’élection présidentielle de 2017, 4 millions de citoyens ont voté blanc ou nul et 12,1 millions se sont abstenus dans le choix entre En marche ! et le FN, considérant que l’incendie totalitaire ne se combat pas avec le briquet du néolibéralisme qui a servi à l’allumer. Ces électeurs sont majoritairement issus des classes moyennes et populaires. Cette force existe donc, mais l’inconnue pour 2022 est de savoir s’il est possible de réunifier cette force populaire et républicaine sur un programme politique interventionniste, régulationniste, républicain et laïc, dans et en dehors des partis. Réunifier les premiers de corvée sur un nouveau compromis historique avec les milieux économiques et les forces sociales, avec la bourgeoisie d’intérêt général et les mouvements populaires, c’est dessiner là un nouveau compromis entre des forces qui se sont affrontées mais qui, dans l’intérêt commun de relèvement du pays, chercheraient un accord en échangeant les concessions réciproques. Tel est l’enjeu de 2022 auquel les hommes et femmes de bonne volonté doivent désormais s’atteler.

Arnaud Montebourg est ancien ministre socialiste de l’économie, ­du redressement productif et du numérique (2012-2015) et entrepreneur.

Arnaud Montebourg(Ancien ministre de l’économie)

« Être libre en politique, c’est avoir l’intelligence de son temps » Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour l’hebdomadaire « Le Point », parue le 2 mars 2021

Créé par le 20 mar 2021 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

« Être libre en politique, c’est avoir l’intelligence de son temps »

Tribune pour l’hebdomadaire « Le Point », parue le 2 mars 2021

Être libre en politique, c’est d’abord savoir « où on habite. » Tel se vit comme « citoyen du monde. » Je me vois, quant à moi, comme citoyen français. Partout chez lui, le premier n’habite nulle part. Je m’inscris pour ma part dans une Histoire, celle de la nation française. Cette appartenance à la France ne m’empêche pas d’appartenir à l’humanité. Au contraire, elle me le permet : c’est à travers la France que je peux prendre mes responsabilités vis-à-vis du monde. Aussitôt entends-je s’élever un cri : « Et l’Europe ? Que faites-vous, là-dedans, de l’Europe ? » Certes, la France fait partie de la grande famille des nations européennes. Mais bien que la construction européenne ait été proposée – par la France justement – comme le moyen de surmonter l’antagonisme franco-allemand, au lendemain des deux guerres mondiales, je sais que le sentiment d’appartenance à l’Europe est encore loin d’atteindre chez les différents peuples européens, la force du sentiment d’appartenance nationale. Or c’est celui-ci qui permet l’exercice de la démocratie, c’est-à-dire l’acceptation provisoire par une minorité du fait majoritaire. À l’ignorer, l’Union européenne s’exposerait à de graves mécomptes. La construction de l’Europe est utile et même nécessaire dans un monde que domine de plus en plus la rivalité des États-Unis et de la Chine, mais la construction de ce « tiers acteur » ne peut se faire que d’une manière très pragmatique. Elle s’effectue dans la réalité de façon quelque peu désordonnée, selon une règle assez éloignée de la démocratie, proche du « consensus implicite ». Lire la suite »

Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ? À retrouver dans l’émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin sur France Culture

Créé par le 12 mar 2021 | Dans : Non classé

Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ?

https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/le-temps-du-debat-emission-du-jeudi-11-mars-2021

A l’occasion de la sortie en kiosque du nouveau numéro de la revue de France Culture, «  Papiers » dont le dossier central se demande « par où est la gauche ? ». Soixante-trois personnalités répondent à cette question, de Bertrand Badie à Daniele Linhart, d’Olivier Besancenot à Claire Nouvian ou d’Aude Lancelin à Thomas Piketty.

Il nous a semblé qu’une des questions importantes qui structurait la gauche ces derniers temps concernait la souveraineté, sanitaire, alimentaire ou bien énergétique. Une question pas si nouvelle, puisque le Parti communiste de Georges Marchais fut à la fois internationaliste et héraut d’une certaine souveraineté nationale. Puisque le chevenementisme a participé à développer cette idée de souveraineté à gauche. Mais est-ce la crise que nous connaissons qui motive le retour de cette idée ? 

Entretien à Sud Ouest : « J’aurais pu démissionner mille fois »

Créé par le 02 jan 2021 | Dans : Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal « Sud Ouest », propos retranscrits par Bruno Dive, dimanche 27 décembre 2020.


Entretien à Sud Ouest : "J'aurais pu démissionner mille fois"
  • Sud Ouest : Quand on regarde votre parcours, on se dit que vous auriez pu être gaulliste. Pourquoi, dans les années 1960, rejoignez-vous la vieille SFIO plutôt que de soutenir le Général ?Jean-Pierre Chevènement : Parce qu’il était difficile pour moi, jeune boursier issu d’une famille d’instituteurs socialistes, de franchir le pas et de faire carrière avec les barons du gaullisme de l’époque. Je voulais plutôt remettre la Ve République sur des bases de gauche, lui donner une base sociale sans remettre en cause ni les institutions ni la politique extérieure d’indépendance nationale, ni la dissuasion. Et cette première partie du programme, je l’ai réalisée à travers François Mitterrand qui, quoi qu’on puisse dire, a maintenu la Ve République.

 

  • Sud Ouest : François Mitterrand vous dit, en 1973 : « Le pouvoir, c’est la noblesse de la politique. » N’est-ce pas, au fond, la principale divergence que vous ayez eue avec lui, vous qui avez démissionné trois fois du gouvernement ?Jean-Pierre Chevènement : Ce n’était pas une divergence, car moi aussi je voulais venir au pouvoir. J’avais répondu à Mitterrand que « le pouvoir pour le pouvoir n’est pas une perspective ». J’ai beaucoup appris avec Mitterrand. Il a inscrit le PS comme parti de gouvernement dans les institutions de la Ve République. C’était un magnifique cadeau, si l’on considère que le pouvoir est en soi un bien. Mais si l’on n’en fait pas un bon usage, cela peut se retourner. C’est ce qui est arrivé au Parti socialiste : à force de vouloir déborder la droite sur sa droite, en inventant le « social libéralisme » il a fini par perdre son électorat populaire et les élections.
  • Sud Ouest : N’est-ce pas le problème principal du PS et le vôtre : assumer la culture de gouvernement ?Jean-Pierre Chevènement : Quand j’arrive au ministère de l’Éducation, en 1984, et que je mets fin à la querelle scolaire, j’assume une culture de gouvernement. Quand, au ministère de l’Intérieur, en 1997, je fais prendre au PS un tournant marqué pour le rallier à une culture de sécurité, je fais aussi oeuvre de gouvernement. Et quand, en 1991, je refuse la guerre du Golfe, je regrette de ne pas être écouté, parce que la culture de gouvernement, ce n’était pas d’ouvrir la voie à Al Qaïda et à Daech. Je pense donc qu’on peut être de gauche et avoir une culture de gouvernement. Je suis un homme politique réaliste !
  • Sud Ouest : En 1983, vous démissionnez une première fois du gouvernement…Jean-Pierre Chevènement : J’étais ministre de l’Industrie et je ne pouvais même pas donner quelques directives aux dirigeants des grandes entreprises que la gauche venait de nationaliser. J’ai été fusillé dans le dos. Pour moi, c’est la désindustrialisation de la France qui se profile à l’horizon. Le tournant de 1983 tel que je l’analyse, Mitterrand ne l’avait pas vraiment voulu. Il voulait même sortir du Système monétaire européen. L’homme qui a présidé au ralliement du PS au néolibéralisme, c’est Jacques Delors, remarqué par le chancelier Kohl, qui le pressent en 1984 pour devenir président de la Commission européenne. Mitterrand se laisse faire et Delors passe un accord avec le commissaire britannique, Lord Cockfield, l’oeil de Madame Thatcher à Bruxelles, auquel il confie le « livre blanc » sur le Marché unique, et qui prévoit en commission les directives de dérégulation qui, avec la libération des mouvements des capitaux, vont installer le néolibéralisme en Europe et dans le monde.
  • Sud Ouest : Espérez-vous alors que la gauche va revenir un jour à votre ligne ?Jean-Pierre Chevènement : Pendant dix ans, j’ai espéré qu’on redresserait le cours des choses. Je pensais que la gauche ne pourrait pas persister dans cette orientation suicidaire, qui l’a d’ailleurs conduite à l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui, coupée des couches populaires : fragmentée et impuissante. Mais elle a persisté sur une ligne qui a abouti à ce que Jérôme Fourquet appelle « l’archipelisation » de la société française. Cela remonte à ces choix fondateurs de 1983, puis à l’Acte unique de 1986. Quand j’ai lu le Traité de Maastricht en 1991, j’ai enfin compris que l’on tournait définitivement le dos aux engagements de 1981.
  • Sud Ouest : Pourtant, un peu plus d’un an après, vous revenez au gouvernement, cette fois comme ministre de l’Éducation. Et quand on regarde la politique que vous menez, on se dit que Jean-Michel Blanquer est votre digne héritier ?Jean-Pierre Chevènement : Il est certainement le ministre de l’Éducation nationale dont je me sens le plus proche depuis que j’ai quitté la rue de Grenelle. Nous aurons mené le même combat contre le « pédagogisme » ou pour la formation solide des professeurs. J’avais défini, en arrivant, la stratégie du « détour républicain » : donner à ce ministère une perspective qui est la modernisation de la société française, mais aussi la formation du citoyen. On a réintroduit l’éducation civique, on fait chanter la Marseillaise, toutes choses qui faisaient rigoler à gauche à l’époque. J’ai réécrit moi-même les programmes de l’école élémentaire, avec une idée simple : savoir écrire, lire, compter, connaître l’histoire et la géographie de la France.
  • Sud Ouest : Devenu ministre de l’Intérieur en 1997, vous parlez des « sauvageons ». Aujourd’hui, Gérald Darmanin dénonce « l’ensauvagement » de la société…Jean-Pierre Chevènement : Un sauvageon, c’est un arbre non greffé. Cela joint le défaut de l’éducation. Ce n’est pas un sauvage ! Ensauvagement renvoie à sauvage, mais ça ne veut pas dire que Darmanin ait tort, car il existe effectivement des comportements empreints de sauvagerie. Ce qui est idiot, ce que le mot sauvage renvoie aussitôt à la figure de l’immigré. C’est grotesque ! Antirépublicain !
  • Sud Ouest : Et vous organisez, non pas le Beauvau de la sécurité, mais le colloque de Villepinte, qui marque un tournant de la gauche sur ce sujet.Jean-Pierre Chevènement : J’avais l’espoir de ramener Jospin sur une ligne plus républicaine. Mais j’ai bien vu qu’il y avait des forces puissantes pour peser dans l’autre sens. Je lui ai proposé une loi de programmation sur la police, des centres éducatifs fermés qu’il m’a refusés, d’autres mesures auxquelles s’est opposée Élisabeth Guigou, qui a fini par emporter le morceau.
  • Sud Ouest : Déjà, à l’époque, ce clivage entre deux gauches… Aujourd’hui, parleriez-vous, comme Manuel Valls, de deux gauches irréconciliables ?Jean-Pierre Chevènement : Aujourd’hui, quand on parle de deux gauches irréconciliables, c’est plutôt sur la laïcité. De soi-disant laïcs, qui se prétendent « ouverts », n’ont en réalité jamais admis la prohibition des signes religieux dans l’espace public. Mais je ne fais pas de la laïcité un sport de combat. La laïcité n’est pas dirigée contre la religion, ce n’est pas l’athéisme, c’est la neutralité de l’État et l’idée qu’il y a deux espaces : l’espace religieux, celui de la transcendance, et l’espace public, délivré des dogmes, où les citoyens se mettent d’accord à la lumière d’arguments raisonnés.
  • Sud Ouest : Est-ce que vous vous reconnaissez dans l’expression « islamo-gauchiste », qui a été inventée par un de vos proches, le philosophe Pierre-André Taguieff ?Jean-Pierre Chevènement : Je suis toujours proche de lui, mais je n’utilise pas cette expression parce qu’elle prête à trop de confusion. C’est plus compliqué : des gens sont venus de la religion à la politique ; même au CERES, il y avait des gens qui venaient de « Témoignage chrétien ». Il y a en revanche un sujet : des gens voudraient importer en France le communautarisme à l’anglo-saxonne. Curieusement, ce sont ceux qui fournissent les rangs décolonialistes, « racisés », racialistes. Tout cela relève d’une idéologie totalement antirépublicaine. C’est un renversement des valeurs. Il faut les combattre.
  • Sud Ouest : Toute la gauche n’y est pas prête…Jean-Pierre Chevènement : Toute la gauche n’a pas la culture historique qui lui permettrait de mettre de l’ordre dans ses idées. C’est aussi ce qui se passe à la République en Marche, où règne une certaine confusion entre des gens bien orientés et d’autres qui céderaient volontiers à cette philosophie communautariste ou différentialiste. Il faudrait que la République en Marche mette de l’ordre dans ses idées. Est-ce possible ? Cela incombera en dernier ressort à Emmanuel Macron.
  • Sud Ouest : Mais lui-même est-il au clair ?Jean-Pierre Chevènement : Il a progressé dans la bonne direction, si j’en juge par ses récents discours, notamment celui de la Sorbonne sur la laïcité et celui des Mureaux contre le séparatisme.
  • Sud Ouest : Et cette loi va dans le bon sens ?Jean-Pierre Chevènement : Globalement, oui. Mais il faudra se méfier des obstacles que le soi-disant « état de droit » voudra mettre à son application. Au fur et à mesure que monte l’islamisme et que se multiplient les attentats, on voit la jurisprudence corseter de plus en plus le pouvoir politique et l’empêcher d’agir efficacement dans des domaines tels que l’immigration, le droit d’asile, qui est abondamment détourné, la reconduite des étrangers à la frontière, qui est pratiquement impossible. Qu’est-ce qu’un droit qui ne peut pas s’appliquer ? Il faudrait pouvoir réviser la Constitution et revoir les traités.
  • Sud Ouest : En 1998, vous êtes victime d’un accident opératoire, vous restez plusieurs semaines dans le coma. Cet épisode vous a-t-il changé ? Amené à voir la vie autrement ?Jean-Pierre Chevènement : Cet épisode m’a donné le sentiment que je n’avais plus beaucoup d’années à vivre. Qu’il fallait donc aller plus vite, et face à une société française déjà fracturée, déjà désindustrialisée, déjà ghettoïsée. Ce sentiment d’urgence m’a conduit à préconiser auprès de Jospin une politique de fermeté.
  • Sud Ouest : Et vous démissionnez encore, cette fois à propos de la Corse. Ne vous êtes-vous jamais dit :  »c’est la troisième fois que je démissionne, je vais rester dans l’Histoire comme le ministre éternellement démissionnaire » ? C’est unique dans l’Histoire !Jean-Pierre Chevènement : Parfois, il faut faire des choses uniques (sourire). J’aurais pu démissionner mille fois ! À chaque fois, l’Histoire m’a malheureusement donné raison. En 2000, mon désaccord avec Jospin sur la Corse était flagrant : je ne me voyais pas expliquer à la tribune de l’Assemblée nationale qu’on allait donner un pouvoir législatif à l’assemblée de Corse et mettre les nationalistes corses au pouvoir sans que ceux-ci aient renoncé à la violence.
  • Sud Ouest : Dans votre campagne présidentielle de 2002, vous avez fait du Macron avant l’heure : réunir droite et gauche, faire « turbuler le système »…Jean-Pierre Chevènement : En effet j’anticipe sur le « dégagisme » qui frappe les candidats issus des partis dits « de gouvernement » en 2002 et plus encore en 2017. En 2002, je dis une chose assez différente de Macron : au-delà de la gauche et de la droite telle qu’elles sont devenues, il y a la République. Je définis une politique alternative, que Macron finira par concevoir dans le discours de 2020, où il déclare « dussé-je me réinventer » et parle de reconquérir notre indépendance agricole, industrielle, sanitaire, technologique…
  • Sud Ouest : Et aujourd’hui, c’est lui qui se réclame de vous…Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron a mis le système en turbulence. Il lui reste à se réinventer. Il a fixé la ligne : la reconquête de l’indépendance. Ne reste que les moyens ; ce sera le plus difficile.
  • Sud Ouest : Trouvez-vous qu’il s’en sort bien, ou qu’il déçoit ?Jean-Pierre Chevènement : Il montre une grande plasticité, il a quand même su changer de ligne sans trop le dire : « quoi qu’il en coûte », c’est une rupture avec la règle des 3 %, qui était le maître mot au début de son quinquennat.
  • Sud Ouest : Vous voyez-vous des héritiers ?Jean-Pierre Chevènement : À mon âge, j’aimerais tellement en avoir…
12345...1150

Nouveau regard, nouvelle Ec... |
democratia |
Mers El-Kébir Franc-Tireur |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Les emprunts russes
| mouvement de soutien "waaxu...
| HYPERDEMOCRACY