Ce diable de CERES : photo de famille

Créé par le 01 nov 2017 | Dans : a-articles privés accès autorisés

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Lu dans le Monde : Didier Motchane, figure du Parti socialiste et inventeur du logo « Le poing et la rose », est mort

Créé par le 01 nov 2017 | Dans : Gauche anti-libérale

L’un des plus proches compagnons de Jean-Pierre Chevènement est mort dimanche des suites d’un cancer. Il était âgé de 86 ans.

LE MONDE | 29.10.2017 à 18h44 • Mis à jour le 30.10.2017 à 01h21 | Par Ariane Chemin

image: http://img.lemde.fr/2017/10/29/0/0/1024/764/534/0/60/0/34eb870_19576-42lg4b.los2359udi.jpgDidier Motchane à Madrid lors d’un meeting contre l’OTAN et le traité de Maastricht, le 5 juillet 1997.

Didier Motchane, l’un des plus proches compagnons de Jean-Pierre Chevènement, cofondateur en 1965 du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), est mort, dimanche 29 octobre, des suites d’un cancer. Il était âgé de 86 ans.

Né le 17 septembre 1931, ancien élève de l’ENA, ce magistrat à la cour des comptes a été élu député socialiste européen de 1979 à 1989. Il avait quitté le Parti socialiste au moment de la guerre du Golfe pour participer à la création du Mouvement de citoyens (MDC).

Jean-Pierre Chevènement a rendu hommage à une « figure exceptionnelle », saluant « son intelligence supérieure, sa vaste culture et son caractère », qui le plaçaient « très au-dessus de la grisaille de la petite politique ».

« Depuis plus de cinquante ans, il a été, à mes côtés, une conscience exigente et fidèle (…) Toute sa vie, Didier Motchane a été un bloc de courage, un homme magnifique et une grande âme, qui a affronté la mort comme il avait mené sa vie, sans ciller », a ajouté l’ancien ministre de l’intérieur.

« Exigence de sa pensée »

Il était l’un des promoteurs de l’« union de la gauche » au congrès d’Epinay, en 1971. Fondateur de nombreuses revues, il était aussi l’inventeur du logo « Le poing et la rose », symbole du courant socialiste à l’échelle internationale.

Dans un communiqué, diffusé dimanche soir, le Parti socialiste a rendu hommage à un « intellectuel exigeant » qui « contribua par l’exigence de sa pensée à la construction » du parti. Concernant son départ, le PS estime que la « rupture n’efface pas la vingtaine d’années pendant lesquelles il fut un repère pour une génération d’hommes et de femmes de gauche qui sont toujours des cadres du PS ».

« Il avait formé tant d’entre nous ! Tristesse et respect », a confirmé dans un tweet la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/10/29/didier-motchane-figure-du-parti-socialiste-et-inventeur-du-logo-le-poing-et-la-rose-est-mort_5207559_3382.html#7AsjttEzozgZc3Vj.99

Lu dans Libé : Disparition de Didier Motchane, figure déçue du PS

Par Lilian Alemagna — 29 octobre 2017 à 20:56

Figure du Parti socialiste, Didier Motchane est mort dimanche à 86 ans des suites d’un cancer. Grand défenseur d’une union de la gauche, il a cofondé avec Jean-Pierre Chevènement le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialistes (Cérès), en 1965. Ce courant socialiste situé sur l’aile gauche a participé au congrès d’Epinay qui a vu, en 1971, François Mitterrand prendre la tête du PS sur cette ligne. Opposé au tournant de la rigueur décidé en 1983 par un Mitterrand devenu président, Motchane, ancien de l’ENA puis magistrat à la Cour des comptes devenu eurodéputé, sera l’un des dirigeants les plus critiques de l’évolution d’une famille politique qui lui doit pourtant, à l’échelle internationale, ce logo du poing tenant une rose.

Didier Motchane n’a cessé de critiquer, après 1983, des camarades ayant «pris congé du prolétariat en France au moment où ils ont découvert la classe ouvrière en Pologne.» Dix ans plus tard, il quitte le PS avec Chevènement pour participer à la création du Mouvement des citoyens (MDC) devenu Mouvement républicain et citoyen (MRC). En retrait de la vie politique, il fait le choix, en 2012, de soutenir Jean-Luc Mélenchon. «Je retrouve l’esprit du socialisme dans sa campagne»,expliquait-il alors. Critique de «l’européisme» et de «sociaux-démocrates virés libéraux», comme il les qualifiait encore en mai 2017 chez Mediapart, Motchane continuait à observer les tentatives de relance des gauches en Europe, défendant toujours le cadre de la nation.

Lilian Alemagna

 

 

Lu dans Ouest-France : Didier Motchane, figure du Parti socialiste est mort

Modifié le 29/10/2017 à 23:25 | Publié le 29/10/2017 à 21:49

  • Lu dans le Monde : Didier Motchane, figure du Parti socialiste et inventeur du logo « Le poing et la rose », est mort dans Gauche anti-libérale
    Didier Motchane, figure du Parti socialiste, est mort ce dimanche à 86 ans, des suites d’un cancer. | Capture d’écran Mediapart / Archives REUTERS

Ouest-Franceavecl’AFP

 

SurTwitter,ÉricCoquerel,députédelaFranceinsoumise,aditavoir« une pensée émue » pour Didier Motchane « intellectuel et militant engagé, vrai socialiste et républicain ».

 

Lorsdelaprésidentiellede2012,DidierMotchaneavaitapportésonsoutienaucandidatduFrontdegauche,Jean-LucMélenchon.

« Didier Motchane était une figure exceptionnelle. Sa disparition coïncide avec la fin du cycle d’Epinay. Il avait été avec Georges Sarre, Pierre Guidoni et moi-même l’un des fondateurs du Cérès au mitan des années 1960 », a déclaré Jean-Pierre Chevènement, saluant « son intelligence supérieure, sa vaste culture et son caractère », qui le plaçaient « très au-dessus de la grisaille de la petite politique ».

« Les socialistes ont perdu l’un des leurs qui, jusqu’en 1993, contribua par l’exigence de sa pensée à la construction du PS »,aparailleursrenduhommagedansuncommuniquélePartisocialiste.

« La rigueur doctrinale » du Cérès « a formé des milliers de cadres à une époque où l’idéologie comptait davantage que la petite phrase, où la recherche du sens primait sur celle du « buzz » »,ajoute le PS.

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Didier Motchane est mort, l’inventeur du logo socialiste « le poing et la rose » avait 86 ans

Créé par le 01 nov 2017 | Dans : MRC-PS, Vive le blog citoyen

Didier Motchane, eurosceptique, avait quitté le PS en 1993 pour participer à la création du Mouvement des citoyens avec Jean-Pierre Chevènement.

30/10/2017 00:02 CET | Actualisé 30/10/2017 18:07 CET
  • AFP
Didier Motchane est mort, l'inventeur du logo socialiste

Vincent Kessler / Reuters
Le créateur de ce logo est mort

DÉCÈS – Didier Motchane, très proche de Jean-Pierre Chevènement avec qui il avait fondé le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (Cérès), longtemps l’aile gauche du PS, est décédé ce dimanche 29 octobre à Paris à l’âge de 86 ans, a annoncé Chevènement, confirmant une information du Monde.

 

Né à Paris le 17 septembre 1931, fils du mathématicien Léon Motchane, époux de l’actrice et réalisatrice Dominique Cabrera, cet énarque magistrat à la Cour des comptes était partisan de l’union de la gauche au congrès d’Epinay en 1971. Il avait siégé au Parlement européen comme eurodéputé socialiste de 1979 à 1989.

 

C’est lui qui avait été à l’origine du logo « le poing et la rose », devenu le symbole du courant socialiste à l’échelle internationale.

« Au-dessus de la grisaille de la petite politique »

Cet eurosceptique avait quitté le PS en 1993, en même temps que Jean-Pierre Chevènement toujours, pour participer avec lui à la création du Mouvement des citoyens, devenu en 2003 le Mouvement républicain et citoyen. Lors de la présidentielle de 2012, Didier Motchane avait apporté son soutien au candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon.

 

« Didier Motchane était une figure exceptionnelle. Sa disparition coïncide avec la fin du cycle d’Epinay. Il avait été avec Georges Sarre, Pierre Guidoni et moi-même l’un des fondateurs du Cérès au mitan des années 1960″, a déclaré Jean-Pierre Chevènement, saluant « son intelligence supérieure, sa vaste culture et son caractère », qui le plaçaient « très au-dessus de la grisaille de la petite politique ».

« Depuis plus de cinquante ans, il a été, à mes côtés, une conscience exigeante et fidèle (…) Toute sa vie, Didier Motchane a été un bloc de courage, un homme magnifique et une grande âme, qui a affronté la mort comme il avait mené sa vie, sans ciller », a encore souligné Chevènement.

Eurosceptique

« Les socialistes ont perdu l’un des leurs qui, jusqu’en 1993, contribua par l’exigence de sa pensée à la construction du PS », a par ailleurs rendu hommage dans un communiqué le Parti socialiste. « La rigueur doctrinale » du Cérès « a formé des milliers de cadres à une époque où l’idéologie comptait davantage que la petite phrase, où la recherche du sens primait sur celle du ‘buzz’ », ajoute le PS.

« Les chemins », rappelle le PS, « s’étaient séparés au moment de la Première guerre du Golfe et, plus généralement, sur la question européenne » mais « cette rupture n’efface pas la vingtaine d’années pendant lesquelles il fut un repère pour une génération d’hommes et de femmes de gauche qui sont toujours des cadres du PS ».

« Il avait formé tant d’entre nous ! Tristesse et respect », a tweeté la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann.

Jean-Pierre Chevènement : »Didier Motchane, un homme magnifique »

Créé par le 30 oct 2017 | Dans : Blog du Che

Didier Motchane était une figure exceptionnelle. Sa disparition coïncide avec la fin du cycle d’Epinay. Didier Motchane a été avec Georges Sarre, Pierre Guidoni et moi-même, l’un des fondateurs du CERES, au mitan des années 1960. Il en a été ensuite l’infatigable animateur, comme de Socialisme et République et du Mouvement des Citoyens.

Son intelligence supérieure, sa vaste culture – il était poète à ses heures, son caractère ont porté l’exigence de notre mouvement et l’élan qu’il a donné à la gauche au-dessus de la grisaille de la « petite politique ».

Depuis plus de cinquante ans, Didier Motchane a été à mes côtés une conscience exigeante et fidèle. Ses vues profondes ont éclairé notre chemin. Toute sa vie, il a été un bloc de courage, un homme magnifique. Cette grande âme a affronté la mort comme il avait mené sa vie, sans ciller.

Sa mort me bouleverse profondément.

Jean Pierre Chevenement

Mort de Didier Motchane, une perte immense pour la gauche française

Billet de Jean-Luc Laurent, Président du MRC, le 29 octobre 2017


La mort de Didier Motchane est une perte immense. Didier était un intellectuel qui incarnait une pensée puissante et exigeante, et une grande figure de la gauche qui a formé tant d’entre nous du CERES au MDC puis au MRC. Je garde le souvenir de ces années jusqu’à sa dernière intervention lors de l’université de rentrée du MRC à Caen en 2014 où il nous encourageait a continuer à militer. Aujourd’hui, je ressens une immense tristesse et je m’incline devant sa mémoire. J’adresse mes pensées peinées et amicales à ses proches.

Pour Jean-Pierre Chevènement  » Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action »

Créé par le 21 oct 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à la revue Charles, propos recueillis par Louis Bochot, octobre 2017.


Revue Charles: Vous naissez le 9 mars 1939 à Belfort, six mois avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Vous effectuez ensuite votre service militaire en Algérie à la fin de la guerre d’indépendance. Diriez-vous que la guerre, la conscience du tragique qui résulte de l’expérience d’un conflit, est ce qui sépare votre génération de celle d’un Emmanuel Macron ?
Jean-Pierre Chevènement:
Devenir Président de la République à trente-neuf ans, c’est une expérience qui vaut mieux que l’expérience de la guerre. La guerre change profondément les hommes. En bien ou en mal. Quelquefois les deux.
Et vous, comment vous a-t-elle changé ?
Oh, elle a fait de moi un homme. Je n’étais pas un homme quand je suis parti en Algérie. J’étaisun grand adolescent à peine sorti de la belle bibliothèque de Sciences Po. L’essentiel de mon temps, je l’avais consacré à la rédaction d’un mémoire sur « La droite nationaliste française et l’Allemagne de 1870 à 1960 ». C’était pour moi, petit provincial sociologiquement « de gauche » un moyen de connaître la droite et ses différentes familles de pensée. Mais je n’avais que 21 ans. Quand je suis rentré deux ans et demi plus tard d’Algérie, j’avais été façonné par une expérience qui m’avait mis au cœur d’évènements où j’avais vu des gens tués près de moi et une société basculer. J’avais vu le massacre de Saint-Denis-du-Sig (un massacre de harkis le 19 mars 1962 suivi d’une « reprise en mains » sanglante, NDLR). Pendant l’insurrection de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), j’avais vu des femmes de ménage algériennes assassinées dans la rue, le port d’Oran bombardé puis incendié. J’avais vu des officiers français assassinés par l’OAS : le général Ginestet et le colonel Randon. J’avais vu beaucoup de choses de très près… Quand on a fait la guerre, on est moins manichéen et en même temps on acquiert un certain sens de l’Histoire. On relativise et en même temps on anticipe mieux les choses … C’est ce que j’ai voulu faire à mon retour d’Algérie en 1963 en préparant « l’après de Gaulle », tout en essayant de conserver de son héritage ce qui méritait de l’être…
 

 

Avant de rencontrer les militaires français et algériens, les premiers militaires que vous avez connus, pendant la Seconde guerre mondiale, furent des occupants allemands…
Oui, j’ai gardé le souvenir de l’occupation du premier étage de la maison-école où nous habitions ma mère et moi, dans un petit village du Haut-Doubs, Le Luhier. Cela devait être au début de 1943. Les soldats allemands s’étaient installés au premier étage. Ma mère m’interdisait d’y monter, au prétexte que les bonbons que les soldats allemands me donneraient serait empoisonnés, selon l’habitude qu’ils avaient déjà, selon elle, dans les régions occupées pendant la Première Guerre mondiale. Mais j’ai enfreint la consigne maternelle et je mangeais les oranges que m’offraient les soldats allemands, constatant ainsi à l’âge de quatre ans qu’ils ne méritaient pas tout à fait leur réputation … De cette période de guerre, gardez-vous d’autres souvenirs d’enfant ?
Bien sûr. Les trois maisons de ma grand-mère incendiées à Frambouhans, petit village voisin du Luhier, le 18 juin 1940. Des soldats français ont eu l’idée de résister aux envahisseurs au lendemain du discours de Pétain. Ils ont tué des motocyclistes allemands. Les chars qui n’arrivaient pas très loin derrière, ont détruit les sept ou huit maisons à l’entrée du village. Alors on a reconstruit après la guerre, parce que c’était l’hôtel-restaurant de ma grand-mère. J’ajoute que mon père était prisonnier dans un stalag. Il travaillait dans une carrière, et pour des raisons médicales – il avait fait un début de tuberculose –, on l’avait envoyé dans une ferme où il a passé le reste de la guerre, aux travaux des champs. Institutrice, ma mère a donc passé toute cette période dans le village du Luhier, dans l’attente de la libération ou de l’évasion de mon père. Je ne dirais pas qu’elle était résistante active, mais enfin elle faisait des tracts avec la postière contre les « Boches » et Vichy, et la Gestapo de Montbéliard l’y avait convoquée. On m’avait mis pendant ce temps chez une voisine, Mme Journot. Je revois donc la séparation d’avec ma mère. On ne savait pas si elle allait revenir. Et elle est revenue. Et mon père aussi, en avril 1945. Vous souvenez-vous de la Libération, cette année-là ?
J’ai le souvenir des bals de la Libération. Un bal à Bonnétage. Je revois ma mère avec un turban – c’était la mode de l’époque, lancée par les « tabors » marocains. Elle chantait. Elle avait une très jolie voix. Ma prime enfance a donc été marquée par cette période de la guerre. On sentait l’occupant, on vivait la chute de la France et sa libération. Ca ne s’oublie pas …

Après vos études à Sciences Po, vous sortez en 1961 d’une école militaire, en Algérie, comme jeune officier de réserve. Vous êtes à l’aube de votre service militaire…
Je suis sorti de Cherchell, l’école où l’on formait les sous-lieutenants du contingent qui encadraient la masse des appelés. Je suis sorti de l’école dans un assez bon rang parmi les 400 élèves officiers de ma promotion pour pouvoir choisir ce qui me plaisait : je me suis orienté vers les sections administratives spécialisées (SAS). Aussi appelées « Affaires algériennes », elles sont les lointaines descendantes des « bureaux arabes » de l’Armée d’Afrique. Il s’agit d’un travail de proximité au contact des « populations musulmanes », comme on disait à l’époque. J’ai été affecté à Saint-Denis-du-Sig, et après la dissolution des SAS, à la fin du mois de mars 1962, j’ai été volontaire pour servir de chef de cabinet adjoint chargé des affaires militaires à la préfecture d’Oran. Sous-lieutenant, j’étais affecté au 21ème régiment d’infanterie, et par ordre du général Ginestet, mis à la disposition du préfet régional.

Vous avez répondu à l’appel, alors que vous aviez auparavant milité à l’UNEF en faveur de l’indépendance ?
Oui, j’étais tout à fait conscient que l’Algérie allait devenir indépendante, mais je ne voulais pas déserter. Comme le disait le général de Gaulle, si l’Algérie devait devenir indépendante, il valait mieux que ce soit avec la France que contre elle. Je n’étais pas du tout antigaulliste, au contraire. Je considérais que De Gaulle avait raison, que lui seul pouvait trancher le nœud gordien qu’était l’indépendance de l’Algérie dans l’intérêt de la France. Je me suis donc déterminé en patriote, mais en patriote éclairé, pas en patriote borné. Parce qu’il y avait aussi des patriotes, certainement, parmi les gens de l’OAS. Je ne le nie pas. Mais c’étaient vraiment, en dehors des pieds-noirs que je pouvais comprendre, des sacrés connards. Je leur en voulais de leur myopie et de leur violence à l’égard des populations algériennes. Le bombardement de la ville musulmane qu’on appelait aimablement « le village nègre » d’Oran, ou bien encore l’assassinat des dockers sur le port, tous ces meurtres gratuits avaient pour but de créer la guerre civile. La folie de l’OAS n’a malheureusement que trop bien réussi …

Comment avez-vous traversé cette période ?
Je suis arrivé à Alger dans un contexte très dur, au lendemain du putsch des généraux (le 21 avril 1961, NDLR). La présence des appelés en Algérie a d’ailleurs été décisive dans l’échec du putsch. En fait, mon véritable engagement a été le choix que j’ai fait d’aller à Oran dans une période difficile. Dans la préfecture d’Oran, nous étions attaqués presque tous les jours par les gens de l’OAS. Mais comme la préfecture était un immeuble très haut – nous étions au 17ème étage -, les tirs étaient obliques, et à condition de ne pas se mettre trop près de la fenêtre, nous avions de bonnes chances d’en réchapper,

Vous avez vous-même été attaqué ?
Ah oui, j’ai le souvenir d’attaques à la 12.7 (une mitrailleuse lourde, NDLR) et même au bazooka. Les gens de l’OAS étaient souvent liés aux policiers pieds-noirs, qui occupaient les étages inférieurs du bâtiment de la préfecture. Ils savaient que l’état-major de la préfecture était composé de fonctionnaires ou de militaires qui entendaient maintenir une structure administrative aux ordres du gouvernement. Ils voulaient donc nous rendre la vie un peu difficile. Ils ont ainsi fait sauter mon bureau. En mon absence, je le précise.

Dans Le Courage de décider, publié en 2002, vous écrivez avoir « bien failli disparaître dans la tourmente » du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962, trois mois et demi après le cessez-le-feu. Que s’est-il passé ?
En effet. J’ai failli me faire descendre alors que je sortais du port d’Oran. J’avais fait embarquer une tapisserie pour le compte du préfet – une mission assez prosaïque. Et, descendant du bateau, me retrouvant sur le quai, j’ai été pris dans les remous de la foule. Il y avait eu un coup de feu à l’origine inconnue, qui avait marqué le début d’incidents. Un certain nombre d’Européens ont été raflés. Moi-même je me suis retrouvé avec un pistolet mitrailleur sur l’abdomen, culasse en arrière, tenu par un ATO (auxiliaire temporaire occasionnel, NDLR) inexpérimenté, recruté à la va-vite, membre d’une police qui dépendait de l’Exécutif provisoire d’Abderrahmane Farès mis en place pour assurer la transition entre l’administration française et la future administration algérienne. J’ai vu tout de suite le péril mortel que je courais, car il suffisait d’une petite secousse pour faire partir la culasse en avant. Heureusement, il y a eu un incident, un cri, de l’autre côté de la rue. Ce jeune ATO a tourné sa mitraillette dans l’autre direction. J’en ai profité pour prendre le large. Ma voiture était garée à cent mètres. Croyez-moi, j’ai fait un sprint rapide. C’était le chaos. Il n’y avait plus d’autorité, ni française puisque l’Algérie était devenue indépendante le matin même, ni algérienne car il y avait une querelle de légitimité entre le gouvernement provisoire de Benkhedda à Alger et le « groupe d’Oudjda », c’est-à-dire Ben Bella et Boumédiène.

Vous ne parlez pas de massacre, vous parlez du « chaos du 5 juillet 1962 » ? Vous aviez pourtant annoncé 807 morts…
Non, j’ai dit que le consulat avait enregistré plus de 800 disparus déclarés. Mais il est apparu que certaines de ces personnes avaient réussi à embarquer. D’autres sont passées en Espagne. Je ne connais pas le nombre exact de disparus. Personne ne le connaît d’ailleurs. C’est un évènement qui ne peut se comprendre que par le désordre résultant de la complète vacance de toute légalité. Il faut le dire par souci de la vérité historique. Il n’est pas imputable à une consigne qui aurait été donnée par une autorité politique quelle qu’elle soit. Il y a eu certainement un massacre. Je ne l’ai pas vu, je n’ai pas vu de gens à terre mais j’ai vu le désordre. J’ai été pris au cœur de ce désordre. J’ai ensuite accompagné le nouveau Consul général pour rencontrer Ben Bella et Boumédiène qui commandait l’armée des frontières, à Tlemcen – cela devait être le 10 juillet 1962 – afin d’obtenir la libération des personnes enlevées – une petite vingtaine. J’étais le premier Français à rencontrer Ben Bella après l’indépendance, avec le consul général M. Herly bien entendu. J’ai vécu des choses que l’on n’a pas l’habitude de vivre à 23 ans. Et parce qu’un de mes amis m’appelait « colonel », les Algériens croyaient que j’avais réellement ce grade : ils m’appelaient « Mon colonel ».

A défaut d’être devenu colonel, vous êtes resté attaché aux questions de défense pendant toute votre vie politique. Pourquoi ?

Parce que je sais qe la défense est la condition de toute politique étrangère. Il n’y a pas de politique étrangère indépendante sans une défense elle-même indépendante. C’est ce que le général de Gaulle nous avait appris.

Que vous ont appris vos expériences militaires dans l’exercice du pouvoir ?
Cela m’a appris à la fois la nécessité et le bon usage de la force. On ne peut pas simplement rester dans la réflexion. Je croyais, étant jeune, qu’il y avait des « sciences politiques ». J’ai vérifié qu’elles n’existaient pas. La politique n’a rien de scientifique, parce qu’il y a trop de facteurs aléatoires et par conséquent trop d’incertitude. Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action, et pour la traduire heureusement. Quand ils sont dignes de ce nom, les hommes politiques n’ont pas seulement une pensée, ils ont un savoir-faire. Il y a un art politique. A cet égard et malgré des désaccords, j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. En matière militaire, il faut savoir doser la force. Elle est nécessaire mais doit être maîtrisée.

Pourquoi ne pas avoir embrassé une carrière militaire ?
Parce que, avant même mon service militaire, en 1960, j’avais déjà été reçu à l’ENA (promotion Stendhal, de 1963 à 1965, NDLR). Après la guerre d’Algérie, nous étions dans une phase de réduction des effectifs. Il n’y avait plus de guerre à l’horizon. La grande ambition, c’était la constitution d’une force de dissuasion.

Pourtant, après avoir adhéré en 1964 à la SFIO, puis avoir été le principal rédacteur du programme « Changer la vie » du tout jeune PS, vous devenez l’un des négociateurs du programme commun avec le PCF de juin 1972, qui demande la « renonciation à la force de frappe nucléaire stratégique sous quelque forme que ce soit ». N’est-ce pas renier votre conviction profonde que la France a besoin d’une force de dissuasion pour mener une politique étrangère indépendante ?
Il y avait quatre groupes de travail. J’ai négocié la partie économique du programme commun. Les socialistes chargés du chapitre « Défense » étaient Robert Pontillon et Gérard Jaquet, qui étaient des atlantistes, des anciens de la SFIO. Mitterrand savait qu’il devait faire de concessions au PCF. Il raisonnait en dynamique. Il voyait dans le programme commun l’outil de mobilisation des masses électorales. Il savait très bien que l’armement atomique de la France n’était pas au cœur des préoccupations des milieux populaires, qui s’intéressaient essentiellement aux dispositions pratiques concernant le pouvoir d’achat, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, etc. Par conséquent, Mitterrand a accepté cette rédaction. A cette époque, il n’avait pas encore les idées claires sur la question. Mais il était évident, à mes yeux, qu’en tant que candidat à la Présidence de la République, il finirait par se rallier à la dissuasion. Aussi bien, le programme commun a été dénoncé en 1977 et dès 1978 le parti socialiste s’est rallié à la dissuasion. 

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