Le civisme, l’éthique et la citoyenneté sont plus que jamais nécessaires en ces temps de coronavirus quand le retour à la démocratie sanitaire peut seul endiguer la tentation d’un dirigisme technocratique

Créé par le 26 mar 2020 | Dans : a-le quartier libre de XD, a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus

 

 

A l’heure d’une évolution de l’épidémie, la géopolitique du virus présente sous un nouveau jour la compétition entre le président chinois Xi Jinping qui prodigue à présent les enseignements d’une crise sanitaire sous contrôle et Donald Trump, imprévisible et arrogant chef d’Etat enfin décidé à changer de cap, après ce long déni de risque épidémique de ce qu’il nomme à présent le « virus chinois ». Les dirigeants du vieux continent ont quant à eux trop tardé à tirer les leçons des pays asiatiques en pointe dans l’endiguement de la contagion qui sévit particulièrement à ce jour en Italie, en Espagne et en France.

L’exemple français reste à cet égard éloquent. Confronté à l’avalanche quotidienne de questionnements critiques émanant de tous les secteurs de la société française, et en particulier du monde de la santé et de la recherche scientifique, le pouvoir  décline haut et fort son catalogue des bonnes intentions sous un mode martial et trop assuré qui dissimule mal sa fébrilité face aux difficultés concrètes des acteurs du soin, libéraux ou hospitaliers, en première ligne dans la crise sanitaire qui monte jour après jour sur les territoires de la métropole, de l’île de beauté et de l’Outre-mer.

Le manque avéré de réactivité dans la gestion gouvernementale de la crise hospitalière, crise structurelle depuis la mise en oeuvre de la T2A et de la dite « nouvelle gouvernance », n’offre-t-elle pas une illustration de ce décalage opérationnel? Les promesses toutes récentes du président Macron envers les soignants hospitaliers n’exonèrent pas, loin s’en faut, de l’absence de réponses aux besoins en capacités hospitalières, en personnels et en moyens malgré les alertes et interpellations des professionnels ces douze derniers mois marqués par le mouvement des urgentistes et des centaines de démissions de responsables hospitaliers.

A cette crise hospitalière structurelle, s’ajoutent à présent les constats de déficiences logistiques en matière de tests de dépistage, de masques de protections pour les malades et les soignants et de matériel médical. 

Ces réalités accablantes, dans ce moment de vérité qui accompagne l’approche du pic épidémique, illustrent ces carences gouvernementales et managériales. Le manque de détermination gouvernementale à conduire une politique de confinement dans un temps opportun précédent l’explosion de la pandémie, de l’aveu même de l’ex-ministre de la santé, candidate LREM en fort mauvaise posture de second tour pour la mairie de Paris, traduit bien cette incapacité. Dans cette période pré-électorale qualifiée de mascarade par Agnès Buzin, ce non choix implicite pour rassurer les marchés financiers et préserver l’économie avant de se résigner in extremis à l’annonce de mesures fortes, à la veille d’un scrutin pourtant maintenu en dépit du bon sens, ne trahit-il pas une absence de vision et de cohérence pour combattre la pandémie?

Le discours présidentiel de guerre contre le virus – virus dont le porteur  reste néanmoins l’homme contaminé – souffre du manque certain de cohérence et de pédagogie sinon de légitimité de l’exécutif qui eût été mieux inspiré de ne pas mettre en œuvre le 49-3 en période de menace de pandémie avant de se raviser trop tardivement en suspendant toutes les réformes en cours. 

Les propos trop tranchés de refus des fermetures du pays sous le prétexte que le virus ne connaîtrait pas de frontières ont aussi fragilisé la crédibilité du discours régalien quand on savait l’importance des mesures de précaution et du confinement qui supposent bien évidemment une stricte limitation des circulations sur les espaces concernés. Que cette demande de fermeture des frontières émane d’une Le Pen ne justifie en rien ce flou présidentiel décalé sur fond de compétition politique entre le populisme identitaire du RN et l’européisme de LREM et du MODEM !

Les instances européennes  sont d’ailleurs (et par dessus le marché!) paradoxalement totalement absentes dans une définition pertinente et concertée de mesures de santé publique adéquates qui restent pourtant attendues dans l’espace de Schengen. On observe aussi ce retard à l’allumage de la BCE dans la défense des économies menacées de la zone euro, aujourd’hui en passe d’être compensé par les changements radicaux d’orientations dont il faudra mesurer la portée mais qui augurent de révisions salutaires en matière de gouvernance économique.

Cette difficile gestion de crise par l’exécutif – président, chef du gouvernement et ministre de la santé -  se revendique pourtant d’une expertise éclairée. Expertise certes nourrie courant mars des analyses et préconisations du conseil scientifique constitué ad hoc avec onze personnalités qualifiées, cooptées en raison de leur compétence dans les domaines médicaux et scientifiques incluant les sciences humaines, et dirigé par le docteur Jean-François Delfraissy, immunologue qui présidait, avant l’installation du conseil par le nouveau ministre de la santé, le comité national consultatif d’éthique.

L’expertise du conseil scientifique vient compléter celle des institutions nationales dont la direction générale de la santé, représentée par son directeur, le professeur Salomon, aux côtés d’autres autorités telle que la Haute autorité en santé mais avec un grand oublié dans cette période médiatique : le Haut conseil de la santé publique.

Ce retrait d’une instance particulièrement qualifiée dans le champ de la stratégie nationale de santé et de prévention de risques sanitaires s’opère dans un contournement implicite de notre démocratie sanitaire. Cette démocratie sanitaire s’accomplit notamment dans les procédures d’élaboration et d’évaluation des grands programmes de santé publique, son effacement amputant en conséquence la légitimité des choix en la matière. A rebours donc des dynamiques participatives qui semblaient inscrites dans le nouveau paysage sanitaire voulant donner toute sa place à « l’expertise des usagers » aux différents niveaux territoriaux et dans la conduite transversale des politiques de santé. Le confinement constitue une première attitude civique pour freiner la contamination et donner une respiration aux soignants pour une meilleure prise en charge des publics en détresse. Son succès repose surtout sur la pleine conscience des populations tant l’effort exigé peut être difficile. Une pédagogie portée par les acteurs expérimentés dans le champ de la santé publique doit contribuer au strict respect  de cette mesure salutaire encore trop faiblement appliquée malgré les injonctions régaliennes et la répression des comportements délictuels.

Jusqu’à ces derniers jours, les manquements au principe de précaution inscrit dans notre constitution – le problème n’étant plus de discuter du fondement mais des modalités de mise en œuvre du principe dans cette crise – se conjuguent avec un certain effacement de la démocratie sanitaire dans cette période qui aurait grandement besoin de pédagogie civique, d’éthique et d’adhésion aux impératifs de santé publique dans ces circonstances exceptionnelles. Dans les débats et votes autour de de l’urgence sanitaire on a pu mesurer la responsabilité des gauches parlementaires sur le volet social contrariant la propension de la majorité parlementaire au détricotage du droit social.

La recherche d’efficacité dans la gestion de la crise liée à la pandémie ne suppose -t-elle pas à présent de corriger le tir en joignant des actes concrets à une parole mieux orientée et plus collégiale, à la hauteur des fondements de notre démocratie sanitaire et sociale? Dans cet esprit, permettre aux acteurs de la santé, médecins et soignants, ainsi qu’aux professionnels et bénévoles d’autres secteurs actifs aujourd’hui, d’accompagner leurs compatriotes, malades et citoyens, avec les moyens d’intervention et de protection adéquats reste un objectif élémentaire. Sans oublier de donner aussi toute leur place aux choix éthiques et civiques consubstantiels à la conduite d’une gestion de crise équilibrée qui doit trouver son point d’appui décisif dans la solidarité du corps social et dans le réconfort moral de la Nation unie.

Xavier DUMOULIN

Lu dans l’Huma : « À l’épreuve du Coronavirus. L’échec de la « mondialisation heureuse », Par André Bellon

Créé par le 22 mar 2020 | Dans : Non classé

À l’épreuve du Coronavirus. L’échec de la « mondialisation heureuse » paru dans l’Humanité du 18 mars 2020

Par André Bellon, ancien président PS de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Il y a quarante ans, un virus idéologique se répandait sur le monde. Un Alain Minc, héraut autoproclamé, l’appelait « la mondialisation heureuse ». Refusant toute contestation, le bienheureux Minc s’inquiétait de voir la France être le mauvais élève de la modernité. Il entraînait d’autant plus facilement l’adhésion que les gouvernements de l’époque, droite et gauche confondus, sollicitaient ses conseils éclairés, qu’il présidait le conseil de surveillance du Monde, était responsable du rapport sur « la France de l’an 2000 » commandé par le premier ministre Édouard Balladur et faisait partie de nombreux cercles d’influence comme la Fondation Saint-Simon.

On ne comptait plus ses disciples, certains pontifiants, d’autres un peu plus ras de terre. La mondialisation devenait une sorte de conte de fées. On sourira en rappelant cette pauvre Laure Adler laissant échapper son émotion enthousiaste devant le « symbole » de tous ces humains, de toutes races, de tous sexes et de toutes conditions, regardant tous dans la même direction : l’éclipse de soleil. Une allégorie de la mondialisation fraternelle en quelque sorte !

Cette volonté béate de magnifier une mondialisation toujours évoquée, mais jamais analysée, que ne nous a-t-elle pas coûté ? Certes, certains cherchaient à prendre des distances en demandant une autre mondialisation – alter ? –, mais ne regardaient-ils pas, comme les autres, vers l’éclipse ? Même Jacques Attali, grand chantre d’un gouvernement planétaire, se croit obligé, depuis quelque temps, de se démarquer du bonheur mondialisé en critiquant une mondialisation financière qu’il a beaucoup aidé à favoriser dans les années 1980.

L’idéologie développée par les mondialistes, largement relayée par les médias, a conduit à considérer tout État comme oppressif et toute idée de frontière comme porteuse de xénophobie et de racisme. Ah, ce fameux gouvernement mondial, source de paix et de bonheur entre les humains !

Et pourtant ! Toute conception de gouvernement mondial se présente comme une transcendance ou, comme le dit Alain Supiot, professeur au Collège de France, comme « un fait de nature ». Il se réfère obligatoirement à des normes communes définies hors de tout contrôle des citoyens. D’ailleurs, il n’y a alors plus de citoyens, il n’y a plus que des individus atomisés, sans pouvoir politique. Un gouvernement mondial ne peut être qu’une expertocratie.

Il est d’ailleurs frappant que les thuriféraires de la mondialisation, ou de son secteur particulier qui s’appelle l’Union européenne, demandent à la fois des règles non contestables, en particulier économiques et financières, et le respect des identités. Mais, par identités, ils signifient des particularités qui caractérisent le genre, l’origine ethnique, les pratiques sexuelles, mais pas la citoyenneté, élément politique de base. La mondialisation détruit l’individu en tant qu’être politique. En ce sens, elle s’oppose à l’humanisme.

Elle peut donc être contestée par l’humain reprenant toute sa place dans l’Histoire, c’est-à-dire par le citoyen reconstitué. La question était largement posée après la Deuxième Guerre mondiale. D’un côté, l’ONU, forum de nations, ou la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui rappelait que « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ». De l’autre, une volonté de domination monétaire et financière symbolisée par le FMI ou la Banque mondiale.

Les événements récents ne révèlent-ils pas quel a été le choix, ne font-ils pas apparaître la signification philosophique de la mondialisation ?

La pandémie de coronavirus constitue un double révélateur. Elle a d’abord mis en lumière la ruine des services publics de recherche qui auraient permis d’anticiper une telle catastrophe. Des programmes de lutte contre ce type de virus existaient il y a vingt ans. Ils ont été jugés inutiles parce que ne répondant qu’à des défis qui, n’étant pas immédiats, n’étaient pas prioritaires. Elle a montré la naïveté et l’imprévoyance du mondialisme, qui trouvait normal de déléguer la fabrication de médicaments européens importants en… Chine ou en Inde, créant des pénuries visibles depuis plusieurs années.

Le système mondialisé ne s’intéresse pas au long terme. Un pouvoir éloigné des humains ne raisonne pas à l’échelle de l’humain. Par ailleurs et paradoxalement, la mondialisation financière, censée réguler l’économie, a montré la fragilité des marchés financiers. Ce colosse s’écroule à la moindre secousse. La chose avait pourtant été démontrée, dans l’indifférence générale, en 2008 par la résistance islandaise à la crise financière. Comment ne pas évoquer aujourd’hui le président islandais invitant ses amis européens, à l’issue de ce séisme national, à inverser l’importance des facteurs. Il proclamait alors que les droits de l’humanité étaient supérieurs, dans tous les cas, aux intérêts des marchés financiers. La chose n’est-elle pas aujourd’hui d’actualité ?

Depuis plus de quarante ans, nos gouvernements ne savent plus penser l’intérêt général, qui ne les intéresse plus puisque les marchés sont supposés s’occuper de tout. Ils se soumettent à des logiques d’immédiateté, représentatives d’intérêts volatiles et inhumains qui s’opposent à des perspectives raisonnées. Ils ont abandonné le sens de l’humanité qui se construisait depuis la philosophie des Lumières. Ce n’est pas une crise conjoncturelle que nous vivons, c’est une crise historique qui doit remettre en cause le système économique et politique. L’heure est au retour des valeurs humanistes et du citoyen qui en est l’incarnation.

Recours au 49-3 : « Le lien entre le pays et Macron est profondément délité », assure le politologue Stéphane Rozès

Créé par le 01 mar 2020 | Dans : Gouvernement

https://www.20minutes.fr/politique/2729987-20200301-recours-49-3-lien-entre-pays-macron-profondement-delite-assure-politologue-stephane-rozes

http://

« Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres » Entretien de P Chaillan avec Bernard Friot dans l’Huma du 16janvier

Créé par le 16 jan 2020 | Dans : Articles de fond, Projet politique, Santé-social-logement

Bernard Friot : « Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres »

Jeudi, 16 Janvier, 2020

Auteur de Vaincre Macron (la Dispute, 2017) et le Travail, enjeu des retraites (la Dispute, 2019), le ­sociologue et économiste rappelle l’objectif des communistes qui ont bâti le système solidaire et appelle à retrouver cette ambition fondatrice. Entretien.

Bernard Friot Sociologue et économiste

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En quoi la création du système solidaire s’inscrit-elle dans le combat d’émancipation en France de ­dépassement du capitalisme, le communisme ?

Bernard Friot L’organisation capitaliste de la production invente des générations. Les jeunes comme « futurs travailleurs » ont le droit non pas au salaire, mais à des mesures jeunes et à des prêts qui anticipent leur capacité de remboursement quand ils seront insérés. Les actifs entre la fin de phase d’insertion, vers 35 ans, et la retraite sont les seuls « travailleurs » ayant droit au salaire à la qualification et ils cotisent sur celui-ci pour rembourser les prêts ou pour anticiper le chômage ou la retraite. Et les « anciens travailleurs » ont droit non pas au salaire, mais au différé de ce qu’ils ont mis au pot commun. Cette discrimination par l’âge face au travail repose, comme la discrimination par le genre, sur le fait que dans le capitalisme nos personnes sont étrangères au travail productif, dont la définition et l’organisation sont le monopole de la bourgeoisie. Or, si hommes et femmes sont complémentaires pour faire des enfants, si jeunes et vieux sont solidaires dans la famille, tous doivent être identiques face au travail, qu’ils soient homme ou femme, qu’ils aient 18 ou 88 ans. Pour les communistes de 1946, les retraités sont des travailleurs comme les autres. Leur ambition est de généraliser à tous la situation des retraités de la fonction publique : le droit à la poursuite de leur meilleur salaire. C’est le décret de Marcel Paul sur le statut des électriciens et gaziers qui définit la pension comme la poursuite du salaire, c’est la transposition par Ambroise Croizat des règles de la pension de fonction publique dans le régime général.

En quoi cette réforme des retraites est-elle ­capitale pour le pouvoir Macron ?

Bernard Friot La fécondité des initiatives ­communistes de 1946 est telle qu’aujourd’hui, même dénaturé, le droit au salaire continué des retraités est la base du calcul des trois quarts des pensions (240 sur 320 milliards) dans lequel aucun compte n’est tenu des cotisations des intéressés. Au contraire, Macron veut calculer toutes les pensions comme elles le sont aujourd’hui dans l’Agirc-Arrco pour parachever la victoire patronale de mars 1947 contre Croizat. En créant pour les cadres un régime complémentaire par points étendu, contre l’avis de la CGT, à tous les salariés du privé dans les années 1950 (l’Arrco est de 1961), le patronat a remis le salaire dans le carcan de l’emploi et réimposé l’étrangeté du travail productif à nos personnes : un retraité n’a pas droit au salaire, la qualification ne peut pas passer du poste de travail à la personne du travailleur, ce sont les postes qui sont le support du salaire, pas les personnes. On voit d’ailleurs le lien entre l’offensive de Macron contre le droit au salaire des retraités, son refus du droit au salaire des chômeurs et la haine qu’il a de la fonction publique ou des statuts de La Poste, d’EDF ou de la SNCF, dans lesquels le support du salaire est non pas le poste de travail, mais le travailleur lui-même, à travers son grade.

Comment peut-on avoir aujourd’hui la même ambition que le projet d’Ambroise Croizat ?

Bernard Friot On peut y parvenir en proposant un régime général de retraite géré par les seuls travailleurs et qui, à compter de l’âge de 50 ans, assure à tous 100 % de la rémunération nette des six meilleurs mois de travail, pension portée à un plancher qui devrait dépasser 2 000 euros net par mois et limitée par un plafond de 5 000 euros afin de resserrer la hiérarchie des salaires. Et cela en supprimant la condition de durée de la carrière, cette double peine pour les femmes. Ces cinquantenaires enfin titulaires de leur salaire seront par ailleurs dotés d’une protection contre le licenciement afin qu’ils puissent devenir les moteurs de l’appropriation de leur travail par les travailleurs, dans un conflit frontal avec des directions qui sont, dans les services publics comme dans les entreprises, en parfaite servilité vis-à-vis du capital. La réappropriation de leur travail par des salariés qui n’en peuvent plus de supporter des directives avec lesquelles ils sont en désaccord doit devenir le ferment de l’affirmation concrètement vécue qu’ils sont les seuls créateurs de la valeur, et donc qu’ils doivent en décider. Et donc qu’ils doivent devenir propriétaires de l’outil, décideurs de l’investissement.

Mais comment relancer alors ce projet communiste face à la fuite en avant néolibérale du capitalisme mondialisé incarné par BlackRock ?

Bernard Friot Il faut se saisir de tous les conflits pour conquérir des droits permettant de ravir à la bourgeoisie son monopole sur le travail productif, comme je viens de l’évoquer à propos de la retraite. La bourgeoisie n’est maîtresse de l’argent que parce qu’elle est maîtresse du travail. C’est son pouvoir sur le travail qu’il faut lui ravir si on veut lui ravir son pouvoir sur l’argent. Le communisme est un défi anthropologique : passer de la propriété capitaliste d’outils d’exploitation de « l’individu libre » (c’est-à-dire à poil avec la maigre bouée du compte personnel d’activité et de la sécurisation des parcours professionnels) à la propriété communiste d’outils au service de travailleurs habillés, de 18 ans à leur mort, de la reconnaissance de leur capacité à produire, et à diriger la production. Une reconnaissance inscrite dans les droits à la propriété de l’outil, à la décision sur la production, et au salaire, trois droits politiques à attacher à la personne quand elle devient majeure.

Pourquoi le dossier des retraites cristallise-t-il autant les colères et les mouvements sociaux ?

Bernard Friot Il faut alimenter les caisses de grève des cheminots et des salariés de la RATP, et surtout faire comme eux ! Les fonctionnaires, dont le passage aux points dévasterait leur pension, sont mobilisés. Reste à trouver le mot d’ordre fédérateur qui mettra en mouvement le secteur privé, notamment présent par les professions libérales et les gilets jaunes.

Entretien réalisé par Pierre Chaillan

Lu dans Respublica : « Appel à la mobilisation dès le 5 décembre 2019″ par Evariste

Créé par le 26 nov 2019 | Dans : Non classé

lundi 25 novembre 2019

ReSPUBLICA est de tous les combats pour défendre et promouvoir les services publics, principal outil de cohésion et de justice sociale.

Tous les conquis sociaux sont aujourd’hui attaqués par le mouvement réformateur néolibéral au service du capital. Tous les services publics sont soumis à la privatisation des profits et à la socialisation des pertes. Le président Macron en est le grand ordonnateur et le MEDEF le seul bénéficiaire. Après la forte mobilisation des hospitaliers du secteur santé du 14 novembre qui a vu pour la première fois de notre histoire au coude à coude tous les métiers de l’hôpital – les ouvriers, les paramédicaux, les médecins, les chefs de service, les personnels administratifs –, le dispositif macronien ne répond toujours pas aux besoins des citoyens et de leurs familles. Pire, il se prépare à organiser la plus grande baisse des retraites jamais réalisée dans notre histoire par le régime de retraites par points qui vise à transformer le service public des retraites comme la variable d’ajustement nécessaire à la croissance des dividendes pour le plus petit nombre. Le plus grand nombre que nous sommes devons réagir !

La bataille des retraites devient donc la mère de toutes les batailles qui doit faire reculer Macron et le Medef, car nous avons la possibilité de lier la mobilisation sur les lieux de production aux blocage des flux par la proposition des salariés de la RATP et des cheminots de tenter une grève reconductible. Une partie grandissante des gilets jaunes a décidé de converger vers le mouvement du 5 décembre. Il convient donc pour le plus grand nombre,que tous les travailleurs de toutes les branches rejoignent ce mouvement unitaire.

En considérant les 200 milliards de niches fiscales et la captation de 60 % des richesses produites en France par seulement 10 % de la population et l’enrichissement inacceptable d’une poignée de profiteurs, le financement et l’amélioration du système actuel de retraite sont largement réalisables.

Il s’agit là d’une véritable lutte entre les propriétaires du capital, leurs représentants au gouvernement et à l’Élysée, et le reste de la population qui refuse de voir son avenir par le spectre de la paupérisation.

Personne n’est dupe sur les impacts des réflexions de M. Delevoye et sur leurs traductions dans une hypothétique loi, les pensions vont baisser drastiquement (entre 20 et 30 %) et l’âge de départ en retraite sera en recul permanent.

Pour nous, pour le plus grand nombre, les droits de base du départ en retraite doivent s’appuyer sur un taux de remplacement de 75 % minimum, un âge de départ à 60 ans sans décote et un départ anticipé jusqu’à 5 ans pour les travaux pénibles. Démarrons cette lutte d’ampleur le 5 décembre 2019, pour le maintien du modèle actuel et son amélioration. Une victoire dans ce domaine aura des conséquences positives pour l’ensemble des services publics en lutte.

Compte tenu de la faiblesse de l’écoute du gouvernement et de l’Élysée face aux revendications du monde du travail, Respublica soutiendra le mouvement syndical qui entrera fortement dans la lutte pour peser lourdement sur l’économie et les pouvoirs publics.

De nombreux syndicats ont décidé de revendiquer toutes les actions décidées par les assemblées générales de grévistes dans cette lutte (la liste ci-dessus n’étant pas exhaustive).

Donc, dès le 5 décembre 2019, comme de nombreux travailleurs et retraités du pays, nous vous engageons à entrer dans une lutte pour le maintien et l’amélioration du régime général et des régimes spécifiques de retraite.

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