Retour sur nos billets d’il y a dix ans au soir du second tour de la primaire socialiste ce 29 janvier 2017

Créé par le 29 jan 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

Cuadrilla, quadras et quadrature du cercle : d’une arène à l’autre …

Créé par le 22 juil 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin

EXTRAITS

« Belle cuadrilla ces Boutil, Gorce, Hamon, Montebourg et autres Valls  en mal de célébrité, grandis pourtant dans les écuries, entrés dans la carrière quand leurs aînés  y étaient encore tous, ces aînés qui désertent aujourd’hui la place comme pour éviter la lidia sous la bronca de la base militante et sympathisante. Ceux-là aussi ne veulent  pas donner dans les jeux d’arènes et proclament haut et fort leur volonté de rompre avec les luttes de clans dans un parti en butte aux ambitions personnelles. La jeune garde du PS veut boucler le cycle d’Epinay. C’est la quadrature du cercle. « Nous souffrons d’un problème d’enfermement. L’appareil est trop tourné vers lui-même », a affirmé Montebourg, qui souhaite « la fin du nombrilisme » au PS. « Il faut peut-être tourner la page de l’organisation d’Épinay », ajoute le député de Saône-et-Loire, en souhaitant que le parti redevienne « une grande organisation politique capable de proposer un projet en accord avec les attentes de la société ». L’ancien porte-parole de Ségolène Royal a rendu hommage à la présidente de la région Poitou-Charentes « qui a fait faire des pas de géant au projet du PS », notamment sur les institutions et l’autorité républicaine. Pour sa part Gaetan Gorce entend aussi rénover de fond en comble. « Nous voulons sortir du langage gestionnaire pour aborder les sujets de manière transversale. Le monde change, pourquoi la gauche ne changerait-elle pas ? Les socialistes sont toujours dans l’hésitation et le compromis, il nous faut regarder la société en face. Dans sa campagne, Ségolène Royal a été dans l’intuition et la réflexion sur de nouveaux sujets de société qui étaient jusqu’alors les thèmes de prédilection de la droite. Il nous faut désormais aller au-delà. Et, cela ne veut pas dire « droitiser » le parti, au contraire, je crois que l’avenir du PS se joue à gauche. »

Seront-ils vraiment les leviers de cette rénovation bien différente d’une simple affaire générationnelle ? On peut craindre pour eux quelques bandérilles et autres estocades dans ces arènes tumultueuses et on leur souhaite beaucoup de bravoure dans leur combat. Mais sait–on vraiment ce qui se joue derrière ce retour de la bravitude ? S’agit-il vraiment de cette énergie virile, de cette virtù dont nous parlions hier dans notre billet, évoquant Machiavel et le Prince moderne ? »

Une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements

Créé par le 08 juil 2007 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin, a2-Blog-notes politique de Xavier Dumoulin, a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin, Débats autour de la refondation de la gauche |

EXTRAITS

« Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique de la droite à la présidentielle de 2007, la position « centriste » originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin – peut nous éviter un double écueil :

-  Celui de l’abandon par la gauche de l’essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d’un prétendu  caractère indépassable de l’économie de marché dominée par le néolibéralisme.

- Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste – incarnée jadis par Guy Mollet –  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d’opposition.

Pour sortir de ces impasses, la posture centriste pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de « la  gauche de gauche » et de  l’altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche. Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche reste le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité.

La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique  »centriste » à la recherche de l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau  »centrisme » a besoin d’être expliqué pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C’est un défi encore loin d’être relevé ! »

X D

Débat sur l’Europe au Collège des Bernardins

Créé par le 28 jan 2017 | Dans : Pour une autre Europe

Hamon ou le crépuscule de la gauche républicaine ?

Créé par le 24 jan 2017 | Dans : Non classé

 

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Arrivé deuxième au premier tour, Manuel Valls n’a pas réussi à percer lors de la primaire de la gauche. Laurent Bouvet estime que la gauche républicaine risque d’être écartée du jeu politique au profit d’un renforcement de la ligne Terra Nova.


Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015.


FIGAROVOX. – Dans un entretien à FigaroVox le 6 juin 2015, vous prophétisiez la mort du parti d’Epinay. Le premier tour de la primaire confirme-t-il cette hypothèse pessimiste?

Laurent BOUVET. – On arrive, à l’occasion de l’élection présidentielle et des législatives de 2017, au bout d’un processus de lente décomposition du PS sous sa forme «Epinay», c’est-à-dire depuis sa refondation en 1971 sous la houlette de François Mitterrand. L’élément principal de cette décomposition étant que les conditions de victoire électorale (au niveau local ou au niveau national selon l’époque) qui tenaient ensemble les différentes composantes idéologiques du PS (en gros une aile droite sociale-libérale et une aile gauche sociale-étatiste) depuis des décennies ne sont plus présentes, ne sont plus même possibles aujourd’hui.

Pour plusieurs raisons. D’abord le fait que l’exercice du pouvoir a révélé au grand jour, en raison des choix à faire et au regard de l’ambiguïté de la promesse hollandaise en 2012, et comme l’a bien souligné Manuel Valls lorsqu’il était Premier ministre, qu’il y avait deux gauches irréconciliables, tant sur le plan économique et social qu’en termes de «valeurs», d’identité culturelle ou à propos de la laïcité. Ensuite parce que ces deux composantes du PS sont débordées dans cette campagne électorale, de l’extérieur, par des offres politiques plus attractives que celles qu’elles proposent, autour des candidatures de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Macron. C’est-à-dire que pour la première fois, le PS n’est plus au centre du jeu, qu’il n’est plus non seulement le parti hégémonique à gauche mais encore qu’il n’est plus le lieu vers lequel les regards se tournent afin de permettre à la gauche d’accéder à nouveau au pouvoir. Enfin, on arrive aussi au moment d’un épuisement de la forme-parti telle qu’incarnée par le PS avec ses structures totalement sclérosées, son nombre restreint d’adhérents et de cadres dont le principal souci est la candidature à l’élection ou la préservation de leur siège.

On est donc, bien plus qu’en 1993 ou en 2002, à un véritable moment de rupture par rapport au PS que l’on a connu jusqu’ici. Sur quoi est-ce que cela peut déboucher, sous quelle forme… Il est trop tôt pour le dire, surtout avant les élections.

Le score décevant de Manuel Valls semble indiquer que la gauche républicaine est de plus en plus minoritaire au sein du PS…

Dans la période incertaine dont on vient de parler, la composante républicaine de la gauche souffre d’une situation très particulière: celui qui a su le mieux l’incarner ces dernières années, spécialement face au défi terroriste, à l’islamisme et aux menaces contre la laïcité, Manuel Valls, a aussi été le Premier ministre de François Hollande et le chef d’une majorité qui s’est défaite au fur et à mesure qu’avançait le quinquennat. Son image, son équation politique personnelle, sont donc liées à cette circonstance particulière.

Or il n’est pas certain que ce soient les idées d’une gauche républicaine (à la fois très attachée aux libertés publiques, à la laïcité, à la souveraineté du peuple et à la solidarité si l’on veut la résumer à grands traits) qui sont sanctionnées avec Manuel Valls mais plutôt le Premier ministre sortant d’un quinquennat qui a tourné au fiasco politique – dans la mesure où il a dû remplacé au dernier moment le président de la République quand celui-ci a décidé de ne pas se représenter. Il y a là, d’une certaine manière, un effet collatéral très dommageable de la manière dont les courants d’idée s’incarnent sous la Vème République.

Il me semble pourtant que nombre de citoyens qui se réclament encore de la gauche restent très attachés à une proposition républicaine plutôt qu’à une dérive libérale ou communautariste. Le résultat de Manuel Valls, obtenu dans les conditions d’une primaire difficile et organisée à la va-vite, ne reflète pas d’après moi le poids réel de la gauche républicaine dans le PS actuel et plus largement au sein des gauches. Mais elle risque bien de ne plus avoir de représentant dans cette élection si Manuel Valls est battu dimanche prochain par Benoît Hamon.

Comment définiriez-vous la ligne Hamon? Est-ce le retour de Terra Nova?

C’est plus compliqué que ça. Economiquement et socialement, on est chez Benoît Hamon bien moins dans le libéralisme que chez Terra Nova. En termes de maîtrise des dépenses publiques notamment. Même s’il y a des similitudes sur la question de la «fin du travail» et des propositions comme le «revenu universel» qui lui sont liées. On retrouve bien évidemment dans la convergence entre l’inspiration plutôt sociale-libérale de Terra Nova et la formule plus à gauche de Hamon des racines «deuxième gauche» communes: la prise en considération d’une société des individus et des communautés auxquels il faut attribuer des droits plutôt que d’un peuple de citoyens qui sont unis par leurs devoirs communs ; la méfiance vis-à-vis des frontières et de la nation considérés comme des entraves à la liberté de circulation et comme fauteurs de guerre… La confiance dans la construction européenne, même s’il est dit qu’il faut toujours la «réorienter» et la déclarer «plus sociale», est un trait commun également.

C’est bien évidemment sur la question des «valeurs» et de la stratégie électorale que les similitudes sont les plus grandes. On se souvient de la fameuse «note» de Terra Nova en la matière en mai 2011 qui entérinait l’abandon des catégories populaires par le PS et la gauche en raison des «valeurs» non progressistes dont elles seraient aujourd’hui les porteuses et qui les conduit dans le bras du FN. Or, la campagne de Benoît Hamon, ses thématiques, ses clins d’oeil… s’adressent pleinement à la «nouvelle coalition» souhaitée dans cette note de Terra Nova pour remplacer les catégories populaires: «jeunes, diplômés des métropoles, banlieues, femmes». La convergence est troublante même s’il est évident qu’elle n’est pas revendiquée chez Benoit Hamon.

Au-delà du cas Hamon, Emmanuel Macron semble lui aussi pencher pour une gauche multiculturelle…

Disons que pour le moment, le candidat d’En Marche n’a pas encore dévoilé l’ensemble de son projet et que l’on ne sait pas quel sera son positionnement précis sur de tels enjeux. Même si la matrice «deuxième gauche» sur les «valeurs» semble commune aux deux candidats.

Seul Jean-Luc Mélenchon a montré une préoccupation différente en matière de laïcité ou sur la nation. La difficulté, sur ce plan, de Jean-Luc Mélenchon tient à la fois ses alliés politiques (on pense ici à une partie du PCF ou au mouvement de Clémentine Autain par exemple) qui font montre d’un attachement moins fort aux principes laïques et républicains, et à son attention parfois flottante au régime des libertés politiques dans des régimes étrangers dont il se fait le chantre (Vénézuéla, Cuba, Russie, Chine…).

Cette disparition probable du Républicanisme de gauche vous inquiète-t-elle?

Ce qui m’inquiète, c’est que des thématiques républicaines à gauche, telles qu’on les a précisées plus haut, ne soient pas présentes de manière forte et explicite dans la campagne présidentielle cette année, et que l’on risque d’assister à un débat dont elles seront quasi-absentes, sous prétexte que les problèmes d’identité ne sont pas du ressort ou ne doivent pas être dans les préoccupations de la gauche – parce que la droite et l’extrême-droite ont développé un discours construit sur le sujet.

Outre que l’économisme dominant à gauche, qu’il soit libéral ou antilibéral, conduit à un débat assez stérile, et à montrer une totale irréconciabilité entre deux options, on ne peut que regretter qu’un tel aveuglement aux questions liées à l’identité commune (à ce que nous sommes, à ce qu’est aujourd’hui la France, à sa place en Europe, au lien entre les religions et le politique, au rôle des frontières, etc.) permette à la droite et au FN de mieux parler que la gauche aux catégories populaires. C’est en liant étroitement les questions de souveraineté et de solidarité que le FN a conquis aujourd’hui la première place électorale au sein de la catégorie «ouvriers» par exemple.

Or, aujourd’hui, toute tentative de s’interroger sur ces enjeux à gauche est immédiatement condamnée en son sein comme une manière de concéder du terrain au FN. Avec les résultats que l’on connaît depuis des années, des décennies même. C’est pour cela qu’il faut une gauche républicaine, capable en proposant à nos concitoyens un projet différent de celui du FN et de la droite sur ces questions de reconquérir une partie du vote populaire indispensable à une nouvelle victoire de la gauche, et à un exercice plus probant et plus utile du pouvoir d’Etat au profit de nos concitoyens.

Sans une telle composante, pas de nouvelle synthèse possible à gauche et pas d’accès au pouvoir d’Etat. L’économisme régnant aujourd’hui dans toute la gauche non seulement ne suffira pas pour ce faire mais rend plus difficile encore toute réflexion approfondie sur le sens de ce que c’est qu’être de gauche aujourd’hui. L’égalité, la solidarité, le projet européen, l’immigration, la place du pays dans la mondialisation… ne sont pas de simples questions économiques et sociales, elles ne peuvent être ainsi réduites. Ce sont des questions profondément politiques auxquels des républicains, depuis la gauche, ont des réponses originales et pertinentes à apporter au regard des défis du monde dans lequel nous sommes désormais.

Au-delà de la la primaire socialiste, l’épuisement de la gauche l’oblige à explorer de nouveaux paradigmes

Créé par le 23 jan 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

Aucune surprise dans le niveau de participation d’un électorat de cette gauche introuvable qui a voté avec ses jambes quand il n’a pas exprimé, dans les urnes, cette motion de censure des gouvernements sociaux-libéraux du quinquennat.

Est-ce l’idée d’un revenu universel, – déjà questionnée dans les années 80 avant même l’émergence d’un revenu minimum d’insertion en 1988 -, ou bien le glissement vers les théories de la décroissance – qui pourraient n’être qu’une théorisation de l’impuissance économique et sociale de la gauche européenne à relever les défis de la croissance et de l’emploi – qui a fait de leur héraut, Benoît Hamon, le roi de la primaire au soir du premier tour? Est-ce sur ces même bases que le chantre de la démondialisation et du made in France, Arnaud Montebourg, rallie la candidature Hamon pour le second tour?

Quand ce dernier retourne à cette vision malthusienne néo-rocardiste sans en épouser cette perspective de lucidité et de réalisme dans cette fuite en avant vers un revenu universel avec une impasse sur son financement, force est bien de s’interroger sur les limites d’une possible dynamique autour d’un axe anti Valls.

L’ancien locataire de Matignon peut bien exciper de ses capacités à maîtriser les leviers du pouvoir et d’une gestion rigoureuse dans un contexte de menaces sur la sécurité, mais il peine à offrir une perspective concrète d’un projet progressiste et républicain, porteur d’une autre dynamique économique et sociale.

Le résultat du premier tour ne dissipe pas le risque d’impasse électorale du parti socialiste à la présidentielle. Les candidats ex-socialistes, prétendument hors système, peuvent se réjouir à bon compte. Mais ils devront à leur tour faire la démonstration que leurs perspectives respectives ne sont pas de vains discours mais offrent à l’appui une vraie sortie des vieilles politiques de chimères ou de renoncements.

Xavier Dumoulin

 

Judith Butler : «Un populisme de gauche doit conduire à une démocratie radicale»

Créé par le 20 jan 2017 | Dans : Articles de fond

 

La philosophe américaine connue pour ses travaux sur les questions de genre estime que le nouveau président, Donald Trump, n’est en aucun cas légitime à représenter le peuple. Elle appelle les individus à se rassembler pour défendre le droit à une vie «vivable» pour chacun 

Ce qui semblait encore irréel pour nombre d’intellectuels de gauche américains est advenu : depuis vendredi, Donald Trump est le 45e président des Etats-Unis. Hasard éditorial, le dernier livre traduit en français de la philosophe américaine Judith Butler est sorti au moment même où Trump remportait l’élection. Comme une adresse à un candidat qui a fait campagne sur la division et l’exclusion, le titre du livre de l’une des plus grandes théoriciennes du genre (1), professeure à Berkeley, est une forme de résistance. Rassemblement décrit un monde où la force des corps rassemblés sur une place en Egypte, en France ou aux Etats-Unis, sort de l’invisibilité tous ceux dont les droits fondamentaux (nourriture, toit, liberté de mouvement, protection contre la violence) ne sont pas respectés. Garantir une «vie vivable» doit être un des buts de toute démocratie, affirme Judith Butler qui appelle à la fondation d’un «nouveau socialisme» version américaine.

Comment l’Amérique en est-elle arrivée là ?

L’élection de Trump est le fait de causes multiples. Et, d’une manière générale, il ne faut jamais se contenter d’une seule explication. Si nous disons que ce sont des hommes blancs économiquement défavorisés qui ont voté pour Trump, et que nous nous focalisons sur la cause de leur marginalisation économique, nous oublions que le racisme existe depuis longtemps aux Etats-Unis, et que ce que nous pourrions qualifier de «colère économique» s’est conjugué à la haine raciale pour aboutir à une telle situation. La misogynie n’est pas en reste non plus, ainsi que la destinée symbolique de la masculinité. La peur du «terrorisme» et le désir de «sécurité» sont également présents aux Etats-Unis, comme dans la plupart des pays d’Europe, et ils font le lit du fascisme : dans le délire utopiste qui l’a porté au pouvoir, Trump créera des emplois, rétablira la sécurité, réhabilitera la masculinité, subordonnera les femmes et rendra sa blancheur à l’Amérique. Mais n’oublions pas qu’il n’a recueilli que 23 % du suffrage populaire. Il n’est donc en aucun cas légitime pour représenter le peuple. Une minorité haineuse a accédé au pouvoir et provoque aujourd’hui une crise démocratique.

Des intellectuels américains, notamment dans les universités, ont organisé une résistance à Trump ? En faites-vous partie ?

Nous essayons de bâtir un «mouvement sanctuaire» dans les universités et nous demandons instamment aux autorités locales et des Etats fédérés de refuser d’obtempérer si des ordres d’expulsion de sans-papiers sont donnés. Nous devons immédiatement mobiliser le soutien de ces millions de sans-papiers qui vivent aux Etats-Unis et qui risquent d’être expulsés. Nous aurons fort à faire pendant longtemps, vu l’ampleur de la tâche. On peut aussi se demander s’il n’est pas temps qu’apparaisse un troisième parti aux Etats-Unis, un parti qui rassemblerait largement par-delà les origines ethniques et les classes, et qui incarne les idéaux d’une social-démocratie qui n’est pas régie par des valeurs néolibérales. Cela pourrait bien être un nouveau socialisme. Au fond, si nous avons un nouveau fascisme aux Etats-Unis, peut-être pouvons-nous aussi voir émerger, après la campagne de Sanders, un nouveau socialisme fondé sur un principe de démocratie radicale.

Les populismes sont souvent expliqués sous l’angle identitaire et culturel : la peur de ne plus être soi, la peur de l’autre. Une question culturelle ou sociale ?

Lorsque nous réfléchissons au trumpisme, le problème n’est pas celui de l’identité, mais de l’économie, de l’héritage persistant du racisme, du déchaînement contre les élites culturelles, du fossé béant entre ceux qui ont fait des études et les autres. Trump a libéré des rancœurs et des haines qui couvaient depuis longtemps. Si c’est un populisme de droite, c’est un populisme qui semble aujourd’hui conduire au fascisme. A mon avis, un populisme de gauche doit conduire à une démocratie radicale. En fait, le terme «populisme» revêt une signification très différente en France et qui n’est pas partagée par tous. Je comprends que, pour la majorité des gens, c’est un terme méprisable. Il est perçu comme l’expression politique d’une vague de sentiments irrationnels. Je ne pense pas qu’il soit considéré ainsi en Argentine, par exemple, où il incarne une manière d’exprimer la volonté du peuple.

La plupart des théoriciens de la démocratie conviennent que la «volonté populaire» est une question complexe, mais les descriptions les plus intelligentes du populisme, telle que celle proposée par Ernesto Laclau, cherchent à comprendre comment des factions, des identités et des intérêts particuliers divers peuvent se lier les uns aux autres sans perdre leur spécificité.

Pour Laclau, cet effort d’«articulation», d’une série de connexions entre diverses identités est l’objectif du populisme. Il ne s’agit pas d’une convergence fasciste vers une «volonté unique», ni de l’émergence d’un leader charismatique qui semble unifier le peuple. Bien sûr, il existe un populisme de droite et un populisme de gauche, et le populisme en lui-même ne constitue pas une posture politique complète. Les solidarités auxquelles il est possible de parvenir par le biais de divers modes de communication et de mobilisation doivent produire une majorité de gauche susceptible d’élire un gouvernement qui cherche à asseoir la démocratie tant dans sa forme que dans son contenu. Lire la suite »

123456...1119

Nouveau regard, nouvelle Ec... |
democratia |
Mers El-Kébir Franc-Tireur |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les emprunts russes
| mouvement de soutien "waaxu...
| HYPERDEMOCRACY