Du pouvoir de domination aux violences sexuelles : l’abus de pouvoir dénoncé par la romancière Christine Angot

Créé par le 18 oct 2017 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

 Guillaume Erner recevait hier, dans son émission Les matins de France-Culture, l’écrivaine Christine Angot, venue parler des violences sexuelles. L’animateur de l’émission introduit son sujet précisant que « dans une société dominée par les hommes, pleine de faux préjugés culpabilisants pour les victimes et informée par une presse en crise ne pouvant se permettre ni de lancer des accusations juridiquement bancales ni d’investir dans les longues enquêtes nécessaires pour les étayer, ce moment est à la fois rare et opportun ».

Ce temps autorise en effet au travers des  « turpitudes sexuelles des uns et des compromissions morales des autres » de mettre à jour « une réalité sociale, politique, légale et médiatique que beaucoup se refusent à voir en temps normal ».

Cette réalité des violences sexuelles que les Françaises vivent mais que les Français connaissent mal, était ainsi abordée par la romancière Christine Angot.

« On vit une période de séparation des hommes et des femmes, dans tous les domaines, et je ne pense pas qu’il faille l’accentuer en disant que les hommes sont des porcs et les femmes des victimes. Je pense que ces nouvelles assignations ne sont pas justes. Les hommes et les femmes sont humains. En revanche ces humains hommes et femmes vivent tous sous un régime de pouvoir, et ceux qui en jouissent, homme ou femme, ont une sérieuse tendance à en abuser. Donc là, on est dans l’abus de pouvoir, et c’est ça ce qui se passe. Et pourquoi la parole contre l’abus de pouvoir est difficile ? Ce n’est pas de parler, mais c’est de se dégager d’un pouvoir… »

Je conseille particulièrement l’écoute du podcast sur  Les matins de France-Culture. Le ton libre et l’esprit ouvert de l’écrivaine donne un abord ferme et subtile de ces abus de pouvoir et de ces violences, liant entre eux ces phénomènes médiatisés autour des crimes et délits sexuels dont est accusé le producteur américain de cinéma Harvey Weinstein. https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins/christine-angot-programmes-scolaires

Le propos reste toujours équilibré et la critique systémique se refuse à la caricature car la prédation sexuelle qui violente en majeure partie les femmes n’est pas le seul fait des hommes dans une société de domination et les hommes ne sont pas tous des porcs. Ces réflexions sur la violence du pouvoir et de la domination font une juste part à la pluralité factorielle sans tomber dans la stigmatisation et la victimisation.

En écoutant Christine Angot nous approchons avec plus de pertinence ces réalités auxquelles, en tant qu’humain des deux sexes, nous sommes potentiellement confrontés dans un monde de violences symboliques, morales ou physiques qui excuse les comportements prédateurs, réduisant la victime du « charme du pouvoir » à un trophée ou un butin, . Nous sommes en pleine déshumanisation des relations sociales avec cette jouissance de pouvoir faire ce que dicte l’esprit de domination quant il s’agit de prendre le pouvoir sur les autres au lieu de faire humanité et de considérer la singularité de chacun pour sortir de la sotte hiérarchie d’une société couchée devant le pouvoir et qui, paradoxalement s’en indigne… La fascination du pouvoir, les transgressions et les rivalités qui l’accompagnent sont-elles incontournables? 

Xavier DUMOULIN

 

La constitution de la Vème République se prête-t-elle à l’innovation? par Jean-Pierre Chevènement

Créé par le 14 oct 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

 

Intervention de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, au colloque organisé par la Fondation Charles de Gaulle dans le cadre du Festival du livre d’Histoire à Blois, le 6 octobre 2017.

Comme l’a montré le Professeur Philippe Raynaud dans « l’Esprit de la Vème République » (1), celle-ci est passée par plusieurs phases : De la « République consulaire » (1958-1962) à la République présidentielle, dominée d’abord par un « quadrille bipolaire » (1962-1981) puis par un bipartisme de fait, amorcé en 1965 puis quasi institutionnalisé à partir des années 1980. Ce bipartisme apparemment consensuel (sur les traités européens, de 1987 à 1992 et sur les orientations politiques qui en découlent) est cependant miné par la désaffection croissante des citoyens (recherche d’une alternative « citoyenne » et à défaut montée des extrêmes et de l’abstention). Les deux partis de gouvernement (PS et RPR devenu UMP en 2002) bénéficient tous deux de la « rente institutionnelle » que procure le mode de scrutin majoritaire. « L’effet essuie-glaces » résume la vie politique de 1986 à 2012.
Mais ce système s’érode de l’intérieur quand la désaffection des électeurs l’emporte sur le vote habituel d’allégeance. C’est ainsi que le candidat du PS, Benoît Hamon, ne recueille plus que 6.33% des voix au premier tour des présidentielles de 2017. La percée d’Emmanuel Macron (24% des voix au premier tour) fait tomber dans la trappe le candidat de la droite (20%). Emmanuel Macron réussit à éliminer dès le premier tour les deux partis de gouvernement, ce à quoi j’ose dire que j’avais frayé la voie en 2002. Lire la suite »

Lu dans Libé : « Les déserts médicaux, éternels laissés en plans »

Créé par le 14 oct 2017 | Dans : Santé-social-logement

Le gouvernement a présenté vendredi de prudentes nouveautés pour améliorer l’accès aux soins. Depuis dix ans, les annonces se succèdent inlassablement mais la situation reste inchangée.

Profil bas. En présentant, ce vendredi matin, leur plan pour lutter contre les déserts médicaux à Châlus (Haute-Vienne) à l’occasion de l’ouverture d’une nouvelle maison de santé, le Premier ministre et la ministre de la Santé ont été chiches en annonces. Les pouvoirs publics voulant surtout «faciliter les initiatives locales» et insister sur la nécessité «d’organisations innovantes dans chaque territoire

Une prudence amplement justifiée, la grandiloquence habituelle sur le sujet n’ayant pas apporté beaucoup de solutions. En effet, depuis bientôt dix ans, la question revient en boucle. Chaque Président et chaque ministre de la Santé annoncent leur plan pour améliorer l’accès aux soins dans des territoires désertés. En 2007, Nicolas Sarkozy, tout juste élu, lançait son programme, prévoyant «l’augmentation du nombre des étudiants médecins formés» et proposant «que le praticien installé dans une zone de désert médical soit mieux payé que celui qui exerce dans les villes où il y a trop de médecins». Rebelote en février 2010 : Sarkozy demandant «solennellement» à sa ministre «d’engager avec les collectivités territoriales un plan triennal de création de maisons de santé pluridisciplinaires».

Arrive Hollande, et les… trois plans de Marisol Touraine. En décembre 2012, sont ainsi présentées douze mesures pour inciter les médecins à s’installer dans les déserts médicaux, avec un «Pacte territoire santé». Novembre 2015, nouveau plan avec un objectif : faciliter l’installation de 500 médecins tout juste diplômés. Octobre 2016, ça recommence : de nouvelles mesures avec notamment l’octroi d’une «prime d’engagement» comprise entre 10 000 et 30 000 euros aux jeunes diplômés qui s’engageront à passer le concours de praticien hospitalier et à rester, une fois titularisés, au moins trois ans en place.

Paradoxe

Le résultat de ces dix plans en dix ans ? La situation ne s’améliore pas. Les déserts médicaux persistent. Ils s’étendent même dans les grandes zones urbaines avec des difficultés d’accès aux soins des spécialistes. Et pourtant, paradoxe, la France n’a jamais compté autant de médecins : près de 216 000 praticiens en activité recensés au 1er janvier, en légère augmentation depuis dix ans (+ 0,9 %). Cherchez l’erreur…

De fait, les causes sont multiples, internes comme externes. D’abord, comme le note l’ordre des médecins dans son dernier atlas sur la démographie médicale, la profession est vieillissante. Et les effectifs chez les généralistes – donc chez les médecins de premiers recours – ont connu une baisse de près de 10 % ces dix dernières années. L’exercice médical a également changé. De plus en plus féminisée (47 % de médecins sont des femmes), la profession privilégie aujourd’hui l’exercice mixte (libéral et salariat), et non plus simplement celui en cabinet. D’où le succès des maisons de santé. En huit ans, plus de 1 000 se sont créées. Mais cela ne suffit pas à redynamiser les territoires qui se vident. A ces changements internes à la profession s’ajoute un contexte social qui aggrave la situation : les zones les plus défavorisées d’un point de vue médical sont aussi celles qui cumulent le plus de fragilités en termes socio-économiques, avec un taux plus élevé de maladies chroniques, des populations plus âgées ou avec des revenus les plus faibles. «Tout cela se voit nettement le long d’une diagonale du vide intérieur, qui va des Ardennes et de la Meuse jusqu’aux Hautes-Pyrénées et à l’Ariège», détaille l’ordre des médecins.

Que faire, alors, au-delà des effets d’annonces ? Cette fois-ci, pas de triomphalisme dans le plan du gouvernement. Comme dans les précédents, il y a toujours le refus affiché de mesures contraignantes pour pousser les médecins à s’installer dans des zones sous-dotées. Et la volonté claire de favoriser le développement des maisons de santé.

Télé-médecine

Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait en effet évoqué la création de 1 000 nouveaux établissements. Pourquoi pas ? Mais cela ne se décrète pas, les maisons de santé qui réussissent étant celles qui sont conçues et décidées localement et non pas par les autorités. Vendredi, le Premier ministre a expliqué, non sans raison, miser sur la «confiance aux professionnels de santé et aux initiatives locales» et «sur la simplification administrative».

Le gouvernement a également listé des grands axes de travail : «nouvelles façons d’exercer entre la ville et l’hôpital», «télé-médecine», «pratiques avancées» pour permettre, par exemple, aux infirmiers de pratiquer des actes habituellement réservés aux médecins. Dans le détail, le cumul emploi-retraite des médecins libéraux va être facilité. Et les praticiens seront incités à exercer à temps partiel dans des zones sous-dotées grâce à une revalorisation de leurs primes. Quant au développement de la télé-médecine – considérée par beaucoup d’experts comme la solution miracle –, il faudra attendre un peu. Il passera par des négociations entre l’Assurance maladie et les médecins début 2018 pour en fixer les tarifs. Et ce n’est pas gagné. De quoi rester, là encore, un peu modeste.

Eric Favereau

Gauguin, Picasso: un art dénudé

Créé par le 14 oct 2017 | Dans : Vive le blog citoyen

 

Dans les vagues 1889

Paul Gauguin (1848-1903)

 

L’éclatement du PS en six actes : du Congrès d’Epinay à la débâcle des législatives

Créé par le 14 oct 2017 | Dans : Parti socialiste

Après le départ de son candidat à la présidentielle qui a rejoint EELV et la menace d’exclusion de l’ancienne ministre Filippetti, retour sur le LE SCAN POLITIQUE du Figaro du 10 05 2017 par par  Edouard de Mareschal 

 http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2017/10/13/25001-20171013ARTFIG00165-l-ex-ministre-aurelie-filippetti-menacee-d-exclusion-au-parti-socialiste.php

- La déroute du Parti socialiste au premier tour de la présidentielle suivi de son effondrement aux législatives marque la fin d’un cycle d’union des gauches de gouvernement et menace le parti dans son existence même. Explications.

Au parti socialiste, l’heure est à la sidération. La lourde défaite enregistrée dès le premier tour des législatives, où le parti est arrivé en cinquième position, intervient quelques semaines après l’élimination de Benoît Hamon dès le premier tour de la présidentielle.

«Le tourbillon était trop puissant, les deux scrutins étaient beaucoup trop rapprochés pour permettre un véritable sursaut», a déploré le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, lui-même éliminé dès le premier tour dans la 16e circonscription de Paris. «On est à terre, décapité, éclaté, c’est quand même difficile d’avoir un soir de premier tour aussi violent», a pour sa part reconnu Thierry Mandon, l’ancien secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, avant de conclure: «Il faut donner les clés à une nouvelle génération.» Retour sur l’effondrement progressif du Parti socialiste, depuis sa fondation au Congrès d’Epinay jusqu’à sa débâcle aux législatives de 2017.

● Le Congrès d’Epinay: l’union des gauches pour «tuer» le Parti communiste

En 1971, le congrès d’Epinay pose un acte fondateur qui modèlera le visage de la gauche pour les cinquante années qui suivront. Le parti socialiste est rejoint par la CIR (Convention des institutions républicaines, créé par Mitterrand), et une partie du «courant chrétien». François Mitterrand s’empare du parti. «Pour lui, l’objectif est double», explique Philippe Buton, professeur en histoire contemporaine. «Il veut tout d’abord construire une nouvelle alternative à gauche face au Parti communiste. Dans un second temps, il va négocier un accord de gouvernement avec le Parti communiste pour mieux le neutraliser.» Pour cela, Mitterrand doit rassembler très largement, y compris à l’extrême gauche. Il attire à lui une partie des trotskistes comme les «lambertiste», dont sont issues des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon, Jean-Christophe Cambadélis et Benjamin Stora, ou des proches d’Alain Krivine, comme Julien Dray ou Harlem Désir. En juin 1972, le parti socialiste adopte un programme commun avec le parti communiste, contresigné par les radicaux de gauche. L’union des gauches, objectif de François Mitterrand, est atteint. Le PCF soutient sa candidature dès le premier tour de l’élection présidentielle de 1974. Puis François Mitterrand est élu président de la République en 1981. Avec 15% des suffrages, Georges Marchais (PCF) est relégué en quatrième position, derrière le RPR de Jacques Chirac et l’UDF du président sortant, Valéry Giscard d’Estaing.

Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense, derrière le président François Mitterrand lors d'une prise d'armes aux Invalides à Paris, le 5 octobre 1990.

● La rupture chevènementiste

Dès lors, l’unité réalisée par François Mitterrand sera constamment soumise à l’épreuve du réel. Les communistes quittent le gouvernement dès 1983, lorsque François Mitterrand nomme Laurent Fabius premier ministre, un an après avoir pris le «tournant de la rigueur». «Le Parti socialiste est schizophrène ; Il tient un discours très à gauche lorsqu’il est dans l’opposition, mais il opte pour une politique réaliste dans la pratique du pouvoir», analyse Philippe Buton. À la fin des années 1980, Michel Rocard devient premier ministre de François Mitterrand. C’est un tenant de la gauche «réformiste», favorable à l’économie de marché plutôt qu’à l’étatisme, au contrat plutôt qu’à la loi, et à la décentralisation. Il a, dans son gouvernement, plusieurs voix discordantes, dont celle de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense. Celui-ci quitte à son tour le gouvernement le 29 janvier 1991, pour protester contre l’engagement de la France dans le guerre du Golfe pour restaurer la souveraineté du Koweït. «Jean-Pierre Chevènement fait partie de ceux qui, à gauche, défendent une politique étrangère classique à l’égard des pays arabes», explique Laurent Bouvet, professeur de science politique à l’Université de Versailles. «Il considère que le nationalisme arabe de Sadam Hussein représente mieux les peuples arabes que les pétromonarchies.» Jean-Pierre Chevènement marque aussi son opposition au soutien français dans la guerre d’indépendance menée par les Bosniaques en ex-Yougoslavie. «Il voulait poursuivre l’alliance historique avec les Serbes, alors que François Mitterrand se rallie à la position de l’Union européenne et de l’Otan, qui soutiennent l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine.» Mais la vraie rupture avec le parti socialiste intervient en 1992. Fermement opposé au traité de Maastricht, Jean-Pierre Chevènement quitte le parti et transforme le Mouvement des citoyens, qu’il a fondé un an plus tôt, en parti politique fondé sur un triple refus: libéral, atlantiste et européen. Lire la suite »

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