Changer de ton ou changer de cap?

Créé par le 14 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, a2-Blog-notes politique de XD

On en conviendra tous : le président Macron a changé de ton et ce n’est plus le chef de guerre qui parle. Ce registre martial jugé trop théâtral avait suscité beaucoup d’interpellations quant à l’appui concret apporté aux troupes en luttes : moyens des soignants, sécurité des travailleurs, etc. On ne s’auto-désigne pas « Père la victoire », et n’est pas Clemenceau qui veut!

Le président mieux inspiré s’est donc efforcé, dans sa dernière allocution, de donner des gages de volonté de résistance au coronavirus, amorçant même un début d’autocritique de sa gestion de crise. 

Ce « macromanagement » de la crise sanitaire a indubitablement souffert d’un manque d’anticipation, peinant à s’émanciper des logiques implacables d’un système socio-économique – système valorisant les élites et les profits au détriment des travailleurs et de  la production – et des réflexes d’une idéologie amalgamant la dite gouvernance de la France à celle d’une start-up. Dans ce contexte, souligné par tous, d’une crise hospitalière et d’une perte de souveraineté dans les filières du médicament et des matériels médicaux s’accompagnant d’un funeste abandon des recherches sur le coronavirus et d’une absence monstrueuse de politique de prévention dénoncée avec force par un ancien directeur général de la santé.

Cet horizon de dé-confinement progressif annoncé le 13 avril dernier pour le 11 mai prochain répond sans doute au besoin de réconfort de nombre de nos concitoyens exaspérés par les conditions concrètes de cette vie de grande promiscuité de personnes seules ou en famille, conjuguant souvent télé travail et garde d’enfants dans des logements trop exigus. Sans parler des résidents des EHPAD confinés dans leur chambre ou des plus démunis, en CHRS ou bien dans des squats de fortune. Mais la perspective de dé-confinement fait aussi écho à la demande pressante du MEDEF de reprise des activités avec en prime cette volonté de renforcer les flexibilités et de réduire le droit du travail, ce droit déjà quelque peu mis à mal avec la loi d’urgence sanitaire, loi contestée par l’expression des gauches parlementaires, et les ordonnances sensées la concrétiser en matière de temps de travail et de congés notamment. Comme en témoignent leurs premières réactions, les centrales syndicales ne sauraient accepter cette asymétrie décomplexée, sous les prétextes de besoins de souplesses revendiqués par le grand patronat dans un discours non équivoque qui ne saurait convaincre.

Ce dé-confinement est par ailleurs dénoncé par des épidémiologistes mettant en garde contre les risques mortifères de propagations et de rebonds incontrôlés avec l’ouverture trop précoce des écoles. Il reste par ailleurs tout à fait flou, dans l’attente de plans concrets prenant en compte les situations de terrain. En tout état de cause, la perspective du dé-confinement progressif suppose la réunion de l’ensemble des moyens sanitaires nécessaires au bon accomplissement des missions de service public ou régaliennes,  moyens réclamés à cor et à cri par les professionnels déjà exposés et en première ligne.

Le passage au jour d’après suppose une résolution de ces problématiques incontournables. Celles-ci nous conduisent à appréhender ici et maintenant l’avenir dans le nouveau paradigme d’une opposition résolue à la mondialisation libérale au bénéfice d’une reconquête des souverainetés dans des coopérations régionales et internationales repensées. Avec la nécessaire remise en cause des logiques en oeuvre chez les principales institutions : Banque mondiale, BCE et commission européenne confortant celles du capitalisme financier mondialisé. Un vrai programme de salut public d’intérêt général susceptible de souder un bloc républicain autour de cette perspective récusant le populisme identitaire nationaliste et xénophobe et le prétendu « progressisme » des élites mondialisées.

Mais au-delà d’une politique du court et moyen terme permettant de retrouver la respiration nécessaire, il conviendrait  d’ouvrir résolument la voie étroite d’un profond changement de cap politique, économique, social et écologique, la propagation des virus s’expliquant aussi par l’effet conjugué de la mondialisation des échanges et de la rupture des équilibres écologiques.

Donnons en référence – et pour illustration prioritaire de ce nouveau chemin -, quelques exemples forts :

- la lutte contre le réchauffement climatique en limitant le fret et l’utilisation de l’énergie à effet de serre, ce qui n’est pas antinomique, soit dit en passant, de la sécurisation de la filière nucléaire;

- la promotion d’une agriculture raisonnée, si possible biologique, avec des modes de productions agricoles ou animales réorientées, créatrices d’emplois durables, promouvant les circuits courts et favorisant dans tous les cas la prévention des risques chimiques et la lutte contre les perturbateurs endocriniens;

- avec la reconquête d’une sécurité alimentaire, celle d’une sécurité sociale et professionnelle conférant un salaire à vie sur la base d’un statut attaché au travailleur ( pour mémoire, ce « déjà là communiste » avec les conquis de 1946 doit être étendu au-delà du secteur socialisé de la santé et des travailleurs sous statut ou des fonctionnaires et représente la visée la plus pertinente dans le combat contre la liquidation de l’Etat social );

- la conquête de la co-propriété d’usage des outils de travail par l’alliance des productifs, l’expression démocratique supposant la possibilité effective de l’intervention directe des travailleurs dans les choix d’orientation (et donc de réorientation) d’une production et de ses modes de développement, expression incontournable pour satisfaire les besoins réels de la population dans une économie limitant les nuisances environnementales et l’obsolescence programmée des marchandises à des fins lucratives.

On le comprend bien, un tel programme de salut public repose sur un changement complet de logiciel de l’action publique de l’Etat et conduit à relever le défi d’une « politique de civilisation », chère à Edgar Morin et Sami Naïr, jadis dévoyée par l’emprunt sémantique de Nicolas Sarkozy prétendant après la crise de 2008 « moraliser le capitalisme ».

Éclairé par l’histoire et refusant toute équivoque, on pourra prendre à présent au pied de la lettre le propos du président Macron :  « Sachons, dans ces moments, sortir des sentiers battus, des idéologies et se réinventer – moi le premier », déclaration sur un mode un peu pathétique qui ne peut laisser indifférent et signifie pleinement l’immensité de la tâche à accomplir!

Xavier Dumoulin

 

A la Une de Respublica N°929 Frédéric Pierru : Pour le reconstruire, il faut dès à présent repenser notre système public de santé

Créé par le 14 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, Santé-social-logement

Pour le reconstruire, il faut dès à présent repenser notre système public de santé

lundi 13 avril 2020
 

Lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, M. Le Président de la République a déclaré que la société française était en guerre contre cette menace invisible, mais tueuse, qu’est le Covid-19, appelant les Françaises et Français à l’unité plutôt qu’à ouvrir des polémiques néfastes à l’efficacité de l’action des autorités sanitaires. Peu après était déclaré l’état d’urgence sanitaire. Pour autant, s’il faut éviter, en effet, les polémiques en ces temps de confinement, il nous semble urgent d’ouvrir dès maintenant un large débat démocratique sur ce que nous voulons construire à partir du jour d’après. Car, il ne saurait être question de refermer la parenthèse et de reprendre le fil des choix et des politiques publics qui ont mené à la catastrophe que nous vivons actuellement. Souvenons-nous de la crise financière de 2008 et de la grave récession qui en a suivi et dont beaucoup de pays européens portent encore les stigmates. Main sur le cœur, les dirigeants d’alors déclaraient solennellement que l’autorégulation des marchés, « c’était fini ». La parenthèse keynésienne a duré moins de deux ans, avant que les politiques d’austérité ne reprennent de plus belle, visant en particulier la protection sociale et les services publics. Renflouées par les contribuables, les banques ont repris leur business spéculatif as usual.

Après le confinement, tout sera à reconstruire, à commencer par notre système public de santé. Et pour reconstruire, il faut avoir pensé, comme l’ont fait en pleine seconde guerre mondiale, économistes, technocrates, syndicalistes, politiques dans les pays alliés, ce qui déboucha en France sur le fameux programme du CNR. Car s’il n’y a pas d’alternative, le scénario de 2008 risque de se produire. Il suffit pour s’en convaincre de prendre connaissance de la récente note de la Caisse des Dépôts et Consignation sur l’hôpital public – qui préconise la même politique austéritaire mais en pire – ou encore des déclarations ahurissantes du directeur général de l’ARS Grand-Est annonçant fièrement, à grands renforts de communication, en plein confinement et donc dans la région la plus touchée, son plan de fermetures de lits pour le CHU de Nancy, plan concocté avec des consultants de Cap Gemini. Cette fois c’était un peu gros et il a été limogé. Mais cela mérite d’être médité : cet inspecteur général des affaires sociales était persuadé de plaire à ses seigneurs en sortant une telle obscénité, anticipant que ces derniers reprendraient la même politique une fois la pandémie passée.

La pandémie du Covid-19 a mis en lumière deux conséquences funestes des politiques néolibérales en matière de santé. D’une part, la France n’a plus de souveraineté sanitaire ; d’autre part, son système public de santé est exsangue après des décennies de rigueur budgétaire à courte vue.

Elle n’a plus de souveraineté sanitaire, alors que la première mission d’un État est de garantir la sécurité et la santé de ses ressortissants. La croyance aveugle dans le libre-échange a fait que nous dépendons désormais de pays comme la Chine et l’Inde pour les approvisionnements de masques FFP2, de principes actifs de médicaments, voire de médicaments indispensables (anticancéreux, antibiotiques, médicaments anesthésiques). Or, en phase pandémique, le libre-échange s’efface derrière le principe sécuritaire. C’est alors la foire internationale d’empoigne pendant que les pouvoirs publics cherchent à rassurer leur population en affirmant des contre-vérités comme l’inefficacité de la protection par masques ou qu’il n’est pas utile de dépister toute la population, la confusion augmentant lorsque le directeur général de l’OMS affirme le contraire. Voici la première leçon à tirer de cette crise sanitaire : pour ne plus connaître ses discours publics qui ajoutent de la confusion à la peur, nous devons impérativement reconstruire notre indépendance sanitaire. Il ne s’agit pas seulement de relocaliser une grande partie de ce que nous avons sous-traité aux pays dits émergents, ce qui, au passage, permettrait de combattre la désindustrialisation de notre économie et créerait des emplois. Cette relocalisation pourrait prendre la forme d’un pôle public du médicament ou d’entreprises, nationales ou européennes, mais à but non lucratif, qui produiraient les médicaments et dispositifs indispensables. Il s’agit aussi de se donner une autre politique de la recherche publique qui éviterait, par exemple, que des recherches prometteuses sur les coronavirus, lancées 2002, ne se tarissent parce que les fonds publics ont été orientés vers la dernière mode scientifique. L’effort budgétaire en faveur de la recherche doit être impérativement réévalué pour atteindre le niveau de pays comparables comme l’Allemagne, pourtant toujours prise en exemple. C’est la raison pour laquelle les premiers tests de dépistage ont été inventés par nos voisins. De plus, il faut en finir avec le réflexe du financement de la recherche par projets. La recherche fondamentale suppose de la stabilité et du temps comme l’a rappelé le chercheur Bruno Canard. Elle doit être attractive pour les aspirants à la recherche, dont la précarité est la règle à ce jour.

Seconde leçon de la pandémie de Covid-19 : notre système public de santé, en particulier hospitalier, menace ruines. Du reste, c’est une leçon sans l’être car depuis des mois les soignants de l’hôpital public tirent le signal d’alarme, sans être entendus des décideurs politiques. Cela fait des années que ces derniers rêvent de faire de l’hôpital un aéroport qui renverrait immédiatement les patients une fois leur opération ou leur prise en charge effectuée. L’hôpital serait un lieu de soins spécialisés et techniques sans hébergement. Une sorte d’usine à soins. Au nom de cette politique du « virage ambulatoire », on a fermé drastiquement des lits, on a limité les effectifs de personnels soignants, par ailleurs sous-payés. Cette pensée financière de la liquidité appliquée à la santé est venue se fracasser sur la pandémie de Covid. La capacité en lits de réanimation, au nombre de 5000, est sous-dimensionnée pour faire face à un tel défi. L’hôpital est certes un lieu de soins aigus spécialisés et techniques, mais il doit aussi prendre en charge une autre épidémie, celle des malades chroniques, doublement touché par le Covid, tout en étant capable d’héberger. Là encore, nos amis Allemands n’ont pas fait cette erreur. Reconstruire un service public hospitalier attractif, avec des équipes stables, bien formées, correctement payées et financées de façon pérenne, à rebours de la logique marchande de la tarification à l’activité. Mais d’une façon générale, c’est l’ensemble du système public de santé qu’il faut repenser à la lumière de la double épidémie de Covid et de maladies chroniques. On n’en finirait pas d’énumérer les chantiers : reconstruire la psychiatrie publique de secteur afin d’éviter les malades souffrant de troubles psychiatriques de faire partie des populations les plus vulnérables, avec les sans domicile fixe, lorsque survient une telle pandémie ; se doter de lits d’aval suffisants ; médicaliser les EHPAD et leur donner les moyens humains et financiers de prendre en charge dignement et avec des soins de qualité nos aînés.

Mais un système public de santé, et non seulement de soins, doit aussi investir un ambitieux service public de prévention, et pas seulement individuelle qui tourne vite au blâme de celles et ceux qui, du fait de leur situation, ne peuvent respecter aussi bien les règles de confinement que les injonctions aux « bons comportements ». Cette prévention doit agir sur les causes économiques, sociales et environnementales qui font qu’il existe treize années d’écart d’espérance de vie entre les plus démunis et les plus aisés. Un État démocratique ne peut tolérer le scandale d’une telle inégalité des vies. Pour le moment, nous médicalisons en aval ce que nous ne nous sommes pas donné les moyens de prendre en charge en amont. Il suffit de penser à la santé au travail, sacrifiée sur l’autel de la compétitivité.

Que la sixième puissance mondiale se dote à nouveau d’un système public de santé digne de son rang, capable de protéger la santé de toutes et tous, y compris les plus vulnérables des citoyens, appelle évidemment un financement suffisant et pérenne. La Sécurité sociale doit regagner le terrain perdu aux dépens des complémentaires santé et être reconnue pour ce qu’elle est : un « commun », hors du marché de l’assurance et hors de l’emprise de l’État. C’était d’ailleurs l’ambition de ses fondateurs, méfiants à l’endroit d’un État qu’ils soupçonnaient de vouloir piocher dans les caisses en cas de disette budgétaire. L’avenir leur a donné raison. Récemment, a été abolie la loi Veil de 1994 qui obligeait l’État à compenser les exonérations de cotisations sociales. La Sécurité sociale s’est ainsi vue amputée de 2.5 milliards d’euros pour financer les mesures que les « Gilets Jaunes » avaient arrachées. Cela est inadmissible et les recettes de « la Sécu » doivent être sanctuarisées.

Mais reconstruction ne veut pas dire nostalgie et revenir à un supposé « âge d’or ». Depuis le programme du CNR, les défis auxquels s’affronte la société française sont, pour une bonne part, nouveaux. Il y a bien entendu le défi écologique et les services publics doivent contribuer à le relever. Il y a aussi le problème du non-recours aux droits : si la communication des gouvernements, de gauche comme de droite, dénoncent les « abus » et les « fraudes », elle est beaucoup plus discrète sur ce phénomène massif qui fait que des personnes renoncent à des prestations auxquelles elles ont droit, soit par honte, soit par peur du contrôle, soit par incompréhension des procédures et circuits bureaucratiques. Les services publics, notamment de la santé, doivent être pro-actifs et aller au-devant des populations les plus vulnérables. Dernier défi, sur une liste appelée à s’allonger : le défi démocratique. La démocratie sociale d’après-guerre fut une vraie ambition, hélas souvent déçue. Il nous faut, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, trouver une nouvelle articulation entre démocratie sociale, démocratie politique, démocratie sanitaire, de même qu’entre démocraties représentative et participative. Démocratiser les services publics et éviter autant que possible leur bureaucratisation est un objectif aussi difficile que stimulant.

On le voit, après la guerre pandémique, il faudra reconstruire. Pas seulement entre experts, mais aussi avec l’appui et l’inventivité de la société. Afin de donner une base juridique solide à ce vaste mouvement, il est impératif d’inscrire les services publics, piliers de la République, dans la Constitution.

Si les membres du CNR ont bâti en pleine guerre les fondements d’une société plus juste et solidaire, nous nous devons d’être à leur hauteur et d’en faire de même, en pleine guerre pandémique. Sur la base d’une conviction : Non, le jour d’après ne pourra en aucun cas ressembler au jour d’avant !

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Boris Vallaud, PS.dans un entretien à l’Huma du 8/04/20: « Réaffirmer notre souveraineté et agir sur le réel »

Créé par le 09 avr 2020 | Dans : Non classé

Toute la semaine, l’Humanité interroge les responsables de gauche sur leur vision du « jour d’après ». Boris Vallaud, porte-parole du PS et député des Landes, plaide notamment pour un Parlement fort.

 

Cette crise bouleverse bien des certitudes et les bases de notre société. Quels enseignements en tirez-vous, notamment sur le plan économique et social ?

Boris Vallaud. La crise précède la crise. La pandémie n’en est que la morsure apparente et profonde parce que tout coagule : la crise des services publics, de l’hôpital, qui connaît un mouvement social fort depuis un an. Mais il y a également une crise de la puissance publique, de la mondialisation, de l’environnement. Le néolibéralisme, dans ce qu’il produit depuis des décennies, les inégalités, les violences, la destruction de l’environnement et la disqualification de la puissance publique, peut emporter avec lui le libéralisme politique, c’est-à-dire la démocratie. Nous avons besoin de faire la démonstration que la démocratie est capable de surmonter ce désordre. Nous devons réaffirmer une souveraineté et agir sur le réel, construire un rapport de forces avec la puissance privée. Car si l’État de droit s’est construit au XIX e siècle contre les abus de la puissance publique, il s’agit aujourd’hui de lutter contre les abus de pouvoir de la puissance privée : elle ne paie pas ses impôts, édicte ses normes, influence les opinions, bat sa monnaie et veut même rendre la justice.

Puisque vous abordez la question démocratique, quels problèmes pose, selon vous, la gestion de cette crise ?

Boris Vallaud. Dans la crise, la démocratie n’est pas un problème, elle est même une arme. Plus qu’à tout autre moment, il faut se ranger à ses impératifs, à son exigence. Cette crise montre que nous avons besoin d’un Parlement fort, et non faible comme aujourd’hui. Je plaide pour un rééquilibrage institutionnel. Les démocraties ont besoin de se réarmer.

Cela fait écho à une VI e République…

Boris Vallaud. J’y suis favorable, et depuis longtemps.

Le chiffre de 6 % de PIB en moins est aujourd’hui avancé. Comment éviter une catastrophe sociale ?

Boris Vallaud. La crise sociale est déjà là. Les mesures gouvernementales de soutien financier massif à l’économie étaient nécessaires, mais sont aidés ceux qui ont un travail, pas les familles précaires, les trois millions d’enfants pauvres qui ne mangeaient à leur faim qu’à la cantine… Très concrètement, il faut augmenter dès maintenant tous les minima sociaux, le taux de remplacement du chômage, accompagner les familles qui ont des conditions matérielles difficiles. Sur ces six points de PIB – au minimum – la question est : qui va rembourser ? Certainement pas ceux qui, frappés les premiers par la crise, seront aussi les plus fragilisés. L’UE est au pied du mur, elle a tout à y perdre ou tout à y gagner. Bien sûr, il faut mutualiser la dette, mais également un ISF européen. La BCE a un rôle important, par exemple en monétisant la dette ou même en annulant des dettes, en échange d’investissements dans la transition écologique, car nous devons également changer de modèle tout en redressant le pays. Notre modèle productif, dans son ensemble, est à repenser. On peut imaginer une sorte de Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale – NDLR) de la transition écologique. La place de l’État est centrale : sur ce point, je suis pour un colbertisme vert.

Dans cette place centrale de l’État, il y a la question des services publics. Ils ont été mis à mal depuis deux décennies au moins, notamment dans le domaine de la santé, y compris lors du quinquennat précédent. Pensez-vous qu’il faille en faire à nouveau une priorité ?

Boris Vallaud. Lors de l’examen du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale), nous attirions l’attention sur la situation à l’hôpital, et nous avions proposé, comme d’autres formations de gauche, un plan d’urgence. Bien sûr, il faut desserrer l’étau, mais penser également à des réformes structurelles de notre système de santé : le partage public-privé, la question de la tarification, de l’accès universel aux services publics, le pilotage non pas sur des critères financiers, mais humains.

Toutes ces problématiques posent également la question de la gauche. Hier, le député insoumis Adrien Quatennens parlait dans nos colonnes de construire autour des causes communes, et d’un « gouvernement de salut commun ». Alors que la situation oblige, êtes-vous prêt à travailler avec l’ensemble de la gauche ? Et comment ?

Boris Vallaud. S’unir autour de causes communes, c’est une proposition que nous avons également formulée : on doit pouvoir travailler ensemble. On aura des désaccords, mais nous devons parler. C’est d’ailleurs le cas : en ce moment, tout le monde parle à tout le monde pour faire face à cette crise profonde. Parmi ces causes communes, il y a la question sociale, la lutte contre les inégalités, qui se joue à tous les niveaux, en particulier dans l’entreprise. Le scandale du versement de dividendes, dans cette période, nous dit ce qu’il faut changer dans notre société. Je pense également à la place de l’État, de l’initiative publique : nous avons besoin d’investissements structurants pour l’avenir. Il faut pouvoir donner des perspectives, un espoir, réconcilier le rêve et l’action.

Lu dans l’Huma du 1°avril 2020 : Serait-ce le capitalisme qui tangue devant le coronavirus ? Une tribune de Corrine Luxembourg Maîtresse de conférences, géographe, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture

Créé par le 01 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus

Une tribune de Corrine Luxembourg Maîtresse de conférences, géographe, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture

Concentrés que nous sommes sur ce virus dont la violence induite par sa contagiosité nous stupéfait, nous occultons dans notre hémisphère, le terrible été incendiaire australien qui s’est enfin apaisé. Imaginons-nous vraiment : début mars, on pouvait enfin dire qu’il n’y avait plus de nouveau départ de feu depuis juillet ? Où sont, dans nos mémoires les hectares de forêt amazonienne partis en fumée de janvier à août 2019 ? Jusqu’ici, la réalité écologique se dégradait silencieusement et pourtant dans des proportions spectaculaires (Charbonnier, 2020), aidée en cela par des initiatives brutales de colonisation des terres (100 millions d’hectares de forêt tropicale coupés ente 1980 et 2000). Le siècle a 20 ans, et l’intensification des ouragans, des tempêtes, le rapprochement des périodes caniculaires n’ont fait que mettre plus à vif encore les vulnérabilités sociales et spatiales.

Rien de neuf, il a été écrit mille fois l’incidence des monocultures intensives, des confiscations, des expropriations des terres pour en extraire les bitumes, les gaz de schiste, et toute autre ressource fossiles (Bednik, 2016), et mille autres fois le réchauffement climatique…  de Théodore Monod en 1941 à… Fred Vargas en 2019 en passant par le Printemps silencieuxde Rachel Carson publié pour la première fois en 1962. En janvier, puis en mars 2019, les milliers de personnes rassemblées pour les grèves pour le climat n’ont pas dit autre chose que ce lien entre ce système économique (capitaliste ou néolibéral) et la dégradation de nos conditions de vie sociales, environnementales et sanitaires.

Les sociétés industrielles qui sont devenues nos milieux quotidiens de l’hémisphère nord ont fait le pari de la dissociation entre ce qui serait naturel et ce qui relève d’une production humaine, cette fameuse discontinuité nature-culture. Cette fragmentation de la pensée, de la conception des activités humaines, les hiérarchisant a laissé libre cours à toute entreprise de domination, et avec, de colonisation, de l’espace comme des êtres : l’argument de la « nature » suffisant à en réclamer la domestication et la civilisation de son indubitable sauvagerie et à rompre toute connectivité de l’humanité d’avec son environnement.

Isabelle Stengers résume cet héritage : « [Le monde] que nous connaissons est intrinsèquement issu de la colonisation, de la mise en coupe réglée des terres colonisées et de la destruction ou de l’asservissement de leurs habitants. Mais cela a eu lieu également en Europe, avec ce que les Anglais appellent les enclosures. Ici comme ailleurs, la destruction s’est faite au nom du progrès, en faisant régner un droit de propriété qui est avant tout un droit d’exploiter, d’extraire, d’abuser et de défaire toutes les interdépendances. »(Stengers, 2019 ; 18)

Le rapport avec le virus ?

On sait que cette rupture, en plus d’avoir mis à mal, de façon sans doute irréparable, la biodiversité, a produit un terrain favorable aux pandémies (Grandcolas et Justine, 2020).

L’onde du coronavirus a pris de court, par sa rapidité de propagation et pour la première fois, le monde se retrouve à faire face à la même période à la contamination. La diminution des distances-temps n’accélère pas seulement le parcours du monde, elle rend quasiment synchrone la pandémie en chaque région du globe. Voilà donc que l’on se situe à ce croisement entre la moderne mondialisation capitaliste où les frontières se gomment devant les flux financiers et se hérissent face aux migrants laissés à leur mort en Méditerranée ou dans les montagnes, et l’archaïsme des épidémies dont l’apanage restait celui des pays d’Asie, voire d’Afrique, mais incompatible avec l’Occident du XXIe siècle, si sûr de lui, qu’il n’a rien perdu de son quant-à-soi colonialiste. Rien de neuf non plus ici, tant on sait que la structure de pensée et d’organisation centre/périphérie est intimement liée au capitalisme, puisque justement elle est à la source de ce système colonisateur.

Pourtant le système tangue… La violence qu’il met dans sa contrattaque est à la mesure de sa peur.

Jusqu’ici le choix de la compétitivité et de l’attractivité a exacerbé la compétition des régions, des territoires entre eux, l’a adaptée aux évolutions des technologies. La fragmentation des processus de production puis leur délocalisation en a été l’un des moteurs efficaces. L’espace hyperconnecté a été lissé, standardisé au point d’être un marché idéal (Cluzet, 2007). La proximité des plateformes intermodales de transports s’est rapidement affirmée comme un facteur de localisation primordial pour le stockage de différents types de matières et de produits, et d’entreprises de logistiques et d’assemblage. Puis le développement des technologies numériques d’information et de communication a renforcé ces lieux en offrant une rapidité d’échanges. L’industrie, pourtant seule source d’alimentation de la surconsommation des biens et donc des flux financiers appartenait au « vieux monde ». Ces places technologiquement équipées pour rendre possibles les échanges virtuels déjà favorisées économiquement l’ont été plus encore par la décision politique du début des années 2000 de conforter leur compétitivité au détriment d’autres territoires, aboutissant à renforcer l’injustice spatiale.

Les flux économiques dans le contexte d’accélération du processus de mondialisation existent plus que jamais en faisant abstraction du substrat géographique donc urbain. Les espaces urbains, puis métropolitains créés dans le cadre d’une suraccumulation du capital peuvent à leur tour disparaître dès lors que la capacité technologique d’accélération des flux d’informations le permet à l’échelle mondiale (Harvey, 2012). La déconnexion des lieux de travail des territoires, la distanciation des lieux de donneurs d’ordres et des lieux de production fabriquent des espaces métropolitains en dehors de tout contexte géographique. Les métropoles constituent une sorte d’archipel, chacune d’entre elle est déconnectée de son environnement. (Luxembourg, 2015)

L’insuffisance manifeste des matériels (médicaments, masques, appareils respiratoires…) constatée dans tous les pays d’Europe ou d’Amérique du Nord dit la même chose que le manque des saisonniers étrangers dans les grandes exploitations agricoles. L’utilisation des différences de droit du travail pour produire à moindre coût et augmenter les possibilités de rémunération des actionnaires, dans sa vision court-termiste est responsable de la vulnérabilité actuelle des populations. Jusque-là le développement du capitalisme mondialisé s’est servi de la planète et de ses inégalités pour disséminer la production en maintenant une productivité toujours plus grande, nécessaire à la croissance.

En quelques jours, le coronavirus a rendu fragile toute cette organisation géopolitique comme le signale Eva Illouz.

Et c’est précisément là que se joue la violence du capitalisme.

Que le président brésilien décide de repousser le confinement, comme l’ont fait avant les dirigeants politiques des Etats-Unis, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de France… n’est pas qu’un défaut de morale qui, sur un coup de folie, aurait fait préférer la maladie, la mort, à l’intérêt commun de la bonne santé, du bien-être. Les injonctions contradictoires du gouvernement français demandant en même temps que de rester chez soi, aux travailleurs les plus précaires, aux chômeurs (techniques ou non) d’aller travailler, prêtant main forte à l’agro-industrie et ceci sans grande attention aux règles de sécurité sanitaire ne témoignent de rien d’autre que de la violence du système capitaliste qui craint de ne plus gagner autant. La possibilité d’extension du temps travaillé hebdomadaire à 48h (retour à avant la loi de 1919 et ses décrets de 1926) ou 60h (ce qui ne se faisait plus depuis 1926) dans certains secteurs (déclaration du ministère du travail du 24 mars 2020) va dans le même sens et ceci « en même temps » que les entreprises européennes distribuent les dividendes records correspondant à l’année 2019. Cette cruelle et violente ironie n’a pas encore (mais ça ne saurait tarder), l’augmentation du temps de travail et le nombre de personnes au chômage.

Ce qui se joue ici, c’est le rang des places financières dans la compétition mondiale de l’après crise sanitaire.  La violence des décisions politiques est d’autant plus virulente qu’il s’agit à minima de conforter l’assise économique déjà acquise, au mieux de sortir « vainqueur » de la crise, d’annexer encore quelques espaces. Bien sûr l’épidémie révèle dans sa nudité crue le système inégalitaire qui est le nôtre, mais, peut-être pire encore, elle dit sa volonté de l’être plus encore et de l’aggraver.

Bednik Anna, 2016, Extractivisme, Le Passager clandestin, Lyon.

Charbonnier 2020

Cluzet Alain, 2007, Ville libérale, ville durable ? Répondre à l’urgence environnementale, Ed. de l’Aube, La Tour d’Aigues.

Grandcolas Philippe et Justine Jean-Lou, « Covid-19 ou la pandémie d’une biodiversité maltraitée », The conversation 25 mars 2020.

Harvey David, 2012, Les villes rebelles : du droit à la ville à la révolution urbaine, Buchet-Chastel, Paris.

Luxembourg Corinne, 2015, Pour une ville habitable : de l’espace-temps comme enjeu démocratique, Ed. Le Temps des Cerises, Montreuil.

Monod Théodore, 1941, « L’action de l’homme sur le climat », Notes africaines, Chroniques de l’IFAN n°9.

Rose Deborah Bird, 2019, Vers des humanités écologiques, Wildproject, Marseille

Stengers Isabelle, 2019, Résister au désastre, Wildproject, Marseille.

Vargas Fred, 2019, L’humanité en péril. Virons de bord, toute !, Flammarion, Paris.

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L’Express : « Nous avons cessé de penser le monde en termes stratégiques »

Créé par le 28 mar 2020 | Dans : Blog du Che

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Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L’Express, propos recueillis par Anne Rosencher, vendredi 27 mars 2020.

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L'Express :
  • Anne Rosencher : Selon vous, quelle est la principale leçon politique que l’on peut d’ores et déjà tirer de l’épreuve que nous vivons ?Jean-Pierre Chevènement : La crise du coronavirus éclaire d’un jour brutal les dépendances que nous avons laissé se créer depuis quatre décennies de ce qu’on appelle la mondialisation. Voyez-vous, on ne délocalise pas la moitié de son industrie à l’autre bout du monde sans que ne se créent des fragilités auxquelles l’Etat se doit maintenant de remédier. Aujourd’hui, c’est bien sûr évident en ce qui concerne les substances médicamenteuses puisque 80% d’entre elles sont produites en Chine. C’est vrai aussi de l’appareillage, des machines d’assistance respiratoire, des gants de caoutchouc, des masques, bien sûr…
  • Les masques, en quelque sorte, sont un cas d’école…Oui et cela illustre le fait que nous avons substitué une logique d’approvisionnement à flux tendus à une logique de stockage qui prévalait jusqu’en 2013. C’est alors sur la recommandation du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale – paradoxalement chargé de veiller à la sécurité de la population dans tous les domaines -, que l’on a renoncé au stockage de plus de 1 milliard de masques. En demandant aux entreprises de constituer leurs propres réserves – ce qu’elles n’ont pas fait, pour la plupart -, l’Etat s’est défaussé de sa responsabilité fondamentale. Il a rompu le pacte de base : les citoyens reconnaissent l’autorité de l’Etat, et en échange de quoi, ce dernier leur assure un certain nombre de services, au premier rang desquels, la garantie de la sécurité. Ne nous y trompons pas : ce qui vaut dans le domaine de la santé vaut aussi dans d’autres secteurs, et il faudra également en tirer les conséquences.
  • A quels autres domaines pensez-vous ?Par exemple, on est en train de mettre en pièces la Politique Agricole Commune, dont le but était d’assurer la sécurité alimentaire de l’Europe. Est-ce bien raisonnable ? A-t-on pris en compte les tensions commerciales, technologiques, géopolitiques, qui résulteront un jour ou l’autre de l’affrontement durable entre les Etats-Unis et la Chine ? Nous sommes-nous mis à l’abri des séismes géopolitiques ? Des rationnements de toutes natures? Des taxations ? Des contingentements ? Des renchérissements du coût de certains produits ? Est-ce que nous avons pensé le monde en termes stratégiques ? Non.Même chose du côté de la sécurité énergétique. Dans ce domaine, nous sommes en train de renoncer à une énergie qui était relativement peu chère et décarbonée : l’énergie nucléaire. Pour y substituer une énergie intermittente et qui ne peut pas être stockée dans l’état actuel des connaissances. Est-ce bien raisonnable de prévoir l’arrêt de 14 tranches nucléaires à l’horizon 2035 ? Nous serons obligés d’importer du gaz, du pétrole, voire de recourir à la houille. Par conséquent, c’est une fragilité que nous créons. Et nous la créons par idéologie. Car tout cela ne procède non pas d’une négligence, mais d’une philosophie.
  • De quelle idéologie parlez-vous ?La logique qui a prévalu depuis 40 ans, c’est celle de Milton Friedman, c’est-à-dire : le calcul d’optimisations individuelles érigé en garant de la prospérité de l’économie globale. Mais l’on est en train de se rendre compte que d’autres données doivent être introduites dans l’équation des politiques économiques. Quand le président de la République dit que le marché ne peut pas imposer partout sa loi, il ne fait que constater cette évidence. Il faut mettre fin à l’idéologie du tout marché, qui crée aujourd’hui la pénurie de masques, de curare, et autres médicaments dont nous aurions besoin pour faire face à l’épreuve que nous affrontons.
  • Lors de son allocution du 12 mars, le président a dit que « rien ne serait plus jamais comme avant ». Mais on a déjà entendu des déclarations de la sorte, notamment après la crise de 2008 ou plus récemment, pendant la crise des Gilets Jaunes. Pensez-vous que, cette fois, ce sera différent ?Je ne sais pas : les hommes qui entourent le président ne sont pas naturellement amenés à penser autrement. Ils ont été éduqués dans ce système. Ils croient être à l’avant-garde mais, bien souvent, ils retardent d’une guerre. Et l’on est en train de le voir. Il faut penser la recomposition géopolitique du capitalisme. Il va de soi que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, où il faut introduire la vue du long terme. Mais ça n’est pas gagné d’avance, car c’est tout une manière de penser qui est à revoir : le sens de l’intérêt national. Depuis une bonne trentaine d’années, je n’entends pas beaucoup d’hommes politiques invoquer « l’intérêt national ». C’est une valeur qui est tombée en désuétude. C’est le sens de l’Etat, celui de la longue durée, qui doit faire son grand retour.
  • Quand on emploie le terme « nation » aujourd’hui c’est plutôt pour désigner quelque chose de négatif. Emmanuel Macron a d’ailleurs mis en garde, dans sa première allocution, contre « le repli nationaliste »…Quand la Tchéquie confisque les masques que la Chine destine à l’Italie, c’est du repli nationaliste. Mais quand un pays ferme ses frontières, c’est bien souvent un réflexe de sécurité légitime. Il faut rompre avec l’idéologie sansfrontièriste, qui n’est que le déguisement d’un mondialisme à courte vue. Bien sûr, il ne faut pas confondre nationalisme et patriotisme. Tout le monde connaît le mot de Romain Gary : « Le patriotisme, c’est l’amour des siens ; le nationalisme, c’est la haine des autres. » Je pense qu’il faut voir la nation comme « le donjon », c’est-à-dire l’ultime protection de nos libertés et de nos droits. L’Europe peut être un château, que nous allons aménager avec nos voisins. Mais le donjon national demeure. Il ne faut pas opposer le château et le donjon. Ça n’a pas de sens.
  • Justement, quel bilan tirez-vous de l’Union Européenne dans la période ?L’Europe a remis en cause un certain nombre de (mauvaises) règles qui étaient les siennes depuis le départ ; on va voir combien de temps cela durera. Je pense bien sûr à la règle des 3% du déficit budgétaire et à l’indépendance théorique de la Banque Centrale dont la seule vocation officielle est de lutter contre l’inflation : aujourd’hui, elle doit lutter non pas seulement contre l’explosion de l’euro mais aussi contre une crise économique sans précédent. Il faut faire admettre la légitimité des politiques industrielles.La France va perdre plusieurs points de PIB, nous allons devoir prendre des mesures qui soient à la hauteur. Je dis ça sans aucune acrimonie, je ne demande absolument pas qu’on fasse quelque procès que ce soit. La France a aujourd’hui avant tout besoin de civisme. Pour aborder l’avenir avec confiance, la France a besoin de son peuple, mais elle a aussi besoin de ses élites. C’est pourquoi je me suis toujours prononcé pour la constitution d’un « bloc républicain », qui ressemble la partie des élites qui sont encore assez intelligentes et patriotes pour comprendre qu’il y a des disciplines à faire respecter, que l’Etat doit savoir imposer son autorité quand elle est nécessaire, faire reconnaître les frontières quand elles sont utiles – elles le sont souvent -, et ne pas confondre tout cela avec je ne sais quelle forme de repli nationaliste. On l’a vu pendant cette crise : l’Allemagne elle-même a rétabli ses frontières nationales avant même que nous n’ayions rétabli les nôtres. On a diabolisé à l’excès ce qui aurait été un système de prudence élémentaire. Il va falloir revenir à une géopolitique réaliste. Il va falloir que nos hommes politiques réapprennent à reparler de l’intérêt national qui n’est nullement contradictoire avec l’intérêt européen bien compris. Mais le premier, c’est l’intérêt national. Car on ne peut pas compter sur les autres pays pour faire le travail à notre place.
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