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Jean-Pierre Chevènement : « Je me sens avec un gilet tricolore sur lequel on aurait mis ‘unité et fraternité’ aussi bien avec les Gilets jaunes qu’avec les forces de l’ordre »

Créé par le 08 déc 2018 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

  • Jean-Pierre Chevènement était l’invité de Zemmour & Naulleau sur Paris Première, mercredi 5 décembre 2018. 
  • Comment analysez-vous les raisons de la crise ? Il y a un malaise très profond dont il ne faut pas du tout sous-estimer la portée. Il tient à une situation sociale profondément dégradée qui résulte de choix erronés effectués dans les années 1980-90. L’Acte unique, avec d’une part ce primat de la concurrence qui est la substance des trois cents directives de la Commission européenne, et surtout la libération des mouvements de capitaux, la dérégulation, qui instaure une inégalité fondamentale entre le capital et le travail : c’est le 1er janvier 1990. D’autre part, la monnaie unique : l’abandon de notre souveraineté monétaire qui est confiée à une Banque centrale européenne indépendante, qui ne reçoit d’ordre de nulle part – enfin, en principe ! Et enfin le carcan d’un pacte de stabilité qui ne permet pas des politiques contracycliques, c’est-à-dire tantôt un excédent tantôt un déficit. Ce dernier n’a pas été pensé à vrai dire… Lire la suite »

Aquitaine, le passage fantastique des oiseaux, par Claude Feigné, animateur des programmes de gestion de la Réserve Ornithologique du Teich (33).

Créé par le 02 déc 2017 | Dans : Articles de fond

La migration se définit comme le mouvement saisonnier et régulier, accompli entre deux territoires distincts par tout ou partie des individus d’une espèce d’oiseaux. Eclairage historique et culturel

A lire dans Sud-Ouest

http://www.sudouest.fr/2017/11/23/aquitaine-le-passage-fantastique-des-oiseaux-3972973-10275.php

La migration des oiseaux est un phénomène naturel identifié depuis toujours dans le Sud Ouest comme un marqueur symbolique du passage des saisons. Dans toute la région, les cohortes de grands voyageurs font lever les yeux au ciel, déclenchant des réactions passionnelles chez « l’homo aquitanus ». Cette situation, qui va jusqu’à se réclamer de « l’identitaire », ne doit cependant pas sa genèse au seul registre culturel. Une observation de la géographie de l’Aquitaine et de l’écologie des oiseaux concernés permet d’en approcher les fondements originels. Lire la suite »

Pour Jean-Pierre Chevènement  » Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action »

Créé par le 21 oct 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à la revue Charles, propos recueillis par Louis Bochot, octobre 2017.


Revue Charles: Vous naissez le 9 mars 1939 à Belfort, six mois avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Vous effectuez ensuite votre service militaire en Algérie à la fin de la guerre d’indépendance. Diriez-vous que la guerre, la conscience du tragique qui résulte de l’expérience d’un conflit, est ce qui sépare votre génération de celle d’un Emmanuel Macron ?
Jean-Pierre Chevènement:
Devenir Président de la République à trente-neuf ans, c’est une expérience qui vaut mieux que l’expérience de la guerre. La guerre change profondément les hommes. En bien ou en mal. Quelquefois les deux.
Et vous, comment vous a-t-elle changé ?
Oh, elle a fait de moi un homme. Je n’étais pas un homme quand je suis parti en Algérie. J’étaisun grand adolescent à peine sorti de la belle bibliothèque de Sciences Po. L’essentiel de mon temps, je l’avais consacré à la rédaction d’un mémoire sur « La droite nationaliste française et l’Allemagne de 1870 à 1960 ». C’était pour moi, petit provincial sociologiquement « de gauche » un moyen de connaître la droite et ses différentes familles de pensée. Mais je n’avais que 21 ans. Quand je suis rentré deux ans et demi plus tard d’Algérie, j’avais été façonné par une expérience qui m’avait mis au cœur d’évènements où j’avais vu des gens tués près de moi et une société basculer. J’avais vu le massacre de Saint-Denis-du-Sig (un massacre de harkis le 19 mars 1962 suivi d’une « reprise en mains » sanglante, NDLR). Pendant l’insurrection de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), j’avais vu des femmes de ménage algériennes assassinées dans la rue, le port d’Oran bombardé puis incendié. J’avais vu des officiers français assassinés par l’OAS : le général Ginestet et le colonel Randon. J’avais vu beaucoup de choses de très près… Quand on a fait la guerre, on est moins manichéen et en même temps on acquiert un certain sens de l’Histoire. On relativise et en même temps on anticipe mieux les choses … C’est ce que j’ai voulu faire à mon retour d’Algérie en 1963 en préparant « l’après de Gaulle », tout en essayant de conserver de son héritage ce qui méritait de l’être…
 

 

Avant de rencontrer les militaires français et algériens, les premiers militaires que vous avez connus, pendant la Seconde guerre mondiale, furent des occupants allemands…
Oui, j’ai gardé le souvenir de l’occupation du premier étage de la maison-école où nous habitions ma mère et moi, dans un petit village du Haut-Doubs, Le Luhier. Cela devait être au début de 1943. Les soldats allemands s’étaient installés au premier étage. Ma mère m’interdisait d’y monter, au prétexte que les bonbons que les soldats allemands me donneraient serait empoisonnés, selon l’habitude qu’ils avaient déjà, selon elle, dans les régions occupées pendant la Première Guerre mondiale. Mais j’ai enfreint la consigne maternelle et je mangeais les oranges que m’offraient les soldats allemands, constatant ainsi à l’âge de quatre ans qu’ils ne méritaient pas tout à fait leur réputation … De cette période de guerre, gardez-vous d’autres souvenirs d’enfant ?
Bien sûr. Les trois maisons de ma grand-mère incendiées à Frambouhans, petit village voisin du Luhier, le 18 juin 1940. Des soldats français ont eu l’idée de résister aux envahisseurs au lendemain du discours de Pétain. Ils ont tué des motocyclistes allemands. Les chars qui n’arrivaient pas très loin derrière, ont détruit les sept ou huit maisons à l’entrée du village. Alors on a reconstruit après la guerre, parce que c’était l’hôtel-restaurant de ma grand-mère. J’ajoute que mon père était prisonnier dans un stalag. Il travaillait dans une carrière, et pour des raisons médicales – il avait fait un début de tuberculose –, on l’avait envoyé dans une ferme où il a passé le reste de la guerre, aux travaux des champs. Institutrice, ma mère a donc passé toute cette période dans le village du Luhier, dans l’attente de la libération ou de l’évasion de mon père. Je ne dirais pas qu’elle était résistante active, mais enfin elle faisait des tracts avec la postière contre les « Boches » et Vichy, et la Gestapo de Montbéliard l’y avait convoquée. On m’avait mis pendant ce temps chez une voisine, Mme Journot. Je revois donc la séparation d’avec ma mère. On ne savait pas si elle allait revenir. Et elle est revenue. Et mon père aussi, en avril 1945. Vous souvenez-vous de la Libération, cette année-là ?
J’ai le souvenir des bals de la Libération. Un bal à Bonnétage. Je revois ma mère avec un turban – c’était la mode de l’époque, lancée par les « tabors » marocains. Elle chantait. Elle avait une très jolie voix. Ma prime enfance a donc été marquée par cette période de la guerre. On sentait l’occupant, on vivait la chute de la France et sa libération. Ca ne s’oublie pas …

Après vos études à Sciences Po, vous sortez en 1961 d’une école militaire, en Algérie, comme jeune officier de réserve. Vous êtes à l’aube de votre service militaire…
Je suis sorti de Cherchell, l’école où l’on formait les sous-lieutenants du contingent qui encadraient la masse des appelés. Je suis sorti de l’école dans un assez bon rang parmi les 400 élèves officiers de ma promotion pour pouvoir choisir ce qui me plaisait : je me suis orienté vers les sections administratives spécialisées (SAS). Aussi appelées « Affaires algériennes », elles sont les lointaines descendantes des « bureaux arabes » de l’Armée d’Afrique. Il s’agit d’un travail de proximité au contact des « populations musulmanes », comme on disait à l’époque. J’ai été affecté à Saint-Denis-du-Sig, et après la dissolution des SAS, à la fin du mois de mars 1962, j’ai été volontaire pour servir de chef de cabinet adjoint chargé des affaires militaires à la préfecture d’Oran. Sous-lieutenant, j’étais affecté au 21ème régiment d’infanterie, et par ordre du général Ginestet, mis à la disposition du préfet régional.

Vous avez répondu à l’appel, alors que vous aviez auparavant milité à l’UNEF en faveur de l’indépendance ?
Oui, j’étais tout à fait conscient que l’Algérie allait devenir indépendante, mais je ne voulais pas déserter. Comme le disait le général de Gaulle, si l’Algérie devait devenir indépendante, il valait mieux que ce soit avec la France que contre elle. Je n’étais pas du tout antigaulliste, au contraire. Je considérais que De Gaulle avait raison, que lui seul pouvait trancher le nœud gordien qu’était l’indépendance de l’Algérie dans l’intérêt de la France. Je me suis donc déterminé en patriote, mais en patriote éclairé, pas en patriote borné. Parce qu’il y avait aussi des patriotes, certainement, parmi les gens de l’OAS. Je ne le nie pas. Mais c’étaient vraiment, en dehors des pieds-noirs que je pouvais comprendre, des sacrés connards. Je leur en voulais de leur myopie et de leur violence à l’égard des populations algériennes. Le bombardement de la ville musulmane qu’on appelait aimablement « le village nègre » d’Oran, ou bien encore l’assassinat des dockers sur le port, tous ces meurtres gratuits avaient pour but de créer la guerre civile. La folie de l’OAS n’a malheureusement que trop bien réussi …

Comment avez-vous traversé cette période ?
Je suis arrivé à Alger dans un contexte très dur, au lendemain du putsch des généraux (le 21 avril 1961, NDLR). La présence des appelés en Algérie a d’ailleurs été décisive dans l’échec du putsch. En fait, mon véritable engagement a été le choix que j’ai fait d’aller à Oran dans une période difficile. Dans la préfecture d’Oran, nous étions attaqués presque tous les jours par les gens de l’OAS. Mais comme la préfecture était un immeuble très haut – nous étions au 17ème étage -, les tirs étaient obliques, et à condition de ne pas se mettre trop près de la fenêtre, nous avions de bonnes chances d’en réchapper,

Vous avez vous-même été attaqué ?
Ah oui, j’ai le souvenir d’attaques à la 12.7 (une mitrailleuse lourde, NDLR) et même au bazooka. Les gens de l’OAS étaient souvent liés aux policiers pieds-noirs, qui occupaient les étages inférieurs du bâtiment de la préfecture. Ils savaient que l’état-major de la préfecture était composé de fonctionnaires ou de militaires qui entendaient maintenir une structure administrative aux ordres du gouvernement. Ils voulaient donc nous rendre la vie un peu difficile. Ils ont ainsi fait sauter mon bureau. En mon absence, je le précise.

Dans Le Courage de décider, publié en 2002, vous écrivez avoir « bien failli disparaître dans la tourmente » du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962, trois mois et demi après le cessez-le-feu. Que s’est-il passé ?
En effet. J’ai failli me faire descendre alors que je sortais du port d’Oran. J’avais fait embarquer une tapisserie pour le compte du préfet – une mission assez prosaïque. Et, descendant du bateau, me retrouvant sur le quai, j’ai été pris dans les remous de la foule. Il y avait eu un coup de feu à l’origine inconnue, qui avait marqué le début d’incidents. Un certain nombre d’Européens ont été raflés. Moi-même je me suis retrouvé avec un pistolet mitrailleur sur l’abdomen, culasse en arrière, tenu par un ATO (auxiliaire temporaire occasionnel, NDLR) inexpérimenté, recruté à la va-vite, membre d’une police qui dépendait de l’Exécutif provisoire d’Abderrahmane Farès mis en place pour assurer la transition entre l’administration française et la future administration algérienne. J’ai vu tout de suite le péril mortel que je courais, car il suffisait d’une petite secousse pour faire partir la culasse en avant. Heureusement, il y a eu un incident, un cri, de l’autre côté de la rue. Ce jeune ATO a tourné sa mitraillette dans l’autre direction. J’en ai profité pour prendre le large. Ma voiture était garée à cent mètres. Croyez-moi, j’ai fait un sprint rapide. C’était le chaos. Il n’y avait plus d’autorité, ni française puisque l’Algérie était devenue indépendante le matin même, ni algérienne car il y avait une querelle de légitimité entre le gouvernement provisoire de Benkhedda à Alger et le « groupe d’Oudjda », c’est-à-dire Ben Bella et Boumédiène.

Vous ne parlez pas de massacre, vous parlez du « chaos du 5 juillet 1962 » ? Vous aviez pourtant annoncé 807 morts…
Non, j’ai dit que le consulat avait enregistré plus de 800 disparus déclarés. Mais il est apparu que certaines de ces personnes avaient réussi à embarquer. D’autres sont passées en Espagne. Je ne connais pas le nombre exact de disparus. Personne ne le connaît d’ailleurs. C’est un évènement qui ne peut se comprendre que par le désordre résultant de la complète vacance de toute légalité. Il faut le dire par souci de la vérité historique. Il n’est pas imputable à une consigne qui aurait été donnée par une autorité politique quelle qu’elle soit. Il y a eu certainement un massacre. Je ne l’ai pas vu, je n’ai pas vu de gens à terre mais j’ai vu le désordre. J’ai été pris au cœur de ce désordre. J’ai ensuite accompagné le nouveau Consul général pour rencontrer Ben Bella et Boumédiène qui commandait l’armée des frontières, à Tlemcen – cela devait être le 10 juillet 1962 – afin d’obtenir la libération des personnes enlevées – une petite vingtaine. J’étais le premier Français à rencontrer Ben Bella après l’indépendance, avec le consul général M. Herly bien entendu. J’ai vécu des choses que l’on n’a pas l’habitude de vivre à 23 ans. Et parce qu’un de mes amis m’appelait « colonel », les Algériens croyaient que j’avais réellement ce grade : ils m’appelaient « Mon colonel ».

A défaut d’être devenu colonel, vous êtes resté attaché aux questions de défense pendant toute votre vie politique. Pourquoi ?

Parce que je sais qe la défense est la condition de toute politique étrangère. Il n’y a pas de politique étrangère indépendante sans une défense elle-même indépendante. C’est ce que le général de Gaulle nous avait appris.

Que vous ont appris vos expériences militaires dans l’exercice du pouvoir ?
Cela m’a appris à la fois la nécessité et le bon usage de la force. On ne peut pas simplement rester dans la réflexion. Je croyais, étant jeune, qu’il y avait des « sciences politiques ». J’ai vérifié qu’elles n’existaient pas. La politique n’a rien de scientifique, parce qu’il y a trop de facteurs aléatoires et par conséquent trop d’incertitude. Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action, et pour la traduire heureusement. Quand ils sont dignes de ce nom, les hommes politiques n’ont pas seulement une pensée, ils ont un savoir-faire. Il y a un art politique. A cet égard et malgré des désaccords, j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. En matière militaire, il faut savoir doser la force. Elle est nécessaire mais doit être maîtrisée.

Pourquoi ne pas avoir embrassé une carrière militaire ?
Parce que, avant même mon service militaire, en 1960, j’avais déjà été reçu à l’ENA (promotion Stendhal, de 1963 à 1965, NDLR). Après la guerre d’Algérie, nous étions dans une phase de réduction des effectifs. Il n’y avait plus de guerre à l’horizon. La grande ambition, c’était la constitution d’une force de dissuasion.

Pourtant, après avoir adhéré en 1964 à la SFIO, puis avoir été le principal rédacteur du programme « Changer la vie » du tout jeune PS, vous devenez l’un des négociateurs du programme commun avec le PCF de juin 1972, qui demande la « renonciation à la force de frappe nucléaire stratégique sous quelque forme que ce soit ». N’est-ce pas renier votre conviction profonde que la France a besoin d’une force de dissuasion pour mener une politique étrangère indépendante ?
Il y avait quatre groupes de travail. J’ai négocié la partie économique du programme commun. Les socialistes chargés du chapitre « Défense » étaient Robert Pontillon et Gérard Jaquet, qui étaient des atlantistes, des anciens de la SFIO. Mitterrand savait qu’il devait faire de concessions au PCF. Il raisonnait en dynamique. Il voyait dans le programme commun l’outil de mobilisation des masses électorales. Il savait très bien que l’armement atomique de la France n’était pas au cœur des préoccupations des milieux populaires, qui s’intéressaient essentiellement aux dispositions pratiques concernant le pouvoir d’achat, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, etc. Par conséquent, Mitterrand a accepté cette rédaction. A cette époque, il n’avait pas encore les idées claires sur la question. Mais il était évident, à mes yeux, qu’en tant que candidat à la Présidence de la République, il finirait par se rallier à la dissuasion. Aussi bien, le programme commun a été dénoncé en 1977 et dès 1978 le parti socialiste s’est rallié à la dissuasion. 

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Chevènement, la confession

Créé par le 15 oct 2016 | Dans : Blog du Che

entretien Che au point 13 10 16Voici le texte validé de l’interview donnée par Jean-Pierre Chevènement à l’Hebdomadaire Le Point qui en reproduit une version contractée, jeudi 13 octobre 2016, propos recueillis par Laureline Dupont et Thomas Mahler.

http://www.chevenement.fr/Entretien-a-l-hebdomadaire-Le-Point_a1866.html

Le Point: Votre livre est une défense de la realpolitik et d’une vision stratégique sur le long terme. Mais cela peut-être dur à entendre quand on assiste au quotidien à un martyre comme celui de la ville d’Alep…
Jean-Pierre Chevènement:
Le plus grand risque pour un politique qui entend comprendre le monde c’est de se laisser happer par l’immédiateté, et c’est le plus sûr moyen de réduire la politique à la communication, c’est-à-dire à rien. La France aborde un temps d’épreuves qu’elle ne surmontera que si elle comprend la nature du défi qui lui est jeté, non seulement par le terrorisme mondialisé, mais par la « globalisation », dont celui-ci n’est qu’une facette. L’ambition de ce livre a été de déplacer l’axe de la caméra de la partie vers le tout, de l’Islam vers une « globalisation » devenue à elle-même sa propre fin, non pour nier la réalité et la gravité des périls qui nous menacent, mais pour les comprendre afin de les surmonter.

La France est aujourd’hui en panne de projet. J’ai voulu montrer qu’il y avait pour elle un chemin, celui de « l’Europe européenne », de l’Atlantique à la Russie, que le général de Gaulle lui avait indiqué, il y a plus d’un demi-siècle. C’est le seul moyen de relever les défis venus du Sud par un projet de civilisation et de desserrer, au XXIe siècle, les mâchoires du G2 sino-américain qui sont déjà en train de se refermer sur l’Europe. Je propose donc une grille de lecture du monde, et particulièrement des relations entre le monde musulman et l’Occident, depuis au moins un demi-siècle. Il y a évidemment un rapport entre celles-ci et le terrorisme qui nous frappe. Pour comprendre la réaction du monde musulman à la « globalisation » et au tsunami de modernité et d’hyperindividualisme occidental, j’utilise les concepts forgés par Pierre Brochand que je crois éclairants : rebond (Malaisie-Indonésie) – rente (pays du Golfe) – renoncement (Somalie) – refus, à travers l’islamisme politique (Iran et pays sunnites gagnés à l’influence des « Frères musulmans »), rejet enfin, à travers le terrorisme djihadiste dont Gilles Kepel a décrit les étapes depuis 1979 : djihad afghan, djihad planétaire d’Al Quaïda, djihad territorialisé et réticulaire de Daech. Lire la suite »

Plaidoyer pour un Islam français par Gerald Darmanin, député Les Républicains (extraits)

Créé par le 03 août 2016 | Dans : Articles de fond

http://plaidoyerpourunislamfrancais.fr/Plaidoyer%20pour%20un%20Islam%20fran%C3%A7ais.pdf

Extraits (les numéros en bas de paragraphes renvoient aux pages du rapport)

1.4. Loi libérale, loi de compromis : loi de séparation des Églises et de l’État  
Pendant plus d’un siècle, malgré les nombreux régimes qui se sont succédés (Consulat, Empire(s), Monarchie, République, démocratie parlementaire), malgré les guerres et les défaites, malgré la révolution industrielle et la colonisation qui changèrent le XIXe  siècle, la France a vécu sous le régime concordataire. 
Le paradoxe veut que la montée de l’anticléricalisme, dont le petit père Combes est le symbole le plus connu, coïncide avec
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l’acceptation de la République par les catholiques : le Pape Léon XIII encourage les Français à accepter et vivre avec la République. Pendant plus de trente ans, la Troisième République et son cortège de parlementaires radicaux et progressistes vécurent avec le Concordat. L’affaire des fiches, dans laquelle le Gouvernement faisait ficher les officiers qui allaient à la messe, a eu raison du Gouvernement Combes et son intransigeance anticléricale a laissé la place à un nouveau Gouvernement qui mettra en place une loi d’inspiration libérale : la loi de séparation des Églises (au pluriel !) et de l’État. Ce texte avait pour but de mettre fin à la querelle religieuse, commencée au début du XXe  siècle avec l’expulsion des congrégations. 
Aristide Briand le dit très bien lui-même : la loi de 1905 est une loi de compromis, qui garantit la neutralité de l’État dans les affaires religieuses et qui permet la liberté de culte et la liberté de conscience. 
On ne retient souvent de la loi de 1905 que la neutralité de l’État dans les affaires religieuses et, pour une certaine lecture, son « ignorance » assumée des religions. Certes, les ministres du culte ne sont plus rémunérés par les pouvoirs publics et leurs principaux responsables ne sont plus nommés par le pouvoir politique. Mais cette loi est très positive pour les religions en général et pour le catholicisme en particulier. D’abord parce qu’elle réaffirme solennellement la possibilité pour chaque habitant de France de vivre selon le culte de son choix et selon sa conscience. Par ailleurs, elle renforce l’indépendance du clergé, indépendance qui avait été mise à mal depuis la période révolutionnaire. Enfin, même si les bâtiments ne lui appartiennent plus, l’Église peut jouir gratuitement de très nombreux lieux sacrés sans s’occuper de leur entretien extrêmement onéreux. Le
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rapport de 2006 de la Commission présidée par Jean-Pierre Machelon, le confirme : « En regard de la rigoureuse police des cultes qui caractérisait le régime concordataire, et une fois dépassés les aspects les plus violents de l’anticléricalisme militant, la loi du 9 décembre 1905 apparaît en effet d’abord comme un texte favorable à la liberté religieuse ». 
La loi de 1905 est technique. Elle compte 44 articles, dont essentiellement des « règles à caractère patrimonial, ce qui n’est guère surprenant dans le cadre du «  divorce » qu’il organise », selon Machelon. Cette loi, devenue un totem, est mal connue. Elle n’a rien d’un document sacré dont le blasphème suprême serait d’en changer une virgule pour l’adapter à notre temps. Depuis 1905, elle a connu treize modifications : le principe de laïcité n’est pas mort pour autant. La modifier une nouvelle fois, pour la renforcer, ne gênerait en aucune manière cette vieille dame qui ne demande qu’à épouser l’air du temps pour mieux imposer ses principes fondateurs. 
En 1924, après une Première Guerre mondiale où croyants et non-croyants fraternisèrent dans les tranchées et vécurent les mêmes événements terribles, la France trouve un accord, requalifié réciproquement comme un accord international, pour que l’Église accepte de gérer les activités cultuelles à travers la loi de 1905, en constituant des associations diocésaines contrôlées par les évêques. L’Église avait l’appréhension, jusqu’ici, que les laïcs prennent le pouvoir sur elle et sur le culte, grâce à la voie associative permise par la loi de séparation. Ces accords PoincaréCerreti, du nom du Président du Conseil français et du Nonce en poste à Paris, arrimèrent définitivement les catholiques à la législation de la République. 
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2. L’Islam et la France : les questions qui fâchent   
2.1 Qui connaît l’Islam ?  
La deuxième religion du monde est aussi la deuxième religion pratiquée en France. Elle est née après les « révélations » qu’un marchand, orphelin de père et de mère, a eu de l’archange Gabriel il y a plus de 1400 ans. Mahomet, qui ne savait sans doute ni lire ni écrire, récitait, à sa famille et à ses compagnons, les paroles divines qu’il aurait reçues directement. Une partie d’entre eux les transcrivirent : peu à peu, le Coran, littéralement « la récitation », s’est constitué de ces paroles. 
La vie de Mahomet à partir de cette « révélation » se partage en deux temps, qui divisent aussi le Coran. La période de La Mecque, qui traite essentiellement des rapports entre l’Homme et Dieu, et la période de Médine, qui traite essentiellement des rapports entre l’Homme et son environnement. Médine a été la première ville islamique mise en place par le Prophète, ce dernier ayant été chassé de La Mecque à la mort de son oncle protecteur et de sa femme Khadija, par ceux qui voulaient défendre le polythéisme, très présent à l’époque dans la péninsule arabique. 
Le Coran n’est pas « discutable » pour les musulmans. Il est la parole même de Dieu, le Prophète n’ayant été qu’un messager de cette parole. Ce qui est écrit dans le Coran ne peut être contredit. Mais bien évidemment, ce texte divin peut et doit être interprété. Comme deuxième source d’inspiration pour les musulmans la Sunna, les traditions, les Hadiths du Prophète : ce
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ne sont pas des paroles de Dieu mais les pensées, les comportements, les codes de Mahomet. Tout cela est très important pour les musulmans. Mais la Sunna ne se situe pas au même niveau que le Coran. Puis, comme autres sources d’interprétations religieuses, viennent les raisonnements par analogie, les explications des « savants » et la réflexion personnelle de chaque croyant musulman. 
Dans la péninsule arabique, les habitants étaient essentiellement des marchands et l’Islam s’est rapidement propagé notamment grâce à la simplicité de sa pratique. Pour se convertir à l’Islam, il faut simplement réciter la chahada, la profession de foi, devant deux témoins musulmans. Pour être un « bon » musulman, il faut remplir cinq engagements (les cinq piliers) : la prière, l’aumône, le pèlerinage, la profession de foi, le jeûne. Être musulman c’est se soumettre à Dieu et affirmer clairement que Dieu est unique. 
Pourchassés à leurs débuts, contraints à l’exil, Mahomet et ses compagnons musulmans forment une communauté. La notion de communauté (la oumma) est très importante dans la religion musulmane qui l’encourage dans les textes : il est même dit que la prière collective vaut soixante-douze fois la prière individuelle. La notion de communauté est particulièrement forte notamment dans sa dimension de solidarité : l’aumône, qui n’est pas la charité, est une obligation pour chaque musulman qui doit ainsi payer la zakat, un pourcentage important de ses revenus, pour survenir aux besoins du fonctionnement de la religion et pour aider les plus nécessiteux. 
Au lendemain de la mort de Mahomet, un conflit éclate afin de savoir qui a le droit de lui succéder. Le schisme que le monde
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musulman connaît, prend ici sa source : les chiites pensent que c’est à la famille du prophète et notamment à son beau-frère Ali que revient cet honneur, les sunnites pensent que c’est à ses compagnons les plus proches. Les chiites ne reconnaissent pas l’importance qu’accordent les sunnites aux hadiths du Prophète : leurs pratiques religieuses s’en trouvent radicalement différentes. 
Pendant les premières années de l’Islam, après la mort de Mahomet, un foisonnement d’écoles d’interprétations naissent et se propagent : le Coran est souvent assez ambigüe et poétique pour permettre ces différentes voies. Afin d’éviter la multiplication de sectes qui fragiliseraient le monde musulman au moment où celui-ci était en pleine expansion, les sunnites, puisqu’il s’agit d’eux, décidèrent d’arrêter la possibilité d’interpréter et d’adapter les textes religieux, et bloquèrent à quatre écoles, le sunnisme. 
L’Islam souffre encore de cet épisode. Toute innovation dans l’interprétation des textes a été stoppée officiellement. L’un des enjeux de l’Islam contemporain, pour s’adapter au monde moderne, est de rouvrir les débats savants en acceptant l’idée que l’interprétation à travers l’adaptation au monde moderne est acceptée et même encouragée.         
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2.2 Qu’est-ce que l’Islam radical ?  
Depuis le 11 septembre 2001, le terrorisme islamiste sème la terreur de masse dans le monde. Al Qaeda puis Daech, et leurs avatars régionaux, constituent la concrétisation de la branche armée d’un Islam politique qui, de dérive sectaire en dérive sectaire, a une lecture régressive des écritures religieuses et pense que la guerre sainte signifie la guerre physique contre l’Occident. Cet Islam armé et idéologique n’est pas seulement incompatible avec la République : la République doit l’anéantir. Il est cependant à remarquer que les attentats atroces commis sur le sol occidental sont très rarement le fait de croyants qui se seraient peu à peu endoctrinés dans des mosquées françaises. Le parcours de ces terroristes relève souvent de parcours de petits délinquants récidivistes, qui connurent la prison et la désocialisation. Après un voyage en Syrie ou dans des théâtres de guerre, ils revinrent « en mission » punir l’Occident décadent. Du point de vue de l’endoctrinement et de la fabrication de bombes humaines, l’imam Internet ou la prison, semblent plus efficaces que les mosquées… 
Dans le Monde du 24 novembre 2016, Olivier Roy expliquait d’ailleurs très bien cette « islamisation de la radicalité ». Ayant souligné le fait qu’un quart des « radicaux » sont des convertis  venant des campagnes françaises (comme le funeste Maxime Hauchard), il souligne comment des jeunes délinquants, désocialisés épousent le salafisme à défaut de respecter une religion non « insérée culturellement » à laquelle ils ne comprennent rien. Ils reprennent alors une « identité » : choisir l’Islam radical tendance terrorisme, c’est choisir la révolte radicale contre la société. 
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L’Islam radical est le terme usité dans notre vocabulaire occidental pour évoquer les tendances les plus dures d’une religion très diverse et très divisée. Parmi les tenants d’un Islam radical dont les valeurs seraient contraires à celle de la République, l’on peut distinguer trois mouvements qui méritent notre attention : le salafisme, le takfirisme, le mouvement des Frères musulmans. 
Le salafisme est une branche dérivée d’une école sunnite particulièrement orthodoxe qui prône et applique un retour à l’Islam des origines. Il convient de vivre comme le Prophète et ses compagnons. Les salafistes (de salaf, ancien en arabe) refusent toute innovation et font une lecture littérale des textes sacrés musulmans. Marqueurs d’un grave repli identitaire, ils sont loin de partager les valeurs de la République telles que nous les définissons, mais ils prônent la non-violence et ne souhaitent pas créer le trouble en ne respectant pas les lois de notre pays. Même s’ils réprouvent l’Occident qu’ils considèrent comme une civilisation de mécréants, ils ne veulent pas rentrer en conflit avec lui, ce conflit serait une division mortifère, « la fitna ». Selon différentes sources, on compte entre 15 000 et 20 000 salafistes en France, majoritairement des salafistes quiétistes qui défendent un mode de vie très orthodoxe et très communautaire. Les salafistes revendiquent leur mode de vie et, dans l’espace public, portent barbes apparentes, qamîs pour les hommes, tenue longue traditionnelle, et l’abaya pour les femmes, un long tissu noir qui couvre intégralement le corps. Le discours salafiste, simple et compréhensible par tous, séduit énormément les jeunes musulmans des quartiers, en perte de repères et sans culture religieuse. Les imams salafistes sont très souvent de jeunes français parlant donc parfaitement notre langue, ressemblant aux jeunes qu’ils endoctrinent, alors que les imams porteurs d’un
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Islam qui accepte l’interprétation et compatible avec les valeurs de l’Occident, sont soit de la génération de leurs parents ou de leurs grands-parents, soit des imams étrangers qui ne peuvent communiquer en français avec la jeunesse de notre pays. 
 Un schisme s’est produit chez les salafistes avec l’émergence dans les années 1970, du takfirisme, importé en France par les radicaux du GIA Algérien. Ayant une lecture tout aussi littérale des textes sacrés, ils s’inspirent de savants sunnites radicaux contemporains des croisades, réinterprétés par Saïd Qotb, un militant qui encourage la lutte armée, un djihad par la force, contre tous les pouvoirs qui ne sont pas fondamentalement orthodoxes. Il est bien difficile de savoir combien de personnes sont concernées sur notre sol : la distinction entre partisan du salafisme et du takfirisme étant subtile, les services de renseignement considèrent qu’elles seraient une dizaine de milliers. Sans doute de très nombreux salafistes sont suivis sans pour autant être partisans de la lutte armée.  
 Le salafisme par sa lecture radicale, même si le mouvement ne souhaite pas la lutte armée et condamne même les attentats sanglants, est de plus en plus vécu comme l’antichambre des plus radicaux qui se tournent ensuite vers le terrorisme qu’encourage le takfirisme. 
 Les salafistes s’opposent aux Frères musulmans qui, eux, prônent le jeu des institutions locales, défendent un Islam politique qui veut s’imposer par le nombre, par les voies institutionnelles, par ses revendications traditionnalistes. L’Arabie Saoudite, proche et parfois inspiratrice des mouvements salafistes, combat les frères musulmans, comme l’a montré son soutien au coup d’État militaire contre Mohammed Morsi, le
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président égyptien appartenant à l’obédience des Frères musulmans pourtant démocratiquement élu. Ce qui intéresse avant tout l’Arabie Saoudite, c’est la lutte contre les chiites en général et l’Iran en particulier. 
 A la fin de la guerre froide, l’Occident s’est mis à soutenir des groupes islamistes radicaux contre les forces soutenues par l’Union Soviétique puis par les États dictatoriaux du Moyen Orient. L’Occident, apprenti-sorcier, a déstabilisé une région bien éruptive et a soutenu, en armes et en argent, des tendances radicales dont les descendants, rêvent, aujourd’hui d’imposer un islam armé et politique. 
 En France, comme dans tous les États du monde, des groupes activistes, inspirés par les lectures littérales et simplistes d’un Islam dérivant vers le sectarisme, testent la solidité de la République, de ses institutions, de ses valeurs, par entrisme, par revendication, par provocation. 
 La culture et l’éducation peuvent être des armes à long terme pour éclairer les Français, notamment ceux de confession musulmane, sur ce qu’est l’Islam et ce qu’est le monde arabomusulman. Le travail de l’Institut du monde arabe doit être grandement salué et largement développé. L’apprentissage de la langue arabe doit se faire à l’école de la République  et non dans des lieux de culte que personne ne contrôle. Tenir un autre discours relève de la démagogie ou de l’ignorance dangereuse.    Il convient de faire abandonner, y compris par des actes d’autorité, toute volonté à l’Islam de s’intéresser à la politique. Cela fait, la République sera prête à voir tous ses enfants, y
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compris musulmans, participer à sa gouvernance, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.  
2.3. L’Islam est-il compatible avec la République ?  
La grande majorité des croyants en Occident pratique cependant un Islam qui relève de bien d’autres écoles de pratiques que le salafisme. Ces croyants respectent le texte coranique et les piliers de l’Islam, mais ne refusent ni l’innovation ni le monde occidental. Leur pratique religieuse est souvent fervente mais elle n’est en rien incompatible avec notre modèle occidental, l’égalité homme/femme, la démocratie et l’état de droit. S’ils sont particulièrement attentifs sur ce qui relève de l’autorisé et de l’interdit religieux, ils ne l’imposent pas aux autres et s’appliquent seulement à eux-mêmes ces prescriptions qui viennent, selon eux, directement de Dieu.  Ils sont musulmans comme on peut être catholique ou juif pratiquant : le cœur ouvert, mais sourcieux du respect des « dogmes », du sacré et des interdits religieux. Conservateurs sur le plan moral, ils essayent d’appliquer à euxmêmes ce qu’ils prônent pour la société, qu’il s’agisse du comportement individuel, de l’éducation des enfants ou de la vie en société. 
Puis vient une immense masse de « musulmans » qui le sont comme une majorité de Français sont chrétiens : par tradition, par culture, par habitude familiale. C’est l’Islam des gâteaux au miel et du couscous familial. Ces musulmans-là respectent les croyants, participent souvent aux fêtes religieuses, notamment l’Aïd, fête familiale, comme beaucoup de catholiques fêtent Noël et Pâques, sans aller à la messe tous les dimanches ou
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sans observer la période de Carême. Chez ces musulmans, les mariages mixtes sont nombreux, ils leur arrivent de fumer et de boire, ils ne se marient pas forcément de manière religieuse, la circoncision n’est pas toujours appliquée aux enfants, ils ne vont jamais dans les mosquées. Mais ils prennent pour eux les actes de haine et de rejet d’une partie de la population et leurs prénoms, à consonance arabe, les fait mettre dans le même sac que les poseurs de bombes ou les prêcheurs de haine. A ne pas y prendre garde, à oublier ces subtilités, à répéter de façon pavlovienne que l’Islam, et donc ses croyants dans leur ensemble, sont incompatibles, par nature, avec la République et donc avec la France, le danger est grand de jeter dans les bras des extrémistes sectaires les musulmans dans leur ensemble. La guerre entre l’Islam politique et l’Occident se transformerait alors en guerre entre les musulmans et l’Occident. 
Les états de services patriotiques des musulmans envers la France ne sont plus à attendre. Par trois fois, au moins, les Français de confession musulmane ont démontré au prix du sang leur amour et leur attachement à la mère patrie et au drapeau tricolore. 
Lors de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de soldats venus d’Afrique et particulièrement d’Algérie, sont venus combattre en Métropole. Ils payèrent très cher le prix du sang : ils ne furent pas les derniers, à Verdun, à connaître la mort ou les séquelles à vie des balles, des éclats d’obus et du gaz. Déjà sous l’Empire, de nombreux soldats musulmans étaient au rendez-vous de la patrie en Crimée ou à Sedan. Il faut dire que l’Algérie était française depuis 1830, avant Nice et la Savoie… 
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Lors de la Deuxième Guerre mondiale, alors que de nombreux français de « souche » étaient au mieux attentistes, au pire collaborationnistes, certains historiens précisent que c’est presque la moitié de l’armée française libre qui était composée de soldats musulmans. En Corse, en Italie, en Provence, ce sont des soldats qui priaient Allah qui ont, en grande partie, porté l’uniforme français. A Monte Cassino, alors que les alliés avaient bien du mal à rompre les lignes de l’Axe, c’est le Corps expéditionnaire français, et principalement la deuxième division d’infanterie marocaine, sous les ordres du Maréchal Juin, qui a permis, au prix de milliers de morts, de hisser le drapeau tricolore en Italie et d’ouvrir la route vers Rome. Le cimetière italien de Venafro témoigne de ces Français musulmans morts pour la libération de l’Europe.  
Mais il est vrai, que l’une des grandes erreurs de la France est de ne pas avoir imposé le Concordat puis la loi de Séparation à ses colonies… Sans doute aurions-nous gagné un temps précieux et aurions-nous planté la petite graine de la laïcité à la française dans les mœurs et dans les esprits. 
Durant la guerre d’Algérie, et surtout juste après, ce sont presque 100 000 harkis, c’est-à-dire des musulmans d’Algérie qui voulaient servir la France, qui furent assassinés, dans des conditions relevant souvent de la torture la plus ignoble. Ils vénéraient le Coran, faisaient leurs prières en se tournant vers la Mecque, ne mangeaient pas de porc, mais ils étaient français par le plus beau des droits : celui du sang versé. 20 000 sont venus en Métropole : beaucoup d’entre eux furent parqués comme des animaux dans des camps où, parfois, certains de leurs enfants sont morts de froid. Ils étaient musulmans et ils avaient choisi la France. Certains peuvent en déduire, non sans raison, qu’à ce
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moment-là, c’est la France qui n’était pas compatible avec la beauté et l’honneur de l’engagement de ces musulmans pour notre pays, pour notre Nation, pour notre drapeau. 
La France n’est ni une couleur de peau, ni une religion. La France est une idée qui s’incarne dans une Nation et qu’importe l’épiderme de ses enfants et leurs croyances ou leurs noncroyances. Plutôt que d’exciter le côté reptilien du cerveau de nos compatriotes, nos responsables politiques devraient rappeler notre Histoire. Ce roman national dans lequel chacun peut se reconnaître. La preuve par l’Histoire, qu’y a-t-il de plus efficace ? Cette grande Histoire rejoint souvent la petite, ce qui permettrait de mettre en avant des anecdotes et des faits qui contribueraient à la compréhension du monde. Aussi, les Français savent-ils que le premier parlementaire converti à l’Islam l’a été sous Napoléon et s’appelait le Baron de Ménoul ? Que le premier député musulman s’appelait Philippe Grenier, et qu’il était l’élu de Pontarlier en 1896 ? Que le Bachaga Boualem, héros de guerre, présidait en tenue traditionnelle les séances de l’Assemblée Nationale quand Michel Debré était Premier ministre ?   

 

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