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Donne moi la main camarade !

Créé par le 01 mai 2011 | Dans : a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin

hpim1628.jpghpim1604.jpgfotos067.jpgfotos060.jpghpim1629.jpgcrédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain, quartier de la Bocca à Buenos-Aires

Les paroles de la chanson « Bidonville »
de Claude Nougaro :
 
Regarde là, ma ville.
Elle s’appelle Bidon,
Bidon, Bidon, Bidonville.
Vivre là-dedans, c’est coton.
Les filles qui ont la peau douce
La vendent pour manger.
Dans les chambres, l’herbe pousse.
Pour y dormir, faut se pousser.
Les gosses jouent, mais le ballon,
C’est une boîte de sardines, Bidon.

Donne-moi ta main, camarade,
Toi qui viens d’un pays
Où les hommes sont beaux.
hpim3549.jpgcrédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain, les mères de la place de Mai défendent la démocratie
Donne-moi ta main, camarade.
J’ai cinq doigts, moi aussi.
On peut se croire égaux.

Regarde là, ma ville.
Elle s’appelle Bidon,
Bidon, Bidon, Bidonville.
Me tailler d’ici, à quoi bon ?
Pourquoi veux-tu que je me perde
Dans tes cités ? A quoi ça sert ?
Je verrais toujours de la merde,
Même dans le bleu de la mer.
Je dormirais sur des millions,
Je reverrais toujours, toujours Bidon.

Donne-moi ta main, camarade,
Toi qui viens d’un pays
Où les hommes sont beaux.
Donne-moi ta main, camarade.
J’ai cinq doigts, moi aussi.
On peut se croire égaux.

Serre-moi la main, camarade.
Je te dis : « Au revoir ».
Je te dis : « A bientôt ».
Bientôt, bientôt,
On pourra se parler, camarade.
hpim3555.jpgcrédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain, avec les mères de la place de Mai défense de la démocratie
Bientôt, bientôt,
On pourra s’embrasser, camarade.

Bientôt, bientôt,
Les oiseaux, les jardins, les cascades.
Bientôt, bientôt,
Le soleil dansera, camarade.
Bientôt, bientôt,
Je t’attends, je t’attends, camarade.

hpim3539.jpg

hpim2148.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain avec l’accord des mères de la place de Mai d’Argentine et du comando de los exonerados du Clilihommageaucompaneroallende1.jpgcommémoration de l’anniversaire de l’élection du companero Salvador Allende à la présidence de la république du Chili

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    Libye : le juste et l’injuste par Ignacio Ramonet; rhéteurs et décideurs, par Claude Lanzmann

    Créé par le 17 avr 2011 | Dans : Articles de fond, Contre la guerre

    Libye, le juste et l’injuste 
    par
     Ignacio Ramonet 

    “Tous les peuples du monde qui ont bataillé pour la liberté ont fini par exterminer leurs tyrans.”
    Simon Bolivar 
      

    Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates. Le colonel Kadhafi est indéfendable. La coalition internationale qui l’attaque n’est pas crédible. On ne bâtit pas une démocratie avec des bombes étrangères. Parce qu’elles sont en partie contradictoires, ces quatre évidences nourrissent un certain malaise, notamment au sein des gauches, à propos de l’opération Aube de l’Odyssée lancée en Libye le 19 mars dernier.

    L’insurrection des sociétés arabes constitue l’événement politique international le plus important depuis l’écroulement, en Europe, du socialisme autoritaire d’Etat en 1989. La chute du Mur de la peur dans les autocraties arabes est l’équivalent contemporain de la chute du Mur de Berlin. Un authentique séisme mondial. Parce qu’il se produit dans la zone où sont localisées les principales réserves d’hydrocarbures de la planète, et parce que son épicentre se trouve au sein du “foyer perturbateur” du monde (cet “arc de toutes les crises” qui va du Pakistan au Sahara Occidental, en passant par l’Iran, l’Afghanistan, l’Irak, le Liban, la Palestine, la Somalie, le Soudan, le Darfour et le Sahel), ses ondes d’expansion bouleversent toute la géopolitique mondiale.

     

    Quelque chose s’est brisé pour toujours dans le monde arabe le 14 janvier dernier. Ce jour-là, des manifestants tunisiens qui réclamaient pacifiquement depuis des semaines la liberté et la démocratie réussirent à renverser le despote Ben Ali. Commençait alors le dégel des vieilles tyrannies arabes. Un mois plus tard, en Egypte, cœur de la vie politique arabe, un puissant mouvement de protestation sociale expulsait également du pouvoir le général Moubarak. A partir de cet instant, comme s’ils découvraient soudain que les régimes autoritaires, du Maroc à Bahreïn, étaient des colosses aux pieds d’argile, des dizaines de milliers de manifestants arabes envahirent les places en criant leur ras-le-bol infini des ajustements sociaux et des dictatures [1]. 

    La force spontanée de ces vents de liberté prit par surprise l’ensemble des chancelleries du monde. Lorsqu’ils commencèrent à souffler sur les dictatures alliées de l’Occident (en Tunisie, Egypte, Maroc, Jordanie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Oman, Yémen), les grandes capitales occidentales, notamment Washington, Paris et Londres, gardèrent un silence gêné, ou multiplièrent des déclarations révélatrices de leur profond malaise devant la perspective de perdre leurs “amis dictateurs [2]”. Le plus surprenant toutefois, durant cette première phase qui va de la mi-décembre à la mi-février, ce fut le silence des gouvernements progressistes d’Amérique latine, considérés par une partie de la gauche internationale comme sa principale référence contemporaine. Surprise d’autant plus grande que ces gouvernements ont de nombreux points communs avec l’actuel mouvement insurrectionnel arabe : arrivés au pouvoir par les urnes, ils sont soutenus par de puissants mouvements sociaux (au Venezuela, Brésil, Uruguay, Paraguay) lesquels, dans plusieurs pays (Equateur, Bolivie, Argentine), après avoir résisté à des dictatures militaires, ont également renversé pacifiquement des gouvernants corrompus. Leur solidarité avec les insurrections arabes, répliques en quelque sorte de leurs propres révoltes, aurait dû être immédiate. Ce ne fut pas le cas. Pourtant le caractère progressiste du mouvement ne faisait nul doute. L’intellectuel marxiste égyptien Samir Amin le décrit en ces termes : “ C’est un mouvement puissant, démocratique, anti-impérialiste et à tendance sociale forte. Il réunit toutes ces dynamiques en même temps. Les forces principales à l’œuvre pendant les mois de janvier et de février étaient de gauche. Elles ont démontré qu’elles avaient un écho populaire gigantesque puisqu’elles sont arrivées à entraîner 15 millions de manifestants à travers le pays ! Les jeunes, les communistes, des fractions des classes moyennes démocratiques composent la colonne vertébrale de ce mouvement [3].” Malgré cela, il fallut attendre le 14 février – soit trois jours après la chute de Moubarak et un jour avant le début de l’insurrection populaire en Libye – pour que, enfin, un leader latino-américain qualifie la rébellion arabe de “révolutionnaire” dans une déclaration qui expliquait avec lucidité : “Les peuples ne défient pas la répression et la mort, et ne passent pas des nuits entières à protester énergiquement, pour des questions simplement formelles. Ils le font lorsque leurs droits légaux et matériaux sont sacrifiés sans pitié à cause des exigences insatiables de politiciens corrompus et des cercles nationaux et internationaux qui saccagent le pays [4].” Mais lorsque, naturellement, la révolte gagna les États autoritaires du prétendu “socialisme arabe” (Algérie, Libye, Syrie), un lourd mutisme s’abattit de nouveau sur les capitales de l’Amérique latine progressiste… A ce stade, on pouvait encore l’interpréter de deux façons : soit il s’agissait d’un simple prolongement du silence prudent que ces pays avaient jusqu’alors globalement observé par rapport à des événements éloignés de leurs principales préoccupations ; soit c’était l’expression d’un malaise politique devant la crainte de perdre, dans leur bras de fer avec l’impérialisme, des alliés stratégiques… Craignant que cette seconde option l’emporte, plusieurs intellectuels de renom [5] avertirent immédiatement qu’une telle position serait impensable pour des gouvernements se réclamant du message universel du bolivarisme. Car elle reviendrait à affirmer qu’une relation stratégique entre Etats est plus importante que la solidarité avec des peuples en lutte pour leur liberté. Que cela conduirait, tôt ou tard, à fermer les yeux devant d’éventuelles violations des droits de l’homme. Et qu’alors l’idéal fraternel de la révolution latino-américaine sombrerait dans les eaux glacées de la “realpolitik” [6]. Sur l’échiquier des relations internationales, la “realpolitik” (définie par Bismarck, le “chancelier de fer” prussien, en 1862) considère que les pays se réduisent à leurs Etats. Elle ne tient jamais compte des sociétés. Selon elle, les Etats n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts. L’objectif central de leurs alliances stratégiques étant la préservation de l’Etat, pas la protection de la société. Depuis la paix de Wesphalie, en 1648, la doctrine géopolitique établit que la souveraineté des États est intouchable en vertu du principe de non-ingérence, et qu’un gouvernement, quelle que soit la manière dont il est arrivé au pouvoir, a la liberté la plus absolue de faire ce qu’il veut en matière d’affaires internes. Une telle conception de la souveraineté – toujours dominante – a vu sa légitimité s’éroder depuis la fin de la guerre froide en 1989. Et cela au nom des droits du citoyen, et d’une idée plus éthique des relations internationales. Les dictatures, dont le nombre se réduit d’année en année, apparaissent de moins en moins légitimes au regard du droit international. Ne serait-ce que parce qu’elles dépossèdent les personnes de leurs attributs de citoyens. Sur la base de ce raisonnement, au cours des années 1990, émergea le concept de droit d’ingérence ou de droit d’assistance qui conduisit, sous d’acceptables prétextes de façade, à des désastres politico-humanitaires de très grande envergure au Kosovo, en Somalie, en Bosnie… Pour finalement, sous la conduite des “neocons” américains, se fracasser totalement lors de la guerre d’Irak [7]. Cependant, de si tragiques échecs n’ont pas ruiné l’idée qu’un monde plus civilisé doit se résoudre à abandonner peu à peu une conception de la souveraineté interne établie il y a près de quatre siècles et au nom de laquelle des pouvoirs non élus démocratiquement ont commis (et commettent) d’innombrables atrocités contre leurs propres peuples. En 2006, les Nations Unies, dans leur résolution 1674 [8], ont fait de la protection des civils, y compris contre leur propre gouvernement lorsque celui-ci fait usage d’armes de guerre pour réprimer des manifestations pacifiques, une question fondamentale. Qui modifie, en matière de droit international, pour la première fois depuis le Traité de Wesphalie, la conception même de la souveraineté interne et le principe de non-ingérence. La Cour Pénale Internationale (CPI), créée en 2002, va exactement dans le même sens. Et c’est d’ailleurs dans cet esprit que de nombreux dirigeants latino-américains ont dénoncé, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay et tant d’autres pays martyrs d’Amérique centrale et du sud.
    D’où la surprise devant l’absence du moindre message en provenance d’Amérique latine de solidarité avec les victimes civiles quand, en Libye, à partir du 15 février, commencèrent les protestations pacifiques, immédiatement réprimées par les forces du colonel Kadhafi avec une violence extrême (233 morts dès les premiers jours [9]). Rien non plus lorsque, le dimanche 20 février, éclata la bombe sociale que n’importe quel Latino-américain aurait qualifié de “
    Tripolitazo“. C’est-à-dire l’irruption dans les rues de la capitale de la Libye de quelque 40 000 manifestants dénonçant la vie chère, la dégradation des services publics, les privatisations imposées par le FMI et l’absence de libertés. Comme durant le “Caracazo” du 27 février 1989 au Venezuela, cette insurrection, diffusée vers l’étranger par des dizaines de témoins oculaires [10], s’étendit comme une trainée de poudre à tout le centre de la ville. Les manifestants mirent le feu au ministère de l’intérieur et au siège du gouvernement, ils saccagèrent les locaux de la radio et de la télévision officielles, occupèrent l’aéroport et assiégèrent le palais présidentiel. En 48 heures à peine, le régime libyen parut sur le point de s’effondrer. Dans de semblables circonstances, tout autre dirigeant raisonnable aurait compris que l’heure de négocier et d’abandonner le pouvoir avait sonnée [11]. Pas le colonel Kadhafi. Au risque le plonger son pays dans une guerre civile, le “Guide”, au pouvoir depuis 42 ans, expliqua que les manifestants étaient “des jeunes qu’Al-Qaida avait drogués en versant des pilules hallucinogènes dans leur Nescafé… [12]” Et ordonna à ses forces armées de réprimer les protestations à coups de canon. La chaîne Al Jazeera montra les avions militaires mitraillant des civils [13]. A Benghazi, pour se défendre contre de telles brutalités, un groupe de protestataires prit d’assaut un arsenal de la garnison locale et s’empara de milliers d’armes légères. Plusieurs détachements militaires dépêchés par Kadhafi pour étouffer la contestation, passèrent avec armes et bagages du côté des insurgés. En conditions très défavorables pour les rebelles, commençait alors la guerre civile. Un conflit imposé par Kadhafi contre un peuple qui réclamait pacifiquement le changement.
    Jusqu’alors, les capitales de l’Amérique latine progressiste demeurent silencieuses. Nul mot de solidarité, pas même de compassion à l’égard des civils insurgés qui luttent et meurent pour la liberté. 
    Il faudra attendre le 21 février. Ce jour-là, dans une manœuvre pour dévier l’attention des médias, la diplomatie britannique (dont la responsabilité est majeure depuis 2004 dans la réhabilitation internationale du colonel Kadhafi), par la voix du ministre des Affaires étrangères William Hague, “révèle” que le président libyen “pourrait avoir fui de son pays et être en train de se diriger vers le Venezuela [14].” C’est faux. Et Caracas dément sur le champ. Mais les médias internationaux mordent à l’hameçon, et redirigent immédiatement leurs regards vers la connexion suggérée par le Foreign Office. Oubliant les spectaculaires accueils réservés au dictateur libyen à Rome, Londres, Paris ou Madrid, la presse internationale va désormais insister sur les relations du “Guide” avec Caracas. Kadhafi lui-même se prête à l’opération et mentionne à son tour le Venezuela dans son premier discours (un parapluie à la main) depuis le début de la contestation. Il le fait pour démentir sa fuite, mais cela relance les spéculations sur “l’axe Tripoli-Caracas“. Kadhafi ajoute : “Les manifestants sont des rats, des drogués, un complot d’étrangers, d’Américains, d’Al Qaida et de fous [15].” Ce prétexte commode du “complot américain [16]” est vite repris comme argument valable par plusieurs dirigeants progressistes sud-américains ; Daniel Ortega, président du Nicaragua, entre autres. A partir de là, chacun à sa manière, ces leaders vont exprimer clairement leur soutien au dictateur libyen. Sans une phrase de compassion pour un peuple insurgé contre un tyran militaire qui ordonne de tirer contre ses propres citoyens. Nulle allusion non plus à la fameuse citation du Libertador Simon Bolivar : “Maudit soit le soldat qui retourne les armes contre son peuple“, doctrine fondamentale du bolivarisme. L’énormité de l’erreur politique atterre. Une fois encore, des gouvernements progressistes accordent la priorité, en matière de relations internationales, à de cyniques considérations stratégiques qui contredisent d’ailleurs leur propre nature politique. Un tel raisonnement les conduira-t-il à exprimer également leur soutien à un autre tyranneau local, Bachar Al Assad, président de la Syrie, un pays qui vit sous la loi d’urgence depuis 1962 et où les forces antiémeutes n’ont pas hésité, en mars dernier, à tirer à balles réelles contre de pacifiques manifestants désarmés ? Concernant la Libye, la seule initiative latino-américaine constructive a été celle du président du Venezuela Hugo Chavez. Le 1er mars dernier, il a proposé d’envoyer à Tripoli une Commission internationale de médiation, composée de représentants de pays du Sud et du Nord, pour tenter de mettre fin aux affrontements et rechercher un accord politique entre les parties. Refusée par Seïf el Islam, fils du “Guide”, mais acceptée par Kadhafi, cette importante tentative de médiation a été maladroitement écartée par Washington, Paris et Londres, puis par les insurgés eux-mêmes. Depuis lors, les chancelleries progressistes latino-américaines insistent sur leur soutien à un véritable illuminé. Il y a en effet des décennies que Mouammar Kadhafi a cessé d’être ce capitaine révolutionnaire qui, en 1969, renversa la monarchie, expulsa de son pays les bases militaires américaines et proclama une singulière “République arabe et socialiste”. Depuis la fin des années 1970, son parcours erratique et ses délires idéologiques (cf. son surréaliste Livre vert) ont fait de lui un dictateur imprévisible, versatile et ostentatoire. Semblable aux tyrans fous que l’Amérique latine connut au XIXe siècle sous le nom “caudillos barbares [17]“… Deux témoignages de ses délires : l’expédition militaire de 3 000 hommes qu’il lança, en 1978, pour venir en aide au sanguinaire Idi Amin Dada, président également dément de l’Ouganda… Et son goût pour un jeu érotique avec de jeunes mineures, le “bunga bunga”, qu’il enseigna à son compère italien Silvio Berlusconi [18]… Kadhafi ne s’est jamais soumis à aucune élection. Il a établi, autour de son image, un culte de la personnalité qui voudrait faire de lui une sorte de Dieu sur terre. Dans la “massocratie” (Jamahiriya) libyenne il n’y a pas aucun parti politique, seulement des “comités révolutionnaires”. Comme il s’est autoproclamé “Guide” à vie, le dictateur se considère au-dessus des lois. En revanche, le lien familial serait, selon lui, source de droit. Ce qui lui a permis de nommer ses enfants aux plus hauts postes de responsabilité de l’Etat ainsi qu’à ceux de plus forte rentabilité dans les affaires. Après l’invasion (illégale) de l’Irak en 2003, craignant d’être le suivant sur la liste, Kadhafi fit allégeance à Washington, signa divers accords avec l’Administration Bush, se débarrassa de ses armes de destruction massive et indemnisa les victimes de ses attentats. Pour plaire aux “neocons” américains, il s’érigea en implacable persécuteur d’Ossama Ben Laden et du réseau Al Qaida. Il établit également des accords avec l’Union européenne pour empêcher, moyennant finances, l’émigration clandestine en provenance d’Afrique. Il intégra le FMI [19], créa des zones spéciales de libre échange, céda les gisements d’hydrocarbures aux multinationales occidentales et élimina les subventions aux produits alimentaires de base. Il mit en route la privatisation de l’économie, ce qui entraîna une importante augmentation du chômage et creusa les inégalités. Le “Guide” fut le seul dirigeant arabe à protester contre le renversement du dictateur Ben Ali qu’il considérait comme “le meilleur gouvernant de l’histoire de la Tunisie“. En matière d’inhumanité, ses méfaits sont innombrables. Depuis son soutien à de nombreuses organisations terroristes jusqu’à sa participation à des attentats odieux contre des avions civils, en passant par son acharnement contre cinq innocentes infirmières bulgares, ou l’exécution sans jugement, dans le sinistre bagne Abou Salim de Tripoli, en 1996, d’un millier de prisonniers originaires de Benghazi [20]. La révolte actuelle commença précisément dans cette ville lorsque, le 15 février, les familles de ces fusillés, encouragées par la vague de protestations dans les autres pays arabes, manifestèrent pour exiger pacifiquement la libération de l’avocat Fathy Terbil qui défend depuis quinze ans leur droit à récupérer les dépouilles de leurs parents exécutés [21]. Les images montrant la brutalité de la répression contre ces paisibles manifestants – diffusées par les réseaux sociaux et par Al Jazeera -, scandalisèrent les Libyens. Dès le lendemain, les protestations s’étaient étendues à tout le pays. Dans la seule ville de Benghazi, la police et les milices kadhafistes allaient abattre 35 personnes [22]. Un si haut degré de brutalité contre les civils [23] fit légitimement craindre, vers la mi mars, lorsque les forces de Kadhafi se présentèrent aux portes de Benghazi, qu’un nouveau bain de sang se préparait. D’autant que, dans un discours adressé aux “rats” de cette ville, le “Guide” n’oculta pas ses intentions : “Nous arrivons ce soir. Commencez à vous préparer. Nous irons vous chercher jusqu’au fond de vos placards. Nous serons sans pitié [24].” Aux rebelles libyens assiégés qui réclamaient à grand cri l’aide internationale, ce sont les peuples récemment libérés de Tunisie et d’Egypte qui auraient dû leur porter, en toute urgence, secours [25]. C’était leur responsabilité. Lamentablement, les gouvernements de ces deux pays n’ont pas su être à la hauteur des circonstances historiques. Dans ce contexte d’urgence, le Conseil de sécurité de l’ONU adopta, le 17 mars, la résolution 1973 qui établit une zone d’exclusion aérienne en Libye dans le but de protéger la population civile et faire cesser les hostilités [26]. La Ligue arabe avait donné son aval préalablement. Et, chose exceptionnelle, la résolution fut présentée para un Etat arabe : le Liban (avec la France et le Royaume Uni). Ni la Chine, ni la Russie, qui disposent du droit de veto, ne s’y sont opposées. Le Brésil et l’Inde n’ont pas voté contre. Plusieurs pays africains se sont prononcés en sa faveur : l’Afrique du Sud (patrie de Mandela), le Nigéria et le Gabon. Aucun Etat ne s’y est opposé. On peut hostile à la structure actuelle (injuste) des Nations Unies. Ou estimer que son fonctionnement laisse à désirer. Ou que les grandes puissances occidentales dominent cette organisation. Ce sont là des critiques parfaitement recevables. Mais, pour le moment, l’ONU est la seule source de droit international admise par tous. En ce sens, et contrairement aux guerres du Kosovo ou d’Irak qui n’ont jamais eu le feu vert de l’ONU, l’intervention actuelle en Libye est légale, selon les critères du droit international ; légitime, d’après les principes de solidarité entre démocrates ; et souhaitable, sur la base de la fraternité internationaliste qui unit les peuples en lutte pour la liberté. On pourrait ajouter que des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l’opération. Ajoutons que si Kadhafi, comme c’était son intention, avait noyé dans le sang l’insurrection populaire, il aurait adressé un signe néfaste aux autres tyrans régionaux. Il les aurait encourager à en finir eux aussi, par des méthodes radicales, avec les protestations locales. Il suffit d’ailleurs d’observer que, dès que troupes kadhafistes approchèrent à feu et à sang de Benghazi, devant la passivité internationale, les régimes de Bahreïn et du Yémen n’hésitèrent plus à faire feu à balles réelles contre les manifestants. Ils ne l’avaient pas fait jusqu’alors. Eux aussi misaient sur l’immobilisme international. Dans la crise actuelle, l’Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche. Elle se doit de soutenir le “printemps arabe”. Et la meilleure manière de le faire serait de lancer un véritable “Plan Marshall” d’aide économique “semblable à celui qui fut mis sur pied pour aider l’Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin [27] “. Tout cela signifie-t-il que l’opération militaire en cours ne pose pas de problèmes ? Evidemment non. En premier lieu, parce que les Etats ou organisations qui la conduisent (Etats-Unis, France, Royaume Uni, OTAN) sont les “suspects habituels” impliqués dans de multiples aventures guerrières sans la moindre couverture légale, légitime ou humanitaire. Même si, cette fois, les objectifs de solidarité démocratique semblent plus évidents que les liens avec la sécurité nationale des Etats-Unis, il faut tout de même se demander : depuis quand ces puissances se sont-elles intéressées à la démocratie en Libye ? C’est pourquoi elles manquent de crédibilité. Deuxièmement : il y a d’autres injustices dans la région – la souffrance palestinienne, l’intervention militaire saoudienne à Bahreïn contre la majorité chiite sans défense, la brutalité disproportionnée dont font preuve les autorités du Yémen ou de Syrie contre leur population… – à l’égard desquelles, les puissances qui attaquent Kadhafi ferment les yeux. Troisièmement : l’objectif de l’intervention doit être celui que définit la résolution 1973, et seulement celui-là. Ni invasion terrestre, ni victimes civiles. L’ONU n’a pas autorisé le renversement de Kadhafi, même s’il semble être l’objectif final (et illégal) de l’opération. En aucun cas cette intervention ne doit servir de précédent à d’autres aventures guerrières visant des Etats dans le collimateur des puissances occidentales dominantes. Quatrièmement : l’histoire enseigne (et le cas de l’Afghanistan le démontre) qu’il est plus facile d’entrer en guerre que d’en sortir. Cinquièmement : l’odeur de pétrole de toute cette affaire empeste. Les peuples arabes soupèsent sans doute le juste et l’injuste de cette intervention militaire en Libye. Dans leur grande majorité ils soutiennent les insurgés (même si on ne sait toujours pas qui ils sont exactement, et même si on soupçonne qu’il y a parmi eux des éléments indésirables). Pour l’instant, jusqu’au 31 mars, aucune manifestation hostile ne s’était produite dans aucune capitale arabe contre l’opération militaire. Au contraire, comme si cela les avait encouragées, de nouvelles protestations contre les autocraties se sont même intensifiées au Maroc, au Yémen, à Bahreïn… Et surtout en Syrie. Dès la fin mars, les deux principales exigences de la résolution 1973, zone d’exclusion aérienne et protection de la population de Benghazi, étaient obtenues. D’autres ne l’étaient pas encore (cessez-le-feu des forces kadhafistes, et garantie d’accès sécurisé à l’aide humanitaire internationale), mais les bombardements auraient dû cesser. D’autant que, depuis le 31 mars, l’OTAN a assumé la conduite de l’intervention militaire sans en avoir reçu mandat des Nations unies. La résolution 1973 n’autorise pas non plus à armer, entrainer et commander militairement les rebelles. Cela suppose un minimum de forces étrangères (”commandos spéciaux”) présentes sur le sol libyen. Ce qui est explicitement exclu para la décision du Conseil de sécurité.  A ce stade du conflit, il est donc urgent que les membres de ce Conseil de l’ONU se consultent à nouveau ; qu’ils tiennent compte des réserves actuelles de la Chine, de la Russie, de l’Inde et du Brésil pour imposer un cessez-le-feu et rechercher une issue non militaire au drame libyen.  Une solution qui prenne aussi en considération l’initiative de l’Union africaine, garantisse l’intégrité territoriale de la Libye, préserve les richesses de son sous-sol (lorgnées par des puissances étrangères), mette fin à la tyrannie et réaffirme l’aspiration à la liberté et à la démocratie des citoyens.
    Dans un tel cadre, seule une issue négociée par toutes les parties serait juste. 

    Vous pouvez retrouver cet article en cliquant sur : http://www.medelu.org/spip.php?article779

    Libye, rhéteurs et décideurs, par Claude Lanzmann

    A l’heure où j’écris ces lignes, les « frappes » pleuvent sur la Libye depuis déjà trois semaines. Les litotes ont leur importance : ce n’est pas la guerre. Il convient de distinguer d’abord les frappeurs et les frappés.

    Pour les premiers, l’option zéro mort condamne tout usage du mot « guerre » : les missiles Tomahawk, lancés au début par les seuls Américains et maintenant par l’OTAN n’embarquent à leur bord nul être humain, ils naviguent dans l’espace, tranquilles et sûrs de leur fait, s’abattent sur leur cible, la détruisant dans un immense fracas en s’anéantissant eux-mêmes, acmé d’une technologie kamikaze, où, dans le camp des frappeurs, ne périt que la ferraille.

    Mais gardons-nous d’oublier que les premières « frappes » furent administrées par les Rafale et les Mirage français s’élançant impétueusement de Saint-Dizier en Haute-Marne ou de Solenzara en Corse, couvrant une distance qui nous permit d’admirer la perfection du ravitaillement en vol de nos appareils.

    Ceux-ci étaient pilotés, mais l’option zéro mort ne se démentait pas, puisque les avions et les armes de Mouammar Kadhafi étaient trop antiques pour rivaliser avec les nôtres, venus tout exprès pour les détruire.

    La révérence que nous portons à ces machines du ciel, équipées de GPS ou assistées d’humains, est telle que lesdites frappes ne devaient durer que quelques jours : il n’en faudrait pas plus pour avoir raison du dictateur paranoïaque et assoiffé de sang. L’air seul, clamait-on partout, pas une botte sur le sol libyen, proscription absolue de toute force terrestre.

    L’option zéro mort ne souffre pas le combat d’homme à homme. Il faut comprendre : la frappe, c’est la fessée, celle qu’on donne aux enfants. La fessée, pas la guerre. On peut à bon droit parler d’infantilisation de la politique. Dans le camp des frappés ou des fessés, les victimes n’ont ni nombre ni nom, elles ne comptent pas et, de toute façon, ne l’ont pas volé.

    Après trois semaines, la Libye a quitté la « une » des quotidiens, il arrive même certains jours qu’aucune allusion n’y soit faite, comme s’il s’agissait d’une guerre oubliée ou d’une affaire réglée. Elle ne l’est pas du tout : le réel résiste. Les rhéteurs fulminants qui, enfiévrés par leurs propres paroles, se muaient en stratèges de haute volée, communiquant aux vrais décideurs leur vision abstraite et simplificatrice, pronostiquaient que les « frappes » étaient la seule solution, la plus efficiente, la moins coûteuse et que le régime en place depuis quarante-deux ans s’effondrerait aux premiers chocs, entraînant le dictateur dans sa chute.

    Les dommages collatéraux provoqués par les frappes seraient le prix inévitable de la liberté, rien du tout en vérité, comparés « aux rivières de sang » promises par le colonel Kadhafi à ceux qui osaient se révolter contre lui. Combien de fois ne nous a-t-on pas assené l’antienne de la « rhétorique arabe », qu’il fallait ici, tout à coup, prendre à la lettre ?

    C’est bien entendu : nul parmi nous n’aime Kadhafi, n’a eu affaire à lui, n’a jamais négocié avec lui. Qu’il soit sanguinaire, terroriste, tortionnaire, corrompu, nous le savons tous.

    Mais cela n’a pas empêché François Mitterrand, hilare, de le faire rentrer, en 1984, dans le concert des nations, Jacques Chirac de poursuivre des relations avec lui, le président Nicolas Sarkozy de le laisser planter sa tente bédouine dans le parc du palais des hôtes de la République, face à l’Elysée. N’oublions pas les infirmières bulgares et leur libération obtenue des mains du tyran par Claude Guéant et Cécilia Sarkozy. Là n’est pas la question : nos propres rhéteurs pronostiqueurs se sont trompés.

    Malgré les frappes, qui ne détruisent pas que des objectifs militaires, et ne pourront, si elles se poursuivent, que saccager la Libye, Kadhafi et ses troupes - « des mercenaires grassement payés », comme le répète à l’envi la propagande insurgée – résistent, ont arrêté l’offensive fleur au fusil des chabab de Benghazi, inventent d’autres tactiques qui rendent inopérants les Tomahawk à 650 000 dollars (450 200 euros environ) pièce, et interdisent à nos Rafale et Mirage le plein-emploi de leurs moyens – sans parler de l’usure normale des appareils auxquels, pressé d’en finir, l’état-major impose un nombre excessif de « sorties ».

    Kadhafi nous paralyse, il planque ses tanks et ses canons dans les villes, au sein de la population, qu’il transforme ainsi, lit-on partout, en « boucliers humains ». Quoi qu’il en soit, on commence à entendre que les missiles et l’aviation seuls ne viendront pas à bout de la tyrannie et que, puisque le mandat des Nations unies interdit formellement toute action terrestre, il n’y a pas d’autre issue, si on veut éviter l’enlisement, qu’une solution négociée.

    Beaucoup y songent, y sont prêts, la réclament, sauf, bien sûr, les insurgés de Benghazi et leurs porte-parole français qui, après avoir assuré que tout se terminerait très vite, nous disent maintenant qu’il faut du temps pour l’apprentissage de la liberté et la formation d’une armée véritable.

    L’inconscience des chabab, qui se paie souvent de la poudre d’escampette, ne suffit pas. Et de toute façon, on ne négocie pas avec Kadhafi. C’est un non-dit, mais il doit mourir.

    Il y a quelque chose de comique dans la notion de supériorité des armes. Kadhafi en vérité est un diable, un jeteur de sort : il est plus fort que ses ennemis terrestres, mais il frappe également nos « frappes » d’une étrange faiblesse que leurs chantres n’avaient pas prévue. Après tout, l’aveuglement des chantres est consubstantiel à leur être, ils l’ont prouvé à maintes reprises, entonnant le péan de l’ingérence, humanitaire ou pas.

    Ce qui change tout, c’est que leur seule voix ait rallié le consentement actif des gouvernements et des Etats, les entraînant dans une guerre sans nom, à l’issue très incertaine.

    Post-scriptum :

    Sous la pression amicale de Bernard-Henri Lévy, j’ai cosigné l’appel intitulé « L’appel de la dernière chance pour une intervention urgente en Libye » (revue « La Règle du jeu » du 16 mars). Je n’ai pourtant pas cessé de désapprouver les modalités de cette intervention, et mon désaccord s’est fait, chaque jour passant, plus grand, car l’ingérence n’a jamais cessé de me poser des problèmes, et je m’en étais expliqué dans la revue « LesTemps modernes » nº 627, 16 juin 2004 (« L’humanitaire et le tragique de l’histoire »)



    Ecrivain et cinéaste

    Né en 1925, résistant, journaliste, le réalisateur de « Shoah » (1985) a succédé à Simone de Beauvoir, en 1986, à la direction de la revue « Les Temps modernes ». Engagé dans l’anticolonialisme, il réfléchit depuis les années 1970 sur Israël et le conflit israélo-arabe, notamment par ses films. Son dernier ouvrage est « Le Lièvre de Patagonie » (Gallimard, 2009).


    Le monde du 16/04/2011

    Ils veulent défigurer la République

    Créé par le 31 juil 2010 | Dans : Gouvernement

    Editorial par Jean-Paul Piérot dans l’Huma du 30 juillet 2010

    Les vannes sont ouvertes. 
La calomnie, l’amalgame, 
le mensonge, les accusations 
à l’emporte-pièce, tout devient possible dès lors que l’on parle des « problèmes » posés par le « comportement » de « certains » Roms 
et autres Tsiganes citoyens français. La parole extrémiste est libérée. À peine Nicolas Sarkozy et une escouade de ministres et de policiers galonnés achevaient-ils leur réunion juste avant les JT de 20 heures mercredi soir 
que le ministre Lellouche affirmait devant les caméras que le drame de Saint-Aignan n’était pas un cas isolé ; 
le lendemain un député UMP en redemandait en matière de répression et soutenait au micro de France Inter que l’errance n’était pas « compatible » avec la manière de vivre en France. Qu’y a-t-il donc au bout de sa pensée ? Une assignation à résidence et l’interdiction de se déplacer ? Le régime de Vichy avait eu cette idée, et avait même créé des camps pour y interner les Gitans récalcitrants. Les principes de la République, forgés par 
la Révolution de 1789, ne reconnaissent que des citoyens, et non des ethnies et autres communautés fondées 
sur la religion ou sur des lectures fantaisistes de l’histoire. À cet héritage, le clan sarkozyen préfère-t-il le modèle berlusconien en cours de l’autre côté des Alpes, où les Roms sont traqués et pourchassés, livrés en pâture aux nostalgiques du fascisme et aux agités de la Padanie ?

    Nous voilà avertis. Pour assourdir l’écho 
des affaires de collusion entre le parti présidentiel et les plus grandes fortunes et pour tenter de distraire l’attention des Français du débat sur l’avenir des retraites, Brice Hortefeux va multiplier les opérations policières contre les campements « illégaux » – la feuille de route prévoit l’évacuation de trois cents campements. Toute réaction de colère sera exploitée pour stigmatiser un peu plus les victimes expulsées et tous les Tsiganes de France et d’ailleurs. C’est l’été meurtrier des expulsions vers les Balkans, et des bulldozers contre les familles qui commence. Sur le fond, les mesures annoncées ne constituent pas des nouveautés mais la réunion de l’Élysée est une incitation au harcèlement d’hommes, de femmes, d’enfants suspectés à l’avance de commettre des actes délictueux. Répression et rien d’autre, y compris par anticipation, tel est le message adressé depuis l’Élysée.

    Nicolas Sarkozy a pris soin de ne pas accompagner l’arsenal répressif de mesures, fussent-elles cosmétiques, pour donner à l’ensemble 
du dispositif au moins une apparence d’équité. Rien n’est dit par exemple sur la scolarisation des enfants, qui risquent au contraire de voir les portes de l’école se fermer plus hermétiquement encore dans ce climat annoncé de chasse à l’homme. En 2002, un préfet avait été sanctionné pour avoir accusé les gens du voyage 
de « vivre à nos crochets et de la rapine ». Aujourd’hui 
ce genre de propos est à la mode en haut lieu.

    Les réactions de la gauche sont au niveau 
de la violence du coup porté aux principes républicains et à la cohésion nationale par ses premiers dirigeants. L’appel lancé par Pierre Laurent au nom du PCF à toutes les organisations de gauche, aux associations et aux syndicats devrait être entendu. 
On ne peut laisser ainsi défigurer la République.

    Par Jean-Paul Piérot

    L’appel des appels un an après

    Créé par le 29 déc 2009 | Dans : Articles de fond

    À l’origine, un manifeste : L’Appel des appels a été lancé pour déclencher une insurrection des consciences. Psychanalystes, enseignants, médecins, psychologues, chercheurs réagissent contre les réformes du gouvernement de Sarkozy. Un an après, un ouvrage retrace ce combat.

    Le malaise en France est bien là, profond, palpable. Misère sociale, crise financière et économique, détresse morale, impasse politique. Le gouvernement navigue entre cynisme et opportunisme. La caporalisation des esprits accompagne la petite musique néolibérale, invitant tout un chacun à la servitude sociale librement consentie de tous. Lorsque le peuple résiste à consentir, on le réquisitionne, on l’opprime, on le licencie, on le « casse », bref le Pouvoir renoue avec les principes premiers de la tyrannie : populisme pour tous et décision d’un seul.

    Au nom de « l’efficacité » mesurable érigée en loi suprême, les réformes visent à enserrer les populations dans des dispositifs de contrôle qui les accompagnent du berceau à la tombe.

    Psychologisation, médicalisation et pédagogisation de l’existence se conjuguent pour fabriquer une « ressource humaine » performante. La sévère discipline d’une concurrence de tous contre tous impose à chacun de faire la preuve à tout instant de sa conformité aux standards de l’employabilité, de la productivité et de la flexibilité. L’idéologie d’une civilisation du profit s’insinue jusque dans les subjectivités convoquées à se vivre comme un « homo economicus », un « capital humain » en constante accumulation. Cette normalisation, à la fois polymorphe et monotone, suppose que tous les métiers qui ont souci de l’humain soient subordonnés d’une manière ou d’une autre aux valeurs de rentabilité et fassent la preuve comptable de leur compatibilité avec le langage des marchés financiers et commerciaux. Convertis en entreprises de coaching psychiatrique, de recyclage psychique, de gestion de l’intime, une trame fine de services d’accompagnement individualisé, forcément bien intentionnés, proposent de nouvelles tutelles sociales et culturelles pour mieux mettre les hommes en consonance immédiate avec les exigences impitoyables des marchés qui nous disciplinent. Cette conversion du service public en contrôle social à la fois souple, constant et généralisé suppose que tous ceux qui concevaient encore leur métier comme une relation, un espace et un temps réservés à des valeurs et à des principes étrangers au pouvoir politique et à l’impératif de profit doivent être eux-mêmes convertis par toute la série de réformes qui s’abat sur la justice, l’hôpital, l’école, la culture, la recherche, le travail social. Contrôler les contrôleurs des populations, normaliser les normalisateurs des subjectivités, c’est la condition indispensable du bouclage des sociétés. Lorsque cela ne suffit pas, c’est à la santé que l’on recourt pour alarmer les populations sans leur donner véritablement les moyens de la préserver : à propos de la pandémie récente des professeurs de médecine parlaient du « management par la panique ».

    Comme la quête illimitée de la performance ne cesse de produire ses anormaux, ses exclus, ses inutiles et ses inefficaces, elle engendre un appareil répressif proliférant, à la mesure de la peur sociale et des paniques subjectives qu’elle provoque. L’auto-alimentation de la peur et de la répression paraît sans limites. Elle produit l’espoir suprêmement dangereux pour les libertés d’une société parfaitement sécurisée, dans laquelle serait repérée et éliminée de la naissance jusqu’à la mort la dangerosité de tout individu. L’homme indéfiniment traçable par la surveillance génétique, neuronale et numérique n’est plus une figure de science-fiction, c’est un programme scientifique et politique en plein développement. La société de demain sera animale ou ne sera pas ! N’est-ce pas d’ailleurs ce que dit la « science » sur les résultats de laquelle tous les « tyrans » font cuire leur petite soupe pour justifier leur Pouvoir sans avoir à le soumettre au débat politique : c’est la Nature ou le Marché qui veut ça et on ne peut pas faire autrement que de s’y prendre comme l’on peut. Avec la Neuro-économie d’ailleurs on sait bien que la Nature et le Marché c’est du pareil au même et que le Cerveau fonctionne comme un actionnaire et réciproquement ! Il reste à apporter cette « Bonne Nouvelle » aux populations qui l’ignorent encore et les « corps intermédiaires » sont « réquisitionnés » entre deux pandémies et deux « spectacles » au cours desquels on a pu vendre à Coca-Cola un peu de temps disponible ! Entre les deux scènes le « risque » encore le « risque », vous dis-je, menace l’apathie sereine des populations managées par la peur et distraites par la télécratie. Magistrats, enseignants, universitaires, médecins, journalistes, écrivains, travailleurs sociaux, acteurs culturels, tous doivent plier devant de nouveaux préfets qui, au nom des « risques » divers et variés, normalisent et évaluent leurs pratiques professionnelles selon des critères idéologiques de contrôle social des populations et de conformisation des individus : nouveaux préfets de santé, les directeurs des Agences Régionales de Santé contrôlent non seulement les établissements hospitaliers, les réseaux sanitaires, mais absorbent également tout le secteur social. Nouveaux inspecteurs d’université, les experts des Agences d’Évaluation (AERES et ANR) visitent les laboratoires et les équipes de recherche pour vérifier qu’en matière de production scientifique ils obéissent bien à la politique de marque des publications anglosaxonnes. Ces nouveaux préfets du savoir, descendants des inspecteurs d’université créés par Napoléon Premier et des services de marketing publicitaire des industries de l’édition et de l’information scientifique vérifient que les acteurs de la production des connaissances courbent suffisamment l’échine sous le poids de leur nouvelle civilisation. Prônant la guerre de tous contre tous, ils chantent les louanges d’une performance d’autant plus proclamée qu’elle s’avère réellement inefficace. Pour les magistrats et les éducateurs, on supprime les relais intermédiaires et les procédures qui pouvaient potentiellement assurer leur indépendance. C’est le contenu même des programmes d’éducation et de soin, de justice, de recherche et d’information que l’on modifie en définissant de nouvelles formes par lesquelles ils s’exercent ou se transmettent. Comme le pouvoir actuel n’est pas à une contradiction près, les réformes qu’il impose peuvent dans le même mouvement désavouer les débats qu’il propose : on diminue l’importance de l’histoire et de la géographie au moment même où s’ouvre un soi-disant débat sur l’identité nationale ! Pour faire oublier les inégalités sociales redoublées et délibérées, la peur de l’étranger est attisée et exploitée sans vergogne. La traque au clandestin favorise les passions xénophobes, installe insidieusement des dispositifs de vidéosurveillance des populations et de traçabilité des individus. A partir de la traque des « anormaux » et des « illégaux », par la manipulation de l’opinion par la peur, par les effets d’annonces, avec des dispositifs de contrôle, le Pouvoir prépare insidieusement et obscurément le quadrillage en réseau des populations dites « normales » et « nationales ». Cette infiltration progressive du « cancer » sécuritaire s’exerce au nom des risques que feraient courir les terroristes étrangers, les schizophrènes dangereux, les pédophiles en cavale, et ces sans domicile fixe que nous risquons tous, plus ou moins, de devenir dans la construction d’un État néolibéral qui fait de chacun d’entre nous un intérimaire de l’existence et un intermittent de la Cité. C’est cette civilisation dont nous ne voulons pas que démonte secteur professionnel par secteur professionnel le mouvement de l’Appel des appels. Civilisation de la haine qui invite à traiter les hommes comme des choses et à faire de chacun le manageur solitaire de sa servitude sociale et le contrôleur de gestion de sa faillite citoyenne.

    De l’asphyxie à l’insurrection des consciences Face à l’irresponsabilité des gouvernements, l’insurrection des consciences s’étend. Désobéissance individuelle, protestations, grèves, contestations multiformes : le refus d’obtempérer est la réponse de tous ceux qui ne se résignent pas au monde de la guerre économique et à cette civilisation d’usurier qui « financiarise » les valeurs sociales et psychologiques et « calibre » les individus comme la Commission Européenne calibre les tomates. Dans le cours de ce vaste et divers mouvement de refus, il y a un an l’Appel des appels était lancé. Au mensonge de réformes qui, partout, font pire quand elles prétendent améliorer, des dizaines de milliers de professionnels de multiples secteurs, depuis le soin jusqu’à la justice en passant par la culture, le travail social, l’éducation et la recherche, ont dit non. Non, il n’est nulle part écrit que la concurrence de tous contre tous, que le management de la performance, que la tyrannie de l’évaluation quantifiée doivent détruire les uns après les autres nos métiers et l’éthique du travail qui lui donne son sens. Non, il n’est écrit nulle part que les ravages provoqués par un capitalisme sans limites doivent se poursuivre de crise en crise et que l’idéologie de la rentabilité doive modifier jusque de l’intérieur toutes les institutions, surtout celles qui constituent les derniers remparts à la dictature absolue du profit. Non, il n’est écrit nulle part que nous devions rester isolés et désolés face aux désastres en cours dans le monde du travail et dans le lien social. L’Appel des appels, un an plus tard, est connu comme un des points de ralliement, de croisement et de coordination des résistances. Le travail continue. Il est double : transversalité et réflexion commune. D’abord, établir des liens concrets entre des activités qui subissent toutes la même normalisation professionnelle. Cela se fait dans les comités locaux, et par toutes les alliances locales et nationales tissées entre associations, syndicats et collectifs. Ce qui lie dans ce que nous vivons est plus fort que ce qui sépare nos activités spécialisées. Ensuite, approfondir la réflexion commune. L’Appel des appels, c’est désormais un premier livre collectif qui propose des analyses précises des réformes et des politiques en cours, et qui tente une compréhension globale de la situation. Pas de lutte efficace possible si l’on ne saisit la particularité du moment, tel est le sens de l’ouvrage conçu comme un outil de transversalité et un point de départ possible d’un travail collectif mené par celles et ceux qui s’inscrivent dans la démarche de l’Appel des appels. Ici, ce ne sont pas des « intellectuels » qui s’adressent à des « travailleurs ». Ce sont des professionnels qui forment un collectif de pensée et d’action, un « nous raisonnable » qui traverse les frontières des métiers et des disciplines. Intellectuels transversaux, plutôt que spécifiques, professionnels voulant exercer en toute connaissance de cause, tels se veulent les acteurs de ce mouvement à beaucoup d’égards original. Enoncée du cœur de nos métiers notre parole est citoyenne et c’est aux citoyens sans exclusive qu’elle s’adresse pour qu’en retour elle soit non seulement entendue mais encore relancée et redéfinie pour construire cet espace d’un dialogue dans l’espace public d’où émerge la démocratie.

    L’Appel des appels, sa force, il la tient de notre conviction partagée que la division subjective et la division sociale ne peuvent être liquidées quels que soient les efforts déployés par les pouvoirs. Réduire aujourd’hui l’homme à l’unité de compte d’une anonyme « ressource humaine », à une force enrôlée dans la mobilisation générale au service de la performance et de la compétitivité, asservie par des dispositifs de management des plus sophistiqués et souvent des plus persécutifs, ne peut qu’engendrer souffrance, révolte sourde, éclats demain qui diront l’insupportable de la négation de l’humain et du social. Nul pouvoir technique, scientifique, économique, quelles que soient ses prétentions à l’instrumentalisation totalitaire, ne saurait supprimer le sujet et le conflit, acquis anthropologiques de la démocratie. C’est la raison de l’Appel des appels. C’est pourquoi, partout où nous sommes, nous ne céderons pas, nous refuserons l’humiliation et le mépris sans le demander pour l’autre. Pari difficile pour chacun d’entre nous, dont seul le « Nous raisonnable » constitue l’assurance que nous pouvons encore et encore le gagner, pas contre mais avec l’autre, à condition et à condition seulement d’autoriser, d’accueillir et de prendre soin du conflit. Faute de quoi la reproduction de l’espèce finira par anéantir son humanité.

    Pour le Bureau de l’Appel des appels Roland Gori et Christian Laval, Le 22 Décembre 2009

    « L’Appel des appels, pour une insurrection des consciences », Sous la direction de Roland Gori, Barbara Cassin et Christian Laval, Paris : Mille et une nuits, 2009, 380 p.

    Les chevaliers de la nappe ronde : A la revoyure ou dernier adieu ?

    Créé par le 24 déc 2008 | Dans : Non classé, Parti socialiste, Vive le blog citoyen

    les chevaliers de la nappe ronde

    Contes et légendes presque médiévales destinés à divertir les foules

     L'album des chevaliers

    Toutes les bonnes choses – et les mauvaises aussi, d’ailleurs ! – ont une fin.

    Aujourd’hui est le jour où les Chevaliers de la nappe ronde tirent leur humble révérence.

    Quand nous avons commencé à narrer ce conte et légende presque médiévales destinés à divertir les foules nous avons pris le risque de nous faire les rapporteurs d’une histoire dont, par avance, nous ne connaissions pas la fin.

    Pour notre plus grand ravissement, nos personnages nous ont échappés. Nous surprenant, nous déroutant, nous agaçant mais, au fond, restant toujours poilants.

    Maintenant c’est à eux qu’il appartient de noircir les pages vierges de ce conte et légende presque médiévales et s’ils en trouvent la fin…grand bien leur fasse !

    Chevaliers Lance l’Eau et Attrape le Sel dont la quête s’arrête là…ou pas.

    —————————————————————————————————————————-

    Merci au Marquis de Laurède qui est un des premiers à nous avoir mis en avant, merci à la Baronne, à Julie Princesse des Corbières, à Marc Vasseur, à Antimythe, à Corylus, à l’Ecureuil du Noisetier, pour les plus assidus d’entres eux.Merci à tous ceux qui sont passés, à ceux qui sont restés, à ceux qui de temps en temps ont laissé un commentaire mais aussi aux foules silencieuses.

    Et nos chevaleresques excuses à ceux que nous aurions omis de citer.

    mardi, 23 décembre 2008

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