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Faut-il attendre le krach identitaire ?, par Caroline Fourest

Créé par le 25 oct 2008 | Dans : Articles de fond, Santé-social-logement

Rappelons les faits. Lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy a souhaité pouvoir établir un bilan chiffré de son action. Désormais, les policiers seraient récompensés en fonction du nombre de procès-verbaux rédigés et du taux d’élucidation par commissariat. Ce que les policiers appellent faire « des bâtons » pour alimenter le « Sarkomètre ». D’après le Syndicat général de la police (SGP-FO), une baisse d’activité « contraventionnelle » vaut rappel à l’ordre et menaces sur les primes de fin d’année.

Le problème ne tient pas seulement à la démarche, mais aussi aux critères. Si le ministère de l’intérieur voulait défendre en priorité la paix sociale grâce à l’action policière, il surveillerait en premier lieu le taux de violences sur les biens et les personnes. Ces taux-là montrent que la police préventive fait baisser la violence dans un quartier. Tandis que le taux d’élucidation des affaires peut facilement être amélioré en laissant de côté certaines plaintes. Ce qui semble avoir précipité le démantèlement de la police de proximité.

Celle-ci présente en effet l’inconvénient de rétablir la confiance des habitants et donc d’enregistrer toutes sortes de plaintes, parfois impossibles à élucider, comme le vol de paillasson… La création de quelques « unités territoriales » de quartier, une fois l’élection passée, pourrait faire penser à un début d’autocritique. Sauf que la ministre de l’intérieur prend soin de préciser qu’il n’est pas question de rétablir la police de proximité et se garde bien d’étendre le dispositif malgré l’urgence.

Autre effet pervers, cette vision quantitative pousse les policiers à coller un maximum de procès-verbaux. Le moyen le plus simple étant de faire du contrôle d’identité tous azimuts. Sachant qu’au même moment le ministère de l’immigration et de l’identité nationale incite à faire du « chiffre » en vue d’expulser un maximum d’immigrés en situation irrégulière, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le contrôle au faciès a explosé ces dernières années. Le problème, c’est que ces contrôles ciblés appuient pile là où il ne faut pas : sur le mal-être identitaire de Français qu’on aimerait voir se sentir pleinement citoyens malgré leur double culture. Pour quelques illégaux arrêtés, ils humilient des centaines de citoyens se sentant regardés comme étrangers par la police, donc par la République. Cela n’a l’air de rien quand on ne le vit pas au quotidien. Mais ces contrôles incessants, en nette augmentation, reviennent en boucle dans la bouche des acteurs des émeutes de novembre 2005, ainsi que dans celle des supporteurs ayant sifflé La Marseillaise.

Plus concrètement, cette défiance se manifeste dans la rue, où le climat continue de se dégrader entre certains Français et leur police. A leurs yeux, elle n’a plus deux visages – celui de la prévention et de la sanction -, mais un seul : celui de l’injustice. Ce qui lui fait perdre toute autorité. Dans certains quartiers, on en vient à la considérer comme une vulgaire bande rivale, en face de laquelle il est légitime de faire justice soi-même, en caillassant voire en tirant à balles réelles. C’est dans ce climat, tendu à l’extrême, que des policiers sont censés ramener le calme.

Les partisans du tout-sécuritaire ont-ils noté que cette politique n’a pas permis, bien au contraire, de reprendre le contrôle des territoires perdus de la République ? A commencer par ces quatre rues de la cité des Bosquets où quarante jeunes pourrissent toujours la vie des habitants de Montfermeil… Les policiers en perdent leurs nerfs. Ils ne peuvent plus entrer dans les immeubles en civil ni compter sur les habitants pour faire leur travail d’enquête. S’ils doivent vraiment interpeller, ils viennent en tenue de commandos. L’autre soir, ils ont défoncé la porte d’une famille, braqué une maman avec leurs Flash-Ball et matraqué un jeune homme, menotté et à terre. Le tout sous les yeux du seul contre-pouvoir non violent à la disposition des habitants : la vidéo citoyenne.

Le film du matraquage a d’abord circulé sur le Net, puis à la télévision. Il enrage tous ceux qui peuvent s’identifier à l’homme à terre. Le travail des policiers n’en sera que plus dur. Et le cercle infernal continue. Les tribunaux sont embouteillés à cause de contrôles d’identité ayant dérapé en « outrages à agents ». L’actualité déborde de bavures. Et les prisons débordent tout court.

Vu sous cet angle, le tout-sécuritaire fait penser à un pompier qui voudrait éteindre un incendie avec un lance-flammes. Combien d’émeutes, de bavures, de territoires perdus et combien de sifflets faudra-t-il encore pour espérer un début d’autocritique ? Et si l’on n’attendait pas un krach pour arrêter ce gâchis ?



Caroline Fourest est essayiste et rédactrice en chef de la revue Prochoix.

Réforme agraire au Paraguay?

Créé par le 19 oct 2008 | Dans : Amérique Latine

Article de Benito Perez paru dans Le Courrier du mardi 7 octobre 2008 et repris dans le blog ami clins d’oeil vers l’Amérique Latine (voir nos liens)

QUITTER L’«ENFER VERT» DU SOJA OGM?

LES PAYANS PARAGUAYENS Y CROIENT

Mouvement social: l’élection d’un président de gauche fait souffler un vent nouveau sur le Paraguay. Dans les campagnes, on rêve de stopper l’invasion du soja et de redistribuer la terre, témoigne Anibal Avalos.

Propos recueillis par Benito Perez

S’il est un pays sud-américain méconnu, c’est bien le Paraguay. «Nous ne sommes pas nationalistes, mais quand même! se lamente Anibal Avalos. Il faudrait que mon pays fasse parler de lui autrement que par la corruption et les trafics.» Cet autre Paraguay, le jeune paysan l’incarne mieux que de longs discours. Fils d’agriculteurs expulsés de leurs terres sous le régime du général Stroessner, il n’a cessé de se battre, avec sa communauté de San Isidro del Jejuí, pour recouvrer ses droits. «Chrétien en actes, pas en prières», il a intégré la Ligue agraire chrétienne à la pointe du combat contre la dictature et les grands propriétaires terriens. A la répression, il a répondu par le droit, se formant et informant des mécanismes de la justice. Aujourd’hui, Anibal Avalos s’investit pour une véritable réforme agraire qui protège l’environnement et la culture paysanne face à l’invasion du soja transgénique. De passage à Genève, le militant exprime son optimisme six semaines après l’investiture du premier président de gauche paraguayen, l’ancien évêque Fernando Lugo.

B. P.: Le soja a le vent en poupe sur le marché mondial. N’est-ce pas une chance de développement pour Paraguay?

A. A.: Non, c’est un immense danger, et pas seulement pour le Paraguay, mais pour toute la région. La monoculture du soja renforce le modèle des méga-entrepreneurs qui ne s’intéressent à rien d’autre qu’au profit. Le Paraguay fut jadis l’un des pays les plus prospères du continent, avant d’être dévasté par ce modèle. On est passé de la distribution des richesses à la destribution de la misère

Pourquoi?

La Constitution paraguayenne garantit le droit à la terre. Pourtant, il y a un pourcentage très élevé de paysans sans terre. Et malgré cela, le latifundio traditionnel ne suffit plus aux investisseurs du soja! Chaque jour, la paysannerie continue de perdre des surfaces cultivables. A la place de fermes qui nourrissent des familles, on voit se développer des exploitations gigantesques de soja transgénique, de riz ou d’eucalyptus destinées aux agrocarburants ou au papier. Les fumigations massives d’herbicides finissent par chasser vers les villes ceux qui résistent et se retrouvent encerclés par les sojeros (cultivateurs de soja, ndlr)… Quant je vois comment on vit ici, dans une sorte de paradis, alors que nous, au Paraguay, nous devons supporter les conséquences des investissements européens… C’est une guerre cruelle! Imaginez: un pays aussi riche en nature que le Paraguay doit importer des aliments!

Comment s’organisent les paysans pour changer cette situation?

Il y a tout type d’organisation et de luttes. Des occupations, bien sûr, mais aussi des processus légaux. C’est à ces derniers que je m’attèle: il s’agit de former les gens pour qu’ils connaissent leurs droits et puissent les faire valoir. Des lois prometteuses, il y en a en pagaille au Paraguay: pour redistribuer la terre, pour protéger l’environnement, etc., etc. Le problème, c’est que ces lois ne sont jamais appliquées!

Face aux fumigations massives, nous sommes parfois contraints de mener des actions radicales. Mais en général nous cherchons le dialogue. Le gouvernement actuel a un projet de zonage, séparant les cultures OGM des autres exploitations. Nous le soutenons.

Que demande le monde paysan au gouvernement?

Nous réclamons que l’Etat décrète l’urgence agraire! La priorité doit être la réalisation d’une réforme agraire intégrale: d’abord, distribuer la terre et, ensuite, apporter les services de base indispensables à la vie à la campagne et à la production paysanne: marché, soutien technique, crédit, électricité, chemins, etc.

De cela, qu’a garanti le président?

Il s’est engagé à terminer le cadastre entamé avec le soutien financier de la Banque mondiale, mais qui a traîné jusque-là. Cela permettra de découvrir les nombreuses exploitations usurpées par les latifundistes et de les redistribuer. Le gouvernement achètera aussi des terres pour les donner aux paysans.

Selon quels critères faudrait-il la redistribuer?

Il faut sortir la terre du marché. Et pour cela nous demandons qu’elle soit confiée collectivement à des organisations paysannes. Seule la propriété associative peut freiner l’invasion étrangère. Donner des terres à des familles puis les laisser se débrouiller, c’est la meilleure façon de faire semblant d’appliquer une réforme agraire, puis d’accuser les paysans de son échec!

Là aussi, le gouvernement semble sensible à la question. Il a nommé huit nouveaux responsables à l’Institut national de développement rural et des terres (INDERT), dans lesquels nous avons une totale confiance, avec pour mission d’étudier le type de propriété des terres souhaitable.

A l’autre bout de la chaîne, que faire pour la commercialisation?

Nous demandons que l’Etat soutienne les structures de commercialisation groupée mises sur pied par les paysans afin de contourner les spéculateurs. Le gouvernement l’a promis.

A vous entendre, tout va pour le mieux…

Ce serait le cas si nous pouvions faire confiance au nouveau ministre de l’Agriculture et l’Elevage … Nous ne sommes pas sûr qu’un poste aussi crucial devait être confié à un dirigeant du Parti libéral radical (le PLRA est le plus puissant mais le moins progressiste des partis alliés de Fernando Lugo, ndlr). Malgré nos demandes, le ministre a refusé de se prononcer sur notre plan d’urgence agraire. De plus, nous avons de mauvais antécédents avec lui. Quand il était député, il avait refusé une proposition de réduction de l’usage des pesticides. Et son parti a aussi soutenu les privatisations des entreprises publiques et les lois dites «antiterroristes»…

UN MOUVEMENT SOCIAL IMPLIQUÉ MAIS PAS AUTONOME

Quels sont les rapports entre les mouvements sociaux et le gouvernement de Fernando Lugo?

Au Paraguay, le mouvement populaire traverse une période d’unification, d’agrégation des forces pour avoir un impact au niveau politique, structurel. De multiples initiatives locales et sectorielles se sont fédérées dans un Front social et populaire, qui regroupe plus d’une centaine de mouvements sociaux, paysans, sans toit, et même indigènes. Ce front apport un soutien critique au processus initié par le nouveau gouvernement; il demeure stratégiquement autonome. Le président Lugo a lui-même affirmé que les gens devaient s’aider eux-mêmes, s’auto-organiser, et non pas se reposer sur l’action du gouvernement.

Sentez-vous déjà l’effet du nouveau gouvernement?

Oui. La répression est moins forte. La justice paraguayenne est très politisée, et les pouvoirs se sont servis d’elle pour criminaliser notre lutte. Au Paraguay, les gens n’osent pas faire appel à la justice, car ils risque des représailles bien plus que d’obtenir gain de cause. Le président Nicano Duarte Frutos avait promis lors de son élection en 2003 de changer ça. Les gens ont alors commencé à revendiquer leurs droits. La réponse a été terrible: il y a eu des morts, et plus de mille personnes ont été arrêtées et inculpées. Ce gouvernement a mené une politique dite de «sécurité citoyenne», qui consistait à armer des civils pour qu’ils fassent eux-mêmes leur justice. Cela a provoqué un chaos lamentale! Plusieurs dirigeants paysans ont été assassinés et beaucoup de militants ont été effrayés et ont abandonné la lutte. Maintenant même si des menaces sont toujours proférées, on peut mieux respirer! Il y a de l’espoir que les gens osent à nouveau dénoncer les abus. Et que l’on puisse faire reculer la corruption, par exemple, en élevant les salaires des policiers et des militaires.

Depuis un mois, les signes de changement se multiplient, malgré une situation financière difficile: entre l’élection présidentielle d’avril et l’investiture d’août, l’ancien pouvoir a vidé les caisses! Mais ça n’a pas empêché de rendre la santé publique gratuite.

Le président peut-il s’appuyer sur un Etat qui a été contrôlé pendant des décennies par le Parti colorado?

En tout cas, ces jours, tout le monde semble vouloir faire la preuve de son efficacité! Les premiers cas d’emplois fictifs ayant été dénoncés, tous les fonctionnaires accourent au travail. Au point que la plupart des administrations manquent désormais de chaises! Dans les rues de la capitale, les vendeurs de mate et de tereré ont perdu leurs meilleurs clients…

Plus sérieusement, on observer une vraie effervescence, les ministères multiplient les réunions de travail et de coordination. Les nouvelles politiques se mettent en place dans une atmosphère de transparence et de participation populaire. Des équipes de médecins ou de professeurs se rendent à la campagne pour évaluer les besoins.

Bien sûr, la volonté du président ne suffira pas à tout changer. Il doit tenir compte des pressions des multinationales et demeurer dans le cadre de la loi (Fernando Lugo ne dispose pas de la majorité au parlement, ndlr.). Le Front social et populaire aura justement pour tâche de mettre la pression sur l’Etat. Je le répète, nous ne sommes pas une force progouvernement: nous l’appuierons s’il mène une politique favorable au peuple. Dans le cas contraire, nous le critiquerons.

Pour transformer réellement le Paraguay, ne faudrait-il pas convoquer une assemblée constituante comme en Equateur ou en Bolivie?

Oui, ce serait intéressant. Le projet existe, mais ce sera pour plus tard.

Non, l’Etat social n’est pas dépassé, par Christophe Ramaux

Créé par le 18 oct 2008 | Dans : Articles de fond, Economie, Santé-social-logement

Le crédit est vital pour l’économie. Il permet de lancer des activités via la création ex nihilo de monnaie par les banques. La finance, elle, permet de rendre liquide ce qui ne l’est pas. La liquidité par excellence est la monnaie : avec elle, je peux acheter ce que je veux. Un euro vaudra toujours 1 euro. Une machine, un bâtiment, une créance pour un crédit accordé à autrui n’ont pas cette qualité. C’est tout l’intérêt des marchés financiers : ils permettent de rendre liquide ce qui ne l’est pas. Cela favorise la prise de risque. 

Il est plus aisé d’avancer 1 000 euros ou 1 million d’euros à une entreprise, un particulier ou un Etat si on sait qu’on pourra à tout moment revendre la créance correspondante sur le marché financier contre de la monnaie. Parce qu’elles sont cruciales, les activités bancaires et financières doivent être encadrées par la puissance publique. Keynes l’a souligné : plus un marché financier est libéralisé, et plus il fonctionne selon une logique spéculative. Si je pense que la tendance dominante est à l’achat, il est rationnel d’acheter un titre et ce quelle que soit la solidité de sa contrepartie (capacité de l’emprunteur à rembourser son crédit, rentabilité de l’entreprise…). La croyance dominante conduisant à acheter, la demande excède l’offre, ce qui pousse le titre à la hausse. La prophétie est autoréalisatrice. J’ai eu raison d’acheter. Mais ce qui vaut à la hausse vaut à la baisse…

Le krach survient lorsque chacun cherche à vendre ses titres contre de la monnaie. Plus personne ne souhaite acheter. Liquide hier, le titre ne l’est plus. Sa valeur s’effondre. Chacun a soif de liquidité. Depuis plusieurs mois, les banques elles-mêmes, sur le marché interbancaire, refusent de se prêter de la liquidité. D’où le risque de dépression : à défaut de liquidité, une entreprise ne peut plus payer ses fournisseurs ou ses salaires.

Une crise de liquidité et, au-delà, une crise financière ne peuvent être jugulées que par une intervention massive et globale de la puissance publique. Le marché est autosuffisant pour faire des bulles, il ne l’a jamais été pour sortir d’un krach. Mais que faire pour ne pas retomber dans les errements du passé ? Pour répondre à cette question, il faut oser interroger une idée acceptée : celle selon laquelle nous vivons dans des économies de marché.

Cette idée passe outre la révolution que nous a léguée le XXe siècle : l’Etat social avec ses quatre piliers que sont la protection sociale, le droit du travail (et à la négociation collective), les services publics et les politiques économiques – budgétaire, monétaire, commerciale, réglementaire (de la finance et de la banque notamment), etc. – de soutien à l’activité. L’Etat social est-il dépassé ? D’aucuns le soutiennent en prétendant qu’il n’aurait été qu’un pâle dispositif adapté aux « trente glorieuses ».

C’est oublier que ses racines plongent bien avant. Condorcet et Paine plaidaient déjà pour l’intervention publique afin de réaliser le projet porté par les révolutions américaines puis française : construire une société démocratique d’égaux. C’est oublier qu’il est toujours là en dépit des réformes libérales de ces trente dernières années. Pour ne citer que ces exemples, la part des dépenses publiques sociales a augmenté de 5 points (de 16 % à 21 % du PIB) depuis 1980 en moyenne dans les pays de l’OCDE, tandis que l’emploi public, au sens large, représente un tiers des salariés en France.

C’est oublier surtout le bilan des réformes libérales. Le secteur financier et bancaire est celui qui a été le plus libéralisé et c’est par lui que tout explose. On peut prolonger la liste. La santé américaine privatisée n’est-elle pas la plus coûteuse au monde ? Les chantres de la retraite par capitalisation ne sont-ils pas aujourd’hui silencieux ? Tony Blair n’a-t-il pas été contraint de créer des centaines de milliers d’emplois publics pour reconstruire les systèmes de santé et d’éducation ? L’austérité salariale n’est-elle pas responsable de l’endettement des ménages américains, anglais ou espagnols ? La zone euro qui a abandonné les politiques macroéconomiques n’est-elle pas celle qui a enregistré les plus piètres performances au cours des vingt dernières années ?

Nous ne vivons pas dans des économies de marché mais dans des économies avec du marché et de l’intervention publique. Et plus exactement avec du marché, du capital de l’intervention publique et de l’économie sociale. Quel poids accorder à l’un ou à l’autre ? Faut-il, par exemple, que l’endettement, qui n’est pas un mal en soi s’il permet de lancer des activités, soit public – car le public crée de la richesse – ou privé ? Autant de questions qui doivent revenir au centre du débat démocratique.

Accepter l’économie de marché revient à penser le fonctionnement de l’économie comme étant d’abord une somme de relations d’échanges individuelles. La théorie économique dominante, qui porte la responsabilité intellectuelle de la crise en cours, est ici à son aise. « Au début sont les marchés » : le reste vient ensuite, avec de l’intervention publique parfois justifiée… mais uniquement pour pallier les imperfections du marché et pour réaliser le programme du marché, l’objectif étant de se rapprocher des résultats supposés optimaux qu’on obtiendrait si on était en concurrence parfaite.

Les libéraux sont défaits. Mais gare aux sociaux-libéraux. Ceux-là plaident pour l’intervention publique, mais au service du marché. Les aides publiques à l’emploi, par exemple, pour faire baisser le coût du travail. Aussi et surtout, la socialisation des pertes bancaires afin de mieux privatiser les bénéfices de demain. Au coeur de la pensée keynésienne, il y a une idée simple : le marché est précieux, mais on ne peut lui confier ce qu’il ne sait pas faire.

L’intervention publique est nécessaire. Pas seulement pour pallier les imperfections sur les marchés : elle a sa positivité propre. Si du moins on accepte de considérer que le tout n’est pas réductible au jeu des parties, l’intérêt général à celui des intérêts particuliers. L’Etat social a aussi ses défauts. Ses quatre piliers n’en restent pas moins promis à un bel avenir.



 

Christophe Ramaux, économiste, maître de conférences à l’université Paris-I

Dans l’ Huma : Attac à la croisée des chemins

Créé par le 21 août 2008 | Dans : Une autre mondialisation

Entre pluralisme instable et clarification idéologique, après dix ans d’existence, l’association organisait du 1er au 6 août 2008 sa première université européenne. Le regard d’une participante.

Par Sophie Heine, politologue, chargée de recherche du FNRS, ULB, Attac Wallonie-Bruxelles. Correspondance particulière pour humanite.fr.

Sur le campus verdoyant de l’université allemande de Sarrebruck, s’est tenue du 1er au 6 août la première université européenne d’Attac.

Pendant 5 jours, les militants des différents Attac d’Europe ont confronté leurs analyses et campagnes respectives, à travers de multiples débats et ateliers. Dix ans après la naissance d’Attac, cette université pourrait constituer un véritable tournant historique pour ce mouvement, marquant sa volonté de se concentrer désormais davantage sur les alternatives et ce dans un cadre européen.

En effet, ces dix dernières années, Attac a été confrontée à une critique récurrente, celle du « négativisme », de l’obsession du « non » et du manque de projet constructif. Certes, comme l’a très bien souligné le porte-parole d’Attac-Allemagne Sven Giegold, cette objection n’a jamais été totalement fondée, puisque dès le départ Attac s’est emparée de propositions de réformes progressistes, telle que la revendication d’une taxe Tobin, intégrée dans le nom même de l’association.

Cependant, à l’instar de tous les mouvements protestataires, Attac a eu tendance à se concentrer davantage sur la critique que sur les alternatives.

Cette phase de déconstruction du discours dominant était nécessaire pour démontrer que le néolibéralisme et la globalisation néolibérale n’étaient nullement des fatalités mais des constructions politiques et idéologiques.

Comme l’ont souligné notamment Susan George et d’autres figures du mouvement présentes à l’université, c’est d’ailleurs en partie grâce à l’action d’Attac que le néolibéralisme, le capitalisme financiarisé et la mondialisation actuelle ont été fortement délégitimés. Si ces phénomènes ne reculent pas, les politiques mises en œuvre pour les faire avancer ne peuvent plus aujourd’hui se faire au nom d’un libéralisme économique triomphant.

Ainsi, en plus de son rôle déterminant dans certaines victoires sociales récentes – les deux « non » au traité constitutionnel européen et au traité de Lisbonne en sont des exemples fameux – Attac a aussi contribué à cette réussite discursive.

Toutefois, plusieurs intervenants lors de l’université n’ont pas manqué de mettre en évidence des aspects moins glorieux du mouvement : ses difficultés de recrutement dans de nombreux pays, le laborieux rajeunissement de ses membres, les sérieux déficits de démocratie dans certains pays(1), les campagnes victorieuses encore trop peu nombreuses…

Cette période difficile pour Attac reflète la crise que traverse depuis quelques années le mouvement altermondialiste en général. S’il est loin d’avoir disparu, de nombreux commentateurs se demandent si son rôle historique ne serait pas en partie épuisé(2). L’une de raisons de cette crise réside sans aucun doute dans le passage malaisé de la critique aux alternatives. C’est pourquoi il est aujourd’hui central que les différents Attac se concentrent sur l’élaboration de propositions alternatives cohérentes à un niveau européen. Relever ce défi est indispensable pour qu’Attac puisse être, selon les termes de Susan George, une « illumination durable » dans l’histoire humaine, plutôt qu’un simple « éclair de lumière » s’estompant progressivement. Ou pour qu’en tout cas, plus modestement, son action et son message laissent une trace réelle. Car pour pouvoir encore convaincre de l’utilité d’Attac et du mouvement altermondialiste en général, ceux-ci ne peuvent plus se contenter d’être des censeurs mais doivent aussi devenir de véritables inspirateurs et créateurs d’alternatives crédibles et cohérentes, au-delà des propositions sectorielles.

Mais passer à la construction d’alternatives globales, du « un autre monde est possible » à la définition plus précise de celui-ci, ne peut se faire sans une période de doutes. Celle-ci semble s’être ouverte à l’université d’été. Un tiraillement y était perceptible entre une forte impression de fraternité et de proximité entre les militants et un sentiment parfois tout aussi profond de grandes tensions idéologiques entre ces mêmes militants. Attac n’étant pas un parti, ces tensions, plus idéologiques que nationales, existent depuis sa naissance. Toutes les sensibilités de gauche y sont représentées : de la gauche la plus radicale à la social-démocratie la plus réformiste, en passant par des conceptions libertaires, écologiques et autres(3). Cette diversité n’a pas constitué un problème substantiel tant que l’association se consacrait avant tout à l’analyse critique. Il en va autrement maintenant qu’il s’agit de penser un peu plus précisément cet autre monde dont rêvent ses membres. C’est alors que surgissent tensions et divergences. Comme l’a relevé pendant l’université un militant clairvoyant lors d’un débat en plénière, tout l’enjeu sera de parvenir à demeurer une association plurielle tout en définissant une ligne commune relativement claire sur le plan des alternatives. Ce pluralisme interne a fait la richesse d’Attac et du mouvement altermondialiste en général et le supprimer constituerait une perte certaine. Mais si l’on admet que l’objectif, dans les années qui viennent, est de se profiler davantage comme un mouvement de propositions que comme une simple force de critique, il faut alors accepter qu’émerge quelque chose comme une « contre-idéologie » commune face à l’hégémonie néolibérale.

Plusieurs grandes lignes de clivages déjà existantes et qui ont scandé les débats passionnants de l’université sont selon moi susceptibles de s’affirmer dans les années qui viennent dans attac et l’altermondialisme européen en général(4).

Une controverse implicite concerne tout d’abord la question du but de cette autre société à construire : quelles sont les fins que doit servir l’émancipation recherchée ? L’objectif est-il celui, dans une optique socialiste, marxiste, ou sociale-démocrate classique, d’une société de travailleurs égaux, contrôlant démocratiquement la richesse qu’ils produisent socialement ? Ou, selon une ligne plus libertaire ou humaniste, l’horizon est-il celui d’une société d’individus autant libres qu’égaux, détenteurs de droits étendus (civils, politiques et sociaux), pouvant s’épanouir à travers le travail mais aussi de mille autres manières ? Trancher cette question peut avoir un impact décisif sur le choix des alternatives préconisées dans des domaines précis. Face à la « flexicurité » par exemple, faut-il défendre une société de plein-emploi et des droits sociaux liés au travail ou une société ou les droits sont attachés à la personne et non à l’emploi, par exemple grâce à de nouvelles formes de « sécurité sociale professionnelle » ou de « salaire à vie », prenant en compte les aspirations des personnes à se réaliser autrement qu’en tant que travailleurs ?

Outre cette question cruciale des objectifs, celle des réformes à mettre en œuvre pour faire advenir cette autre société est aussi fondamentale. On retrouve dans Attac le débat séculaire au sein de la gauche entre l’anti-capitalisme ou la simple opposition à un capitalisme trop sauvage. La crise économique actuelle permet de relancer ce débat : faut-il aborder cette crise comme un levier pour exiger une nouvelle régulation keynésienne du système financier international ou plutôt comme un révélateur des contradictions profondes et insolubles du système capitaliste lui-même ? La plupart des propositions concrètes d’Attac s’inscrivent plutôt dans une conception réformiste et anti-néolibérale, que l’on pourrait qualifier de « social-keynésienne ». Un enjeu actuel est de savoir s’il faut clarifier et théoriser ce positionnement ou maintenir l’ambigüité actuelle. Liée à cette question du contenu des réformes, on trouve celle de la stratégie politique à adopter pour les réaliser, qui nous ramène à l’opposition classique entre réformistes et révolutionnaires. Ce point ne semble pas faire l’objet de controverses intenses au sein d’Attac. S’il y a bien sûr des militants partisans de la voie révolutionnaire, cette position n’est pas majoritaire. Attac ne rechigne nullement à faire confiance aux réformes sociales et démocratiques pour avancer vers les alternatives qu’elle préconise. C’est un point important à relever face aux nombreux observateurs prompts à dénoncer le radicalisme et le caractère révolutionnaire de l’altermondialisme.

Une autre question essentielle pour les années à venir et qui fait débat au sein d’Attac est celle des impératifs écologiques : doivent-ils être mis sur le même plan que les questions sociales ou bien doivent-ils constituer la priorité sur laquelle les autres revendications doivent simplement se greffer ? Et faut-il, pour les affronter, prôner la régulation du capitalisme ou sa suppression ? Jusqu’à présent, la dimension écologique est demeurée marginale dans les analyses et les propositions d’Attac, qui a plutôt eu tendance à aborder ce problème à l’aide d’un paradigme de régulation du capitalisme. Une question essentielle est aujourd’hui de savoir s’il faut ou non poursuivre et avaliser cette voie.

Enfin, un dernier débat primordial aujourd’hui pour le mouvement est celui de l’échelle à laquelle ces réformes doivent être promues et selon quelle conception identitaire. Ainsi, suite aux « non » français, hollandais et irlandais, la question se pose de savoir si Attac veut continuer à approfondir l’Union européenne en la réorientant dans un sens plus démocratique, social et écologique, ou si le choix sera plutôt celui d’une Europe comme confédération d’Etats-nations, avec un retour éventuel de certaines compétence au niveau de l’Etat, celui-ci étant considéré comme le seul lieu légitime pour l’exercice de la souveraineté populaire et de la justice sociale. Jusqu’à présent, la voie fédérale semble avoir été privilégiée par la plupart des Attac d’Europe. Cette dernière se traduit par exemple par la demande dans les « 10 principes »(5) d’une élection d’une assemblée chargée de rédiger un nouveau traité, sur le schéma d’une assemblée constituante – même si le terme n’est pas employé. Mais il semble que certains veulent modifier cette orientation, notamment par souci stratégique, estimant plus aisé de refuser toute forme d’intégration supranationale sous prétexte que l’Union européenne actuelle est néolibérale et non démocratique. Cela se ferait pourtant au risque de se priver de tout moyen d’action possible dans un monde dont les bases matérielles sont clairement européanisées et, de plus en plus, mondialisées.

Par ailleurs, si la voie pro-européenne est confirmée dans la contre-idéologie altermondialiste à construire, une autre question se posera – et se pose déjà : faut-il accompagner ce positionnement pro-européen d’une forme d’europatriotisme ?

Faut-il insister sur la spécificité de l’identité européenne, sur les réalisations positives de l’Europe dans le passé et sur ses actions potentiellement positives dans le futur, ce qui permettrait de justifier une action européenne politique, économique, et peut-être même militaire, plus forte sur le plan international ?

Ou faut-il au contraire s’engager sur le chemin du cosmopolitisme, inspiré d’une méfiance envers toutes les formes de patriotismes (nationaux ou européens) et élaborant à la place une conscience mondiale partagée ? Un tel cosmopolitisme ne permettrait-il pas aux citoyens du monde entier de se sentir appartenir à la même communauté humaine et ne les inciterait-il pas à participer à des luttes communes pour élaborer un monde meilleur ?

Pour une association « altermondialiste » comme Attac, la réponse cosmopolite devrait être évidente. Pourtant, comme l’ont illustré certains débats de l’université sur le rôle pour l’Europe dans le monde, l’europatriotisme est tout aussi présent à l’intérieur de l’association. Cette question capitale ne sera pas facile à trancher. L’europatriotisme pourrait sembler la voie la plus simple pour mobiliser les citoyens européens dans le combat pour une Europe plus juste.

Certains pourraient même l’envisager comme un moyen de rallier à la cause d’Attac certaines franges sociales supérieures de la société, déjà de plus en plus séduites par les discours de défense de l’identité et des intérêts européens face au reste du monde et en particulier aux nouveaux géants tels que la Chine et l’Inde. Pourtant, l’histoire montre que ce type de stratégie sert rarement les courants les plus critiques. L’insistance sur l’identité collective, à travers le nationalisme ou le supranationalisme, permet trop facilement de voiler les contradictions de classe internes à toute société et de justifier toutes les formes d’oppression ou d’exploitation des personnes considérées comme des étrangers.

Toutes ces questions, et bien d’autres encore, sont apparues lors des multiples débats de l’université parce que celle-ci visait explicitement à approfondir les alternatives.

Attac se trouve donc, une nouvelle fois, à la croisée des chemins. Si elle veut que son message soit une « illumination durable » dans l’histoire des mouvements progressistes, elle doit relever avec succès le défi des alternatives et de l’européanisation, sans pour autant renoncer à son impulsion cosmopolite.

Sophie Heine, Attac Wallonie-Bruxelles
Politologue, chargée de recherche du FNRS, ULB

(1) Pour une analyse de la crise interne à Attac France, voir : Raphael Wintrebert, Attac, la politique autrement ? : Enquête sur l’histoire et la crise d’une organisation militante, La découverte, 2007

(2) Voir par exemple : Eddy Fougier, « Où en est le mouvement altermondialiste : réflexions sur l’essoufflement », La Vie des Idées, 3 mars2008, http://www.laviedesidees.fr/Ou-en-est-le-mouvement.html ; « Le forum social se disperse », Politis , 17 janvier 2007 ; Eric Agrikoliansky, « L’altermondialisme en temps de crise. Réflexions sur un déclin annoncé », Mouvements, 2007/2, N° 50. Pour une vision plus optimiste, voir : Geoffrey Pleyers, « l’altermondialisme : essoufflement ou reconfiguration ? », La vie des idées, 21 mars 2008, http://www.laviedesidees.fr/IMG/pdf/20080321_alter.pdf

(3) Dominique Reynié (Ed.), L’extrême gauche, moribonde ou renaissante ?, Pesses Universitaires de France, 2007, p 169

(4) Pour une analyse approfondie de l’idéologie d’Attac sur les questions européennes, voir ma récente thèse de doctorat : Sophie Heine, Les résistances à l’intégration européenne en France et en Allemagne : Une analyse des idéologies sous-tendant les critiques de gauche contre le Traité constitutionnel européen, défendue à l’Université Libre de Bruxelles le 5 mars 2008, sous la direction de Paul Magnette

(5) « Les 10 principes des Attac d’Europe pour un traité démocratique » (adopté par les Attac d’Europe), site d’Attac France, http://www.france.attac.org/spip.php ?article6935#outil_sommaire_0

Situation explosive en Bolivie

Créé par le 07 août 2008 | Dans : Amérique Latine

La Paz. Dans un climat de violences et de tensions, le président Evo Morales et les préfets des régions remettent en jeu leur mandat, le 10 août.

Pas de bruits de bottes mais les balles sifflent. La crise politique, qui secoue la Bolivie depuis plusieurs mois, devient explosive, à quatre jours des référendums révocatoires au cours desquels le président, Evo Morales, et son vice-président ainsi que les préfets des départements du pays remettent en jeu leur mandat. Mardi, à Trinidad dans le département de Beni (est), le véhicule officiel du ministre de la présidence, Juan Ramon Quintana, a été la cible de coups de feu. Ce dernier sortait justement d’une réunion avec les forces de l’ordre chargées de garantir la sécurité du chef de l’État qui était attendu dans cette ville pour l’ultime acte de campagne.

Cet événement s’inscrit dans une longue liste de tentatives de déstabilisation politique qui ont culminé en mai et juin derniers avec la tenue de référendums autonomistes illégaux organisés par les quatre préfets des riches départements de l’Est bolivien, dit de la Demi Lune (Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija). Ces consultations ne visaient rien d’autre qu’à accélérer la partition du pays, en creusant davantage les fractures sociales, économiques et ethniques  : à l’Est, les Blancs et métis riches, souverains des principales ressources naturelles  ; à l’ouest, les Indiens, pauvres, et privés des retombées financières. Et par là même à isoler la partie occidentale pour mieux renverser le gouvernement de gauche d’Evo Morales. Ce n’est donc pas un hasard si l’attaque qui a visé l’un des principaux ministres s’est déroulée à Beni.

Pas plus que l’annulation de la session d’honneur du congrès célébrant le 183e anniversaire de l’Indépendance, qui devait se dérouler mardi à Sucre, en raison d’actes de violences. Pour cette même raison, les présidents argentin et vénézuélien, Cristina Fernandez et Hugo Chavez, ont annulé leur déplacement à Tarija où ils devaient signer, avec leur homologue bolivien, un partenariat énergétique d’importance. On devine sans mal que les troubles de ces derniers mois, orchestrés d’une part par l’opposition de droite et les comités civiques, et d’autre part, alimentés par les agissements d’une frange de l’extrême gauche, insatisfaite du rythme et de la profondeur des réformes gouvernementales, cherchent avant tout à empêcher la participation électorale de dimanche.

D’autant que, selon les dernières enquêtes, le président et le vice-président recueilleraient 54 % des intentions de vote tandis qu’au moins trois des huit préfets, qui se seront soumis malgré eux au vote populaire, seraient révoqués. Quant à Manfred Reyes Villa, préfet du département de Cochabamba, il a refusé tout bonnement de participer au scrutin en dépit du caractère obligatoire de la convocation, votée au Sénat avec les voix de Podemos, principale formation d’opposition.

Comme si cela ne suffisait pas, le recensement électoral, les pourcentages minimums requis pour la révocation, et des « doublons » sur les listes d’émargements ont également nourri un début de controverse. Les leaders des comités civiques ont remis une couche, en initiant, dimanche, une grève de la faim pour récupérer, disent-ils, « leurs ressources ». Une allusion grossière à l’impôt direct sur les hydrocarbures (IDH), principale réforme fiscale du gouvernement d’Evo Morales depuis la nationalisation du gaz et qui finance l’allocation scolaire « Jacinto », et la pension vieillesse « Dignidad ».

Il y a une semaine, le chef de l’État a simplement résumé ce qui se joue, le 10 août prochain dans les urnes : « La consolidation des nationalisations ou le retour des néolibéraux. »

Cathy Ceïbe
(Article paru dans l’Humanité du jeudi 7 août 2008)

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