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PS: Aubry contre-attaque

Créé par le 19 jan 2009 | Dans : Parti socialiste

Par Maud PIERRON, à la Bellevilloise
leJDD.fr
Lundi 19 Janvier 2009

 Martine Aubry s’est voulue offensive lors de ses voeux à la presse. Dans sa ligne de mire, la politique de Nicolas Sarkozy, qui l’ »inquiète« , et contre laquelle le PS déposera une motion de censure à l’Assemblée. Elle a également évoqué les élections européennes – auxquelles elle ne participera pas – qui peuvent tirer le PS de sa « convalescence« .

Martine Aubry est de retour. Du moins, elle prend enfin toute sa place à la tête du PS. C’est l’un des messages passés par la première secrétaire lors de ses voeux à la presse, tenus lundi à la Offensive et déterminée, ainsi est apparue Martine Aubry lors de ses voeux à la presse. Dans sa ligne de mire, la politique de Nicolas Sarkozy, qui la rend « inquiète« . La première secrétaire a d’ailleurs annoncé le dépôt d’une motion de censure à l’Assemblée. Elle a également évoqué les élections européennes – où elle ne sera pas candidate – qui peuvent permettre au PS de sortir de sa « convalescence« . un bar branché du 20e arrondissement de Paris. Là même où elle avait annoncé en septembre dernier qu’elle porterait une motion au congrès de Reims. Après avoir fait « faux bond » la semaine dernière – elle avait dû annuler ses voeux à cause d’un « stupide accident à l’oeil » -, l’édile lilloise était particulièrement attendue. Dans la salle, les journalistes étaient présents en masse, et quelques « stars » de la profession avaient fait le déplacement, tels Olivier Mazerolle, Anne-Sophie Lapix ou encore Arlette Chabot. Une grande partie du secrétariat national était également au rendez-vous, de Claude Bartolone à Jean-Christophe Cambadélis, en passant par Arnaud Montebourg, Harlem Désir ou François Lamy.A la tribune, devant un fond rouge et le drapeau européen, la nouvelle patronne du PS s’est montrée particulièrement ferme et combative, ciblant la politique de Nicolas Sarkozy. Elle a parlé de « recul économique et social » et de « recul démocratique et moral, malheureusement symbolisé par la loi sur l’audiovisuel« . Plus globalement, elle a déploré le recul des « libertés de la presse« . A cet effet, elle a fustigé le « lien » entre le chef de l’Etat et « les dirigeants des grands médias« , cité « l’hallucinante arrestation de Vittorio de Fillipis« , l’ancien patron de Libé, et apporté tout son « soutien » à l’AFP, sous le feu des critiques de la part de l’UMP. « Nous souhaitons une presse libre, forte, assurée de continuer sa pérennité« , a-t-elle affirmé, alors que le chef de l’Etat doit annoncer vendredi ses arbitrages à l’issue des Etats généraux de la presse.

« Passer de la convalescence à l’alternance« 

Autre sujet qui met en rogne Martine Aubry, la loi organique, bientôt débattue à l’Assemblée, que l’exécutif pourrait détourner à des « fins politiciennes« . « Nous ne laisserons pas changer le mode de scrutin des élections régionales (…) comme nous ne laisserons pas redécouper les circonscriptions électorales à des fins électoralistes pour reprendre des collectivités à la gauche« , a-t-elle menacé. Le plan de relance, n’est pas à la hauteur, a-t-elle également jugé, réclamant un « plan digne de ce nom« . Pour toutes ces raisons, elle a donc annoncé que le Parti socialiste allait déposer une motion de censure dès la fin de la semaine. Si elle n’a aucune chance d’aboutir, l’objectif est de « pouvoir dire clairement aux Français qu’alors que notre pays entre dans cette crise lourde et profonde, rien n’est fait pour changer la donne« , a-t-elle expliqué. « Nous avons souhaité utiliser ce moyen pour dire clairement aux Français ‘Il y a une autre voie possible’ (…) Nous voulons dire au gouvernement ‘Vous voulez brimer l’opposition? Nous sommes là, pour les Français, pas pour nous, et puis aussi pour que notre pays aille mieux’ », a-t-elle lancé.

Car l’autre enjeu de 2009, une année « décisive » comme elle l’a répété à maintes reprises, est pour le PS de se remettre en ordre de marche. « Passer de la convalescence à l’alternance« , a-t-elle résumé. Les incantations ne suffisant pas, donc la nouvelle patronne de la rue de Solférino a défini un triptyque qui devrait être la feuille de route de tout socialiste: « dénoncer, proposer et agir » dans les collectivités où le PS est en responsabilité. Quant au parti, la première secrétaire estime qu’il a déjà changé. « Nous nous sommes mis au travail. Je crois que les résultats sont déjà là. Le chemin est certes un peu compliqué, un peu long« , a-t-elle reconnu, tout en attaquant ses détracteurs.

L’enjeu des Européennes

A ceux qui critiquent son « caporalisme » après l’épisode Vallini, elle a dit faire la différence entre « autorité et autoritarisme« . « Vous nous avez suffisamment dit qu’on était cacophoniques« , a-t-elle lancé, malicieusement, à la presse. A ceux qui la trouvent trop discrète, elle a rétorqué: « L’important, n’est pas que je parle mais que le Parti socialiste parle quand il le faut. Il a parlé de multiples voix, mais d’une seule voix« . Aux quelques « réfractaires« , les royalistes, elle a laissé, magnanime, « du temps« .

Pour aider chacun des camarades à passer outre, enfin, le cauchemardesque congrès de Reims, Martine Aubry compte sur les élections européennes, à même de remobiliser tout le monde. Si elle ne sera pas elle-même candidate, étant opposée au cumul des mandats, elle « s’y engagera fortement« . La première secrétaire n’a pas d’autre choix, tant le scrutin s’annonce compliqué, notamment par la présence de listes à la gauche de la gauche. Mais elle a de « l’espoir« . Elle veut faire de cette campagne un véritable choix de société. « Une autre Europe est possible« , a-t-elle martelé, expliquant qu’une « grande campagne serait lancée » par le PS dans toute la France. « Crise financière, récession économique, conflit au Proche-Orient: on le voit, pour ces sujets, l’Europe représente un espoir et une solution« . Et ce, à la fois pour les Français comme pour les socialistes, semble-t-il.

PS: tractations et petites manips entre amis

Créé par le 05 déc 2008 | Dans : Parti socialiste

A l’approche du conseil national qui doit acter la nouvelle direction, les discussions continuent. Sur fond d’intox contre Aubry, relayée par les royalistes …

FRANÇOIS VIGNAL dans Libé du 4/12/2008

Le congrès de Reims est terminé depuis bientôt trois semaines, mais les discussions entre socialistes ces dernières heures donnent comme une impression de déjà vu. L’enjeu: le texte d’orientation politique — la feuille de route du PS pour les trois années à venir — et la composition de la nouvelle direction, qui doit être actée samedi, lors d’un conseil national.

«C’est un enfumage des royalistes»

Pour le moment, les socialistes n’ont toujours pas réussi à retrouver «la convivialité» et la «confiance», que Martine Aubry appelle de ses voeux. Pour preuve, cette intox venant du camp Royal, et relayée sur les blogs désirs d’avenir ici ou là. «Aubry va faire une sortie avec le président départemental du Modem dans le nord, Olivier Henno, maire de Saint-André. Un meetting à Croix, dans le cadre d’une municipale partielle…», glisse, en se marrant, un lieutenant de Royal, alors que la nouvelle première secrétaire, qui a fait accord pour les municipales avec le Modem, refuse toute alliance au niveau national avec les centristes. Démenti catégorique du côté de l’équipe de Martine Aubry: «C’est totalement faux. C’est un enfumage des royalistes». Niveau convivialité, on fait mieux.

Quant au fameux texte d’orientation, c’est un peu l’Arlésienne. Mardi, Martine Aubry assurait qu’il serait prêt dans la journée. Un de ses proches parlait plutôt de «mercredi ou jeudi». Pourtant, ce jeudi, en fin d’après-midi, le texte n’était toujours pas totalement bouclé. «Il devrait être prêt ce soir. Ou peut-être demain matin…», précise un proche de Benoît Hamon. Si hier, du côté du représentant de l’aile gauche du PS, on jugeait ce texte «un peu insipide», ce soir, on semble confiant: «On travaille encore, mais nous arrivons à un consensus cohérent et offensif». Comprendre: suffisamment ancré à gauche.

«Que vont-ils faire d’un Vaillant ou d’un Kader Arif ?»

«Ce n’est pas une construction au forceps», ajoute ce proche d’Hamon. Anticipant les attaques sur le risque du retour de la synthèse instable pour cause de majorité hétéroclite, il défend déjà le texte: «Ça va aller. La synthèse du Mans est apparue comme mortifère parce qu’on ne l’a pas fait vivre. Cette fois, on s’engage ni pour un CDD, ni pour un CDI, mais bel et bien pour un contrat de confiance, qu’il faut mettre en mouvement».

Reste la douloureuse question de la composition de la direction. Avec un secrétariat national réduit à une vingtaine de membres (environ 20 postes thématiques et 7 ou 8 «régaliens») au lieu de 42 actuellement, il y aura des déçus. Tout comme au bureau national, autre instance de direction du parti. «Sur les 14 membres de la motion Delanoë, il reste 7 places pour les hommes, en fonction de la parité. Que vont-ils faire d’un Vaillant ou d’un Kader Arif ?», se demande ce partisan d’Hamon.

Un royaliste: «On ne peut pas accepter trois strapontins»

Et les royalistes ? Ils attendaient toujours le texte ce jeudi soir. «On ne sait rien. C’est particulièrement bizarre. Samedi, tout doit être acté dans un débat qui dure 3/4 d’heures pour définir l’orientation des trois prochaines années du parti, s’étrangle un royaliste. On nous dit qu’il faut une orientation. Mais c’est parce ce qu’on n’a pas réussi à le faire pendant le congrès».

Question orientation, la question du choix des alliances est un faux problème, selon cet autre royaliste, le sénateur David Assouline: «Ce n’est pas notre sujet. C’est le sujet qu’ils ont mis eux-même en scène pendant deux mois pour gagner un congrès, tranche le sénateur. Il y a eu un vote où 50% des militants ont dit: « Ouvrez les fenêtres, changez les relations avec la base, les méthodes ». C’est le cœur de notre sujet».

Pour l’heure, si les royalistes n’ont pas reçu le texte, l’un d’eux assure «qu’on n’est pas encore rentré dans une discussion concrète sur la composition de la direction», à deux jours de sa divulgation… Et il avertit qu’ils ne voudront pas jouer les figurants : «On n’aime pas le symbolique, on aime le réel. On n’a pas dépensé autant d’énergie pour accepter une orientation qu’on ne peut pas cautionner et trois strapontins».

Désert d’avenir à gauche ? Sept modestes contributions du blog citoyen, socialiste et républicain aux débats d’idées

Créé par le 11 nov 2008 | Dans : a2-Blog-notes politique de Xavier Dumoulin, Gauche anti-libérale

Révolution conservatrice

Didier Eribon développe la thèse d’une profonde mutation idéologique du PS des années quatre vingt sous l’effet du néo-conservatisme. Cet auteur considère qu’il y eut alors une véritable rupture avec les idées révolutionnaires libertaires de mai 68, elles mêmes préparées de longue date par une hégémonie de l’idéologie marxiste et contestataire.

On peut rejoindre partiellement cette analyse en distinguant bien deux périodes : la première de la Libération jusqu’à la fin des années soixante dix connaît un rayonnement très puissant des divers courants marxistes sur les  intellectuels et  la classe ouvrière. La seconde voit au contraire l’effacement progressif du marxisme. Cette dernière période coïncide avec l’arrivée de la gauche au pouvoir et, dans la même décennie, l’effondrement des pays du “socialisme réel”.

Dans la première période on assiste à un foisonnement intellectuel lié à la contestation du marxisme officiel – celui d’un PCF dont l’influence reste énorme – par l’école de Francfort et la mouvance libertaire, le structuralisme et le freudo-marxisme. La deuxième période est celle de la lente agonie d’un marxisme en butte aux assauts des “nouveaux philosophes”en croisade pour les droits de l’homme contre le Goulag. L’assimilation du socialisme au totalitarisme ternit durablement le message du camp progressiste.

En France, dans les années soixante dix, le PS forgeait sa stratégie de rupture avec le capitalisme. On peut dire que jusqu’à l’adoption du projet socialiste dans la foulée du congrès de Metz – qui consacre la ligne d’union de la gauche -, le PS tient bon dans une posture de gauche. Mais il remporte les élections présidentielles alors même qu’il est déjà défait idéologiquement. Commence alors une ère de véritable confusion idéologique pour la gauche française. Egarée dans la parenthèse libérale qui constitue le véritable Bad Godesberg du socialisme français, l’idée de construction européenne tient lieu de substitut à celle de la transformation sociale. Avec le grand marché puis le traité de Maastricht, il s’agit d’un complet renoncement à une alternative au néolibéralisme en pleine poussée. L’idéologie néolibérale règne alors sur les esprits et les dirigeants de gauche – en dépit de leur dénégation toute verbale -, se rangent aux raisons d’un capitalisme financier mondialisé. La rupture est totalement consumée avec les couches populaires dont une large fraction marque son attirance pour les idées du Front national dès les élections européennes de 1984 avec son point d’orgue en 2002.

Nous ne nous reconnaissons pas dans la définition d’une idéologie conservatrice présentée par Didier Eribon – qui inclut la conception de la communauté de citoyens en tant que nation démocratique, opposée pourtant à la conception ethnique et nationaliste, dans cette dérive conservatrice – alors même que le rejet du TCE a constitué un moment important de la contestation du libéralisme par l’expression d’un attachement au modèle démocratique social français.

Les nombreuses références au mouvement intellectuel des années soixante dix gomment certains apports nouveaux tels que la redécouverte de Gramsci et de sa pertinente analyse de l’hégémonie idéologique. Par ailleurs nous réfutons la thèse qui ferait de la pensée de Kant et de Rousseau le soubassement philosophique du néo-conservatisme. L’universalisme et le contrat social sont dénoncés comme expression du choix raisonné de l’individu – cet individu idéologisé par la bourgeoisie et qui ne résisterait pas à la critique sociale des structuralistes. Dans ce débat – structuralistes contre tenants du sujet - l’auteur rend cependant grâce à un penseur comme Henri Lefebvre. 

Pour autant la confrontation de la gauche de gouvernement avec le mouvement social, théorisé par Bourdieu, apporte des éclairages utiles. Par delà une problématique campée sur le terrain exclusif des prétendues références intellectuelles françaises incontournables de la gauche ( Sartre, Althusser, Lacan, Deleuze, Guattari, Foucault, Bourdieu, Derrida… ), Didier Eribon contribue à révêler le foudroyant bouleversement idéologique du PS dans les années quatre vingt. Il faudrait pourtant corriger largement les soubassements de cette réflexion qui s’enferme dans l’apologie du courant culturel soixante huitard pour dénoncer la dérive conservatrice de ce que nous appellons le social-libéralisme. Ce dernier, à l’instar de la droite actuelle serait libéral sur le terrain économique et conservateur sur le terrain idéologique. Il y aurait largement place au débat sur ce point quand le conservatisme assimilerait aussi, selon Eribon, les principes républicains de la gauche française.

Cette analyse oublie les références historiques du socialisme français et fait par ailleurs  la part belle à “la gauche de gauche” – différenciée de “la gauche de la gauche” en ce qu’elle continuerait à porter l’idéal de la gauche institutionnelle, elle même quelque peu idéalisée dans une essence révolutionnaire trahie -. 

Les racines profondes du conservatisme français  ne sont-elles pas plutôt à rechercher dans l’opposition historique à la construction républicaine – la droite légitimiste chère à la tripartition du regretté René Rémond - et sa manifestation actuelle dans l’abandon de ses principes – ne serait-ce qu’en raison d’une hyperconcentration des pouvoirs et d’une posture attentatoire aux  libertés publiques avec la droite bonapartiste, incarnée à présent par un Sarkozy,  assez différente de la droite orléaniste libérale qu’aurait pu incarner F Bayrou - ? Ce qui n’enlève rien aux influences néo-conservatrices dans la posture idéologique d’un Sarkozy qui dresse deux France contre elle-même et entend revenir à un certain ordre moral.

Oui, les néo-cons ont bien franchi l’Atlantique et trouvé de vrais disciples en France. Et, s’il n’est pas incongru de s’interroger sur la portée de leur influence jusqu’aux portes du PS – ou, plus exactement chez les socialistes qui ont franchi le rubicon en faisant allégeance au premier d’entre eux, vrai césariste drappé dans un faux  label républicain français (et qui a même poussé l’audace jusqu’à la prétention de s’en référer à Jaurès alors même qu’il faisait une cour assidue en direction des électeurs lepénistes ) -, il y aurait plus qu’un abus de langage à confondre ce courant idéologique musclé avec l’esprit républicain. Ce type de confusion constitue une erreur manifeste d’appréciation qui remet en cause les bases même du socialisme démocratique en interdisant toute visée républicaine comme ressort d’une démocratie sociale. Il nous conduit assurément dans une impasse théorique et pratique en cantonnant notre horizon aux mythes du passé qui ont perdu leur capacité d’attraction et leur force propulsive.

Nous reviendrons largement sur notre première critique de ce livre - ”D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française”, Edit Léo Scheer, mai 2007, 156 p – après une  lecture – sans doute trop rapide car d’un seul trait – et une réaction livrée à chaud et en vrac dans le souci d’entamer un débat de fond sur une hypothèse qui fait question : celle de la droitisation du paysage politique français.

X D, le 1° juillet 2007

Le néolibéralisme et le néo-conservatisme désactivent la démocratie

Le vocabulaire de la gauche radicale et mouvementiste emprunte souvent les termes de néolibéralisme et de néo-conservatisme pour désigner le système socio-économique et idéologico-politique dans lequel prospère le capitalisme financier légitimé par l’idéologie d’un nouvel ordre moral (3). L’analyse des relations entre capitalisme et posture morale n’est pas nouvelle. Le puritanisme protestant d’Outre-Manche et d’Outre-Rhin paraissait ainsi plus conciliable avec les processus d’accumulation du capital et de recherche du profit que le catholicisme romain, culturellement hostile à l’accumulation des richesses comme fin en soi. Le circuit du capital – “argent-marchandise-argent” qui permet à l’argent de faire des petits (A-M-A’) – , mis à nu par Karl Marx, s’épanouissait sans entraves auprès des anglo-saxons alors qu’il devait combattre, auprès des latins, bien des préjugés moraux hérités de la dénonciation de la recherche effrénée du profit (2). Pour Max Weber, cette attitude mentale fondait la tentative d’explication de l’avancée relative du capitalisme des pays anglo-saxons.

Aujourd’hui le retour à l’ordre moral pourrait apparaître, d’une certaine façon, comme antinomique de l’explosion et de la sacralisation du marché, ce Veau d’or des sociétés occidentales. Dans sa préface à l’ouvrage de Wendy Brown, récemment traduit en français, “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme”, Laurent Jeanpierre nous éclaire sur les rapports complexes du néolibéralisme et du néo-conservatisme (1). Ce dernier serait en réalité “une virtualité inhérente à la rationalité politique néolibérale”, étudiée jadis par Michel Foucault sous le terme de “gouvernementalité”. Ces concepts peuvent se définir comme “conduite des conduites”. “Ils réunissent, nous dit Jeanpierre citant Foucault, ” l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques” qui permettent d’imposer des normes de comportement à des individus et des groupes.” Le néolibéralisme étant pour Brown “l’ensemble des techniques de contrôle d’autrui et de soi par accroissement des choix plutôt que par diminution de la liberté, ou plutôt par accroissement des choix ( et réduction de la liberté à l’acte de choisir), non seulement la liberté se doit d’y être autolimitée mais elle ne peut l’être désormais qu’en étant moralisée.” Ces analyses nous éclairent sur les processus en oeuvre d’intrusion du religieux dans l’espace public de notre France laïque que N. Sarkozy vilipende et voue aux gémonies devant le Pape et la dynastie souveraine d’Arabie saoudite. A nous de décrypter le sens de ces processus pour les délégitimer, faute de quoi, ils pourraient asseoir durablement l’hégémonie des néo-cons, indispensable semble-t-il aux avancées du néolibéralisme. Avec cet ouvrage de Wendy Brown, il y a ainsi matière à méditer car sous les coups de buttoir et les effets conjugués du néolibéralisme et du néo-conservatisme, c’est la démocratie qui succombe ! Cette démocratie inventée à Athènes et remise à l’honneur par les courants républicains dans le sillage des Lumières avant que les libéraux n’en usurpent plus tard toute la paternité.

X D, le 26 janvier 2008

(1) Wendy Brown : “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme” ; édition les prairies ordinaires ; novembre 2007.

(2) Le taux de profit est le rapport du profit au capital, lequel intègre capital constant (locaux, machines, matières premières etc.) et capital variable (salaires). La baisse tendancielle du taux de profit est liée à l’augmentation de la composition organique du capital, c’est-à-dire de la modification du rapport entre capital constant et capital variable au détriment du capital variable seul créateur de plus-value. Absolue (plus de temps volé) ou relative (captation des gains de productivité liés à l’augmentation de l’investissement – en quelque sorte le travail mort – et à l’organisation du travail), la plus-value est en effet extorquée aux travailleurs sous forme de sur-travail (non rémunéré).

Selon les économistes marxistes, cette modification est une contradiction forte du capitalisme qui continue cependant à accroître ses profits malgré cette tendance en trouvant de nouvelles formes d’exploitation à l’âge de l’impérialisme et des monopoles – pillage du tiers monde, spéculation financière accrue avec la globalisation, etc. – ou de nouveaux cadres d’intervention – le capitalisme monopoliste d’Etat (CME) qui assure une certaine socialisation des coûts par la collectivité nationale (industrie nationale permettant des tarifs bas pour les entreprises – électricité, transport, infrastructures, etc.- des prestations sociales et de services liés à la reproduction de la force de travail – couverture sociale, chômage, santé, vieillesse, hôpitaux, éducation nationale, etc). Ainsi externalisés, ces coûts ne rentrent plus dans la composition du capital. Cependant une partie d’entre eux sont à la charge des entreprises du fait des prélèvements sociaux obligatoires, sorte de salaires différés.

Aujourd’hui, la théorie du CME n’est plus à même de traduire la réalité du nouveau capitalisme à l’âge de la globalisation. Annoncée par Lénine et en vogue jusqu’à la fin des années 70, cette théorie analysait la connivence entre le grand capital monopolistique – national et international – et l’Etat. La sphère publique prenait en charge les activités non rentables et les investissements collectifs lourds, facilitant la rentabilité des grandes entreprises, ainsi allégées dans leurs coûts de production tandis que les commandes publiques dans des secteurs porteurs assuraient d’importants débouchés. La réalité actuelle a sensiblement modifié les rapports entre l’Etat et les monopoles. D’une part, l’internationalisation du capital et l’interpénétration des économies se sont considérablement développées, rendant plus difficile la régulation étatique nationale, d’autre part, la globalisation financière a radicalement réorienté les stratégies des entreprises, à la recherche de placements financiers spéculatifs plus rémunérateurs que l’investissement productif – d’où le phénomène des licenciements boursiers. La socialisation des grands moyens de production à l’échelle nationale promue par les théoriciens du CME n’est donc plus une réponse pertinente, la gauche gouvernementale ayant par ailleurs totalement renoncé à mener une politique industrielle dans le cadre d’une planification démocratique. L’Etat perd la maîtrise des secteurs bancaires, énergétiques et productifs et remet en cause sa sphère d’intervention sociale, laissant plus de place à la régulation par le marché dans un processus de financiarisation de l’économie. X D, le 07/12/04

(3) Mon article dans ce blog sur les sept piliers du néolibéralisme

Dans son manifeste altermondialiste, l’association ATTAC développe ses analyses pour servir le débat public. L’introduction est réservée au diagnostic du néolibéralisme.

Le premier pilier du néolibéralisme c’est le libre échange et la libre ciculation des capitaux, les deux facettes du même processus de marchandisation du monde. L’OMC assure une concurrence directe des travailleurs et des systèmes sociaux et exacerbe les contradictions entre les pays du centre et ceux de la périphérie. On assiste au laminage des souverainetés populaires, à l’apauvrissement des peuples soumis aux plans d’ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale. L’Union européenne s’attache aux mêmes objectifs, soumettant ses états à la concurrence libre et non faussée. L’affirmation des souverainetés populaires est nécessaire pour contrer ce processus.

Le deuxième pilier est une approche de la nature comme réserve inépuisable et comme dépotoir. Elle se traduit par l’accaparement des ressources naturelles et de la biodiversité par les multinationales du Nord et des pays émergents tandis que les pays pauvres du Sud sont voués à accueuillir les déchets polluants et dangereux et sont surexposés aux changements climatiques. La réponse est dans l’affirmation des biens publics et communs (eau, énergie,etc.).

Le troisième pilier est la mise sous tutelle de la démocratie. Le néolibéralisme affirme le lien entre les libertés économiques et politiques en taisant les contre-exemples (Chili de Pinochet ou Chine). ATTAC dénonce la politique africaine de la France dictée par des considérations économiques ( pétrole et phosphate). Pour libérer la démocratie de ses tutelles il faut de nouvelles formes de participation populaire, une formation à la citoyenneté garantie par l’éducation, le droit d’être informé et le droit d’informer.

Le quatrième pilier c’est les politiques publiques au service des propriétaires du capital. Les dérégulations publiques profitent au tout marché. Les politiques publiques garantissent l’attractivité des territoires pour les entreprises par la stabilité de la monnaie, les taux d’intérêts élevés, la circulation des biens, des services et des capitaux. Les politiques publiques sont aussi internationales : FMI, Banque mondiale et OCDE formée des trente pays les plus riches et dont les études et les préconisations apparaissent comme une machine de guerre idéologique pour la promotion des politiques libérales.

Le cinquième pilier c’est le pouvoir absolu des actionnaires dans l’entreprise qui marque une rupture avec les modes de gestion de l’après-guerre fondés sur un compromis entre les entreprises, les pouvoirs publics et les syndicats. Les actionnaires recherchent le profit au détriment de l’investissement. Les transactions financières et les opérations sur le marché des changes s’opèrent dans un marché mondial dérégulé qui tue la démocratie sociale : licenciements boursiers, délocalisations, absence de démocratie dans les entreprises.

Le sixième pilier c’est la guerre permanente et les politiques sécuritaires. La guerre sert le contrôle des ressources énergétiques avec l’appui des régimes réactionnaires chez qui prospère le fondamentalisme. Le rôle des Etats Unis et même de la France est dénoncé par ATTAC.

Le septième pilier relève du formatage des esprits. La mondialisation est présentée comme inévitable et souhaitable. L’entreprise idéologique est conduite sous l’égide des grands médias, des élites administratives, politiques et parfois syndicales. Elle s’appuie sur la critique du totalitarisme et du populisme (stigmatisation de la politique de Chavez). Elle développe sa légitimité dans l’industrie américaine du cinéma porteur de l’ “american way of life”. Le refus de l’impérialisme culturel et linguistique par la promotion de la diversité des cultures et des langues constitue la réponse à cette offensive.

Nous prolongerons ces analyses fort intéressantes dans des prochaines notes qui aborderons la lutte contre toutes les dominations, l’Europe et la démocratie. Ce diagnostic introductif permet de mieux cerner le néolibéralisme. Ce manifeste est disponible en librairie. “Manifeste altermondialiste” aux éditions mille et une nuits, janvier 2007 (2,50 euros). Xavier DUMOULIN le 20/01/07

Désert d’avenir à gauche ?

Libé nous apprend que Guillaume Bachelay s’interroge sur l’avenir de la gauche dans un ouvrage à paraître à la rentrée. Titre possible : “Désert d’avenir ?”. Le quotidien qui fait une large place à la guerre des générations au PS, présente la problématique du livre. “Comment le PS peut-il s’adapter à la mondialisation libérale sans pour autant se droitiser ?”

Est-ce bien le reflet du questionnement de ce brillant et jeune socialiste fabiusien ? Si tel était le cas nous ne pourrions que lui conseiller de réfléchir davantage à la problématique.

Certes, la France et l’Europe se meuvent dans un environnement international donné incontournable. Est-ce à dire, comme on l’affirme trop péremptoirement dans les cercles idéologiques libéraux, qu’il n’y aurait aucune alternative aux politiques en oeuvre aujourd’hui dans notre région du monde ?

Faisons le pari qu’il existe à gauche des forces disponibles pour une réflexion décompléxée sur ces questions. On souffre depuis trop longtemps d’un non-dit sur une mondialisation libérale, prétexte à tous les renoncements et à toutes les trahisons. Faut-il analyser cet impensé comme le symptôme  “d’une décomposition intellectuelle du social-libéralisme” évoquée hier par Jean Pierre Chevènement sur son blog ? Ce mentor de la gauche républicaine et sociale qui oeuvre avec courage et intelligence depuis des lustres pour sortir la gauche de sa torpeur et de ses impasses sait de quoi il parle pour avoir payé de sa personne cet affront à la bienpensance de l’Establisment. Les étroites et fragiles marges de la gauche du PS  ne l’ont  pas beaucoup suivi jusqu’alors et il a fallu la dynamique de la présidentielle pour entamer un nouveau dialogue sur l’Europe.  Autour de sa personne et bien au-delà de son mouvement, il y a pourtant beaucoup de militants disponibles pour une profonde remise en question du social libéralisme. C’est à l’ordre  du jour, ça  cristallise  des divergences bien réelles et ça engage l’avenir de la gauche.

Il n’y a plus d’échappatoire possible pour ceux qui veulent reconstruire la gauche.  Je concède qu’une franche posture de rupture avec trois décennies d’engourdissement suppose quelques exercices de préparation. Le temps de la critique est pourtant venu. Qu”est-ce qu’on attend pour avancer ensemble et poser les bases d’un avenir désirable ? 

X D, le 11 juillet 2007

Une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements

Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n’a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire non pas entre la gauche et la droite mais entre courants de gauche. Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis “le jauressisme de gauche”, fut-il qualifié de “centriste”  pour ses positions conciliantes envers l’aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l”Internationale – après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920. Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d’un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, “trop connu pour ne pas être méconnu” selon Philippe Corcuff, révêle “une tradition française réformiste révolutionnaire” susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. “Les militants socialistes actuels qui croient, selon P Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l’économie de marché n’en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos”.

Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique de la droite à la présidentielle de 2007, la position “centriste” originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin – peut nous éviter un double écueil :

-  Celui de l’abandon par la gauche de l’essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d’un prétendu  caractère indépassable de l’économie de marché dominée par le néolibéralisme. C’est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la “parenthèse libérale” augurée par son prédécesseur à Matignon; l’adoption et la mise en oeuvre du “grand marché”,  de “l’acte unique”, des  traités de Maastricht et d’Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin – ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d’actifs d’entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 – ; le positionnement actuel prétendument social-démocrate mais parfaitement social-libéral d’un Strauss-Kahn;

- Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste – incarnée jadis par Guy Mollet –  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d’opposition. C’est une tentation d’autant plus forte en cette période qui voit fleurir des critiques acérées sur la conduite d’une campagne présidentielle jugée perdue du fait même d’un discours droitier – c’est notamment la thèse de C Bartolonne dans son dernier ouvrage, thèse énoncée aussi par une large fraction de dirigeants socialistes à l’instar de L Fabius ou de J Mélenchon – alors même qu’un grand pas avait été franchi par le “ségolisme” sur les questions européenne et républicaine pourtant chères à ces deux contradicteurs, suite à l’accord MRC-PS et compte tenu, également, de la personnalité de la candidate. Chacun sait bien, par ailleurs, que les plus sociaux-libéraux dans la gestion gouvernementale ne sont pas forcément les moins disants en critiques gauchisantes dans l’opposition ! Les courants d’extrême-gauche  demeurent quant à eux totalement étrangers à toute perspective d’exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d’épuisantes querelles de chapelles parfaitement ésotériques pour le profane. 

Pour sortir de ces impasses, la posture centriste pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de “la  gauche de gauche” et de  l’altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche. Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche reste le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité. 

Il s’agit d’un  engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d’autres régions du monde, couplé d’un travail d’analyses, d’échanges et  d’éducation populaire.  Une telle perspective – en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme – suppose l’élaboration collective, en France, d’un  projet politique visant à souder un “Front de classes” d’abord  ancré dans les couches populaires ( sans oublier les travailleurs précaires ) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles. C’est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C’est une volonté de peser pour une Europe solidaire vraiment européenne, tournée vers le Sud et l’Est en contrepoids à la mondialisation libérale et à l’unilatéralisme américain.

La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique ”centriste” à la recherche de l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau ”centrisme” a besoin d’être expliqué pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C’est un défi encore loin d’être relevé !

X D, le 8 juillet 2007 

Les gagne-petit de la politique condamnés au syndrome des saute-frontières

Il y a bien quelques imprudences à gober sur parole les promesses qui n’engagent, selon l’adage, que ceux qui y croient ! Tel qui voulait changer la vie, ironise Jean d’Ormesson dans un billet pour Libé de ce jour, finit par changer d’avis… Et l’académicien d’évoquer les figures des  “présidents saute-frontières” de la V° République, en rupture de promesses faites à leur propre camp pour justifier leurs reniements respectifs et les chassés-croisés de la gauche et de la droite.

Sans doute, l’histoire réserve-t-elle bien des surprises; c’est que les rapports de forces –  exprimés sous forme de  réalités économiques, sociales et  juridiques -, l’hégémonie culturelle et politique des classes dominantes, les mentalités collectives et le poids des habitus structurent profondément des relations de pouvoir bien difficiles à déplacer. Le grand historien regretté de l’Ecoles des annales, F Braudel, distinguait trois rythmes dans l’histoire : le temps géologique qui place le décor quasi immuable de l’activité humaine, celui des longs cycles de l’économie puis le temps court de la conjoncture politique. Cette autre façon de présenter, après Marx,  la dialectique entre infra et superstructures n’enlève rien à l’idée de faire l’Histoire. Celle-ci ne se résume pas à l’accomplissement hégélien du génie de l’Esprit pas plus qu’elle ne traduit l’avancée mécanique vers l’âge positif, chère à la physique sociale d’Auguste Comte, et, d’une autre manière, à la vulgate marxiste qui voulait croire que le communisme sonnerait sa propre fin. Malgré  les délires du néo-conservateur Fukuyama, le monde reste toujours confronté aux réalités de la vie sociale faite d’avancées et de reculs et son devenir n’est inscrit nul part dans un monde en turbulence. La vision irénique d’un grand village planétaire pacifié est aussi sotte que celle du grand marché européen dans lequel la concurrence libre et non faussée asurerait d’un même élan la fusion des peuples et la prospérité.

Dans son  papier, Jean d’Ormesson vilipende avec humour la politique en s’appuyant sur les vire-voltes et têtes à queue des hommes de gauche aspirés par la droite et des hommes de droite ouverts à la gauche. Cette ironie d’une plume agréable et légère ne manque pas de réalisme cynique. Elle  traduit un certain relativisme conservateur basé sur une idée d’équivalence des politiques condamnées à la gestion des contraintes. Nourrie par l’actualité et des faits pourtant par trop avérés, elle prétend en ce sens titiller  nos consciences d’hommes et de femmes de progrès. Pour avoir du son nous pourrions ânonner avec Jean d’Ormesson quelques basses considérations  de tripot en guise de problématiques : peut-on vraiment s’émanciper des pesanteurs collectives d’ordre psycho-socio-économiques ou géo-stratégiques ? est-on condamner à trahir des idées généreuses  qui ne passeraient jamais l’épreuve des réalités humaines ?

Autant de platitudes sur la condition de l’humanité nourriraient cette vision sidérante de la politique s’il n’y avait cet autre registre de “la grande politique”, laquelle ne refuse pas les emprunts à Machiavel, Rousseau, Marx ou Gramsci pour envisager d’arracher le monde à son destin et délivrer les politiques de leur trop étroites contingences. C’est le grand art machiavélien que de savoir utiliser la virtù – cette capacité subjective – pour faire fructifier la fortuna - les conditions objectives -, au lieu de se couler dans le cours objectif de l’histoire en s’y livrant pieds et poings liés. Nous arrivons là bien loin des considérations préliminaires de notre talentueux académicien pour qui ” les gouvernants ne tardent jamais beaucoup à mener, volontairement ou involontairement, une action à peu près opposée à celle pour laquelle ils ont été élus “.

Cette dérision de la politique érige l’impuissance en principe d’actions.  Elle oublie les grandes voix de ceux qui portaient au plus profond d’eux-mêmes le sens de l’intérêt général bien compris et surent bouger les lignes pour rassembler autour d’enjeux élevés.  Mais que n’entendons-nous les  héritiers putatifs d’un Jaurès ou d’un de Gaulle sortir la politique de cette triste léthargie ?

X D, le 20 juillet 2007

Agir en hommes libres

Depuis les premières générations de socialistes révolutionnaires, il est d’usage à gauche de marquer son territoire idéologique à l’encre rouge. Karl Marx, le premier, s’insurgeait contre les anarchistes avant de s’en prendre au programme platement réformiste des socialistes allemands. Son gendre, Paul Lafargue, à qui l’on doit l’importation en France d’un pseudo-marxisme, dogmatique, mécaniste et sectaire, très éloigné de l’oeuvre originale et géniale, fut avec Jules Guesde un terrible pourchasseur des hérésies socialistes au premier rang desquelles, jugeaient-ils alors, figurait la puissante pensée de Jean Jaurès. Il fallut des hommes comme Edouard Vaillant - lui-même originairement blanquiste et donc à la fois jacobin, patriote et révolutionnaire - pour concilier enfin les protagonistes. Et je pourrais citer les interminables polémiques entre “possibilistes”, guesdistes et d’autres tendances comme celle qu’incarnait alors Jean Allemane, authentique figure du prolétariat révolutionnaire et de laquelle se réclamait Lucien Herr dont l’influence intellectuelle sur Jaurès fut parait-il décisive dans sa “conversion au marxisme”. Allemane, à l’origine de tendance possibiliste, devint vite  scissionniste du parti de Paul Brousse et fonda le PSOR. Tout dans l’histoire socialiste est affaire de débats d’une richesse parfois phénoménale mais souvent pervertie par une dérive sectaire générant divisions de chapelles et excommunications… L’histoire des congrès ouvriers de la période post-communarde en constitue une excellente illustration. C’est grâce à la soif d’unité d’un Jaurès que se réalisa enfin, en 1905 au congrès du globe à Paris,  l’unité organique du prolétariat dans la section française de l’internationale ouvrière.

Y aurait-il un destin du socialisme français condamné à reproduire les mêmes tares séculaires ? La réalité actuelle pousserait  à considérer les choses sous cet angle si nous n’avions par ailleurs ces puissants modèles rédempteurs au travers  d’hommes de synthèse au  génie intellectuel et politique  reconnu de tous. Je veux évoquer Jean Jaurès, l’homme de la synthèse républicaine et socialiste, et Pierre Mendes-France, ce rénovateur du radicalisme, tout à la fois pragmatique et visionnaire. Tous deux savaient modérer l’appétit de pouvoir. Tous deux s’appliquaient à mettre en harmonie la parole et les actes. La vérité guidait leurs pas.

Aujourd’hui la gauche du  vingt et unième siècle a d’autres horizons. Elle n’est pas dépourvue d’hommes et de femmes de tempérament, d’expérience et de talents et il n’y a aucune fatalité de l’échec et de la division. Pour peu que la raison l’emporte sur les passions, de grandes choses restent encore possibles.  A la base nous attendons des paroles et des actes à la hauteur des défis de cette période quand  triomphe l’esprit de lucre au détriment des valeurs républicaines. En hommes libres et égaux, nous voulions retrouver jadis les chemins de l’émancipation et de la fraternité. Beaucoup d’esprit civique et une conduite vraiment citoyenne ne nous rapprocheraient-ils pas d’un tel idéal ? Alors, serait-ce vraiment trop demander aux héritiers de l’esprit des Lumières de bien vouloir écouter leur raison pour purger ce ‘tout à l’égo” et promouvoir l’universel ?

X D, le 28 juin 2007

Ne plus se payer de mots mais agir à gauche

Le grand déballage public autour d’enjeux personnels sert d’éxutoire à une certaine élite rose qui n’entend nullement procéder à son examen de conscience. Cet exercice nourrit d’ailleurs une approche frénétique et caractérielle de la politique, l’amnésie volontaire constituant une ruse opératoire pour éviter les sujets qui fâchent et l’attaque ad hominem, la manière peu élégante de canaliser les énergies.

Il ne suffit pas de jouer à plus à gauche que moi tu crèves pour exorciser le diable social-libéral et s’offrir une bonne conscience comme d’autres allaient à confesse. La liturgie socialiste voudrait, comme par magie, envoûter ses bons disciples, en se donnant une belle messe socialiste dans un congrès d’une teneur “à gauche toute” à partir duquel les ouailles socialistes porteraient à nouveau la bonne nouvelle dans cette terre de mission dominée par le sarkozysme.

Pendant que l’on se paie de vilains mots en aiguisant les couteaux pour sacrifier le bouc-émissaire, le nouveau bloc au pouvoir, avance à découvert. Sans doute quelque peu lézardé par les outrances de ses propositions en matière d’immigration – son intention affichée de maîtrise des flux migratoires s’accommodant d’une violation flagrante des principes républicains : tests ADN pour les étrangers voulant justifier leur appartenance familiale, limitation d’accès aux mesures d’urgences, etc. – il n’en poursuit pas moins sa course folle et débridée à la liquidation d’un modèle social issu du programme du Conseil national de la résistance. Quelle ringardise, n’est-ce pas? Cette remise au pas du pays suppose l’acceptation – par l’adoption d’un prétendu mini-traité qui n’est autre que le TCE rejeté massivement par notre peuple en 2005 – d’une Europe mondialisée dans laquelle la concurrence est libre et non faussée. On peut bien afficher quelques velléités vis à vis de la Banque centrale ou de la protection de certains marchés mais il y a quelques contradictions à se prévaloir d’une telle vision lorsque l’on montre par ailleurs sa totale allégeance aux objectifs du MEDEF et des mécanismes de régulation de la société de marché noyée dans le néolibéralisme. La politique budgétaire, fiscale et sociale du gouvernement s’inscrit totalement dans une perspective libérale ; celle qui organise dans le même temps  la dérèglementation du droit social – droit du travail et de la sécurité sociale – pour accentuer la précarité du travail, alléger son coût et désocialiser les dépenses liées à sa reproduction (santé, logement, services publics de proximité, etc.). Cet ensemble pose le cadre d’une politique économique qui, privée de ses principaux leviers, ne laisse guère augurer d’une croissance à la hauteur des espérances proférées par le président. Ce dernier prétend pourtant favoriser le travail et récompenser l’effort quand il incite en fait plus à la spéculation qu’à la création de richesses.

Comment agir autrement, dans le respect de l’autonomie des syndicats et des forces associatives, qui pourraient d’ailleurs inspirer davantage les partis de gauche, pour retrouver une capacité d’initiative et contrer  le pouvoir dans son entreprise néo-conservatrice sur le plan sociétal et néo-libérale dans les domaines économique et social ? Comment offrir une perspective d’alternative crédible sans repasser les mêmes plats, fredonner les mêmes rangaines et véhiculer les mêmes faux espoirs ?

Plutôt que de faire prévaloir la méthode Coué en évitant soigneusement d’aller là où ça fait mal, les dirigeants de la gauche seraient sans doute mieux inspirés de procéder à un vaste examen critique de la période pendant laquelle ils purent épisodiquement mais durablement gérer les affaires du pays.

Plutôt que de se contenter d’ériger, en bons sophistes, les faits en arguments d’autorité - comme ils le firent pendant la campagne en proclamant le dépassement des contradictions entre les camps du oui et du non lors du référendum sur le TCE ou bien en rappellant que le socialisme français a déjà fait son Bad-Godesberg un certain 23 mars 1983 à 11 h du matin -, nos ténors de gauche seraient aussi bien avisés de procéder à une analyse plus minutieuse  des vingt cinq dernières années. C’est d’ailleurs ce que réussit parfaitement Guillaume Bachelay dans son ouvrage ” Désert d’avenir ? Le Parti socialiste, 1983-2007 ” publié dans l’encyclopédie du socialisme. De notre point de vue, cette critique assez radicale des retournements de la gauche de gouvernement, atteint un degré qualitatif pertinent qui permet de réelles convergences à gauche pour entamer la reconquête sur de solides bases. Ce livre dont je vous recommande la lecture analyse, à sa façon, la dérive social-libérale, laquelle est aussi excellemment évoquée par Jean Pierre Chevènement dans “La faute de M.Monnet” aux éditions Fayard. A la différence de Jean Pierre Chevènement qui mena le combat contre le tournant de la rigueur et le dévoiement du socialisme français dans le paradigme européiste, Guillaume Bachelay n’était peut être pas en âge de voter lors du traité de Maastricht qui paracheva une construction européenne complètement libérale. C’est sans doute ce qui explique sa grande liberté de ton et la fraîcheur de son propos. De quoi conforter, ceux qui, à gauche, n’ont jamais renoncé à combattre haut et fort, contre les vents dominants, un européisme responsable de tant de démission.

Nous reviendrons sur ces ouvrages qui vont au fond des choses pour appréhender la réalité et tenter d’apporter des réponses utiles pour un véritable changement de cap à gauche !

X D, le 14 octobre 2007

Une voix mise à l’index

Créé par le 23 juil 2008 | Dans : Parti socialiste

Jack Lang. Au Parti socialiste, le vote du député du Pas-de-Calais en faveur de la réforme constitutionnelle ne passe pas. Pas officiellement exclu, l’élu n’est plus le bienvenu.

PASCAL VIROT

QUOTIDIEN LIBERATION : mercredi 23 juillet 2008

S’il en est un qui doit bien rire, c’est Nicolas Sarkozy. Non seulement il a fait adopter – de peu – lundi, «sa» réforme de la Constitution, mais encore il a déclenché la zizanie au sein de la principale formation d’opposition. Une zizanie qui pourrait se transformer en crise interne au Parti socialiste. La mèche qui a allumé ce feu ? Jack Lang, seul parlementaire du PS à avoir voté, au Congrès de Versailles, la réforme constitutionnelle, conformément à ce qu’il annonçait dès lundi dans Libération. Il n’est pas seul à porter la responsabilité de la victoire du chef de l’Etat : le projet de loi a été adopté avec une voix d’avance. N’empêche. Son geste a déclenché, hier, une kyrielle de réactions accusatrices, mais aussi l’embryon d’un débat qui, à n’en pas douter, rebondira au congrès socialiste de Reims, en novembre, et qui tient en une question : comment s’opposer à Nicolas Sarkozy ?

Convocations. Vice-président du comité Balladur chargé par Nicolas Sarkozy de plancher sur la modernisation des institutions de la Ve République, Jack Lang n’a jamais caché que la réforme, dont il est «coauteur», comme il le revendique, comportait de graves «lacunes». Mais son vote positif n’est pas une surprise. Sauf peut-être pour ses petits camarades socialistes qui n’ont eu de cesse, pour la plupart, depuis lundi, de crier «haro sur le Lang !» Au PS, on sait encore exclure. Mais difficile d’excommunier cette figure de la mitterrandie. Alors on se contente de dire qu’elle a quitté d’elle-même la maison commune… C’est vrai pour Julien Dray, qui considère que Lang «n’a plus sa place dans notre famille». Quant à François Hollande, il appelle le député à «prendre conscience de ce qu’il a fait et en tirer toutes les conclusions sur le plan moral». Jean-Marc Ayrault, patron des députés socialistes, malgré les précautions de langage, le renvoie de facto : «Il a franchi le Rubicon. Il n’y a pas d’exclusion formelle. On a pris acte que Jack Lang s’est mis lui-même en dehors du groupe socialiste.» Concrètement, cela signifie qu’il ne recevra plus les convocations bihebdomadaires pour la réunion des députés PS. Jusqu’au bout, Ayrault a tenté de convaincre Lang de ne pas commettre l’irréparable : «Ne viens pas à Versailles, abstiens-toi !» l’a-t-il exhorté à plusieurs reprises. En vain. Le maire de Nantes est d’autant plus furax qu’il pointe derrière tout cela une opération bassement politique : «Cette affaire est managée en direct de l’Elysée, avec Claude Guéant [secrétaire général de la présidence, ndlr].»

Posture. A 68 ans, Jack Lang n’a cure de cet hallali. «Je ne lis pas cette littérature de haut vol», a-t-il confié à Libération.«Il faut donner un peu de temps au temps», pondère-t-il aussi, devant cette «avalanche d’attaques très basses». Mais c’est pour mieux contre-attaquer. Son entourage s’amuse de voir que «les donneurs de leçons dessinent souvent des autoportraits». Et de prendre l’exemple de Ségolène Royal, «la candidate héroïne», qui citant François Mitterrand, mais non son ancien ministre de l’Education nationale, l’avait carrément traité de félon, lundi soir : «Sur le chemin de la trahison, il n’y a que le fleuve de la honte à traverser.» «Quand elle a négocié avec François Bayrou dans l’entre deux tours de la présidentielle, quelles instances du PS l’ont autorisé à ce changement d’alliances et à lui proposer le poste de Premier ministre? Balaie devant ta porte !» rétorquent les amis de l’élu du Pas-de-Calais. Un député qui est sans doute plus affecté par la réaction des 14 parlementaires de son département qui se sont «clairement désolidarisés», hier, de son geste.

L’élu de Boulogne-sur-Mer dit pourtant «respecter le point de vue qui est strictement politique» de ses détracteurs. Nous y voilà. Car, derrière la querelle portant sur la posture de Jack Lang, se profile une question éminemment politique : celle de l’attitude à adopter face à la droite. Dans le Monde daté d’aujourd’hui, quatre députés socialistes (Christophe Caresche, Jean-Marie Le Guen, Gaëtan Gorce et Manuel Valls), qui ont voté contre la révision constitutionnelle, s’interrogent de ce point de vue«sur la pertinence de la stratégie du Parti socialiste». Et dénoncent «son incapacité à s’abstraire d’une forme d’antisarkozysme pavlovien qui le conduit à s’opposer systématiquement à tout projet émanant du président de la République».

Ce débat sera, sans nul doute, largement évoqué au congrès de Reims. Déjà, les antagonismes se font jour. Ainsi, Jean-Marc Ayrault récuse-t-il totalement l’opposition «pavlovienne». «Il y a une forme de séduction de Sarkozy, mais il n’y a pas que le style, assure-t-il. Mais j’ai un vrai désaccord de fond avec leur conception : le devoir de gauche, c’est de s’opposer à la droite. On nous dit qu’il y a une avancée dans la Constitution : Sarkozy ne pourra faire que deux mandats. Mais, moi, je veux qu’il n’en fasse qu’un. Pas de complaisance !» Oui, le chef de l’Etat doit bien s’amuser…

Ségolène Royal : « Ma gauche est celle qui affronte la réalité, qui ne se résigne pas »

Créé par le 26 juin 2008 | Dans : Parti socialiste

Le 8 juillet, Ségolène Royal publiera un ouvrage dans lequel elle confronte son analyse de la société française avec le sociologue Alain Touraine. Les deux auteurs dialoguent autour de sept thèmes.

Ségolène Royal préconise une réforme de l’Etat-providence. Elle défend le principe d’un « Etat préventif », capable d’intervenir en amont afin de prévenir les difficultés économiques et sociales, insiste sur la nécessité de réduire la dette publique et se prononce en faveur d’un régime de retraite « par points ».

A cinq mois du congrès du PS, parti qu’elle souhaite diriger, Ségolène Royal considère qu’il « vaut mieux une bonne querelle qu’une mauvaise synthèse »
Si la gauche veut des idées, de Ségolène Royal et Alain Touraine, Grasset, 336p., 20 euros

Un Etat préventif

Cette idée d’un Etat préventif, qui intervient et investit prioritairement avant, plutôt qu’après, on peut la décliner dans bien des domaines. Les délocalisations et plans de licenciement massifs d’abord. Aujourd’hui, nous les subissons : ce sont les salariés qui sont victimes, et les contribuables qui en financent les conséquences.

Il faut changer de stratégie. D’abord, en mettant en œuvre une stratégie de compétitivité par le haut, et non de concurrence par le bas. Pour cela, il faut mettre l’accent sur la formation des salariés, sur les investissements en recherche et en innovation des entreprises, notamment dans les PME.

Ensuite, l’Etat et les régions doivent conditionner leurs aides aux entreprises à des comportements responsables en préservant une capacité d’intervention à travers une agence de réindustrialisation permettant des maîtrises publiques temporaires. La question des salaires impose le même type de démarche.

Dans l’immédiat, l’annulation de l’aberrant « paquet fiscal » aussi injuste qu’inefficace permettrait de récupérer des marges de manœuvre. (…) L’Etat ne peut certes pas donner d’ordres aux entreprises, mais il doit utiliser les leviers dont il dispose, comme les exonérations de cotisations patronales.

Qui nous empêche de conditionner ces aides non pas à l’ouverture de négociations salariales – ce qui n’engage à rien –, mais à la conclusion d’accords entre patronat et syndicats sur les salaires et les conditions de travail ?

Là encore, l’Etat ne doit pas agir seulement pour réparer, à travers des exonérations de charges, qui se superposent de législation en législation. Il ne doit pas, sauf exception ou urgence comme aujourd’hui, compenser l’absence d’augmentations salariales par des allocations provisoires, mais doit au contraire stimuler la négociation sociale, de façon ciblée et incitative, pour amener les entreprises à adopter des principes de justice et de responsabilité. Les incitations fiscales doivent être délivrées en fonction du degré d’exposition des entreprises à la concurrence internationale et de leur respect du dialogue social.

Dernier exemple, celui de la dette, sujet macroéconomique par excellence, que l’on a tendance à ne traiter que sous l’angle comptable et qui paraîtra le plus éloigné des sujets de ce chapitre. Ce n’est pourtant pas le cas. La réduction de la dette, ce n’est pas une priorité parmi d’autres, c’est une obligation. La dette n’est pas un prétexte pour faire moins, c’est une obligation pour faire autrement. (…) Notre dette est le produit d’un système qui fonctionne mal, d’un Etat rigide ou de groupes de pression puissants.

Si on ne remet pas en cause les règles du jeu, on ne réussira pas à faire baisser la dette. Il faut rompre avec une mauvaise habitude française : ne jamais remettre en cause les anciennes dépenses, et venir y empiler les nouvelles. La nouvelle règle du jeu, en ce domaine, est simple : 1 euro dépensé doit être 1 euro utile. Cela signifie très concrètement : ne pas engager de dépenses nouvelles sans économies sur les dépenses anciennes; reconduire des dépenses anciennes seulement après évaluation de leurs résultats avec les usagers. Et surtout, un Etat efficace grâce à une nouvelle étape de décentralisation.

La France métissée

Que de débats ai-je levés avec La Marseillaise, le drapeau, la nation, l’identité, la France, tout cela dont les socialistes n’osaient plus parler !!! Et l’hymne national que nous n’osions plus chanter, l’ayant abandonné à la droite et à l’extrême droite, comme jadis le thème de la famille. Et de même que j’ai fait revenir dans les références de la gauche l’affirmation du rôle majeur des familles, de même que j’ai fait revenir vers la gauche la question de l’autorité par le concept d’ordre juste, de même j’ai assumé, défendu, illustré l’identité nationale et l’hymne national.

Une fois de plus ce sont les grincements dans mon propre camp qui ont malheureusement affaibli le message. (…) La France métissée, comme aujourd’hui l’Amérique métissée de Barack Obama, a d’abord besoin de se reconnaître comme telle. Cette réalité n’est pas regardée en face et n’est pas reconnue. Son invisibilité économique, sociale et politique est le premier obstacle à lever, pour avancer.

Car il y a bien des « mécanismes de stigmatisation et de relégation » dans la société française, de discrimination négative, et donc de talents gaspillés. Le vote massif des jeunes des quartiers nous donne, à nous socialistes, une responsabilité considérable. Et je m’en sens personnellement redevable.

Je propose, pour renforcer le sentiment d’appartenance à la nation, de créer une cérémonie républicaine pour tous les jeunes, quelle que soit leur origine, pour le passage à la majorité à 18 ans, l’âge du droit de vote. Je crois aussi que le service national civil maintes fois proposé mais jamais réalisé doit effectivement être mis en place.

La fragmentation de la société

Dans le même temps où le salariat s’est généralisé, notre société est de plus en plus fragmentée par la diversité des statuts, notamment professionnels. Les catégories sociales traditionnelles n’ont plus de correspondances politiques automatiques. Je dirais : moins que jamais. (…)

Les clivages démographiques jouent désormais un rôle essentiel. Les moins de 35 ans, tout d’abord, nés avec la crise des années 1970, subissent de plein fouet la précarisation de l’emploi, alors qu’ils ont bénéficié de la démocratisation de l’éducation (même s’il y a débat sur la portée de ces bénéfices). Ils ont grandi dans une société débarrassée des conformismes des années 1950 et 1960, marquée par l’explosion des médias audiovisuels et des révolutions technologiques.

A l’autre bout, les plus de 60 ans ont connu les « trente glorieuses » de la société industrielle et ont été élevés dans une France encore traditionnelle. Ils ont souvent rencontré la crise économique en fin de vie active et bénéficient de notre système de retraites par répartition, lequel leur assure un revenu régulier, auquel s’ajoute souvent un patrimoine, même minime, qu’ils ont pu acquérir.

Il y a, rappelons-le, une pauvreté dramatique chez les retraités – surtout les retraitées –, mais elle touche une proportion moindre de personnes âgées qu’il y a trente ou quarante ans. Enfin, les 35-55 ans – ce cœur de la population active – doivent élever et éduquer leurs enfants plus longtemps qu’avant, reçoivent éventuellement l’héritage de leurs parents à un âge tardif, du fait de l’allongement de la durée de vie.La réforme des retraites

Plutôt que de concevoir les évolutions de nos systèmes de protection sociale en fonction de strictes contraintes d’adaptation comptable, il faut les reconsidérer en fonction de nos objectifs d’épanouissement de l’individu. Peut-on par exemple poser sans tabou la question de l’activité après 60ans ? Oui, nous devons le faire, et nous devons trouver, sous certaines conditions bien sûr, les nouveaux atouts de l’allongement de la vie. (…) 
 

La notion d’âge elle-même n’a plus de sens précis, et viendra un jour où empêcher une personne de travailler, de s’assurer ou de pratiquer un sport ou toute autre activité parce qu’elle a dépassé un seuil d’âge sera considéré comme une discrimination. (…)

Je propose que la gauche fasse sien le projet d’une évolution profonde de l’ensemble de nos régimes de retraite de base vers un système inspiré de la réforme suédoise, dans lequel chaque cotisant dispose d’un compte individuel sur lequel il accumule des points tout au long de sa vie active de façon à déterminer le montant de sa pension au moment où il choisit de partir en retraite.

La stratégie d’alliance

Je pense, comme Alain Touraine, que la question des alliances découle de la redéfinition d’une force socialiste attractive. Un Parti socialiste attractif et ambitieux peut et doit progresser au-delà des 20 %-25 % que j’évoquais. Mais jamais dans notre histoire un candidat socialiste ou le PS n’ont obtenu plus de 35 % au premier tour d’une élection décisive (c’est le score obtenu par François Mitterrand au premier tour de la présidentielle de 1988). J’ajoute qu’à cette époque François Mitterrand s’est bien gardé d’attaquer le candidat du centre, Raymond Barre. Bien au contraire, François Mitterrand a fait campagne au second tour sur le thème de « l’Etat impartial ».

Il existe donc une irréductible pluralité de la gauche, dont le Parti socialiste se doit d’être le fédérateur. Une fois cette gauche rassemblée, une ouverture vers d’autres mouvements est possible. Je suis convaincue que seul un Parti socialiste fort, reconstruit, sûr de ses valeurs claires, pourra ensuite – et j’insiste : ensuite – envisager les alliances adéquates pour rassembler une majorité de Français autour de son projet.

D’ailleurs, c’est ce qui fut fait au second tour de la présidentielle : rassembler toute la gauche puis tendre la main sur la base d’un projet aux électeurs démocrates du centre. (…)

Nous ne sommes plus dans une société où l’appartenance sociale détermine automatiquement le vote. (…) Les électeurs ont désormais acquis une autonomie et une liberté de pensée qui n’est que la conséquence du processus d’individualisation que nous avons longuement détaillé dès l’ouverture de ce livre. Les identités politiques ne sont plus figées. Elles se reconstruisent à chaque élection, en fonction des contextes sociaux et médiatiques, des enjeux, des candidats eux-mêmes.

Les électeurs de gauche sont particulièrement exposés à cette quête d’identité. Pourquoi ? Parce que, en dépit d’un attachement à des valeurs et à des convictions, l’identité de gauche ne va plus de soi. Ce livre en témoigne : nous ne parlons que de ce sujet depuis notre première rencontre. Parce que le monde dans lequel nous vivons a changé, « être de gauche » n’a plus la même traduction systématique.

Les messages que les électeurs envoient en votant n’ont pas toujours un contenu idéologique construit. Je doute que ceux qui votent pour l’extrême gauche soient tous des trotskistes convaincus. Ils expriment en revanche une colère et une demande de radicalité évidentes. Je ne suis pas sûre que tous les électeurs de François Bayrou en 2007 aient tous été des démocrates chrétiens convaincus, mais ils ont dit leur volonté de sortir d’une logique de « bloc contre bloc ».

Nous sommes à la fin d’un cycle politique. Celui qui a été ouvert au congrès d’Epinay doit se clore maintenant, pour en commencer un nouveau. L’union de la gauche de François Mitterrand, telle qu’elle a été conçue dans les années 1970, puis la gauche plurielle de Lionel Jospin servent de socle, mais ne suffisent plus.

Les défis du Parti socialiste

Je partage deux des constats établis par Alain Touraine. Oui, nous sommes collectivement responsables de cette « perte de contact avec tous les secteurs de la vie sociale ». Oui, « le PS perd peu à peu de sa force de mobilisation ». Le constat n’est pas qu’électoral, même si les élections municipales ont été encourageantes, il est intellectuel et social.

Le Parti socialiste n’est pas suffisamment au cœur des mobilisations sociales ni des débats intellectuels. Nous sommes peu présents dans les mouvements sociaux et n’avons pas d’échange avec eux. Cet écueil tient à notre façon de faire de la politique. Le PS est un point de rencontre entre des électeurs d’origines très diverses, mais il n’est pas pour autant un lieu de convergence durable ouvert à la société. Plusieurs raisons expliquent cette faiblesse.

La première, la plus souvent invoquée, relève de la sociologie et de la démographie des adhérents du parti. Il nous manque en effet des femmes, des jeunes, des employés et des ouvriers et cette France métissée qui est venue massivement voter pour nous. Cela est vrai. Pourtant, les candidats PS aux municipales ont montré qu’ils savaient accueillir sur leurs listes des employés, des ouvriers, des syndicalistes, des responsables de la vie associative et de la vie économique ou des jeunes de toutes origines, des artisans ou des agriculteurs. Bref, tous ceux qui font la France. Ils savent aussi être à l’écoute.

La démocratie participative est présente dans presque tous les projets des candidats socialistes. Le Parti socialiste a donc su irriguer la France par ses élus. Nous devons en retour apprendre, en repensant notre organisation, à enrichir davantage notre projet. (…)

Ma gauche est celle qui affronte les réalités, qui ne se résigne pas, même lorsque ces réalités sont désagréables, et surtout lorsqu’elles sont difficiles. Je ne veux pas d’une gauche qui, sous couvert de réalisme, renoncerait de fait à corriger un certain nombre d’inégalités et d’injustices, notamment celles produites par le libéralisme économique. Ce dont le socialisme a impérativement besoin, aujourd’hui plus que jamais, c’est d’une lucidité radicale. (…)

Qu’est-ce qu’un parti où, sans que la chose soit jamais admise, une sorte de loi salique (unique en Europe) serait tacitement reconduite, et où la guerre amère de quelques hommes (et de quelques femmes) pour le seul pouvoir d’empêcher ne connaîtrait jamais de fin ni même de trêve ? Mieux vaut une bonne querelle qu’une mauvaise synthèse qui, toujours, à plus ou moins long terme, nourrira des affrontements autrement plus diviseurs qu’un vrai débat, aussi tendu soit-il.

LE MONDE | 26.06.08 |

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