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Les recettes idéologiques du président Sarkozy par Serge Halimi

Créé par le 05 août 2007 | Dans : Articles de fond

Sources : site du Monde Diplomatique http://www.monde-diplomatique.fr/2007/06/HALIMI/14838

Avec plus de deux millions de voix d’avance sur sa rivale socialiste, M. Nicolas Sarkozy a été élu président de la République française le 6 mai dernier. Acquis avec un taux de participation électorale très élevé (83,97 %), ce résultat contredit la « règle » qui voulait qu’une majorité sortante soit battue lors de l’élection suivante. Mais le nouveau chef de l’Etat a bien marqué ses distances avec son prédécesseur, M. Jacques Chirac, en signifiant de façon répétée son désir de « rupture » avec ce qu’il assimile à un quart de siècle de « politiquement correct ». Les premières mesures économiques et sociales envisagées par son gouvernement (suppression de la carte scolaire, remise en cause du contrat de travail et du droit de grève, baisse de la fiscalité sur les très hauts revenus) donnent à cette rupture sa signification. Profitant du désarroi de la gauche, M. Sarkozy a néanmoins obtenu le ralliement à son programme de plusieurs anciens responsables du centre et du Parti socialiste. Avec leur concours, il escompte modifier profondément l’équilibre politique du pays et continuer à afficher ses convictions de droite. En cela, il rappelle des transformations intervenues ailleurs. En Espagne, en Italie, mais surtout aux Etats-Unis.

Par Serge Halimi

En France, un homme de droite vient de succéder à un président devenu impopulaire dans son propre camp, et il est parvenu à ses fins en battant une femme de gauche. Il paraît que ce genre d’histoire remonte un peu le moral des candidats républicains à la succession de M. George W. Bush. Surtout s’ils prévoient qu’en novembre 2008 ils affronteront la démocrate Hillary Clinton.

Il serait néanmoins paradoxal de voir la droite américaine s’inspirer demain de la stratégie politique du nouveau président de la République française. Imite-t-on son propre reflet dans un miroir ? Or, en matière de stratégie électorale, M. Nicolas Sarkozy a davantage été l’élève, doué, des techniques politiques déployées outre-Atlantique depuis quarante ans que l’inspirateur d’une alchimie nouvelle destinée à être exportée. Insistance sur le thème du déclin national, de la décadence morale, afin de préparer les esprits à une thérapie de choc libérale (la « rupture ») ; combat contre une « pensée unique de gauche » qu’on accuse d’avoir enkysté l’économie et atrophié le débat public ; réarmement intellectuel « gramscien » d’une droite suffisamment « décomplexée » pour exhiber ses amis milliardaires (et leurs yachts) ; redéfinition de la question sociale de manière à ce que la ligne de clivage n’oppose plus riches et pauvres, capital et travail, mais deux fractions du « prolétariat » entre elles, celle qui « n’en peut plus de faire des efforts » et la « république de l’assistanat » ; mobilisation d’un petit peuple conservateur dont on se prétend l’expression valeureuse et persécutée ; volontarisme politique, enfin, face à une élite gouvernante qui aurait baissé les bras : la droite américaine n’a nul besoin de traverser l’Atlantique pour que M. Sarkozy lui enseigne de telles recettes. Ce sont les siennes depuis Richard Nixon (1). Tout en émaillant ses discours de références à Jean Jaurès, Léon Blum et Guy Môquet, M. Sarkozy s’est en effet appliqué à reprendre les thématiques les plus performantes des derniers présidents républicains.

Souvent l’image du déclin vient à point. L’urgence d’un rappel à l’ordre s’impose plus naturellement quand le désordre règne dans la vieille maison. En 1968, le candidat de droite Nixon rode son discours glorifiant une « majorité silencieuse » qui n’accepte plus de voir son pays devenir la proie du chaos. Deux assassinats politiques (Martin Luther King et Robert Kennedy) viennent d’avoir lieu, et l’offensive du Têt des communistes vietnamiens a signifié que les Etats-Unis avaient déjà perdu la guerre. Nixon invite alors ses compatriotes à écouter « une voix tranquille dans le tumulte des cris. C’est la voix de la grande majorité des Américains, les Américains oubliés, ceux qui ne crient pas, ceux qui ne manifestent pas. Ils ne sont ni racistes ni malades. Ils ne sont pas coupables des fléaux qui infestent notre pays (2) ».

M. Sarkozy a profité des émeutes dans les banlieues françaises (octobre-novembre 2005), d’une portée dramatique difficilement comparable, pour reprendre ce registre des temps de tempête. Le 18 décembre 2006, à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, il célèbre « la France qui croit au mérite et à l’effort, la France dure à la peine, la France dont on ne parle jamais parce qu’elle ne se plaint pas, parce qu’elle ne brûle pas de voitures – cela ne se fait pas ici de casser ce que l’on a payé si cher –, parce qu’elle ne bloque pas les trains. La France qui en a assez que l’on parle en son nom. » Quatre mois plus tard, il enjoint à une foule marseillaise de se lever pour « exprimer le sentiment de cette majorité silencieuse ».

Comme Nixon, Ronald Reagan et M. Bush avant lui, M. Sarkozy mesure qu’aucune campagne ne mobilise si elle se résume à une litanie d’intentions pieuses, consensuelles et ennuyeuses. Il emploie donc des mots de combat. La droite américaine avait elle aussi fait son miel de l’affadissement du discours démocrate, qui, à partir des années 1950, abjura le répertoire de polarisation sociale de William Jennings Bryan (1860-1925) et de Franklin Delano Roosevelt. Les successeurs de Harry Truman ne disaient pas encore « gagnant, gagnant », mais telle était déjà leur idée. Leur formule aurait été plutôt : l’adversaire, voilà l’ennemi !

Pour le Parti démocrate, la peur de faire peur, c’est-à-dire en vérité celle d’être vraiment de gauche, devint telle que ce dernier en vint à reprocher aux républicains d’être « populistes », préférant se réserver la désignation plus apaisante de… « conservateurs ». « L’étrange alchimie du temps, expliqua ainsi son candidat Adlai Stevenson en octobre 1952, a d’une certaine manière converti les démocrates en vrai parti conservateur de ce pays – le parti dévoué à conserver tout ce qu’il y a de mieux et à construire, solidement et tranquillement, sur ces fondations. Les républicains, au contraire, se comportent comme un parti radical, voué à démanteler les institutions que nous avons ancrées solidement dans notre tissu social  (3). »

Dès décembre 2005, enhardi par le tohu-bohu que semblait susciter chacune de ses propositions (et provocations), M. Sarkozy rappela que sa stratégie jouerait aussi à fronts renversés : « Ce sera notre fierté d’être le parti du mouvement. Les socialistes sont devenus des conservateurs (4). » Puis il entreprit de nommer l’ennemi (5). Il cibla les années 1960. Nixon puis Reagan l’avaient fait avant lui, mais à une autre époque, plus proche des événements qu’ils pourfendaient.

Opposer à la gauche son absence de volonté

L’ennemi, ce furent ceux qui avaient « proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit ». A mille lieues des discours rassembleurs et mécaniques du président Jacques Chirac, mais tout aussi éloigné du charabia compassionnel et « participatif » de Mme Ségolène Royal, patchwork de propos décousus et vite oubliés, M. Sarkozy marqua les esprits. Il prétendit que la gauche « héritière de Mai 68 » avait à la fois « liquidé l’école de Jules Ferry », provoqué la « crise du travail » et déchaîné la « haine de la famille, de la société, de l’Etat, de la nation, de la République ». Il précisa aussi – car pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? – qu’elle avait « préparé le triomphe du prédateur sur l’entrepreneur, du spéculateur sur le travailleur » et qu’elle ne cessait de chercher « des excuses aux voyous ».

C’est là une vieille recette de la droite : pour ne pas avoir à s’étendre sur la question des intérêts (économiques), ce qui est sage quand on défend ceux d’une minorité de la population, il faut se montrer intarissable sur la question des valeurs : ordre, respect, mérite, religion. La manœuvre est encore plus aisée quand la gauche refuse de désigner ses adversaires, à supposer qu’elle en ait encore. Un jour, M. François Hollande laissa échapper que les socialistes s’en prendraient peut-être aux « riches ». Il se garda de récidiver devant le hourvari qui s’ensuivit. Demeurent les valeurs. En parler permet aussi aux conservateurs d’installer la discorde au sein des catégories populaires, en général plus partagées sur les questions de morale et de discipline que sur la nécessité d’un bon salaire.

Toutefois, pas plus aux Etats-Unis qu’en France, la droite n’a imputé le « déclin » présumé du pays à des motifs exclusivement moraux ou culturels. Selon elle, des politiques économiques précises avaient attaqué de plein fouet la « valeur travail » (ou work ethic dans le cas américain). Les démocrates auraient créé du chômage en relevant les impôts ; les socialistes, découragé l’effort (et déprimé les salaires) en réduisant la durée du travail. Il ne pouvait être question pour la droite de s’accommoder de telles erreurs en attendant le concours de la chance ou celui de la main invisible (du marché).

C’est souvent à ce sujet qu’on commet un fâcheux contresens à propos du néolibéralisme. Car sa pratique courante n’est nullement l’indolence du « laissez faire, laissez passer ». Ainsi, Reagan comme M. Bush n’ont cessé d’intervenir pour favoriser les intérêts des chefs d’entreprise et ceux des détenteurs de capitaux, indissociables à leurs yeux de l’intérêt national. L’année même de l’entrée en fonctions du premier, en 1981, il prit trois décisions capitales : celle de casser la grève des contrôleurs aériens en révoquant les douze mille salariés qui y avaient pris part et en détruisant leur syndicat ; celle de geler le salaire minimum (qui n’augmenta plus une seule fois pendant les deux mandats de Reagan) ; celle, enfin, de réduire brutalement l’imposition de la tranche marginale supérieure des revenus (taxée à 70 % en 1981, elle ne le fut plus qu’à 28 % en 1987).

Impulsées par la Maison Blanche, pas par le « marché », ces trois orientations convergeaient. La casse du syndicalisme favorisa, par exemple, le transfert d’une partie de la richesse, du travail vers le capital, du salaire vers le dividende. Elle en constitue souvent d’ailleurs la condition préalable. Est-ce donc vraiment un hasard si des partisans de M. Sarkozy souhaitent le voir à son tour provoquer une épreuve de force avec les syndicats afin que, comme Reagan en 1981, comme Mme Margaret Thatcher en 1984-1985 face aux mineurs britanniques, il marque la « rupture » par un coup d’éclat ? La promesse d’une restriction du droit de grève dans les services publics (transports et écoles) fournit une occasion de bien comprendre que, dans l’esprit de M. Sarkozy, ce sont les directions d’entreprise, pas les salariés, qui gouvernent la « valeur travail ».

En janvier 1978, un an à peine après son entrée à la Maison Blanche, le président démocrate James Carter réclame à ses concitoyens « patience et bonne volonté ». Il leur tient ce discours : « Il y a des limites à ce que l’Etat peut faire. Il ne peut pas résoudre nos problèmes. Il ne peut pas fixer nos objectifs. Il ne peut pas définir notre vision. Il ne peut pas éliminer la pauvreté ou assurer l’abondance ou réduire l’inflation. Il ne peut pas sauver nos villes, lutter contre l’analphabétisme ou nous procurer de l’énergie  (6). »

Dès juillet 1980, alors qu’il se prépare à affronter un président accusé d’« indécision » devant la crise de l’énergie et de « désarmement unilatéral » face à l’Iran et à l’Union soviétique, le « libéral » Reagan oppose son volontarisme à la neurasthénie apparente de son adversaire, dont il fustige la « faiblesse », la « médiocrité », l’« incompétence ». Il indique : « Il y a peut-être un marin à la barre du pays, mais le navire de l’Etat n’a pas de gouvernail. (…) Nos problèmes provoquent des souffrances et détruisent la fibre morale de gens bien réels qui ne devraient pas, en plus, subir l’indignité d’entendre leur gouvernement leur expliquer que tout est de leur faute  (7). » Bien sûr, Reagan n’aurait jamais dit, comme le fit M. Sarkozy : « Si nous voulons une société juste, il faut d’abord un Etat fort (8). » Mais prétendre que le discours volontariste du président français le distinguerait fondamentalement du libéralisme de la droite américaine constitue une erreur absolue.

Comme Reagan, M. Sarkozy n’a jamais hésité à opposer son énergie propre, son leadership, à l’« inertie », à l’« immobilisme » de ses prédécesseurs. En contemplant M. Chirac, celui qui était son ministre de l’intérieur a même pensé, le 14 juillet 2005, à « Louis XVI en train de monter ses serrures à Versailles tandis que la France gronde ». Or, sur ce terrain de la négligence publique, les socialistes n’étaient pas exempts de reproches. A force de baisser les bras, de plaider que chaque problème était complexe et exigeait un traitement européen, de proclamer que « l’Etat ne peut pas tout faire », d’attribuer leur pusillanimité à l’existence d’un électorat populaire désormais « marqué par la mondialisation, marqué par le fatalisme, marqué par la résignation  (9) », ils ont provoqué cette contre-attaque du candidat de droite : « On a tout essayé, disait Mitterrand ! Eh bien non, contre le chômage, on n’a pas tout essayé ! (…) Je me souviens de Lionel Jospin déclarant pendant la campagne pour l’élection présidentielle : “Un homme politique responsable ne parle pas de la monnaie.” Pour moi, c’est dire cela qui est irresponsable ! Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique  (10). »

Particulièrement appréciée dans des régions industrielles en crise, une homélie volontariste appuyait le trait : « Je n’aime pas la politique qui se contente de gérer. Je n’aime pas la politique qui est persuadée que rien ne peut être changé. Je n’aime pas la politique qui voudrait que le monde est tel qu’il doit être. Je n’aime pas la politique quand elle dit : on a tout essayé. Je n’aime pas cette politique ! Je ne crois pas à cette politique (11) ! » A Saint-Etienne, M. Sarkozy ajouta même : « La politique est impuissante quand elle ne veut rien. Quand on ne veut rien, on ne peut rien ! Moi je veux beaucoup et nous allons pouvoir beaucoup (12) ! » Assurément, M. Chirac avait déjà tenu ce genre de propos il y a douze ans. Précisément, il fut élu… En tout cas, soyons-en assurés, « Europe » oblige, le nouveau président ne pourra pas tout faire lui non plus. Et surtout pas de la peine à ses amis milliardaires : « Ils disent : faisons payer le capital ! Mais si le capital paye trop, il s’en ira (13). » Un soir d’allégresse, Johnny Hallyday a promis de revenir de Suisse sitôt les successions défiscalisées par le gouvernement. Car ça, l’Etat le fera (14).

L’affichage d’une volonté de rupture impose de conduire la bataille des idées. En la matière, la droite n’a jamais été aussi bête que la gauche l’imagine, affalée qu’elle est sur les pétitions d’intellectuels et d’artistes qui se prononcent en sa faveur sans susciter en général d’autres réactions que le sarcasme ou l’indifférence. Candidat à peu près certain de son camp depuis 2003, M. Sarkozy a, comme les conservateurs américains avant lui, construit son corpus idéologique permettant de rompre avec ce qu’il nomme le « prêchi-prêcha social-démocrate » et d’y substituer « tout ce que la droite républicaine n’osait plus faire parce qu’elle avait honte d’être la droite (15) ». Puis il a rodé – et retouché – ce programme semaine après semaine.

« Pour qu’une idée passe dans le pays, aurait-il expliqué, elle doit infuser dans les esprits pendant près d’un an (16). » Un an, c’est très peu, mais l’élu a bénéficié du concours des médias, du patronat, des ministères ; il a tiré parti des ratiocinations multidiffusées du publiciste Nicolas Baverez et de ses nombreux épigones sur « la France qui tombe » en raison d’une « politique d’euthanasie du travail (17) » ; il s’est appuyé sur les avis (qu’il sollicita) du rapport Camdessus, de la même farine idéologique que les pamphlets de Baverez, mais moins caricaturaux (18). Sa traversée du désert ressembla donc à une succession d’oasis. Et la guerre de position culturelle se transforma en Blitzkrieg. D’ailleurs, où était l’ennemi ? « Je demande, ironisa avec cruauté M. Sarkozy, à être comparé au leader du premier parti d’opposition de France. Quelles sont les idées neuves qu’a lancées François Hollande depuis quatre ans (19) ? »

Deux grands praticiens du combat d’idées durent endurer un itinéraire plus escarpé : le penseur ultralibéral Friedrich Hayek (1899-1992), qui avait « pensé l’impensable (20) », attendit plus de trente ans avant que des dirigeants politiques de premier plan (Mme Thatcher, Reagan, Augusto Pinochet) se trouvent en position de traduire ses analyses en actes ; le dirigeant communiste italien Antonio Gramsci mourut alors que Benito Mussolini était toujours au pouvoir. Mais ces deux grands intellectuels rompaient vraiment avec l’idéologie dominante de leur temps. Et ils ne disposaient ni de TF1, ni du Point, ni d’Europe 1 comme caisses de résonance permanentes.

« J’ai fait mienne l’analyse de Gramsci »

Fidèle à sa stratégie consistant à citer les auteurs les plus inattendus, M. Sarkozy a préféré situer sa démarche dans la lignée du communiste italien plutôt que dans celle de l’ultralibéral austro-américain. « Au fond, indiqua-t-il peu avant son élection, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là. En 2002, quinze jours après mon arrivée au ministère de l’intérieur, une certaine presse a commencé à m’attaquer sur le thème : “Sarkozy fait la guerre aux pauvres.” Je me suis dit : soit je cède et je ne pourrai plus rien faire, soit j’engage la bataille idéologique, en démontrant que la sécurité est avant tout au service des plus pauvres. Depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées. Tous les soirs, je parle de l’école, en dénonçant l’héritage de 1968. Je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral… Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait qu’elle a compris de quoi il s’agissait (21). »

En privilégiant dès les années 1960 « les couleurs vives aux tons pastel », Reagan avait devancé Sarkozy et contredit tous ces politologues qui ne conçoivent la conquête du pouvoir que comme une éternelle course au centre. Il avait en effet proposé « un choix, pas un écho (22) ». Mais, dans son cas, prendre le risque d’être jugé extrémiste comporta un prix. Celui de devoir enchaîner, entre 1954 et 1962, des centaines de discours glorifiant le capitalisme, à titre de porte-parole itinérant de General Electric (23). Celui de devoir attendre près de quinze ans avant de s’imposer au Parti républicain et d’accéder à la Maison Blanche. Une fois président, il cita souvent avec émotion le nom de John Kennedy, oubliant qu’en 1960 il avait combattu la candidature du démocrate en écrivant à Nixon : « Sous son apparence juvénile se cachent les vieilles idées de Karl Marx. Il n’y a rien de nouveau dans la conception [de Kennedy] d’un Etat tout-puissant. Hitler appelait le sien national-socialisme (24). » Les futurs choix de M. Sarkozy nous permettront de mesurer assez vite si désormais il apprécie Jaurès autant que Reagan adorait Kennedy.

La question de la sincérité est couramment posée. Peut-on prétendre, par exemple, avoir été pourchassé par le « politiquement correct » quand on fut ministre d’Etat quatre des cinq dernières années et qu’on disposa en permanence de l’appui compact du patronat et de la plupart des médias ? Là encore, certains précédents américains permettent de répondre. En 1961, l’essayiste et romancière Ayn Rand, une émigrée venue d’Union soviétique dont les livres se vendirent à des millions d’exemplaires, rédigea un article titré – au premier degré – « La minorité la plus persécutée d’Amérique : le big business (25) ». A l’époque, rappelons-le, les Noirs vivant dans les Etats du Sud ne pouvaient toujours pas exercer leur droit de vote… Symbole de la petite bourgeoisie provinciale, Nixon s’estimait quant à lui méprisé par la dynastie des Kennedy et par des grands médias tombés en pamoison devant cette famille d’aristocrates photogéniques de la Côte est. M. Bush, bien qu’il ait fait ses études à Yale puis à Harvard, s’est longtemps perçu, lui aussi, comme un rebelle, un petit Texan un peu rustre égaré dans un monde de snobs progressistes.

Maire de Neuilly et porte-parole du peuple

Dans ses Mémoires, Mme Peggy Noonan, rédactrice de certains des discours les plus fameux de Reagan, résume en deux phrases ce fantasme de droite du dissident permanent – des décennies de pouvoir républicain ne l’ont pas apaisé : « Les gens me demandent toujours comment une femme de ma génération a pu devenir conservatrice. C’est difficile pour moi de dire quand ma rébellion a commencé. » Quelques pages plus loin, elle ironise, mais à propos des démocrates : « Ils avaient tout pour eux, y compris 50 000 dollars par an dès l’âge de 32 ans, et pourtant ils se sentaient toujours assiégés (26). » Voilà qui est bien résumé… Quand il avait 32 ans, M. Sarkozy, qui se présente en éternel paria, dirigeait déjà la ville de Neuilly, une des plus riches du pays. L’invasion du bavardage psychologique dans le discours politique français aura peut-être servi à cela : la moindre éraflure d’amour-propre d’un adolescent transforme dorénavant un fils de famille en martyr. Ensuite, il suffit de très peu pour raviver la blessure. « Depuis 2002, précisa il y a quelques semaines M. Sarkozy, je me suis construit en marge d’un système qui ne voulait pas de moi comme président de l’UMP, qui récusait mes idées comme ministre de l’intérieur et qui contestait mes propositions (27). » Et cette fois Gavroche a triomphé.

Il est a priori difficile pour un candidat qui a le soutien du patronat, qui réclame la réduction brutale de l’impôt sur les revenus, la diminution ou la suppression des droits de succession et la baisse de la fiscalité sur les sociétés de se présenter comme le porte-parole du peuple. On sait qu’aux Etats-Unis l’exploit a été en partie accompli par Reagan et, plus récemment, par M. Bush. Pour s’en assurer, il suffisait de les suivre dans des Etats industriels en crise longtemps acquis aux démocrates (Michigan, Virginie Occidentale) (28).

Leur réussite a largement tenu à l’appel au sentiment national et patriotique (anticommunisme, puis antiterrorisme), au ressentiment fiscal du « petit contribuable » contre le « gros percepteur ». Sans oublier, bien évidemment, l’attachement aux « valeurs morales traditionnelles » (opposition à l’avortement, à l’homosexualité) et le rejet d’un « laxisme » judiciaire présenté comme le principal pourvoyeur de violences et de crimes. La palette de M. Sarkozy s’est inspirée de ce registre tout en laissant de côté les références trop tranchées aux valeurs religieuses, même si aux yeux du nouveau président « la question spirituelle a été très largement sous-estimée par rapport à la question sociale (29) ».

Le succès de la droite, américaine et française, en terrain populaire ne s’explique pas cependant par les seuls talents électoraux de ses porte-parole. L’une et l’autre ont profité de l’affaiblissement des collectifs ouvriers et militants, ce qui a conduit nombre d’électeurs aux revenus modestes à vivre leur rapport à la politique et à la société sur un mode plus individualiste. Le discours du « choix », du « mérite », de la « valeur travail » les a ciblés en particulier : ils veulent choisir (leur école, leur quartier) pour ne pas devoir subir ce qu’il y a de pire ; ils estiment avoir du mérite et n’en être pas récompensés ; ils travaillent dur et gagnent peu, guère plus, estiment-ils, que les chômeurs et les immigrés. Les privilèges des riches leur semblent tellement lointains qu’ils ne les concernent plus vraiment.

Là encore, l’histoire ne date pas d’hier. Aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, la concurrence internationale et la peur du déclassement transforment un populisme de gauche rooseveltien, optimiste, conquérant, égalitaire, aspirant au désir partagé de vivre mieux, en un « populisme » de droite faisant son miel de la crainte de millions d’électeurs populaires de ne plus pouvoir tenir leur rang, d’être rattrapés par plus déshérités qu’eux. C’est à compter de ce moment que les républicains réussissent à faire passer la ligne de fracture économique, non pas entre riches et pauvres, capitalistes et ouvriers, mais entre salariés et « assistés », Blancs et minorités raciales, travailleurs et fraudeurs.

Pendant les dix années précédant son accession à la Maison Blanche, Reagan racontera ainsi l’histoire (fausse) d’une « reine de l’aide sociale [welfare queen] qui utilise quatre-vingts noms, trente adresses et douze cartes de sécurité sociale, grâce à quoi son revenu net d’impôt est supérieur à 150 000 dollars ». Dans les années 1980, la stratégie républicaine est devenue assez limpide pour qu’un de ses architectes, Lee Atwater, la détaille sans détour : évoquant le lectorat du National Enquirer (un journal à scandale vendu à bas prix dans les supermarchés), il souligne qu’« on y trouve toujours des histoires sur tel ou tel milliardaire qui possède cinq Cadillac et n’a pas payé d’impôts depuis 1974 ». De celles-ci, les démocrates ne parlaient plus guère, par crainte de se voir reprocher un discours de « lutte de classes ». Mais, poursuit Atwater, « il y a aussi des articles sur un type assis sous une véranda et sirotant de l’alcool acheté avec des coupons alimentaires ». Ces histoires-là, le Parti républicain se jettera dessus (lire « “Saignés” par les pauvres »).

M. Sarkozy a refusé « que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur ». Il a opposé la France « qui se lève tôt » à celle des « assistés », mais jamais à celle des rentiers. Parfois, à l’américaine, il a même ajouté une dimension ethnique et raciale à l’opposition entre catégories populaires qu’il avivait, escomptant qu’elle produirait des dividendes électoraux. Ainsi, à Agen, le 22 juin 2006, ce passage d’un de ses discours lui valut sa plus longue ovation : « Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de demeurer sur le territoire national. »

En observant l’élection présidentielle qui vient de s’achever, Mme Noonan, la rebelle républicaine, vient de vivre une nouvelle conversion : « C’est un soulagement de pouvoir à nouveau admirer la France. Et pas seulement parce qu’elle a eu la sagesse de choisir un conservateur ; c’est la manière dont elle l’a fait (30). »

Serge Halimi.

(1) Lire Le Grand Bond en arrière. Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde, en particulier le chapitre IV, « La droite américaine dans un théâtre en feu », Fayard, Paris, réédition 2006.

(2) Discours devant la convention du Parti républicain, Miami, 8 août 1968.

(3) Adlai Stevenson, discours du 3 octobre 1952, cité par John Gerring dans Party Ideologies in America 1828-1996, Cambridge University Press, 2001, p. 249.

(4) Discours devant la convention de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) sur les injustices, 30 novembre 2005, cité par Eric Dupin dans A droite toute, Paris, Fayard, 2007, p. 143.

(5) Une pratique que même la gauche radicale a parfois abandonnée. Lire « Nommer l’ennemi », Le Plan B, n° 6, Paris, février 2007.

(6) Discours sur l’état de l’Union, 19 janvier 1978.

(7) Ronald Reagan, discours du 17 juillet 1980 devant la convention républicaine de Detroit.

(8) Nicolas Sarkozy, convention de l’UMP sur les injustices, 30 novembre 2005.

(9) François Hollande, « France Europe Express », France 3, 13 mai 2007.

(10) Nicolas Sarkozy, discours « Pour la France du travail », Agen, 22 juin 2006.

(11) Nicolas Sarkozy, discours de Marseille, 19 avril 2007.

(12) Nicolas Sarkozy, discours de Saint-Etienne, 9 novembre 2006. L’émission de France Inter, « Là-bas si j’y suis » du 2 mai 2007, qui a rediffusé ces extraits, a donné la parole au chercheur en linguistique Damon Mayaffre. Comparant les discours de M. Sarkozy et de Mme Royal, il a découvert, par exemple, qu’entre le 1er janvier 2007 et la fin avril le mot « dividende » n’a été employé qu’une seule fois (par Mme Royal).

(13) Nicolas Sarkozy, discours du 22 juin 2006, op. cit.

(14) Le 6 mai, à sa sortie du restaurant parisien de luxe Le Fouquet’s où le président élu fêtait sa victoire, Johnny Hallyday a déclaré : « Je sais qu’il tiendra les promesses qu’il a faites. Nicolas Sarkozy tiendra parole. »

(15) Nicolas Sarkozy, discours de Toulouse, 12 avril 2007.

(16) Nicolas Sarkozy cité par Carl Meeus, « PS : le choc des ambitions », Le Point, Paris, 17 mai 2007.

(17) Nicolas Baverez, La France qui tombe, Perrin, Paris, 2003, p. 83.

(18) Plaidant en faveur de la « valeur travail », Baverez a expliqué : « Pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance », 20 Minutes, Paris, 16 octobre 2003.

(19) M. Nicolas Sarkozy, L’Express, Paris, 17 novembre 2005.

(20) Lire « Quand la droite américaine pensait l’impensable », Le Monde diplomatique, janvier 2002.

(21) Le Figaro, Paris, 17 avril 2007.

(22) Formule de Barry Goldwater, « père » du conservatisme américain moderne et candidat du Parti républicain à l’élection présidentielle de 1964 (il fut écrasé).

(23) Lire le dossier du Monde diplomatique sur General Electric, novembre 2006.

(24) « Text of 1960 Reagan letter », The New York Times, 27 octobre 1984.

(25) Republié dans Ayn Rand, Capitalism, the Unknown Ideal, Signet, New York, 1967.

(26) Peggy Noonan, What I Saw at the Revolution : A Political Life in the Reagan Era, Random House, New York, 1990, p. 15 et 26.

(27) Le Figaro, Paris, 17 avril 2007.

(28) Lire « Le petit peuple de George W. Bush », Le Monde diplomatique, octobre 2004.

(29) Philosophie Magazine, Paris, avril 2007.

(30) Peggy Noonan, « Everything old is new again », The Wall Street Journal, New York, 14 mai 2007.

Comment reconstruire la gauche ?

Créé par le 09 juil 2007 | Dans : Débats autour de la refondation de la gauche

L’Humanité des débats

entretien croisé avec Marie-Noëlle Lienemann, députée socialiste européenne, Christophe Aguiton, militant antilibéral et Patrice Bessac, porte-parole du PCF.

Après les échecs de la gauche en 2002 et en 2007, quel état des lieux dressez-vous ? Glissement à droite de la société, inadaptation de l’offre politique aux besoins et aux attentes, mais encore ?

Marie-Noëlle Lienemann. Je ne crois pas à une droitisation de la société. Cette élection était gagnable. D’abord, parce que les aspirations principales des Français étaient de caractère social et économique, un terrain de la gauche. Ensuite, parce qu’après le vote du traité constitutionnel, on avait vu les couches populaires se réintéresser en partie à la politique, manifester leur refus de la mondialisation libérale, alors que les grands mouvements sociaux de la jeunesse contre le CPE ont révélé l’existence de nouvelles générations prêtes à s’engager en contestant l’ordre établi. Il aurait fallu capitaliser politiquement ce potentiel. Mais la nature même du choix de la candidate socialiste et plus encore sa campagne ont largement conduit à la défaite.

Patrice Bessac. La défaite de la gauche s’inscrit dans un contexte d’aspiration à un changement profond dans le pays, d’exaspération à l’égard de la situation économique et sociale. Sarkozy a su capter la volonté de changement. Il a, d’une certaine manière, revalorisé l’aspiration à ce que la politique soit un moteur du changement et de la décision. On a beaucoup critiqué le Sarkozy libéral, mais le discours, certes mensonger, qu’il a fait entendre, par exemple sur Alstom ou sur les grandes questions économiques, est celui du volontarisme politique, alors même que la gauche était en recul ou en recherche d’acceptation de la modernité, du libéralisme. La campagne de Sarkozy a mis la gauche dans l’incapacité de dégager du sens et de répondre à cette question : comment changer dans le cadre de la mondialisation et de l’Europe libérale ? Les Français ont finalement suivi celui qui proposait de tout faire pour s’en sortir. Cela dit, l’électorat de gauche ne me semble pas aussi défait qu’on le dit. En dépit de l’attitude de la candidate socialiste qui a brouillé tous les repères, ces 17 millions de voix recueillies témoignent de l’existence d’un terrain dans le pays pour reconstruire. Il faut prendre très au sérieux la situation et montrer qu’on est décidé à relever le défi.

Christophe Aguiton. Je pense aussi que cette élection n’a pas inversé le sens de la mobilisation sociale. Le taux d’inscription sur les listes électorales et le taux de participation à la présidentielle sont le signe d’une société qui veut se prendre en charge et qui se mobilise. Certes, des thématiques très présentes pendant la présidentielle sont marquées à droite : la sécurité, par exemple, qui peut être progressiste s’il s’agit de la Sécurité sociale, de la protection de l’emploi et du revenu, mais qui prend aussi des traits sécuritaires et autoritaires : c’est le cas pour l’école où existe une demande de renforcement de l’autorité, une remise en cause partielle de Mai 1968 dont Nicolas Sarkozy a pu naturellement jouer. Mais, depuis la grande grève de 1995, des mouvements sociaux de tous ordres ont vraiment transformé la société française : je pense aux sans-papiers, aux chômeurs, aux luttes sur le logement (du DAL aux Don Quichotte), à la reprise du combat des femmes, aux mobilisations du mouvement altermondialiste et aux luttes des paysans qui montrent des aspirations progressistes.

Comment expliquer que, dans ces conditions, la gauche ait perdu ?

Christophe Aguiton. Quand on ne croit pas à quelque chose, cela se sent. Les électeurs ont mesuré que toutes les phrases et les promesses de la candidate socialiste sur les 35 heures ou les 1 500 euros étaient surjouées, qu’elles n’étaient pas ancrées dans une problématique générale. En termes de volontarisme, Sarkozy apparaissait plus crédible. Cela dit, nous ne devons pas nous exonérer de critiques, nous qui étions à gauche du PS. La division de ce qu’on appelle le camp antilibéral a pesé aussi lourdement, non pas tant que l’unité ait été une garantie de succès, car il y a des alliances électorales qui se transforment parfois en soustraction. Mais le fait que les directions de la LCR et celle du PCF aient décidé, malgré tout, de présenter leurs candidats a bloqué toute possibilité de dynamique unitaire.

Mais pourquoi cette dérive du Parti socialiste, en dépit de ce que la société semble attendre de la vie politique ?

Marie-Noëlle Lienemann. D’une part, la direction du PS a beaucoup capitalisé sur le vote utile. D’autre part, l’effet catastrophique de la diversité des candidatures à la gauche du PS a favorisé par illusion d’optique la candidature Bayrou et renforcé le poids surjoué du Modem, qui constitue pour l’avenir un grand problème. Car la tentation de justifier la défaite du PS par l’émergence d’un centre n’est pas neutre, elle entretient la thèse de la droitisation de la société. Comment expliquer la désignation de Ségolène Royal ? Les raisons en sont diverses : l’idée poussée par les sondages qu’elle était la seule à pouvoir battre Sarkozy ; une profonde volonté de renouvellement du parti, de ses cadres et de son discours, mais qui s’opérait dans une espèce de renoncement culturel conduisant à ce que la forme soit privilégiée sur le fond. Cela dit, le problème vient de loin. Déjà, au moment du TCE, les militants socialistes s’étaient prononcés majoritairement pour le « oui », alors que l’électorat socialiste votait majoritairement pour le « non ». Par ailleurs, l’exercice du pouvoir a amené le PS à théoriser un certain nombre de contraintes, de renoncements pour se dédouaner de sa responsabilité collective dans la résistance à l’ordre dominant et au libéralisme : combien de fois on a entendu : « Ce n’est pas de notre faute », ou « on ne pouvait pas faire autrement… ».

Ne pas s’exonérer des responsabilités, comment l’entendez-vous pour votre part ?

Patrice Bessac. Nous avons nos propres responsabilités. Mais je trouve Christophe Aguiton un peu optimiste. S’il y a eu de réelles mobilisations sociales, nous sommes passés complètement à côté des grandes questions du travail, de ce qui se passe dans les entreprises, dans la classe ouvrière, de l’unité du salariat. Nous avons travaillé avec beaucoup d’acharnement sur des problèmes émergents, de solidarité internationale, en passant à côté du terrain naturel de la gauche : le salariat. On ne peut pas comprendre le succès de Sarkozy dans des terres ouvrières si on n’inclut pas dans l’analyse de nos propres responsabilités l’état de sidération intellectuelle dans lequel se trouve la gauche et le Parti communiste. Le mouvement antilibéral a réuni ses membres dans un positionnement de refus, mais pas autour d’idées anticipatrices. Le programme des collectifs antilibéraux se situait idéologiquement dans le prolongement des années 1970-1980 et du programme d’union de la gauche. Il n’a pas su formuler les réponses nécessaires pour le XXIe siècle. Il faut bien constater là une certaine impuissance théorique à penser le capitalisme actuel et les changements en cours, alors que nous sommes à un moment de l’histoire de la gauche où l’outil principal de la lutte politique devient le combat des idées. Les grandes luttes du XXe siècle ont modelé le paysage politique de notre pays. C’est l’exception française, mais rien n’est définitif et rien n’est joué.

Marie-Noëlle Lienemann. Pourquoi n’avons-nous pas su faire passer notre message sur l’augmentation des salaires, question pourtant majeure de l’affrontement capital-travail ? Un doute profond s’est insinué sur notre capacité gouvernementale à mettre en oeuvre ces messages. Or le rôle d’un parti gouvernemental comme le PS consiste à transformer une analyse, une revendication en une capacité puissante de réforme concrète. Sur la question salariale, cela implique par exemple de prendre un minimum de dispositions en France et en Europe de nature à construire la légitimité d’un nouvel équilibre capital-travail par l’augmentation des salaires, sans que les PME et les entreprises sous-traitantes ne se retrouvent prises en sandwich entre les groupes qui captent la rente et le capital et les salariés qui, à juste titre, revendiquent. Nous avons besoin de réfléchir à tout cela, en reprenant de la vigueur idéologique. C’est ce que nous essayons de promouvoir avec Gauche Avenir.

Christophe Aguiton. Deux débats sont liés et se télescopent. Le premier concerne l’analyse de la société française. Si la classe ouvrière au sens large, en y incluant les employés, constitue toujours un groupe central dans la société française, les transformations du salariat ont des effets imprévus, comme la percée du PS dans les grandes agglomérations. Le second porte sur les terrains et les formes prises par les mobilisations, et il est vrai que les effets de la mondialisation ont rendu plus difficiles les mobilisations ouvrières qui avaient joué un rôle central dans les décennies d’après-guerre. Malgré tout je ne pense pas qu’on puisse dire que les luttes de ces dernières années ont été surtout des luttes périphériques.

Patrice Bessac. Néanmoins nous sommes passés assez massivement à côté de ce qui se passait dans le salariat.

Christophe Aguiton. Les grèves à Peugeot-Citroën et à Airbus ou les mobilisations en défense du service public sont au coeur des préoccupations ouvrières. Mais je tire un bilan plutôt négatif de la capacité des partis à intégrer les aspirations de la société française. On lvu sur les questions salariales et l’emploi parce que la candidate socialiste n’y croyait pas et que nous étions trop divisés pour être crédibles, mais c’est aussi vrai sur des sujets émergents. La gauche reste peu crédible sur de grands défis du XXIe siècle. Prenons les multinationales dont le pouvoir ne cesse de croître et qui, pour les firmes françaises, réalisent la majorité de leurs profits en dehors du territoire français. On est souvent coincé entre ceux qui, à gauche, parlent de modernisation mais veulent simplement s’adapter au système, et ceux qui semblent se contenter des recettes des années 1970 aujourd’hui peu crédibles : nationalisations, planification démocratique, etc. Certes on a entendu des propositions pendant la campagne, comme la conditionnalité des subventions régionales ou l’interdiction des licenciements pour les entreprises qui feraient des bénéfices, mais rien au niveau global. On a vu pourtant le mouvement syndical international chercher à obliger les multinationales à contracter de vrais accords internationaux sur les droits et conditions de travail, voire sur les salaires. Ou des ONG mener campagne pour rendre les entreprises responsables devant l’ONU en matière d’atteintes à l’environnement, aux droits humains, aux questions démocratiques. Les partis de gauche ont été très discrets sur ces alternatives. Autre exemple : l’énergie alors que nous sommes à la veille d’une révolution énergétique comparable à celles qui ont accompagné les 1re et 2e révolutions industrielles. L’isolation des maisons ne suffira pas ! Il faut réfléchir à des sources d’énergie qui redonnent le pouvoir aux populations et pas aux technostructures, comme l’impose le recours au nucléaire, ou à des firmes multinationales qui s’apprêtent à étendre le schéma pétrolier aux productions de biocarburants dans la zone tropicale. La question des mégapoles urbaines est aussi une question centrale, parce qu’elle concentre les problèmes environnementaux et sociaux. Il faudrait qu’on s’y attelle bien davantage.

Marie-Noëlle Lienemann. Je ne suis pas d’accord pour dire qu’un certain nombre de concepts historiques de la gauche ne sont pas adaptés à la mondialisation. Je crois à l’économie mixte. Pourquoi renoncerait-on à une appropriation nationale, collective ou socialisée de tout ou partie du capital ? Je milite pour changer les conditions de travail dans le tiers-monde, mais la course de vitesse n’attend pas : la déstructuration de notre modèle social est en jeu. Ce ne sont pas les mobilisations en Chine ou en Inde qui vont changer tout de suite notre situation. Ne les sous-estimons pas, mais la priorité en France reste la perméabilité au capital étranger : on est en train de vendre Danone aux Américains. D’ici à trois ans des pans entiers de notre industrie agroalimentaire vont disparaître si on ne lance pas des stratégies de recaptation du capital par la puissance publique permettant de reprendre pied dans certains secteurs. L’effet de serre aussi repose la question du développement autocentré, de cette espèce de folie furieuse du transport à bas prix. Un monde géré par le marché qui serait naturellement en voie d’harmonisation ? Personne n’y croit. Partout les inégalités s’accroissent. L’alternative, c’est un monde multipolaire, mais organisé, où l’on négocie les équilibres des modèles sociaux à construire de part et d’autre. On a la chance en France d’être dans un pays historiquement matricé par l’idée républicaine. On s’est rarement montré à la hauteur de cette ambition. Or, il faut bien le dire, le camp progressiste qui a abandonné à Sarkozy le thème d’Alstom, de l’identité nationale (avec toute l’ambiguïté qu’il lui a donné) n’apparaît pas comme le meilleur garant d’une lutte contre la mondialisation libérale : c’est une des raisons de son échec dans le monde ouvrier et parmi les couches populaires.

Patrice Bessac. L’élection présidentielle confirme au moins une donnée : il n’y avait pas d’issue pour la gauche dans l’acceptation et l’accompagnement de ce libéralisme. Ensuite dans le rapport au changement à la gauche. Je suis en overdose de discours sur les valeurs et les bons sentiments. Nous devons affronter la contestation du capitalisme sur le terrain de l’efficacité et du pragmatisme. Par exemple, on nous sert en ce moment une théorie sur la baisse des prix de l’énergie, mais tout le monde sait que la libéralisation va entraîner à la fois une augmentation du coût pour les usagers et de moindres investissements pour affronter les mutations énergétiques. C’est la preuve de l’efficacité de la socialisation du service public. Il faut s’attaquer à la libre circulation des capitaux dans le monde.

Christophe Aguiton. Laisser à Sarkozy le monopole de la défense d’Alstom est complètement suicidaire. La gauche doit être capable d’intégrer trois niveaux de réponses. Le niveau national : je suis d’accord avec ce que vous avez dit. Un autre niveau, oublié par la gauche, est celui du socialisme de Marx, Proudhon ou Bakounine : les coopératives, avec l’idée de redonner du pouvoir aux salariés producteurs, mais aussi aux consommateurs. Le troisième niveau est contemporain à l’altermondialisme, c’est l’extension des domaines du bien commun pour l’humanité. Je pense au logiciel libre et à tout ce qui se joue autour de la propriété intellectuelle. C’est une question clé dans le capitalisme mondialisé ou, plus encore que le processus de fabrication, c’est la propriété intellectuelle qui fait la richesse des firmes.

Marie-Noëlle Lienemann. En effet, la question centrale est celle des ouvriers et employés qui pour une part avaient voté Le Pen et cette fois Sarkozy. La gauche n’a pas été capable de les capter. Ils doivent être pourtant son coeur de cible. Comment les reconquérir ? Si on s’autodénigre, on risque de ne pas les convaincre. J’ai des tas de critiques à faire sur les 35 heures. Et nombreux étaient ceux qui, au PC et au PS, ont vu le problème sans réussir à réorienter la politique de la gauche. Il faut une structure politique unitaire qui, au-delà des compromis de gouvernement, fasse régulièrement le point. Sinon, c’est la force dominante du parti dominant qui l’emporte. Sur le champ des biens communs mondiaux, certaines valeurs ne correspondent pas forcément à l’attente des salariés, mais sont fondamentales. Cela rejoint un combat comme celui de la gratuité de biens qui ne sont pas marchands. À qui appartiennent les brevets d’une entreprise ? Les salariés doivent avoir un droit de préemption en cas de coup dur. C’est une façon de se réapproprier les richesses créées. Il est terrible de voir que la gauche a reculé sur ce concept de gratuité. Ce qui est gratuit nous rendrait irresponsable ! Comme si l’argent était une responsabilisation… Enfin, il y a les droits fondamentaux de la personne humaine. J’ai été révoltée par le discours de Ségolène Royal sur le donnant-donnant. C’est l’importation du modèle anglo-saxon : un droit s’accompagne d’une compensation. Le modèle français, lui, considère qu’il y a des droits fondamentaux de la personne dans un pacte politique, un contrat social. La gauche a tous les ressorts pour être totalement moderne.

Reconstruire la gauche, cela passe par quoi ? Un programme ? Une coalition ? Revisiter des valeurs ?

Christophe Aguiton. Il faut apprendre des mouvements sociaux. Les partis n’ont pas l’habitude de le faire. C’est le revers de la médaille de la charte d’Amiens sur l’indépendance syndicale et associative que je ne remets absolument pas en cause. Ensuite, il faut refonder la gauche en recréant des cadres unitaires sans affaiblir et affadir la réflexion stratégique. Nous avons besoin d’unité, mais aussi de confrontation, c’est le seul moyen de reprendre le fil des grandes questions que se posent nos concitoyens, des grands défis pour l’humanité que nous venons d’évoquer : questions urbaines, énergétiques, sociales.

Marie-Noëlle Lienemann. Pour refonder la gauche, il faut prendre appui sur les mobilisations, nous opposer radicalement à ce que va faire Sarkozy. Et le faire en construisant des réponses unitaires. Je rêve d’un grand congrès d’unification. Mais cela ne sert à rien de décréter des formes organisationnelles. Aujourd’hui, nous devons donner du sens à nos perspectives à partir de nos valeurs. Et cette rénovation doit se faire en filiation avec l’identité républicaine française. Ce n’est pas un hasard si Sarkozy a cité Jaurès, Guy Môquet ou Blum. Sans nous fermer à ce que font les autres, copier ce qui se fait en Amérique latine ou dans les social-démocraties européennes me paraîtrait une erreur stratégique. La gauche française a des caractères particuliers.

Patrice Bessac. Des divisions issues du XXe siècle n’ont pas vocation à durer éternellement. Mais elles ne sont pas simplement des héritages. Elles sont ancrées dans des conceptions de l’avenir : est-il possible ou pas de dépasser le capitalisme ? L’unité est une des grandes questions à affronter. Mais sauter comme un cabri en disant : nouveau parti, nouveau parti, sans mesurer l’ampleur du débat d’idées et du besoin d’anticipation idéologique, c’est se condamner à rester englué dans les difficultés. Le plus important, c’est la reconstruction de la matrice idéologique du changement. Nous ne sommes pas des voyageurs sans bagage. De Marx en passant par Proudhon, à aujourd’hui, nous avons un héritage à faire fructifier. Celui de penseurs, d’intellectuels, du travail que nous avons réalisé. Mais il faut inventer. Le point de vue critique sur le rôle des partis ne doit pas cacher la nécessité d’un regard critique sur l’ensemble de la gauche. Le mouvement social et syndical est lui aussi face à de très lourdes questions. Je pense que le Parti communiste doit absolument assumer son rôle. En travaillant avec d’autres, il doit être à l’initiative d’un grand effort intellectuel et théorique. Et il faut tirer les enseignements du mouvement antilibéral, de l’échec de l’expérience de 2007. Je pense qu’il vaut mieux réussir un peu qu’échouer beaucoup. Je suis donc pour une politique des petits pas qui nous permette de trouver des formes de coalition, d’alliance, de rassemblement populaire sans courir le risque d’un nouvel échec.

Christophe Aguiton. Mais si on ne fixe pas des perspectives et des cadres un peu plus larges, on court le risque de ne jamais avancer. Je vois deux préalables. D’abord tirer le bilan des expériences récentes de la gauche à l’étranger et en France (gouvernement Jospin compris) pour savoir si on peut ou non travailler ensemble au regard de notre approche des questions gouvernementales. Ensuite, oui, le syndicalisme n’est pas au mieux de sa forme. Avec la transformation rapide du capitalisme dans la mondialisation il a beaucoup de questions à se poser. Malgré tout, le mouvement social a su trouver des formes nouvelles. Ainsi, Attac a joué un grand rôle à la fin des années quatre-vingt-dix et au début des années 2000. Les mutations sont plus difficiles sur le terrain politique en raison de l’encastrement des partis dans les processus institutionnels. C’est d’autant plus compliqué qu’ils ont beaucoup d’élus comme le PCF, les Verts et évidemment le PS, mais c’est vrai aussi pour LO et la LCR. Les partis ne sont pas au bout de leurs crises et de leurs difficultés. Pourtant, il m’apparaît important de ne pas se contenter de la situation actuelle d’éparpillement. Si elle perdure dans les prochaines échéances municipales, régionales ou européennes l’avenir de la gauche du parti socialiste sera plus que compromis.

Patrice Bessac. Cela fait dix ans qu’on parle mutation, renouvellement de la démocratie de parti, primauté du mouvement. À force de déconstruire sans boussoles on s’affaiblit. Je crois par exemple que nous surestimons beaucoup la démarche de démocratie participative. La France n’est pas un canton suisse, le moment politique de l’expression de la souveraineté populaire autour de grands choix est incontournable. Le coeur du problème n’est pas seulement dans le renouvellement de fond en comble des formes de l’action politique, mais aussi dans la capacité à énoncer des choix clairs qui permettent aux citoyens de retrouver leurs marques. Nous avons la responsabilité d’être capables de porter une ambition majoritaire qui amène la gauche au pouvoir sur un programme de changement. Sinon nous renforcerons le – bipartisme.

Marie-Noëlle Lienemann. Le déficit de la gauche n’est pas tant un déficit de discours que d’action. Tant que les gens n’ont pas le sentiment que des actions concrétes améliorent leur sort, la gauche peut être sympathique, utile pour faire un contre-feu, mais elle ne peut pas gouverner et changer les choses. Je suis autogestionnaire et je crois à des formes de démocratie participative. Mais je crois fondamentalement à la démocratie représentative. C’est le meilleur système même s’il a besoin de contre-pouvoirs. Et je crois aux partis comme la forme la plus aboutie d’action collective. C’est vrai qu’il y a une inertie propre aux appareils qui, s’ils ne sont pas régénérés de l’extérieur, se sclérosent. Mais une recomposition ne peut se faire sans dynamique nouvelle. Des clubs ont souvent joué le rôle de creuset d’une unité politique potentielle en créant des passerelles. L’étape actuelle est celle des débats de fond. Et ce n’est pas le parti dominant à gauche qui peut dicter les termes du rassemblement. Mais sa disponibilité à la dynamique unitaire est fondamentale car s’il est tourné vers le Modem plutôt que vers l’unité des forces de gauche, celle-ci ne reviendra pas au pouvoir et, quoi qu’on dise, la gauche de la gauche ne pèsera pas.

Entretien réalisé par Lucien Degoy et Jacqueline Sellem.

Le «Che» à la reconquête de son mandat de député

Créé par le 10 juin 2007 | Dans : Elections, Le Che

Battu en 2002, Jean-Pierre Chevènement cherche à récupérer le siège qu’il occupait depuis 1973. Un combat difficile: dans la 2e circonscription du Territoire de Belfort, Nicolas Sarkozy a nettement devancé Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle.

Par Thomas Calinon, envoyé spécial à Belfort

LIBERATION.FR : samedi 9 juin 2007

Le «Che» est en campagne. Dans le Territoire de Belfort, Jean-Pierre Chevènement bataille pour reconquérir la deuxième circonscription, perdue en 2002.

Depuis 1973, le maire de Belfort et président d’honneur du MRC a conquis ce siège de député à huit reprises. La neuvième tentative, dans la foulée d’une candidature à l’élection présidentielle qui le vit recueillir 5,33 % des suffrages au premier tour, s’est soldée par un échec cuisant: victoire du jeune candidat de droite, Michel Zumkeller, avec presque huit points d’écart.

Au premier tour, le socialiste Yves Ackermann, qui a depuis ravi la présidence du conseil général au MRC, talonnait JPC. «En 2002, j’avais été battu par la conjonction de la droite et du PS, dit Chevènement. Cette fois, la situation me semble un peu moins compliquée». Voire…

Au deuxième tour de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a nettement devancé Ségolène Royal dans la circonscription (52,99 %) ainsi qu’à Belfort (51,14 %). Pour Jean-Pierre Chevènement, qui s’est fortement impliqué dans la campagne de la candidate socialiste, il faut y voir la raison de son nouveau tour de piste aux législatives: «Si Ségolène Royal l’avait emporté, si la gauche avait été majoritaire localement, je ne me serais pas représenté. La situation me paraissait difficile et je suis le seul à avoir l’abattage pour battre le député sortant. Tout le monde a considéré que je devais y aller par devoir».

Officiellement soutenu par le PS, le voilà donc reparti à sillonner les quarante-deux communes de la circonscription, dont Belfort ne représente qu’un petit tiers. S’il est élu, ses dossiers prioritaires seront «l’industrie automobile et la sous-traitance», en mauvaise passe, «la poursuite de la diversification économique du Territoire de Belfort et l’urbanisme». Et en cas de défaite? «Si j’étais désavoué une seconde fois, j’en tirerais les conséquences. Ça veut dire que je ne me représenterais certainement pas à la mairie en 2008.»

Le tract de Michel Zumkeller en mains, Jean-Pierre Chevènement raille le bilan du député sortant, qui mentionne entre autres «la réhabilitation» d’une mairie et «l’aide à l’achat d’un logiciel» pour un centre culturel: «C’est un député qui a un tout petit bout de la réserve parlementaire et qui résume son bilan aux quelques sous qui lui sont consentis. Ce n’est pas ce que j’appelle un parlementaire. Ça, c’est même pas l’assistante sociale!»

Zumkeller est selon lui un «député de proximité», ce qui n’a rien de noble dans la bouche de l’ancien ministre de l’Intérieur. Mais l’intéressé revendique l’expression. «Je ne sais pas faire de la politique autrement qu’en étant à côté des gens, affirme Michel Zumkeller, membre du Parti radical associé à l’UMP. C’est un vrai choix politique qu’ont à faire les électeurs. D’un côté, Chevènement, qui pense qu’il faut être à Paris pour peser et se vante d’avoir un carnet d’adresses long comme le bras, de l’autre un député qui est sur le terrain, qui écoute les gens et leur apporte des réponses.»

Le député sortant a «du respect pour Chevènement». Il ne dit donc pas «que c’est l’homme du passé», mais plutôt «qu’il n’incarne plus l’avenir du Territoire de Belfort». Cette élection, il la «sent bien», et pas seulement parce que «vu comment les affiches de Chevènement sont collées, il n’y a plus grand monde au MRC»: «La gauche est divisée et ils vont avoir du mal à recoller les morceaux entre les deux tours».

Comme en 2002, Jean-Pierre Chevènement est en effet attaqué sur sa gauche. Cette année, c’est l’avocat socialiste Alain Dreyfus-Schmidt qui s’y colle. Le PS local, qui a longtemps refusé l’accord national réservant la circonscription à un candidat MRC, ayant finalement jeté l’éponge, «ADS» tente sa chance en solo.

«Il est hors de question de faire allégeance à Chevènement. Si on ne le pousse pas, il n’y a aucune raison qu’il s’en aille», affirme le candidat. Sa dissidence lui vaut d’être désormais exclu du PS. Son score est la grande inconnue du scrutin. «ADS» n’a pas de mandat, mais son nom parle aux Belfortains: son grand-père, Pierre, fut député et maire de la ville; son père, Michel, est sénateur socialiste du Territoire de Belfort depuis 1980.

En plus, «il est soutenu en sous-mains par certains élus PS», note Jean-Pierre Chevènement. Le meilleur ennemi de JPC, Raymond Forni (PS), président du conseil régional de Franche-Comté, est ainsi membre du «comité de soutien des élus socialistes contre l’exclusion du PS d’Alain Dreyfus-Schmidt». «Les militants souhaitaient une candidature socialiste, mais ça ne s’est pas fait à cause de manoeuvres au niveau de la fédé de Belfort, commente Forni. J’apprécie la démarche d’Alain Dreyfus-Schmidt qui porte notre bannière face à quelqu’un qui nous a trahi trois fois.» A ce niveau-là, c’est un peu plus qu’un soutien «en sous-main».

Royal, Fabius, Hollande agitent le spectre des « additions » post-électorales

Créé par le 08 juin 2007 | Dans : Elections, Gouvernement

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LILLE (AFP) – Ségolène Royal et Laurent Fabius ont agité, jeudi soir à Lille, le spectre des « additions », notamment celui d’ »une augmentation massive de la TVA », que préparerait le gouvernement après les élections législatives pour financer ses « cadeaux fiscaux ».

Cette menace, en cas de victoire de l’UMP les 10 et 17 juin aux législatives, est devenue en quelques heures le principal angle d’attaque des socialistes à trois jours du premier tour de scrutin, outre la nécessité d’éviter « la concentration absolue des pouvoirs ».

Alors que, selon les sondages, l’UMP obtiendrait autour de 400 sièges à l’Assemblée nationale, le premier secrétaire François Hollande avait lancé l’offensive dès le matin en affirmant que, « pour compenser les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux, il va falloir augmenter de 2 à 3 points les taux de TVA ». Il se référait au crédit d’impôt pour un emprunt consacré à l’achat d’un logement, à la suppression des droits de succession, et au bouclier fiscal limitant l’imposition à 50% des revenus. Toutes mesures qui bénéficieront « aux plus privilégiés », selon Ségolène Royal.

Ces « cadeaux », « il faudra, compte tenu de l’endettement de la France, trouver le moyen de les payer. Ils seront payés par vous tous, par l’augmentation de la TVA (…), l’impôt le plus injuste, qui frappe les catégories populaires et les classes moyennes », a affirmé à Béthune l’ex-candidate PS à la présidentielle, lors d’une tournée de soutien aux candidats dans le Nord-Pas-de-Calais. Elle a insisté à nouveau sur ce point lors du dernier grand meeting de campagne à Lille avec Laurent Fabius, Martine Aubry et Pierre Mauroy, devant un peu plus de 1.500 personnes.

Selon la présidente du Poitou-Charentes, le gouvernement mène une politique qui consiste à « donner beaucoup pour ceux qui ont beaucoup, un peu pour ceux qui ont un peu, rien pour ceux qui n’ont rien ». « C’est la rente et la finance contre la France du travail », a-t-elle lancé. « On nous annonce des allègements fiscaux, des soustractions. Après les élections, je vous annonce les additions », a déclaré Laurent Fabius.

Le député de Seine-Maritime –dont Mme Royal n’a pas mentionné le nom à la tribune contrairement aux autres dirigeants– a demandé au Premier ministre François Fillon de « s’engager avant le premier ou le deuxième tour à ce que dans les cinq ans qui viennent, il n’y ait pas d’augmentation de TVA ». « S’il ne répond pas (…), tous les électeurs doivent savoir » que ce sera « l’augmentation de la TVA pour tout le monde », a-t-il dit.

Ségolène Royal, Martine Aubry et Laurent Fabius se sont aussi insurgés contre l’avant-projet de loi sur les heures supplémentaires. « Sachez que les heures supplémentaires coûteront deux fois moins cher que les embauches, on voit bien que le chômage n’intéresse absolument pas le gouvernement, c’est donc un véritable marché de dupes », a affirmé la maire de Lille.

M. Fabius a vu dans cette mesure de « l’imposture et (de) l’enfumage ». « Un remède miracle contre le chômage qui ne concerne aucun chômeur, il faut quand même le faire! », s’est-il exclamé. A Béthune comme à Lille, Ségolène Royal s’est aussi adressée aux électeurs de François Bayrou. Elle en a appelé à « tous ceux qui pensent que la France a besoin d’une respiration démocratique (…), à tous les démocrates et tous les républicains qui veulent un Etat impartial ».

Elle s’est engagée à ne pas arrêter le mouvement pour la rénovation du PS lancé lors de la campagne présidentielle. « Nous avons encore du travail à faire (…) Ouvrons notre parti, marchons avec la société, vivons avec elle », a lancé Ségolène Royal.

Mobilisation de personnalités contre le retour politique d’Alain Carignon

Créé par le 01 juin 2007 | Dans : Elections

GRENOBLE (AFP) – Des personnalités grenobloises ont dénoncé vendredi le retour en politique d’Alain Carignon, 58 ans, ex-député-maire de Grenoble, condamné pour corruption et candidat UMP aux législatives, qu’elles accusent de pratiques politiques indignes dans sa campagne actuelle.

Le groupe, qui s’est baptisé du nom du révolutionnaire grenoblois « Barnave » réunit plus d’une centaine de personnalités, de nombreux universitaires, médecins, chercheurs, le chanteur Michel Fugain et son père le chef résistant Pierre Fugain, le chorégraphe Jean-Claude Gallotta, l’écrivain Pierre Péju ou encore l’ancienne ministre Catherine Tasca. 

La présidente de Barnave, l’avocate Ingrid Alampi, a indiqué se battre pour que les corrompus « soient radiés à vie de la politique, comme on radie les gens condamnés dans la fonction publique ». 

Le vice-président de Barnave, l’ancien président d’université Bernard Pouyet, a produit des copies de plusieurs tracts anonymes ou signés de l’UMP attaquant personnellement le maire socialiste et la candidate socialiste opposée à M. Carignon. 

« Depuis que M. Carignon est revenu en politique à Grenoble, on assiste à un retour de méthodes qui disqualifient leurs auteurs, tracts anonymes, attaques personnelles et insinuations calomnieuses », a t-il dit. 

« On ne peut pas mettre en avant Grenoble comme pôle de compétitivité et ne pas se poser la question de qui incarne ce lieu, nous voulons de la moralité en politique et un débat public de qualité » a ajouté M. Pouyet. 

Condamné en 1996 pour « corruption et abus de biens sociaux », lui ayant permis un enrichissement personnel, M. Carignon a effectué 29 mois de prison avant de retrouver ses droits civils et civiques, dont il avait été privé en octobre 2002. 

Depuis, Alain Carignon a déclaré à plusieurs reprises: « j’ai payé, la page est tournée ». 

Il a reçu des lettres de soutien du Premier ministre François Fillon, du président de la République Nicolas Sarkozy, de l’écrivain Bernard-Henri Lévy et de l’écrivain et cinéaste, Marek Halter. 

Sur la toile, des associations anti-corruption comme anticor (association qui regroupe des élus de droite et de gauche) ou de nombreux particuliers dénoncent le retour politique de M. Carignon. 

Le candidat Modem de la circonscription où se présente M. Carignon, Philippe de Longevialle cite dans ses tracts une partie du texte de la condamnation de M. Carignon: « Il n’a pas hésité à trahir la confiance que ses électeurs lui manifestaient en monnayant le pouvoir qu’il tenait du suffrage universel, afin de bénéficier d’avantages matériels qui se sont élevés à 2.907.683 euros et de satisfaire ses ambitions personnelles: il a commis l’acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu ».

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