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Vers une nouvelle équation politique et sociologique ? par Xavier Dumoulin

Créé par le 22 juin 2021 | Dans : a2-Blog-notes politique de XD, Projet politique

L’ampleur de l’abstention lors des derniers scrutins laisse apparaître un phénomène de distanciation citoyenne vis à vis de l’offre politique. On a raison d’intégrer dans la recherche d’explications la part de l’effet déconfinement, la complexité des scrutins départementaux et régionaux groupés en cette fin juin, la ringardise du seul vote dans les urnes quand le vote par correspondance ou électronique serait un encouragement à plus de civisme électoral. On peut aussi disserter sur la reconnaissance du vote blanc qui devrait s’imposer du fait de cette tendance  à l’abstention massive du corps électoral.
Mais cette défiance de l’électorat n’invite-t-elle pas d’abord au nécessaire questionnement sur les causes de la démobilisation politique? Tout en considérant la sanction électorale infligée par un électeur sur trois à la majorité macroniste, hors sol et hors jeu dans ces scrutins régionaux et départementaux, l’abstention semble traduire un certain effondrement de l’attractivité des blocs en présence. Examinons tour à tour les blocs en question dans cette décomposition qui les frappe.
En soulignant d’abord, et il faut s’en réjouir, cet apparent reflux, ce dimanche 20 juin, de l’attractivité électorale du RN qui captait jusqu’alors l’essentiel du vote protestataire. Juste correction de la part d’un segment d’abstentionnistes perdus dans l’aggiornamento artistique du parti d’extrême-droite, ce « pole identitaire souverainiste » qui n’assume plus ses choix en la matière (1).

En second lieu, avec ce constat persistant du divorce durable de la sociologie électorale traditionnelle de la gauche d’avec l’offre politique de ses « représentants », depuis les années Jospin et sous Hollande, distanciation théorisée il y a une dizaine d’années, par la boîte à penser du P.S, Terra Nova qui fait son deuil de l’éloignement des couches populaires au bénéfice d’une recomposition du projet politique et des alliances du PS (2). Le Front de gauche a pu un temps relever une gauche défaite mais ses divisions ont hypothéqué l’avenir en commun avec aujourd’hui ce repli électoral de la France insoumise malgré le niveau élevé de popularité de son leader dont la légitimité semble bien entamée depuis quelques mois.

Le « macronisme », ce bloc bourgeois illusoire et élitiste en pleine déroute électorale dimanche dernier, a révélé lui aussi toutes ses faiblesses et fragilités (3). L »épuisement du néolibéralisme comme boussole du macronisme attise toutes les incertitudes actuelles après ce pragmatisme affiché du « quoi qu’il en coûte » quand le ministre de l’économie prétend rattraper la hausse des dépenses publiques et de la dette avec des économies de fonctionnement. Mais comment prétendre investir dans l’hôpital ou l’éducation nationale sans augmenter les dépenses de personnel? Comment dynamiser plus largement l’économique et le social sans une politique budgétaire s’appuyant sur une fiscalité plus juste?

Ce « bloc bourgeois » dissimulé derrière un pseudo-progressisme – après l’échec du « bloc de gauche » amputé de son front de classe historique – qui ne parvient pas à structurer durablement la nation a-t-il quelques chances de s’imposer avec l’alternance possible du parti Les Républicains aux prochaines présidentielles? Rien n’est moins sûr, les mêmes causes produisant les mêmes effets faute d’une offre véritablement alternative au macronisme! Par delà les discours de circonstance, on peine à identifier les différences de fond entre LR et LRM (4). 

L’idée, séduisante a priori, d’un « pôle social-écologique » vanté par les socialistes prend du plomb dans l’aile avec la compétition électorale qui exacerbe les rivalités entre écologistes et socialistes de toutes obédiences, les deux fractions hétérogènes présentant par ailleurs de fortes contradictions internes s’exprimant particulièrement dans cette porosité d’une partie des leurs d’avec le macronisme.

En sortant des scénarii de cuisine politicienne aux sources du désamour des Français pour une certaine offre politique, on s’attachera aux conditions d’un nouvel et large « rassemblement populaire », voire « populaire républicain » prôné aujourd’hui par Arnaud Montebourg dans sa tribune au Monde du 7 juin dernier ( 5). Arnaud Montebourg est ancien ministre socialiste de l’économie, ­du redressement productif et du numérique -2012-2015- et entrepreneur.

Comment donc aborder le travail politique et idéologique partisan et d’éducation populaire que recouvre un tel chantier dans « la constitution d’un nouveau bloc au pouvoir », « bloc populaire » ou « populaire républicain » (versus « bloc élitiste » ou « souverainiste identitaire populiste »), sans entamer une ébauche critique de la réception de cette notion emblématique -  et de plus en plus énigmatique – de « la gauche » qui ne voudrait pas s’aliéner le mouvement socialiste historique quand celui-ci n’a jamais été aussi étranger à l’inspiration des politiques conduites par la dite « gauche de gouvernement »? écrivions-nous en mai 2020 dans notre interpellation de la gauche.

Nous explorions les grandes lignes programmatiques proposées à court, moyen, voire très long terme et mises en perspective dans la conclusion de l’article (6) sans aborder le travail politique et idéologique partisan et d’éducation populaire que recouvre un tel chantier dans « la constitution d’un nouveau bloc au pouvoir ». La tribune d’Arnaud Montebourg embrasse l’ensemble de ces questions et ouvre, ce faisant, un champ d’action pertinent.

En vue de l’élection présidentielle de 2022, l’ex-ministre socialiste de l’économie appelle, dans sa tribune au journal Le Monde, à une union des forces populaires qui passe selon lui par un programme politique interventionniste, régulationniste, républicain et laïc, mais aussi par le contrôle de l’immigration et la lutte contre l’islamisme politique.

La tribune dénonce d’abord le choix des sociaux-libéraux qui « encourageaient la gauche à persister dans sa dangereuse préférence pour les questions sociétales, les minorités et le goût pour une certaine bourgeoisie libérale s’épanouissant dans l’individualisme et une mondialisation heureuse ». Reflet du « clintonisme », cette politique traduit « un mépris implicite pour les classes populaires  » captées par le vote Trump en 2016. « Pour les gauches mondiales, il n’était plus nécessaire de s’attaquer aux excès du système économique néolibéral et mondialisé puisqu’il était prétendument bon pour nos sociétés, précise l’ancien ministre. Le protectionnisme devait rester l’apanage des supposés populistes alors que chacun comprend l’urgente nécessité de rééquilibrage écologique et social d’une mondialisation sauvage et destructrice de nos sociétés occidentales. La question des salaires et de l’amour du travail était abandonnée au profit de la seule redistribution, par les impôts et le revenu universel, célébrant ainsi curieusement l’union de Bill Gates avec Benoît Hamon. » Cette première charge plante le décor dans la recherche d’une voie alternative s’émancipant du modèle dominant à gauche.

L’ancien ministre analyse les scores historiques du F.N, R.N à l’aune de ces démissions de la gauche et notamment de sa « politique austéritaire, parachevée par le quinquennat Macron, champion du mépris de classe ». A la veille du premier tour des scrutins départementaux et régionaux, notre homme politique reconverti dans l’entreprenariat, s’inquiète à raison des poussées du R.N annoncées par les sondages et des séismes prochains : « aujourd’hui la famille Le Pen est aux portes du pouvoir, plusieurs régions sont sur le point d’être gagnées par le Rassemblement national, et tous les candidats se revendiquant de la gauche (Mélenchon, Jadot, Hidalgo) seraient battus par Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Tout comme Macron qui n’en est plus très loin et devrait entrer dans l’histoire pour avoir minutieusement installé le RN au pouvoir, par incompétence ou cynisme ». Puisse-t-il se tromper après cette désaffection du corps électoral du RN « touché à son tour par le dégagisme » (7) au premier tour! 

La suite de la tribune revient sur l’histoire de la gauche évoquant « la majorité sociale (qui) a enfin rencontré la majorité politique » selon les mots du président Mitterrand en 1981 quand, selon Montebourg, « Avec Emmanuel Macron, c’est la minorité sociale d’un bloc bourgeois qui a arraché une majorité politique, gouvernant pour une base étroite avec arrogance. Cette recomposition découle de choix délibérés d’indifférenciation idéologique et de conversion de la gauche à la pensée unique. Depuis si longtemps, gauche et droite se succèdent au pouvoir pour mener les mêmes politiques néolibérales aux dépens des droits économiques et sociaux des classes moyennes et populaires. »

Pointant « l’affrontement scénarisé » de l’extrême centre et de l’extrême droite qualifiés respectivement de « bloc bourgeois » et de « bloc réactionnaire », Arnaud Montebourg dénonce l’expulsion des classes populaires du jeu politique qui favorise leur refuge chez Le Pen!

D’où l’importance d’une recomposition politique dans « l’unification politique du bloc populaire autour d’une force républicaine (qui) briserait la tenaille constituée d’un côté par le bloc bourgeois qui représente l’élite et de l’autre par le bloc réactionnaire qui prétend représenter par opposition tous les autres, c’est-à-dire le peuple. Pour réussir ce défi, il lui faut offrir une unification de ces deux composantes dans un nouveau choix démocratique capable de devenir majoritaire en 2022. »

Ce rassemblement populaire se ferait autour « des forces politiques défendant l’intérêt du plus grand nombre autour de l’intérêt général, cette France des gens ordinaires, qui faute de trouver leur représentation politique, désespèrent, abandonnent, se radicalisent, ou choisissent l’indifférence. » 

L’ancien ministre imagine une base sociologique dans ce rassemblement avec « Tous ceux qui forment cette France contre laquelle le quinquennat d’Emmanuel Macron s’est fracassé après dix-huit mois : la France des déclassés, des enracinés, des « quelque part », des « premiers de corvée », des diplômés précarisés, de « ceux qui ne sont rien » selon la triste formule présidentielle. Mais également une bourgeoisie d’intérêt général – chefs d’entreprise, hauts fonctionnaires, intellectuels, créateurs – qui refuse de faire sécession de la nation et reste fidèle au destin commun de cette République qui nous lie. Des populations qui aspirent à s’en sortir par leur travail et à en vivre dignement, qu’ils soient anciennement affiliés à la droite (petits commerçants, artisans, travailleurs indépendants, agriculteurs) ou à la gauche (ouvriers, employés, fonctionnaires de première ligne). Tous ceux-là peuvent former une nouvelle majorité. » 

Montebourg aborde ensuite logiquement la question du projet et dessine à grands traits quelques axes majeurs : « un travail pour en vivre, plutôt que la proclamation hasardeuse de la fin du travail assortie d’allocations universelles » ; « des augmentations de salaires, plutôt que d’assister dans la classe politique à un concours Lépine des impôts nouveaux » ; une France qui ‘’s’organise enfin contre la mondialisation qui nous étrille, quand on entend encore chanter les louanges de la mondialisation heureuse » ; « un minimum de souveraineté de la France face à une Union européenne incapable de résoudre les problèmes des Français et des Européens, car la démocratie est le seul moyen dont dispose le plus grand nombre pour reprendre le contrôle. »

Contre les mythes de la réussite individuelle et de la start up nation « cache-sexes de l’abandon total de l’industrie française, du made in France, de ses emplois et territoires, aux sirènes du laisser-faire pour les puissants, pendant qu’on ne laisse rien faire à tous les autres dans le pays de l’ultra-bureaucratie », l’ancien ministre rejoint les critiques de « cet Etat Léviathan bureaucratique, privatif de nos libertés, facteur de blocage du pays, auteur des errements sanitaires dans la crise Covid-19, quand les partis politiques peuplés d’énarques continuent à défendre aveuglément une haute administration qui travaille en roue libre. »

Reconnaissant envers les Français engagés dans le travail sur les territoires abandonnés et les solutions concrètes à « l’inverse des dirigeants (qui) ne semblent s’intéresser qu’aux métropoles », l’ancien ministre du redressement productif encourage « tous ceux-là (qui) veulent à coup sûr que la France produise et relocalise selon de nouveaux modèles écologiques ce qu’elle consomme, en organisant une collaboration entre toutes les générations, climat et boomers. Ils savent que la lutte contre le dérèglement climatique passe aussi par le renforcement du nucléaire et d’EDF comme service public national assurant une électricité bon marché. »

Parlant au nom de cette base sociologique, Montebourg aborde ensuite les questions de l’immigration sans concession face au slogan facile du « accueillons-les tous ! ». On regretterait un certain raccourci dans cette approche s’il ne précisait pas l’attachement des Français à la défense de « l’’application intransigeante de l’état de droit, le droit à la sûreté et à une police au service de la population face à l’insécurité qui atteint des sommets, tout comme le droit à la justice, qu’on soit puissant ou misérable » et la correction des « injustices cruelles et criantes de leur vie quotidienne. » S’agissant du combat contre l’islamisme politique, il rejoint « tous ceux-là (qui) veulent enfin que l’Etat les débarrasse de l’islamisme politique qui cherche à pervertir ou détruire les règles de la République délibérées en commun, quand quelques dirigeants s’aveuglent encore sur la dangerosité de cette autre forme de fascisme, l’autre versant de la peste brune. »

Mesurant le poids de l’abstention, du vote blanc ou nul, en provenance majoritairement des classes moyennes et populaires, Montebourg s’interroge sur la capacité « de réunifier cette force populaire et républicaine sur un programme politique interventionniste, régulationniste, républicain et laïc, dans et en dehors des partis. » Il conclue en synthétisant ainsi son projet : « Réunifier les premiers de corvée sur un nouveau compromis historique avec les milieux économiques et les forces sociales, avec la bourgeoisie d’intérêt général et les mouvements populaires, c’est dessiner là un nouveau compromis entre des forces qui se sont affrontées mais qui, dans l’intérêt commun de relèvement du pays, chercheraient un accord en échangeant les concessions réciproques. Tel est l’enjeu de 2022 auquel les hommes et femmes de bonne volonté doivent désormais s’atteler. »

(1) ex-FN aujourd’hui RN qui, affranchi de la pesante tutelle paternelle vieille France antigaulliste, catholique intégriste, mêlant  vichyssois, poujadistes et anciens de l’OAS et du mouvement Occident, a muté en force populiste identitaire sous l’impulsion d’une héritière prête à tronquer et troquer l’héritage familial très disputé par sa nièce et à capter pour mieux le détourner, l’attachement populaire aux valeurs de laïcité et de sécurité

(2) « La présidence Hollande est moins une anomalie que l’échec définitif des tentatives de concilier la base sociale de la gauche et la modernisation du modèle français. Ce projet se prolonge désormais par la tentative d’édifier un bloc bourgeois fondé sur la poursuite des réformes structurelles destinées à dépasser le clivage droite/gauche par une nouvelle alliance entre classes moyennes et supérieures. L’émergence, en réaction, d’un pôle souverainiste coexiste avec les tentatives de reconstruire les alliances de droite et de gauche dans un paysage politique fragmenté ». Cette synthèse extraite de la 4° de couverture de l’ouvrage de Bruno Aimable et Stefano Palombarini, « L’illusion du bloc bourgeois », édité début 2017,  anticipait formidablement l’interrogation sur « l’avenir du modèle français » dépendant « de l’issue d’une crise politique qui n’est donc pas liée à des querelles d’appareils et encore moins de personnes, mais à la difficulté de former un nouveau bloc dominant ».

(3) Reprenons à cet égard les développements d’Emmanuel Roux dans « La cité évanouie – Au-delà du progressisme et du populisme ». L’auteur évoque les grands moments machiavéliens de la présidence Macron. Acte 1 : la fortune accompagne le candidat dans la débâcle de la gauche et de la droite, l’utilisation de l’Ancien monde fait advenir le Nouveau, la politique des apparences, en début de quinquennat réussit à  bluffer l’opinion. Acte 2 : « la verticalité jupitérienne sait tout, décide de tout. Et d’abord, du sort des riches, ces premiers de cordée qui doivent nous emmener vers les sommets ». Acte 3 : « le dévissage du premier de cordée ». L’analyse de Roux s’arrête à l’été 2019. et l’anticipation n’en est que plus saisissante sur la gestion de crise du Covid-19, Acte 4, qui agit, selon nous, comme un révélateur de toutes les contradictions.

(4) En terme de projet notamment quand leurs thématiques favorites se conjuguent autour des thèmes récurrents de la politique de l’offre avec la baisse du coût du travail et des dépenses sociales (malgré l’explosion de la grande pauvreté et la marginalisation de la jeunesse) et les choix d’une flexibilité accrue (ubérisation, accords d’entreprises dérogatoires, mobilités, etc.).

(5) « Il faut unir le bloc populaire pour briser la tenaille entre les blocs bourgeois et réactionnaire »

(6) Quelles perspectives pour cette gauche française saisie du remord du pouvoir dans l’urgence de sa refondation systémique et d’ensemble ? par Xavier Dumoulin

(7) selon Le Monde du 22 juin 2021, les électeurs du RN sont ceux qui se sont le plus abstenus (73%) dans le cadre d’un taux exceptionnel d’abstentions de 66,7%. Effet de la dédiabolisation – comme semble l’exprimer le tweet d’un ancien élu du FN opposé à la stratégie de marine le Pen « c’est la clarté et la radicalité qui permettent de mobiliser , non la pasteurisation « ?

Arnaud Montebourg : « Il faut unir le bloc populaire pour briser la tenaille entre les blocs bourgeois et réactionnaire »

Créé par le 08 juin 2021 | Dans : Battre campagne, Projet politique

 

Tribune du Monde du 7 juin 2021

Arnaud Montebourg

Ancien ministre de l’économie

En vue de l’élection présidentielle de 2022, l’ex-ministre socialiste de l’économie appelle, dans une tribune au « Monde », à une union des forces populaires qui passe selon lui par un programme politique interventionniste, régulationniste, républicain et laïc, mais aussi par le contrôle de l’immigration et la lutte contre l’islamisme politique.

Temps de Lecture 7 min.

Tribune. Il y a dix ans, les sociaux-libéraux encourageaient la gauche à persister dans sa dangereuse préférence pour les questions sociétales, les minorités et le goût pour une certaine bourgeoisie libérale s’épanouissant dans l’individualisme et une mondialisation heureuse. Triomphait alors la version française du « clintonisme » qui avait uni dans un même programme politique Wall Street et Hollywood, symbolisant un mépris implicite pour les classes populaires qui se jetaient à l’inverse dans les bras de Trump.

Pour les gauches mondiales, il n’était plus nécessaire de s’attaquer aux excès du système économique néolibéral et mondialisé puisqu’il était prétendument bon pour nos sociétés. Le protectionnisme devait rester l’apanage des supposés populistes alors que chacun comprend l’urgente nécessité de rééquilibrage écologique et social d’une mondialisation sauvage et destructrice de nos sociétés occidentales. La question des salaires et de l’amour du travail était abandonnée au profit de la seule redistribution, par les impôts et le revenu universel, célébrant ainsi curieusement l’union de Bill Gates avec Benoît Hamon.

En acceptant ainsi le monde tel qu’il était devenu, la gauche du quinquennat Hollande fit grossir de 15 points le Front national par sa politique austéritaire, parachevée par le quinquennat Macron, champion du mépris de classe en apportant les 15 points de plus qui manquaient pour atteindre les 50 % du corps électoral. Le résultat de ce choix est maintenant connu : les « gilets jaunes » s’affrontèrent en fracture ouverte avec Macron en défendant désespérément le droit de vivre de leur travail ; aujourd’hui la famille Le Pen est aux portes du pouvoir, plusieurs régions sont sur le point d’être gagnées par le Rassemblement national, et tous les candidats se revendiquant de la gauche (Mélenchon, Jadot, Hidalgo) seraient battus par Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Tout comme Macron qui n’en est plus très loin et devrait entrer dans l’histoire pour avoir minutieusement installé le RN au pouvoir, par incompétence ou cynisme.

Extrême centre et extrême droite

François Mitterrand avait exprimé clairement une vérité lors de son célèbre discours d’investiture du 21 mai 1981 : avec la victoire de la gauche, « la majorité sociale a enfin rencontré la majorité politique ». Avec Emmanuel Macron, c’est la minorité sociale d’un bloc bourgeois qui a arraché une majorité politique, gouvernant pour une base étroite avec arrogance. Cette recomposition découle de choix délibérés d’indifférenciation idéologique et de conversion de la gauche à la pensée unique. Depuis si longtemps, gauche et droite se succèdent au pouvoir pour mener les mêmes politiques néolibérales aux dépens des droits économiques et sociaux des classes moyennes et populaires.

Dans l’affrontement scénarisé à l’avance entre le bloc bourgeois d’Emmanuel Macron et le bloc réactionnaire de Marine Le Pen, les classes populaires sont expulsées du jeu politique, condamnées à un non-choix entre l’extrême centre et l’extrême droite. La majorité sociologique du pays qui a fait l’élection de Chirac (« la fracture sociale »), de Sarkozy (« travailler plus pour gagner plus »), ou de Hollande (« mon adversaire, c’est la finance ») n’est plus représentée ni par la gauche ni davantage par la droite qui court après son électorat perdu. Faute de proposition correspondant à ses aspirations, le corps central du pays se donnera donc à la famille Le Pen.

 

Dans la recomposition qui doit se poursuivre, seule l’unification politique du bloc populaire autour d’une force républicaine briserait la tenaille constituée d’un côté par le bloc bourgeois qui représente l’élite et de l’autre par le bloc réactionnaire qui prétend représenter par opposition tous les autres, c’est-à-dire le peuple. Pour réussir ce défi, il lui faut offrir une unification de ces deux composantes dans un nouveau choix démocratique capable de devenir majoritaire en 2022.

Cette force populaire est le rassemblement des forces politiques défendant l’intérêt du plus grand nombre autour de l’intérêt général, cette France des gens ordinaires, qui faute de trouver leur représentation politique, désespèrent, abandonnent, se radicalisent, ou choisissent l’indifférence. De quoi cette nouvelle majorité sociale serait-elle faite ? De tous ceux qui forment cette France contre laquelle le quinquennat d’Emmanuel Macron s’est fracassé après dix-huit mois : la France des déclassés, des enracinés, des « quelque part », des « premiers de corvée », des diplômés précarisés, de « ceux qui ne sont rien » selon la triste formule présidentielle. Mais également une bourgeoisie d’intérêt général – chefs d’entreprise, hauts fonctionnaires, intellectuels, créateurs – qui refuse de faire sécession de la nation et reste fidèle au destin commun de cette République qui nous lie. Des populations qui aspirent à s’en sortir par leur travail et à en vivre dignement, qu’ils soient anciennement affiliés à la droite (petits commerçants, artisans, travailleurs indépendants, agriculteurs) ou à la gauche (ouvriers, employés, fonctionnaires de première ligne). Tous ceux-là peuvent former une nouvelle majorité. Mais quel serait leur projet unificateur, au moment où la gauche cherche son unité sans la trouver ?

Renforcement du nucléaire

Tous ceux-là veulent à coup sûr un travail pour en vivre, plutôt que la proclamation hasardeuse de la fin du travail assortie d’allocations universelles. Ils voudraient des augmentations de salaires, plutôt que d’assister dans la classe politique à un concours Lépine des impôts nouveaux.

Tous ceux-là veulent à coup sûr que la France s’organise enfin contre la mondialisation qui nous étrille, quand on entend encore chanter les louanges de la mondialisation heureuse. Ils voudraient rétablir un minimum de souveraineté de la France face à une Union européenne incapable de résoudre les problèmes des Français et des Européens, car la démocratie est le seul moyen dont dispose le plus grand nombre pour reprendre le contrôle.

Tous ceux-là ont bien compris que les mythes de la réussite individuelle, du ruissellement, de la « start-up nation » cachent la faillite de notre capacité à permettre à chacun de se réaliser dans un pays bloqué. Ces mythes sont les cache-sexes de l’abandon total de l’industrie française, du made in France, de ses emplois et territoires, aux sirènes du laisser-faire pour les puissants, pendant qu’on ne laisse rien faire à tous les autres dans le pays de l’ultra-bureaucratie. Beaucoup voudraient ainsi en finir avec cet Etat Léviathan bureaucratique, privatif de nos libertés, facteur de blocage du pays, auteur des errements sanitaires dans la crise Covid-19, quand les partis politiques peuplés d’énarques continuent à défendre aveuglément une haute administration qui travaille en roue libre. A l’inverse, les Français ont commencé à reconstruire leur territoire abandonné, et cherchent dans leur vie quotidienne des solutions concrètes, lorsque la plupart des dirigeants ne semblent s’intéresser qu’aux métropoles.

Tous ceux-là veulent à coup sûr que la France produise et relocalise selon de nouveaux modèles écologiques ce qu’elle consomme, en organisant une collaboration entre toutes les générations, climat et boomers. Ils savent que la lutte contre le dérèglement climatique passe aussi par le renforcement du nucléaire et d’EDF comme service public national assurant une électricité bon marché.

Cette force politique existe

Tous ceux-là pensent également que l’immigration n’est pas sous contrôle et pèse sur les conditions de vie des plus modestes, face au slogan facile du « accueillons-les tous ! ». Ils voudraient pourtant à coup sûr défendre l’application intransigeante de l’état de droit, le droit à la sûreté et à une police au service de la population face à l’insécurité qui atteint des sommets, tout comme le droit à la justice, qu’on soit puissant ou misérable. Finalement, ils veulent corriger les injustices cruelles et criantes de leur vie quotidienne, et dire non aux arrangements du monde en faveur de quelques-uns.

Tous ceux-là veulent enfin que l’Etat les débarrasse de l’islamisme politique qui cherche à pervertir ou détruire les règles de la République délibérées en commun, quand quelques dirigeants s’aveuglent encore sur la dangerosité de cette autre forme de fascisme, l’autre versant de la peste brune.

Au second tour de l’élection présidentielle de 2017, 4 millions de citoyens ont voté blanc ou nul et 12,1 millions se sont abstenus dans le choix entre En marche ! et le FN, considérant que l’incendie totalitaire ne se combat pas avec le briquet du néolibéralisme qui a servi à l’allumer. Ces électeurs sont majoritairement issus des classes moyennes et populaires. Cette force existe donc, mais l’inconnue pour 2022 est de savoir s’il est possible de réunifier cette force populaire et républicaine sur un programme politique interventionniste, régulationniste, républicain et laïc, dans et en dehors des partis. Réunifier les premiers de corvée sur un nouveau compromis historique avec les milieux économiques et les forces sociales, avec la bourgeoisie d’intérêt général et les mouvements populaires, c’est dessiner là un nouveau compromis entre des forces qui se sont affrontées mais qui, dans l’intérêt commun de relèvement du pays, chercheraient un accord en échangeant les concessions réciproques. Tel est l’enjeu de 2022 auquel les hommes et femmes de bonne volonté doivent désormais s’atteler.

Arnaud Montebourg est ancien ministre socialiste de l’économie, ­du redressement productif et du numérique (2012-2015) et entrepreneur.

Arnaud Montebourg(Ancien ministre de l’économie)

« Être libre en politique, c’est avoir l’intelligence de son temps » Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour l’hebdomadaire « Le Point », parue le 2 mars 2021

Créé par le 20 mar 2021 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

« Être libre en politique, c’est avoir l’intelligence de son temps »

Tribune pour l’hebdomadaire « Le Point », parue le 2 mars 2021

Être libre en politique, c’est d’abord savoir « où on habite. » Tel se vit comme « citoyen du monde. » Je me vois, quant à moi, comme citoyen français. Partout chez lui, le premier n’habite nulle part. Je m’inscris pour ma part dans une Histoire, celle de la nation française. Cette appartenance à la France ne m’empêche pas d’appartenir à l’humanité. Au contraire, elle me le permet : c’est à travers la France que je peux prendre mes responsabilités vis-à-vis du monde. Aussitôt entends-je s’élever un cri : « Et l’Europe ? Que faites-vous, là-dedans, de l’Europe ? » Certes, la France fait partie de la grande famille des nations européennes. Mais bien que la construction européenne ait été proposée – par la France justement – comme le moyen de surmonter l’antagonisme franco-allemand, au lendemain des deux guerres mondiales, je sais que le sentiment d’appartenance à l’Europe est encore loin d’atteindre chez les différents peuples européens, la force du sentiment d’appartenance nationale. Or c’est celui-ci qui permet l’exercice de la démocratie, c’est-à-dire l’acceptation provisoire par une minorité du fait majoritaire. À l’ignorer, l’Union européenne s’exposerait à de graves mécomptes. La construction de l’Europe est utile et même nécessaire dans un monde que domine de plus en plus la rivalité des États-Unis et de la Chine, mais la construction de ce « tiers acteur » ne peut se faire que d’une manière très pragmatique. Elle s’effectue dans la réalité de façon quelque peu désordonnée, selon une règle assez éloignée de la démocratie, proche du « consensus implicite ». Lire la suite »

Lu dans l’Huma « Amis Cubains, merci » par José Fort

Créé par le 26 mai 2020 | Dans : Amérique Latine

En ces jours de pandémie, amis cubains, vous donnez une leçon de courage, d’intelligence, de dignité. Alors que vous subissez une guerre économique et des agressions terroristes sans interruption depuis plus de soixante ans, le blocus contre votre peuple décrété par la première puissance économique et militaire du monde apparaît chaque jour davantage comme participant à une stratégie d’étranglement.
 
 
 
Depuis plus de soixante ans, vous résistez à l’impérialisme nord-américain. Depuis plus de soixante ans, vous surmontez les provocations. Depuis plus de soixante ans, vous témoignez dans les faits  – pas seulement dans les discours – de votre solidarité avec les peuples d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Afrique soumis aux dictatures, aux violences, aux maladies, aux pillages. Depuis plus de soixante ans, vous entendez les donneurs de leçons « révolutionnaires » ou estampillés «  démocratiques ». Contre vents et marées, vous restez debout car, comme vous aimez le répéter, « mieux vaut vivre debout que mourir à genoux ». 
 
En ces jours de pandémie, la plupart des pays d’Amérique latine et des Caraïbes subissent effroyablement le Covid-19. Au désastre sanitaire vient s’ajouter  la misère extrême et la famine. Au Chili comme au Pérou, au Brésil comme en Equateur, au Panama comme en Colombie, l’ampleur du désastre dépasse l’entendement. L’Amérique latine et les Caraïbes sont au bord de la catastrophe sanitaire et sociale.
 
Amis Cubains, vous avez su vous protéger et limiter les effets de la pandémie chez vous grâce à une politique de santé exemplaire. Vous avez  aidé de nombreux pays du monde, grâce à vos médecins et personnels soignants – qui mieux qu’eux aujourd’hui méritent le prix Nobel de la Paix – car vous avez  investi dans la matière grise, particulièrement dans le domaine de la santé.  
Merci, amis cubains, de donner une autre vision de ce que devrait être la planète : un monde plus juste, plus respectueux et plus solidaire.
 
José Fort

« En souvenir d’un certain 10 mai… » Post-scriptum

Créé par le 23 mai 2020 | Dans : a2-Blog-notes politique de XD

Post-scriptum du 21 mai 2020 :

Les témoignages sont autant de marqueurs concrets complémentaires d’une histoire qui a vu la gauche inverser l’ordre de ses priorités. Mais on se gardera avec Didier Motchane, de « l’autobiographe pontifiant ou pénitent (qui) ne se fait jamais que le souvenir veuf d’une mémoire épuisée. Surtout s’il espère obtenir de la reine du tournoi le Prix de la Vérité… »

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