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« Nos Causes Communes »

Créé par le 09 sept 2018 | Dans : Gauche anti-libérale, Mouvement Républicain et Citoyen, Projet politique

La souveraineté populaire face aux marchés (Nos causes communes)

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Discours d’ouverture de Jean-Luc Laurent lors des universités de rentrée de « Nos Causes Communes ».
 
 
 
Je tiens d’abord à vous souhaiter à tous la bienvenue à l’université de rentrée de « Nos Causes Communes » que le MRC et le courant animé par Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann « L’Union et l’Espoir » ont le plaisir d’organiser ensemble. Fort de l’intérêt et du succès des rencontres du 9 juin que nous avions co organisées avec également République et Socialisme, nous avons décidé de faire ensemble nos universités de rentrée et de lancer à cette occasion la plateforme « Nos Causes Communes ».  Lire la suite »

Nos années Motchane, Par Michel DELARCHE sur son blog

Créé par le 04 nov 2017 | Dans : Non classé

31 oct. 2017

Une image de Didier Motchane lors d’un de mes passages, pour je ne sais plus quelle réunion, dans les locaux du CERES au milieu des années soixante-dix: un petit bonhomme toujours ébouriffé, avec ses improbables costumes noirs ou marrons en velours côtelé, un petit foulard entortillé autour du cou, et son regard perpétuellement attentif et ironique parcourant depuis l’encadrement d’une porte sa bande d’étudiants derrière ses petites lunettes aux verres épais.
Le provincial que j’étais alors ne montait pas fréquemment à Paris et en sortant du métro sur la Place de la République, craignant toujours de partir du mauvais côté de la place, j’utilisais comme repère d’orientation la palme que tenait la main levée de la statue de la République (tout un symbole…) afin de me diriger vers le boulevard Saint Martin où se trouvaient déjà des camarades pour la plupart parisiens: Patrick Weil, Martin de Mijolla, Eric Dupin, Guillaume Duval et quelques autres dont j’ai ignoré ou oublié les noms.
La grande affaire des étudiants socialistes du CERES était alors d’essayer de prendre aux communistes la majorité au bureau national de l’UGE (la manoeuvre échoua de peu), mais il fallait aussi résister aux offensives normalisatrices de la direction mitterrandiste du MJS (où sévissait sous la houlette d’Edith Cresson un certain Le Guen qui a hélas fait bien du chemin depuis).
À Grenoble, pourtant municipalité rocardienne, les étudiants socialistes de ce temps-là (dont un bon contingent d’élèves-ingénieurs: Alain, Catherine, Christian, Christophe, Didier, Jean-Louis…) étaient pour la plupart de tendance CERES mais nous traitions nos deux camarades mitterrandistes dont l’un s’appelait Francis (il est devenu par la suite un consultant spécialisé dans l’analyse des marchés pétroliers; je l’ai croisé une fois à l’aéroport de Rabat il y a une douzaine d’années mais il ne m’a pas reconnu,) et l’autre Claude (il devint directeur d’hôpital et fut une fois candidat socialiste dans une législative perdue d’avance contre Balladur) ainsi que Pierre, notre unique rocardien de Sciences-Po, aussi touffu de chevelure que d’élocution (je ne sais pas ce qu’il est devenu) avec tous les égards dûs à la démocratie interne et ceux-ci nous en savaient gré.
En ces temps d’innocence et d’éloignement du pouvoir, on pouvait débattre sans concession tout en restant des camarades.
Motchane et Chevènement nous faisaient lire et méditer Marx (en particulier ses écrits politiques), Gramsci (surtout à travers le petit ouvrage de Portelli sur le Bloc Historique) et Poulantzas. À l’époque, je lisais aussi un peu Lénine et Althusser pour discuter avec nos petits camarades althusséro-dissidents de l’UEC, aussi attachés que nous à l’Union de la Gauche et avec qui nous avions nos désaccords, mais partagions le même profond mépris de l’OCI-AJS, la principale secte trotskiste sévissant alors à Grenoble, ainsi que des groupuscules maoïstes post-soixante-huitards (PCMLF et PCR) dont on a aujourd’hui peine à croire qu’ils existaient encore à l’époque.
Motchane était une sorte de bibliothèque ambulante à lui tout seul (Chevènement aussi, mais dans un style qui me semblait philosophiquement plus éthéré: il aimait à citer Feuerbach, par exemple). Lors des stages de formation qu’il animait, Motchane s’attachait toujours, avec force exemples historiques, à nous entraîner à une appréciation dialectique des rapports de force et des conjonctures politiques, sans nous faire la moindre concession dans la rigueur de l’analyse.
Au boulevard Saint Martin, les dialogues avec Guidoni étaient moins profonds mais plus gratifiants pour nous, car contrairement à Motchane, il cherchait toujours à nous encourager plutôt qu’à relever la moindre de nos approximations et il nous divertissait fort avec ses féroces petits dessins dont certains étaient publiés dans Repères. Dans mon souvenir, ces deux-là formaient une sorte de tandem de prof copain et de prof exigeant.
Nous découvrîmes l’efficacité de cet entraînement lors de la rupture de l’Union de la Gauche: n’importe quel camarade un peu formé du CERES était capable, sans se concerter avec les autres et sans avoir reçu d’éléments de langage en provenance de Paris, de maintenir un discours restant cohérent avec les objectifs stratégiques, alors que nos malheureux copains de l’UEC devaient attendre d’avoir lu chaque matin l’édito de l’Huma pour savoir quel discours tenir dans nos discussions de midi à l’entrée des restaurants universitaires…
Motchane était depuis toujours haï par les technocrates pour les flèches sarcastiques qu’il leur décochait sans trêve, et en particulier par les rocardiens et crypto-rocardiens dont il pointa très tôt la dérive vers le néo-libéralisme. Ses nombreux ennemis au sein du PS l’avaient méchamment surnommé « le diable boiteux » ce qui en dit malheureusement plus long sur les surnommants que sur le surnommé.
C’est en ayant connu le CERES de ces années-là et en le comparant avec la médiocrité intellectuelle du personnel politique mitterrando-rocardien des années 1990 et 2000, sans même parler de l’état actuel du PS, qu’on peut mesurer combien la Gauche a perdu en capacité de réflexion stratégique depuis quarante ans.
J’ai ensuite pris acte de l’échec du pari tenté par le CERES de transformer le PS de l’ntérieur, et ce dès le tournant dit « de la rigueur » imposé par Delors en 1983, et je me suis alors détaché du PS sans souhaiter participer aux successives aventures de plus en plus groupusculaires de ce qui restait du CERES.
Mais je dois au Motchane de ces années-là et aux autres « chefs historiques » du CERES ce qui m’est resté d’exigence de lucidité dans l’évaluation des situations politiques et de refus de céder aux modes intellectuelles et médiatiques, fussent-elles étiquetées « de gauche ».

Pour Jean-Pierre Chevènement  » Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action »

Créé par le 21 oct 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à la revue Charles, propos recueillis par Louis Bochot, octobre 2017.


Revue Charles: Vous naissez le 9 mars 1939 à Belfort, six mois avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Vous effectuez ensuite votre service militaire en Algérie à la fin de la guerre d’indépendance. Diriez-vous que la guerre, la conscience du tragique qui résulte de l’expérience d’un conflit, est ce qui sépare votre génération de celle d’un Emmanuel Macron ?
Jean-Pierre Chevènement:
Devenir Président de la République à trente-neuf ans, c’est une expérience qui vaut mieux que l’expérience de la guerre. La guerre change profondément les hommes. En bien ou en mal. Quelquefois les deux.
Et vous, comment vous a-t-elle changé ?
Oh, elle a fait de moi un homme. Je n’étais pas un homme quand je suis parti en Algérie. J’étaisun grand adolescent à peine sorti de la belle bibliothèque de Sciences Po. L’essentiel de mon temps, je l’avais consacré à la rédaction d’un mémoire sur « La droite nationaliste française et l’Allemagne de 1870 à 1960 ». C’était pour moi, petit provincial sociologiquement « de gauche » un moyen de connaître la droite et ses différentes familles de pensée. Mais je n’avais que 21 ans. Quand je suis rentré deux ans et demi plus tard d’Algérie, j’avais été façonné par une expérience qui m’avait mis au cœur d’évènements où j’avais vu des gens tués près de moi et une société basculer. J’avais vu le massacre de Saint-Denis-du-Sig (un massacre de harkis le 19 mars 1962 suivi d’une « reprise en mains » sanglante, NDLR). Pendant l’insurrection de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), j’avais vu des femmes de ménage algériennes assassinées dans la rue, le port d’Oran bombardé puis incendié. J’avais vu des officiers français assassinés par l’OAS : le général Ginestet et le colonel Randon. J’avais vu beaucoup de choses de très près… Quand on a fait la guerre, on est moins manichéen et en même temps on acquiert un certain sens de l’Histoire. On relativise et en même temps on anticipe mieux les choses … C’est ce que j’ai voulu faire à mon retour d’Algérie en 1963 en préparant « l’après de Gaulle », tout en essayant de conserver de son héritage ce qui méritait de l’être…
 

 

Avant de rencontrer les militaires français et algériens, les premiers militaires que vous avez connus, pendant la Seconde guerre mondiale, furent des occupants allemands…
Oui, j’ai gardé le souvenir de l’occupation du premier étage de la maison-école où nous habitions ma mère et moi, dans un petit village du Haut-Doubs, Le Luhier. Cela devait être au début de 1943. Les soldats allemands s’étaient installés au premier étage. Ma mère m’interdisait d’y monter, au prétexte que les bonbons que les soldats allemands me donneraient serait empoisonnés, selon l’habitude qu’ils avaient déjà, selon elle, dans les régions occupées pendant la Première Guerre mondiale. Mais j’ai enfreint la consigne maternelle et je mangeais les oranges que m’offraient les soldats allemands, constatant ainsi à l’âge de quatre ans qu’ils ne méritaient pas tout à fait leur réputation … De cette période de guerre, gardez-vous d’autres souvenirs d’enfant ?
Bien sûr. Les trois maisons de ma grand-mère incendiées à Frambouhans, petit village voisin du Luhier, le 18 juin 1940. Des soldats français ont eu l’idée de résister aux envahisseurs au lendemain du discours de Pétain. Ils ont tué des motocyclistes allemands. Les chars qui n’arrivaient pas très loin derrière, ont détruit les sept ou huit maisons à l’entrée du village. Alors on a reconstruit après la guerre, parce que c’était l’hôtel-restaurant de ma grand-mère. J’ajoute que mon père était prisonnier dans un stalag. Il travaillait dans une carrière, et pour des raisons médicales – il avait fait un début de tuberculose –, on l’avait envoyé dans une ferme où il a passé le reste de la guerre, aux travaux des champs. Institutrice, ma mère a donc passé toute cette période dans le village du Luhier, dans l’attente de la libération ou de l’évasion de mon père. Je ne dirais pas qu’elle était résistante active, mais enfin elle faisait des tracts avec la postière contre les « Boches » et Vichy, et la Gestapo de Montbéliard l’y avait convoquée. On m’avait mis pendant ce temps chez une voisine, Mme Journot. Je revois donc la séparation d’avec ma mère. On ne savait pas si elle allait revenir. Et elle est revenue. Et mon père aussi, en avril 1945. Vous souvenez-vous de la Libération, cette année-là ?
J’ai le souvenir des bals de la Libération. Un bal à Bonnétage. Je revois ma mère avec un turban – c’était la mode de l’époque, lancée par les « tabors » marocains. Elle chantait. Elle avait une très jolie voix. Ma prime enfance a donc été marquée par cette période de la guerre. On sentait l’occupant, on vivait la chute de la France et sa libération. Ca ne s’oublie pas …

Après vos études à Sciences Po, vous sortez en 1961 d’une école militaire, en Algérie, comme jeune officier de réserve. Vous êtes à l’aube de votre service militaire…
Je suis sorti de Cherchell, l’école où l’on formait les sous-lieutenants du contingent qui encadraient la masse des appelés. Je suis sorti de l’école dans un assez bon rang parmi les 400 élèves officiers de ma promotion pour pouvoir choisir ce qui me plaisait : je me suis orienté vers les sections administratives spécialisées (SAS). Aussi appelées « Affaires algériennes », elles sont les lointaines descendantes des « bureaux arabes » de l’Armée d’Afrique. Il s’agit d’un travail de proximité au contact des « populations musulmanes », comme on disait à l’époque. J’ai été affecté à Saint-Denis-du-Sig, et après la dissolution des SAS, à la fin du mois de mars 1962, j’ai été volontaire pour servir de chef de cabinet adjoint chargé des affaires militaires à la préfecture d’Oran. Sous-lieutenant, j’étais affecté au 21ème régiment d’infanterie, et par ordre du général Ginestet, mis à la disposition du préfet régional.

Vous avez répondu à l’appel, alors que vous aviez auparavant milité à l’UNEF en faveur de l’indépendance ?
Oui, j’étais tout à fait conscient que l’Algérie allait devenir indépendante, mais je ne voulais pas déserter. Comme le disait le général de Gaulle, si l’Algérie devait devenir indépendante, il valait mieux que ce soit avec la France que contre elle. Je n’étais pas du tout antigaulliste, au contraire. Je considérais que De Gaulle avait raison, que lui seul pouvait trancher le nœud gordien qu’était l’indépendance de l’Algérie dans l’intérêt de la France. Je me suis donc déterminé en patriote, mais en patriote éclairé, pas en patriote borné. Parce qu’il y avait aussi des patriotes, certainement, parmi les gens de l’OAS. Je ne le nie pas. Mais c’étaient vraiment, en dehors des pieds-noirs que je pouvais comprendre, des sacrés connards. Je leur en voulais de leur myopie et de leur violence à l’égard des populations algériennes. Le bombardement de la ville musulmane qu’on appelait aimablement « le village nègre » d’Oran, ou bien encore l’assassinat des dockers sur le port, tous ces meurtres gratuits avaient pour but de créer la guerre civile. La folie de l’OAS n’a malheureusement que trop bien réussi …

Comment avez-vous traversé cette période ?
Je suis arrivé à Alger dans un contexte très dur, au lendemain du putsch des généraux (le 21 avril 1961, NDLR). La présence des appelés en Algérie a d’ailleurs été décisive dans l’échec du putsch. En fait, mon véritable engagement a été le choix que j’ai fait d’aller à Oran dans une période difficile. Dans la préfecture d’Oran, nous étions attaqués presque tous les jours par les gens de l’OAS. Mais comme la préfecture était un immeuble très haut – nous étions au 17ème étage -, les tirs étaient obliques, et à condition de ne pas se mettre trop près de la fenêtre, nous avions de bonnes chances d’en réchapper,

Vous avez vous-même été attaqué ?
Ah oui, j’ai le souvenir d’attaques à la 12.7 (une mitrailleuse lourde, NDLR) et même au bazooka. Les gens de l’OAS étaient souvent liés aux policiers pieds-noirs, qui occupaient les étages inférieurs du bâtiment de la préfecture. Ils savaient que l’état-major de la préfecture était composé de fonctionnaires ou de militaires qui entendaient maintenir une structure administrative aux ordres du gouvernement. Ils voulaient donc nous rendre la vie un peu difficile. Ils ont ainsi fait sauter mon bureau. En mon absence, je le précise.

Dans Le Courage de décider, publié en 2002, vous écrivez avoir « bien failli disparaître dans la tourmente » du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962, trois mois et demi après le cessez-le-feu. Que s’est-il passé ?
En effet. J’ai failli me faire descendre alors que je sortais du port d’Oran. J’avais fait embarquer une tapisserie pour le compte du préfet – une mission assez prosaïque. Et, descendant du bateau, me retrouvant sur le quai, j’ai été pris dans les remous de la foule. Il y avait eu un coup de feu à l’origine inconnue, qui avait marqué le début d’incidents. Un certain nombre d’Européens ont été raflés. Moi-même je me suis retrouvé avec un pistolet mitrailleur sur l’abdomen, culasse en arrière, tenu par un ATO (auxiliaire temporaire occasionnel, NDLR) inexpérimenté, recruté à la va-vite, membre d’une police qui dépendait de l’Exécutif provisoire d’Abderrahmane Farès mis en place pour assurer la transition entre l’administration française et la future administration algérienne. J’ai vu tout de suite le péril mortel que je courais, car il suffisait d’une petite secousse pour faire partir la culasse en avant. Heureusement, il y a eu un incident, un cri, de l’autre côté de la rue. Ce jeune ATO a tourné sa mitraillette dans l’autre direction. J’en ai profité pour prendre le large. Ma voiture était garée à cent mètres. Croyez-moi, j’ai fait un sprint rapide. C’était le chaos. Il n’y avait plus d’autorité, ni française puisque l’Algérie était devenue indépendante le matin même, ni algérienne car il y avait une querelle de légitimité entre le gouvernement provisoire de Benkhedda à Alger et le « groupe d’Oudjda », c’est-à-dire Ben Bella et Boumédiène.

Vous ne parlez pas de massacre, vous parlez du « chaos du 5 juillet 1962 » ? Vous aviez pourtant annoncé 807 morts…
Non, j’ai dit que le consulat avait enregistré plus de 800 disparus déclarés. Mais il est apparu que certaines de ces personnes avaient réussi à embarquer. D’autres sont passées en Espagne. Je ne connais pas le nombre exact de disparus. Personne ne le connaît d’ailleurs. C’est un évènement qui ne peut se comprendre que par le désordre résultant de la complète vacance de toute légalité. Il faut le dire par souci de la vérité historique. Il n’est pas imputable à une consigne qui aurait été donnée par une autorité politique quelle qu’elle soit. Il y a eu certainement un massacre. Je ne l’ai pas vu, je n’ai pas vu de gens à terre mais j’ai vu le désordre. J’ai été pris au cœur de ce désordre. J’ai ensuite accompagné le nouveau Consul général pour rencontrer Ben Bella et Boumédiène qui commandait l’armée des frontières, à Tlemcen – cela devait être le 10 juillet 1962 – afin d’obtenir la libération des personnes enlevées – une petite vingtaine. J’étais le premier Français à rencontrer Ben Bella après l’indépendance, avec le consul général M. Herly bien entendu. J’ai vécu des choses que l’on n’a pas l’habitude de vivre à 23 ans. Et parce qu’un de mes amis m’appelait « colonel », les Algériens croyaient que j’avais réellement ce grade : ils m’appelaient « Mon colonel ».

A défaut d’être devenu colonel, vous êtes resté attaché aux questions de défense pendant toute votre vie politique. Pourquoi ?

Parce que je sais qe la défense est la condition de toute politique étrangère. Il n’y a pas de politique étrangère indépendante sans une défense elle-même indépendante. C’est ce que le général de Gaulle nous avait appris.

Que vous ont appris vos expériences militaires dans l’exercice du pouvoir ?
Cela m’a appris à la fois la nécessité et le bon usage de la force. On ne peut pas simplement rester dans la réflexion. Je croyais, étant jeune, qu’il y avait des « sciences politiques ». J’ai vérifié qu’elles n’existaient pas. La politique n’a rien de scientifique, parce qu’il y a trop de facteurs aléatoires et par conséquent trop d’incertitude. Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action, et pour la traduire heureusement. Quand ils sont dignes de ce nom, les hommes politiques n’ont pas seulement une pensée, ils ont un savoir-faire. Il y a un art politique. A cet égard et malgré des désaccords, j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. En matière militaire, il faut savoir doser la force. Elle est nécessaire mais doit être maîtrisée.

Pourquoi ne pas avoir embrassé une carrière militaire ?
Parce que, avant même mon service militaire, en 1960, j’avais déjà été reçu à l’ENA (promotion Stendhal, de 1963 à 1965, NDLR). Après la guerre d’Algérie, nous étions dans une phase de réduction des effectifs. Il n’y avait plus de guerre à l’horizon. La grande ambition, c’était la constitution d’une force de dissuasion.

Pourtant, après avoir adhéré en 1964 à la SFIO, puis avoir été le principal rédacteur du programme « Changer la vie » du tout jeune PS, vous devenez l’un des négociateurs du programme commun avec le PCF de juin 1972, qui demande la « renonciation à la force de frappe nucléaire stratégique sous quelque forme que ce soit ». N’est-ce pas renier votre conviction profonde que la France a besoin d’une force de dissuasion pour mener une politique étrangère indépendante ?
Il y avait quatre groupes de travail. J’ai négocié la partie économique du programme commun. Les socialistes chargés du chapitre « Défense » étaient Robert Pontillon et Gérard Jaquet, qui étaient des atlantistes, des anciens de la SFIO. Mitterrand savait qu’il devait faire de concessions au PCF. Il raisonnait en dynamique. Il voyait dans le programme commun l’outil de mobilisation des masses électorales. Il savait très bien que l’armement atomique de la France n’était pas au cœur des préoccupations des milieux populaires, qui s’intéressaient essentiellement aux dispositions pratiques concernant le pouvoir d’achat, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, etc. Par conséquent, Mitterrand a accepté cette rédaction. A cette époque, il n’avait pas encore les idées claires sur la question. Mais il était évident, à mes yeux, qu’en tant que candidat à la Présidence de la République, il finirait par se rallier à la dissuasion. Aussi bien, le programme commun a été dénoncé en 1977 et dès 1978 le parti socialiste s’est rallié à la dissuasion. 

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Mort de Max Gallo, académicien et roi du roman historique populaire

Créé par le 21 juil 2017 | Dans : Vive le blog citoyen

Max Gallo l’académicien…dans notre billet daté à l’occasion de sa réception à l’Académie française

Créé par le 31 mai 2007 à 22:33 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin,

Max Gallo voit son oeuvre couronnée avec son entrée à l’Académie française. Cet homme poignant sut conjuguer le verbe et l’action. Sa force de raisonnement et ses profondes convictions ont toujours dicté  sa conduite. Il avait placé en épigraphe de son « Robespierre – Histoire d’une solitude » ce mot de Mirabeau :   »Celui-là ira loin, il croit tout ce qu’il dit ». Nous avons appris  de  ce biographe dans ses récits des grandes vies de la geste ouvrière. Historien, écrivain et  militant, Gallo a porté un regard lucide sur le monde et  particulièrement  sévère sur son époque. Après nous avoir entraîné dans son sillage, il emprunte un nouveau chemin. Sa solitude est aussi la nôtre.

XD

L’écrivain a également touché à la politique, de député PS en 1981 à compagnon du souverainiste Jean-Pierre Chevènement. Il est décédé à 85 ans

LE MONDE | 20.07.2017 à 05h51 • Mis à jour le 20.07.2017 à 09h36 | Par Raphaëlle Leyris

L’écrivain Max Gallo en 2002.

 

De sa vie, il disait volontiers qu’elle était « une histoire française », lui dont les deux grandes affaires furent l’Histoire et la France. Historien, romancier, académicien, cet homme au talent oratoire porté par sa voix chaude et son léger accent du Sud était passionné de politique : son engagement avait commencé au Parti communiste (PCF) pour s’achever à la droite du spectre, après une expérience comme député et de ministre socialiste et un long compagnonnage avec Jean-Pierre Chevènement. Max Gallo est mort mardi 18 juillet dans sa résidence secondaire de Cabris (Alpes-Maritimes).

Agé de 85 ans, il souffrait de la maladie de Parkinson, ce qu’il avait révélé en 2015 lors de la parution de Dieu le veut (XO), son « centetquelquième » livre – la prolificité de cet auteur à succès, qui confiait « tomber » 10 000 signes par jour, tous les jours (soit l’équivalent d’une page entière du Monde), sur sa machine à écrire, et avait toujours plusieurs manuscrits d’avance dans ses tiroirs, avait fini par décourager d’en tenir le compte précis.

Si le grand amoureux de la République voyait dans son existence « une histoire française », c’est parce qu’elle apparaît d’abord comme une histoire de méritocratie. Max Gallo naît en 1932 à Nice dans une famille d’origine italienne, très modeste de part et d’autre. Sa mère lui lit au coucher des vers de La Divine Comédie, de Dante – dans le texte –, préparant ainsi, selon lui, le terrain à sa future vocation d’écrivain.

Ouvrier électricien, son père a servi comme marin pendant la première guerre mondiale, résisté pendant la seconde (quoique ses proches n’en aient alors rien su) et lui assène que la volonté peut tout.

Un écrivain populaire

Le parcours du fils en témoigne. A 16 ans, il obtient un CAP de mécanicien-ajusteur, puis passe un bac mathématiques et technique. Alors qu’il commence à travailler comme technicien à la RTF (Radiodiffusion-télévision française),…

http://http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/07/20/mort-de-max-gallo-academicien-et-roi-du-roman-historique-populaire_5162702_3382.html

L’académicien, historien et écrivain Max Gallo est mort

L’auteur d’une centaine de livres est mort à 85 ans. Sa carrière politique avait traversé les partis.

LE MONDE | 19.07.2017 à 18h38 • Mis à jour le 19.07.2017 à 20h48

image: http://s2.lemde.fr/image/2017/07/19/534×0/5162637_7_d184_l-ecrivain-et-academicien-max-gallo-le-31_ddcecb6b7924bb200f372e74a1b4365f.jpgL'écrivain et académicien Max Gallo, le 31 janvier 2008 à l'Académie française, à l'issue de son discours de réception en présence du président Nicolas Sarkozy.

L’académicien Max Gallo est mort à l’âge de 85 ans, a annoncé mercredi 19 juillet la maison d’édition XO. Historien et romancier prolifique, Max Gallo est l’auteur d’une centaine de romans, biographies et études historiques. Il souffrait de la maladie de Parkinson depuis plusieurs années. Ses obsèques seront célébrées vendredi à 10 h 30, en l’église Saint-Etienne-du-Mont à Paris.

Il avait annoncé lui-même être malade en mai 2015, au moment de la parution de son dernier roman, Dieu le veut. « Nous avons toujours la liberté d’en finir avec nous-mêmes », déclarait-il alors. Au printemps dernier, sa femme Marielle Gallet avait publié un livre, Bella Ciao, dans lequel elle racontait leur combat quotidien face à la maladie.

Né à Nice en 1932, dans une famille d’immigrés italiens, il avait la fibre patriotique et la passion de la République. Il s’est d’abord fait connaître comme historien, avant de toucher le grand public avec des sagas romanesques (La Baie des anges, Les Patriotes…) et des biographies historiques à succès, de Robespierre, Garibaldi, Jaurès, de Gaulle ou Napoléon.

Député, secrétaire d’Etat, député européen

Ancien militant communiste dans sa jeunesse, Max Gallo a également mené une carrière politique dans les années 1980-1990. Député socialiste de 1981 à 1983, puis porte-parole du gouvernement socialiste (1983-1984), il avait ensuite pris ses distances avec la gauche. Max Gallo avait par ailleurs exercé un mandat de député européen de 1984 à 1994. Grand pourfendeur de la « repentance », l’écrivain avait soutenu le candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007. Il a été élu cette année-là à l’Académie française.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a adressé ses « pensées aux proches de Max Gallo » et rendu hommage à un « homme d’engagement. » Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a pour sa part salué un « conteur éclairant de notre récit national ».

« Max Gallo nous parlait si bien de la France, de son histoire, notre histoire », a regretté le maire de Bordeaux, Alain Juppé. Il a « mis sa plume au service de l’histoire et sa pensée au service de la France », a salué le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. La ville de Nice aura aussi son avenue Max-Gallo en hommage à l’académicien, a déclaré le maire de la ville (Les Républicains), Christian Estrosi.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/07/19/l-academicien-historien-et-ecrivain-max-gallo_5162638_3382.html#JvbESjV3wx2jfEX5.99

Nos billets datés qui faisaient retour sur la création du mouvement des citoyens, quatorze ans ans plus tard, quand d’autres tentent bien tardivement une refondation socialiste

Créé par le 02 juil 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

billet dédié à tous mes amis socialistes et républicains d’hier et d’aujourd’hui dans la perspective de nos combats présents et futurs

Créé par le 02 déc 2007 à 8:56 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

 

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Ce devait être après la première guerre du Golfe, dans une phase de préparation du congrès socialiste de l’Arche de la Défense, ce congrès qui liquida, pour l’essentiel, dans ce que l’on appellait alors  » le nouvel aggiornamento « , les idées qui accompagnaient  la stratégie d’Epinay. Mandaté par mes amis,  j’assistais à une assemblée extraordinaire de S et R (Socialisme et République ) qui consacra largement la posture du « courant » pendant la guerre – entendez aussi celle de Jean Pierre Chevènement, alors ministre démissionnaire - et se jura solennellement dans une motion vigoureuse, adoptée par la quasi-unanimité des congressistes, de préserver le flambeau du socialisme français. La déclaration pathétique du regretté Pierre Guidoni – lequel avait déclenché la crise en votant avec d’autres secrétaires nationaux du PS appartenant au courant une motion cautionnant la stratégie présidentielle sur le dossier du Golfe – ne manqua pas de grandeur et de dignité et fut accueuillie à cet égard avec beaucoup d’applaudissements de la part de la centaine de participants présents. Pierre Guidoni étant appellé à de nouvelles fonctions d’ambassadeur se refusa alors à faire entendre sa voix discordante de la nôtre sur la politique du courant républicain. Le lendemain, une nouvelle rencontre plus large, à laquelle participait au premier rang, à côté de l’ancien ministre de la défense, Julien Dray, fut l’occasion pour Michel Charzat, l’homme orchestre de la préparation du Congrès de l’Arche, de vitupérer contre notre orientation. Retenu la veille dans une réunion du parti, il n’avait pu se démarquer alors et son absence traduisait même une certaine distance d’avec les enjeux qui nous poussaient à une telle démarche sous l’impulsion de Jean Luc Laurent, bras droit de Jean Pierre Chevènement. Charzat, cet intellectuel brillant, jadis contempteur d’un dogme sclérosé et apôtre d’un marxisme vivant d’inspiration gramscienne, réhabilitant même la pensée d’un Georges Sorel, devait quelque peu s’embourber dans les affres d’une pensée complexe qui désarma bel et bien les socialistes français en liquidant leurs références sans leur donner une vision nouvelle à la hauteur des défis du temps de la mondialisation libérale et de l’unilatéralisme. Il eut ce jour là un mot qu’il voulût cruel à l’encontre de Jean Pierre et de Julien Dray dont la présence témoignait de son soutien à la posture de Chevènement en rupture avec le président Mitterrand sur la diplomatie française « en charentaise » :  » à chacun son vieux » ou bien, je ne me souviens plus exactement,  » on a le vieux qu’on peut  » à moins que ce ne fût  » qu’on mérite « ! Quelque fût son intention, cette critique jeuniste n’était à vrai dire pas aimable à l’endroit du président Mitterrand envers lequel nous n’avions jamais manqué au respect que nous lui gardions. Lire la suite »

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