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Pour Jean-Pierre Chevènement  » Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action »

Créé par le 21 oct 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement à la revue Charles, propos recueillis par Louis Bochot, octobre 2017.


Revue Charles: Vous naissez le 9 mars 1939 à Belfort, six mois avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Vous effectuez ensuite votre service militaire en Algérie à la fin de la guerre d’indépendance. Diriez-vous que la guerre, la conscience du tragique qui résulte de l’expérience d’un conflit, est ce qui sépare votre génération de celle d’un Emmanuel Macron ?
Jean-Pierre Chevènement:
Devenir Président de la République à trente-neuf ans, c’est une expérience qui vaut mieux que l’expérience de la guerre. La guerre change profondément les hommes. En bien ou en mal. Quelquefois les deux.
Et vous, comment vous a-t-elle changé ?
Oh, elle a fait de moi un homme. Je n’étais pas un homme quand je suis parti en Algérie. J’étaisun grand adolescent à peine sorti de la belle bibliothèque de Sciences Po. L’essentiel de mon temps, je l’avais consacré à la rédaction d’un mémoire sur « La droite nationaliste française et l’Allemagne de 1870 à 1960 ». C’était pour moi, petit provincial sociologiquement « de gauche » un moyen de connaître la droite et ses différentes familles de pensée. Mais je n’avais que 21 ans. Quand je suis rentré deux ans et demi plus tard d’Algérie, j’avais été façonné par une expérience qui m’avait mis au cœur d’évènements où j’avais vu des gens tués près de moi et une société basculer. J’avais vu le massacre de Saint-Denis-du-Sig (un massacre de harkis le 19 mars 1962 suivi d’une « reprise en mains » sanglante, NDLR). Pendant l’insurrection de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), j’avais vu des femmes de ménage algériennes assassinées dans la rue, le port d’Oran bombardé puis incendié. J’avais vu des officiers français assassinés par l’OAS : le général Ginestet et le colonel Randon. J’avais vu beaucoup de choses de très près… Quand on a fait la guerre, on est moins manichéen et en même temps on acquiert un certain sens de l’Histoire. On relativise et en même temps on anticipe mieux les choses … C’est ce que j’ai voulu faire à mon retour d’Algérie en 1963 en préparant « l’après de Gaulle », tout en essayant de conserver de son héritage ce qui méritait de l’être…
 

 

Avant de rencontrer les militaires français et algériens, les premiers militaires que vous avez connus, pendant la Seconde guerre mondiale, furent des occupants allemands…
Oui, j’ai gardé le souvenir de l’occupation du premier étage de la maison-école où nous habitions ma mère et moi, dans un petit village du Haut-Doubs, Le Luhier. Cela devait être au début de 1943. Les soldats allemands s’étaient installés au premier étage. Ma mère m’interdisait d’y monter, au prétexte que les bonbons que les soldats allemands me donneraient serait empoisonnés, selon l’habitude qu’ils avaient déjà, selon elle, dans les régions occupées pendant la Première Guerre mondiale. Mais j’ai enfreint la consigne maternelle et je mangeais les oranges que m’offraient les soldats allemands, constatant ainsi à l’âge de quatre ans qu’ils ne méritaient pas tout à fait leur réputation … De cette période de guerre, gardez-vous d’autres souvenirs d’enfant ?
Bien sûr. Les trois maisons de ma grand-mère incendiées à Frambouhans, petit village voisin du Luhier, le 18 juin 1940. Des soldats français ont eu l’idée de résister aux envahisseurs au lendemain du discours de Pétain. Ils ont tué des motocyclistes allemands. Les chars qui n’arrivaient pas très loin derrière, ont détruit les sept ou huit maisons à l’entrée du village. Alors on a reconstruit après la guerre, parce que c’était l’hôtel-restaurant de ma grand-mère. J’ajoute que mon père était prisonnier dans un stalag. Il travaillait dans une carrière, et pour des raisons médicales – il avait fait un début de tuberculose –, on l’avait envoyé dans une ferme où il a passé le reste de la guerre, aux travaux des champs. Institutrice, ma mère a donc passé toute cette période dans le village du Luhier, dans l’attente de la libération ou de l’évasion de mon père. Je ne dirais pas qu’elle était résistante active, mais enfin elle faisait des tracts avec la postière contre les « Boches » et Vichy, et la Gestapo de Montbéliard l’y avait convoquée. On m’avait mis pendant ce temps chez une voisine, Mme Journot. Je revois donc la séparation d’avec ma mère. On ne savait pas si elle allait revenir. Et elle est revenue. Et mon père aussi, en avril 1945. Vous souvenez-vous de la Libération, cette année-là ?
J’ai le souvenir des bals de la Libération. Un bal à Bonnétage. Je revois ma mère avec un turban – c’était la mode de l’époque, lancée par les « tabors » marocains. Elle chantait. Elle avait une très jolie voix. Ma prime enfance a donc été marquée par cette période de la guerre. On sentait l’occupant, on vivait la chute de la France et sa libération. Ca ne s’oublie pas …

Après vos études à Sciences Po, vous sortez en 1961 d’une école militaire, en Algérie, comme jeune officier de réserve. Vous êtes à l’aube de votre service militaire…
Je suis sorti de Cherchell, l’école où l’on formait les sous-lieutenants du contingent qui encadraient la masse des appelés. Je suis sorti de l’école dans un assez bon rang parmi les 400 élèves officiers de ma promotion pour pouvoir choisir ce qui me plaisait : je me suis orienté vers les sections administratives spécialisées (SAS). Aussi appelées « Affaires algériennes », elles sont les lointaines descendantes des « bureaux arabes » de l’Armée d’Afrique. Il s’agit d’un travail de proximité au contact des « populations musulmanes », comme on disait à l’époque. J’ai été affecté à Saint-Denis-du-Sig, et après la dissolution des SAS, à la fin du mois de mars 1962, j’ai été volontaire pour servir de chef de cabinet adjoint chargé des affaires militaires à la préfecture d’Oran. Sous-lieutenant, j’étais affecté au 21ème régiment d’infanterie, et par ordre du général Ginestet, mis à la disposition du préfet régional.

Vous avez répondu à l’appel, alors que vous aviez auparavant milité à l’UNEF en faveur de l’indépendance ?
Oui, j’étais tout à fait conscient que l’Algérie allait devenir indépendante, mais je ne voulais pas déserter. Comme le disait le général de Gaulle, si l’Algérie devait devenir indépendante, il valait mieux que ce soit avec la France que contre elle. Je n’étais pas du tout antigaulliste, au contraire. Je considérais que De Gaulle avait raison, que lui seul pouvait trancher le nœud gordien qu’était l’indépendance de l’Algérie dans l’intérêt de la France. Je me suis donc déterminé en patriote, mais en patriote éclairé, pas en patriote borné. Parce qu’il y avait aussi des patriotes, certainement, parmi les gens de l’OAS. Je ne le nie pas. Mais c’étaient vraiment, en dehors des pieds-noirs que je pouvais comprendre, des sacrés connards. Je leur en voulais de leur myopie et de leur violence à l’égard des populations algériennes. Le bombardement de la ville musulmane qu’on appelait aimablement « le village nègre » d’Oran, ou bien encore l’assassinat des dockers sur le port, tous ces meurtres gratuits avaient pour but de créer la guerre civile. La folie de l’OAS n’a malheureusement que trop bien réussi …

Comment avez-vous traversé cette période ?
Je suis arrivé à Alger dans un contexte très dur, au lendemain du putsch des généraux (le 21 avril 1961, NDLR). La présence des appelés en Algérie a d’ailleurs été décisive dans l’échec du putsch. En fait, mon véritable engagement a été le choix que j’ai fait d’aller à Oran dans une période difficile. Dans la préfecture d’Oran, nous étions attaqués presque tous les jours par les gens de l’OAS. Mais comme la préfecture était un immeuble très haut – nous étions au 17ème étage -, les tirs étaient obliques, et à condition de ne pas se mettre trop près de la fenêtre, nous avions de bonnes chances d’en réchapper,

Vous avez vous-même été attaqué ?
Ah oui, j’ai le souvenir d’attaques à la 12.7 (une mitrailleuse lourde, NDLR) et même au bazooka. Les gens de l’OAS étaient souvent liés aux policiers pieds-noirs, qui occupaient les étages inférieurs du bâtiment de la préfecture. Ils savaient que l’état-major de la préfecture était composé de fonctionnaires ou de militaires qui entendaient maintenir une structure administrative aux ordres du gouvernement. Ils voulaient donc nous rendre la vie un peu difficile. Ils ont ainsi fait sauter mon bureau. En mon absence, je le précise.

Dans Le Courage de décider, publié en 2002, vous écrivez avoir « bien failli disparaître dans la tourmente » du massacre d’Oran, le 5 juillet 1962, trois mois et demi après le cessez-le-feu. Que s’est-il passé ?
En effet. J’ai failli me faire descendre alors que je sortais du port d’Oran. J’avais fait embarquer une tapisserie pour le compte du préfet – une mission assez prosaïque. Et, descendant du bateau, me retrouvant sur le quai, j’ai été pris dans les remous de la foule. Il y avait eu un coup de feu à l’origine inconnue, qui avait marqué le début d’incidents. Un certain nombre d’Européens ont été raflés. Moi-même je me suis retrouvé avec un pistolet mitrailleur sur l’abdomen, culasse en arrière, tenu par un ATO (auxiliaire temporaire occasionnel, NDLR) inexpérimenté, recruté à la va-vite, membre d’une police qui dépendait de l’Exécutif provisoire d’Abderrahmane Farès mis en place pour assurer la transition entre l’administration française et la future administration algérienne. J’ai vu tout de suite le péril mortel que je courais, car il suffisait d’une petite secousse pour faire partir la culasse en avant. Heureusement, il y a eu un incident, un cri, de l’autre côté de la rue. Ce jeune ATO a tourné sa mitraillette dans l’autre direction. J’en ai profité pour prendre le large. Ma voiture était garée à cent mètres. Croyez-moi, j’ai fait un sprint rapide. C’était le chaos. Il n’y avait plus d’autorité, ni française puisque l’Algérie était devenue indépendante le matin même, ni algérienne car il y avait une querelle de légitimité entre le gouvernement provisoire de Benkhedda à Alger et le « groupe d’Oudjda », c’est-à-dire Ben Bella et Boumédiène.

Vous ne parlez pas de massacre, vous parlez du « chaos du 5 juillet 1962 » ? Vous aviez pourtant annoncé 807 morts…
Non, j’ai dit que le consulat avait enregistré plus de 800 disparus déclarés. Mais il est apparu que certaines de ces personnes avaient réussi à embarquer. D’autres sont passées en Espagne. Je ne connais pas le nombre exact de disparus. Personne ne le connaît d’ailleurs. C’est un évènement qui ne peut se comprendre que par le désordre résultant de la complète vacance de toute légalité. Il faut le dire par souci de la vérité historique. Il n’est pas imputable à une consigne qui aurait été donnée par une autorité politique quelle qu’elle soit. Il y a eu certainement un massacre. Je ne l’ai pas vu, je n’ai pas vu de gens à terre mais j’ai vu le désordre. J’ai été pris au cœur de ce désordre. J’ai ensuite accompagné le nouveau Consul général pour rencontrer Ben Bella et Boumédiène qui commandait l’armée des frontières, à Tlemcen – cela devait être le 10 juillet 1962 – afin d’obtenir la libération des personnes enlevées – une petite vingtaine. J’étais le premier Français à rencontrer Ben Bella après l’indépendance, avec le consul général M. Herly bien entendu. J’ai vécu des choses que l’on n’a pas l’habitude de vivre à 23 ans. Et parce qu’un de mes amis m’appelait « colonel », les Algériens croyaient que j’avais réellement ce grade : ils m’appelaient « Mon colonel ».

A défaut d’être devenu colonel, vous êtes resté attaché aux questions de défense pendant toute votre vie politique. Pourquoi ?

Parce que je sais qe la défense est la condition de toute politique étrangère. Il n’y a pas de politique étrangère indépendante sans une défense elle-même indépendante. C’est ce que le général de Gaulle nous avait appris.

Que vous ont appris vos expériences militaires dans l’exercice du pouvoir ?
Cela m’a appris à la fois la nécessité et le bon usage de la force. On ne peut pas simplement rester dans la réflexion. Je croyais, étant jeune, qu’il y avait des « sciences politiques ». J’ai vérifié qu’elles n’existaient pas. La politique n’a rien de scientifique, parce qu’il y a trop de facteurs aléatoires et par conséquent trop d’incertitude. Il faut beaucoup d’intuition et un peu de génie finalement, pour traduire une idée dans l’action, et pour la traduire heureusement. Quand ils sont dignes de ce nom, les hommes politiques n’ont pas seulement une pensée, ils ont un savoir-faire. Il y a un art politique. A cet égard et malgré des désaccords, j’ai beaucoup appris de François Mitterrand. En matière militaire, il faut savoir doser la force. Elle est nécessaire mais doit être maîtrisée.

Pourquoi ne pas avoir embrassé une carrière militaire ?
Parce que, avant même mon service militaire, en 1960, j’avais déjà été reçu à l’ENA (promotion Stendhal, de 1963 à 1965, NDLR). Après la guerre d’Algérie, nous étions dans une phase de réduction des effectifs. Il n’y avait plus de guerre à l’horizon. La grande ambition, c’était la constitution d’une force de dissuasion.

Pourtant, après avoir adhéré en 1964 à la SFIO, puis avoir été le principal rédacteur du programme « Changer la vie » du tout jeune PS, vous devenez l’un des négociateurs du programme commun avec le PCF de juin 1972, qui demande la « renonciation à la force de frappe nucléaire stratégique sous quelque forme que ce soit ». N’est-ce pas renier votre conviction profonde que la France a besoin d’une force de dissuasion pour mener une politique étrangère indépendante ?
Il y avait quatre groupes de travail. J’ai négocié la partie économique du programme commun. Les socialistes chargés du chapitre « Défense » étaient Robert Pontillon et Gérard Jaquet, qui étaient des atlantistes, des anciens de la SFIO. Mitterrand savait qu’il devait faire de concessions au PCF. Il raisonnait en dynamique. Il voyait dans le programme commun l’outil de mobilisation des masses électorales. Il savait très bien que l’armement atomique de la France n’était pas au cœur des préoccupations des milieux populaires, qui s’intéressaient essentiellement aux dispositions pratiques concernant le pouvoir d’achat, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans, etc. Par conséquent, Mitterrand a accepté cette rédaction. A cette époque, il n’avait pas encore les idées claires sur la question. Mais il était évident, à mes yeux, qu’en tant que candidat à la Présidence de la République, il finirait par se rallier à la dissuasion. Aussi bien, le programme commun a été dénoncé en 1977 et dès 1978 le parti socialiste s’est rallié à la dissuasion. 

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Mort de Max Gallo, académicien et roi du roman historique populaire

Créé par le 21 juil 2017 | Dans : Vive le blog citoyen

Max Gallo l’académicien…dans notre billet daté à l’occasion de sa réception à l’Académie française

Créé par le 31 mai 2007 à 22:33 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin,

Max Gallo voit son oeuvre couronnée avec son entrée à l’Académie française. Cet homme poignant sut conjuguer le verbe et l’action. Sa force de raisonnement et ses profondes convictions ont toujours dicté  sa conduite. Il avait placé en épigraphe de son « Robespierre – Histoire d’une solitude » ce mot de Mirabeau :   »Celui-là ira loin, il croit tout ce qu’il dit ». Nous avons appris  de  ce biographe dans ses récits des grandes vies de la geste ouvrière. Historien, écrivain et  militant, Gallo a porté un regard lucide sur le monde et  particulièrement  sévère sur son époque. Après nous avoir entraîné dans son sillage, il emprunte un nouveau chemin. Sa solitude est aussi la nôtre.

XD

L’écrivain a également touché à la politique, de député PS en 1981 à compagnon du souverainiste Jean-Pierre Chevènement. Il est décédé à 85 ans

LE MONDE | 20.07.2017 à 05h51 • Mis à jour le 20.07.2017 à 09h36 | Par Raphaëlle Leyris

L’écrivain Max Gallo en 2002.

 

De sa vie, il disait volontiers qu’elle était « une histoire française », lui dont les deux grandes affaires furent l’Histoire et la France. Historien, romancier, académicien, cet homme au talent oratoire porté par sa voix chaude et son léger accent du Sud était passionné de politique : son engagement avait commencé au Parti communiste (PCF) pour s’achever à la droite du spectre, après une expérience comme député et de ministre socialiste et un long compagnonnage avec Jean-Pierre Chevènement. Max Gallo est mort mardi 18 juillet dans sa résidence secondaire de Cabris (Alpes-Maritimes).

Agé de 85 ans, il souffrait de la maladie de Parkinson, ce qu’il avait révélé en 2015 lors de la parution de Dieu le veut (XO), son « centetquelquième » livre – la prolificité de cet auteur à succès, qui confiait « tomber » 10 000 signes par jour, tous les jours (soit l’équivalent d’une page entière du Monde), sur sa machine à écrire, et avait toujours plusieurs manuscrits d’avance dans ses tiroirs, avait fini par décourager d’en tenir le compte précis.

Si le grand amoureux de la République voyait dans son existence « une histoire française », c’est parce qu’elle apparaît d’abord comme une histoire de méritocratie. Max Gallo naît en 1932 à Nice dans une famille d’origine italienne, très modeste de part et d’autre. Sa mère lui lit au coucher des vers de La Divine Comédie, de Dante – dans le texte –, préparant ainsi, selon lui, le terrain à sa future vocation d’écrivain.

Ouvrier électricien, son père a servi comme marin pendant la première guerre mondiale, résisté pendant la seconde (quoique ses proches n’en aient alors rien su) et lui assène que la volonté peut tout.

Un écrivain populaire

Le parcours du fils en témoigne. A 16 ans, il obtient un CAP de mécanicien-ajusteur, puis passe un bac mathématiques et technique. Alors qu’il commence à travailler comme technicien à la RTF (Radiodiffusion-télévision française),…

http://http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/07/20/mort-de-max-gallo-academicien-et-roi-du-roman-historique-populaire_5162702_3382.html

L’académicien, historien et écrivain Max Gallo est mort

L’auteur d’une centaine de livres est mort à 85 ans. Sa carrière politique avait traversé les partis.

LE MONDE | 19.07.2017 à 18h38 • Mis à jour le 19.07.2017 à 20h48

image: http://s2.lemde.fr/image/2017/07/19/534×0/5162637_7_d184_l-ecrivain-et-academicien-max-gallo-le-31_ddcecb6b7924bb200f372e74a1b4365f.jpgL'écrivain et académicien Max Gallo, le 31 janvier 2008 à l'Académie française, à l'issue de son discours de réception en présence du président Nicolas Sarkozy.

L’académicien Max Gallo est mort à l’âge de 85 ans, a annoncé mercredi 19 juillet la maison d’édition XO. Historien et romancier prolifique, Max Gallo est l’auteur d’une centaine de romans, biographies et études historiques. Il souffrait de la maladie de Parkinson depuis plusieurs années. Ses obsèques seront célébrées vendredi à 10 h 30, en l’église Saint-Etienne-du-Mont à Paris.

Il avait annoncé lui-même être malade en mai 2015, au moment de la parution de son dernier roman, Dieu le veut. « Nous avons toujours la liberté d’en finir avec nous-mêmes », déclarait-il alors. Au printemps dernier, sa femme Marielle Gallet avait publié un livre, Bella Ciao, dans lequel elle racontait leur combat quotidien face à la maladie.

Né à Nice en 1932, dans une famille d’immigrés italiens, il avait la fibre patriotique et la passion de la République. Il s’est d’abord fait connaître comme historien, avant de toucher le grand public avec des sagas romanesques (La Baie des anges, Les Patriotes…) et des biographies historiques à succès, de Robespierre, Garibaldi, Jaurès, de Gaulle ou Napoléon.

Député, secrétaire d’Etat, député européen

Ancien militant communiste dans sa jeunesse, Max Gallo a également mené une carrière politique dans les années 1980-1990. Député socialiste de 1981 à 1983, puis porte-parole du gouvernement socialiste (1983-1984), il avait ensuite pris ses distances avec la gauche. Max Gallo avait par ailleurs exercé un mandat de député européen de 1984 à 1994. Grand pourfendeur de la « repentance », l’écrivain avait soutenu le candidat Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007. Il a été élu cette année-là à l’Académie française.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a adressé ses « pensées aux proches de Max Gallo » et rendu hommage à un « homme d’engagement. » Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a pour sa part salué un « conteur éclairant de notre récit national ».

« Max Gallo nous parlait si bien de la France, de son histoire, notre histoire », a regretté le maire de Bordeaux, Alain Juppé. Il a « mis sa plume au service de l’histoire et sa pensée au service de la France », a salué le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. La ville de Nice aura aussi son avenue Max-Gallo en hommage à l’académicien, a déclaré le maire de la ville (Les Républicains), Christian Estrosi.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/07/19/l-academicien-historien-et-ecrivain-max-gallo_5162638_3382.html#JvbESjV3wx2jfEX5.99

Nos billets datés qui faisaient retour sur la création du mouvement des citoyens, quatorze ans ans plus tard, quand d’autres tentent bien tardivement une refondation socialiste

Créé par le 02 juil 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de XD

billet dédié à tous mes amis socialistes et républicains d’hier et d’aujourd’hui dans la perspective de nos combats présents et futurs

Créé par le 02 déc 2007 à 8:56 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

 

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Ce devait être après la première guerre du Golfe, dans une phase de préparation du congrès socialiste de l’Arche de la Défense, ce congrès qui liquida, pour l’essentiel, dans ce que l’on appellait alors  » le nouvel aggiornamento « , les idées qui accompagnaient  la stratégie d’Epinay. Mandaté par mes amis,  j’assistais à une assemblée extraordinaire de S et R (Socialisme et République ) qui consacra largement la posture du « courant » pendant la guerre – entendez aussi celle de Jean Pierre Chevènement, alors ministre démissionnaire - et se jura solennellement dans une motion vigoureuse, adoptée par la quasi-unanimité des congressistes, de préserver le flambeau du socialisme français. La déclaration pathétique du regretté Pierre Guidoni – lequel avait déclenché la crise en votant avec d’autres secrétaires nationaux du PS appartenant au courant une motion cautionnant la stratégie présidentielle sur le dossier du Golfe – ne manqua pas de grandeur et de dignité et fut accueuillie à cet égard avec beaucoup d’applaudissements de la part de la centaine de participants présents. Pierre Guidoni étant appellé à de nouvelles fonctions d’ambassadeur se refusa alors à faire entendre sa voix discordante de la nôtre sur la politique du courant républicain. Le lendemain, une nouvelle rencontre plus large, à laquelle participait au premier rang, à côté de l’ancien ministre de la défense, Julien Dray, fut l’occasion pour Michel Charzat, l’homme orchestre de la préparation du Congrès de l’Arche, de vitupérer contre notre orientation. Retenu la veille dans une réunion du parti, il n’avait pu se démarquer alors et son absence traduisait même une certaine distance d’avec les enjeux qui nous poussaient à une telle démarche sous l’impulsion de Jean Luc Laurent, bras droit de Jean Pierre Chevènement. Charzat, cet intellectuel brillant, jadis contempteur d’un dogme sclérosé et apôtre d’un marxisme vivant d’inspiration gramscienne, réhabilitant même la pensée d’un Georges Sorel, devait quelque peu s’embourber dans les affres d’une pensée complexe qui désarma bel et bien les socialistes français en liquidant leurs références sans leur donner une vision nouvelle à la hauteur des défis du temps de la mondialisation libérale et de l’unilatéralisme. Il eut ce jour là un mot qu’il voulût cruel à l’encontre de Jean Pierre et de Julien Dray dont la présence témoignait de son soutien à la posture de Chevènement en rupture avec le président Mitterrand sur la diplomatie française « en charentaise » :  » à chacun son vieux » ou bien, je ne me souviens plus exactement,  » on a le vieux qu’on peut  » à moins que ce ne fût  » qu’on mérite « ! Quelque fût son intention, cette critique jeuniste n’était à vrai dire pas aimable à l’endroit du président Mitterrand envers lequel nous n’avions jamais manqué au respect que nous lui gardions.

En me remémorant cet épisode et la charge mentale qui fut la nôtre dans cette période de démarquation jalonnée de scrupules, de réflexions et de beaucoup de courage – nous savions que cette posture engagerait durablement notre vie militante qui basculait dans les marges de la gauche, avec tout ce que cela peut signifier en terme de sacrifices personnels lorsque l’on aspire à des responsabilités politiques – je sais gré à Jean Pierre Chevènement de cette lucidité et de ce courage à toute épreuve. Ils permirent à notre courant d’oeuvrer de manière décisive à l’unité de la gauche dans tous les grands moments de la vie du parti antérieure à l’exercice du pouvoir ( j’ai la mémoire encore fraîche des débats préparatoires au congrès de Metz quand il s’agissait alors avec le premier secrétaire de l’époque de préserver la ligne d’union de la gauche…). Ils nous mirent ensuite en capacité d’aborder en toute autonomie du PS la question européenne, à commencer par le refus des traités de Maastricht et d’Amsterdam jusqu’à celui de la constitution européenne en 2005. Avec  » ce diable de CERES « et son mentor, nous en aurons traversé des périodes difficiles dans lesquelles rien n’est acquis alors même que se joue une bonne part du destin de la République avec celui de la gauche. Notre  plus grande satisfaction n’est-elle pas de nous retrouver aujourd’hui auprès de ceux-là mêmes qui considéraient avec sévérité notre dénonciation des renoncements qui ouvrèrent la voie à tant de désarrois?

(Et nous voici revenus à l’heure d’un combat essentiel : celui de l’exigence d’un nouveau référendum pour permettre au peuple souverain de trancher le débat qui nous anime sur le traité européen. Une fois encore Jean Pierre Chevènement ne se dérobe pas. Cet après-midi il sera là, Maison de la Chimie pour expliquer aux côtés de personnalités de différentes sensibilités les raisons de ce nouvel engagement contre ce déni de démocratie. Cette initiative rassemble des hommes et des femmes d’horizons divers. Je ne doute pas de la capacité de Jean Pierre Chevènement à crédibiliser cette perspective de référendum qu’il nous faut exiger becs et ongles du président avec les citoyens de ce pays. Une fois encore des voix éclairées en appelleront à la conscience du socialisme français pour qu’elle réveille son âme, et avec elle, celle du Peuple de France. Ces voix détonantes devraient être celles de toute la gauche et, même au-delà, de tout ce qu’il reste de sensibilités authentiquement républicaines, en ce triste anniversaire du coup d’Etat de Napoléon le petit. Il y a encore beaucoup d’esprits à convaincre de réagir avec force et détermination au déni de démocratie mais le chemin est aujourd’hui ouvert pour préserver l’avenir.)1

N’attendons pas la suite, préparons la ensemble dans l’unité en sortant, s’il le faut, les dirigeants de leur torpeur! Les mots de la fidélité à nos principes républicains contre les maux de la trahison des élites, c’est toujours la meilleure façon d’avancer depuis des dizaines de générations de militants en détonant en choeur pour ouvrir l’avenir!

X D, le 2 décembre 2007

la refondation républicaine de la gauche

Créé par le 01 mai 2008 à 8:28 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

L’émission 2000 ans d’histoire sur France Inter évoquera à 13H30 la mort tragique de Pierre Bérégovoy en ce jour anniversaire de sa disparition, il y a maintenant quinze ans.(2)

Dans une lettre à un camarade socialiste que j’engageais à suivre la démarche du Mouvement des Citoyens, j’évoquais l’annonce de cette terrible nouvelle à l’issue du conseil politique du MDC en ces termes approximatifs que retrace mon brouillon.(3)

«  Ce samedi 1° mai, lorsque j’arpentais l’île Saint Louis et celle de la Cité … pour venir contempler les trois portails de la cathédrale Notre Dame … avant de franchir le Pont-au-double et la rue de Bièvre …. pour me rendre à la Mutualité, j’avais dans la tête l’idée qu’une certaine gauche avait vécu et qu’il fallait oeuvrer gaillardement pour relever l’idéal de mes quinze ans.

Je n’imaginais pas en repoussant aimablement les mille brins de muguet tendus vers moi à cette heure encore matinale, ce que serait l’épilogue de cette journée pour cet homme que j’avais rencontré lors de mon premier meeting socialiste, un homme courtois, portant en lui, et jusqu’au plus profond de ses racines populaires, la générosité de l’âme socialiste.

Lorsque j’appris sa mort,  à l’issue de la réunion du conseil politique du Mouvement des Citoyens qui se tenait en fin d’après-midi, je fus pris d’une sorte de vertige, entouré d’amis retrouvés d’autres départements et meurtris dans leur coeur par le symbole de ce désarroi tant l’affection dont jouissait Pierre Bérégovoy était restée forte.

Je venais de vivre une journée de débats et de rencontres d’une richesse inouïe car il y avait fort longtemps que j’attendais ce jour ( NDLR : celui du lancement officiel du Mouvement des Citoyens par Jean Pierre Chevènement, les 1° et 2 mai 1993 à la Mutualité en présence de nombreux invités tels le regretté Léo Hamon ou le trépidant porte parole de la LCR, Christian Picquet).« 

 Dans la violence de cette annonce, je compris le désarroi qui frappait tout ce peuple de gauche. Le lendemain, à la reprise de nos travaux, l’orateur ( je ne sais plus s’il s’agissait de J P Chevènement, de G Sarre ou de D Motchane ) devait traduire notre émotion dans un message d’hommage au militant disant à peu près ceci : parce que la tragédie de la mort de Pierre Bérégovoy frappe toute la gauche elle est aussi la nôtre … Ce message fut salué par une assemblée debout, recueillie et digne dans une longue minute de silence avant de reprendre la réflexion sur la relève de la gauche.

Quatre jours plus tard, je concluais ainsi ma lettre à mon ami socialiste : « Avec Léo Hamon, je crois que notre responsabilité historique est immense, peut être égale à celle des premiers résistants. Je ferai tout ce qu’il me sera possible pour activer dans ce département l’éclosion d’un authentique mouvement républicain se situant dans la perspective de la recomposition de la gauche … « 

Quinze ans après nous sommes encore à la tâche… et en rendant cet humble hommage, je réitère cet appel à l’unité pour ouvrir enfin une perspective d’alternative !

X D, le 1° mai 2008

Notes complémentaires du 2 juillet 2017

note 1 :extrait situé dans le cadre de la campagne pour un référendum après le déni de démocratie du président Sarkosy revenant sur le non des Français au TCE de 2005

note 2 : le billet est daté du premier mai 2007 soit 14 ans après le 1° mai 1993, date de la fondation du MDC. Le MDC dura jusqu’à l’élection présidentielle de 2002. Dans la foulée de la campagne présidentielle de JP Chevènement, et sous l’impulsion de Max Gallo, le pôle républicain – auquel devait adhérer un certain Emmanuel Macron qui n’avait pas encore 25 ans -vit le jour et le MDC devint le Mouvement républicain et citoyen dont je fus plus tard le président régional avant de suivre la retraite de Jean-Pierre Chevènement en juin 2015, anticipant sur la dérive Hamoniste sur laquelle s’alignait le MRC durant la présidentielle de 2017, après avoir tenter de participer aux primaires de la gauche à travers la candidature fantaisiste et avortée de Bastien Faudot.

note 3 : mon camarade et ami Guy G – ancien du courant du CERES au sein duquel nous militions ensemble dans le PS d’Epinay -, aujourd’hui disparu, devait fonder le parti de gauche dans les Landes quelques mois après ce billet du 1°mai 2008 qui relatait la fondation du mouvement républicain et citoyen le 1° mai 1993, date à laquelle j’écrivis le brouillon de cette lettre qu’il reçut quelques jours après sans me la commenter. En dépit de notre « brouille » - pour ne pas employer le mot trop fade de désaccord - liée à la campagne de JP Chevènement en 2002 quand mon camarade suivait encore le PS, nous sommes toujours restés en phase dans notre refus du délitement du socialisme français, fidèle en cela à notre militance au sein du CERES et de Socialisme et République. Inutile de préciser que cet accord tacite s’accompagnait d’une bienveillance réciproque jamais entamée malgré les circonstances…

Je lui avais promis d’écrire sa biographie pour le Maîtron ce qui l’avait amusé en militant modeste et bien trempé. je tiendrai promesse et demanderai prochainement le concours de ceux qui ont partagé des tranches de militance avec lui au sein du PS d’Epinay et du Front de Gauche plus tard.

L’honneur de Jean Pierre Chevènement

Créé par le 23 déc 2006 à 15:15 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin

 

L’honneur de Jean Pierre Chevènement
par Xavier Dumoulin, le 16 décembre 2006

Qu’ils sont sévères ces pourfendeurs de la chevènementie ! Pas de mots assez durs pour stigmatiser la posture du Che et de ses amis. Aucun argument ne sera épargné. Amalgames, inexactitudes, jugements péremptoires…Il faut hurler avec les loups ! Comme ils ont la mémoire courte ces  blancs-becs arrogants et donneurs de leçons.

Tout a commencé bien avant la fatwa de Lionel Jospin, ce mal aimé des français. Nous sommes à Epinay en 1971. Un jeune statège travaille avec ses amis qui ont investi la vieille maison de la SFIO. Il est prêt à soutenir un certain François Mitterrand sur une ligne de rupture avec le capitalisme et d’Union de la Gauche. C’est chose faite en 1971 à Epinay grâce à l’appui du CERES. Jean Pierre écrit le projet socialiste et négocie aux côtés de F Mitterrand le programme commun. Tout ceci reste incontestable. Nous voici à Metz en 1979 avec l’affrontement des deux lignes: celle de Rocard (la société civile,contre le jacobinisme et l’étatisme,contre les nationalisations franches, le plan etc.) et celle de la fidélité à l’Union de la Gauche (« entre le plan et le marché il y a le socialisme » disait alors Fabius). A votre avis où se situe Jean Pierre Chevènement ? La victoire interne  de « la ligne de Metz », toujours avec le CERES,  permet ensuite celle de 1981 par le rassemblement des forces de gauche. Jean Pierre Chevènement qui avait été chargé de l’élaboration du projet socialiste (à l’origine des cent dix propositions de François Mitterrand), devient Ministre d’Etat (Industrie et Recherche). Il mène une action vigoureuse pour la recherche. 1983. Mitterrand hésite puis choisit d’ouvrir la parenthèse libérale avec l’arrimage du franc au SME et la politique de l’offre. Démission de Jean Pierre Chevènement qui mène la bataille au congrès de Bourg en Bresse. Ce diable de CERES est toujours bien vivant. En toute responsabilité, il choisit la synthèse. 1984 ; rappel de Jean Pierre Chevènement après l’échec du GSPULEN (A Savary échoue dans sa tentative d’unifier le service public de l’éducation nationale). Chevènement relève le défi de l’intelligence: « lire, écrire et compter » , « quatre vingt pour cent d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat ». Une impulsion forte qui remet les vrais enjeux au centre du débat. Jean Pierre Chevènement et ses amis changent le CERES en Socialisme et République, revenant aux sources de la pensée socialiste ; celle de Jaurès. Après la reconquête du pouvoiren 1988- je devrais dire l’exercice pour parler comme Léon Blum-  Jean Pierre Chevènement est tout naturellement investi d’un grand portefeuille : celui de  la Défense  Ce n’est pas surprenant puisque depuis très longtemps il oeuvre avec Charles Hernu pour une politique de dissuasion et a su faire adopter ce principe avant l’arrivée de la Gauche au pouvoir. La stratégie gaullienne de la sanctuarisation de notre territoire est cohérente avec la stratégie du refus de la politique des blocs. Elle autorise la France à rester hors du commandement intégré de l’OTAN.

La première guerre du Golfe se dessine. Nous sommes dans le début des années quatre vingt dix (période de l’écroulement du bloc soviétique). Jean Pierre Chevènement se désolidarise et refuse l’alignement de la France sur les Etats Unis. Ce n’est pas la guerre du droit mais celle du pétrole qui annonce la seconde guerre impérialiste de G.W. Bush (et entre temps l’embargo et ses milliers de morts). Jean Pierre Chevènement prend le risque de s’isoler. Sa démission est finalement acceptée par F Mitterrand.

Avec le traité de Maastricht, il faut tout le tempérament de Jean Pierre pour s’opposer à F. Mitterrand et au parti socialiste. L’Europe libérale est devenue l’horizon des socialistes ! Le mouvement des citoyens rassemble des militants qui refusent cette allégéance au libéralisme et veulent relever la France, la Gauche et la République. Avec la Gauche plurielle Jean Pierre Chevènement reprend du service à l’Intérieur. Il agit avec équilibre sur les questions de sécurité (cf les récents compliments de Ségolène Royal), promeut l’inter-communalité et règle la question des sans papiers. Advint alors la question Corse. Dans son dos, Jospin et son directeur de cabinet préparent la partition de la République (l’histoire leur donnera tort avec le référendum en Corse). Jean Pierre Chevènement démisionne. Emile Zucarelli est d’accord avec lui.

Nous voici dans la campagne des présidentielles en 2002. Au dessus de la Gauche et de la Droite il y a la République ! C’est toujours vrai ! Sauf pour Monsieur Sarkozy, peut être avec ses penchants communautaristes et sa fascination pour l’Amérique. A l’extrême gauche, sous réserve d’inventaire, les approches évoluent dans le bon sens (C Piquet de la LCR publie »La République dans la tourmente » et Monsieur Mélenchon -qui ne sait pas toujours où il habite- reconnaît des vertus à la République). En 2002, disais-je Jean Pierre Chevènement entend relever la France « en faisant en tous points retour à la République ». Quelle ringardise pour tous nos pourfendeurs de cet ordre juste cher à Ségolène Royal. Traversée du désert face aux conservatismes des bien-pensants. Jean Pierre Chevènement et ses amis tiennent bon. Un aveu : ils font bien de se délester des soi disants souverainistes qui ont su brouiller les cartes (à la différence des éléments sincères possédant cette sensibilité forte sur la souveraineté populaire). Jean Pierre Chevènement mène tout naturellemnt une campagne énergique et crédible pour le « Non républicain » au référendum du 29 mai 2005. Son argumentation s’inscrit dans le droit fil de son action contre l’Europe de Maastricht. En joignant l’acte à la parole, le mouvement de Jean Pierre Chevènement a préparé de longue date cette grande victoire populaire. 

 (Et nous voici dans le temps présent de cette nouvelle campagne présidentielle. Dans le droit fil de sa pensée exprimée dans son dernier et riche ouvrage « La faute de M. Monnet » et en phase avec la ligne du Mouvement Républicain et Citoyen, Jean Pierre Chevènement repart à l’assaut du libéralisme dans une élection majeure pour la France. Il ouvre sa campagne avec brio dans un grand meeting à la salle Japy. Ruse de l’Histoire : les socialites un peu déboussolés par la liberté de ton de leur candidate se résignent à négocier avec le MRC. On connaît le résultat et il faut s’en réjouir car Jean Pierre Chevènement qui veut être « l’instituteur républicain » dans cette campagne (discours de Japy) est aujourd’hui encore mieux entendu. Quelle constance ! Quelle détermination ! Quelle abnégation ! Avec une intelligence et une cohérence reconnues de tous, Jean Pierre Chevènement est à mes yeux l’honneur de la Gauche. Il se situe « du point de vue le plus élevé c’est à dire le moins encombré, « . Il y a du Jaurès et du Mendes-France dans cet homme. Avec lui, il reste un avenir.)1

note 1 : il s’agissait de la campagne de 2007 qui devait se poursuivre dans notre soutien à Ségolène Royal qui ralliait alors nos positions sur l’Europe dans un communiqué commun MRC /PS (pour mémoire JL Mélenchon ou J Généreux étaient eux aussi à l’époque des soutiens à Ségolène Royal)

Retour sur notre position encore et toujours centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères et de renoncements

Créé par le 13 mai 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de XD

Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n’a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire non pas entre la gauche et la droite mais entre courants de gauche. Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis « le jauressisme de gauche », fut-il qualifié de « centriste »  pour ses positions conciliantes envers l’aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l »Internationale – après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920. Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d’un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, « trop connu pour ne pas être méconnu » selon Philippe Corcuff, révêle « une tradition française réformiste révolutionnaire » susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. « Les militants socialistes actuels qui croient, selon P Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l’économie de marché n’en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos ».

Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche (…), la position « centriste » originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin – peut nous éviter un double écueil :

-  Celui de l’abandon par la gauche de l’essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d’un prétendu  caractère indépassable de l’économie de marché dominée par le néolibéralisme. C’est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la « parenthèse libérale » augurée par son prédécesseur à Matignon; l’adoption et la mise en oeuvre du « grand marché »,  de « l’acte unique », des  traités de Maastricht et d’Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin – ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d’actifs d’entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 – . ( Et bien entendu le quinquennat du président Hollande qui illustre à présent l’échec patent des gestions social-libérales …)

- Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste – incarnée jadis par Guy Mollet –  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d’opposition. (…)

Chacun sait bien, par ailleurs, que les plus sociaux-libéraux dans la gestion gouvernementale ne sont pas forcément les moins disant en critiques gauchisantes dans l’opposition ! Les courants d’extrême-gauche  demeurent quant à eux totalement étrangers à toute perspective d’exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d’épuisantes querelles de chapelles parfaitement ésotériques pour le profane.

Pour sortir de ces impasses, la posture centriste pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de « la  gauche de gauche » et de  l’altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche. Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche reste le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité.

Il s’agit d’un  engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d’autres régions du monde, couplé d’un travail d’analyses, d’échanges et  d’éducation populaire.  Une telle perspective – en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme – suppose l’élaboration collective, en France, d’un  projet politique visant à souder un « Front de classes » d’abord  ancré dans les couches populaires ( sans oublier les travailleurs précaires ) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles. C’est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C’est une volonté de peser pour une Europe solidaire vraiment européenne, tournée vers le Sud et l’Est en contrepoids à la mondialisation libérale et à l’unilatéralisme américain.

La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique  »centriste » à la recherche de l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau  »centrisme » a besoin d’être expliqué pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C’est un défi encore loin d’être relevé !

X D

Le billet ci-dessus du 8 mai 2007 qui n’a pas pris une ride!!! sinon l’actualisation des parenthèses par suppression de passages anachroniques ou rajout.

Ci-dessous extrait d’une conférence de mars 2016 sur le même thème.

La conférence est disponible avec les apports complémentaires d’autres rédacteurs sur ce blog dans la catégorie blog-notes politique de Xavier Dumoulin

Quelle alternative à cette gauche des chimères et des renoncements? Comment sortir de cet enlisement et de cette étrange connivence entre discours maximalistes et frilosité politicienne?Pourquoi faut-il mettre le cap sur la reconquête d’une république sociale?

Présentation du plan d’ensemble

Introduction: Du décryptage des fausses évidences  des gauches protestataires ou social-libérales accoucheuses de chimères et de renoncements

A la dénonciation de cette étrange connivence d’un maximalisme verbal et d’une frilosité politicienne

Pour rompre avec une politique qui désespère le peuple, nourrie la droite extrême et tue la gauche

1° partie – Du glissement islamophobe – au prétexte de la laïcité- à la liquidation de la politique arabe de la France

§1 -Une polémique entre un écrivain et des chercheurs en sciences sociales révélatrice d’une intériorisation de l’islamophobie

1- Une chronique de l’écrivain Kamel Daoud sur les évènements de Cologne qui fait réagir le monde des sciences sociales

2- Une brèche dans le camp des laïcs

§2-Les virevoltes de la diplomatie française au Proche-Orient et dans le dossier syrien comme symptôme de l’absence de perspective face aux enjeux de la menace terroriste

§3-Le grossier amalgame de Valls entre la volonté de comprendre et la culture de l’excuse

2° partie – Du discours « écolo » radical, comme critique du progrès, à l’accompagnement des politiques de désindustrialisation et de déflation

§1-Le fondamentalisme écologique comme négation de l’héritage humaniste et progressiste et de la perspective d’éco-socialisme.

§2-De l’écologie à la théorie de la décroissance :

1-vert de rage ou de raison?

2- l’embrouille autour de la question du nucléaire Vox Populi,  Mox  Dei

§3-Européisme, austérité et chômage de masse

1-La Grèce, l’Europe et la souveraineté par Jacques Sapir

2-La leçon grecque par Jean-Pierre Chevènement

3° partie – De la déconstruction de l’idée de nation à l’enlisement
de la France dans le néolibéralisme et le capitalisme financier mondialisé

§1-Le grossier amalgame du fait des élites mondialisées entre le nationalisme, la conception citoyenne de la nation et la nature des institutions pour brouiller les repères historiques de la gauche, masquer leur domination et entretenir la confusion entre souveraineté populaire et régression populiste

1-La notion de Nation est-elle obsolète ? Pascale FOURIER, Jean-Pierre CHEVENEMENT

2-Quelques vrais enjeux autour de la réforme des institutions

§2-De la réfutation de l’intérêt national à la fuite en avant dans l’européisme

§3-La soumission aux dogmes de l’ordo-libéralisme et du capitalisme financier mondialisé

4° partie – Du dénigrement du droit à la sûreté et à la sécurité à la liquidation de l’ordre public social

§1-Du refus de l’ordre juste

§2-A l’acceptation des zones de non droit et au détricotage du code du travail

Problématiques en guise de conclusions provisoires

§1-Comment sortir la gauche de sa torpeur et de son essoufflement?

§2-Le communisme et la gauche de la gauche ont-ils encore un avenir?

1-PCF : quelle mutation?

2-L’avenir des gauches (de gauche ou à la gauche de la gauche?)

§3-Pour la rupture démocratique : sortir du néolibéralisme et combattre le néo-conservatisme

§4-Une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements

§5-Pour la refondation de la gauche sans mythe ni mirage

1- Quelle refondation? Avec qui? pourquoi? pour qui?

2-Pour prolonger notre conversation entre amis socialistes et républicains…

3-Le pari de la citoyenneté

Introduction:
Du décryptage des fausses évidences  des gauches protestataires ou social-libérales accoucheuses de chimères et de renoncements
A la dénonciation de cette étrange connivence d’un maximalisme verbal et d’une frilosité politicienne
Pour rompre avec une politique qui désespère le peuple, nourrie la droite extrême et tue la gauche

1- Du glissement islamophobe -au prétexte de la laïcité- à la liquidation de la politique arabe de la France

§1 -Une polémique entre un écrivain et des chercheurs en sciences sociales révélatrice d’une intériorisation de l’islamophobie

1- Une chronique de l’écrivain Kamel Daoud sur les évènements de Cologne qui fait réagir le monde des sciences sociales

 Dans une tribune libre du Monde en date du 31 janvier dernier, l’écrivain Kamel Daoud (1) s’interroge sur la perception des évènements de la Saint Sylvestre à Cologne à partir de « ces jeux de fantasmes » : « Le « fait » en lui-même correspond on ne peut mieux au jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes  et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

Cette vision est portée par les discours de droite et d’extrême-droite contre la supposée invasion d’immigrés menaçants. Mais ,pour Daoud, rien n’est vraiment analysé dans ce discours dénonçant les immigrés de Cologne. Et en premier lieu l’identification des dits agresseurs quand à leur histoire (immigration ancienne ou réfugiés arrivants? appartenance à des organisations criminelles?).

Par delà cette dénonciation d’un discours, Daoud pose néanmoins cette idée hasardeuse selon laquelle  en Occident l’immigré ne renonce pas à sa culture, c’est à dire à « ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda ». Le changement culturel dans ce rapport au corps de la femme s’opère très lentement.

 C’est pourquoi, nous dit Daoud, « Il faut offrir l’asile au  corps mais aussi convaincre l’âme de changer » dans ce « rapport malade à la femme, au corps et au désir » car « accueillir (l’étranger NDLR) n’est pas le guérir ». « La femme étant donneuse de vie et la vie étant perte de temps, la femme devient la perte de l’âme ».
Ainsi le rapport à la femme en terres d’islam expliquerait le comportement sexiste de l’homme pour qui la vie est « une perte de temps avant l’éternité, »… »une tentation »,… »une fécondation inutile »,… »un éloignement de Dieu et du ciel » et donc « un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme ». Et, à grand renfort d’illustrations, notre écrivain développe l’idée que le corps de la femme appartient à tous mais pas à la femme dans le monde arabe.
D’où cette confusion chez les tenants d’une vision angélique de l’immigré victime quand il serait culturellement prêt à agresser ce corps décadent.
Et l’auteur de s’interroger : « Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? »
Sans fermer les portes, Daoud invite à reconsidérer les réfugiés et les immigrés irréductibles à une minorité délinquante mais sujets envers lesquels « nos valeurs sont à partager, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »
« Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés » répond un collectif de chercheurs (2) dans une tribune du même journal Le Monde en date du 12 février pour qui « le texte repose sur trois logiques qui, pour être typiques d’une approche culturaliste que de nombreux chercheurs critiquent  depuis quarante ans, n’en restent pas moins dangereuses ».  
Et d’abord cette réduction d’un immense espace, celui du monde arabe prétendument homogène et réduit à l’islam, auquel s’opposerait l’Occident «  foyer d’une modernité heureuse et émancipatrice » gommant ainsi les violences faites aux femmes en Europe et en Amérique du Nord. « Cet essentialisme radical  produit une géographie fantasmée qui oppose un monde de la soumission et de l’aliénation au monde de la libération et de l’éducation ».
Ensuite cette psychologisation des masses musulmanes constituées d’individus déviants. «  Psychologiser de la sorte les violences sexuelles contribue à produire  l’image d’un flot de prédateurs sexuels potentiels, car tous atteints des mêmes maux psychologiques et sans autonomie car totalement inspirés par la religion ».
Le collectif dénonce alors «  un projet disciplinaire, aux visées à  la fois culturelles et psychologiques, qui se dessine. Des valeurs doivent être « imposées » à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes ». Ce discours anti humaniste s’appuie « sur la mission civilisatrice » et « la  supériorité des valeurs occidentales qu’il évoque. Au-delà   de ce paternaliste colonial, il revient aussi à affirmer, contre  « l’angélisme qui va tuer », que la culture déviante de cette masse   de musulmans est un danger pour l’Europe. Il équivaut à conditionner  l’accueil de personnes qui fuient la guerre et la dévastation ».
« De quoi Daoud est-il le nom? » s’interroge le collectif. 
« Après d’autres écrivains algériens comme Rachid Boudjedra  ou Boualem Sansal, Kamel Daoud intervient en tant qu’intellectuel laïque minoritaire dans son pays, en lutte quotidienne contre un puritanisme parfois violent » reconnaissent les chercheurs en sciences sociales. « Mais dans le contexte européen, il épouse toutefois une islamophobie devenue majoritaire ». Et le collectif de s’insurger, en guise de conclusion, contre la tendance à  »racialiser » ces violences sexuelles en Europe.(Xavier DUMOULIN février 2016)
Postscriptum : Daoud ou la défaite du débat titre Michel Guerrin dans sa chronique Culture du Monde en date du 27 février. Après s’être entretenu avec l’écrivain algérien qui réside à Oran, Guerrin fait état de la posture de Kamel Daoud qui ne regrette pas un mot de sa chronique dans laquelle il évoquait un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » ce qui, lui valut le quolibet d’islamophobe de la part des chercheurs. Guerrin souligne le combat de son collègue écrivain qui « bouscule les obscurantismes du monde arabe » et se recentre à présent sur son métier de journaliste. Pour Guerrin, « le retrait de Daoud est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fatwa depuis 2014 et cela donne de la chair à ses convictions… » Aussi le chroniqueur du Monde rejoint Daoud qui dénonce un certain simplisme chez ses contradicteurs : « nous vivons une époque de sommations. Si on n’est pas d’un côté, on est de l’autre. »
L’affaire Daoud offrirait une similitude avec les mésaventures d’Hugues Lagrange qui expliquait dans son livre « le déni des cultures » que le mal d’intégration des jeunes des cités n’était pas seulement liés à des conditions d’existence (logement, chômage, revenus) mais à des éléments culturels (familles, religion, valeurs). Lagrange défend à son tour l’écrivain algérien en faisant part de son attachement à la « sociologie des sujets » d’Alain Touraine « où chacun est construit par sa culture tout en étant acteur de son histoire. Cela suppose que l’on puisse critiquer les autres cultures… » Propos qui trouvent aussi un écho chez la sociologue algérienne Marième Hélie Lucas pour qui « la gauche, figée dans sa culpabilité coloniale » (selon la relation de Michel Guerrin) opèrerait « une scandaleuse hiérarchie des droits, ou ceux des femmes sont placés au bas de l’échelle, après les droits des minorités, les droits religieux ou culturels ».

 (1) Kamel Daoud est un écrivain algérien. Il est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il est également chroniqueur au Quotidien d’Oran.

(2) Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia  (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam  Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo               Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Cette affaire s’inscrit dans une discussion plus large sur la laïcité qui a mis aux prises le premier ministre et l’observatoire de la laïcité.

2-Une brèche dans le camp des laïcs

La dernière polémique initiée par le premier ministre fustigeant le président de l’observatoire de la laïcité, Jean Louis Bianco, et son secrétaire général Nicolas Cadène serait-elle le symptôme d’une incapacité à penser la laïcité dans la France en proie aux agissements terroristes de l’année écoulée? (1)

Dans « Un silence religieux La gauche face au djihadisme » (2), le responsable du Monde des livres, Jean Birnbaum, dénonce même, semble-t–il, cet impensé de la gauche que serait le phénomène religieux. Un refoulement qui ne sortirait pas de cet enfermement dans la vision marxienne athéiste de cette religion opium du peuple, à l’opposé du projet d’émancipation qui structure sa culture et son imaginaire. Donc un projet d’émancipation qui passerait d’abord par l’émancipation à l’égard de la religion.

Pour aller plus avant dans cette interpellation de Jean Birnbaum, encore faudrait-il lire et explorer cet essai. Sans faire l’impasse sur l’analyse géopolitique plus systémique qui peut faire sa place au religieux dans ce terreau conflictuel du Moyen Orient où sévit Daesh et qui nourrit djihadisme et terrorisme sur notre sol national. (3)

L’édifice laïc et  républicain serait-il à ce point fragilisé dans cette démonstration d’une difficulté à sortir d’un débat piégé? Depuis les évènements de Cologne mettant aux prises les deux courants rivaux du féminisme, l’un minimisant la portée de l’agression sexuelle dont furent victimes des centaines de femmes – aux dires des médias du fait de migrants en provenance de pays musulmans – et cela pour ne pas encourager la stigmatisation et le racisme -, l’autre dénonçant à juste titre cette posture de déni mais alimentant de facto un certain radicalisme féministe réfutant l’Islam comme source d’aliénation et de domination des femmes. Ce dernier courant porté par des intellectuelles comme  Caroline Forest trouve en la circonstance le renfort de la philosophe Elizabeth Badinter (4).

Au sein de l’Observatoire de la laïcité on retrouve ce clivage entre tenants d’une laïcité dite républicaine qui pensent que « le droit à la différence ne doit pas être la différence des droits » et ceux qui fustigent cette « réaction laïciste intégriste » à l’instar de l’ancien secrétaire général de l’Elysée du temps de Mitterrand, Jean Louis Bianco. Lequel se voit vivement mis en cause par le premier ministre et trois membres éminents de l’Observatoire à savoir Jean Glavany, Françoise Laborde, tous deux par ailleurs parlementaires socialistes, et Patrick Kessel, président du comité Laïcité République et ancien grand maître du Grand Orient de France.

Vieux débat entre militants des mouvements pour les droits de l’Homme tels que le MRAP et la LDH, dont la posture « droits de l’hommiste » est souvent caricaturée par leurs adversaires, partisans d’une laïcité conciliant fermeté ( en matière de respect de l’interdiction de signes religieux à l’école) et tradition de liberté dans la filiation de la Troisième République. Sans oublier néanmoins que les deux camps sont traversés de contradictions majeures sur ce sujet dans une porosité intellectuelle plutôt salvatrice à cet égard.

Nous ne saurions en effet alimenter un certain réductionnisme caricatural sur ces questions, très liées entre elles, à l’heure d’un débat sur la déchéance de la nationalité sans doute fort mal initié par un président de la République à présent pris en otage par une droite plutôt favorable et une gauche déstabilisée.

On mesure à l’aune de ces débats le fossé abyssal qui nous sépare du temps du regretté Jacques Berque, cet islamologue (5) qui conseillait alors le ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chevènement, favorable à une ambitieuse politique d’intégration couplée d’une perspective sociale, pour sortir la jeunesse de la relégation par la réussite scolaire. Un dessein de progrès républicain bien mis à mal par cette déstabilisation du monde qui revient comme un boomerang suite aux guerres du Golfe dénoncées en leur temps par ces deux grandes figures et conduites sous de fallacieux prétextes… Cause d’une autre brèche loin de cicatriser! (X.D janvier 2016)

(1) Lors d’une conférence du CRIF le 8 janvier dernier, le premier ministre a attaqué l’Observatoire de la laïcité pour avoir co-signé un appel contre le terrorisme au lendemain des attentats de novembre avec quatre vingt personnalités de tous horizons politiques et religieux et s’en est pris au secrétaire général de l’Observatoire qui avait raillé dans un tweet la philosophe Elizabeth Badinter dans sa dénonciation intransigeante du féminisme au risque - assumé selon elle – de passer pour islamophobe.

(2) éditions du Seuil, 234 pages, 17 euros

(3) Atlas du Moyen-Orient, Pierre Blanc et Jean-Paul Challagnaud, éditions Autrement, 96 pages, 24 euros, cité dans notre article

(4) Lire « Cologne, la chasse aux femmes et le déni » par Elizabeth Badinter dans Marianne du 22 au 28 janvier 2016

(5) Sources du commentaire sur le site Amazon.fr http://www.amazon.fr/Relire-Coran-Jacques-Berque/dp/2226239243/ref=pd_bxgy_14_img_2?ie=UTF8&refRID=1EY6XN2CVJXSAEFHVBJE#reader_B00JE6SBY8

Seize années de travail, et une vie tout entière consacrée à l’étude de
l’Islam, avaient été nécessaires au professeur Jacques Berque pour
proposer un  » essai de traduction  » du Coran. À la fois savante et
littéraire, cette œuvre monumentale, témoignant d’une intime familiarité
avec le monde arabe et la tradition de l’Islam, fut saluée comme un
événement pour l’approche de cette culture par le public francophone.
Après quatre ans de travail supplémentaires, Jacques Berque, qui fut
l’infatigable explorateur des mille subtilités de la langue coranique,
améliora son texte en y apportant des centaines de retouches d’après les
remarques de lecteurs érudits, et particulièrement celles de cheikhs de
l’Islam. Cette seconde édition, entièrement révisée, nous fait
redécouvrir le Coran dans le souffle de ses origines, ouvrant les
perspectives d’un Islam éclairé où foi et raison auraient toutes deux
leur place.

Ces éléments de débat traduisent le chamboulement de l’équilibre de la laïcité à la française du fait de la visibilité croissante de l’islam. Avec des crispations qui « ont poussé l’Etat à étendre son empire législatif et moral sur la sphère publique » selon Cécile Chambraud (1) qui relate la récente histoire de cette irruption (affaire du voile, du niqab, des demandes de politiques d’interdiction du voile à l’université ou dans l’entreprise dans cette conjoncture où « les attentas djihadistes renforcent la peur du fondamentalisme musulman ».

Ce qui pose la question de la redéfinition de l’espace public (dans lequel  »les individus débattent de l’ordre social, expriment librement leurs opinions, y compris religieuses ») en référence à l’espace privé ( dans laquelle l’individu est souverain) et à « l’espace de l’Etat, régi par le droit public et chargé de gérer la société dans le respect des deux autres espaces, l’individuel et le commun ».

(1) L’espace public doit-il être neutre? Cécile Chambraud, Le Monde du 27 février 2016 pages Culture et Idées

 

§2-Les virevoltes de la diplomatie française au Proche-Orient et dans le dossier syrien comme symptôme de l’absence de perspective face aux enjeux de la menace terroriste

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, devenue de plus en plus complexe avec une multiplication des acteurs, deux cent soixante mille personnes seraient mortes et des millions poussées à la fuite.

La seule bonne nouvelle du jour, pour ce Moyen-Orient, c’est l’annonce de la levée des sanctions économiques contre l’Iran qui fait suite à l’accord nucléaire signé le 14 juillet dernier avec les Occidentaux. Cette première victoire du président Hassan Rohani se double d’une seconde : la libération de sept Iraniens détenus aux États-Unis, en échange de celle de quatre Irano-américains emprisonnés à Téhéran, dont Jason Rezaian, le correspondant du Washington Post en Iran.

Pour Georges Malbrunot du Figaro « ces deux avancées démontrent que la négociation avec les États-Unis, toujours décrits comme le «grand Satan» par les ultraconservateurs, fonctionne mieux que la confrontation prônée par les durs du système politico-religieux iranien. » et «  cette levée des sanctions ouvre la voie à l’annonce d’accords économiques que l’Iran peut désormais signer avec ses partenaires européens, notamment. »

 A onze jours de sa visite officielle en Italie puis en France, Rohani  aura des contrats à signer selon le ministre des Transports iranien qui annonçait que Téhéran allait acheter cent quatorze Airbus à la société européenne d’aéronautique, basée à Toulouse.

Il est vrai que la réalpolitik reste déterminante dans cette géopolitique du Moyen-Orient. On ne saurait s’en offusquer dès lors que cette vision stratégique est portée par une ambition de paix et de prospérité, ce qui n’est pas toujours, loin s’en faut, la perspective la mieux partagée. Les années Bush ont laissé en l’espèce un bilan catastrophique! Mais en la matière, après la gestion très gaullienne  du premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin,  refusant de suivre les Etats-Unis dans le conflit armé en Irak, la diplomatie française des présidents Sarkosy et Hollande sait-elle aujourd’hui vraiment ce qu’elle veut?

Le dossier syrien illustre les virevoltes du quai d’Orsay avant que la priorité ait été donnée, avec raison, à la lutte contre Daesch  suite aux attentats de novembre dernier. Avec ce spectaculaire retournement enfin favorable, sous conditions, à l’intervention de la Russie, quand il y a peu encore, notre chef de la diplomatie entendait armer les opposants au régime de Bachar El Assad au risque de favoriser les bandes armées terroristes.

Quant à la politique arabe dans son ensemble, force est de constater un déplacement des relations au bénéfice d’une Arabie Saoudite, incarnation du fondamentalisme. Nos concitoyens ont ainsi bien de la peine à saisir les véritables enjeux qui traversent ces conflits dont la résolution paraît impossible dans cet enchevêtrement de causes et d’effets. Cette région du Moyen-Orient qui englobe les pays du Levant autour desquels se trouvent la péninsule arabique au sud-est, la Turquie au nord-ouest, l’Egypte au sud-ouest et l’Iran au nord-est, reste bien difficile à appréhender. Mais on retrouve des clés de lecture des conflits qui traversent ce Moyen-Orient en parcourant cet atlas du Moyen-Orient (1) rédigé par Jean-Paul Chagnollaud et Pierre Blanc. Ce dernier, enseignant chercheur en géopolitique à Sciences-Po Bordeaux et Bordeaux Sciences-Agro et rédacteur en chef de la revue Confluences Méditerranée, était vendredi dernier l’invité du cercle des travailleurs de Brocas les Forges dans les Landes.

Après avoir dessiné la carte et retracé l’histoire du Moyen-Orient, Pierre Blanc a présenté les quatre points incontournables qui donnent les clés de lecture des conflits en œuvre : l’arrière plan géopolitique, le passage de l’islamisme au djihadisme, les divisions religieuses au sein de l’Islam entre Sunnites et Chiites notamment et la question palestinienne.

Il faut remonter à l’effondrement de l’empire Ottoman pour comprendre l’incohérence de ces Etats sans nation et de ces nations sans Etat. La « malédiction pétrolière » a aiguisé, pour sa part, les appétits de puissance et instrumentalisé les Etats-Nations dans cette mosaïque ethno-religieuse avec l’émergence de l’islamisme, cette idéologie politique encadrant la société qui procède du religieux et conduit au Djihad. Les printemps arabes de 2011 avaient entamé la fin d’un cycle politique de cinquante ans en Egypte et dans ces régimes en voie d’épuisement. Ces révolutions signaient la fin du nationalisme arabe dans des Etats en proie à la corruption, à l’autoritarisme et à l’immobilisme et laissaient place à la victoire de Frères musulmans en Egypte à la suite d’une longue histoire d’émergence d’un islamisme qui travaille les sociétés arabes depuis un siècle.  Plus près de nous, les tensions régionales s’expliquent aussi par l’histoire des conflits en Egypte dans les années cinquante (le canal de Suez), en Afghanistan dans les années quatre vingt (les rebelles afghans contre l’URSS), dans les pays du Golfe (première guerre au nom du droit et deuxième guerre au faux prétexte de la prétendue détention d’arme nucléaire par l’Irak), en Syrie avec la guerre civile en œuvre, puis avec l’émergence, en juin 2014, de Daesch  - dont on connaît à présent toute la capacité de nuisance criminelle et terroriste en son sein et dans le monde -  . L’Arabie saoudite mérite un examen particulier en raison de sa place et de son influence dans la région tant du point de vue religieux que diplomatique. On doit aussi considérer la question palestinienne – toujours dans l’impasse malgré les accords d’Oslo de 1993 – qui concentre et nourrit ces fortes tensions régionales.

Ces efforts de recherche et de pédagogie autour des conflits du Moyen-Orient doivent être salués pour leurs qualités intrinsèques dans le domaine de la géopolitique mais surtout en raison de ces approches diversifiées particulièrement utiles dans cette période confuse qui fait place à tous les dangers. D’abord pour éclairer les gouvernants trop enclins à une politique de facilité sans vision prospective historique qui privilégie les intérêts économiques immédiats en réponse aux lobbies de toutes natures. Ensuite pour instruire les citoyens  de ces conflits qui ont à présent un retentissement très concret sur leur vie quotidienne et qui doivent se dégager d’une représentation simpliste,  avec un surdimensionnement du facteur religieux, communautariste et ethnique, quant la période exige une lucidité de tous les citoyens pour défendre le modèle républicain. Le sang froid et la raison ne sont-ils pas les meilleurs gages de capacité à faire face à toutes les régressions, d’où qu’elles viennent et quels qu’en soient les protagonistes? (Xavier DUMOULIN janvier 2016)

(1) Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud;  »Atlas du Moyen-Orient Aux racines de la violence »; éditions Autrement, collection Atlas/Monde; 95 pages; janvier 2016

§3-Le grossier amalgame de Valls entre la volonté de comprendre et la culture de l’excuse

2- Du discours « écolo » radical comme critique du progrès à l’accompagnement des politiques de désindustrialisation et de déflation

§1-Le fondamentalisme écologique comme négation de l’héritage humaniste et progressiste et de l’éco-socialisme

§2-De l’écologie à la théorie de la décroissance :

1-vert de rage ou de raison?

Alors que refleurissent mille controverses autour du projet de la croissance verte versus théorie de la décroissance - sujets dans l’air du temps et inépuisables de surcroît – on peine parfois à démêler l’argumentaire des différents protagonistes. Basiquement, rien n’autorise à schématiser deux types d’approches qui prévaudraient dans la contestation ou   le fondement d’une écologie politique. Celui d’une conception occidentalo-centriste du progrès infini portée par le cartésianisme et l’ idéologie productiviste allant de pair avec la confiance aveugle aux lois du marché, celui d’une perspective malthusienne dénonçant les progrès technologiques et l’aliénation dans une critique de la société de consommation.

Près de quarante ans après la parution du rapport Mansholt qui inspira le club de Rome et l’avènement de l’écologie politique portée en France par un agronome tiers-mondiste expérimenté, René Dumont, dans un contexte intellectuel et sociétal de remise en question des fondements de notre civilisation technicienne, de Jacques Ellul en passant par l’école de Francfort et les idées de mai 68, un nouvel aggiornamento ne s’impose -t-il pas à présent ?

Rendons hommage sur ce point – et sur ce point seulement –  à Claude Allègre qui possède ce don inestimable d’exciter les neurones en ouvrant des polémiques fécondes. Si l’intelligence et le débat d’idées ne se trouvent pas dans l’état de nature, c’est peut être qu’il n’est pas si bête de s’interroger, n’en déplaise aux pourfendeurs du Progrès, lequel  »s’origine » toujours dans celui de l’esprit humain.(X D 2009)

2- l’embrouille autour de la question du nucléaire Vox Populi,  Mox  Dei!

L’embrouille entre le PS et les écolos sur la question du Mox, ce carburant  de l’EPR, en dit long sur les désaccords de fond sur la filière nucléaire. Quels besoins énergétiques pour le présent et l’avenir ? quelle part de l’électricité nucléaire dans cet ensemble ? quels types de réacteurs garantissant l’avenir de la filière et sa sécurisation ?

Autant de questions, autant de flou savamment entretenu à des fins électorales. Avec cependant, et il faut s’en réjouir, une certaine résistance du candidat Hollande face au camp d’une Eva Joly momentanément déroutée.

C’est un peu une habitude chez les socialistes de considérer ces accords politiques avec légèreté. «Une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de fabrication du MOX», cela paraissait fort ambigu car sans Mox pas d’EPR. Bernard Cazeneuve, député PS de la Manche dans la circonscription duquel est construit l’EPR, avait bien de quoi s’inquièter de cette ambiguïté. Il alerte ses amis et François Hollande. Le bureau national du PS raye le paragraphe litigieux. On connait la suite. Cette affaire me fait songer à deux précédents épisodes révélateurs.

Fin 2006, l’accord conclu entre le MRC et le PS reprenait très au-delà de nos espérances le contenu politique de notre approche des questions européennes. Nous y trouvions ainsi des bases permettant de soutenir la candidate socialiste. Après sa défaite, le vote d’une majorité de parlementaires socialistes permettait cependant la ratification du traité de Lisbonne en congrès du parlement. Cet acte de félonie en disait long sur le grand écart entre les paroles et les actes.

Pendant le congrès de Reims, le PS adoptait une motion de synthèse dont la première livraison ne contenait aucune allusion au contrôle du crédit et des banques alors que nous entrions en pleine crise financière. Le contenu de la motion dans sa seconde livraison médiatique devait ensuite intégrer cette question. Pour le blog citoyen, ce couac trahissait une certaine insouciance, pour ne pas utiliser de mots plus sévères à l’égard de cet acte manqué!

Pour revenir à notre dossier nous invitons à la lecture de l’interview de Jean-Pierre Chevènement au journal Sud-Ouest duquel nous extrayons ce passage.

 Que pensez-vous de l’accord entre le PS et EELV sur le nucléaire?

« Infaisable. Cela revient à mettre 250 milliards d’euros en l’air. Et suppose de revenir aux chaudières à gaz et à charbon alors que les émissions de CO2 explosent. Le fameux audit sur l’EPR de Flamanville n’ira pas loin. François Hollande a conclu un accord politique qu’il nuancera s’il est élu avec une majorité élargie. Il a montré une fermeté certaine sur l’EPR. Il ne pouvait faire moins, tant celui-ci est vital pour nos exportations.

Entre ce qu’elle nous rapporte à l’export et les économies qu’elle nous procure, la filière nucléaire pèse 12 milliards d’euros par an. Ce n’est pas sérieux de vouloir la démanteler quand le problème numéro un du pays est le déficit de 75 milliards de la balance commerciale.

Il y a urgence à réindustrialiser le pays. J’avais démissionné de mon poste de ministre de l’Industrie en 1983 parce que le gouvernement n’allait pas dans ce sens. Aujourd’hui, cette idée s’impose. »

Saluons celle belle constance, gage d’une vraie cohérence dans la recherche d’une politique industrielle au service de la croissance et de l’emploi ! (X.D 2012)

§3-Européisme, austérité et chômage de masse

3- De la déconstruction de l’idée de nation à l’enlisement de la France dans le néolibéralisme et le capitalisme financier mondialisé

§1-Le grossier amalgame du fait des élites mondialisées entre le nationalisme, la conception citoyenne de la nation et la nature des institutions pour brouiller les repères historiques de la gauche, masquer leur domination et entretenir la confusion entre souveraineté populaire et régression populiste

1-La notion de Nation est-elle obsolète ?

2-Quelques vrais enjeux autour de la réforme des institutions

Notre régime politique est souvent qualifié fort abusivement de présidentiel par une opinion qui confond la fonction du président de la République, clé de voûte des institutions, avec la nature du régime à proprement parler. Depuis la Constitution de 1958, notre cinquième République a évolué, selon les constitutionnalistes, vers un régime parlementaire rationalisé, devenu, après la réforme de 1962 instituant l’élection du président au suffrage universel direct, présidentialiste ou semi présidentiel.

La différence de nature entre le régime présidentiel et parlementaire tient à la stricte séparation des pouvoirs dans le premier modèle et à leur collaboration dans le second. A l’instar du système américain, le régime présidentiel s’appuie en principe sur un exécutif monocéphale et un parlement qui ne peut mettre en cause la responsabilité politique du président, lequel ne dispose pas du droit de dissolution. Tout autre est le fonctionnement des institutions toujours parlementaires, en théorie, de la V° République reposant sur des mécanismes de censure du gouvernement – et non du président -, après adoption d’une motion par la majorité des députés, avec en contrepoint symétrique, le droit de dissolution de l’Assemblée par le président.

Le parlementarisme rationalisé issu du texte de 1958 a strictement encadré la procédure d’élaboration des textes de loi : prééminence des projets de loi sur les propositions, domaine de compétence limité du législateur, pouvoir restreint des commissions en matière de projets de loi, contrôle de l’ordre du jour par le gouvernement, procédure du vote bloqué combinée parfois avec la mise en jeu de la responsabilité gouvernementale…

L’évolution « présidentialiste » tient à la forte légitimité du président, élu au suffrage universel direct, s’accompagnant d’une prédominance du chef de l’Etat sur le premier ministre en dehors des périodes de cohabitation. L’adoption du quinquennat - conduisant à la juxtaposition des élections, présidentielles et législatives – conforte l’idée de changement de régime.

« Un régime présidentiel à la française » – évoqué dans un récent colloque de la fondation Res Publica - pourrait assurer le retour du Parlement dans ses fonctions législatives et de contrôle de l’exécutif. Le maintien des mécanismes de mise en cause de la responsabilité du gouvernement et du pouvoir de dissolution du chef de l’Etat s’accompagnerait d’une automaticité de remise en jeu du pouvoir en cas de dissociation entre majorité présidentielle et parlementaire. Le peuple souverain trancherait ainsi ce conflit suite à une consultation électorale. Ce modèle innovant mettrait fin aux critères distinctifs traditionnels en introduisant un système hybride équilibré.

La pratique sarkozienne bonapartiste, revient de facto sur le bicéphalisme de l’exécutif pourtant consacré par notre constitution . La logique de cette dérive – qui franchit un degré nouveau avec cette omnipotence décomplexée du chef de l’Etat, véritable Janus absorbant toute la fonction gouvernementale -, ne nous entraîne-t-elle pas vers une dégénérescence du régime ( sauf à penser qu’elle n’est que l’aboutissement d’une pratique de dénégation du chef du gouvernement initiée par le Général et ses successeurs ) ? Le pire en effet serait alors de renforcer le présidentialisme sans garantir une véritable indépendance du Parlement - alors que ce dernier devrait se trouver au contraire conforté dans ses prérogatives de législateur -. Cette tentation illustre l’un des enjeux de la réflexion sur la réforme des institutions qui devrait s’entourer des meilleures compétences dans le cadre d’une méthode de travail irréprochable. (X D 2007)

§2-De la réfutation de l’intérêt national à la fuite en avant dans l’européisme

L’AGAUREPS-Prométhée planchait hier soir à Mont de Marsan sur les scénarios de sortie de la crise financière en Europe

La question de la dette souveraine est au centre d’une actualité turbulente. Le vertige des chiffres plaqués sur des notions souvent mal maîtrisées pervertit le sens d’une réalité. Pour imposer sa lecture de la crise et ses solutions régressives, le discours néolibéral voudrait masquer la situation objective que traverse l’Europe : celle d’une fuite en avant dans le cercle vicieux de politiques d’austérité pour les peuples au motif de rassurer les marchés financiers et, en fait, pour mieux les gaver.

Mettre à nu ce discours suppose quelques précisions sur la dette et son évolution en France et en Europe. Les questions à choix multiples et les nombreux graphiques qui appuient la présentation pédagogique de la question dans l’ouvrage récent de Raphael Didier « comprendre la dette » – éditions ellipses, septembre 2011 - peuvent y aider.

Vous y trouverez, sans vous y perdre, des éléments de cadrage sur les notions basiques et les chiffres. Parmi bien d’autres : la LOLF, le montant du poste « dette publique et garanties de l’Etat », la part des différentes recettes fiscales, la définition du déficit budgétaire, celle de solde public, intégrant plus largement celui des administrations publiques, celle de déficit public  notifié au sens de Maastricht qui sert de référence commune, la dette publique, son montant, sa gestion, à ne pas confondre avec la dette extérieure… Avec un état des lieux chiffré des finances publiques en Europe et dans le monde. D’une lecture agréable et accessible, le livre permet de sortir des lieux communs sur la dette publique et d’aborder le fond des choses.

C’est l’objectif de l’AGAUREPS-Prométhée qui abordait hier ces questions dans un débat permettant de revenir sur les derniers rebonds de la crise du néolibéralisme.en Europe et dans le monde.

Une analyse dans un dialogue ouvert qui permet d’identifier les scénarios de sortie de la crise du capitalisme financier mondialisé comme l’exprime cet extrait du compte-rendu du secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, Francis Daspe.

Entre crise et alternatives, faire sauter les verrous européens

X D introduit la question mise en débat. Il note le singulier de crise et le pluriel d’alternatives. C’est l’assurance d’un débat riche qui contribuera à déranger le petit confort des pratiquants du politiquement correct et de la pensée unique.

Une première partie est consacrée à la compréhension des mots clés. Les notions de dette et de déficit font par exemple l’objet de très larges précisions. Elles servent malheureusement trop souvent à alimenter des peurs visant à impressionner les peuples afin de réduire leur capacité de réaction. Le tournant de la rigueur de 1983 fut déterminant.

Un second temps est réservé au diagnostic de la situation et à l’inventaire des problèmes à l’origine de la crise. Tour à tour sont abordés la responsabilité de la finance américaine, les tentatives dérisoires de moraliser la capitalisme, les coupables dérives spéculatives des banques, les politiques de déflation salariale, la construction de l’Europe contre les peuples par le biais d’une méthode se perpétuant de Monnet à Merkel, le recours aux délocalisations et à toutes les formes de dumping etc… Il est rappelé que cette crise est surtout une crise du partage des richesses.

Une troisième séquence évoque les trois scénarios de sortie de crise. Le premier, porté par la Commission européenne, préconise la poursuite de politiques néolibérales extrêmement dures pour les peuples. Il conduit à une impasse.  Un second scénario intègre l’hypothèse d’un éclatement de la zone euro avec la sortie de pays du Sud de l’Europe. Les distinctions entre monnaie unique et monnaie commune sont alors précisées. Un dernier scénario envisage comme seule solution de changer l’Europe ou de changer d’Europe. Les conditions nécessaires à ce défi sont listées et examinées. Toutes nécessitent de faire sauter les verrous, et notamment le plus important d’entre eux, la Banque centrale européenne. Cette alternative est incompatible avec la vision à court terme d’un capitalisme financiarisé prédateur.

En définitive, il importe d’inverser rapidement le rapport de force entre capital et travail. Le vrai verrou à faire sauter, c’est celui de la reconquête de l’hégémonie culturelle perdue depuis plusieurs décennies devant l’offensive libérale. L’AGAUREPS-Prométhée, fidèle à sa raison d’être, s’y emploie résolument.

Des Actes plus développés et circonstanciés seront rédigés et permettront de retranscrire la grande richesse des débats.

§3-La soumission aux dogmes de l’ordo-libéralisme et du capitalisme financier mondialisé

Dans son manifeste altermondialiste, l’association ATTAC développe ses analyses pour servir le débat public. L’introduction est réservée au diagnostic du néolibéralisme.

Le premier pilier du néolibéralisme c’est le libre échange et la libre ciculation des capitaux, les deux facettes du même processus de marchandisation du monde. L’OMC assure une concurrence directe des travailleurs et des systèmes sociaux et exacerbe les contradictions entre les pays du centre et ceux de la périphérie. On assiste au laminage des souverainetés populaires, à l’apauvrissement des peuples soumis aux plans d’ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale. L’Union européenne s’attache aux mêmes objectifs, soumettant ses états à la concurrence libre et non faussée. L’affirmation des souverainetés populaires est nécessaire pour contrer ce processus.

Le deuxième pilier est une approche de la nature comme réserve inépuisable et comme dépotoir. Elle se traduit par l’accaparement des ressources naturelles et de la biodiversité par les multinationales du Nord et des pays émergents tandis que les pays pauvres du Sud sont voués à accueuillir les déchets polluants et dangereux et sont surexposés aux changements climatiques. La réponse est dans l’affirmation des biens publics et communs (eau, énergie,etc.).

Le troisième pilier est la mise sous tutelle de la démocratie. Le néolibéralisme affirme le lien entre les libertés économiques et politiques en taisant les contre-exemples (Chili de Pinochet ou Chine). ATTAC dénonce la politique africaine de la France dictée par des considérations économiques ( pétrole et phosphate). Pour libérer la démocratie de ses tutelles il faut de nouvelles formes de participation populaire, une formation à la citoyenneté garantie par l’éducation, le droit d’être informé et le droit d’informer.

Le quatrième pilier c’est les politiques publiques au service des propriétaires du capital. Les dérégulations publiques profitent au tout marché. Les politiques publiques garantissent l’attractivité des territoires pour les entreprises par la stabilité de la monnaie, les taux d’intérêts élevés, la circulation des biens, des services et des capitaux. Les politiques publiques sont aussi internationales : FMI, Banque mondiale et OCDE formée des trente pays les plus riches et dont les études et les préconisations apparaissent comme une machine de guerre idéologique pour la promotion des politiques libérales.

Le cinquième pilier c’est le pouvoir absolu des actionnaires dans l’entreprise qui marque une rupture avec les modes de gestion de l’après-guerre fondés sur un compromis entre les entreprises, les pouvoirs publics et les syndicats. Les actionnaires recherchent le profit au détriment de l’investissement. Les transactions financières et les opérations sur le marché des changes s’opèrent dans un marché mondial dérégulé qui tue la démocratie sociale : licenciements boursiers, délocalisations, absence de démocratie dans les entreprises.

Le sixième pilier c’est la guerre permanente et les politiques sécuritaires. La guerre sert le contrôle des ressources énergétiques avec l’appui des régimes réactionnaires chez qui prospère le fondamentalisme. Le rôle des Etats Unis et même de la France est dénoncé par ATTAC.

Le septième pilier relève du formatage des esprits. La mondialisation est présentée comme inévitable et souhaitable. L’entreprise idéologique est conduite sous l’égide des grands médias, des élites administratives, politiques et parfois syndicales. Elle s’appuie sur la critique du totalitarisme et du populisme (stigmatisation de la politique de Chavez). Elle développe sa légitimité dans l’industrie américaine du cinéma porteur de l’ “american way of life”. Le refus de l’impérialisme culturel et linguistique par la promotion de la diversité des cultures et des langues constitue la réponse à cette offensive.

 Ce manifeste est disponible en librairie. “Manifeste altermondialiste” aux éditions mille et une nuits, janvier 2007 (2,50 euros). (Xavier DUMOULIN le 20/01/07)

4- Du dénigrement du droit à la sûreté et à la sécurité à la liquidation de l’ordre public social

§1-Du refus de l’ordre juste

La critique de l’ordre juste, à gauche, repose sur un arrière fond de confusion conceptuelle. Résumons les choses.

Dans un processus de droitisation de la société française, d’aucuns dénoncent la vaine tentation de remonter la pente en se situant sur le terrain de l’adversaire. Cette « triangulation » profiterait de facto à la droite en valorisant ses thèmes. Pour ces pourfendeurs de l’ordre juste,  le patriotisme républicain illustrerait cette inversion des valeurs.

Toute autre nous parait être la capacité propulsive de cette idée. Ce prétendu retournement n’est-il pas davantage un opportun retour aux sources ? Il y a déjà longtemps, Jean Poperen – cet historien de la Révolution française, grande figure regrettée du socialisme français – dans son « nouveau contrat socialiste », affichait clairement les couleurs républicaines dans son combat contre la deuxième gauche. « La gauche est pour l’ordre » énonçait-il dans une critique sévère du projet soixante huitard et libertaire. Cette approche fut aussi celle de Jean Pierre Chevènement et de son courant, le CERES devenu ensuite Socialisme et République avant la fondation du Mouvement des Citoyens et de l’actuel MRC. La gauche sociale – ébranlée par l’hégémonie idéologique néolibérale qui devait s’imposer jusque dans les principes de gestion gouvernementale de la gauche – ne devait pas accepter de se laisser supplanter par une pseudo gauche morale et différentialiste, résurgence d’une certaine deuxième gauche, véhiculant tous les ingrédients d’une posture de renoncement à rompre avec le libéralisme, autrement dit d’un accomodement avec le mouvement de la mondialisation capitaliste. Souvenons-nous des grands débats qui opposaient les tenants d’une impulsion forte de l’Etat aux chantres de la société civile et de la régulation par le marché. Ce combat, gagné dans les congrès socialistes, fut perdu dans les faits. Le paradigme européen, poussé par les vents dominants, devait vite servir de supplément d’âme à une froide gestion social-libérale, bien éloignée du projet socialiste des années 80.

Si l’on a présent à l’esprit cette réalité historique, c’est certainement un peu court de dénoncer cet ordre juste qui serait responsable d’un abaissement d’une vision de gauche. Au contraire, des propositions offensives en matière sociale, économique ou institutionnelle, épousent le cadre de cet ordre juste pour les plus faibles qui pâtissent aujourd’hui de la dérégulation socio-économique. Quant à l’identité nationale, point n’est besoin de faire de l’anthropologie historique pour comprendre l’importance des repères et des symboles fondateurs, la laïcité et la citoyenneté, ces deux piliers de la République, exigeant par ailleurs une éducation qui ouvre les esprits sur les chemins de la connaissance et d’un savoir critique contre l’obscurantisme. « Retour en tous points à la République » disait déjà Jean Pierre Chevènement en 2002.

§2-A l’acceptation des zones de non droit et au détricotage du code du travail

Problématiques en guise de conclusions provisoires

§1-Comment sortir la gauche de sa torpeur et de son essoufflement?

Curieuse gauche française aux réflexes pavloviens qui n’en finit pas de décourager ses plus fervents partisans. Frappés du syndrome de la division historique  et, plus récemment peut être, du culte des égos, ses chefs se disputent, se contemplent et s’ébrouent. Elle s’éclate selon le principe de fonctionnement d’une centrale nucléaire à uranium enrichi mais sans surgénérateur. D’où son épuisement parallèle à son émiettement : PS fracturé, PC atrophié et éclaté, Gauche de gauche atomisée, Gauche républicaine introuvable…

Tout le contraire de cette époque révolue du “sinistrisme”, ce phénomène historique du rayonnement d’une gauche dont la force propulsive savait orienter le débat public sur ses propres fondamentaux. D’où la marche en avant de la république sociale allant de pair avec l’hégémonie des idées de progrès !

Peut-on se contenter d’incriminer les hommes sans rechercher les causes structurelles et intellectuelles de ce délitement ? Pour les uns, cette réalité signe le constat d’échec d’une gauche archaïque, incapable de muter et d’épouser son temps. Ceux-ci n’ont rien d’autre à proposer qu’une normalisation de la gauche, vestige déliquescent d’une exception française à l’origine de tous nos maux. Ils oublient de nous dire en quoi les gauches centristes ou recentrées - c’est selon - feraient mieux autour de nous pour ne prendre que les exemples britanniques, allemands, italiens ou espagnols !

Dans cette catégorie de thuriféraires d’une porosité des valeurs et des idées, gage selon eux d’une identité nouvelle et non sectaire, adaptée aux challenges d’une mondialisation libérale inexorable, voire bénéfique, on distinguera les francs-tireurs qui avancent à visage découvert, des jésuites qui savent se payer de mots pour préserver les savants équilibres utiles aux luttes de places. Dieu reconnaitra ces nouveaux élus qui sont légion au sein du parti dominant de la gauche.

Les franges de la gauche de gauche peinent davantage à proposer des solutions alternatives qu’à convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur critique du capitalisme financier. Celui-ci fait jour après jour la preuve de ses capacités de nuisance à l’échelle mondiale, avec l’éclatement de la bulle financière qui accompagne les crises sociales, écologiques, alimentaires  et économiques. Mais ces gauches semblent bien incapables d’offrir une démarche et un projet pour sortir par le haut de cette terrible épreuve.

La posture de radicalité ne suffit pas à proposer une nouvelle voie à ce peuple de France en déshérence victime des discours démagogiques des élites mondialisée, aujourd’hui incapables de concilier une vision planétaire et universelle. D’où le rejet populaire, parfois sans nuance, d’un dépassement, encore prématuré, du cadre national et étatique pour une convergence utile des initiatives et des politiques à l’échelle des peuples.

Face au marasme de la pensée progressiste et à l’exacerbation des combats d’appareils, nous écouterons avec attention les voix autorisées. Il y en a de fortes chez des intellectuels et militants comme Sami Naïr, Jacques Généreux ou Christian Picquet, sans oublier ceux qui de Jacques Nikonoff à Jean-Pierre Chevènement ou Francis Wurtz ont toujours gardé le cap sur l’essentiel. Puissent-ils se faire entendre !

§2-Le communisme et la gauche de la gauche ont-ils encore un avenir?

1-PCF : quelle mutation?

C’était d’ailleurs le thème d’une émission télévisuelle récente (NDLR extrait de notre article en date de 2010) qui rassemblait autour de Robert Hue quelques idéologues. L’idée d’une mutation ou d’un dépassement reste une perspective qui ne saurait faire l’impasse sur une histoire pour aborder le présent autrement.

L’histoire intérieure du Parti communiste français, en quatre volumes publiés chez Fayard entre 1980 et 1984, oeuvre magistrale mais contestée, de l’ancien secrétaire des étudiants communistes, Philippe Robrieux, apporte mille détails truculents sur la vie mouvementée d’un parti sans cesse recomposé et déchiré entre ses choix fondateurs dans une tactique dite de classe contre classe et son aspiration à représenter tout le peuple français (2). Les clés d’identification des impasses de la conception léniniste furent  plus pertinemment développées par Jean-Pierre Chevènement et Didier Motchane dans deux ouvrages adaptés à la conjoncture politique des années soixante dix.

Dans « les socialistes, les communistes et les autres » édité chez Aubier Montaigne en 1977, Chevènement revient sur les origines de la scission de Tours  et sur l’impasse française vers le socialisme pour faire un bilan du léninisme et établir les chances et les conditions de la réussite d’une union de la gauche alors aux portes du pouvoir. Ce que Didier Motchane avait théorisé dans une approche marxienne renouvelant et dépassant les doctrines socialistes et révolutionnaires figées dans une doxa archaïque. Dans ses « clefs pour le socialisme », ouvrage édité chez Seghers en 1973, le théoricien du CERES revisitait les concepts marxistes en les débarrassant de leur gangue lénino-stalinienne ou réformiste pour redonner corps et sens à la stratégie de rupture avec le capitalisme.

Cette refondation théorique réfutait les idées reçues sur la ligne de partage originelle entre réformistes et révolutionnaires, ce qu’un ancien militant du CERES et grand intellectuel recyclé au sein du NPA (avant de rejoindre la fédération anarchiste – NDLR 2016) , Philippe Corcuff, exprimera plus tard à sa manière dans une critique mélancolique de la gauche intitulée  » les socialismes français à l’épreuve du pouvoir » édité chez Textuel en 2006 dans ses développements sur Léon Blum au congrès de Tours.

Confronté dans la militance aux postures théoriques et pratiques de mes camarades et amis communistes – que j’ai même rejoints, un temps, dans les années 90, aux côtés de Max Gallo ou de Charles Fiterman, en oeuvrant au sein des refondateurs, – je n’ai jamais désespéré d’une force qui pèse positivement sur le destin de notre pays. Du soutien au Front Populaire, sans participation ministérielle, à la résistance et à la Libération dans le gouvernement du général De Gaulle, des luttes aux côtés des ouvriers et paysans exploités jusqu’aux soutien des peuples opprimés et contre le colonialisme, de l’Union de la gauche aux combats contre l’Europe de Maastricht et au Non de 2005, je me retrouve dans cette histoire et ces luttes sans accepter les postures équivoques de la période stalinienne et les empreintes laissées sur un parti aujourd’hui en panne d’identité.

Ma grande lucidité sur la tragédie et les espoirs du communisme français – qu’il faut situer dans le contexte historique national et international  - m’incline, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, à la compréhension du phénomène communiste et surtout des raisons d’agir des militants et sympathisans communistes envers lesquels je n’ai cessé de rester en dialogue.

En renouant à la façon d’Anicet le Pors, esprit cultivé et ouvert, avec la tradition républicaine, tradition certes constante dans l’histoire du PCF – et surtout chez les historiens marxistes  à qui l’on doit, de Mathiez à Soboul, la connaissance du mouvement populaire et révolutionnaire à l’origine de la construction républicaine française – mais néanmoins souvent galvaudée en raison d’égarements doctrinaux ou politiques étrangers au socialisme jaurésien, le Parti communiste se grandit. Il ne peut, du reste, relever le défi de son propre dépassement qu’en mettant ses forces importantes au service d’une perspective d’alternative démocratique et sociale qui se joue dès à présent dans la bataille des idées, dans les luttes et dans les urnes. Et bien sûr dans la perspective de l’unité d’une gauche d’alternative…

La recherche d’un nouveau destin républicain suppose  une large union pour la défense de la République et la promotion d’un programme de salut public pour sortir la France et les peuples de l’Europe des ornières du néolibéralisme conservateur! Il n’y a pas de plus hautes ambitions que de délivrer ce message qui ne se réduit pas à une campagne électorale mais prépare ici et maintenant l’écriture d’une nouvelle page de notre histoire.

2-L’avenir des gauches (de gauche ou à la gauche de la gauche?)

Où faut-il ranger le Front de gauche? Et ce parti de gauche qui s’est fondé à partir d’éléments composites dont Jean-Luc Mélenchon et Jacques Généreux avec qui nous avions fait la campagne de Ségolène Royal (derrière Jean-Pierre Chevènement) pendant que Clémentine Autain et Marie-Georges Buffet, elle-même  candidate, espéraient un meilleur score d’une gauche prétendument plus radicale. Ce n’est qu’en 2008 que Mélenchon et ses amis en pleine déconfiture électorale interne au Congrès du P.S décident, après une sévère sanction de la gauche socialiste et une impossible reconquête du parti, de quitter ce dernier. Ainsi l’ex-sénateur socialiste, défenseur du traité de Maastricht, devenu plus tard ministre de Jospin, devait virer sa cuti sans s’encombrer d’un zeste de complexe vis à vis d’une trajectoire bien méandreuse. Il illustre, à sa manière, cette formidable plasticité d’une gauche pure et dure qui sait jouer d’obscurs renversements tactiques sous couvert de considérations stratégiques plus nobles. Mais l’homme providentiel est-il bien dans le registre de la gauche qui voudrait promouvoir une sixième république?

L’idée d’un front de gauche à la base prôné un temps par l’exégète de Gramsci  et de la guerre de position, Razmig Keucheyan, a-t-elle quelques chances de s’imposer face à l’immobilisme des frontistes et des frondeurs? Rien n’est moins sûr!

L’échappée d’un solide intellectuel, sociologue bourdieusien aux références riches et éclectiques, retient notre considération. Philippe Corcuff appartient à cette catégorie inclassable de militants aux parcours désencombrés de tout opportunisme. Nous l’avons connu militant du CERES avant qu’il ne quitte le PS pour les Verts, puis la LCR et le NPA avant de rejoindre la Fédération anarchiste. Mais ce militant éclairé, ancien collaborateur de Charlie hebdo, professeur de sociologie et auteurs de nombreux ouvrages d’une grande qualité intellectuelle et pédagogique se bat pour une autre éthique de la politique qu’il envisage sous d’autres rapports. La question de l’individu et le refus du simplisme sociologique en matière d’approche des médias, par exemple, conduisent cet intellectuel vers une perspective de problématiques fécondes. Loin des théories du complot et des postures intellectuelles dogmatiques, ce néophyte anarchiste ne cesse de susciter des questionnements dérangeants. En ce sens il nous guide dans une attitude lucide et courageuse quant à la posture intellectuelle et politique pour une véritable alternative à gauche.

La gravité de la situation appelle en effet à une rupture avec les solutions toutes faites. Nous sommes dans la nasse temporelle face à l’urgence de battre l’extrême droite alors qu’il faut dès à présent entamer la recomposition de la gauche à moyen terme sans sacrifier le moyen terme à l’urgence et l’urgence au moyen terme! Cela fait deux siècles que le courant pour la société émancipée anticapitaliste existe. Deux siècles que ce courant échoue, nous explique encore Corcuff, ce qui ne change rien au caractère inacceptable du capitalisme et donc à la nécessité du combat anticapitaliste! Mais cela invite à une plus grande association entre radicalité et humilité face à l’arrogance quand nous croyons tout pouvoir comprendre et ranger dans les concepts totalisants qui prétendent saisir le réel mais passent à côté des complications des sociétés humaines. D’où l’intérêt de rechercher l’apport des idées libertaires et anarchistes dans cette quête d’un nouvel aggiornamento au service de la perspective d’une émancipation humaine qui suppose une rupture totale d’avec la gauche contaminée par le néolibéralisme (les politiques social-libérales qui mélangent libéralisme économiques et réformes sociétales) et le néo-conservatisme (de l’ordre moral à l’idéologie sécuritaire qui semble trouver à s’exprimer dans la politique répressive du premier ministre contesté par ces propres amis socialistes en cette période particulière d’Etat d’urgence).

Les thèses du regretté sociologue Michel Clouscard, aux antipodes de cette social-démocratie libertaire un temps prônée par Corcuff, et dénoncé dans un essai sur « Le capitalisme de la séduction - Critique de la social-démocratie libertaire » sont bien développées par Aymeric Monville qui explique le néocapitalisme selon Clouscard. La société de consommation qui n’est que la société de ceux qui peuvent consommer le travail des autres n’est pas la fin de l’histoire. Le pacte tacite de l’après Mai 1968 (« la droite gère l’économie et la social-démocratie s’en tient au sociétal, à la libération des mœurs qui ne coûte pas un sou au capital et permet de créer de nouveaux marchés ») est dénoncé au travers de la critique de la société permissive envers le consommateur mais plus que jamais répressive envers le producteur. Clouscard forge dès l’après 68 le concept de libéralisme libertaire ou encore celui de capitalisme de la séduction.

Revenons à présent, par delà ces thèses hétéroclites, aux réflexions pour envisager la sortie par le haut du néolibéralisme dans cette période qui prête le flan aux assauts de la droite extrême avec ce néo-conservatisme en pleine poussée même si le FN marque un certain épuisement conjoncturel relatif. Quand le PS alimente la perspective du néo-conservatisme et que Les républicains rejoignent les idées lepénistes, celles-ci ne sont-elles pas assurées d’une capacité dynamique dans les champs idéologiques et politiques? Pour les combattre il faut donc offrir une vraie perspective de rupture démocratique.

§3-Pour la rupture démocratique : sortir du néolibéralisme et combattre le néo-conservatisme

Le vocabulaire de la gauche radicale et mouvementiste emprunte souvent les termes de néolibéralisme et de néo-conservatisme pour désigner le système socio-économique et idéologico-politique dans lequel prospère le capitalisme financier légitimé par l’idéologie d’un nouvel ordre moral (3). L’analyse des relations entre capitalisme et posture morale n’est pas nouvelle. Le puritanisme protestant d’Outre-Manche et d’Outre-Rhin paraissait ainsi plus conciliable avec les processus d’accumulation du capital et de recherche du profit que le catholicisme romain, culturellement hostile à l’accumulation des richesses comme fin en soi. Le circuit du capital – “argent-marchandise-argent” qui permet à l’argent de faire des petits (A-M-A’) – , mis à nu par Karl Marx, s’épanouissait sans entraves auprès des anglo-saxons alors qu’il devait combattre, auprès des latins, bien des préjugés moraux hérités de la dénonciation de la recherche effrénée du profit (2). Pour Max Weber, cette attitude mentale fondait la tentative d’explication de l’avancée relative du capitalisme des pays anglo-saxons.

Aujourd’hui le retour à l’ordre moral pourrait apparaître, d’une certaine façon, comme antinomique de l’explosion et de la sacralisation du marché, ce Veau d’or des sociétés occidentales. Dans sa préface à l’ouvrage de Wendy Brown, récemment traduit en français, “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme”, Laurent Jeanpierre nous éclaire sur les rapports complexes du néolibéralisme et du néo-conservatisme (1). Ce dernier serait en réalité “une virtualité inhérente à la rationalité politique néolibérale”, étudiée jadis par Michel Foucault sous le terme de “gouvernementalité”. Ces concepts peuvent se définir comme “conduite des conduites”. “Ils réunissent, nous dit Jeanpierre citant Foucault, ” l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques” qui permettent d’imposer des normes de comportement à des individus et des groupes.” Le néolibéralisme étant pour Brown “l’ensemble des techniques de contrôle d’autrui et de soi par accroissement des choix plutôt que par diminution de la liberté, ou plutôt par accroissement des choix ( et réduction de la liberté à l’acte de choisir), non seulement la liberté se doit d’y être autolimitée mais elle ne peut l’être désormais qu’en étant moralisée.” Ces analyses nous éclairent sur les processus en oeuvre d’intrusion du religieux dans l’espace public de notre France laïque que N. Sarkozy vilipende et voue aux gémonies devant le Pape et la dynastie souveraine d’Arabie saoudite. A nous de décrypter le sens de ces processus pour les délégitimer, faute de quoi, ils pourraient asseoir durablement l’hégémonie des néo-cons, indispensable semble-t-il aux avancées du néolibéralisme. Avec cet ouvrage de Wendy Brown, il y a ainsi matière à méditer car sous les coups de buttoir et les effets conjugués du néolibéralisme et du néo-conservatisme, c’est la démocratie qui succombe ! Cette démocratie inventée à Athènes et remise à l’honneur par les courants républicains dans le sillage des Lumières avant que les libéraux n’en usurpent plus tard toute la paternité.(X D, le 26 janvier 2008)

(1) Wendy Brown : “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme” ; édition les prairies ordinaires ; novembre 2007.

(2) Le taux de profit est le rapport du profit au capital, lequel intègre capital constant (locaux, machines, matières premières etc.) et capital variable (salaires). La baisse tendancielle du taux de profit est liée à l’augmentation de la composition organique du capital, c’est-à-dire de la modification du rapport entre capital constant et capital variable au détriment du capital variable seul créateur de plus-value. Absolue (plus de temps volé) ou relative (captation des gains de productivité liés à l’augmentation de l’investissement – en quelque sorte le travail mort – et à l’organisation du travail), la plus-value est en effet extorquée aux travailleurs sous forme de sur-travail (non rémunéré).

Selon les économistes marxistes, cette modification est une contradiction forte du capitalisme qui continue cependant à accroître ses profits malgré cette tendance en trouvant de nouvelles formes d’exploitation à l’âge de l’impérialisme et des monopoles – pillage du tiers monde, spéculation financière accrue avec la globalisation, etc. – ou de nouveaux cadres d’intervention – le capitalisme monopoliste d’Etat (CME) qui assure une certaine socialisation des coûts par la collectivité nationale (industrie nationale permettant des tarifs bas pour les entreprises – électricité, transport, infrastructures, etc.- des prestations sociales et de services liés à la reproduction de la force de travail – couverture sociale, chômage, santé, vieillesse, hôpitaux, éducation nationale, etc). Ainsi externalisés, ces coûts ne rentrent plus dans la composition du capital. Cependant une partie d’entre eux sont à la charge des entreprises du fait des prélèvements sociaux obligatoires, sorte de salaires différés.

Aujourd’hui, la théorie du CME n’est plus à même de traduire la réalité du nouveau capitalisme à l’âge de la globalisation. Annoncée par Lénine et en vogue jusqu’à la fin des années 70, cette théorie analysait la connivence entre le grand capital monopolistique – national et international – et l’Etat. La sphère publique prenait en charge les activités non rentables et les investissements collectifs lourds, facilitant la rentabilité des grandes entreprises, ainsi allégées dans leurs coûts de production tandis que les commandes publiques dans des secteurs porteurs assuraient d’importants débouchés. La réalité actuelle a sensiblement modifié les rapports entre l’Etat et les monopoles. D’une part, l’internationalisation du capital et l’interpénétration des économies se sont considérablement développées, rendant plus difficile la régulation étatique nationale, d’autre part, la globalisation financière a radicalement réorienté les stratégies des entreprises, à la recherche de placements financiers spéculatifs plus rémunérateurs que l’investissement productif – d’où le phénomène des licenciements boursiers. La socialisation des grands moyens de production à l’échelle nationale promue par les théoriciens du CME n’est donc plus une réponse pertinente, la gauche gouvernementale ayant par ailleurs totalement renoncé à mener une politique industrielle dans le cadre d’une planification démocratique. L’Etat perd la maîtrise des secteurs bancaires, énergétiques et productifs et remet en cause sa sphère d’intervention sociale, laissant plus de place à la régulation par le marché dans un processus de financiarisation de l’économie. X D, le 07/12/04

(3) Cf supra §3-La soumission aux dogmes de l’ordo-libéralisme et du capitalisme financier mondialisé

§4-Une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements

Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n’a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire non pas entre la gauche et la droite mais entre courants de gauche. Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis “le jauressisme de gauche”, fut-il qualifié de “centriste”  pour ses positions conciliantes envers l’aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l”Internationale – après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920. Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d’un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, “trop connu pour ne pas être méconnu” selon Philippe Corcuff, révêle “une tradition française réformiste révolutionnaire” susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. “Les militants socialistes actuels qui croient, selon P Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l’économie de marché n’en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos”.

Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique de la droite à la présidentielle de 2007, la position “centriste” originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin – peut nous éviter un double écueil :

-  Celui de l’abandon par la gauche de l’essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d’un prétendu  caractère indépassable de l’économie de marché dominée par le néolibéralisme. C’est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la “parenthèse libérale” augurée par son prédécesseur à Matignon; l’adoption et la mise en oeuvre du “grand marché”,  de “l’acte unique”, des  traités de Maastricht et d’Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin – ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d’actifs d’entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 – ; le positionnement actuel prétendument social-démocrate mais parfaitement social-libéral d’un Strauss-Kahn;

- Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste – incarnée jadis par Guy Mollet –  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d’opposition. C’est une tentation d’autant plus forte en cette période qui voit fleurir des critiques acérées sur la conduite d’une campagne présidentielle jugée perdue du fait même d’un discours droitier – c’est notamment la thèse de C Bartolonne dans son dernier ouvrage, thèse énoncée aussi par une large fraction de dirigeants socialistes à l’instar de L Fabius ou de J Mélenchon – alors même qu’un grand pas avait été franchi par le “ségolisme” sur les questions européenne et républicaine pourtant chères à ces deux contradicteurs, suite à l’accord MRC-PS et compte tenu, également, de la personnalité de la candidate. Chacun sait bien, par ailleurs, que les plus sociaux-libéraux dans la gestion gouvernementale ne sont pas forcément les moins disants en critiques gauchisantes dans l’opposition ! Les courants d’extrême-gauche  demeurent quant à eux totalement étrangers à toute perspective d’exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d’épuisantes querelles de chapelles parfaitement ésotériques pour le profane.

Pour sortir de ces impasses, la posture centriste pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de “la  gauche de gauche” et de  l’altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche. Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche reste le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité.

Il s’agit d’un  engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d’autres régions du monde, couplé d’un travail d’analyses, d’échanges et  d’éducation populaire.  Une telle perspective – en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme – suppose l’élaboration collective, en France, d’un  projet politique visant à souder un “Front de classes” d’abord  ancré dans les couches populaires ( sans oublier les travailleurs précaires ) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles. C’est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C’est une volonté de peser pour une Europe solidaire vraiment européenne, tournée vers le Sud et l’Est en contrepoids à la mondialisation libérale et à l’unilatéralisme américain.

La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique ”centriste” à la recherche de l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau ”centrisme” a besoin d’être expliqué pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C’est un défi encore loin d’être relevé ! (X D, le 8 juillet 2007)

§5-Pour la refondation de la gauche sans mythe ni mirage

1- Quelle refondation? Avec qui? pourquoi? pour qui?

C’est donc entendu. Après l’expression de fortes personnalités de la gauche, parmi lesquelles  J P Chevènement et H Emmanuelli, le premier secrétaire du PS, F Hollande, déclare sa volonté de travailler à la refondation de toute la gauche.

Cette recomposition, rendue nécessaire par l’évolution du paysage politique de la gauche mais aussi de la droite, suppose une approche réflexive, prospective et stratégique. Les références au mythe du grand soir ont disparu depuis longtemps. La social-démocratie reste un horizon incantatoire inopérant en France en raison de notre réalité syndicale. Il reste beaucoup de points à clarifier. L’analyse du néolibéralisme et de la mondialisation libérale renvoie aux questions de fond sur les politiques alternatives en France et en Europe. La vision de l’Europe et des relations internationales, la place de la France, de sa diplomatie, les coopérations avec le Sud et l’Est offrent autant de sujets majeurs de réflexion pour une gauche responsable. Et les défis républicains sont nombreux avec l’école, la laïcité, les institutions, la ctoyenneté et surtout la question sociale.

Comment refonder cette gauche en trouvant les points d’équilibre entre critique et reconsruction, refus du néolibéralisme et projet réaliste ? Sur quelle identité rallier le meilleur des sensibilités du large arc en ciel de la gauche ? Quelle méthode pour faire converger les forces aujourd’hui disponibles ? Comment porter les valeurs de la gauche qui doit retrouver son rayonnement culturel ?

Sans être exhaustifs nous avons autour de ces points quelques questionnements utiles. Après les législatives nous aurons du pain sur la planche. Mais, en attendant,  la conduite de cette campagne offrira un gage de la capacité de la gauche à rester offensive pour élargir ses assises : celles d’un front de classes pour une recomposition d’un bloc progressiste et républicain. (Xavier DUMOULIN 2008)

2-Pour prolonger notre conversation entre amis socialistes et républicains…

Nous avons évoqué récemment, à brûle-pourpoint mais dans une conversation amicale, quelques sujets. Je voudrais préciser deux ou trois petites choses sur ces questions importantes.

La défense de l’intérêt général, disais-je, constitue à présent un défi républicain majeur parce qu’elle est contrariée par les agissement des élites mondialisées qui préfèrent brader les services publics, démanteler la sécurité sociale, asphixier les collectivités locales et marchandiser les biens communs de l’humanité. Il s’est ainsi opéré un vrai renversement de valeur : masquant jadis les intérêts des classes dominées et critiquée en ce sens par les marxistes, la notion d’intérêt général ne représente-t-elle pas aujourd’hui la défense d’un modèle de régulation économique et sociale en butte aux attaques du néo-libéralisme? C’est pourquoi cette référence utile peut faire consensus pour résister.

Ceci renvoie à l’usage du concept de république et de républicain. Serait-il trop frileux? Offrirait-il un supplétif ambivalent sinon insignifiant? Son usage masquerait-il un renoncement à l’idée même du socialisme?

Les valeurs du socialisme, c’est vrai, se sont dépréciées dans la conscience collective mais les raisons du socialisme n’ont pas cessé de valoir pour autant. La vision jaurésienne identifiant le socialisme avec l’épanouissement de la république ne garde-t-elle pas sa force propulsive?

Magnifique synthèse républicaine, toujours menacée d’un tropisme conservateur sans cette ” évolution révolutionnaire “ portée par le mouvement des idées et les luttes sociales. (1) Equilibre difficile, cette posture s’appuyant sur le meilleur des legs républicains pour forcer le destin d’une démocratie désactivée sous les coups de buttoir d’un néolibéralisme socio-économique marié, pour le pire, au néo-conservatisme idéologique, ce néo-conservatisme arrogant qui brave les fondamentaux républicains dans ses insultes à la laïcité et à l’idéal des Lumières ! (2)

La défense du civisme et de la solidarité garde toute son actualité dans une société en proie au délitement des liens sociaux et au repli sur soi. La promotion de l’instruction publique, l’accès à la formation et à l’emploi, au logement et à la santé, la citoyenneté restent au coeur d’un projet de société. La justice sociale, la laïcité, l’égalité des chances… autant de valeurs toujours actuelles au fondement de l’action politique.

Mais le combat politique doit articuler la conscience collective des enjeux avec le projet dans une perspective historique. Un programme de salut public pour une révolution citoyenne!

Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche doit être le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité.

C’est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C’est une volonté de peser pour une Europe solidaire des nations et des peuples en contrepoids à la mondialisation libérale et à l’unilatéralisme américain. (3)

La refondation de la gauche passe ainsi par l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, cette posture politique a besoin d’être expliquée pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. Ce défi encore loin d’être relevé reste ma profession de foi ! (4) (X.D 2010)

(1) Autre façon de dire, à la manière d’un Didier Motchane “Je passerais rapidement ici seulement-sur les échecs du combat contre le capitalisme en l’Etat et l’ensemble des institutions de la République. Les points d’appui qu’elles offrent aux vagues déferlantes de la privatisation font du service public, de l’enracinement du désir et des instruments de la protection sociale les remparts d’un combat en retraite déjà perdu en rase campagne. Si conforter la résistance est une urgence quotidienne, l’erreur de s’y enfermer serait fatale. Fatale au sens propre : à la responsabilité civique, au service public, aux institutions de la démocratie qui se retranchent aujourd’hui comme prises au piège d’une forteresse assiégée, il faut frayer un destin neuf. ”

(2) Néo-conservatisme légitimant aussi l’exacerbation des contradictions avec l’explosion des profits des milieux financiers jouissant sans entraves, plus de quarante ans après l’éphémère révolte contre une société de consommation devenue, depuis les ravages du néolibéralisme, société de marché, laquelle étend son empire sur la planète avec la marchandisation du monde qui affame aujourd’hui des populations entières, privées de la plus fondamentale souvaineté alimentaire.

(3) Il s’agit d’un  engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d’autres régions du monde, couplé d’un travail d’analyses, d’échanges et  d’éducation populaire.  Une telle perspective – en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme – suppose l’élaboration collective, en France, d’un  projet politique visant à souder un “Front de classes” d’abord  ancré dans les couches populaires ( sans oublier les travailleurs précaires ) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles.

(4) Pour une présentation de cette démarche : mon article « Une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements  » dans Désert d’avenir à gauche ? Sept modestes contributions du blog citoyen, socialiste et républicain aux débats d’idées

3-Le pari de la citoyenneté

Le spectacle assez désolant des grands shows politiques conduit à s’interroger sur l’éthique du débat public. A gauche la citoyenneté reste une valeur essentielle. Si la République ne vit pas sans le citoyen, la gauche peut-elle garder son identité en oubliant les principes qui fondent l’engagement militant ?

Relégué au simple rang de supporter, le militant, cette figure jadis emblématique du mouvement ouvrier, a-t-il encore une pesée éclairée sur la destinée humaine? On pourrait en douter dans une société où les coteries ont remplacé les militants et où le vedettariat et la notoriété se confondent avec la façon d’être des élites. Cette politique de l’image mine le modèle républicain.

L’américanisation de la politique avance à marche forcée. Y échapper, nous expliquent les esprits dociles, relève d’une impossible gageure. Allez donc aborder la politique fiscale, exposer la vision d’une République européenne ou bien contester l’approche du philosophe Habermas devant des « présentateurs » d’émissions à destination de spectateurs, fascinés autant que façonnés par la force des images et des émotions. Le canal citoyen se fait bien trop rare dans la société de l’audimat et de la dérision.

Pourtant y a-t-il d’autres voies que celle de la raison en politique? Là encore, rien n’est simple. La citoyenneté ne se décrète pas. Elle s’apprend à l’école de la République, se nourrit d’une exigence et d’une expérience puisées dans la vie sociale, toujours enrichies car sans cesse éprouvées dans l’espace public. Les débats participatifs de la campagne présidentielle sauront-ils apporter cette pédagogie pour renouveler ce rapport à la politique ou se réduiront-ils à un gadget à finalité médiatique?

Il arrive que la pente de la facilité soit aussi glissante à gauche quand le slogan tient lieu d’argument et traduit l’allégeance quasi religieuse à un candidat, à un leader, à un parti ou à une chapelle politique. Ce réflexe clanique prend alors le pas sur l’adhésion réfléchie qui devrait être celle de tout homme de bonne volonté, héritier des lumières. Cette fidélité quasi religieuse, peut être touchante, sincère et sublime – quand elle est vraiment désintéressée – mais n’en constitue pas moins un vestige inquiétant d’une mentalité archaique et sectaire. N’est-il pas calamiteux ce réflexe d’excommunication janséniste, ce manichéisme particulièrement affirmé à l’extrême gauche? Ce trait de caractère est sans doute hérité du guesdisme puis des relations compliquées au sein de la gauche française entre courants réformistes et révolutionnaires. Une candidate célèbre illustre cela jusqu’à la caricature mais il y a bien d’autres modèles. Cette dérive sectaire se conforte souvent dans une approche dogmatique qui ne s’encombre pas de la complexité du réel et se dispense d’un appareil de réflexion critique. En substituant le sentiment (fidélité, pureté, intransigeance, etc.) à la raison, elle permet d’éviter les débats de fond (qui reposent sur la réflexion, la lucidité et le courage) et nourrit un attachement aveugle envers les gardiens du temple assurés d’une rente de notoriété et d’un matelas de voix. L’intransigeance verbale, gage de la pureté doctrinale et de l’intégrité morale, offre un supplément d’âme à tous nos contempteurs de la gauche réformiste. Les différences d’approches entre Jules Guesdes et Jean Jaurès ou entre Guy Mollet et Pierre Mendès France ont illustré en leur temps ce conflit de méthodes entre le radicalisme verbal impuissant et l’action réformatrice déterminée (la posture maximaliste masquant souvent l’inaction ou le défaitisme quand elle ne cache pas sciemment des entreprises peu honorables). « Comprendre le réel pour aller à l’idéal » disait Jaurès. Avec ces coeurs purs installés dans la fonction tribunitienne, le capital industriel et financier n’a pas vraiment de quoi s’inquiéter! Cette critique du gauchisme doit rester cependant toute relative. On trouve aussi à la gauche de la gauche des esprits intrépides et généreux auprès desquels il y aurait beaucoup à apprendre en théorie et en pratique. Au sein du P.S, les écuries présidentielles ont par ailleurs longtemps fonctionné sur des ressorts assez écartés des principes d’action socialistes et le capital mondialisé a été tout aussi bien épargné par les gestions social-libérales.

Une posture réaliste, ouverte et critique devrait pourtant s’imposer à tous les militants de gauche désireux d’offrir une alternative aux citoyens de ce pays. N’avons nous pas le plus grand besoin d’unir nos esprits critiques et nos voix pour refuser l’allégeance aux idées libérales? Celles-ci campent dans l’air du temps et sont encore trop hégémoniques face aux conceptions socialistes et républicaines jugées péremptoirement ringardes au motif -jamais avoué- qu’elle n’épousent pas la pente idéologique du néolibéralisme. Et jusque dans la critique de ce néolibéralisme, une posture citoyenne ne saurait faire l’économie d’une analyse serrée d’une situation concrète et souvent complexe. Dans le grand arc en ciel de la gauche, il y a souvent loin des discours aux réalités et de l’intention aux actes. Foin des passions, des dogmatismes et des querelles d’épiciers. Notre désir d’avenir citoyen n’est-il pas autrement exigeant? (Xavier DUMOULIN 2007)

Et maintenant pourquoi pas le mouvement de la France d’en bas?

Créé par le 07 mai 2017 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de XD

La question du second tour n’était pas celle du choix du président pour gouverner le pays mais celle de l’élection du président pour représenter la république française. Ce point de vue, inspiré d’une réflexion du sociologue Patrick Weil à la veille du second tour, donne le sens de l’élection présidentielle pour des millions de Français venus se reporter sur le nom de Macron pour contrer le FN. Ceux-ci ne voulaient en aucun cas donner un blanc seing au candidat dont la rugosité du programme trop libéral et européiste menacerait la cohésion sociale plus qu’il ne répondrait aux attentes populaires du pays. Si l’on prend en compte le poids de l’abstention et du vote blanc ou nul qui exprime en grande part une protestation plus subtile que le report sur la candidate frontiste, - laquelle a su, malgré son inconsistance et ses provocations, capter de trop nombreux électeurs des couches populaires -, on mesure toute la fragilité de la base électorale du vote Macron.

A vrai dire,  cette dimension réelle du vote républicain au bénéfice du nouveau président semble être bien retenue par le nouvel hôte de l’Elysée au soir de son élection dans un message de reconnaissance et de modestie envers les citoyens français. Ceux-ci ont effectivement très largement porté au sommet des institutions républicaines un homme dont le parcours et la manière d’être préservent la dignité de la représentation nationale. Il n’y a pas de quoi s’étendre plus avant sur cet aspect du scrutin. En revanche, on ne soulignera jamais assez que ce résultat final est d’abord le fruit de la décomposition d’une gauche et d’une droite, frappées d’illégitimité dans un contexte de délitement économique et social sur fond de grave crise culturelle et morale d’une nation en proie aux affres de la mondialisation et du capitalisme financier international. Ce modèle contesté que l’on appelle le néo-libéralisme, c’est à dire cette construction d’une hégémonie de la finance internationale et des élites mondialisées qui trouvent à légitimer la politique qui les sert dans une parfaite dilution des souverainetés populaires et nationales au profit d’une Europe « austéritaire », rencontre en premier lieu l’opposition populaire des « laissés-pour-compte » de la mondialisation libérale.

L’expression politique de cette contestation « pour soi » du néo-libéralisme reste encore émergente. Car le populisme est trop largement porté par sa composante de droite – qui reprend la contestation de larges fractions d’une  classe dominée, fractions de classe   »en soi » sans véritable conscience  -  au détriment d’une reconstruction d’un peuple en lutte contre l’hégémonie de l’idéologie et du paradigme européistes. Cette dénonciation en règle s’est parfaitement exprimée dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon dont on regrettera néanmoins la faiblesse du discours sur certains éléments programmatiques trop empruntés au désir de captation «  d’un vote bobo ». On le dira ainsi pour simplifier les positions à ce stade! C’est donc un processus de large décomposition politique qui a favorisé ces résultats dont on devine bien la fragilité à cette heure.

Les agitations et la fébrilité d’un monde politique soucieux de reclassement à « la va vite », dans la préparation d’une élection des députés de tous les dangers, n’en constituent pas moins une illustration de ce délitement moral et politique. Nos bonnes âmes voudraient à bon compte s’affranchir de cette vérité qui plombe leur pronostic enthousiaste quand la réalité du désarroi est bel et bien présente dans la conscience des Français. Ce temps de répit, selon l’expression de Jean-Pierre Chevènement, (1) qui fait suite à l’élection doit être mis à profit pour identifier de vraies solutions sur la base d’une campagne argumentée autour de l’intérêt général de la nation que doit porter, dans chaque circonscription  électorale, le député du peuple. Cette révolution citoyenne en marche est la seule qui mérite notre attention dans une volonté de contrer l’hégémonie néolibérale à l’échelle du pays et de l’Europe.

Dans cette perspective « un populisme de gauche » autour de la sécurité sociale et professionnelle, du droit à la sûreté, de la promotion de l’égalité des chances et d’un développement humain, n’aurait rien de répréhensible pour peu qu’il sache marier la protection sociale et le dynamisme économique dans une perspective de reconquête des leviers de la croissance sociale et de l’emploi en dégageant de nouvelles marges de souveraineté pour la refondation de l’Europe.

Tout un programme de « salut public » à inventer et à porter dans « un mouvement d’en bas » qui viendrait à point dans ce contexte de turbulence de tout un système!

Xavier DUMOULIN

(1) dans le carnet de Jean-Pierre Chevènement on peut lire cette déclaration au soir du second tour :

« La très nette victoire d’Emmanuel Macron offre un répit à la France. C’était une gageure, Emmanuel Macron l’a relevée.Mais cette victoire ne doit pas dissimuler l’ampleur des fractures sociales et la profondeur des ressentiments dont témoigne le score de l’extrême-droite au second tour, plus d’un tiers des voix, et un autre tiers d’abstention et de votes blancs parmi les inscrits.Le nouveau président de la République est un peu dans la situation du Général de Gaulle en 1958. Il a devant lui des défis gigantesques. Il a eu le courage de s’y affronter. Il devra faire preuve de beaucoup de réalisme et de pédagogie. Il faut lui donner les moyens de réussir en faisant prévaloir une idée force : au-delà des formules politiques usées, il y a la République et son exigence. »
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