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Vive les luttes solidaires

Créé par le 19 oct 2010 | Dans : Non classé

hpim1629.jpgCrédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain – Tag dans le quartier de la Boca à Buenos-Aires

Il y a des hommes qui luttent un jour et qui sont bons.
Il y en a d’autres qui luttent un an et qui sont meilleurs.
Il y en a qui luttent pendant des années et qui sont excellents.


Et il y a ceux qui luttent tout une vie: ceux-là sont indispensables.

(B. Brecht)

hpim2148.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain avec l’accord des mères de la place de Mai

Lire les billets de X D en cliquant sur les catégories référencées ci-dessoushommageaucompaneroallende.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain – Hommage au companero Salvador Allende devant le palais de La Moneda le jour anniversaire de son élection présidentielle

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    Relire Jaurès, en cette période de grande combativité, sur le blog citoyen, socialiste et républicain :statuedejaurscarmaux.bmp Statue de Jean Jaurès à Carmaux 

    Le courage selon Jaurès dans son “discours à la jeunesse” (extraits)

    L’actualité du Grand Jaurès 

    enamriquelatine.jpg

    « Discours de Jaurés en Amérique latine »
    Inédit 244 pages – 8 €

    Préface de Jean-Luc Mélenchon

    Nos voeux de combativité pour 2010

    Créé par le 31 déc 2009 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

    Il y a des hommes qui luttent un jour et qui sont bons.
    Il y en a d’autres qui luttent un an et qui sont meilleurs.
    Il y en a qui luttent pendant des années et qui sont excellents.


    Et il y a ceux qui luttent tout une vie: ceux-là sont indispensables.

    (B. Brecht)

    hpim2148.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain avec l’accord des mères de la place de Mai

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    Relire Jaurès en ce début d’année sur le blog citoyen, socialiste et républicain :

    Le courage selon Jaurès dans son “discours à la jeunesse” (extraits)

    L’actualité du Grand Jaurès 

    « Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes… « (extraits choisis du discours à la jeunesse de Jaurès)

    Créé par le 19 sept 2009 | Dans : Articles de fond

    A lire sur le blog citoyen, socialiste et républicain :

    Le courage selon Jaurès dans son “discours à la jeunesse” (extraits)

    L’actualité du Grand Jaurès

    Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie…

    Le courage, c’est d’être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale.

    Le courage, c’est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés.

    Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.

    Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense

    Les intellectuels jugent le PS

    Créé par le 15 nov 2008 | Dans : Articles de fond, Parti socialiste

    C‘est peu dire que le Parti socialiste est déboussolé. Et du coup, selon les cas, muet, hésitant ou inaudible. Les exemples ? Ils abondent. En l’espace d’un mois, quatre débats majeurs auraient dû permettre au premier parti de l’opposition, fort de ses quelque 320 parlementaires, de faire entendre sa différence, ses analyses, ses propositions : la création du revenu de solidarité active, la poursuite de l’engagement militaire français en Afghanistan, le plan de soutien aux banques face à la crise financière, enfin la loi de mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement. Qu’ont fait les parlementaires socialistes ? Ils ont approuvé le Grenelle de l’environnement. Mais dans les trois autres débats, ils se sont tout simplement abstenus. Incapables de trancher, de sortir du ni oui ni non, ils se sont réfugiés aux abonnés absents. 

    Encore les socialistes ont-ils pour l’immédiat l’excuse – relative – d’être englués dans la préparation d’un congrès incertain, où la bataille pour la succession de François Hollande obnubile chacun et occulte les débats de fond. Mais leur malaise actuel est plus profond et beaucoup plus ancien.

    Voilà un PS tétanisé depuis dix-huit mois par les initiatives incessantes de Nicolas Sarkozy. Un PS profondément divisé par la présidentielle de 2007, réticent à soutenir une candidate, Ségolène Royal, qui s’était précisément imposée en bousculant la doctrine socialiste sur des sujets aussi sensibles que le travail, la sécurité ou la nation. Un PS fracturé par le référendum européen de 2005, alors même que François Mitterrand avait fait de la construction de l’Europe, deux décennies plus tôt, l’horizon du projet socialiste. Un PS, enfin, évincé du second tour de la présidentielle de 2002, faute que son candidat, Lionel Jospin, ait su proposer aux Français un avenir sinon radieux, du moins convaincant.

    Bref, un PS à côté de la plaque depuis des lustres et qui ne parvient plus à reformuler une vision, à définir un projet solide, donc à proposer une alternative crédible à la droite. Comme si ce parti avait peu à peu baissé les bras, cessé de réfléchir, au point d’apparaître en panne d’idées et d’imagination. Le premier commandement de sa nouvelle déclaration de principes, adoptée en juin, est pourtant clair : « aller vers l’idéal, comprendre le réel ». Or c’est bien cette intelligence du réel, des mutations de la société française, des transformations de l’Europe, des changements accélérés du capitalisme mondial, qui semble lui faire défaut.

    Du côté des intellectuels auprès de qui il pourrait se ressourcer, le diagnostic est largement partagé. « Le PS est en panne d’idées parce qu’il est en panne d’une compréhension du monde« , estime ainsi Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et animateur de La République des idées. Et il ajoute : « Ce n’est pas la société qui est indifférente, au contraire. En revanche le lien s’est rompu entre le monde des idées et la gauche. A droite, Nicolas Sarkozy a su redonner un langage et une culture politique à son camp, il a métabolisé vingt ans de réflexions sur le nouveau capitalisme et ses effets sur la société. La gauche n’a pas fait la traduction progressiste de cette évolution. » Même écho chez le sociologue Michel Wieviorka : « Cela fait longtemps que le PS n’a pas voulu se réoxygéner. Ce parti n’a pas vu que la société et le monde changeaient et qu’il lui fallait donc repenser le changement. »

    Marcel Gauchet, historien, philosophe et rédacteur en chef de la revue Le Débat est plus pessimiste encore : « Nous sommes dans un moment de creux historique très grave. Le gauche conserve des positions très fortes sur le plan des valeurs de notre société, mais elle a perdu la main sur la perspective de l’avenir ; elle est devenue un parti complètement défensif contre les méfaits d’un monde dont elle a perdu le secret. Elle est donc le parti des perdants », assénait-il le 7 septembre, devant l’université d’été des Gracques, ces trublions socialo-centristes.

    Quant à Yann Moullier-Boutang, économiste et directeur de la revue de gauche critique et culturelle Multitudes, il est sans pitié : « Il n’y a pas de politique intellectuelle au PS, pas de débat créatif. Le contenu même du mot socialisme est d’un flou total. La conséquence est évidente : faute d’un affrontement sur les idées, on assiste à un affrontement hystérique sur les personnes. » Ce que Jacques Attali, qui fut longtemps une des têtes chercheuses de François Mitterrand, traduit sans détours : « Les responsables socialistes ne sont pas en situation d’entendre des idées neuves ; la seule chose qui les intéresse, ce sont des idées pour prendre le parti ». Fermez le ban !

    S’il est plus charitable, le constat n’est pas fondamentalement différent dans les rangs socialistes, notamment chez ceux qui ont vocation à y animer le débat intellectuel. Gilles Finchelstein, un proche de Dominique Strauss-Kahn, est directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, dont la mission est d’être le lieu de la rénovation de la pensée socialiste. Que dit-il ? « Traditionnellement, quand le PS perdait une élection, il en tirait la conclusion qu’il n’avait pas été assez à gauche. Après la défaite de 2007, il a lui-même considéré qu’il avait perdu parce qu’il s’était éloigné du réel. Et parce sa vision du monde, ses mots et ses concepts parlaient davantage aux socialistes qu’au pays. » Olivier Ferrand, l’énergique animateur de la nouvelle fondation Terra Nova, qui se veut complémentaire de la précédente, est plus brutal encore : « On voit la troisième révolution capitaliste ; on ne voit rien de la troisième révolution socialiste ! » Désabusé, Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques et rédacteur en chef de la Revue socialiste à la fin des années 1990, estime pour sa part que le PS « a perdu ce qui faisait sa force dans les années 1970 : une efficacité électorale construite sur une compréhension de la société française. Il ne s’en sortira pas sans un réinvestissement du champ doctrinal ».

    Les vieux routiers de la Rue de Solférino, eux-mêmes, ne cherchent pas à masquer leur embarras. Henri Weber, député européen et secrétaire national à la formation, rappelle les innombrables rencontres avec chercheurs et intellectuels qu’il a lui-même organisées. Pour autant, admet-il, « sur les quatre grandes fonctions d’un grand parti politique, il ne remplit vraiment que la première, la fonction électorale de sélection des candidats. En revanche il assume assez mal la fonction programmatique et surtout les fonctions intellectuelle et idéologique qui permettent de porter un grand récit, une représentation de la société et d’un avenir possible et souhaitable. Or on sait bien que les batailles se gagnent ou se perdent d’abord dans les têtes. Sur ce terrain, le parti ne travaille plus assez sérieusement, il ne fonctionne plus comme un intellectuel collectif ». Pour qu’un parti travaille, lâche ce proche de Laurent Fabius, « il faut un patron ».

    Plus diplomate et plus proche de l’actuelle direction, Alain Bergounioux, historien de la social-démocratie et secrétaire national aux études, assure que le PS n’a manqué ni d’idées, ni d’expertise. Pour preuve, il exhume ce gros numéro de la Revue socialiste de décembre 2004, qui croisait effectivement de façon enrichissante les analyses de bon nombre de responsables socialistes et celles de multiples chercheurs, des économistes René Passet ou Gösta Epsing Andersen aux sociologues Eric Maurin ou François de Singly, en passant par les politologues Andrew Moravcsik ou Florence Haegel, sans oublier Marcel Gauchet. Tout ce travail, souligne-t-il à regret, a été flanqué par terre par la querelle européenne, puis par les empoignades de la campagne présidentielle. Mais il ajoute aussi, lucidement : « Les intellectuels ont le sentiment d’avoir été écoutés, mais pas entendus. Ils se sont heurtés à une certaine indifférence d’une bonne partie de la direction. » 

    Ce que confirment bon nombre de chercheurs sollicités par le PS, souvent déçus ou frustrés. Et ce qu’explique bien l’historien Michel Winock. Entre intellectuels et socialistes, rappelle-t-il, « le désamour est ancien. Il remonte à l’après-guerre, quand l’aura et l’ascendant du Parti communiste a amené nombre d’écrivains, de savants, d’universitaires, d’artistes, à devenir membres du PCF ou compagnons de route. La guerre froide a ensuite poussé la SFIO à des alliances avec le centre et la droite et achevé de discréditer les socialistes aux yeux des partisans de la radicalité anticapitaliste et antiaméricaine. Mais le pire fut sans doute le cycle de la guerre d’Algérie qui a encore approfondi le fossé. » Certes, François Mitterrand sut ensuite attirer à lui quelques grands noms, mais « le divorce n’a jamais été vraiment surmonté », estime Michel Winock.

    Cette atonie intellectuelle du PS est-elle la faute de la direction, au premier rang de laquelle son premier secrétaire depuis dix ans, François Hollande, dont chacun reconnaît qu’il est un esprit brillant, mais plus soucieux de communication immédiate que de réflexion au long cours ? Beaucoup le suggèrent. Mais si l’argument est commode, il reste limité. Car il existe, à l’évidence, d’autres freins puissants. « Dans les années 1980-1990, l’expertise a asséché le travail intellectuel », note, avec d’autres, Laurent Bouvet. Inévitable ou presque dans un parti qui a gouverné le pays pendant quinze ans et s’est habitué à mobiliser les esprits les plus agiles pour obtenir des solutions clefs en main à toute question. Mais sérieusement handicapant quand il s’agit de repenser le sens de l’action. « Sur des questions essentielles, comme le travail, les 35 heures, ou les indicateurs de richesse, le primat des experts, et en particulier des économistes qui font la leçon à tout le monde, a bridé et biaisé la réflexion des socialistes », analyse la sociologue Dominique Méda. En effet, « le PS a tellement voulu paraître raisonnable à leurs yeux qu’il en a oublié ou presque des impératifs catégoriques pour la gauche, comme l’égalité ou la redistribution ».

    L’élu local est l’autre tête de turc fréquemment invoquée. « Le travail intellectuel n’irrigue pas le PS parce que l’appareil de Solférino d’une part, les grands seigneurs régionaux et locaux d’autre part ne veulent pas du pouvoir politique national et ne se donnent pas les moyens de le reconquérir », tranche brutalement le politologue et ancien député européen Olivier Duhamel. Le paradoxe semble complet au moment où les socialistes collectionnent les victoires municipales, départementales et régionales et font la démonstration, sur le terrain, de leur capacité, précisément, à « comprendre le réel ».

    A ce détail près que les succès locaux soulignent une forme d’inquiétude à sortir des préaux des villages français pour comprendre les mutations du village planétaire. Ce qu’Olivier Mongin, le directeur de la revue Esprit, traduit en d’autres termes : « Faute d’une conception claire de la mondialisation, le local est vécu comme une protection contre la mondialisation. » Bref, contrairement aux victoires municipales de 1977, qui avaient été un tremplin pour la conquête du pouvoir national, les vagues roses locales de ces dernières années traduiraient plutôt une forme de repli. Y compris intellectuel. Et nombre de chercheurs notent, pour le déplorer, le caractère profondément hexagonal – voire « terriblement provincial », selon Yann Moullier-Boutang – de socialistes, très peu curieux de ce qui se passe à l’étranger, ne serait-ce qu’en Europe.

    Ce sont donc les structures mêmes du PS, sa sociologie, son anthropologie, qui sont en cause. Michel Rocard le disait récemment, sans détour : « Qui sont-ils, les socialistes français ? Pour un tiers des conseillers municipaux, pour un autre tiers des gens qui veulent devenir conseillers municipaux et pour un troisième tiers des curieux de passage qui s’en vont vite parce qu’ils s’ennuient ferme aux réunions de section » (Le Monde 2 du 8 novembre)…

    Gilles Finchelstein le formule autrement, mais n’est pas plus encourageant : « Au PS, la figure de l’intellectuel a été remplacée par celle du technocrate, celle de l’internationaliste par l’élu local et celle de la société civile par celle de l’apparatchik. Ce n’est pas très propice au débat d’idées, surtout dans une période de mutations accélérées. » A quoi Jérôme Vidal, directeur de la Revue internationale des livres et des idées et auteur d’un petit livre vigoureux, La Fabrique de l’impuissance, dans lequel il analyse de « trou noir » dans lequel la gauche engloutit son énergie, ajoute une autre dimension : « On ne peut même pas reprocher au PS d’être un parti électoraliste, puisqu’il s’est coupé de son électorat. » Et de rappeler, sur la base des enquêtes de Frédéric Sawicki, professeur à Lille-II, qu’après avoir oublié le monde ouvrier, le PS s’est éloigné du noyau dur de ses fidèles, enseignants et fonctionnaires.

    Arrivés à ce point, malheureusement pour eux, les socialistes ne sont pas au bout de leur peine. Pour beaucoup d’intellectuels en effet, c’est le coeur même du réacteur intellectuel du PS qui est grippé : ce parti ne parvient pas, voire ne souhaite pas, surmonter les contradictions idéologiques qui entravent son action et rendent ses choix confus. Pour des raisons politiques, tout d’abord. Zaki Laïdi, directeur de recherches à Sciences Po, est cinglant sur ce point : « Le PS est un parti gazeux, sans armature idéologique forte, ni base sociale marquée ni socle militant puissant. Une vraie mise au clair de son identité pourrait menacer son unité et lui être fatale. Car clarifier ses positions, c’est se dévoiler et risquer de s’affaiblir. Les dirigeants socialistes n’ont donc aucune envie d’aller au fond des choses : ils savent trop bien qu’ils pourraient y perdre la couche d’ozone qui les protège de l’extrême gauche.«  

    Beaucoup partagent cette analyse. Ainsi Olivier Mongin : « Les politiques ont-ils vraiment intérêt à s’approprier ce qui se pense, surtout quand ça fait mal, sur des questions aussi décisives que le nouveau capitalisme, l’avenir des banlieues ou la réforme universitaire. Les socialistes ont pris l’habitude de créer de faux consensus pour éviter de s’entre-tuer. » Le sénateur Jean-Luc Mélenchon le confirme en expert, puisqu’il vient de claquer la porte du PS : « Il n’y a que des risques à exposer des idées, car c’est se latéraliser, donc être inapte à toute fonction centrale. » 

    Gérard Grunberg, directeur scientifique de Science Po, va plus loin : « Il y a en réalité beaucoup d’intellectuels prêts à travailler pour le PS. Mais les dirigeants socialistes n’ont pas envie de les entendre car ils pourraient poser des questions désagréables ou pointer des contradictions gênantes. » L’exemple de la déclaration de principes, adoptée à l’unanimité par les socialistes au mois de juin, est à cet égard éloquent. Ce texte est censé mettre à jour la carte d’identité du parti : les dernières traces de romantisme révolutionnaire sont effacées, l’orientation réformiste clairement affirmée, il n’est plus question de combattre le capitalisme, mais de l’humaniser.

    Hélas ! trois mois plus tard, la crise financière a brutalement déstabilisé ce bel édifice. Pris à contre-pied, presque doublés sur leur gauche, au moins dans la rhétorique, par Nicolas Sarkozy, interpellés sans ménagement par Olivier Besancenot, voilà les socialistes tirés à hue et à dia, à l’évidence tentés de gauchir à nouveau leur discours. En réalité, poursuit Gérard Grunberg, les socialistes « ne sont pas prêts à inventer un nouveau modèle parce qu’ils n’ont pas vraiment rompu avec l’ancien. Leur rapport avec le capitalisme n’est toujours pas clairement fixé et la tentation anticapitaliste reste vive ».

    Ce sont donc bien les ambiguïtés, les ambivalences au coeur même de son identité qui embarrassent le PS. Pour l’économiste Daniel Cohen, qui préside depuis peu le conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès, les choses devraient être simples : « Il faudrait reprendre tous les sujets qui fâchent – les 35 heures, l’organisation du travail, l’université, les retraites, etc. -, mettre les choses à plat, chercher les meilleurs compromis et trancher. » Dans la réalité, il admet que c’est un peu plus compliqué. Non seulement parce que les rivalités internes « paralysent tout », mais aussi parce que le PS est « comme l’âne de Buridan : il ne sait plus ce qu’il doit faire, flatter les élites ou le peuple ? Il ne sait pas davantage comment surmonter le grand écart entre le cadre de l’Etat-providence redistributeur et l’hétérogénéité croissante de la société« . La question centrale, conclut Daniel Cohen, est de savoir « quelle production de biens publics est nécessaire pour que le capitalisme contemporain ne soit pas un facteur de ruptures conflictuelles ? Cela suppose que la gauche fasse le ménage dans son propre camp ».

    Dominique Reynié, professeur de sciences politiques et responsable depuis peu de la Fondation pour l’innovation politique, pointe un autre blocage du même ordre. « Au lieu d’assumer leur vocation naturelle de penser l’innovation et l’initiative sociales pour mieux s’émanciper de l’Etat, les socialistes se sont au contraire aliénés à la figure de l’Etat, protecteur et redistributeur, qui était le terrain naturel de la droite colbertiste. » A ses yeux, il n’est donc pas surprenant que la crise de la pensée de la gauche soit directement indexée sur la crise de l’Etat. Il ajoute : « Cette inscription du PS dans le cadre de l’Etat national l’a fait penser contre-nature, quitter son terrain de l’internationalisme et rater de façon stupéfiante le thème de l’altermondialisme dont il aurait dû, naturellement, s’emparer à la fin des années 1990 et après lequel il court depuis. »

    L’on n’est évidemment encore moins tendre du côté de la gauche critique. Les socialistes, estime Jérôme Vidal, sont en pleine « imposture » : d’un côté, ils défendent le discours de l’adaptation du modèle social-démocrate et du retour au plein-emploi, de l’autre côté, « ils cherchent des bricolages permettant de gérer socialement le plein-emploi précaire, mais sans le dire ». Cette contradiction n’a pas fait exploser le PS ? Pour la bonne raison qu’en face, « la gauche de la gauche s’est contentée de dénoncer le libéralisme des socialistes, sans chercher à refonder une critique sociale neuve ». « C’est très confortable pour tout le monde, conclut-il : la gauche de la gauche dénonce les reniements socialistes, le PS dénonce l’irréalisme de Besancenot. »

    Pour sortir de ces impasses, trois attitudes s’offrent aux socialistes. La première est assez bien incarnée par Jean-Luc Mélenchon : « Le problème du PS n’est pas de se mettre au travail, mais dans la lutte, de redevenir le protagoniste d’un nouveau rapport social. Le réel est plus fort que les textes les plus brillants. » La deuxième est celle de la clarification intellectuelle. « Quand et comment le PS se convaincra-t-il qu’il ne gagnera pas dans l’évitement du débat ? », s’interroge Gilles Finchelstein, espérant que les « aiguillons » Besancenot, Bayrou ou Sarkozy l’aideront à le comprendre. A quoi Laurent Bouvet ajoute : « Il faut construire l’électorat de son projet et non pas l’inverse, comme le fait le PS depuis des années. »

    La troisième est de s’en remettre à la thérapie du pouvoir. « Paradoxalement, c’est au pouvoir que le PS arrive à se réformer », note Frédéric Martel, sociologue et ancien collaborateur de Martine Aubry. Et il ajoute cette citation du philosophe américain Harold Rosenberg : « L’homme politique est un intellectuel qui ne pense pas. » On ne saurait mieux dire des socialistes.

    La lutte, la clarté, le pouvoir, donc. Personne cependant ne semble imaginer que ces trois attitudes puissent se rencontrer et se renforcer. Ce n’est guère rassurant pour les socialistes.

    Gérard Courtois

    Désert d’avenir à gauche ? Sept modestes contributions du blog citoyen, socialiste et républicain aux débats d’idées

    Créé par le 11 nov 2008 | Dans : a2-Blog-notes politique de Xavier Dumoulin, Gauche anti-libérale

    Révolution conservatrice

    Didier Eribon développe la thèse d’une profonde mutation idéologique du PS des années quatre vingt sous l’effet du néo-conservatisme. Cet auteur considère qu’il y eut alors une véritable rupture avec les idées révolutionnaires libertaires de mai 68, elles mêmes préparées de longue date par une hégémonie de l’idéologie marxiste et contestataire.

    On peut rejoindre partiellement cette analyse en distinguant bien deux périodes : la première de la Libération jusqu’à la fin des années soixante dix connaît un rayonnement très puissant des divers courants marxistes sur les  intellectuels et  la classe ouvrière. La seconde voit au contraire l’effacement progressif du marxisme. Cette dernière période coïncide avec l’arrivée de la gauche au pouvoir et, dans la même décennie, l’effondrement des pays du “socialisme réel”.

    Dans la première période on assiste à un foisonnement intellectuel lié à la contestation du marxisme officiel – celui d’un PCF dont l’influence reste énorme – par l’école de Francfort et la mouvance libertaire, le structuralisme et le freudo-marxisme. La deuxième période est celle de la lente agonie d’un marxisme en butte aux assauts des “nouveaux philosophes”en croisade pour les droits de l’homme contre le Goulag. L’assimilation du socialisme au totalitarisme ternit durablement le message du camp progressiste.

    En France, dans les années soixante dix, le PS forgeait sa stratégie de rupture avec le capitalisme. On peut dire que jusqu’à l’adoption du projet socialiste dans la foulée du congrès de Metz – qui consacre la ligne d’union de la gauche -, le PS tient bon dans une posture de gauche. Mais il remporte les élections présidentielles alors même qu’il est déjà défait idéologiquement. Commence alors une ère de véritable confusion idéologique pour la gauche française. Egarée dans la parenthèse libérale qui constitue le véritable Bad Godesberg du socialisme français, l’idée de construction européenne tient lieu de substitut à celle de la transformation sociale. Avec le grand marché puis le traité de Maastricht, il s’agit d’un complet renoncement à une alternative au néolibéralisme en pleine poussée. L’idéologie néolibérale règne alors sur les esprits et les dirigeants de gauche – en dépit de leur dénégation toute verbale -, se rangent aux raisons d’un capitalisme financier mondialisé. La rupture est totalement consumée avec les couches populaires dont une large fraction marque son attirance pour les idées du Front national dès les élections européennes de 1984 avec son point d’orgue en 2002.

    Nous ne nous reconnaissons pas dans la définition d’une idéologie conservatrice présentée par Didier Eribon – qui inclut la conception de la communauté de citoyens en tant que nation démocratique, opposée pourtant à la conception ethnique et nationaliste, dans cette dérive conservatrice – alors même que le rejet du TCE a constitué un moment important de la contestation du libéralisme par l’expression d’un attachement au modèle démocratique social français.

    Les nombreuses références au mouvement intellectuel des années soixante dix gomment certains apports nouveaux tels que la redécouverte de Gramsci et de sa pertinente analyse de l’hégémonie idéologique. Par ailleurs nous réfutons la thèse qui ferait de la pensée de Kant et de Rousseau le soubassement philosophique du néo-conservatisme. L’universalisme et le contrat social sont dénoncés comme expression du choix raisonné de l’individu – cet individu idéologisé par la bourgeoisie et qui ne résisterait pas à la critique sociale des structuralistes. Dans ce débat – structuralistes contre tenants du sujet - l’auteur rend cependant grâce à un penseur comme Henri Lefebvre. 

    Pour autant la confrontation de la gauche de gouvernement avec le mouvement social, théorisé par Bourdieu, apporte des éclairages utiles. Par delà une problématique campée sur le terrain exclusif des prétendues références intellectuelles françaises incontournables de la gauche ( Sartre, Althusser, Lacan, Deleuze, Guattari, Foucault, Bourdieu, Derrida… ), Didier Eribon contribue à révêler le foudroyant bouleversement idéologique du PS dans les années quatre vingt. Il faudrait pourtant corriger largement les soubassements de cette réflexion qui s’enferme dans l’apologie du courant culturel soixante huitard pour dénoncer la dérive conservatrice de ce que nous appellons le social-libéralisme. Ce dernier, à l’instar de la droite actuelle serait libéral sur le terrain économique et conservateur sur le terrain idéologique. Il y aurait largement place au débat sur ce point quand le conservatisme assimilerait aussi, selon Eribon, les principes républicains de la gauche française.

    Cette analyse oublie les références historiques du socialisme français et fait par ailleurs  la part belle à “la gauche de gauche” – différenciée de “la gauche de la gauche” en ce qu’elle continuerait à porter l’idéal de la gauche institutionnelle, elle même quelque peu idéalisée dans une essence révolutionnaire trahie -. 

    Les racines profondes du conservatisme français  ne sont-elles pas plutôt à rechercher dans l’opposition historique à la construction républicaine – la droite légitimiste chère à la tripartition du regretté René Rémond - et sa manifestation actuelle dans l’abandon de ses principes – ne serait-ce qu’en raison d’une hyperconcentration des pouvoirs et d’une posture attentatoire aux  libertés publiques avec la droite bonapartiste, incarnée à présent par un Sarkozy,  assez différente de la droite orléaniste libérale qu’aurait pu incarner F Bayrou - ? Ce qui n’enlève rien aux influences néo-conservatrices dans la posture idéologique d’un Sarkozy qui dresse deux France contre elle-même et entend revenir à un certain ordre moral.

    Oui, les néo-cons ont bien franchi l’Atlantique et trouvé de vrais disciples en France. Et, s’il n’est pas incongru de s’interroger sur la portée de leur influence jusqu’aux portes du PS – ou, plus exactement chez les socialistes qui ont franchi le rubicon en faisant allégeance au premier d’entre eux, vrai césariste drappé dans un faux  label républicain français (et qui a même poussé l’audace jusqu’à la prétention de s’en référer à Jaurès alors même qu’il faisait une cour assidue en direction des électeurs lepénistes ) -, il y aurait plus qu’un abus de langage à confondre ce courant idéologique musclé avec l’esprit républicain. Ce type de confusion constitue une erreur manifeste d’appréciation qui remet en cause les bases même du socialisme démocratique en interdisant toute visée républicaine comme ressort d’une démocratie sociale. Il nous conduit assurément dans une impasse théorique et pratique en cantonnant notre horizon aux mythes du passé qui ont perdu leur capacité d’attraction et leur force propulsive.

    Nous reviendrons largement sur notre première critique de ce livre - ”D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française”, Edit Léo Scheer, mai 2007, 156 p – après une  lecture – sans doute trop rapide car d’un seul trait – et une réaction livrée à chaud et en vrac dans le souci d’entamer un débat de fond sur une hypothèse qui fait question : celle de la droitisation du paysage politique français.

    X D, le 1° juillet 2007

    Le néolibéralisme et le néo-conservatisme désactivent la démocratie

    Le vocabulaire de la gauche radicale et mouvementiste emprunte souvent les termes de néolibéralisme et de néo-conservatisme pour désigner le système socio-économique et idéologico-politique dans lequel prospère le capitalisme financier légitimé par l’idéologie d’un nouvel ordre moral (3). L’analyse des relations entre capitalisme et posture morale n’est pas nouvelle. Le puritanisme protestant d’Outre-Manche et d’Outre-Rhin paraissait ainsi plus conciliable avec les processus d’accumulation du capital et de recherche du profit que le catholicisme romain, culturellement hostile à l’accumulation des richesses comme fin en soi. Le circuit du capital – “argent-marchandise-argent” qui permet à l’argent de faire des petits (A-M-A’) – , mis à nu par Karl Marx, s’épanouissait sans entraves auprès des anglo-saxons alors qu’il devait combattre, auprès des latins, bien des préjugés moraux hérités de la dénonciation de la recherche effrénée du profit (2). Pour Max Weber, cette attitude mentale fondait la tentative d’explication de l’avancée relative du capitalisme des pays anglo-saxons.

    Aujourd’hui le retour à l’ordre moral pourrait apparaître, d’une certaine façon, comme antinomique de l’explosion et de la sacralisation du marché, ce Veau d’or des sociétés occidentales. Dans sa préface à l’ouvrage de Wendy Brown, récemment traduit en français, “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme”, Laurent Jeanpierre nous éclaire sur les rapports complexes du néolibéralisme et du néo-conservatisme (1). Ce dernier serait en réalité “une virtualité inhérente à la rationalité politique néolibérale”, étudiée jadis par Michel Foucault sous le terme de “gouvernementalité”. Ces concepts peuvent se définir comme “conduite des conduites”. “Ils réunissent, nous dit Jeanpierre citant Foucault, ” l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques” qui permettent d’imposer des normes de comportement à des individus et des groupes.” Le néolibéralisme étant pour Brown “l’ensemble des techniques de contrôle d’autrui et de soi par accroissement des choix plutôt que par diminution de la liberté, ou plutôt par accroissement des choix ( et réduction de la liberté à l’acte de choisir), non seulement la liberté se doit d’y être autolimitée mais elle ne peut l’être désormais qu’en étant moralisée.” Ces analyses nous éclairent sur les processus en oeuvre d’intrusion du religieux dans l’espace public de notre France laïque que N. Sarkozy vilipende et voue aux gémonies devant le Pape et la dynastie souveraine d’Arabie saoudite. A nous de décrypter le sens de ces processus pour les délégitimer, faute de quoi, ils pourraient asseoir durablement l’hégémonie des néo-cons, indispensable semble-t-il aux avancées du néolibéralisme. Avec cet ouvrage de Wendy Brown, il y a ainsi matière à méditer car sous les coups de buttoir et les effets conjugués du néolibéralisme et du néo-conservatisme, c’est la démocratie qui succombe ! Cette démocratie inventée à Athènes et remise à l’honneur par les courants républicains dans le sillage des Lumières avant que les libéraux n’en usurpent plus tard toute la paternité.

    X D, le 26 janvier 2008

    (1) Wendy Brown : “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme” ; édition les prairies ordinaires ; novembre 2007.

    (2) Le taux de profit est le rapport du profit au capital, lequel intègre capital constant (locaux, machines, matières premières etc.) et capital variable (salaires). La baisse tendancielle du taux de profit est liée à l’augmentation de la composition organique du capital, c’est-à-dire de la modification du rapport entre capital constant et capital variable au détriment du capital variable seul créateur de plus-value. Absolue (plus de temps volé) ou relative (captation des gains de productivité liés à l’augmentation de l’investissement – en quelque sorte le travail mort – et à l’organisation du travail), la plus-value est en effet extorquée aux travailleurs sous forme de sur-travail (non rémunéré).

    Selon les économistes marxistes, cette modification est une contradiction forte du capitalisme qui continue cependant à accroître ses profits malgré cette tendance en trouvant de nouvelles formes d’exploitation à l’âge de l’impérialisme et des monopoles – pillage du tiers monde, spéculation financière accrue avec la globalisation, etc. – ou de nouveaux cadres d’intervention – le capitalisme monopoliste d’Etat (CME) qui assure une certaine socialisation des coûts par la collectivité nationale (industrie nationale permettant des tarifs bas pour les entreprises – électricité, transport, infrastructures, etc.- des prestations sociales et de services liés à la reproduction de la force de travail – couverture sociale, chômage, santé, vieillesse, hôpitaux, éducation nationale, etc). Ainsi externalisés, ces coûts ne rentrent plus dans la composition du capital. Cependant une partie d’entre eux sont à la charge des entreprises du fait des prélèvements sociaux obligatoires, sorte de salaires différés.

    Aujourd’hui, la théorie du CME n’est plus à même de traduire la réalité du nouveau capitalisme à l’âge de la globalisation. Annoncée par Lénine et en vogue jusqu’à la fin des années 70, cette théorie analysait la connivence entre le grand capital monopolistique – national et international – et l’Etat. La sphère publique prenait en charge les activités non rentables et les investissements collectifs lourds, facilitant la rentabilité des grandes entreprises, ainsi allégées dans leurs coûts de production tandis que les commandes publiques dans des secteurs porteurs assuraient d’importants débouchés. La réalité actuelle a sensiblement modifié les rapports entre l’Etat et les monopoles. D’une part, l’internationalisation du capital et l’interpénétration des économies se sont considérablement développées, rendant plus difficile la régulation étatique nationale, d’autre part, la globalisation financière a radicalement réorienté les stratégies des entreprises, à la recherche de placements financiers spéculatifs plus rémunérateurs que l’investissement productif – d’où le phénomène des licenciements boursiers. La socialisation des grands moyens de production à l’échelle nationale promue par les théoriciens du CME n’est donc plus une réponse pertinente, la gauche gouvernementale ayant par ailleurs totalement renoncé à mener une politique industrielle dans le cadre d’une planification démocratique. L’Etat perd la maîtrise des secteurs bancaires, énergétiques et productifs et remet en cause sa sphère d’intervention sociale, laissant plus de place à la régulation par le marché dans un processus de financiarisation de l’économie. X D, le 07/12/04

    (3) Mon article dans ce blog sur les sept piliers du néolibéralisme

    Dans son manifeste altermondialiste, l’association ATTAC développe ses analyses pour servir le débat public. L’introduction est réservée au diagnostic du néolibéralisme.

    Le premier pilier du néolibéralisme c’est le libre échange et la libre ciculation des capitaux, les deux facettes du même processus de marchandisation du monde. L’OMC assure une concurrence directe des travailleurs et des systèmes sociaux et exacerbe les contradictions entre les pays du centre et ceux de la périphérie. On assiste au laminage des souverainetés populaires, à l’apauvrissement des peuples soumis aux plans d’ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale. L’Union européenne s’attache aux mêmes objectifs, soumettant ses états à la concurrence libre et non faussée. L’affirmation des souverainetés populaires est nécessaire pour contrer ce processus.

    Le deuxième pilier est une approche de la nature comme réserve inépuisable et comme dépotoir. Elle se traduit par l’accaparement des ressources naturelles et de la biodiversité par les multinationales du Nord et des pays émergents tandis que les pays pauvres du Sud sont voués à accueuillir les déchets polluants et dangereux et sont surexposés aux changements climatiques. La réponse est dans l’affirmation des biens publics et communs (eau, énergie,etc.).

    Le troisième pilier est la mise sous tutelle de la démocratie. Le néolibéralisme affirme le lien entre les libertés économiques et politiques en taisant les contre-exemples (Chili de Pinochet ou Chine). ATTAC dénonce la politique africaine de la France dictée par des considérations économiques ( pétrole et phosphate). Pour libérer la démocratie de ses tutelles il faut de nouvelles formes de participation populaire, une formation à la citoyenneté garantie par l’éducation, le droit d’être informé et le droit d’informer.

    Le quatrième pilier c’est les politiques publiques au service des propriétaires du capital. Les dérégulations publiques profitent au tout marché. Les politiques publiques garantissent l’attractivité des territoires pour les entreprises par la stabilité de la monnaie, les taux d’intérêts élevés, la circulation des biens, des services et des capitaux. Les politiques publiques sont aussi internationales : FMI, Banque mondiale et OCDE formée des trente pays les plus riches et dont les études et les préconisations apparaissent comme une machine de guerre idéologique pour la promotion des politiques libérales.

    Le cinquième pilier c’est le pouvoir absolu des actionnaires dans l’entreprise qui marque une rupture avec les modes de gestion de l’après-guerre fondés sur un compromis entre les entreprises, les pouvoirs publics et les syndicats. Les actionnaires recherchent le profit au détriment de l’investissement. Les transactions financières et les opérations sur le marché des changes s’opèrent dans un marché mondial dérégulé qui tue la démocratie sociale : licenciements boursiers, délocalisations, absence de démocratie dans les entreprises.

    Le sixième pilier c’est la guerre permanente et les politiques sécuritaires. La guerre sert le contrôle des ressources énergétiques avec l’appui des régimes réactionnaires chez qui prospère le fondamentalisme. Le rôle des Etats Unis et même de la France est dénoncé par ATTAC.

    Le septième pilier relève du formatage des esprits. La mondialisation est présentée comme inévitable et souhaitable. L’entreprise idéologique est conduite sous l’égide des grands médias, des élites administratives, politiques et parfois syndicales. Elle s’appuie sur la critique du totalitarisme et du populisme (stigmatisation de la politique de Chavez). Elle développe sa légitimité dans l’industrie américaine du cinéma porteur de l’ “american way of life”. Le refus de l’impérialisme culturel et linguistique par la promotion de la diversité des cultures et des langues constitue la réponse à cette offensive.

    Nous prolongerons ces analyses fort intéressantes dans des prochaines notes qui aborderons la lutte contre toutes les dominations, l’Europe et la démocratie. Ce diagnostic introductif permet de mieux cerner le néolibéralisme. Ce manifeste est disponible en librairie. “Manifeste altermondialiste” aux éditions mille et une nuits, janvier 2007 (2,50 euros). Xavier DUMOULIN le 20/01/07

    Désert d’avenir à gauche ?

    Libé nous apprend que Guillaume Bachelay s’interroge sur l’avenir de la gauche dans un ouvrage à paraître à la rentrée. Titre possible : “Désert d’avenir ?”. Le quotidien qui fait une large place à la guerre des générations au PS, présente la problématique du livre. “Comment le PS peut-il s’adapter à la mondialisation libérale sans pour autant se droitiser ?”

    Est-ce bien le reflet du questionnement de ce brillant et jeune socialiste fabiusien ? Si tel était le cas nous ne pourrions que lui conseiller de réfléchir davantage à la problématique.

    Certes, la France et l’Europe se meuvent dans un environnement international donné incontournable. Est-ce à dire, comme on l’affirme trop péremptoirement dans les cercles idéologiques libéraux, qu’il n’y aurait aucune alternative aux politiques en oeuvre aujourd’hui dans notre région du monde ?

    Faisons le pari qu’il existe à gauche des forces disponibles pour une réflexion décompléxée sur ces questions. On souffre depuis trop longtemps d’un non-dit sur une mondialisation libérale, prétexte à tous les renoncements et à toutes les trahisons. Faut-il analyser cet impensé comme le symptôme  “d’une décomposition intellectuelle du social-libéralisme” évoquée hier par Jean Pierre Chevènement sur son blog ? Ce mentor de la gauche républicaine et sociale qui oeuvre avec courage et intelligence depuis des lustres pour sortir la gauche de sa torpeur et de ses impasses sait de quoi il parle pour avoir payé de sa personne cet affront à la bienpensance de l’Establisment. Les étroites et fragiles marges de la gauche du PS  ne l’ont  pas beaucoup suivi jusqu’alors et il a fallu la dynamique de la présidentielle pour entamer un nouveau dialogue sur l’Europe.  Autour de sa personne et bien au-delà de son mouvement, il y a pourtant beaucoup de militants disponibles pour une profonde remise en question du social libéralisme. C’est à l’ordre  du jour, ça  cristallise  des divergences bien réelles et ça engage l’avenir de la gauche.

    Il n’y a plus d’échappatoire possible pour ceux qui veulent reconstruire la gauche.  Je concède qu’une franche posture de rupture avec trois décennies d’engourdissement suppose quelques exercices de préparation. Le temps de la critique est pourtant venu. Qu”est-ce qu’on attend pour avancer ensemble et poser les bases d’un avenir désirable ? 

    X D, le 11 juillet 2007

    Une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements

    Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n’a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire non pas entre la gauche et la droite mais entre courants de gauche. Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis “le jauressisme de gauche”, fut-il qualifié de “centriste”  pour ses positions conciliantes envers l’aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l”Internationale – après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920. Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d’un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, “trop connu pour ne pas être méconnu” selon Philippe Corcuff, révêle “une tradition française réformiste révolutionnaire” susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. “Les militants socialistes actuels qui croient, selon P Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l’économie de marché n’en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos”.

    Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique de la droite à la présidentielle de 2007, la position “centriste” originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin – peut nous éviter un double écueil :

    -  Celui de l’abandon par la gauche de l’essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d’un prétendu  caractère indépassable de l’économie de marché dominée par le néolibéralisme. C’est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la “parenthèse libérale” augurée par son prédécesseur à Matignon; l’adoption et la mise en oeuvre du “grand marché”,  de “l’acte unique”, des  traités de Maastricht et d’Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin – ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d’actifs d’entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 – ; le positionnement actuel prétendument social-démocrate mais parfaitement social-libéral d’un Strauss-Kahn;

    - Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste – incarnée jadis par Guy Mollet –  du maximalisme verbal par des dirigeants enclins à plus de liberté de parole dans une cure prolongée d’opposition. C’est une tentation d’autant plus forte en cette période qui voit fleurir des critiques acérées sur la conduite d’une campagne présidentielle jugée perdue du fait même d’un discours droitier – c’est notamment la thèse de C Bartolonne dans son dernier ouvrage, thèse énoncée aussi par une large fraction de dirigeants socialistes à l’instar de L Fabius ou de J Mélenchon – alors même qu’un grand pas avait été franchi par le “ségolisme” sur les questions européenne et républicaine pourtant chères à ces deux contradicteurs, suite à l’accord MRC-PS et compte tenu, également, de la personnalité de la candidate. Chacun sait bien, par ailleurs, que les plus sociaux-libéraux dans la gestion gouvernementale ne sont pas forcément les moins disants en critiques gauchisantes dans l’opposition ! Les courants d’extrême-gauche  demeurent quant à eux totalement étrangers à toute perspective d’exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d’épuisantes querelles de chapelles parfaitement ésotériques pour le profane. 

    Pour sortir de ces impasses, la posture centriste pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de “la  gauche de gauche” et de  l’altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche. Inscrite définitivement dans la tradition républicaine du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche reste le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité. 

    Il s’agit d’un  engagement concret de soutien et de relais aux luttes des salariés et aux aspirations populaires, en France, en Europe et dans d’autres régions du monde, couplé d’un travail d’analyses, d’échanges et  d’éducation populaire.  Une telle perspective – en contrepoint absolu avec la logique du néolibéralisme – suppose l’élaboration collective, en France, d’un  projet politique visant à souder un “Front de classes” d’abord  ancré dans les couches populaires ( sans oublier les travailleurs précaires ) et trouvant ses appuis dans de larges fractions du salariat, des travailleurs indépendants et des couches intellectuelles. C’est le combat pour une nouvelle hégémonie culturelle et idéologique autour des valeurs républicaines et sociales de la gauche française ! C’est une volonté de peser pour une Europe solidaire vraiment européenne, tournée vers le Sud et l’Est en contrepoids à la mondialisation libérale et à l’unilatéralisme américain.

    La question de la refondation de la gauche se pose dans cette problématique ”centriste” à la recherche de l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau ”centrisme” a besoin d’être expliqué pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C’est un défi encore loin d’être relevé !

    X D, le 8 juillet 2007 

    Les gagne-petit de la politique condamnés au syndrome des saute-frontières

    Il y a bien quelques imprudences à gober sur parole les promesses qui n’engagent, selon l’adage, que ceux qui y croient ! Tel qui voulait changer la vie, ironise Jean d’Ormesson dans un billet pour Libé de ce jour, finit par changer d’avis… Et l’académicien d’évoquer les figures des  “présidents saute-frontières” de la V° République, en rupture de promesses faites à leur propre camp pour justifier leurs reniements respectifs et les chassés-croisés de la gauche et de la droite.

    Sans doute, l’histoire réserve-t-elle bien des surprises; c’est que les rapports de forces –  exprimés sous forme de  réalités économiques, sociales et  juridiques -, l’hégémonie culturelle et politique des classes dominantes, les mentalités collectives et le poids des habitus structurent profondément des relations de pouvoir bien difficiles à déplacer. Le grand historien regretté de l’Ecoles des annales, F Braudel, distinguait trois rythmes dans l’histoire : le temps géologique qui place le décor quasi immuable de l’activité humaine, celui des longs cycles de l’économie puis le temps court de la conjoncture politique. Cette autre façon de présenter, après Marx,  la dialectique entre infra et superstructures n’enlève rien à l’idée de faire l’Histoire. Celle-ci ne se résume pas à l’accomplissement hégélien du génie de l’Esprit pas plus qu’elle ne traduit l’avancée mécanique vers l’âge positif, chère à la physique sociale d’Auguste Comte, et, d’une autre manière, à la vulgate marxiste qui voulait croire que le communisme sonnerait sa propre fin. Malgré  les délires du néo-conservateur Fukuyama, le monde reste toujours confronté aux réalités de la vie sociale faite d’avancées et de reculs et son devenir n’est inscrit nul part dans un monde en turbulence. La vision irénique d’un grand village planétaire pacifié est aussi sotte que celle du grand marché européen dans lequel la concurrence libre et non faussée asurerait d’un même élan la fusion des peuples et la prospérité.

    Dans son  papier, Jean d’Ormesson vilipende avec humour la politique en s’appuyant sur les vire-voltes et têtes à queue des hommes de gauche aspirés par la droite et des hommes de droite ouverts à la gauche. Cette ironie d’une plume agréable et légère ne manque pas de réalisme cynique. Elle  traduit un certain relativisme conservateur basé sur une idée d’équivalence des politiques condamnées à la gestion des contraintes. Nourrie par l’actualité et des faits pourtant par trop avérés, elle prétend en ce sens titiller  nos consciences d’hommes et de femmes de progrès. Pour avoir du son nous pourrions ânonner avec Jean d’Ormesson quelques basses considérations  de tripot en guise de problématiques : peut-on vraiment s’émanciper des pesanteurs collectives d’ordre psycho-socio-économiques ou géo-stratégiques ? est-on condamner à trahir des idées généreuses  qui ne passeraient jamais l’épreuve des réalités humaines ?

    Autant de platitudes sur la condition de l’humanité nourriraient cette vision sidérante de la politique s’il n’y avait cet autre registre de “la grande politique”, laquelle ne refuse pas les emprunts à Machiavel, Rousseau, Marx ou Gramsci pour envisager d’arracher le monde à son destin et délivrer les politiques de leur trop étroites contingences. C’est le grand art machiavélien que de savoir utiliser la virtù – cette capacité subjective – pour faire fructifier la fortuna - les conditions objectives -, au lieu de se couler dans le cours objectif de l’histoire en s’y livrant pieds et poings liés. Nous arrivons là bien loin des considérations préliminaires de notre talentueux académicien pour qui ” les gouvernants ne tardent jamais beaucoup à mener, volontairement ou involontairement, une action à peu près opposée à celle pour laquelle ils ont été élus “.

    Cette dérision de la politique érige l’impuissance en principe d’actions.  Elle oublie les grandes voix de ceux qui portaient au plus profond d’eux-mêmes le sens de l’intérêt général bien compris et surent bouger les lignes pour rassembler autour d’enjeux élevés.  Mais que n’entendons-nous les  héritiers putatifs d’un Jaurès ou d’un de Gaulle sortir la politique de cette triste léthargie ?

    X D, le 20 juillet 2007

    Agir en hommes libres

    Depuis les premières générations de socialistes révolutionnaires, il est d’usage à gauche de marquer son territoire idéologique à l’encre rouge. Karl Marx, le premier, s’insurgeait contre les anarchistes avant de s’en prendre au programme platement réformiste des socialistes allemands. Son gendre, Paul Lafargue, à qui l’on doit l’importation en France d’un pseudo-marxisme, dogmatique, mécaniste et sectaire, très éloigné de l’oeuvre originale et géniale, fut avec Jules Guesde un terrible pourchasseur des hérésies socialistes au premier rang desquelles, jugeaient-ils alors, figurait la puissante pensée de Jean Jaurès. Il fallut des hommes comme Edouard Vaillant - lui-même originairement blanquiste et donc à la fois jacobin, patriote et révolutionnaire - pour concilier enfin les protagonistes. Et je pourrais citer les interminables polémiques entre “possibilistes”, guesdistes et d’autres tendances comme celle qu’incarnait alors Jean Allemane, authentique figure du prolétariat révolutionnaire et de laquelle se réclamait Lucien Herr dont l’influence intellectuelle sur Jaurès fut parait-il décisive dans sa “conversion au marxisme”. Allemane, à l’origine de tendance possibiliste, devint vite  scissionniste du parti de Paul Brousse et fonda le PSOR. Tout dans l’histoire socialiste est affaire de débats d’une richesse parfois phénoménale mais souvent pervertie par une dérive sectaire générant divisions de chapelles et excommunications… L’histoire des congrès ouvriers de la période post-communarde en constitue une excellente illustration. C’est grâce à la soif d’unité d’un Jaurès que se réalisa enfin, en 1905 au congrès du globe à Paris,  l’unité organique du prolétariat dans la section française de l’internationale ouvrière.

    Y aurait-il un destin du socialisme français condamné à reproduire les mêmes tares séculaires ? La réalité actuelle pousserait  à considérer les choses sous cet angle si nous n’avions par ailleurs ces puissants modèles rédempteurs au travers  d’hommes de synthèse au  génie intellectuel et politique  reconnu de tous. Je veux évoquer Jean Jaurès, l’homme de la synthèse républicaine et socialiste, et Pierre Mendes-France, ce rénovateur du radicalisme, tout à la fois pragmatique et visionnaire. Tous deux savaient modérer l’appétit de pouvoir. Tous deux s’appliquaient à mettre en harmonie la parole et les actes. La vérité guidait leurs pas.

    Aujourd’hui la gauche du  vingt et unième siècle a d’autres horizons. Elle n’est pas dépourvue d’hommes et de femmes de tempérament, d’expérience et de talents et il n’y a aucune fatalité de l’échec et de la division. Pour peu que la raison l’emporte sur les passions, de grandes choses restent encore possibles.  A la base nous attendons des paroles et des actes à la hauteur des défis de cette période quand  triomphe l’esprit de lucre au détriment des valeurs républicaines. En hommes libres et égaux, nous voulions retrouver jadis les chemins de l’émancipation et de la fraternité. Beaucoup d’esprit civique et une conduite vraiment citoyenne ne nous rapprocheraient-ils pas d’un tel idéal ? Alors, serait-ce vraiment trop demander aux héritiers de l’esprit des Lumières de bien vouloir écouter leur raison pour purger ce ‘tout à l’égo” et promouvoir l’universel ?

    X D, le 28 juin 2007

    Ne plus se payer de mots mais agir à gauche

    Le grand déballage public autour d’enjeux personnels sert d’éxutoire à une certaine élite rose qui n’entend nullement procéder à son examen de conscience. Cet exercice nourrit d’ailleurs une approche frénétique et caractérielle de la politique, l’amnésie volontaire constituant une ruse opératoire pour éviter les sujets qui fâchent et l’attaque ad hominem, la manière peu élégante de canaliser les énergies.

    Il ne suffit pas de jouer à plus à gauche que moi tu crèves pour exorciser le diable social-libéral et s’offrir une bonne conscience comme d’autres allaient à confesse. La liturgie socialiste voudrait, comme par magie, envoûter ses bons disciples, en se donnant une belle messe socialiste dans un congrès d’une teneur “à gauche toute” à partir duquel les ouailles socialistes porteraient à nouveau la bonne nouvelle dans cette terre de mission dominée par le sarkozysme.

    Pendant que l’on se paie de vilains mots en aiguisant les couteaux pour sacrifier le bouc-émissaire, le nouveau bloc au pouvoir, avance à découvert. Sans doute quelque peu lézardé par les outrances de ses propositions en matière d’immigration – son intention affichée de maîtrise des flux migratoires s’accommodant d’une violation flagrante des principes républicains : tests ADN pour les étrangers voulant justifier leur appartenance familiale, limitation d’accès aux mesures d’urgences, etc. – il n’en poursuit pas moins sa course folle et débridée à la liquidation d’un modèle social issu du programme du Conseil national de la résistance. Quelle ringardise, n’est-ce pas? Cette remise au pas du pays suppose l’acceptation – par l’adoption d’un prétendu mini-traité qui n’est autre que le TCE rejeté massivement par notre peuple en 2005 – d’une Europe mondialisée dans laquelle la concurrence est libre et non faussée. On peut bien afficher quelques velléités vis à vis de la Banque centrale ou de la protection de certains marchés mais il y a quelques contradictions à se prévaloir d’une telle vision lorsque l’on montre par ailleurs sa totale allégeance aux objectifs du MEDEF et des mécanismes de régulation de la société de marché noyée dans le néolibéralisme. La politique budgétaire, fiscale et sociale du gouvernement s’inscrit totalement dans une perspective libérale ; celle qui organise dans le même temps  la dérèglementation du droit social – droit du travail et de la sécurité sociale – pour accentuer la précarité du travail, alléger son coût et désocialiser les dépenses liées à sa reproduction (santé, logement, services publics de proximité, etc.). Cet ensemble pose le cadre d’une politique économique qui, privée de ses principaux leviers, ne laisse guère augurer d’une croissance à la hauteur des espérances proférées par le président. Ce dernier prétend pourtant favoriser le travail et récompenser l’effort quand il incite en fait plus à la spéculation qu’à la création de richesses.

    Comment agir autrement, dans le respect de l’autonomie des syndicats et des forces associatives, qui pourraient d’ailleurs inspirer davantage les partis de gauche, pour retrouver une capacité d’initiative et contrer  le pouvoir dans son entreprise néo-conservatrice sur le plan sociétal et néo-libérale dans les domaines économique et social ? Comment offrir une perspective d’alternative crédible sans repasser les mêmes plats, fredonner les mêmes rangaines et véhiculer les mêmes faux espoirs ?

    Plutôt que de faire prévaloir la méthode Coué en évitant soigneusement d’aller là où ça fait mal, les dirigeants de la gauche seraient sans doute mieux inspirés de procéder à un vaste examen critique de la période pendant laquelle ils purent épisodiquement mais durablement gérer les affaires du pays.

    Plutôt que de se contenter d’ériger, en bons sophistes, les faits en arguments d’autorité - comme ils le firent pendant la campagne en proclamant le dépassement des contradictions entre les camps du oui et du non lors du référendum sur le TCE ou bien en rappellant que le socialisme français a déjà fait son Bad-Godesberg un certain 23 mars 1983 à 11 h du matin -, nos ténors de gauche seraient aussi bien avisés de procéder à une analyse plus minutieuse  des vingt cinq dernières années. C’est d’ailleurs ce que réussit parfaitement Guillaume Bachelay dans son ouvrage ” Désert d’avenir ? Le Parti socialiste, 1983-2007 ” publié dans l’encyclopédie du socialisme. De notre point de vue, cette critique assez radicale des retournements de la gauche de gouvernement, atteint un degré qualitatif pertinent qui permet de réelles convergences à gauche pour entamer la reconquête sur de solides bases. Ce livre dont je vous recommande la lecture analyse, à sa façon, la dérive social-libérale, laquelle est aussi excellemment évoquée par Jean Pierre Chevènement dans “La faute de M.Monnet” aux éditions Fayard. A la différence de Jean Pierre Chevènement qui mena le combat contre le tournant de la rigueur et le dévoiement du socialisme français dans le paradigme européiste, Guillaume Bachelay n’était peut être pas en âge de voter lors du traité de Maastricht qui paracheva une construction européenne complètement libérale. C’est sans doute ce qui explique sa grande liberté de ton et la fraîcheur de son propos. De quoi conforter, ceux qui, à gauche, n’ont jamais renoncé à combattre haut et fort, contre les vents dominants, un européisme responsable de tant de démission.

    Nous reviendrons sur ces ouvrages qui vont au fond des choses pour appréhender la réalité et tenter d’apporter des réponses utiles pour un véritable changement de cap à gauche !

    X D, le 14 octobre 2007

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