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Flamby, ce hussard flanchant mais toujours flambart et flambant sous le flamboyant flambeau!

Créé par le 24 nov 2007 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de Xavier Dumoulin, a2-Blog-notes politique de Xavier Dumoulin, a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin

Le PS planchait samedi sur la nation républicaine - celle du  » vouloir vivre ensemble  » et du  » plébiscite de tous les jours  » – chère à Renan aux antipodes – on ne le dira jamais assez – de la conception nationaliste ethnique. Ses ouailles étaient partagées sur l’opportunité de la rencontre mais FH a tenu parole. Dans l’ancienne cité des papes, ils devaient être cinq cents à débattre avant que ne sorte la fumée blanche. De quoi peut-il bien s’agir? D’une réhabilitation, d’un approfondissement, d’une actualisation de la pensée socialiste? Et qu’attend-on de cette démarche? Qu’elles en seront les retombées concrètes?

Près de cent ans après Jaurès qui commenta dans  » L’armée nouvelle  » sa proposition de loi sur l’organisation de l’armée, déposée à la chambre en 1910, le parti socialiste se ressourcerait utilement à la relecture de cet ouvrage majeur dans l’évolution du socialisme français. Il y trouverait les raisons oubliées de l’indépendance nationale car « jamais un prolétariat, qui aura renoncé à défendre, avec l’indépendance nationale, la liberté de son propre développement, n’aura la vigueur d’abattre le capitalisme »… Toutes les réflexions sur l’Etat, en tant qu’expression du rapport des classes, conduiront les théoriciens et les militants socialistes d’inspiration marxiste, dans la lignée de Jaurès,  à s’interroger sur les spécificités nationales de formations sociales imprégnées des conquêtes démocratiques, ouvrières et sociales. L’accomplissement du socialisme dans l’épanouïssement de la république, constitua naguère la clé de voute d’un socialisme démocratique auquel se rallièrent, dans les années soixante, les partis communistes occidentaux avec l’idée de la transition démocratique dans le cadre national sous l’influence du concept gramscien d’hégémonie idéologique réinvesti par les tenants de la voie pacifique et pluraliste vers le socialisme, cet approfondissement théorique du marxisme, réconciliant d’une certaine façon ce dernier avec la pensée républicaine.

 Aujourd’hui, à l’heure de choix décisifs pour notre destin qui a parti lié avec celui de l’Europe, cette réflexion sur la place de la nation n’est pas sans lien avec la conduite à tenir vis à vis du traité adopté au sommet de Lisbonne et soumis à la ratification des Etats, tant sur la forme (respect de la souveraineté populaire ) que sur le fond ( prise en compte de l’intérêt des nations et des peuples ). C’est une exigence politique concrète. Mais les commentateurs ont beau jeu de moquer le décalage de la thématique nationale avec l’actualité sociale car, pour ne pas rester dans le paraître et le verbe mais bien au contraire rentrer de plein fouet dans les enjeux concrets des modes de coopération des nations européennes, dans leurs capacités de promotion d’un modèle économique et social, rempart contre la mondialisation libérale, et dans l’affirmation d’une diplomatie libre de toute allégeance à la puissance dominante, FH aurait fait preuve de plus d’intelligence et de courage en réfléchissant d’abord au fond de la question pour en tirer ensuite les conséquences utiles dans un débat majeur pour l’avenir de la gauche, de la République et de l’Europe.

Avec « Jacques Mandrin », « on voudra bien nous pardonner cette faiblesse (parler de la France, de sa grandeur, de sa vocation, cela a un sens), et accepter que nous ayons pris au pied de la lettre, sans ironie et sans distance aucune, les mots de François Mitterrand, ses premiers mots, à l’Elysée :  » Amour sacré de la patrie… » Quand on dit  » La France « , nous n’avons pas le soupir dédaigneux, mêlé d’un haut le coeur discret, de tant de chroniqueurs à la mode ; et quand la France est humiliée, avilie, nous n’avons pas envie de rire(1) ». Mais en guise de chant du cygne, FH veut-il vraiment renouer avec ce sentiment national avant de passer le flambeau tel un soldat tombé au champ d’honneur? 

Après la capitulation sur le dossier du traité, FH n’est vraiment pas convaincant quand il confond l’Europe de la concurrence libre et non faussée ( protocole 6 du nouveau traité ) avec l’intérêt de ses peuples(2)! Ce colloque déserté et creux sur la nation annonce -t- il une nouvelle retraite où en rajoute-t-il à la confusion ambiante?  Quand l’ennemi conduit la charge avec autant de détermination, on attendrait une défense capable de résister à l’assaut. Après la trahison du premier quarteron de généraux et la désertion du second, serait-ce le repli en masse d’un bataillon sous la conduite calamiteuse d’un chef battant retraite et s’épuisant en vaines conjectures comme pour masquer sa déroute et feindre de combattre. C’est peu de dénoncer avec Jean Luc Mélenchon l’absence des généraux dans les dernières manifestations(3). Pourtant, à l’heure de la bataille des idées et de la guerre de position théorisée par Gramsci, le vide conceptuel sidérant sur la nation, la république et l’Europe augure mal de la capacité à vaincre.

On se souvient du discours de Ségolène Royal sur la reconquête des symboles nationaux en réponse à celui de Nicolas Sarkozy sur l’identité nationale(4). Il choqua une gauche qui avait tout simplement oublié le mot de Jaurès :

 » Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène  ».

X D

(1)  Extrait de Jacques Mandrin, Le socialisme et la France, Le Sycomore, 1983, sous la plume du regretté Pierre Guidoni et de Didier Motchane, ces deux mentors du CERES qui mettaient en pratique la théorie et desquels nous sommes redevables de leur contribution respective à la connaissance de l’ »Histoire du nouveau parti socialiste » et des « Clefs pour le socialisme ».

(2) Protocole n°6 : « Le marché intérieur, tel qu’il est défini à l’article 3 du traité sur l’Union européenne comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée. A cet effet, l’Union prend, si nécessaire, des mesures dans le cadre des dispositions des traités, notamment l’article 308 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. »

(3) « M. Sarkozy est un stratège politique, il a décidé une offensive politique », a poursuivi M. Mélenchon, présent dans les manifestations ces derniers jours. « En face, on aurait dû avoir un dispositif de combat avec des argumentaires et une présence physique et médiatique. Au moment de la bataille, quand les généraux ne sont pas là et le matériel non plus, on est en droit de dire qu’il y a un problème ».

(4) Selon Gérard Noiriel « un examen attentif des discours de campagne montre donc que la définition royalienne de l’identité nationale s’inscrit dans le prolongement de la perspective jaurésienne. Elle est appréhendée sous l’angle du patriotisme et non du nationalisme « . G Noiriel, A quoi sert  » l’identité nationale « , AgonE, 2007.

La gauche doit savoir où elle habite par Jean-Pierre Chevènement

Créé par le 10 sept 2007 | Dans : Blog du Che, Débats autour de la refondation de la gauche, Le Che

Intervention de Jean-Pierre Chevènement en clôture de l’université d’été du MRC, Saint-Pol sur Mer – 9 septembre 2007 retransmise sur le blog de Jean Pierre Chevènement (voir nos liens)


Merci d’abord à Christian Hutin, député-maire de Saint-Pol sur Mer, à Claude Nicolet et aux équipes du Nord, pour leur accueil qui contribue au remarquable succès de cette Université d’été. Merci également à nos invités, à Vincent Peillon dont nous avons apprécié l’acuité républicaine du discours. Merci aussi à Bernard Cassen qui a fait se lever des générations nouvelles de militants. Merci à nos trois rapporteurs, Claude Nicolet, Sami Naïr et Patrick Quinqueton pour leur travail et leurs exposés remarquables. C’est l’absence d’un projet véritable qui a conduit, pour la troisième fois depuis 1995, la gauche à la défaite aux élections présidentielles. Cette défaite n’a rien d’inéluctable.


I – Une gauche républicaine capable d’élaborer un projet à la hauteur des défis du temps demain peut l’emporter.

A) Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste pour l’avenir d’une telle gauche républicaine, mais je ne crois pas que le parti socialiste puisse trouver seul la force d’un sursaut salvateur. Il peut le favoriser ce qui serait déjà beaucoup. Et cela demande à ses dirigeants une certaine hauteur de vues. C’est ce que semble proposer François Hollande aux partenaires du parti socialiste avec la tenue d’ « Assises » avant même les prochaines municipales. Il faudra aller beaucoup plus loin dans la refondation si on veut que la gauche revienne au pouvoir avant dix ans. Il faudra un « événement » aujourd’hui indescriptible (de type 1936 ou 1968) et surtout une structure politique capable d’accueillir cet évènement, structure dans laquelle puissent se retrouver les jeunes générations, se brasser des militants issus des couches populaires aussi bien que des couches nouvelles et surtout s’élaborer un nouveau logiciel. Là est l’essentiel. Car le logiciel élaboré à Epinay en 1971 a été déclassé par les socialistes eux-mêmes, à partir de 1983, au profit d’une politique social-libérale qui les a mis en porte-à-faux avec leur électorat. Ils ne lui ont pas substitué un nouveau logiciel, j’entends par là à la fois une grille de lecture du monde cohérente prenant en compte les défis extérieurs et l’évolution de la société française, et une feuille de route permettant de dépasser les réponses au coup par coup, sans principes. Ce nouveau logiciel ne peut se réduire à la conversion libérale entamée en 1983, aboutissant, au prétexte de l’Europe, à une ringardisation de la nation que celle-ci n’accepte plus. Ce nouveau logiciel doit signifier une conversion républicaine capable de réconcilier la gauche et la France et de mettre la première en phase avec les besoins et les intérêts essentiels de la seconde. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour opérer cette conversion républicaine et revaloriser le rôle de la nation pour mettre la gauche au service de la France, selon une expression employée par François Hollande lui-même à La Rochelle. C’est un immense travail, tout à fait exaltant pour ceux qui sont prêt à s’y engager. Et le MRC est prêt pour cette refondation républicaine. François Hollande m’a indiqué qu’il souhaitait que nous participions à un Comité de liaison de la gauche. Pour ma part je ne vois pas a priori d’inconvénient à accepter cette proposition à condition bien entendu de préserver la liberté de nos analyses et nos intérêts politiques essentiels. Et il faudra que les Assises soient précédées et suivies de débats décentralisés où vous aurez à prendre toute votre place. Ensuite doit venir un congrès de refondation et pas un simple congrès socialiste.

B) Notre identité est claire. Le MRC doit savoir ce qui le rapproche et ce qui le distingue du Parti socialiste.

Issu historiquement du CERES, de « Socialisme et République », puis du Mouvement des Citoyens, le MRC n’est pas seulement un rameau du socialisme français. Il a entendu constituer dès l’origine un courant républicain civique qui est nécessaire à la gauche et au pays. De ce point de vue, nous devons mieux préciser notre rapport historique au courant socialiste auquel nous appartenons sans pour autant nous confondre avec lui. Ce n’est pas seulement la guerre du golfe et le traité de Maastricht qui nous ont éloignés du parti socialiste. C’est plus profondément notre conception républicaine, dont les racines, à bien y réfléchir, sont déjà présentes dans la pensée de Jaurès et qui ont fait du CERES dès sa création un « empêcheur de tourner en rond ». Notre regard sur l’Histoire nous différencie du courant socialiste traditionnel auquel nous appartenons cependant.

1. D’abord le combat socialiste nous paraît plus nécessaire aujourd’hui que jamais. En effet, le socialisme a d’abord été, selon le mot de Durkheim, un « cri de douleur ». Face à l’exploitation sans frein des travailleurs par le capitalisme naissant, ceux-ci ont cherché et réussi à s’organiser pour améliorer leur sort. A ce travail d’organisation près de deux fois séculaire revient le mérite d’avancées sociales que l’augmentation de la productivité seule n’aurait pas assurées.

Sans l’organisation et la combativité des organisations ouvrières, aucun progrès social n’eût été possible. Il est de l’essence même du capital d’aller au bout de sa logique : celle de l’exploitation maximale de la force de travail. Résistance, équilibre, progrès enfin, ces trois mots résument la vocation du socialisme face à cette logique d’exploitation toujours à l’œuvre dans l’Histoire : ce qu’on appelle « mondialisation libérale » aujourd’hui ne se manifeste-t-il pas d’abord par la mise en concurrence, à l’échelle mondiale, des territoires et des mains d’œuvre par les multinationales et les fonds d’investissement ?

Pour contrarier la logique du capital, plusieurs voies ont été explorées : action syndicale, réformes parlementaires, tentatives révolutionnaires, dont je ne prétends pas refaire la théorie.

Il y a plusieurs manières de combattre la logique d’exploitation inhérente au système capitaliste, mais quelles qu’en soient les formes, le combat est nécessaire. Cela ne suffit pas, pour autant, à définir le socialisme.

2. Le socialisme c’est d’abord une critique du capitalisme.

Que reste-t-il de l’ambition démiurgique affirmée par Marx il y a cent cinquante ans, de faire du prolétariat l’acteur d’une Histoire rompant avec des siècles d’oppression ?

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« Les chemins de nos ruptures » par Vincent Peillon

Créé par le 06 sept 2007 | Dans : Débats autour de la refondation de la gauche

   « Après sa troisième défaite consécutive à l’élection présidentielle, la gauche française dans sa totalité et le Parti socialiste en particulier vont devoir s’interroger sur les raisons de leurs échecs, et entreprendre enfin une mutation trop longtemps différée. Telle est la tâche qui nous attend si du moins notre objectif est bien de gouverner à nouveau un jour.  La première question que la gauche française va devoir trancher, c’est d’ailleurs celle de son rapport au pouvoir et à la victoire : voulons-nous vraiment gagner, voulons-nous vraiment gouverner ?
Même si c’est dans un autre contexte, et même si c’est avec d’autres acteurs et d’autres résultats, la présidentielle de 2007 a, par certains aspects, reproduit les mêmes erreurs que celle de 2002 : une campagne plus de critiques que de propositions, plus de rejet que de projet. Comme si la gauche avait intériorisé, malgré les efforts de Ségolène Royal pour investir de nouveaux champs, bousculer certains tabous et être mieux en phase avec les attentes de la société, le fait de ne pouvoir être légitime qu’à partir d’un refus et non d’une adhésion. C’est avec cette disposition qu’il nous faut rompre.
 Cette rupture ne se fera pas de soi. Elle va supposer des révisions courageuses et des audaces certaines dans notre doctrine, en commençant par faire l’analyse juste de la société et de la modernité, en cessant de plaquer du mécanique sur du vivant, en acceptant de construire de nouveaux instruments d’action. Trouver des réponses aux problèmes des Français plutôt que construire des compromis entre nous : c’est le fil d’or.
 La gauche ne peut être seulement le parti de la défense des intérêts acquis et de l’éternelle reproduction du même. Les inégalités entre générations, entre territoires, entre revenus ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Les familles ne sont plus structurées de la même façon, l’espérance de vie, le rapport à la santé, à la vie et à la mort sont bouleversés. L’école ne s’adresse plus aux mêmes publics et ne rencontre pas les mêmes difficultés : la connaissance, l’information, les loisirs, la consommation se sont transformés.  Notre insertion dans l’Europe et dans le monde, les ressorts de la croissance et les formes du capitalisme, les structurations géopolitiques et les menaces environnementales ont changé en profondeur. C’est pourquoi la gauche doit accepter de penser et d’agir autrement. C’est d’une ambition intellectuelle renouvelée dont nous avons d’abord besoin.  Cela supposera que nous ayons enfin le courage de nous affranchir des oripeaux gauchistes et tribuniciens, des «fanfares d’assaut» pour parler comme Jaurès, qui nous encombrent encore. Car ce sont eux qui ont bloqué en grande partie notre capacité à formuler positivement un projet novateur et crédible. Il y en a assez, pour une gauche qui se veut de transformation sociale et d’action, d’être toujours l’otage de ceux qui ne veulent pour rien au monde assumer l’exercice des responsabilités et qui concentrent leurs tirs essentiellement sur elle. A force de trouver la gauche pas assez à gauche, ils ont installé durablement la droite au pouvoir.

 Face à la mise en spectacle permanente du nouveau pouvoir impérial, populiste et oligarchique de Nicolas Sarkozy, disons-le simplement : ce n’est pas capituler que de vouloir gouverner et agir, ce n’est pas honteux que de chercher à comprendre le monde tel qu’il est, ce n’est pas trahir que de vouloir faire tomber le mur de Berlin dans nos têtes ! C’est simplement vouloir donner au socialisme sa part, sa chance et son avenir. C’est exercer sa responsabilité. C’est se donner les moyens de la reconquête politique.

Cette exigence intellectuelle renouvelée pour penser le monde tel qu’il est doit s’assumer comme une exigence de sens et de doctrine, en articulation avec notre histoire. La gauche moderne et populaire que nous devons construire ne sera ni danoise, ni italienne, ni anglaise : elle sera française ou elle ne sera pas.  La gauche française n’a pas su produire une cohérence idéologique autour de ses valeurs et de sa tradition nationale, pour la raison première qu’elle les méconnaît superbement. Et pour finir, elle s’est laissé voler jusqu’à la République, au moins dans les mots. Le travail, le mérite, l’autorité, l’ordre sont devenus, aux yeux de nos concitoyens, des valeurs de droite.  On nous fait ainsi porter les affres de théories qui ne sont pas les nôtres : nous croyons au rôle de la puissance publique pour permettre que tous les individus aient leur droit et leur chance, mais nous sommes, comme le disait Jaurès, individualistes et non étatistes.  La vérité est que cette tradition de la République démocratique et sociale dont nous avons besoin relève d’une amnésie au coeur de notre histoire, une blessure ouverte depuis 1 905, laissant face à face deux dogmatismes, le dogmatisme libéral et le dogmatisme marxiste, et refoulant tout ce qui a constitué le socialisme français dans sa spécificité propre. C’est à cette amnésie que nous devons l’impossibilité d’articuler ensemble nos actes et nos discours et de vivre dans un grand écart permanent entre angélisme et cynisme.  C’est pourquoi la refondation programmatique devra s’engendrer à partir d’une refondation intellectuelle, et que le long détour de la tradition sera nécessaire, une fois de plus, à l’enfantement de l’avenir. Pour mener une bataille idéologique, mieux vaut disposer d’armes et de munitions !  S’il est toujours utile d’être ferme sur les principes, sourcilleux sur les valeurs, rigoureux dans les analyses, il est désolant et triste de « s’être progressivement laissé gagner par le sectarisme : sectarisme d’appareils malthusiens et vieillissants, coupés des mouvements et de la diversité de la société, des jeunes, des intellectuels, des syndicats et des associations, des nouvelles luttes et des nouvelles solidarités; sectarisme des courants à l’intérieur des appareils, où chacun regarde l’autre avec défiance, toujours prêt à instruire un procès en trahison, en déviance, en ambition, en impureté à son voisin immédiat.  Une gauche moderne et conquérante doit rompre avec le sectarisme ! Il faut ouvrir les portes et les fenêtres, il faut imaginer un processus qui transforme en profondeur le Parti socialiste et la gauche française devenus aujourd’hui des machines à produire de la division et de la défaite, il faut changer nos moeurs et apprendre à conjuguer autrement la richesse de notre pluralisme avec l’impératif de notre rassemblement et de notre efficacité.  François Mitterrand a fait le parti dont il avait besoin pour développer sa stratégie politique et préparer la victoire de 1981. C’était il y a plus de trente ans. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont fait de même. Le fétichisme des statuts, qui prévaut chez nous, n’est qu’une expression de l’impuissance politique qui nous a gagnés.  La vraie fidélité à l’égard des créateurs, ce n’est jamais la dévotion aux reliques, c’est la capacité de créer à son tour. C’est une des grandes faiblesses de la gauche ne n’avoir pas su unir ses familles dans une cohérence globale et d’avoir voulu sous-traiter à certains des pans entiers de la nouvelle synthèse dont nous avions besoin. L’effondrement du communisme, la reconnaissance que la préoccupation environnementale doit s’inscrire au coeur de la définition des politiques publiques parce qu’elle est constitutive de l’intérêt général, la nécessité d’opérer une reconquête républicaine comme préalable à toute reconquête sociale, l’acceptation du marché et la recherche de nouvelles solidarités, tout cela doit nous amener à transgresser les frontières d’appareils politiques qui se survivent pour des raisons qui n’ont plus lieu d’être, la défense d’intérêts électoraux particuliers et la fidélité à une histoire révolue. C’est pourquoi, si nous voulons ouvrir un nouveau cycle politique, des assises de la gauche et des progressistes doivent être lancées avant le congrès du Parti socialiste.  Les écologistes, les communistes, les démocrates, les radicaux, les citoyens, toutes celles et tous ceux qui dans les syndicats, les associations, veulent construire ensemble une nouvelle gauche française doivent s’y retrouver pour débattre ensemble des orientations qui devront être celles d’une gauche réformiste.  Le congrès de refondation devra être l’aboutissement de ce processus. Si nous ne faisons pas cela, nous reproduirons les mêmes enfermements, les mêmes malentendus, et nous laisserons la gauche dans l’état où nous la trouvons aujourd’hui, divisée, fragilisée, repliée, méfiante et sans perspective réellement novatrice et mobilisatrice.  Construire la nouvelle formation politique dont nous avons besoin pour mettre en mouvement la société, produire nos nouvelles fenêtres, gagner et agir dans la durée, cela fait aussi partie du cahier des charges qui doit être le nôtre pour préparer la reconquête politique.

 Je sais que beaucoup de nos amis, à l’extérieur du Parti socialiste, attendent de nous un signe. Je sais aussi qu’il existe une majorité au sein du Parti socialiste pour construire cette nouvelle espérance. Une gauche qui s’assume comme gauche de gouvernement, et cesse de préférer l’impuissance et l’amertume de la défaite à la responsabilité et l’effort de l’action; une gauche qui accepte d’inscrire cette action dans le monde tel qu’il est plutôt que de sans cesse se légitimer par le refus et se construire par des négations; une gauche qui s’invente une nouvelle vie collective, d’autres moeurs, une nouvelle fraternité; une gauche qui, fidèle à ses valeurs de démocratie, de justice sociale et d’internationalisme, en produise les conditions de réalisation concrètes à partir d’une stratégie offensive et en assumant de façon plus ferme et plus vigoureuse, face à la droite, la bataille des valeurs. Voilà les conditions de la reconquête politique. Alors au travail ! ».

Le Nouvel Obs

Trois élections présidentielles : démocratie «moderne» et refondation républicaine de la gauche

Créé par le 31 août 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle, Blog du Che, Le Che

JPC Dans ce long texte, Jean-Pierre Chevènement étudie l’« américanisation » de la vie politique à travers médias et sondages, propose une analyse comparée des trois dernières élections présidentielles (1995, 2002, 2007), revient sur la campagne présidentielle de 2007 et les contradictions non tranchées du Parti socialiste, et estime enfin que le PS doit résoudre son problème avec la nation.

Rapport préparatoire de Jean-Pierre Chevènement au colloque « La démocratie peut-elle survivre au système politico-médiatico-sondagier ? » organisé par la Fondation Res Publica le lund 10 septembre 2007 à la Maison de la chimie à 18h.I – L’« américanisation » de la vie politique à travers médias et sondagesLe fonctionnement de la démocratie a été profondément bouleversé par le rôle croissant des médias et, depuis quarante ans, des sondages.Ce système médiatico-sondagier a-t-il sonné le glas de la démocratie classique, où le citoyen éclairé par la raison, ou si l’on préfère guidé par son bon sens, décide, après un débat républicain argumenté, de ce qui lui paraît bon pour l’intérêt général ? Le rôle de la télévision paraît écrasant : l’Ecole permet-elle encore l’exercice de l’esprit critique ? Peut-on soutenir que la réintroduction de l’éducation civique, opérée en 1985, pèse de quelque poids dans l’élaboration de la volonté générale ? Que reste-t-il du rôle de médiation des intellectuels ! Reste-t-il d’ailleurs des intellectuels ? Et quelle est la place, dans la formation de l’esprit public, de la presse écrite dont le tirage diminue sans cesse ? La télévision semble jouer dans l’information le rôle des divisions blindées en 1940.

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Les recettes idéologiques du président Sarkozy par Serge Halimi

Créé par le 05 août 2007 | Dans : Articles de fond

Sources : site du Monde Diplomatique http://www.monde-diplomatique.fr/2007/06/HALIMI/14838

Avec plus de deux millions de voix d’avance sur sa rivale socialiste, M. Nicolas Sarkozy a été élu président de la République française le 6 mai dernier. Acquis avec un taux de participation électorale très élevé (83,97 %), ce résultat contredit la « règle » qui voulait qu’une majorité sortante soit battue lors de l’élection suivante. Mais le nouveau chef de l’Etat a bien marqué ses distances avec son prédécesseur, M. Jacques Chirac, en signifiant de façon répétée son désir de « rupture » avec ce qu’il assimile à un quart de siècle de « politiquement correct ». Les premières mesures économiques et sociales envisagées par son gouvernement (suppression de la carte scolaire, remise en cause du contrat de travail et du droit de grève, baisse de la fiscalité sur les très hauts revenus) donnent à cette rupture sa signification. Profitant du désarroi de la gauche, M. Sarkozy a néanmoins obtenu le ralliement à son programme de plusieurs anciens responsables du centre et du Parti socialiste. Avec leur concours, il escompte modifier profondément l’équilibre politique du pays et continuer à afficher ses convictions de droite. En cela, il rappelle des transformations intervenues ailleurs. En Espagne, en Italie, mais surtout aux Etats-Unis.

Par Serge Halimi

En France, un homme de droite vient de succéder à un président devenu impopulaire dans son propre camp, et il est parvenu à ses fins en battant une femme de gauche. Il paraît que ce genre d’histoire remonte un peu le moral des candidats républicains à la succession de M. George W. Bush. Surtout s’ils prévoient qu’en novembre 2008 ils affronteront la démocrate Hillary Clinton.

Il serait néanmoins paradoxal de voir la droite américaine s’inspirer demain de la stratégie politique du nouveau président de la République française. Imite-t-on son propre reflet dans un miroir ? Or, en matière de stratégie électorale, M. Nicolas Sarkozy a davantage été l’élève, doué, des techniques politiques déployées outre-Atlantique depuis quarante ans que l’inspirateur d’une alchimie nouvelle destinée à être exportée. Insistance sur le thème du déclin national, de la décadence morale, afin de préparer les esprits à une thérapie de choc libérale (la « rupture ») ; combat contre une « pensée unique de gauche » qu’on accuse d’avoir enkysté l’économie et atrophié le débat public ; réarmement intellectuel « gramscien » d’une droite suffisamment « décomplexée » pour exhiber ses amis milliardaires (et leurs yachts) ; redéfinition de la question sociale de manière à ce que la ligne de clivage n’oppose plus riches et pauvres, capital et travail, mais deux fractions du « prolétariat » entre elles, celle qui « n’en peut plus de faire des efforts » et la « république de l’assistanat » ; mobilisation d’un petit peuple conservateur dont on se prétend l’expression valeureuse et persécutée ; volontarisme politique, enfin, face à une élite gouvernante qui aurait baissé les bras : la droite américaine n’a nul besoin de traverser l’Atlantique pour que M. Sarkozy lui enseigne de telles recettes. Ce sont les siennes depuis Richard Nixon (1). Tout en émaillant ses discours de références à Jean Jaurès, Léon Blum et Guy Môquet, M. Sarkozy s’est en effet appliqué à reprendre les thématiques les plus performantes des derniers présidents républicains.

Souvent l’image du déclin vient à point. L’urgence d’un rappel à l’ordre s’impose plus naturellement quand le désordre règne dans la vieille maison. En 1968, le candidat de droite Nixon rode son discours glorifiant une « majorité silencieuse » qui n’accepte plus de voir son pays devenir la proie du chaos. Deux assassinats politiques (Martin Luther King et Robert Kennedy) viennent d’avoir lieu, et l’offensive du Têt des communistes vietnamiens a signifié que les Etats-Unis avaient déjà perdu la guerre. Nixon invite alors ses compatriotes à écouter « une voix tranquille dans le tumulte des cris. C’est la voix de la grande majorité des Américains, les Américains oubliés, ceux qui ne crient pas, ceux qui ne manifestent pas. Ils ne sont ni racistes ni malades. Ils ne sont pas coupables des fléaux qui infestent notre pays (2) ».

M. Sarkozy a profité des émeutes dans les banlieues françaises (octobre-novembre 2005), d’une portée dramatique difficilement comparable, pour reprendre ce registre des temps de tempête. Le 18 décembre 2006, à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, il célèbre « la France qui croit au mérite et à l’effort, la France dure à la peine, la France dont on ne parle jamais parce qu’elle ne se plaint pas, parce qu’elle ne brûle pas de voitures – cela ne se fait pas ici de casser ce que l’on a payé si cher –, parce qu’elle ne bloque pas les trains. La France qui en a assez que l’on parle en son nom. » Quatre mois plus tard, il enjoint à une foule marseillaise de se lever pour « exprimer le sentiment de cette majorité silencieuse ».

Comme Nixon, Ronald Reagan et M. Bush avant lui, M. Sarkozy mesure qu’aucune campagne ne mobilise si elle se résume à une litanie d’intentions pieuses, consensuelles et ennuyeuses. Il emploie donc des mots de combat. La droite américaine avait elle aussi fait son miel de l’affadissement du discours démocrate, qui, à partir des années 1950, abjura le répertoire de polarisation sociale de William Jennings Bryan (1860-1925) et de Franklin Delano Roosevelt. Les successeurs de Harry Truman ne disaient pas encore « gagnant, gagnant », mais telle était déjà leur idée. Leur formule aurait été plutôt : l’adversaire, voilà l’ennemi !

Pour le Parti démocrate, la peur de faire peur, c’est-à-dire en vérité celle d’être vraiment de gauche, devint telle que ce dernier en vint à reprocher aux républicains d’être « populistes », préférant se réserver la désignation plus apaisante de… « conservateurs ». « L’étrange alchimie du temps, expliqua ainsi son candidat Adlai Stevenson en octobre 1952, a d’une certaine manière converti les démocrates en vrai parti conservateur de ce pays – le parti dévoué à conserver tout ce qu’il y a de mieux et à construire, solidement et tranquillement, sur ces fondations. Les républicains, au contraire, se comportent comme un parti radical, voué à démanteler les institutions que nous avons ancrées solidement dans notre tissu social  (3). »

Dès décembre 2005, enhardi par le tohu-bohu que semblait susciter chacune de ses propositions (et provocations), M. Sarkozy rappela que sa stratégie jouerait aussi à fronts renversés : « Ce sera notre fierté d’être le parti du mouvement. Les socialistes sont devenus des conservateurs (4). » Puis il entreprit de nommer l’ennemi (5). Il cibla les années 1960. Nixon puis Reagan l’avaient fait avant lui, mais à une autre époque, plus proche des événements qu’ils pourfendaient.

Opposer à la gauche son absence de volonté

L’ennemi, ce furent ceux qui avaient « proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit ». A mille lieues des discours rassembleurs et mécaniques du président Jacques Chirac, mais tout aussi éloigné du charabia compassionnel et « participatif » de Mme Ségolène Royal, patchwork de propos décousus et vite oubliés, M. Sarkozy marqua les esprits. Il prétendit que la gauche « héritière de Mai 68 » avait à la fois « liquidé l’école de Jules Ferry », provoqué la « crise du travail » et déchaîné la « haine de la famille, de la société, de l’Etat, de la nation, de la République ». Il précisa aussi – car pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? – qu’elle avait « préparé le triomphe du prédateur sur l’entrepreneur, du spéculateur sur le travailleur » et qu’elle ne cessait de chercher « des excuses aux voyous ».

C’est là une vieille recette de la droite : pour ne pas avoir à s’étendre sur la question des intérêts (économiques), ce qui est sage quand on défend ceux d’une minorité de la population, il faut se montrer intarissable sur la question des valeurs : ordre, respect, mérite, religion. La manœuvre est encore plus aisée quand la gauche refuse de désigner ses adversaires, à supposer qu’elle en ait encore. Un jour, M. François Hollande laissa échapper que les socialistes s’en prendraient peut-être aux « riches ». Il se garda de récidiver devant le hourvari qui s’ensuivit. Demeurent les valeurs. En parler permet aussi aux conservateurs d’installer la discorde au sein des catégories populaires, en général plus partagées sur les questions de morale et de discipline que sur la nécessité d’un bon salaire.

Toutefois, pas plus aux Etats-Unis qu’en France, la droite n’a imputé le « déclin » présumé du pays à des motifs exclusivement moraux ou culturels. Selon elle, des politiques économiques précises avaient attaqué de plein fouet la « valeur travail » (ou work ethic dans le cas américain). Les démocrates auraient créé du chômage en relevant les impôts ; les socialistes, découragé l’effort (et déprimé les salaires) en réduisant la durée du travail. Il ne pouvait être question pour la droite de s’accommoder de telles erreurs en attendant le concours de la chance ou celui de la main invisible (du marché).

C’est souvent à ce sujet qu’on commet un fâcheux contresens à propos du néolibéralisme. Car sa pratique courante n’est nullement l’indolence du « laissez faire, laissez passer ». Ainsi, Reagan comme M. Bush n’ont cessé d’intervenir pour favoriser les intérêts des chefs d’entreprise et ceux des détenteurs de capitaux, indissociables à leurs yeux de l’intérêt national. L’année même de l’entrée en fonctions du premier, en 1981, il prit trois décisions capitales : celle de casser la grève des contrôleurs aériens en révoquant les douze mille salariés qui y avaient pris part et en détruisant leur syndicat ; celle de geler le salaire minimum (qui n’augmenta plus une seule fois pendant les deux mandats de Reagan) ; celle, enfin, de réduire brutalement l’imposition de la tranche marginale supérieure des revenus (taxée à 70 % en 1981, elle ne le fut plus qu’à 28 % en 1987).

Impulsées par la Maison Blanche, pas par le « marché », ces trois orientations convergeaient. La casse du syndicalisme favorisa, par exemple, le transfert d’une partie de la richesse, du travail vers le capital, du salaire vers le dividende. Elle en constitue souvent d’ailleurs la condition préalable. Est-ce donc vraiment un hasard si des partisans de M. Sarkozy souhaitent le voir à son tour provoquer une épreuve de force avec les syndicats afin que, comme Reagan en 1981, comme Mme Margaret Thatcher en 1984-1985 face aux mineurs britanniques, il marque la « rupture » par un coup d’éclat ? La promesse d’une restriction du droit de grève dans les services publics (transports et écoles) fournit une occasion de bien comprendre que, dans l’esprit de M. Sarkozy, ce sont les directions d’entreprise, pas les salariés, qui gouvernent la « valeur travail ».

En janvier 1978, un an à peine après son entrée à la Maison Blanche, le président démocrate James Carter réclame à ses concitoyens « patience et bonne volonté ». Il leur tient ce discours : « Il y a des limites à ce que l’Etat peut faire. Il ne peut pas résoudre nos problèmes. Il ne peut pas fixer nos objectifs. Il ne peut pas définir notre vision. Il ne peut pas éliminer la pauvreté ou assurer l’abondance ou réduire l’inflation. Il ne peut pas sauver nos villes, lutter contre l’analphabétisme ou nous procurer de l’énergie  (6). »

Dès juillet 1980, alors qu’il se prépare à affronter un président accusé d’« indécision » devant la crise de l’énergie et de « désarmement unilatéral » face à l’Iran et à l’Union soviétique, le « libéral » Reagan oppose son volontarisme à la neurasthénie apparente de son adversaire, dont il fustige la « faiblesse », la « médiocrité », l’« incompétence ». Il indique : « Il y a peut-être un marin à la barre du pays, mais le navire de l’Etat n’a pas de gouvernail. (…) Nos problèmes provoquent des souffrances et détruisent la fibre morale de gens bien réels qui ne devraient pas, en plus, subir l’indignité d’entendre leur gouvernement leur expliquer que tout est de leur faute  (7). » Bien sûr, Reagan n’aurait jamais dit, comme le fit M. Sarkozy : « Si nous voulons une société juste, il faut d’abord un Etat fort (8). » Mais prétendre que le discours volontariste du président français le distinguerait fondamentalement du libéralisme de la droite américaine constitue une erreur absolue.

Comme Reagan, M. Sarkozy n’a jamais hésité à opposer son énergie propre, son leadership, à l’« inertie », à l’« immobilisme » de ses prédécesseurs. En contemplant M. Chirac, celui qui était son ministre de l’intérieur a même pensé, le 14 juillet 2005, à « Louis XVI en train de monter ses serrures à Versailles tandis que la France gronde ». Or, sur ce terrain de la négligence publique, les socialistes n’étaient pas exempts de reproches. A force de baisser les bras, de plaider que chaque problème était complexe et exigeait un traitement européen, de proclamer que « l’Etat ne peut pas tout faire », d’attribuer leur pusillanimité à l’existence d’un électorat populaire désormais « marqué par la mondialisation, marqué par le fatalisme, marqué par la résignation  (9) », ils ont provoqué cette contre-attaque du candidat de droite : « On a tout essayé, disait Mitterrand ! Eh bien non, contre le chômage, on n’a pas tout essayé ! (…) Je me souviens de Lionel Jospin déclarant pendant la campagne pour l’élection présidentielle : “Un homme politique responsable ne parle pas de la monnaie.” Pour moi, c’est dire cela qui est irresponsable ! Il n’y a pas un pays au monde où la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique  (10). »

Particulièrement appréciée dans des régions industrielles en crise, une homélie volontariste appuyait le trait : « Je n’aime pas la politique qui se contente de gérer. Je n’aime pas la politique qui est persuadée que rien ne peut être changé. Je n’aime pas la politique qui voudrait que le monde est tel qu’il doit être. Je n’aime pas la politique quand elle dit : on a tout essayé. Je n’aime pas cette politique ! Je ne crois pas à cette politique (11) ! » A Saint-Etienne, M. Sarkozy ajouta même : « La politique est impuissante quand elle ne veut rien. Quand on ne veut rien, on ne peut rien ! Moi je veux beaucoup et nous allons pouvoir beaucoup (12) ! » Assurément, M. Chirac avait déjà tenu ce genre de propos il y a douze ans. Précisément, il fut élu… En tout cas, soyons-en assurés, « Europe » oblige, le nouveau président ne pourra pas tout faire lui non plus. Et surtout pas de la peine à ses amis milliardaires : « Ils disent : faisons payer le capital ! Mais si le capital paye trop, il s’en ira (13). » Un soir d’allégresse, Johnny Hallyday a promis de revenir de Suisse sitôt les successions défiscalisées par le gouvernement. Car ça, l’Etat le fera (14).

L’affichage d’une volonté de rupture impose de conduire la bataille des idées. En la matière, la droite n’a jamais été aussi bête que la gauche l’imagine, affalée qu’elle est sur les pétitions d’intellectuels et d’artistes qui se prononcent en sa faveur sans susciter en général d’autres réactions que le sarcasme ou l’indifférence. Candidat à peu près certain de son camp depuis 2003, M. Sarkozy a, comme les conservateurs américains avant lui, construit son corpus idéologique permettant de rompre avec ce qu’il nomme le « prêchi-prêcha social-démocrate » et d’y substituer « tout ce que la droite républicaine n’osait plus faire parce qu’elle avait honte d’être la droite (15) ». Puis il a rodé – et retouché – ce programme semaine après semaine.

« Pour qu’une idée passe dans le pays, aurait-il expliqué, elle doit infuser dans les esprits pendant près d’un an (16). » Un an, c’est très peu, mais l’élu a bénéficié du concours des médias, du patronat, des ministères ; il a tiré parti des ratiocinations multidiffusées du publiciste Nicolas Baverez et de ses nombreux épigones sur « la France qui tombe » en raison d’une « politique d’euthanasie du travail (17) » ; il s’est appuyé sur les avis (qu’il sollicita) du rapport Camdessus, de la même farine idéologique que les pamphlets de Baverez, mais moins caricaturaux (18). Sa traversée du désert ressembla donc à une succession d’oasis. Et la guerre de position culturelle se transforma en Blitzkrieg. D’ailleurs, où était l’ennemi ? « Je demande, ironisa avec cruauté M. Sarkozy, à être comparé au leader du premier parti d’opposition de France. Quelles sont les idées neuves qu’a lancées François Hollande depuis quatre ans (19) ? »

Deux grands praticiens du combat d’idées durent endurer un itinéraire plus escarpé : le penseur ultralibéral Friedrich Hayek (1899-1992), qui avait « pensé l’impensable (20) », attendit plus de trente ans avant que des dirigeants politiques de premier plan (Mme Thatcher, Reagan, Augusto Pinochet) se trouvent en position de traduire ses analyses en actes ; le dirigeant communiste italien Antonio Gramsci mourut alors que Benito Mussolini était toujours au pouvoir. Mais ces deux grands intellectuels rompaient vraiment avec l’idéologie dominante de leur temps. Et ils ne disposaient ni de TF1, ni du Point, ni d’Europe 1 comme caisses de résonance permanentes.

« J’ai fait mienne l’analyse de Gramsci »

Fidèle à sa stratégie consistant à citer les auteurs les plus inattendus, M. Sarkozy a préféré situer sa démarche dans la lignée du communiste italien plutôt que dans celle de l’ultralibéral austro-américain. « Au fond, indiqua-t-il peu avant son élection, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là. En 2002, quinze jours après mon arrivée au ministère de l’intérieur, une certaine presse a commencé à m’attaquer sur le thème : “Sarkozy fait la guerre aux pauvres.” Je me suis dit : soit je cède et je ne pourrai plus rien faire, soit j’engage la bataille idéologique, en démontrant que la sécurité est avant tout au service des plus pauvres. Depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées. Tous les soirs, je parle de l’école, en dénonçant l’héritage de 1968. Je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral… Et la violence de la gauche à mon endroit vient du fait qu’elle a compris de quoi il s’agissait (21). »

En privilégiant dès les années 1960 « les couleurs vives aux tons pastel », Reagan avait devancé Sarkozy et contredit tous ces politologues qui ne conçoivent la conquête du pouvoir que comme une éternelle course au centre. Il avait en effet proposé « un choix, pas un écho (22) ». Mais, dans son cas, prendre le risque d’être jugé extrémiste comporta un prix. Celui de devoir enchaîner, entre 1954 et 1962, des centaines de discours glorifiant le capitalisme, à titre de porte-parole itinérant de General Electric (23). Celui de devoir attendre près de quinze ans avant de s’imposer au Parti républicain et d’accéder à la Maison Blanche. Une fois président, il cita souvent avec émotion le nom de John Kennedy, oubliant qu’en 1960 il avait combattu la candidature du démocrate en écrivant à Nixon : « Sous son apparence juvénile se cachent les vieilles idées de Karl Marx. Il n’y a rien de nouveau dans la conception [de Kennedy] d’un Etat tout-puissant. Hitler appelait le sien national-socialisme (24). » Les futurs choix de M. Sarkozy nous permettront de mesurer assez vite si désormais il apprécie Jaurès autant que Reagan adorait Kennedy.

La question de la sincérité est couramment posée. Peut-on prétendre, par exemple, avoir été pourchassé par le « politiquement correct » quand on fut ministre d’Etat quatre des cinq dernières années et qu’on disposa en permanence de l’appui compact du patronat et de la plupart des médias ? Là encore, certains précédents américains permettent de répondre. En 1961, l’essayiste et romancière Ayn Rand, une émigrée venue d’Union soviétique dont les livres se vendirent à des millions d’exemplaires, rédigea un article titré – au premier degré – « La minorité la plus persécutée d’Amérique : le big business (25) ». A l’époque, rappelons-le, les Noirs vivant dans les Etats du Sud ne pouvaient toujours pas exercer leur droit de vote… Symbole de la petite bourgeoisie provinciale, Nixon s’estimait quant à lui méprisé par la dynastie des Kennedy et par des grands médias tombés en pamoison devant cette famille d’aristocrates photogéniques de la Côte est. M. Bush, bien qu’il ait fait ses études à Yale puis à Harvard, s’est longtemps perçu, lui aussi, comme un rebelle, un petit Texan un peu rustre égaré dans un monde de snobs progressistes.

Maire de Neuilly et porte-parole du peuple

Dans ses Mémoires, Mme Peggy Noonan, rédactrice de certains des discours les plus fameux de Reagan, résume en deux phrases ce fantasme de droite du dissident permanent – des décennies de pouvoir républicain ne l’ont pas apaisé : « Les gens me demandent toujours comment une femme de ma génération a pu devenir conservatrice. C’est difficile pour moi de dire quand ma rébellion a commencé. » Quelques pages plus loin, elle ironise, mais à propos des démocrates : « Ils avaient tout pour eux, y compris 50 000 dollars par an dès l’âge de 32 ans, et pourtant ils se sentaient toujours assiégés (26). » Voilà qui est bien résumé… Quand il avait 32 ans, M. Sarkozy, qui se présente en éternel paria, dirigeait déjà la ville de Neuilly, une des plus riches du pays. L’invasion du bavardage psychologique dans le discours politique français aura peut-être servi à cela : la moindre éraflure d’amour-propre d’un adolescent transforme dorénavant un fils de famille en martyr. Ensuite, il suffit de très peu pour raviver la blessure. « Depuis 2002, précisa il y a quelques semaines M. Sarkozy, je me suis construit en marge d’un système qui ne voulait pas de moi comme président de l’UMP, qui récusait mes idées comme ministre de l’intérieur et qui contestait mes propositions (27). » Et cette fois Gavroche a triomphé.

Il est a priori difficile pour un candidat qui a le soutien du patronat, qui réclame la réduction brutale de l’impôt sur les revenus, la diminution ou la suppression des droits de succession et la baisse de la fiscalité sur les sociétés de se présenter comme le porte-parole du peuple. On sait qu’aux Etats-Unis l’exploit a été en partie accompli par Reagan et, plus récemment, par M. Bush. Pour s’en assurer, il suffisait de les suivre dans des Etats industriels en crise longtemps acquis aux démocrates (Michigan, Virginie Occidentale) (28).

Leur réussite a largement tenu à l’appel au sentiment national et patriotique (anticommunisme, puis antiterrorisme), au ressentiment fiscal du « petit contribuable » contre le « gros percepteur ». Sans oublier, bien évidemment, l’attachement aux « valeurs morales traditionnelles » (opposition à l’avortement, à l’homosexualité) et le rejet d’un « laxisme » judiciaire présenté comme le principal pourvoyeur de violences et de crimes. La palette de M. Sarkozy s’est inspirée de ce registre tout en laissant de côté les références trop tranchées aux valeurs religieuses, même si aux yeux du nouveau président « la question spirituelle a été très largement sous-estimée par rapport à la question sociale (29) ».

Le succès de la droite, américaine et française, en terrain populaire ne s’explique pas cependant par les seuls talents électoraux de ses porte-parole. L’une et l’autre ont profité de l’affaiblissement des collectifs ouvriers et militants, ce qui a conduit nombre d’électeurs aux revenus modestes à vivre leur rapport à la politique et à la société sur un mode plus individualiste. Le discours du « choix », du « mérite », de la « valeur travail » les a ciblés en particulier : ils veulent choisir (leur école, leur quartier) pour ne pas devoir subir ce qu’il y a de pire ; ils estiment avoir du mérite et n’en être pas récompensés ; ils travaillent dur et gagnent peu, guère plus, estiment-ils, que les chômeurs et les immigrés. Les privilèges des riches leur semblent tellement lointains qu’ils ne les concernent plus vraiment.

Là encore, l’histoire ne date pas d’hier. Aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, la concurrence internationale et la peur du déclassement transforment un populisme de gauche rooseveltien, optimiste, conquérant, égalitaire, aspirant au désir partagé de vivre mieux, en un « populisme » de droite faisant son miel de la crainte de millions d’électeurs populaires de ne plus pouvoir tenir leur rang, d’être rattrapés par plus déshérités qu’eux. C’est à compter de ce moment que les républicains réussissent à faire passer la ligne de fracture économique, non pas entre riches et pauvres, capitalistes et ouvriers, mais entre salariés et « assistés », Blancs et minorités raciales, travailleurs et fraudeurs.

Pendant les dix années précédant son accession à la Maison Blanche, Reagan racontera ainsi l’histoire (fausse) d’une « reine de l’aide sociale [welfare queen] qui utilise quatre-vingts noms, trente adresses et douze cartes de sécurité sociale, grâce à quoi son revenu net d’impôt est supérieur à 150 000 dollars ». Dans les années 1980, la stratégie républicaine est devenue assez limpide pour qu’un de ses architectes, Lee Atwater, la détaille sans détour : évoquant le lectorat du National Enquirer (un journal à scandale vendu à bas prix dans les supermarchés), il souligne qu’« on y trouve toujours des histoires sur tel ou tel milliardaire qui possède cinq Cadillac et n’a pas payé d’impôts depuis 1974 ». De celles-ci, les démocrates ne parlaient plus guère, par crainte de se voir reprocher un discours de « lutte de classes ». Mais, poursuit Atwater, « il y a aussi des articles sur un type assis sous une véranda et sirotant de l’alcool acheté avec des coupons alimentaires ». Ces histoires-là, le Parti républicain se jettera dessus (lire « “Saignés” par les pauvres »).

M. Sarkozy a refusé « que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur ». Il a opposé la France « qui se lève tôt » à celle des « assistés », mais jamais à celle des rentiers. Parfois, à l’américaine, il a même ajouté une dimension ethnique et raciale à l’opposition entre catégories populaires qu’il avivait, escomptant qu’elle produirait des dividendes électoraux. Ainsi, à Agen, le 22 juin 2006, ce passage d’un de ses discours lui valut sa plus longue ovation : « Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de demeurer sur le territoire national. »

En observant l’élection présidentielle qui vient de s’achever, Mme Noonan, la rebelle républicaine, vient de vivre une nouvelle conversion : « C’est un soulagement de pouvoir à nouveau admirer la France. Et pas seulement parce qu’elle a eu la sagesse de choisir un conservateur ; c’est la manière dont elle l’a fait (30). »

Serge Halimi.

(1) Lire Le Grand Bond en arrière. Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde, en particulier le chapitre IV, « La droite américaine dans un théâtre en feu », Fayard, Paris, réédition 2006.

(2) Discours devant la convention du Parti républicain, Miami, 8 août 1968.

(3) Adlai Stevenson, discours du 3 octobre 1952, cité par John Gerring dans Party Ideologies in America 1828-1996, Cambridge University Press, 2001, p. 249.

(4) Discours devant la convention de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) sur les injustices, 30 novembre 2005, cité par Eric Dupin dans A droite toute, Paris, Fayard, 2007, p. 143.

(5) Une pratique que même la gauche radicale a parfois abandonnée. Lire « Nommer l’ennemi », Le Plan B, n° 6, Paris, février 2007.

(6) Discours sur l’état de l’Union, 19 janvier 1978.

(7) Ronald Reagan, discours du 17 juillet 1980 devant la convention républicaine de Detroit.

(8) Nicolas Sarkozy, convention de l’UMP sur les injustices, 30 novembre 2005.

(9) François Hollande, « France Europe Express », France 3, 13 mai 2007.

(10) Nicolas Sarkozy, discours « Pour la France du travail », Agen, 22 juin 2006.

(11) Nicolas Sarkozy, discours de Marseille, 19 avril 2007.

(12) Nicolas Sarkozy, discours de Saint-Etienne, 9 novembre 2006. L’émission de France Inter, « Là-bas si j’y suis » du 2 mai 2007, qui a rediffusé ces extraits, a donné la parole au chercheur en linguistique Damon Mayaffre. Comparant les discours de M. Sarkozy et de Mme Royal, il a découvert, par exemple, qu’entre le 1er janvier 2007 et la fin avril le mot « dividende » n’a été employé qu’une seule fois (par Mme Royal).

(13) Nicolas Sarkozy, discours du 22 juin 2006, op. cit.

(14) Le 6 mai, à sa sortie du restaurant parisien de luxe Le Fouquet’s où le président élu fêtait sa victoire, Johnny Hallyday a déclaré : « Je sais qu’il tiendra les promesses qu’il a faites. Nicolas Sarkozy tiendra parole. »

(15) Nicolas Sarkozy, discours de Toulouse, 12 avril 2007.

(16) Nicolas Sarkozy cité par Carl Meeus, « PS : le choc des ambitions », Le Point, Paris, 17 mai 2007.

(17) Nicolas Baverez, La France qui tombe, Perrin, Paris, 2003, p. 83.

(18) Plaidant en faveur de la « valeur travail », Baverez a expliqué : « Pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance », 20 Minutes, Paris, 16 octobre 2003.

(19) M. Nicolas Sarkozy, L’Express, Paris, 17 novembre 2005.

(20) Lire « Quand la droite américaine pensait l’impensable », Le Monde diplomatique, janvier 2002.

(21) Le Figaro, Paris, 17 avril 2007.

(22) Formule de Barry Goldwater, « père » du conservatisme américain moderne et candidat du Parti républicain à l’élection présidentielle de 1964 (il fut écrasé).

(23) Lire le dossier du Monde diplomatique sur General Electric, novembre 2006.

(24) « Text of 1960 Reagan letter », The New York Times, 27 octobre 1984.

(25) Republié dans Ayn Rand, Capitalism, the Unknown Ideal, Signet, New York, 1967.

(26) Peggy Noonan, What I Saw at the Revolution : A Political Life in the Reagan Era, Random House, New York, 1990, p. 15 et 26.

(27) Le Figaro, Paris, 17 avril 2007.

(28) Lire « Le petit peuple de George W. Bush », Le Monde diplomatique, octobre 2004.

(29) Philosophie Magazine, Paris, avril 2007.

(30) Peggy Noonan, « Everything old is new again », The Wall Street Journal, New York, 14 mai 2007.

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