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La France à la reconquête de son destin

Créé par le 27 juin 2010 | Dans : Blog du Che, Fédérations MRC d'Aquitaine

 

Discours de clôture de Jean-Pierre Chevènement au Congrès du Mouvement Républicain et Citoyen, Paris, dimanche 27 juin 2010.

Dans moins de deux ans d’ici, l’élection présidentielle qui est, dans le système politique français, l’élection primordiale, « la mère des batailles » en quelque sorte, nous donnera, si nous le voulons, l’occasion de peser pour redonner à notre pays, non pas un futur comme aujourd’hui, mais un avenir.

Le MRC est avant tout une ligne politique, indissociablement au service du monde du travail et au service de la France, continue dans la durée, à la fois cohérente et exigeante, ambitieuse enfin pour la République et pour la nation. Je vous parlerai de la crise qui est devant nous, des perspectives qu’elle offre à notre projet et enfin des moyens que nous avons de peser d’ici 2012 et après.

I – La crise

Elle est fondamentalement celle du capitalisme financier dont nous avons combattu la mise en place en France et en Europe, dès 1983. Elle est aussi la crise de la monnaie unique, celle de l’euro que nous avions prévue depuis la création de celui-ci en 1992 par le traité de Maastricht. Il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour deviner que l’abandon de la souveraineté monétaire à une Banque Centrale européenne indépendante, copiée sur le modèle allemand de la Bundesbank, conduirait à des tensions insupportables dans une Europe faite de nations diverses, aux structures économiques et aux cultures différentes, et aux politiques économiques souvent divergentes.

A ce pari fou sur une convergence économique improbable des nations dans la zone euro, nous avons dès le départ manifesté une opposition solidement argumentée, non pas contre l’Europe mais pour une Europe des peuples avec leurs nations et non pas sans elles, voire contre elles. L’heure des comptes est arrivée. L’arrogance de nos élites bien-pensantes perd déjà de sa superbe.


1. La crise du capitalisme financier est inséparable de la déréglementation néolibérale mise en oeuvre dans le monde anglo-saxon d’abord par Mme Thatcher et M. Reagan, en Europe ensuite en vertu des traités européens et particulièrement de l’Acte Unique de 1987. Au nom de la « concurrence », trois cents directives européennes ont interdit les politiques industrielles et cassé les services publics. La seule régulation admise était celle du capital dont la liberté de mouvement, y compris vis-à-vis des pays tiers, a été consacrée le 1er janvier 1990. Tout le pouvoir aux actionnaires !

Leurs exigences de rentabilité ont fini par commander tous les choix économiques. Les délocalisations industrielles s’ensuivirent. L’épargne française s’est envolée à l’étranger, les capitaux investis à l’extérieur passant de 80 milliards d’euros en 1982 à 880 milliards en 2006, soit onze fois plus. Les effectifs employés dans l’industrie française ont fondu dans le même temps de 6 millions à 3,5 millions. Une quasi stagnation industrielle a marqué les deux dernières décennies, installant notre pays dans un chômage de masse (10 %), frappant particulièrement les jeunes (20 %).

Le capitalisme financier à l’anglo-saxonne est entré, depuis 2007, dans une crise de longue durée. Il a vu son principe se retourner contre lui avec la crise des subprimes. L’Hyperpuissance américaine, qui soutient le capitalisme financier comme la clé de voûte la cathédrale, s’est enlisée militairement et financièrement. Obama solde les comptes de G.W .Bush.

Dès le 4 septembre 2001, je vous avais dit à Vincennes : « Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. Ce sont les nations et les peuples qui font la permanence de l’Histoire ». Nous y sommes. Notre motion d’orientation fait une large place à l’analyse de cette crise que nous avions vu venir depuis longtemps, et en particulier à la situation de l’Europe prise en étau dans les tenailles du G2, ou si vous préférez de la « Chinamérique », je veux dire l’alliance objective des Etats-Unis, dont la monnaie – le dollar – est aussi la monnaie mondiale, et de la Chine qui a bâti sa croissance, tirée par l’exportation, sur l’exploitation par les multinationales d’une immense armée de réserve industrielle dont la qualité est d’ailleurs indéniable.

Le centre de gravité du monde a glissé vers le Pacifique. L’Europe est devenue un continent périphérique. Le traité de Lisbonne a achevé de la réduire à l’impuissance, à travers un mécanisme décisionnel opaque et inopérant. Quel échec tous égards pour les prophètes de Maastricht !

2. La crise de l’euro manifeste la fragilité pour ne pas dire l’absurdité d’une construction européenne fondée sur la négation des nations et de leur irréductible diversité. Les marchés financiers s’en prennent au maillon faible, c’est-à-dire aux Etats de la zone euro, à commencer par ceux qui sont les plus endettés. Il est loin le temps où le général de Gaulle déclarait « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ».

Invité à une émission de télévision, en février 2009, le Président de la République déclarait : « J’observe tous les jours l’évolution de ce qu’on appelle les « spreads », les primes de risque sur un certain nombre de pays. » Monnaie unique ou pas, la pression des marchés financiers recrée, non plus entre les monnaies mais entre les Etats, les tensions que reflétaient autrefois – avant 1999-, les parités monétaires affrontées à la spéculation. Quel désaveu pour cette monnaie unique, dès le départ mal pensée !

L’erreur initiale de la monnaie unique conçue à Maastricht et même avant, dès 1989, a été de faire comme si les nations n’existaient pas. La souveraineté monétaire de chaque pays a été transférée à une instance déconnectée du suffrage universel, la Banque Centrale Européenne indépendante, sans qu’ait été mis en place un gouvernement économique de la zone euro dont le rôle eût été de ne pas laisser se creuser les écarts de compétitivité entre les différents pays et d’ouvrir à tous un sentier de croissance partagé. Le mot « gouvernement économique » semble aujourd’hui accepté, y compris par Mme Merkel mais les interprétations divergent du tout au tout quant à son contenu.

Le Fonds européen de stabilisation financière, mis en place le 9 mai dernier, n’est pas un remède suffisant à la crise de l’euro. J’observe en effet que contre l’avis initial de la France, l’Allemagne a obtenu que chaque pays ne garantisse les futures levées d’argent qu’à hauteur de sa contribution au Fonds.

Le refus de la solidarité financière des Etats pour la mise en œuvre de plans de sauvetage éventuels est une grave faute. Un tel dispositif, en cas de crise grave, favorisera le creusement d’écarts de taux entre les différents pays. Bref, il aggravera la crise ! L’Europe navigue sur un volcan ! Ces Etats peuvent être acculés à la faillite par la pression des marchés. La responsabilité de tous ceux qui ont soutenu le traité de Maastricht et encore hier approuvé le traité de Lisbonne est engagée. « l’autocritique doit être partagée » entre le PS et l’UMP. Pour autant je ne pense pas qu’il faille faire la politique du pire en prenant par avance son parti du défaut possible de tel ou tel pays et de l’éclatement de la zone euro. La monnaie unique est devenue réalité. Elle a coûté beaucoup de sacrifices. Mais elle a eu aussi beaucoup d’inconvénients : un euro trop fort pénalise nos exportations et favorise les délocalisations industrielles. Certes, là où la BCE avait échoué : obtenir une parité un peu plus réaliste, la crise actuelle a provisoirement réussi mais la méthode n’est pas satisfaisante ! Elle est même franchement insuffisante. Nous sommes partisan de défendre la zone euro dans son intégrité mais en changeant les règles du jeu, en introduisant par exemple la croissance et l’emploi parmi les objectifs de la BCE. Le modèle américain, quoi ! Or, un concours de plans de rigueur s’organise dans toute la zone euro sous la pression des marchés financiers et à l’initiative de Mme Merkel. Il est sans doute nécessaire de responsabiliser les Etats. Solidarité de l’Europe et responsabilité des Etats sont deux principes qui doivent aller de pair.

Mais on ne peut raisonnablement demander à la Grèce de réduire son déficit de 13,6 % de son PIB en 2009 à 3 % d’ici à 2013. L’Irlande a de même un déficit de 13,4 %, le Portugal de 9,4 %, l’Espagne de 11,2 %. La purge imposée à ces pays, blocage voire diminution des salaires et des retraites à la clé, n’a aucune chance de réussir en si peu de temps.

En France, les engagements pris – réduire de 100 milliards notre déficit budgétaire d’ici 2013 – risquent de casser la reprise. Il eût fallu distinguer la bonne dette et la mauvaise : la bonne qui prépare l’avenir à travers l’investissement, et la mauvaise qui couvre les frais de fonctionnement et qu’il faut effectivement supprimer. Mais tout cela ne peut se faire sur le dos du monde du travail. Une réforme fiscale de grande ampleur s’impose. On ne peut pas non plus, pour équilibrer nos régimes de retraites mais aussi pour calmer les marchés financiers, remettre en cause la conquête essentielle qu’a été pour la classe ouvrière la retraite à soixante ans. L’espérance de vie pour les ouvriers est de sept ans inférieure à la moyenne. Nous demandons que pour les ouvriers de l’industrie, l’âge de départ à la retraite soit maintenu à soixante ans. Ce sera une bonne manière de revaloriser à la fois le travail et l’industrie.

Joseph Stiglitz l’a dit clairement « Si l’Union européenne continue dans la voie d’un plan coordonné d’austérité, elle court au désastre. Nous savons, depuis la Grande Dépression des années trente, que ce n’est pas ce qu’il faut faire ! ». Le pronostic de Joseph Stiglitz pour la monnaie unique est pessimiste. Je le cite « Pour Athènes, Madrid ou Lisbonne se posera sérieusement la question de savoir s’ils ont intérêt à poursuivre le plan d’austérité imposé par le FMI et par Bruxelles, ou au contraire, à redevenir maîtres de leur politique monétaire. » Le Président de la BCE a déclaré qu’il n’avait pas de plan B. Est-ce prudent ? Je ne le crois pas. Il faut préparer un plan B. Il n’est pas nécessaire de le dire. Mais il faut le faire.

Nicolas Sarkozy a fait malheureusement à Mme Merkel deux concessions majeures en acceptant :

- que le droit de vote d’un pays au sein du Conseil européen puisse être suspendu pour laxisme, en contravention avec les traités existants ;
- que la coordination économique et budgétaire s’opère au niveau de l’Union à vingt-sept, et pas au niveau des seize pays qui ont adopté la monnaie unique où se pose justement ce problème, les onze autres pays qui ont gardé leur monnaie pouvant procéder à des ajustements monétaires.

Même suivisme pour constitutionnaliser l’interdiction du déficit budgétaire. Cette reculade est inquiétante. M. Trichet a proposé un « fédéralisme budgétaire » qui priverait les Parlements nationaux de leur prérogative essentielle : le vote du budget de la nation. Ce n’est pas ainsi qu’on remédiera au déficit démocratique des institutions européennes.

Nous ne saurions accepter l’idée d’un visa préalable de la Commission européenne sur les budgets nationaux. C’est le Parlement qui vote le budget et personne d’autre. Monsieur Trichet sort de son rôle quand il parle de « fédéralisme budgétaire ». Ce discours ne peut avoir qu’un sens : soustraire à la délibération des Parlements l’élaboration des budgets. C’est une remise en cause fondamentale de la démocratie. Parler de fédéralisme relève de l’intoxication.

Celui-ci est impraticable : le budget européen dépasse à peine 1 % du PIB européen. Le taux moyen des prélèvements obligatoires en Europe est d’environ 40 %. Le mot « fédéralisme » dissimule en réalité la volonté de priver les peuples de toute possibilité d’expression et d’influence politique.

Ce qui serait raisonnable ce serait un processus itératif : le Conseil européen approuverait un cadre général de prévisions macroéconomiques, éventuellement ventilé par pays. Il reviendrait aux Parlements nationaux de délibérer et d’établir une programmation, d’ailleurs révisable, des recettes et des dépenses. En cas de désaccord, le Conseil européen chercherait à dégager un compromis, à charge par le gouvernement concerné de le faire ratifier par son Parlement. Il s’agirait donc d’un document de programmation concernant l’évolution de l’économie dans son ensemble aussi bien que celle des Finances publiques. Les parlements continueraient, dans ce cadre, à voter le budget.

Le gouvernement allemand devrait être incité à infléchir sa politique en relâchant la pression qu’il exerce notamment sur l’évolution des normes salariales. Sans doute est-ce là d’abord l’affaire du patronat et des syndicats. Mais dans le passé le gouvernement allemand n’a-t-il pas impulsé des plans comme l’Agenda 2010 ou les différents plans Harz, du nom du conseiller économique de M. Schröder ?

De même, la BCE devrait-elle être encouragée à ouvrir davantage le robinet monétaire, en prenant en pension, en cas de besoin manifeste et comme elle l’a déjà fait occasionnellement pour les titres de l’Etat grec, les titres d’emprunt d’Etat de façon à stopper la spéculation. Il y a là un vrai mécanisme de solidarité européenne défensive. Sur ce sujet, il est important qu’un accord intervienne entre la France et l’Allemagne avant le remplacement de M. Trichet à la tête de la BCE. M. Axel Weber, président de la Bundesbank, s’il est nommé à la place, doit l’être sur la base d’un contrat. La cohésion franco-allemande est sans doute nécessaire, mais elle ne saurait se confondre avec l’alignement !

On ne peut que regretter rétrospectivement le projet de monnaie commune soutenu en 1990 par la Grande-Bretagne, dit encore « hard écu », la monnaie commune ayant cours vers l’extérieur et laissant subsister, à l’intérieur, des monnaies nationales inconvertibles autrement qu’à travers un accord politique fixant leur parité par rapport à la monnaie commune. Ce système simple permettait, sous un « toit européen » commun, les ajustements monétaires rendus nécessaires par les évolutions divergentes que le pacte de stabilité de 1997, rudimentaire et arbitraire, n’a pas permis d’empêcher et qu’on ne pourra jamais empêcher, car ils sont enracinés dans les comportements nationaux façonnés par des siècles d’Histoire.

La situation st aujourd’hui gravissime. Après la Grèce, ce peut être le tour d’un grand pays comme l’Espagne et ensuite le détricotage de toute la zone euro. Nous devons nous préparer à toutes les hypothèses en nous efforçant d’approfondir le dialogue avec l’Allemagne et d’élaborer des positions communes, y compris des scénarios alternatifs.

Nous savons ce que nous ne voulons pas : il ne serait pas réaliste et même franchement contraire à l’intérêt national de vouloir redécouper la zone euro pour en exclure les pays autrefois désignés comme « pays du club Med ». La France ne pourrait pas accepter une union monétaire à cinq ou six avec l’Allemagne et le Benelux. Ce qui reste de notre industrie n’y résisterait pas. Ce serait inacceptable pour l’idée que nous nous faisons de l’Europe. Nous devrons le faire savoir à nos amis allemands. La zone euro doit être défendue dans ses limites actuelles. Il serait inacceptable de revenir à la conception d’un noyau dur à cinq (Allemagne-Benelux-France) tel que proposé en 1994.

Pouvons-nous faire confiance aux milieux dirigeants français, toutes tendances confondues, pour manifester une telle volonté ? Non, nous ne le pouvons pas ! Ils ont trop investi sur l’Europe de Maastricht et sur la monnaie unique. Leur orgueil nourrit leur aveuglement. Nos élites, comme dans les années trente, manquent de confiance en la France. Voilà pourquoi nous devons peser. Ici et maintenant !

II – Notre projet

Notre projet est clairement de refaire de la France un grand pays industriel et technologique. Pour cela nous n’avons aucune confiance dans ceux qui nous ont fourvoyés. Combien d’emplois ont créés en France depuis dix ans les entreprises du CAC40 ? A ma connaissance, aucun. Elles se développent à l’étranger. Nos dirigeants manifestent tous les jours à quel point ils ne croient pas en l’avenir de la France. Et nous, nous voulons rendre confiance à la France et à sa jeunesse. Nous voulons rendre à la France une éthique républicaine exigeante, et avec elle sa fierté et son ambition.

C’est possible ! Nos atouts restent immenses et d’abord dans la formation, la recherche, l’innovation, et ensuite dans notre épargne, l’une des plus élevées du monde ! Ce qui manque c’est la volonté de créer un cadre propice à la valorisation des atouts de la France. Notre mot d’ordre est le même qu’en 1981 : d’abord l’emploi !

Nous disons non à la dictature de l’Argent ! Non à « l’acquisition de la valeur par l’actionnaire », comme disent nos financiers. Nous voulons faire la Révolution. Au sens étymologique du terme : remettre les choses à l’endroit. Faire passer le souci de l’Homme avant celui de la Finance.

Ce n’est pas si difficile que cela :

- Il nous faut d’abord une monnaie qui n’écrase pas notre compétitivité.
- Et nous devons imaginer et mettre en œuvre un contrôle public du crédit, afin de soustraire le développement de nos entreprises à la dictature du court terme et à la myopie de nos élites financières.

Voilà le projet de salut public qui éclaire nos quarante propositions.

Nous voulons une autre Europe, fondée sur la démocratie qui vit dans les nations. Nous voulons une ligue de peuples étendue jusqu’à la Russie. Nous devons organiser la « résilience » de l’Europe. Certes, les temps où l’Europe dominait le monde sont définitivement derrière nous. Nous nous réjouissons du développement légitime de grands pays milliardaires en hommes. Mais pas au prix de la destruction de notre industrie, de notre modèle social et de notre avenir !

Je suis persuadé qu’un projet commun peut réunir Paris et Berlin vers la Russie d’une part, vers la Méditerranée et l’Afrique d’autre part. Et ce projet européen peut associer Rome, Madrid, Varsovie, et d’ailleurs toutes les autres capitales européennes. C’est de la « résilience » de l’Europe qu’il s’agit, bref de la survie d’un ensemble de nations libres, démocratiques et que nous voulons maintenir prospères. Oui le moment approche où il faudra repenser ce que le mot « Europe » veut dire !

Il faut faire bouger les lignes. Que le vrai débat s’ouvre. Nos élites ne comprennent qu’un langage : celui des rapports de forces. Nous sommes seuls ? Mais ouvrons les yeux : en Europe, les peuples n’acceptent pas la purge. Les Etats-Unis d’Obama non plus, qui ont besoin d’une locomotive européenne pour les aider à combler leurs déficits.

Regardons le calendrier : après 2012 en France, il y a en Allemagne 2013, l’échéance des élections générales ! Or, la gauche allemande reprend du poil de la bête, même si ses divisions entre le SPD, die Linke et les Verts constituent pour elle un handicap historique. Une France progressiste pourrait l’aider à surmonter ce handicap. Parions que de toute façon les évènements feront bouger les mentalités chez notre grand voisin. À condition que la France se tienne et qu’elle joue son rôle, celui de la nation forte qu’elle a été et qu’elle doit redevenir !

Je ne m’étends pas davantage sur notre projet : Il est de rendre la France exemplaire !

III – Comment peser ?

1. Comment d’abord mettre la France à la hauteur des formidables défis qui sont devant nous ?

Je ne dirai que peu de mots de Nicolas Sarkozy. Sa fonction n’est pas en cause. Il a été élu démocratiquement Président de la République. Mais c’est son projet, libéral, européiste et atlantiste que nous combattons. Il ne met pas la France sur la bonne pente. Nicolas Sarkozy peut être battu, mais il n’y a pas aujourd’hui d’alternative politiquement et intellectuellement construite : Le Parti socialiste reste prisonnier d’une vision libérale et européiste dépassée. Comme hier avec les Verts, au sein de la « gauche plurielle », l’alliance avec Europe Ecologie pose problème. Certes, sur divers sujets de société ou même de politique extérieure, et sur les questions environnementales, nous pouvons trouver des convergences ou des compromis avec cette formation, mais sa thématique (décroissance, sortie du nucléaire, rejet de la philosophie des Lumières, au nom de la contestation du « progrès »), tourne trop souvent le dos aux orientations d’une politique de salut public.

Comment, dans ces conditions, substituer une régulation politique à la dictature des marchés financiers, sinon en se tournant vers le peuple lui-même ? C’est tout simplement notre devoir, car il faut que notre peuple soit à nouveau rendu maître de son avenir.

2. Nous devons donc remédier à l’insuffisance de l’offre politique.

Non que les hommes ou les femmes qui prétendent à concourir soient médiocres.

Nicolas Sarkozy a des défauts, mais il a aussi d’incontestables qualités, d’habileté et de pragmatisme. Cela ne suffit pas. Dominique de Villepin a beaucoup de qualités, mais il a aussi quelques défauts, par exemple d’avoir gardé sa carte à l’UMP.

Pouvons-nous nous tourner en confiance vers le PS ? Martine Aubry est une femme énergique. Elle donne le sentiment de savoir où elle va mais si son projet rencontrait le nôtre, elle ne nous marcherait pas sur les pieds tous les jours.

Je ne reviendrai pas sur les régionales où neuf de nos candidats, placés en position éligible et inamovible, aux termes mêmes de l’accord dûment paraphé par Martine et par moi-même, ont été purement et simplement éjectés entre les deux tours.

Je ne dirai rien sur les élections européennes où les conversations engagées ont tourné court, du fait du PS.

Je ne dirai rien sur les municipales où quand nous sommes en position forte, comme à Belfort, nous devons affronter une liste socialiste au premier tour. Encore, avec 13 % se désiste-t-elle au second tour pour la liste conduite par Etienne Butzbach qui l’avait nettement devancée au premier avec 33 % des voix.

Rien de tel aux sénatoriales, où le Président du Conseil général socialiste se maintient contre moi au deuxième tour bien que je l’aie devancé au premier. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêché d’être élu contre le candidat de l’UMP, ce qui est normal, et contre celui du PS, ce qui ne l’est pas du tout.

Bref, le Parti socialiste ne nous tolère que lorsque cela lui est utile ou qu’il y est contraint. Autrement, il nous écrase. Il ne reconnaît pas la légitimité du débat qui nous oppose à lui sur maints sujets. Il est incapable d’une autocritique sérieuse, sur Maastricht par exemple ou sur 2002 où il nous transforme en bouc émissaire commode pour ne pas avoir à remettre en cause la ligne politique qui l’a conduit à la défaite. Il délaisse le social pour le sociétal et au point où il est parvenu, il transformerait volontiers la gauche en organisation caritative.

Dominique Strauss-Kahn, a de remarquables facilités intellectuelles. Comme Martine Aubry, je le connais bien. Nous avons eu longtemps des relations sympathiques. Sauf sur la politique industrielle, sur l’Europe dont, dans un rapport remis à Romano Prodi en 2004, il voulait faire une nation, thèse peu sérieuse pour un candidat potentiel à la Présidence de la République française, sauf enfin sur les plans de rigueur qu’il administre à la tête du FMI. Au sein de celui-ci, les Etats-Unis disposent d’une minorité de blocage. Etait-il si prudent de les introduire dans la bergerie européenne ? Et de mettre d’éventuels plans de sauvetage de l’euro sous tutelle américaine ?

Ségolène Royal est courageuse. Sa personnalité est charismatique. Elle n’a malheureusement pas respecté jusqu’au bout l’accord politique qui la liait à nous.

François Hollande est talentueux. C’est le meilleur orateur chez les socialistes. J’ajoute, à titre personnel, qu’il est très sympathique. Mais sur l’essentiel, ces quatre-là pensent la même chose. Ce sont des sociaux-libéraux. Ils ne voient rien, au-delà de l’horizon des marchés financiers. C’est embêtant.

Je ne dirai rien du Parti communiste et du Parti de gauche. Il faut d’abord qu’ils s’entendent sur la procédure.

3. Nous avions un moment envisagé, avec circonspection mais esprit d’ouverture, des primaires de toute la gauche. Elles n’auraient été possibles que sur la base d’un dessein à peu près partagé. Sinon le désistement n’aurait eu que le sens d’un ralliement. En sommes-nous là aujourd’hui ? Certainement pas. Il faut donc faire bouger les lignes !

Par ailleurs, il faudrait bien sûr un accord sur l’organisation de ces primaires. Mais les dirigeants du PS n’ont-ils pas commencé à vider eux-mêmes ces « primaires » de leur substance en passant par avance des pactes de désistement ? Pacte de Marrakech entre Dominique Strauss Kahn et Martine Aubry … Pacte du Boulevard Raspail où se sont rencontrées Ségolène Royal et Martine Aubry … François Hollande lui-même exprime sa crainte de passer pour un « diviseur » s’il se présente à ces primaires ! Bonjour l’ambiance !

Bref, les choses de ce côté là ne sont pas mûres … Il faudrait que sur tous les sujets de fond s’engage un débat fracassant ! Sinon ces primaires risquent de se résumer à une campagne médiatique arbitrée par les sondages.

Pouvons-nous changer la donne ?

4. Devant tant d’incertitudes, nous devons prendre nos résolutions. Pour faire bouger les lignes et engager un débat sur le fond, le MRC doit se préparer à présenter un candidat républicain – je cite notre motion d’orientation. C’est la seule manière de faire que 2012 soit le début de la reconquête par la France de son destin.

La tâche est infiniment rude car la gravité de la situation financière va très vite mettre le salut public à l’ordre du jour. Ce n’est pas seulement une candidature républicaine qui fera bouger les lignes. Ce seront les évènements eux-mêmes. Pour préparer l’avenir d’une Europe des peuples, avec en son cœur une compréhension franco-allemande renforcée, il faut une France forte et une France capable de raisonner mondial. La crise du capitalisme financier mondialisé implique en effet une réponse mondiale. Notre meilleur allié aujourd’hui s’appelle Obama. Car le Président américain doit résorber les énormes déficits de la balance commerciale (700 milliards de dollars) et du budget général américain (12 % du PIB !).

Il ne le peut qu’à travers une croissance forte, non seulement aux Etats-Unis mais dans le reste du monde. Il doit pouvoir compter sur une France capable de jouer son rôle de contrepoids en Europe, dans l’intérêt de l’Europe et de l’Allemagne elle-même. Car celle-ci réalise 60 % de son excédent commercial sur la zone euro. L’Allemagne aussi a ses problèmes. Elle connaît notamment une précarité grandissante. Une relance de la demande intérieure, y compris par la voie salariale, peut ranimer la croissance allemande. Bref un compromis européen est nécessaire à tous égards, y compris pour aider les Etats-Unis à surmonter leur crise.

Voilà le discours que devrait tenir un candidat républicain, animé d’une vision qui réponde à l’intérêt national mais plus largement encore à l’intérêt de l’Humanité tout entière dans cette période historique dangereuse où la guerre peut, comme dans toutes les périodes de crise, à tout moment, surgir à l’horizon.

5. Qui peut nous inspirer confiance dans ces circonstances difficiles ? Objectivement, il n’y a pas beaucoup d’hommes d’Etat à l’horizon. Certes on ne naît pas homme d’Etat. On le devient. Je suggère que nous ne prenions pas aujourd’hui de décision précipitée sur la personne du candidat républicain dont la France a besoin et que nous soutiendrons. Un candidat à la Présidence de la République peut être soutenu par un parti. Mais il ne peut être le candidat d’un parti. Pour ma part, vous le savez, je n’ai jamais été tenaillé depuis l’adolescence par l’envie rentrée de devenir Président de la République. Je n’ai pas calibré ma carrière en conséquence.

Je me suis borné à une fonction d’instituteur républicain, en quelque sorte, au sens étymologique du terme. Si je me suis résolu à être candidat en 2002, c’est pour témoigner d’une vision républicaine qui n’était portée par aucun autre. Je ne retire rien des vues que j’ai exprimées qui n’avaient en général que le défaut d’être prémonitoires. Sur l’Europe par exemple.

Je récuse évidemment le procès imbécile qui m’a été fait d’avoir fait perdre le candidat socialiste. Si 11 % des ouvriers seulement ont voté pour lui, ce n’est quand même pas la faute de Chevènement. Trêve donc de balivernes ! En démocratie il est légitime de porter le débat devant l’électeur.

Aujourd’hui, je ne veux rien exclure. Certes, je ne suis plus jeune. Mais l’expérience est irremplaçable. Depuis quarante ans, depuis le Congrès d’Epinay, j’ai vu qui était qui, qui faisait quoi. J’ai compris beaucoup de choses. Et je ne suis animé que par le souci de servir mon pays. J’observe qu’en 1917, Clemenceau avait soixante-dix-sept ans. Quelle leçon d’énergie il a laissée ! Celle-ci serait aujourd’hui bien nécessaire !

6. Quel profil d’ailleurs doit avoir un Président de la République par les temps qui courent ?

La hauteur de vues, c’est le principal.
La volonté ensuite de rétablir dans l’Etat une stricte déontologie républicaine.
Le souci enfin d’aller à l’essentiel, en laissant le Premier ministre gouverner et recevoir, par exemple, Thierry Henry.

Bref, du grand classique ! En outre, le souci de rassembler largement, sans sectarisme et sans démagogie, car le Président de la République doit être « l’Homme de la Nation » et pas celui d’un parti. C’est ce qui est embêtant aujourd’hui : les institutions de la Vème République n’étaient pas faites pour être ainsi confisquées par deux partis. Il faudrait donner un peu d’air à tout cela ! Voilà pour le profil du candidat.

7. Le moment est-il venu de décider ? Chacun comprendra qu’il faut créer d’abord un espace politique. C’est là votre mission. Pour ma part, je porterai dans le pays le message de la République à chaque occasion

Comment créer cet espace politique ? Je ne vois qu’un moyen : convaincre nos concitoyens que ceux qui les ont fourvoyés depuis Maastricht, et même avant et jusqu’à Lisbonne en 2008, ne sont pas les mieux placés pour solliciter leur confiance. Faites donc entendre le langage de la vérité ! Vous le connaissez ! Faites connaître nos analyses et notre projet. Sachez que pour ma part, je suis disponible ! Alors, vous verrez, d’ici un an, vous ferez bouger les lignes. C’est ainsi que vous ferez revivre la République, que vous aiderez au grand retour de la France et que vous ouvrirez non pas un misérable futur, mais un bel avenir à notre jeunesse.

La France qu’on aime : le grand discours novateur de Martine Aubry qui exprime un ancrage sincère et profond dans le socialisme républicain

Créé par le 03 déc 2009 | Dans : Parti socialiste

LA FRANCE QU’ON AIME  Martine AUBRY 

à Geneviève, Joël, Wali et Mustapha 

(Seul le prononcé fait foi) 

Chers amis, 

Vous venez de voir et d’entendre, dans ce film, des Français parler de la France qu’ils aiment, des valeurs qu’ils portent, et de la société dont ils rêvent. 

Ils sont venus dans ce Tour de France organisé par le Parti Socialiste pour parler de l’identité de la France avec ceux qui la font vivre, qui la construisent et qui la transforment. 

A chaque fois, des centaines de nos compatriotes ont pris le temps de venir réfléchir librement avec nous, et je les en remercie. Ils se sont souvent dépêchés de rentrer du travail. Ils ont renoncé à une soirée en famille. Pour parler de l’essentiel, de ce qui nous réunit. Des paroles fortes et souvent émouvantes. 

Bien sûr, j’ai entendu la souffrance, le mal-être, le désarroi dans une société qui marche sur la tête. Mais j’ai ressenti aussi l’énergie de celles et de ceux qui créent, qui produisent, qui sont généreux et solidaires, et qui ont l’enthousiasme des bâtisseurs d’avenir. 

Ils nous ont parlé de la France qu’ils aiment et dont ils sont fiers. Et ce dont ils parlaient d’abord avec force, ce sont des grands principes qui fondent notre République : la liberté, l’égalité, la fraternité, et beaucoup ont ajouté la laïcité. Ils nous ont dit leur attachement à ces valeurs comme leur inquiétude de les voir abîmées. 

Je le dis ici avec solennité et même gravité : l’identité de la France est un joyau trop précieux pour être soumis aux aléas des joutes électorales et aux vivats d’une propagande gouvernementale. 

L’identité de la France, ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, c’est bien plus, c’est la République. Comme idée, la République a plus de deux siècles ! Comme régime, plus de cent ans ! Comme promesse intégralement tenue, elle est encore à parfaire ! 

Liberté, égalité, fraternité, laïcité, changer les mots en actes, voilà le grand défi. Je le dis avec la force puisée dans les rencontres avec ces milliers d’hommes et de femmes d’Angoulême à la Seyne-sur-Mer, de Tourcoing à Auch, de Grenoble à Nancy en passant par Cachan et aujourd’hui Rennes. 

Voilà la France qu’on aime, celle que j’aime et dont je veux vous parler. La France qui ne doute pas de son identité. La France qui s’inquiète du recul de sa démocratie, de son modèle social et de son vivre ensemble. La France qui aspire à une nouvelle donne pour l’avenir. 

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I – Une identité républicaine 

La France bien sûr, ce sont ses territoires, ses paysages naturels si divers, si beaux, ses montagnes qui l’élèvent, ses mers qui la caressent ou la giflent, ses plaines qui la posent. Ses monuments qui viennent rappeler notre passé, ses universités qui indiquent le futur. Ses écrivains, ses artistes, ses hommes de science, qui ont fait notre histoire et qui éclairent notre avenir. 

La France, c’est une langue admirable, une histoire vivante, un patrimoine remarquable, une culture dont nous héritons et que nous avons le devoir d’enrichir et de transmettre. 

Mais, être français, c’est d’abord et surtout partager des valeurs, être un citoyen avec des droits et des devoirs, et vouloir construire ensemble un avenir commun

Oui, la France, se définit d’abord par ses valeurs. La France est un pays qui s’apprend plus qu’il ne s’hérite

La France, ce sont les Droits de l’Homme et du Citoyen, qui portent un message de respect et de tolérance. C’est la France de Montesquieu, de Diderot, de Tocqueville, la France de la déclaration de 1789, la France de tous ceux qui furent les défricheurs de la liberté. 

La France, c’est l’égalité, et le modèle social qui la porte : égalité par l’école publique, égalité par la protection sociale, égalité par la redistribution. C’est un système de santé parmi les meilleurs au monde, une assurance-chômage pour tous, une retraite qui doit être décente. La France, c’est un pays où on ne doit laisser personne sur le côté de la route. C’est la France du programme du Conseil national de la Résistance qui demandait « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ». Une belle phrase à méditer aujourd’hui ! Et c’est ce modèle social – héritage partagé – qui nous protège aujourd’hui face à la crise, ce modèle social avec lequel, il n’y a pas si longtemps, on nous disait qu’il fallait rompre. 

La France, ce sont des services publics, la puissance publique au service de l’intérêt général. 

La France, c’est le droit du sol, qui fait que toute personne qui naît et grandit en France est française. C’est une France accueillante et ouverte. Jules Ferry le disait avec force dans son discours d’Epinal en 1887 : « Au lieu de fermer la République, il faut l’ouvrir, l’ouvrir à tous les hommes de bonne volonté ! ». Dans le même texte, il regrettait  ce « patriotisme haineux et bruyant, qui ne fait pas œuvre d’union et d’apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et d’exciter les citoyens les uns contre les autres. » À plus d’un siècle de distance, cette phrase garde –ô combien- toute son actualité. 

La France, c’est la laïcité, qui accueille toutes les religions pourvu que la religion reste du domaine privé et qu’elle respecte le socle de nos valeurs communes. Comme disait Jaurès, à Castres en 1904 « démocratie et laïcité sont deux termes identiques ». Et il ajoutait : « Pas plus que le moine ou le prêtre ne sont admis à se substituer aux officiers de l’état civil dans la tenue des registres [..], pas plus ils ne peuvent, dans l’accomplissement du devoir social d’éducation, se substituer aux délégués civils de la nation, représentants de la démocratie laïque. ». C’est au nom de cette conception de la laïcité que nous avons été choqués des propos du Président de la République à Latran selon lesquels « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur parce que lui manquera toujours le sacrifice de sa vie ». De même, nous considérons que la République n’a pas à demander à des imams d’éteindre les incendies des banlieues, comme ce fut le cas au moment des violences urbaines de 2005. C’est à la République d’assurer l’ordre, non aux religieux. C’est cela la laïcité. On voudrait aujourd’hui la qualifier de positive ; nous le récusons, car qualifier la laïcité de positive, c’est déjà commencer à la disqualifier. 

La République distingue la loi et la foi, c’est pourquoi son message est un rempart à la « guerre des religions » et au « choc des civilisations » que l’internationale des intégristes souhaite déclencher. 

Mais la République protège la liberté de croyance et de conscience, et permet à chacun de l’exercer. Libre à chacun d’apporter sa réponse. Mais elle est personnelle, intime, tolérante. Elle ne saurait s’imposer aux autres consciences, ni se substituer à la loi des hommes. Préservons la laïcité, ne touchons pas à la loi de 1905 : elle n’est pas seulement le trésor de notre nation, elle est notre plus belle exportation au monde violent du 21ème siècle. 

La France, c’est l’universalisme. La France se conçoit porteuse d’une mission qui la dépasse en faveur des Droits de l’Homme, en faveur de la coopération européenne et internationale, en faveur de la justice et du développement partagé. S’affirmer français, c’est toujours en même temps se sentir européen, se sentir internationaliste. 

Etre Français, c’est pour nous être européens. Il n’y a pas de continent où le dépassement des égoïsmes nationaux a été aussi fort. Ni d’autre continent où l’identité de chaque nation nourrit, enrichit, celle de tous les autres. Cela aussi, parce que nous aimons la France, nous le disons : l’Europe est notre avenir. Une Europe volontaire et solidaire, accueillante et innovante. 

Etre français, c’est vouloir construire ensemble notre avenir. Notre identité n’est pas figée et continue à se forger. Voilà pourquoi Ernest Renan – comme ne pas le citer ici, un breton ! – écrivait à propos de la nation française que « si elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le [..] plébiscite de tous les jours. ». Se réclamer chaque jour de sa devise et de ses valeurs, les faire vivre, voilà ce qu’est la France. 

C’est de cette idée simple et sublime qu’est née la République, que la Révolution française résonna dans toute l’Europe, en 1789 comme deux siècles plus tard, en 1989. Comment oublier qu’à Bucarest, la foule qui se souleva contre la terreur du régime de Ceaucescu entonnait la Marseillaise, ce même « contre nous de la tyrannie » qui avait soulevé l’armée de Valmy. 

Notre histoire 

Aimer la France, c’est accepter de regarder son histoire en face. Comme toutes les histoires, elle est riche. Elle a ses jours de gloire comme ses parts d’ombre. 

Nous sommes des citoyens responsables, pas des enfants devant des images d’Epinal. Cessons de nous décrire comme un pays constitué d’un peuple souche et rappelons nous toujours que ce qui nous unit, ce sont nos valeurs, celles qui nous ont permis le sursaut et le salut de notre pays même dans les périodes les plus difficiles. 

N’hésitons pas à dire que la France que nous aimons, c’est celle des ouvriers de 1848 sur les barricades de Paris, celle des Insurgés de 1851, pas celle du coup d’Etat de « Napoléon le petit » ; la France de la Commune, pas celle des Versaillais qui l’écrasèrent ; la France en bleu-blanc-rouge de la « Rue Montorgueuil » peinte par Monet, non le drapeau au nom duquel on réprima dans le sang les mineurs de Ricamarie ; la France de Zola qui accuse, pas celle qui condamna Dreyfus ; la France de Jaurès, pas de ceux qui l’ont assassiné parce qu’il refusait la guerre. 

La France que nous aimons, c’est celle qui a porté Léon Blum au pouvoir, pas celle des procureurs du procès de Riom qui lui imputaient je ne sais quel « abaissement national » à travers les 40 heures et les congés payés, mais qui en vérité lui reprochaient non ce qu’il avait fait, non ce qu’il avait dit, mais ce qu’il était. 

La France que nous aimons, c’est la France des Justes, pas celle des délateurs ; celle du général de Gaulle qui désobéit et ne plie pas, pas celle d’un maréchal de France aux ordres de l’occupant ; celle de l’Affiche rouge et de Manouchian qui parlait ainsi de notre triptyque : « liberté, égalité, fraternité, ces mots qui disaient la France », de Paul Eluard et de « Liberté j’écris ton nom », d’Aragon et de « la Rose et le Réséda » ; pas celle de Vichy, de ses lois scélérates, des rafles d’enfants au petit matin au Vel d’Hiv et ailleurs. 

Notre histoire a connu l’esclavage, la colonisation, l’ordre moral, le renoncement de 1940, la collaboration. Se souvenir de ces taches noires de notre mémoire, c’est d’abord être capables de mieux construire l’avenir. C’est nous rendre plus forts. 

Nous n’avons pas à craindre cet exercice de vérité avec nous-mêmes. Car nous retrouverons aussi dans notre passé l’énergie et la volonté des grands combats qui ont construit notre nation et façonné notre identité. 

Je pense à l’héritage des lumières. Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau nous ont dit combien les hommes sont d’abord des êtres de raison et comment ensemble ils sont maîtres de leur destin. 

C’est la grande leçon des philosophes du 18ème siècle qui se sont élevés contre l’ordre établi pour inventer la liberté ; pour penser un homme qui ne serait plus un sujet, mais un citoyen ; pour imaginer un homme qui ne serait plus enfermé dans sa condition, mais qui serait libre de se construire ; pour imaginer une société qui serait capable de se gouverner elle-même et de faire l’histoire ; pour proposer à l’Europe la paix et la perspective de son unification. 

La France s’est constituée en portant au plus haut cette conception. 

Je pense bien sûr aux combats de la Révolution pour la liberté et la démocratie. Comme le dit admirablement Ferdinand Buisson, le fondateur de la Ligue des Droits de l’Homme : « C’est parce qu’elle est la France de 1789, le pays d’où est parti cet appel, impossible à étouffer, appel à la liberté, à la justice et à la raison, appel à l’égalité, à la fraternité, c’est parce que la France a fait cela, que nous l’aimons. [..] Un Français n’est pas seulement un homme né en France, c’est un homme né de la France qui a l’esprit formé à son esprit, qui a appris d’elle à regarder toujours plus haut, à vouloir toujours plus de lumière, toujours plus de raison, toujours plus de fraternité. » 

Je pense aussi à la Commune, qui réunit dans une même lutte les aspirations à la liberté, à la démocratie et à l’égalité sociale. 

Je pense aux combats ouvriers du XIXe et du XXe siècle. Ils ont permis l’émancipation des ouvriers et des travailleurs. Ils ont ouvert la voie à un droit du travail et à la protection sociale. 

Je pense aux combats féministes pour l’égalité des droits, les combats d’Olympe de Gouges, de Flora Tristan, d’Hubertine Auclert, de Louise Michel et de toutes celles jusqu’à aujourd’hui qui se sont élevées contre l’injustice de la condition des femmes. 

Je pense à la Résistance, fondatrice de la France moderne, et son  combat pour la liberté, pour la dignité, pour l’honneur. 

Je pense aux combats pour la décolonisation, dont les traces sont encore douloureuses dans la société française et dans toute l’Afrique. On comprend ainsi les réactions scandalisées face au discours de Dakar, ou à cet amendement choquant sur les « bienfaits » de la colonisation. Sur ce point plus que tout autre, la France s’honorerait à aborder de front cette période de son histoire. 

Je pense aux combats pour la reconnaissance des droits des étrangers, qui se prolongent aujourd’hui avec les militants de RESF et les grèves des travailleurs sans papiers, et aux combats contre les discriminations de toutes sortes, qu’elles soient liées aux handicaps, au genre, à l’origine ou à l’orientation sexuelle. 

Ces références ne forment pas un catéchisme. Je les cite parce que pour nous, à gauche et bien au-delà je le sais, ce sont les moments de notre histoire dont nous sommes les plus fiers. Et à travers ces combats, se sont forgées des valeurs qui constituent le cœur et la possibilité de notre vivre ensemble. 

Des valeurs qui transforment la réalité 

La France, ce ne sont pas seulement des valeurs inscrites au fronton des mairies, mais la volonté de leur donner une réalité forte. 

Quand on pense à la France, on pense d’abord à un pays de liberté, où la justice et les médias sont indépendants, où l’on respecte la diversité des opinions. Et c’est pour cela que même pendant la crise, ce combat pour les libertés, nous le menons aujourd’hui. Le printemps des libertés, nous n’y renoncerons jamais. 

Quand on pense à la France, on pense aussi à son modèle social. Il fait rimer liberté avec égalité, parce qu’il n’y a pas de liberté réelle sans égalité. Oui, la France ne serait pas la France sans la sécurité sociale, sans la retraite par répartition, sans des services publics de qualité. La France n’est pas la France sans un Etat fort. La France n’est pas la France sans la passion de l’égalité. 

Très tôt, il y a en France cette conviction que le progrès ne vaut que s’il profite à tous. Qu’il ne saurait y avoir d’efficacité économique sans justice sociale. 

Et disons les choses simplement. Ce qui se fissure aujourd’hui, c’est d’abord ce modèle social. Et les responsables, ce sont ceux qui favorisent les égoïsmes au détriment du collectif, qui remettent en cause la protection sociale et les services publics, qui imposent le bouclier fiscal et l’injustice. Ceux qui aujourd’hui, au nom de l’identité nationale, tentent de diviser les Français au lieu de les unir. Comment ne pas rappeler cette phrase du général de Gaulle : « Il y a deux catégories de Français : ceux qui disent qu’il y a deux catégories de Français, et les autres. ». 

J’ai parlé tout à l’heure aussi de fraternité, de droits de l’homme et d’universalisme. Ces valeurs-là également, il ne suffit pas de les proclamer. Ceux qui enferment des enfants dans des centres de rétention, qui renvoient des réfugiés dans un pays en guerre, qui expulsent des lycéens et séparent des familles, ne défendent pas les Droits de l’Homme. Ceux qui ont proposé en modèle l’Amérique de Bush, ceux qui ont reçu des dictateurs en grande pompe ne défendent pas l’universalisme. 

Une femme m’a émue au cours des dernières semaines et je veux lui rendre hommage devant vous.  Depuis Berlin où elle a choisi de vivre, que nous dit-elle ? Que la France où l’on poursuit les enfants jusque dans leur école n’est pas, n’est plus la France. Elle a dit sa révolte, et elle persiste et signe malgré les intimidations de la droite la plus dure qui lui assigne un grotesque « devoir de réserve ». Cette femme, c’est Marie NDiaye. C’est l’une des plus grande écrivaines françaises. Sa langue est superbe et parle de notre résistance à la détresse. Je le redis ce soir, ne touchez pas à Marie NDiaye. Ne touchez pas aux hommes et aux femmes de culture. 

La France que nous aimons, c’est la France où Marie NDiaye aurait envie de revenir vivre. 

Une nation métissée 

C’est aussi une France qui s’assume pleinement comme la nation métissée qu’elle est aujourd’hui. 

Au long des siècles, la population française a additionné les origines diverses. Sous l’Ancien Régime, c’était la France des provinces, la France des patois, un royaume aux multiples institutions et particularités qui sont encore bien vivantes. Puis à partir de la fin du XIXe siècle, notre pays est devenu une grande terre d’immigration. Toute cette diversité, nous la retrouvons aujourd’hui dans les patronymes. Italiens, Belges, Espagnols, Russes, Arméniens, Allemands ou Polonais sont venus s’installer en France pour travailler dans les mines et les usines. À partir des années 60, c’est le tour de l’immigration marocaine, tunisienne et algérienne, suivie de peu par les populations d’Afrique noire. Tous donnent à la France son visage d’aujourd’hui. C’est ainsi que se construit chaque jour l’identité de la France. C’est celle partagée par Camus et Césaire. 

La France que nous aimons réunit toutes les histoires. Elle doit faire toute leur place aux descendants des immigrés qui ont combattu pour notre pays et tant contribué à le reconstruire, aux réfugiés fuyant les dictatures. 

Toutes ces arrivées ont modelé nos villes et nos campagnes, nos entreprises, nos habitudes, notre vie quotidienne, nos goûts, notre connaissance des autres et du monde, nos rêves, et font la France d’aujourd’hui. C’est cette France que chantent les Reggiani, Yves Montand, Mouloudji, Barbara, Edith Piaf ou Jean Ferrat. Tous métèques, comme le chantait Moustaki, tous amoureux de la France et de sa liberté. 

A ceux qui stigmatisent l’étranger, on a envie de répondre avec les mots simples de Charles Aznavour rendant hommage aux « Emigrants » : « Comment crois-tu qu’ils sont venus ? / Ils sont venus, les poches vides et les mains nues / Pour travailler à tour de bras / Et défricher un sol ingrat / Comment crois-tu qu’ils ont souffert ? / Ils ont souffert, certains en décrivant l’enfer / Avec la plume ou le pinceau / ça nous a valu Picasso ». 

Ces arrivées souvent plus massives hier qu’aujourd’hui, se sont faites avec des heurts et des craintes. Mais, à chaque fois, la nécessité de l’époque, le temps qui fait son œuvre, mais aussi l’engagement des hommes et des femmes qui cherchaient à unir, à respecter les autres ont permis de continuer la France. 

Comment ne pas penser, ici à Rennes, à Mona Ozouf qui a magnifiquement parlé de cette tension permanente, de cette « composition française », de notre République unie, mais pas uniforme. 

Certains à droite nous expliquent que les immigrés n’auraient pas encore reçu les « codes d’accès » pour vivre en France. C’est bien la preuve – je le rappelle – du lien qu’elle établit entre le débat sur l’identité nationale et la question de l’immigration. C’est surtout un détournement de la vérité. Les principaux obstacles à l’intégration ne sont pas de nature culturelle. Ce sont les discriminations économiques et sociales, les échecs urbanistiques et les villes-ghettos, ou ce qui reste de racisme dans notre pays. 

Arrêtons les mensonges. Arrêtons cette stigmatisation insupportable. Dénonçons les propos sur les mariages gris comme les interdictions des minarets en Suisse. 

Je veux à ce moment vous faire partager le bonheur que j’ai eu à lire ces paroles de l’écrivain libanais Amin Maalouf : « les sociétés devraient assumer, elles aussi, les appartenances multiples qui ont forgé leur identité à travers l’histoire ». 

L’égalité se gagne ou se perd à l’école, à l’entrée de l’hôpital, dans l’accès à l’emploi, dans le regard d’un DRH ou à l’entrée d’une boîte de nuit. La fraternité se gagne ou se dissout devant la porte d’une préfecture, dans la hantise d’une expulsion de sa famille chaque fois que l’on prend le métro, dans l’injustice des contrôles d’identité au faciès dans la rue ou dans le train. 

Pour construire une identité commune, on ne commence pas par dire « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ». On ne crée pas un ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration. En liant immigration et identité, on ne rend service ni aux migrants, ni à la France. Comment construire le vivre ensemble sur le refus de l’autre ? Je demande solennellement la suppression de ce ministère au nom de la France que nous aimons. 

La France qu’on aime, c’est celle qui dit : « La France, tu l’aimes, donc tu la construis avec nous ». Il faut faire aimer la France ; aujourd’hui nos gouvernants aggravent les fractures sociales, abandonnent les banlieues, favorise la promotion de quelques-uns et entretiennent la stigmatisation des jeunes et aussi des Français issus de l’immigration et des étrangers. 

Alors sachons définir une politique d’immigration avec des règles claires et justes, définies en partenariat avec les pays d’origine. Faisons vivre le droit d’asile de la France, terre des Droits de l’Homme. Et comme nous l’avons demandé, donnons un avenir ici dans notre pays, en régularisant ceux qui ont montré leur capacité d’intégration depuis plusieurs années sur notre territoire, ceux qui travaillent, cotisent, paient des impôts, ceux qui ont des enfants scolarisés…C’est cela aussi l’identité de la France. 

La gauche et la nation 

Certains prétendent que la gauche aurait un problème avec la nation. C’est un classique d’une certaine droite que d’essayer d’exclure la gauche de l’identité collective en l’accusant de mal servir notre pays. Cela rappelle d’ailleurs des heures sombres. 

Il faut citer en réponse les mots de Léon Blum devant ses juges au procès de Riom, lorsque le régime de Vichy l’accusait d’être anti-français : « Je crois que vous ne pourrez pas nous chasser de l’histoire de ce pays. Nous n’y mettons pas de présomption, mais nous y apportons une certaine fierté : nous avons, dans un temps bien périlleux, personnifié et vivifié la tradition authentique de notre pays, qui est la tradition démocratique et républicaine. » 

Prolongeant ces paroles admirables de Blum, je voudrais dire ici la vérité historique. 

En France, ce qui a constitué la nation, c’est d’abord la Révolution. Contre les forces réactionnaires, ce sont les révolutionnaires qui ont fait de la nation, le détenteur de la souveraineté capable de se gouverner. Capable de renvoyer le roi et de choisir sa constitution et son mode de gouvernement. 

Disons-le clairement : si la nation n’appartient pas à la gauche, dans notre pays, la nation est née par la gauche et par les opposants à l’ordre établi, à l’Assemblée Constituante. Elle est née d’un projet politique : le projet de l’émancipation de l’homme, le projet de la liberté démocratique, le projet de l’égalité citoyenne. Ce projet reste actuel, il est en construction permanente et il peut être partagé par beaucoup. 

Alors cessons les faux procès et les vraies manipulations. Et regardons en face la vraie crise qui touche la France. C’est son modèle social qui est mis à mal, c’est la société qui se fissure. C’est cela que refusent les Français. 

Les visages du tour de France 

Il n’y avait qu’à entendre les Français rencontrés dans ce tour de France. Des hommes et des femmes en difficulté parfois, mais des hommes et des femmes fiers, énergiques, chaleureux, prêts à ce mobiliser pour changer leur pays. 

Vous ! 

Vous les salariés qui travaillez dur et qui gagnez peu ! Vous, les jeunes, qui galérez entre petit boulot, chômage et stage ! Vous, les parents, les familles, qui n’arrivez plus à faire face. Vous les retraités qui avez des projets et n’arrivez pas à les mener à bien. Je pense à cette dame de Nantes qui disait : « le social, ça s’en va, ça devient un peu comme les Etats-Unis, on enlève ce qui est social, on enlève même sur les allocations familiales… on touche même la famille. ». Je pense aussi ce soir à cette mère au foyer de Charente-Maritime qui disait « Mon fils a 7 mois, mon autre fils à 10 ans. Ils seront quoi ? Ils seront chômeurs. Ils sortent avec la carte de chômeur dans le ventre. Moi ça me fait peur ». Qu’on ne puisse plus entendre cela dans notre pays, voilà qui nous assigne un devoir majeur ! 

Je pense aussi à tous ceux qui servent la France et l’égalité au travers des services publics ! Vous les postiers, les cheminots qui luttez contre la privatisation, pas pour vous, mais pour que les services publics ne désertent pas les territoires déshérités. Vous les fonctionnaires, professeurs, médecins, magistrats. Comment ne pas citer les propos de cette femme qui disait, bientôt :  « l’éducation ne sera plus nationale, l’hôpital ne sera plus l’assistance publique » ou cette autre femme rencontrée à Nancy : « On est en train, en supprimant des postes, des tribunaux, des transports, de supprimer cette France terrienne, rurale qui pour moi est essentielle. ». Cela, je leur dis, nous ne le laisserons pas faire, nous défendrons les services publics qui sont le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. 

Je pense aussi à nos chercheurs, nos ingénieurs, nos entrepreneurs, nos créateurs. J’ai ancré dans ma mémoire ces équipes de recherche formidables rencontrées à Grenoble qui travaillent pour permettre aux tétraplégiques de pouvoir remarcher! Pour moi la France, c’est vous, vous les créateurs d’entreprises, les vrais entrepreneurs, les vrais créateurs de richesse et d’emplois. Et vous, aujourd’hui, vous n’êtes pas aidés. « Les banques marchent sur la tête, elles nous tournent le dos alors qu’on les a aidées. » nous ont dit de multiples patrons de PME, artisans et commerçants croisés dans ce tour de France. 

Pour moi la France, c’est vous, vous qui animez bénévolement les associations, vous qui vous battez pour les salariés dans les organisations syndicales ! Vous, les 13 millions de Français qui vous mobilisez dans le million d’associations qui existent dans ce pays. Vous  les Français solidaires et fraternels, comme ce jeune homme rencontré à Grenoble venu nous demander ce qu’il pouvait faire pour aider à changer notre pays. 

Oui, décidément, on est Français quand on partage les valeurs de la France et quand on veut construire ensemble son avenir. 

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Quelle société voulons-nous ? 

En effet, la cohésion d’une nation, c’est de partager une communauté de destin. 

Le problème de la France n’est pas tant une panne d’identité qu’un présent difficile et une absence d’avenir. Ce qu’attendent les Français, c’est une nouvelle donne. C’est à nous, politiques, de redonner un sens à la société. 

Le système actuel marche sur la tête. Il faut en changer, transformer profondément notre manière de produire, de redistribuer, de consommer, mais aussi de vivre ensemble, je vais y revenir. 

Mais je voudrais auparavant me faire le porte-parole des milliers d’hommes et de femmes rencontrées dans ce tour de France en évoquant trois urgences absolues. Autant le dire clairement : les Français s’interrogent moins aujourd’hui sur leur identité …que sur leurs fins de mois ! 

-         La première urgence, c’est l’emploi et le pouvoir d’achat. 

Face à la crise, le président de la République a choisi son camp : les « grands » seraient protégés et les « petits » paieraient. 

Aux premiers, il a accordé le bouclier fiscal, la suppression de la taxe professionnelle, le sauvetage des banques, ou plutôt des banquiers, car ni les PME ni les particuliers n’ont vu la couleur des milliards d’euros dont elles ont bénéficié. 

Les seconds, c’est à dire tous les autres, n’ont eu droit qu’à un plan de relance insuffisant sur l’investissement, insignifiant sur la consommation et inconséquent sur l’emploi. Et à cela, s’ajoute la farce du grand emprunt. 

Un chiffre éclaire ce lâchage présidentiel de la France du travail et quoiqu’en dise le Président de la République encore hier se félicitant de faire mieux que les autres. A la veille de la crise, en juillet 2008, la France et l’Allemagne avaient le même taux de chômage, 7,4%. Aujourd’hui, la France est à 10% et l’Allemagne à 7,6%. La condamnation est sans appel. La faute est grave. Les conséquences sont lourdes. 

Et qu’on ne nous parle pas de sortie de crise. Que les financiers soient sortis d’affaire, c’est indéniable. Les banques affichent des bénéfices insolents sans retour pour l’Etat et les français. La valse indécente des bonus, des stocks options et des parachutes dorés a repris dans les entreprises y compris celles qui se sont effondrées dans la crise. 

Mais la crise sociale est bien là et malheureusement encore largement devant nous. On annonce 500 000 chômeurs de plus dans les mois qui viennent ! La situation est fragile, l’investissement ne se redresse pas, la consommation flanche, il faut la soutenir en donnant du pouvoir d’achat, comme il faut engager les investissements pour préparer l’avenir. 

Alors je le redis au Président de la République : vous persistez et signez, la réalité vous rattrape. Prenez la mesure des difficultés et agissez. 

Les socialistes proposent quatre mesures simples : un remboursement de TVA de 200 euros à 16 millions de ménages pour relancer la consommation ; l’allongement de six mois des durées d’indemnisation du chômage et de chômage partiel pour accompagner les victimes de la crise ; la création immédiate de 150 000 emplois jeunes –premiers touchés par la crise- ; des moyens pour les collectivités locales qui réalisent les trois quart des investissements publics. 

Ces mesures peuvent être financées par la suppression de la baisse de la TVA dans la restauration qui n’a eu aucun impact ; par une augmentation de 10% l’impôt sur les sociétés des banques ; par la suppression de la subvention absurde aux heures supplémentaires ; par le remboursement des dettes de l’Etat aux collectivités locales. 

- La deuxième urgence, c’est le logement

La crise a mis des centaines de milliers d’hommes et de femmes dans la situation de ne plus pouvoir assumer leur loyer ou les charges de remboursement. Le logement est le premier poste budgétaire dans la consommation des ménages modestes, jusqu’à 50 % du budget dans certains cas. 

Alors je veux aujourd’hui faire deux propositions simples : un plan massif de construction de logements et le gel des loyers pour cinq ans. Entre les locataires et les propriétaires, le balancier a franchi les limites du raisonnable. Il faut retrouver un équilibre. Et s’attaquer à la question de la précarité énergétique qui touche désormais une proportion préoccupante de la population. 

La troisième urgence, c’est de mettre fin aux rémunérations excessives et aux avantages fiscaux indus

La crise est dure, ces injustices la rendent insupportables. 

Les députés socialistes ont déposé des propositions de loi justes : l’abrogation du bouclier fiscal ; la limitation des bonus à la part fixe du salaire, la suppression des stock-options supprimées sauf pour les PME naissantes ; mais aussi que les plus hautes rémunérations ne dépassent pas dix fois les plus faibles dans les entreprises aidées par l’Etat, et soient encadrées dans les autres. 

Voilà des propositions susceptibles de remettre la France à l’heure de la justice ! 

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Nos compatriotes veulent des solutions concrètes et immédiates à leurs problèmes. 

Mais ils s’inquiètent aussi pour l’avenir de leur pays, pour celui de leurs enfants. 

Ils attendent de nous une vision de la société, un projet, une perspective de progrès. Ils demandent : vous revenez au pouvoir en 2012, que ferez-vous ? Où voulez-vous conduire notre pays ? 

Je ne vais pas là bien sûr vous décliner le projet des socialistes pour 2012. Ce projet est en chantier et nous avançons fortement. Ce tour de France nous a confortés dans nos certitudes. 

La première certitude est que l’heure n’est plus à proposer quelques adaptations au système actuel, il faut en changer. La crise est globale, la réponse doit être globale. C’est pourquoi, en clôture de l’université d’été du Parti Socialiste, j’ai parlé d’une offensive de civilisation. Je suis plus que jamais convaincue que c’est bien cela la tâche immense qui nous attend. 

Deuxième certitude, il est temps de renoncer à nos renoncements. La sociale démocratie traditionnelle a accouché d’un système de protection sociale qui est une référence dans le monde. Mais elle n’a pas su répondre aux enjeux de notre temps.  Il nous faut en effet réinventer les réponses aux défis de la mondialisation, des chocs démographiques, écologiques et technologiques. 

Oui, c’est une nouvelle donne que nous devrons proposer

- Une nouvelle donne économique et durable d’abord, en s’appuyant sur un Etat stratège qui régule puissamment l’économie, en oriente le cours et corrige les excès du marché ; un Etat stratège qui soutient la recherche et prépare l’avenir. 

L’Etat devra donner au moins trois directions à l’économie de notre pays : conduire la mutation écologique de notre industrie, la révolution numérique de nos services et la transformation biologique et raisonnée de notre agriculture. Ce sont les révolutions industrielles du XXI° siècle. 

A nous de nous y engager pleinement. En n’oubliant jamais que le génie français, c’est de réussir le mariage entre l’innovation et la solidarité. Le TGV et le RER, l’internet à haut débit et le prix unique du timbre, le Génopole, et les centre de santé de proximité. 

Il ne s’agit pas de renoncer au progrès, à la science, à la technologie. Il s’agit de leur assigner une direction : le développement humain dans le respect de la planète. 

Pour cela, soutenons la recherche aujourd’hui oubliée ; les créateurs, les innovateurs, les ingénieurs aujourd’hui supplantés par les financiers dans les entreprises ; les PME aujourd’hui étranglées par les banquiers. 

C’est cette Economie que nous voulons pour la France, pas l’économie de casino d’aujourd’hui où les fortunes se font, non pas par le fruit de son travail, mais plutôt par le produit du travail des autres. 

- Nous voulons aussi une nouvelle donne sociale fondée sur un autre partage des richesses, sur une fiscalité profondément redistributive et une revalorisation du travail

À la crise du chômage, s’ajoute aujourd’hui une profonde crise du travail, un travail mal rémunéré et précarisé ainsi que des conditions de travail difficiles. La souffrance et le stress au travail, les maladies professionnelles, les harcèlements, les métiers pénibles et les rythmes absurdes se développent. N’oublions pas les suicides au travail, et je sais que la Bretagne à Lannion n’a pas été épargnée par ceux de France Telecom. 

Trop souvent, l’artisan est marginalisé, l’enseignant dénigré, l’ouvrier oublié, le chercheur dévalorisé. Oui, il faut revaloriser le travail, non pas par des slogans du type « travailler plus pour gagner plus », mais en retrouvant le chemin de l’emploi, de la juste rémunération du travail, de la reconnaissance et des compétences des salariés. Il nous faut mettre en place de nouveaux droits adaptés à un monde où il faudra pouvoir changer d’entreprise et sans doute de métier, de nouveaux droits pour protéger contre les changements nécessaires, mais aussi pour progresser professionnellement. C’est ce que nous appelons la sécurité sociale professionnelle tout au long de la vie. 

C’est par cette réelle revalorisation du travail que passe aussi l’émancipation de chaque homme et chaque femme. Elle s’adresse bien sûr aux salariés, mais aussi aux travailleurs indépendants, artisans, commerçants, créateurs de TPE ou de PME, et au monde des nouveaux métiers des services ou des technologies, qui font tous la richesse de notre pays. Renouer le fil avec et entre tous ses hommes et toutes ses femmes qui font la force de notre économie et la richesse de notre pays, c’est l’un des enjeux majeur pour la France auquel le socialisme du XXI° siècle doit répondre

Cette nouvelle donne sociale doit permettre l’émancipation réelle de chacun et le développement de chaque territoire. Pour ce faire, il nous faut des services publics forts, mais aussi profondément rénovés

En effet, il faut le dire, la gauche a souvent privilégié des réponses uniformes. Il nous faut aujourd’hui garder ces protections collectives que la droite veut mettre à bas, mais les adapter aux aspirations individuelles, aux difficultés et aux atouts de chacun. 

Il convient en effet de personnaliser les réponses : par exemple en accompagnant chaque personne âgée en tenant compte de ses aspirations, de sa situation de santé et de ses moyens financier pour qu’elle prenne toute sa place dans la société, qu’elle réalise ses projets. Nous devons aussi apporter à chaque enfant les soutiens, les méthodes pédagogiques et les rythmes scolaires dont il a besoin. Ceci nécessite, et nous le préparons, un nouveau pacte éducatif, en redonnant leur fierté et leur place aux enseignants. 

Ceci nécessite aussi de donner à chaque jeune une allocation d’autonomie pour se former, se loger et construire sa vie, quelque soit la situation de ses parents. C’est ainsi que nous permettrons à cette jeune fille de la Seyne-sur-Mer, qui nous a tous émus, de construire sa vie. 

- Nouvelle donne économique, nouvelle donne sociale mais aussi nouvelle démocratique face à u président autocratique qui veut décider de tout et mettre tous les pouvoirs sous sa coupe tous les pouvoirs. Il nous faudra en 2012, construire une 6ème république fondée sur un régime parlementaire fort, des contre-pouvoirs restaurés, une presse et une justice indépendante, une vraie décentralisation, une démocratie sociale renouvelée ainsi que de nouvelles formes de participation des citoyens à la vie publique. 

- Nouvelle donne internationale enfin : une France respectée dans les enceintes internationales, pour son indépendance, pour ses valeurs. Une France fer de lance d’une Europe politique, économique et sociale-écologique, porteuse d’un message universel vers le monde, un nouveau monde intégrant les normes sociales et environnementales dans les échanges internationaux et enfin solidaire avec le Sud. 

Ce nouveau projet pour la France, vous l’avez compris, s’appuie profondément sur les valeurs de notre identité. 

Il redonne du sens à une société qui l’a perdu sous les coups de butoir du libéralisme financier et de ceux qui le soutiennent. 

Redonner du sens, c’est faire à nouveau rimer liberté et égalité, sachant que sans droits réels d’accès à l’éducation, au logement, à la santé,  à l’emploi, on n’est pas libre de construire sa vie. 

Redonner du sens, c’est faire aussi des individus, des citoyens respectueux des règles et respectueux des autres. 

Pas plus qu’aujourd’hui la droite ne peut nous donner des leçons en matière économique ou de gestion tant son échec est grand, elle ne pourra non plus nous donner à l’avenir de leçons sur la sécurité. Quand, par idéologie, on supprime des effectifs dans la justice et la police, quand on supprime la police de proximité, quand on ne s’attaque aux causes profondes qui engendrent la violence, et bien l’échec est patent. 

Mais donner du sens, c’est aussi demander aux Français -et ils l’attendent, ils nous l’ont dit-, de nous aider à former une société plus solidaire et plus fraternelle. 

Il nous faut construire des nouveaux liens entre les personnes, des solidarités concrètes et collectives. Il nous faut retrouver le souci de l’autre : tendre la main à un enfant qui dérape, lutter contre l’isolement des plus âgés ou des plus exclus, avoir un autre regard sur ceux qui sont différents… 

Cette société là, j’en suis convaincue, correspond à la France qu’on aime. 

Le bonheur d’une société ne se résume pas à l’accumulation de biens matériels, même si chacun doit pouvoir bénéficier de l’essentiel pour vivre. 

Le bonheur, c’est de ne pas être obligé de travailler le dimanche : on a six jours pour avoir, pour acheter, nous voulons garder un jour pour être, c’est-à-dire du temps pour soi, pour sa famille, pour les autres. 

Le bonheur c’est de vivre dans une société apaisée parce que juste, et donnant sa chance à chacun. 

Le bonheur, c’est de nouer autour de soi des relations amicales et affectives. 

Le bonheur, c’est aussi de partager les grandes émotions que nous apporte la culture. 

Dans le fond, ce que nous voulons, c’est une société qui prend soin de chacun, où chacun prend soi des autres, et ou ensemble nous prenons soin de l’avenir. 

C’est cela la France qu’on aime. Nous la ferons avec vous. 

C’est cela le message de Rennes. 

***

Après la panne historique du sinistrisme et le temps de la sinistrose, quelle renaissance de la gauche ?

Créé par le 15 mai 2009 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de XD, a2-Blog-notes politique de XD

 Lui-même fortement sinistré par la tempête de janvier et emporté sur d’autres fronts  dans la tourmente des « réformes » et des purges, « le spectateur émancipé » a dû quitter la scène ces dernières semaines pour faire face à d’autres défis. Ses billets prophétiques sont à présent rattrapés par une réalité sordide qui redonne plus que jamais sens au combat républicain.

Dans les catégories Abc d’une critique de gauche, blog-notes politique, civisme, citoyenneté et militance, le blog citoyen croque sarkozy et sa politique, les entretiens du blog citoyen et les colères du dogue patriote, retrouvez les analyses du blog citoyen, socialistre et républicain à forte valeur prédictive !

Curieuse gauche française aux réflexes pavloviens qui n’en finit pas de décourager ses plus fervents partisans. Frappés du syndrome de la division historique  et, plus récemment peut être, du culte des égos, ses chefs se disputent, se contemplent et s’ébrouent. Elle s’éclate selon le principe de fonctionnement d’une centrale nucléaire à uranium enrichi mais sans surgénérateur. D’où son épuisement parallèle à son émiettement : PS fracturé, PC atrophié et éclaté, Gauche de gauche atomisée, Gauche républicaine introuvable…

Tout le contraire de cette époque révolue du “sinistrisme”, ce phénomène historique du rayonnement d’une gauche dont la force propulsive savait orienter le débat public sur ses propres fondamentaux. D’où la marche en avant de la république sociale allant de pair avec l’hégémonie des idées de progrès !

Peut-on se contenter d’incriminer les hommes sans rechercher les causes structurelles et intellectuelles de ce délitement ? Pour les uns, cette réalité signe le constat d’échec d’une gauche archaïque, incapable de muter et d’épouser son temps. Ceux-ci n’ont rien d’autre à proposer qu’une normalisation de la gauche, vestige déliquescent d’une exception française à l’origine de tous nos maux. Ils oublient de nous dire en quoi les gauches centristes ou recentrées - c’est selon - feraient mieux autour de nous pour ne prendre que les exemples britanniques, allemands, italiens ou espagnols !

Dans cette catégorie de thuriféraires d’une porosité des valeurs et des idées, gage selon eux d’une identité nouvelle et non sectaire, adaptée aux challenges d’une mondialisation libérale inexorable, voire bénéfique, on distinguera les francs-tireurs qui avancent à visage découvert, des jésuites qui savent se payer de mots pour préserver les savants équilibres utiles aux luttes de places. Dieu reconnaitra ces nouveaux élus qui sont légion au sein du parti dominant de la gauche.

Les franges de la gauche de gauche peinent davantage à proposer des solutions alternatives qu’à convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur critique du capitalisme financier. Celui-ci fait jour après jour la preuve de ses capacités de nuisance à l’échelle mondiale, avec l’éclatement de la bulle financière qui accompagne les crises sociales, écologiques, alimentaires  et économiques. Mais ces gauches semblent bien incapables d’offrir une démarche et un projet pour sortir par le haut de cette terrible épreuve.

La posture de radicalité ne suffit pas à proposer une nouvelle voie à ce peuple de France en déshérence victime des discours démagogiques des élites mondialisée, aujourd’hui incapables de concilier une vision planétaire et universelle. D’où le rejet populaire, parfois sans nuance, d’un dépassement, encore prématuré, du cadre national et étatique pour une convergence utile des initiatives et des politiques à l’échelle des peuples.

Face au marasme de la pensée progressiste et à l’exacerbation des combats d’appareils, nous écouterons avec attention les voix autorisées. Il y en a de fortes chez des intellectuels et militants comme Sami Naïr, Jacques Généreux ou Christian Picquet, sans oublier ceux qui de Jacques Nikonoff à Jean-Pierre Chevènement ou Francis Wurtz ont toujours gardé le cap sur l’essentiel. Puissent-ils se faire entendre !

X D, le 13 décembre 2008

P.S : Pour mémoire, voici ce que je prédisais le 11 juin 2008 sur mon blog

Les liaisons dangereuses

Posté par sr07 le 11 juin 2008 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche:le billet de X DEdit This

L’initiative en deux temps du prétendu pôle socialiste reconstructeur bouscule le jeu interne des chasses aux places. Elle encourt cependant une critique majeure ; celle de rester floue sur le fond des questions posées à toute le gauche. En ce sens cette initiative de recentrage interne risque en fait d’échapper à ses protagonistes en favorisant de facto une recomposition politique incontrôlée, menaçant le parti sur sa gauche et sur sa droite. Explications.

 

Un troisième pôle, autonome de Royal et Delanoë, s’est réuni une première fois à la mi-janvier 2008 à la surprise générale. Le parti était alors en plein débat interne sur l’attitude à adopter face au projet de ratification du traité de Lisbonne, sur la forme – adoption par la voie référendaire ou parlementaire – et sur le fond. Rappel de notre réaction immédiate dans un post du 13 janvier rendant compte d’une dépêche AFP. “Un troisième pôle, autonome de Royal et Delanoë, prépare le prochain congrès socialiste en taisant ses divergences sur l’Europe”. Une centaine de responsables proches de Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Martine Aubry prétendent oeuvrer ensemble à la reconstruction du PS. C’est juré, ils donnent la priorité au débat de fond et font passer la réflexion avant les ambitions personnelles : “la réflexion avant les ambitions, le collectif avant notre champion, voilà notre volonté commune”.
Jean-Christophe Cambadélis (strauss-kahnien), Claude Bartolone (fabiusien), Arnaud Montebourg, Martine Aubry et Benoît Hamon (gauche du parti) et leurs amis se sont retrouvés au Sénat pour une réunion “transcourants”. Ils se disent animés de bonnes intentions en refusant que cette initiative se fasse contre Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë. Mais ils insistent sur la nécessité de ne pas sauter les étapes car ce serait “une erreur terrible que le congrès se fasse sur une pré-désignation” à l’élection de 2012. Le prochain congrès doit donc être consacré à la stratégie de reconstruction du PS et la désignation du candidat à l’élection présidentielle ne saurait intervenir avant 2010. Prenant acte de la marginalisation du PCF, les “transcourants” affirment l’ambition de faire du PS “le parti de toute la gauche de gouvernement”.
Pour eux, le PS souffre aujourd’hui de”son vide de direction” et du “flou dans la volonté de s’opposer de proposer”, ainsi que du “bal des egos”. Ils veulent construire “un parti qui rassemble par ses propres forces 35% des électeurs” et prônent “une véritable mutation avec un programme qui tienne compte des “nouvelles conditions d’un capitalisme mondialisé et dominé par la finance”. Ils préconisent le maintien de la proportionnelle au nom de “la diversité” de ce PS élargi et, par “besoin d’un parti beaucoup plus proche de son électorat”, l’organisation de “primaires” ouvertes à celui-ci pour choisir le candidat à la présidentielle.
Cette rencontre évoquée par l’AFP affiche des bonnes intentions. Elle encourt néanmoins la critique majeure de gommer artificiellement des pans entiers de ce qui fait aujourd’hui question à gauche sur le fond : le référendum, l’Europe et le contenu d’un projet alternatif pour la France. L’initiative se veut peut être originale. Elle ressemble trop à une manoeuvre de préparation de congrès quand toute la gauche a besoin d’unité dans la clarté pour ouvrir un nouvel horizon.”

Quelques cinq mois plus tard, le premier juin dernier, la presse relate largement la nouvelle rencontre publique des reconstructeurs. Rencontre très attendue et annoncée à grand tapage, cette fois,  de cette nébuleuse avec, en vedette, la participation centrale de Martine Aubry. Un seul absent : Benoit Hamon.

« Adversaires d’hier, les amis de Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn se sont retrouvés dans un climat unitaire dimanche à Paris, pour débattre au cours d’une journée qui a consacré le grand retour de la maire de Lille sur la scène nationale. Ce “pôle des reconstructeurs”, selon l’appellation qu’il s’est donné, veut sortir de l’alternative “Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë”, persuadé qu’il déboucherait sur un remake du fratricide congrès de Rennes (1990) entre Lionel Jospin et Laurent Fabius. » commente ainsi Thierry Masure dans une dépêche de l’AFP.

Dans un entretien sur France Inter le 9 juin dernier, dans l’émission matinale animée par Nicolas Demorant, le très emmanuelliste représentant du Nouveau Parti Socialiste laisse filtrer le soutien à peine voilé de son courant à cette initiative tout en recadrant les choses sur l’Europe.
« Aujourd’hui, ce n’est ni Bertrand Delanoë, ni Ségolène Royal car leur offre politique n’est pas à même de nous ramener au pouvoir car c’est à peu près la même offre qui a amené à la défaite partout en Europe… » Ça y est, il l’a dit relève-t- on dans Marianne en ligne qui commente « si avec ça les Reconstructeurs ne comprennent pas le message, c’est à désespérer du PS !Laurent (Fabius) sortira-t-il de son silence si le « non » l’emporte en Irlande ? Benoît saura-t-il convaincre Marie-Noëlle (Lieneman), Jean-Luc (Mélenchon) et les autres de venir regarder l’Euro 2008 avec lui ? »

Comme nous l’écrivons en post scriptum à notre billet sur Martine Aubry dans ce blog, ” en rentrant dans le jeu, Martine Aubry fait coup double : elle polarise une attention jusqu’alors captée par le duel Royal/Delanoë ; elle neutralise les velléités de leadership de Moscovici sur les larges franges indépendantes des deux principaux protagonistes. Une question surgit cependant. Passé l’effet de surprise et de sagesse, les reconstructeurs oseront-ils aller au fond des choses ? Quel projet ? Quelles alliances ? Pour une alternative au capitalisme financier mondialisé ? Comment penser que les Strauss-Kahniens puissent se laisser entraîner sur une pente de radicalité ? Faute de quoi, la gauche du NPS ne ralliera pas cette candidate providentielle ! Et d’ailleurs, candidate à quoi ? “

Cette démarche laisse en effet sceptique de larges franges du P.S qui ne comprennent pas vraiment cette alliance contre-nature de la carpe et du lapin. Sortir du chapeau une Martine Aubry qui ne se fait pas prier en la circonstance relève d’un objectif tactique quand l’avantage restent largement dans le camp des partisans de Delanoë et de Royal, cette dernière profitant à gauche de la tentative du maire de Paris de neutraliser Moscovici et les Strauss-Kahniens avec ses considérations sur le socialisme libéral sous forme d’oxymore décapitant et culbutant.

Dans ce jeu, la main de Laurent Fabius pourrait apparaître comme une manœuvre de congrès dont la principale intéressée n’est d’ailleurs pas dupe. Le ticket Martine à la tête du parti et Laurent à l’Elysée réveille tous les appétits sans régler les questions de fond. Ce grand jeu florentin pourrait même s’avérer contre performant en poussant Royal à jouer la carte un pied dedans un pied dehors au risque de fragiliser davantage un parti socialiste en plein désamour. Dans le même temps, la gauche de gauche trouvant de nouveaux motifs de désespérance dans une fade alliance de circonstance pourrait bien réussir un aggiornamento de ceux qui ne se retrouvent pas dans le projet d’Olivier Besancenot.

Une gauche en miettes, invertébrée avec un parti socialiste décérébré ? Avant d’aboutir à un tel scénario catastrophe, ne vaudrait-il pas mieux réfléchir posément à la stratégie de toute la gauche ? Les chevènementistes qui réunissent leur congrès prochainement n’ont assurément pas toutes les clés en main. Mais en donnant un signal fort pour la refondation républicaine, leur posture peut néanmoins favoriser à gauche une dynamique responsable et unitaire pour avancer vers cette fédération de toute la gauche évoquée par l’actuel secrétaire du PS.
Il appartient ainsi aux forces disponibles de privilégier les réponses de fond pour faire face aux désordres du capitalisme financier mondialisé. Un vrai projet qui ne pourra vraiment être porté, à terme, que par ce parti de toute la gauche, perspective d’union vertueuse à laquelle se rallient  des secteurs de la gauche encore influents. A suivre !

X D

 

Après la panne historique du sinistrisme et le temps de la sinistrose, quelle renaissance de la gauche ?

Créé par le 13 déc 2008 | Dans : a1-Abc d'une critique de gauche. Le billet de XD

Curieuse gauche française aux réflexes pavloviens qui n’en finit pas de décourager ses plus fervents partisans. Frappés du syndrome de la division historique  et, plus récemment peut être, du culte des égos, ses chefs se disputent, se contemplent et s’ébrouent. Elle s’éclate selon le principe de fonctionnement d’une centrale nucléaire à uranium enrichi mais sans surgénérateur. D’où son épuisement parallèle à son émiettement : PS fracturé, PC atrophié et éclaté, Gauche de gauche atomisée, Gauche républicaine introuvable…

Tout le contraire de cette époque révolue du « sinistrisme », ce phénomène historique du rayonnement d’une gauche dont la force propulsive savait orienter le débat public sur ses propres fondamentaux. D’où la marche en avant de la république sociale allant de pair avec l’hégémonie des idées de progrès !

Peut-on se contenter d’incriminer les hommes sans rechercher les causes structurelles et intellectuelles de ce délitement ? Pour les uns, cette réalité signe le constat d’échec d’une gauche archaïque, incapable de muter et d’épouser son temps. Ceux-ci n’ont rien d’autre à proposer qu’une normalisation de la gauche, vestige déliquescent d’une exception française à l’origine de tous nos maux. Ils oublient de nous dire en quoi les gauches centristes ou recentrées - c’est selon - feraient mieux autour de nous pour ne prendre que les exemples britanniques, allemands, italiens ou espagnols !

Dans cette catégorie de thuriféraires d’une porosité des valeurs et des idées, gage selon eux d’une identité nouvelle et non sectaire, adaptée aux challenges d’une mondialisation libérale inexorable, voire bénéfique, on distinguera les francs-tireurs qui avancent à visage découvert, des jésuites qui savent se payer de mots pour préserver les savants équilibres utiles aux luttes de places. Dieu reconnaitra ces nouveaux élus qui sont légion au sein du parti dominant de la gauche.

Les franges de la gauche de gauche peinent davantage à proposer des solutions alternatives qu’à convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur critique du capitalisme financier. Celui-ci fait jour après jour la preuve de ses capacités de nuisance à l’échelle mondiale, avec l’éclatement de la bulle financière qui accompagne les crises sociales, écologiques, alimentaires  et économiques. Mais ces gauches semblent bien incapables d’offrir une démarche et un projet pour sortir par le haut de cette terrible épreuve.

La posture de radicalité ne suffit pas à proposer une nouvelle voie à ce peuple de France en déshérence victime des discours démagogiques des élites mondialisée, aujourd’hui incapables de concilier une vision planétaire et universelle. D’où le rejet populaire, parfois sans nuance, d’un dépassement, encore prématuré, du cadre national et étatique pour une convergence utile des initiatives et des politiques à l’échelle des peuples.

Face au marasme de la pensée progressiste et à l’exacerbation des combats d’appareils, nous écouterons avec attention les voix autorisées. Il y en a de fortes chez des intellectuels et militants comme Sami Naïr, Jacques Généreux ou Christian Picquet, sans oublier ceux qui de Jacques Nikonoff à Jean-Pierre Chevènement ou Francis Wurtz ont toujours gardé le cap sur l’essentiel. Puissent-ils se faire entendre !

X D

P.S : Pour mémoire, voici ce que je prédisais le 11 juin 2008 sur mon blog

Les liaisons dangereuses

Posté par sr07 le 11 juin 2008 | Dans : a1-Abc d’une critique de gauche:le billet de X D Edit This

L’initiative en deux temps du prétendu pôle socialiste reconstructeur bouscule le jeu interne des chasses aux places. Elle encourt cependant une critique majeure ; celle de rester floue sur le fond des questions posées à toute le gauche. En ce sens cette initiative de recentrage interne risque en fait d’échapper à ses protagonistes en favorisant de facto une recomposition politique incontrôlée, menaçant le parti sur sa gauche et sur sa droite. Explications.

Un troisième pôle, autonome de Royal et Delanoë, s’est réuni une première fois à la mi-janvier 2008 à la surprise générale. Le parti était alors en plein débat interne sur l’attitude à adopter face au projet de ratification du traité de Lisbonne, sur la forme – adoption par la voie référendaire ou parlementaire – et sur le fond. Rappel de notre réaction immédiate dans un post du 13 janvier rendant compte d’une dépêche AFP. “Un troisième pôle, autonome de Royal et Delanoë, prépare le prochain congrès socialiste en taisant ses divergences sur l’Europe”. Une centaine de responsables proches de Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Martine Aubry prétendent oeuvrer ensemble à la reconstruction du PS. C’est juré, ils donnent la priorité au débat de fond et font passer la réflexion avant les ambitions personnelles : “la réflexion avant les ambitions, le collectif avant notre champion, voilà notre volonté commune”.
Jean-Christophe Cambadélis (strauss-kahnien), Claude Bartolone (fabiusien), Arnaud Montebourg, Martine Aubry et Benoît Hamon (gauche du parti) et leurs amis se sont retrouvés au Sénat pour une réunion “transcourants”. Ils se disent animés de bonnes intentions en refusant que cette initiative se fasse contre Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë. Mais ils insistent sur la nécessité de ne pas sauter les étapes car ce serait “une erreur terrible que le congrès se fasse sur une pré-désignation” à l’élection de 2012. Le prochain congrès doit donc être consacré à la stratégie de reconstruction du PS et la désignation du candidat à l’élection présidentielle ne saurait intervenir avant 2010. Prenant acte de la marginalisation du PCF, les “transcourants” affirment l’ambition de faire du PS “le parti de toute la gauche de gouvernement”.
Pour eux, le PS souffre aujourd’hui de”son vide de direction” et du “flou dans la volonté de s’opposer de proposer”, ainsi que du “bal des egos”. Ils veulent construire “un parti qui rassemble par ses propres forces 35% des électeurs” et prônent “une véritable mutation avec un programme qui tienne compte des “nouvelles conditions d’un capitalisme mondialisé et dominé par la finance”. Ils préconisent le maintien de la proportionnelle au nom de “la diversité” de ce PS élargi et, par “besoin d’un parti beaucoup plus proche de son électorat”, l’organisation de “primaires” ouvertes à celui-ci pour choisir le candidat à la présidentielle.
Cette rencontre évoquée par l’AFP affiche des bonnes intentions. Elle encourt néanmoins la critique majeure de gommer artificiellement des pans entiers de ce qui fait aujourd’hui question à gauche sur le fond : le référendum, l’Europe et le contenu d’un projet alternatif pour la France. L’initiative se veut peut être originale. Elle ressemble trop à une manoeuvre de préparation de congrès quand toute la gauche a besoin d’unité dans la clarté pour ouvrir un nouvel horizon.”

Quelques cinq mois plus tard, le premier juin dernier, la presse relate largement la nouvelle rencontre publique des reconstructeurs. Rencontre très attendue et annoncée à grand tapage, cette fois,  de cette nébuleuse avec, en vedette, la participation centrale de Martine Aubry. Un seul absent : Benoit Hamon.

« Adversaires d’hier, les amis de Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn se sont retrouvés dans un climat unitaire dimanche à Paris, pour débattre au cours d’une journée qui a consacré le grand retour de la maire de Lille sur la scène nationale. Ce “pôle des reconstructeurs”, selon l’appellation qu’il s’est donné, veut sortir de l’alternative “Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë”, persuadé qu’il déboucherait sur un remake du fratricide congrès de Rennes (1990) entre Lionel Jospin et Laurent Fabius. » commente ainsi Thierry Masure dans une dépêche de l’AFP.

Dans un entretien sur France Inter le 9 juin dernier, dans l’émission matinale animée par Nicolas Demorant, le très emmanuelliste représentant du Nouveau Parti Socialiste laisse filtrer le soutien à peine voilé de son courant à cette initiative tout en recadrant les choses sur l’Europe.
« Aujourd’hui, ce n’est ni Bertrand Delanoë, ni Ségolène Royal car leur offre politique n’est pas à même de nous ramener au pouvoir car c’est à peu près la même offre qui a amené à la défaite partout en Europe… » Ça y est, il l’a dit relève-t- on dans Marianne en ligne qui commente « si avec ça les Reconstructeurs ne comprennent pas le message, c’est à désespérer du PS !Laurent (Fabius) sortira-t-il de son silence si le « non » l’emporte en Irlande ? Benoît saura-t-il convaincre Marie-Noëlle (Lieneman), Jean-Luc (Mélenchon) et les autres de venir regarder l’Euro 2008 avec lui ? »

Comme nous l’écrivons en post scriptum à notre billet sur Martine Aubry dans ce blog, ” en rentrant dans le jeu, Martine Aubry fait coup double : elle polarise une attention jusqu’alors captée par le duel Royal/Delanoë ; elle neutralise les velléités de leadership de Moscovici sur les larges franges indépendantes des deux principaux protagonistes. Une question surgit cependant. Passé l’effet de surprise et de sagesse, les reconstructeurs oseront-ils aller au fond des choses ? Quel projet ? Quelles alliances ? Pour une alternative au capitalisme financier mondialisé ? Comment penser que les Strauss-Kahniens puissent se laisser entraîner sur une pente de radicalité ? Faute de quoi, la gauche du NPS ne ralliera pas cette candidate providentielle ! Et d’ailleurs, candidate à quoi ? “

Cette démarche laisse en effet sceptique de larges franges du P.S qui ne comprennent pas vraiment cette alliance contre-nature de la carpe et du lapin. Sortir du chapeau une Martine Aubry qui ne se fait pas prier en la circonstance relève d’un objectif tactique quand l’avantage restent largement dans le camp des partisans de Delanoë et de Royal, cette dernière profitant à gauche de la tentative du maire de Paris de neutraliser Moscovici et les Strauss-Kahniens avec ses considérations sur le socialisme libéral sous forme d’oxymore décapitant et culbutant.

Dans ce jeu, la main de Laurent Fabius pourrait apparaître comme une manœuvre de congrès dont la principale intéressée n’est d’ailleurs pas dupe. Le ticket Martine à la tête du parti et Laurent à l’Elysée réveille tous les appétits sans régler les questions de fond. Ce grand jeu florentin pourrait même s’avérer contre performant en poussant Royal à jouer la carte un pied dedans un pied dehors au risque de fragiliser davantage un parti socialiste en plein désamour. Dans le même temps, la gauche de gauche trouvant de nouveaux motifs de désespérance dans une fade alliance de circonstance pourrait bien réussir un aggiornamento de ceux qui ne se retrouvent pas dans le projet d’Olivier Besancenot.

Une gauche en miettes, invertébrée avec un parti socialiste décérébré ? Avant d’aboutir à un tel scénario catastrophe, ne vaudrait-il pas mieux réfléchir posément à la stratégie de toute la gauche ? Les chevènementistes qui réunissent leur congrès prochainement n’ont assurément pas toutes les clés en main. Mais en donnant un signal fort pour la refondation républicaine, leur posture peut néanmoins favoriser à gauche une dynamique responsable et unitaire pour avancer vers cette fédération de toute la gauche évoquée par l’actuel secrétaire du PS.
Il appartient ainsi aux forces disponibles de privillégier les réponses de fond pour faire face aux désordres du capitalisme financier mondialisé. Un vrai projet qui ne pourra vraiment être porté, à terme, que par ce parti de toute la gauche, perspective d’union vertueuse à laquelle se rallient  des secteurs de la gauche encore influents. A suivre !

X D

14 JUILLET 1789 : LE PEUPLE DEVIENT SOUVERAIN

Créé par le 15 juil 2008 | Dans : Articles de fond

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)

Alors que nous fêtons le 14 Juillet, il parait utile de faire un peu d’éducation populaire sur la signification de cet évènement.

C’est ce jour-là que la souveraineté populaire et nationale émergent, lorsque la « Révolution bourgeoise à soutien populaire » se réalise pour les conquérir. Pourtant, ces deux principes politiques fondamentaux sont aujourd’hui combattus avec la plus extrême vigueur par la propagande néolibérale. C’est ainsi que prôner la souveraineté – populaire, nationale ou alimentaire – expose immédiatement à l’accusation de « souverainisme », notion au demeurant mal définie, mais dont on sent qu’elle n’est pas un compliment. De la même manière, invoquer le peuple serait une preuve de « populisme », alors qu’évoquer la nation serait un témoignage de « nationalisme ».

PLACER LA SOUVERAINETE DES PEUPLES AU CENTRE DU DEBAT POLITIQUE

La notion de souveraineté, pour bien être comprise, peut être expliquée à partir de l’exemple de la « souveraineté alimentaire ». Celle-ci a été développée par Via Campesina, l’organisation paysanne mondiale, et portée au débat public à l’occasion du Sommet mondial de l’alimentation en 1996. Cette idée présente une alternative aux politiques néolibérales. Depuis, ce concept est devenu un thème majeur du débat agricole international, y compris dans les instances des Nations Unies.

La souveraineté alimentaire désigne le droit des populations et de leurs Etats à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers. Elle vise à donner la priorité à la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan(ne)s et des sans-terres à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit. D’où la nécessité de réformes agraires, de la lutte contre les Organismes génétiquement modifiés (OGM), pour le libre accès aux semences, et de garder l’eau comme un bien public à répartir durablement.

C’est le droit des paysan(e)s à produire des aliments et le droit des consommateurs à pouvoir décider ce qu’ils veulent consommer, qui va le produire et comment. C’est le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix. Ce sont des prix agricoles liés aux coûts de production, mesures qui sont possibles à condition que les Etats aient le droit de taxer les importations à trop bas prix. C’est la participation des populations aux choix de politique agricole. Les politiques néolibérales donnent la priorité au commerce international libre-échangiste et non à l‘alimentation des populations. Elles n’ont en rien contribué à éradiquer la faim dans le monde. Au contraire, elles ont accru la dépendance des populations envers les importations agricoles. Et elles ont renforcé l’industrialisation de l’agriculture, en mettant en danger le patrimoine génétique, culturel et environnemental de la planète, ainsi que la santé des populations. Elles ont contraint des centaines de millions de paysan(ne)s à l’abandon de leurs pratiques agricoles traditionnelles, à l’exode rural, ou à l’émigration.

La souveraineté alimentaire inclut un commerce international juste. Elle ne s’oppose pas aux échanges, mais à la priorité donnée aux exportations. Elle permet de garantir aux populations la sécurité alimentaire, tout en échangeant avec d’autres régions des productions spécifiques qui font la diversité de notre planète.

L’accès aux marchés internationaux, en effet, n’est pas une solution pour les paysans. Le problème des paysans c’est d’abord le manque d’accès à leurs propres marchés locaux à cause des prix trop bas pour leurs produits et des pratiques de dumping à l’importation auxquelles ils sont confrontés. L’accès aux marchés internationaux concerne seulement 10 % de la production mondiale ; il est contrôlé par des firmes transnationales et les plus grandes entreprises agro-industrielles grands producteurs.

 I.- COMPRENDRE LES ORIGINES ET L’INTERET DE LA SOUVERAINETE

La notion de « souveraineté » vient de 1789, lorsque la « Révolution bourgeoise à soutien populaire » s’est faite pour conquérir la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. Or, ces deux principes politiques fondamentaux sont aujourd’hui combattus avec la plus extrême vigueur par la propagande néolibérale. C’est ainsi que prôner la souveraineté – populaire, nationale ou alimentaire – expose immédiatement à l’accusation de « souverainisme », notion au demeurant mal définie, mais dont on sent qu’elle n’est pas un compliment. De la même manière, invoquer le peuple serait une preuve de « populisme », alors qu’évoquer la nation serait un témoignage de « nationalisme ».

On nous dit et on nous répète que les « décideurs économiques » joueraient sur un terrain mondial, alors que les « décideurs politiques » joueraient sur un terrain national. Dès lors, la compétition serait inégale, les seconds ne pouvant que laisser la place aux premiers. C’est pourquoi, selon les néolibéraux, la souveraineté nationale serait une notion non seulement inadaptée, mais dangereuse, car elle ne pourrait, sur le plan politique, qu’isoler la France, et la mettre en difficulté sur le plan économique. D’autant qu’en raison de la mondialisation, la question ne se poserait même plus…

Quant à la souveraineté populaire, la complexité du monde actuel la rendrait contreproductive et elle ne pourrait relever que de la démagogie. La meilleure preuve de ce raisonnement peut être trouvée dans la victoire du NON au référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005, et le refus, par le gouvernement français, de soumettre le Traité modificatif européen à un nouveau référendum. En 1958, de Gaulle avait utilisé le référendum pour contourner le Parlement ; en 2007, Sarkozy utilise le Parlement pour contourner le référendum, c’est-à-dire le peuple ! Quant aux autres pays européens, leurs gouvernements n’ont évidemment pas non plus organisé de référendum, justifiant cette attitude, quand c’était le cas, par l’existence de constitutions – réactionnaires – qui ne le permettaient pas. Hélas, dans ces pays, la soumission est telle que le peuple lui-même a perdu la force de s’ériger en souverain.

Pour se déployer avec toute l’ampleur souhaitable, les politiques néolibérales ont besoin de faire sauter les deux verrous que représentent la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. Ils y sont partiellement parvenus en faisant croire que la nation était un cadre désuet à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, tandis que le peuple, face à la complexité croissante du monde, n’avait aucune aptitude à s’exprimer.

Selon le néolibéralisme, le marché, spontanément, avait réponse à tout, à la condition d’être totalement libre de ses mouvements. Or, précisément, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire peuvent, à tout moment, entraver cette liberté. L’idéal, pour les néolibéraux, était donc de formater les esprits en les acclimatant peu à peu à l’idée que toute réforme de structure serait désormais interdite en raison de la « contrainte extérieure » que représenterait, pour chaque nation, la mondialisation.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette stratégie des néolibéraux a parfaitement bien fonctionné, comme en témoigne, pour ne prendre que cet exemple, la « construction européenne » qui n’a fait que construire le néolibéralisme à l’européenne.

C’est pourquoi le M’PEP se fixe pour objectif de faire de la souveraineté des nations et des peuples LA question politique principale, car cette question « surplombe » toutes les autres. Cette analyse, bien évidemment, n’a rien à voir avec du souverainisme, du populisme ou du nationalisme. Il s’agit d’une perspective universaliste. C’est la liberté pour la France – comme pour chaque pays – de choisir son système économique et social. C’est, par exemple, ou ce devrait être, la liberté pour chaque pays de refuser d’importer des OGM, ou de s’opposer aux délocalisations d’entreprises, ou de réinstaller le contrôle des changes.

Lutter pour la souveraineté nationale, la souveraineté populaire et la coopération internationale entre les peuples, c’est nécessairement lutter contre la mondialisation. Et lutter contre la mondialisation, c’est aussi, nécessairement, lutter pour la souveraineté nationale, la souveraineté populaire et la coopération internationale entre les peuples puisque la mondialisation, précisément, pour atteindre son objectif de réorganisation du travail à l’échelle planétaire, vise à détruire toute souveraineté et toute coopération internationales.

Un immense effort de clarification idéologique, historique, politique est donc nécessaire sur ces questions, tant la propagande néolibérale a fait de ravages.

 II.- LA SOUVERAINETE NATIONALE

Pendant la Révolution de 1789, les sans-culottes et les soldats de l’An II avaient pour mot d’ordre : « Vive la Nation ! » Pourquoi ? Parce que la Grande Révolution, en tant que rupture dans la marche de l’histoire, a eu pour conséquence de transformer le royaume de France en nation française, dans le cadre d’une république.

Régnant sur son royaume au moyen du droit divin, le monarque était le représentant de Dieu sur terre. La Révolution se traduit par un transfert de souveraineté : le royaume devient la nation et les sujets deviennent un peuple de citoyens. La nation, se substituant au royaume, est le résultat d’un processus engagé lors des Etats généraux, qui n’était pas prévu à l’avance. L’Assemblée s’est proclamée « nationale », et de ce fait est devenue détentrice de la souveraineté populaire. L’apparition de la nation résulte ainsi d’une prise de conscience collective et progressive à partir d’une réalité vécue. C’est, au départ, une pratique politique et non un principe abstrait.

Cette conception de la nation n’a rien à voir avec du nationalisme, ni la souveraineté avec du souverainisme. Elle n’affirme aucune supériorité ethnique ou une quelconque agressivité envers les autres peuples. La souveraineté nationale, au sens révolutionnaire, est un principe universel.

Le mot d’ordre « Vive la Nation ! » a donc des justifications très puissantes, car c’est le peuple qui est investi de la souveraineté collective, celle-ci échappe au monarque. La Révolution ne sépare donc pas la formation de la conscience nationale de l’émancipation et de la liberté. Cette conception de la nation est porteuse d’un message émancipateur universel qui a stimulé la maturation, ou même la naissance du combat pour l’indépendance nationale de nombreux pays européens dès les XVIIIe et XIXe siècles. On ne peut ignorer, non plus, la portée immense du message de la nation républicaine dans les colonies lorsqu’elles se sont engagées dans la lutte pour leur indépendance nationale.

N’en déplaise aux « Indigènes de la République », ce n’est pas la République, comme régime politique issu de la Révolution de 1789 qui a organisé la colonisation, mais ce sont des dirigeants politiques inconséquents et criminels. S’en prendre au principe lui-même de la République n’est la preuve que d’une profonde ignorance ou confusion mentale.

Ainsi conçue, la souveraineté nationale est un principe politique fondamental, universel, progressiste, qui ne peut que balayer les misérables justifications de type économique qui prétendent le rendre obsolète.

 III.- LA SOUVERAINETE POPULAIRE

Mais souveraineté nationale et souveraineté populaire ne peuvent être séparées. La souveraineté populaire, en 1789, c’est la transformation du sujet en citoyen, c’est l’érection de la masse des gueux en peuple. L’absence de souveraineté populaire – pendant l’Ancien Régime ou la période de Vichy – signifie immédiatement la captation du pouvoir, puisque par définition celui-ci se place en dehors du peuple. Par ailleurs, il ne peut y avoir de souveraineté populaire sans citoyenneté, la citoyenneté étant la mise en œuvre de la souveraineté populaire. La citoyenneté se manifeste par l’exercice de droits politiques comme expression de la liberté en société. C’est le peuple qui fait société, au sein de la nation, association volontaire définissant un contrat social par une constitution de laquelle vont découler des lois élaborées par le peuple ou ses représentants. La souveraineté du peuple implique nécessairement une démocratie représentative et délégataire qui permet l’exercice des droits. Une vraie citoyenneté impose une participation active à la politique : conception, mise à jour et défense du contrat social incarné dans la Constitution ; élaboration de la loi comme expression de la volonté générale et garantie de l’Etat de droit ; implication dans la délibération publique ; participation au suffrage universel. Il s’agit d’autant d’éléments indissociables qui constituent les bases de la démocratie dans une visée universelle. La vraie citoyenneté est un engagement militant débordant les frontières de l’élite politisée pour s’investir dans les structures parallèles à l’appareil d’Etat que sont les syndicats, les partis, les associations, les collectifs militants les plus divers.

Si on se demande ce qui fait qu’un peuple est un peuple, et non simplement une ethnie, une communauté, des croyants, les habitants d’un territoire, des entrepreneurs, un ensemble de consommateurs : c’est la politique. Un peuple est politique ou n’est pas. C’est cela que les stratégies néolibérales de mondialisation veulent détruire. Evidemment.

 IV.- LA LAÏCITE

Ces deux souverainetés combinées – souveraineté nationale et souveraineté populaire – marquent la fin de toute « théologie politique », la Révolution ayant « désacralisé » l’Etat et les institutions. Sous la monarchie, tout était organisé pour faire croire que la puissance du monarque venait de Dieu, le souverain étant même son représentant sur terre. Si, au contraire, on voit dans le peuple le souverain, la laïcité de l’Etat est le choix qui s’impose naturellement. La laïcité est une conquête collective à portée universelle à préserver et à promouvoir. La laïcité n’est pas française, elle a été conquise en France certes, mais la France fût également la première à considérer la souveraineté populaire en 1789 et ça n’en fait pas un particularisme accidentel franco-français qui n’aurait aucune valeur dans les autres pays. L’universalité d’un principe est indépendant du lieu ou il a été reconnu pour la première fois La séparation de l’église et de l’Etat est donc la condition pour que le peuple existe dans sa pleine souveraineté par un principe qui suppose une organisation politique, un corpus de textes juridiques et des institutions pérennes.

A la différence de la simple tolérance, qui pose la question de faire coexister les libertés telles qu’elles sont (celles des personnes et des communautés), la laïcité construit un espace a priori qui est la condition de possibilité de la liberté d’opinion de chacun pourvu qu’il reste dans le cadre du droit commun. C’est un modèle anti-communautaire par définition. L’autorité politique, ne peut être exercée que par les citoyens et leurs représentants élus.

C’est la supposition de la suspension du lien communautaire qui rend possible la formation du lien politique. La laïcité a pour base le vide de la croyance et de l’incroyance comme doctrines, comme contenus : la laïcité fait le vide sur ce que nous croyons ou pas, elle dit « la puissance publique n’a pas besoin pour être et pour être pensée d’un quelconque acte de foi dans le fondement de la loi ». C’est une incroyance formelle : il n’est pas besoin d’être croyant sur la question du lien pour former association politique, le lien politique, n’est pas appuyé sur un acte de foi puisqu’il suppose au contraire que chacun pourra être le plus indépendant possible de tout autre et de tout groupe. La laïcité est une association politique qui écarte toute religion civile, qui ne fait pas de la loi elle-même un acte de foi, mais un consentement mutuel garantissant des droits. Ce qui est opposé à la laïcité, ce ne sont pas les religions, c’est leur partie civile, leur prétention à faire la loi au nom d’une communauté préalable à l’association politique elle-même. Ce qui est absolument contraire à la laïcité, c’est donc aussi la religion civile, l’idée que la loi doit être acceptée comme une forme de croyance, qu’on doit y adhérer comme un acte de foi.

C’est aussi un garant culturel. Pour construire la cité, la pensée et les efforts humains ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ne pas croire préalablement, c’est s’obliger à réfléchir au bien-fondé des lois et de tout ce qu’on fait et de tout ce qu’on avance. Il y a un devoir de penser qui devient virulent dans une organisation laïque, si ce devoir est négligé dans une république laïque, alors celle-ci est en danger.

La segmentation de l’humanité est une réelle question, il est nécessaire de distinguer les « communautés » qui peuvent très bien avoir pignon sur rue, et le « communautarisme » qui consiste à prendre appui sur des « communautés » réelles ou fantasmées pour conduire un projet politique, pour fractionner la collectivité des citoyens.

La souveraineté populaire puise donc sa source dans une conception rationnelle : celle des fins de l’association politique volontaire que représente le peuple. Aucun décret de l’au-delà n’a fait du peuple un peuple élu, et de la nation le résultat d’une providence divine. La nation comme le peuple, et donc la souveraineté nationale et la souveraineté populaire, sont le résultat de l’action publique et politique.

La laïcité, en outre, permet que l’action pour changer le monde ne soit pas sacrilège. Le risque pourrait sembler anachronique au début du XXIe siècle. Il existe pourtant des pays, aujourd’hui, où la critique du gouvernement est considérée comme un blasphème, car critiquer le gouvernement revient à critiquer le dieu sévissant dans le pays. Chacun comprendra le parti qu’un gouvernement peut tirer d’une telle conception…

Il faut donc aller au bout de la logique de séparation des Eglises et de l’Etat et des conséquences de l’exigence laïque. Le capitalisme sans foi ni loi broie les hommes et s’est donné de tous temps un supplément d’âme inscrit dans un ordre moral religieux, et donne à celui-ci un prétendu rôle social. La laïcité rend incontournable la construction d’un Etat social, avec un secteur public fort, et des lois sociales qui défendent et protègent le citoyen. Devant un tel projet, le supplément d’âme étatique n’a plus lieu d’être.

La Laïcité, un idéal en péril

Dans une communauté de droit comme la République, la loi politique, vecteur de l’intérêt général, permet de soustraire le rapport des hommes et des femmes à l’empire multiforme de la force. La laïcité réalise une telle exigence. Elle ne réalise que ce qui est d’intérêt commun. Elle promeut, avec l’autonomie morale et intellectuelle des personnes, la liberté de conscience, ainsi que la pleine égalité de leurs droits, sans discrimination liée au sexe, à l’origine ou à la conviction spirituelle. La séparation juridique de la puissance publique d’avec toute Eglise et tout groupe de pression, qu’il soit religieux, idéologique ou commercial est pour cela essentiel. L’école publique et l’ensemble des services publics doivent être protégés contre toute intrusion de tels groupes de pression.

L’amalgame entre religion et identité doit être évité, cette confusion conceptuelle aberrante conduit à traiter comme raciste toute mise en cause polémique d’une religion. Le racisme vise un peuple comme tel. Quel peuple vise la critique de l’islam, la population arabe ? Elle est démographiquement minoritaire parmi les musulmans… Le poison de l’amalgame entre culture et religion, ou entre religion et identité fausse constamment les débats.

S’il faut poursuivre en justice un écrivain qui tourne en dérision l’islam, alors il faudra également bannir des bibliothèques Voltaire qui écrivait « écrasons l’infâme » à propos du cléricalisme catholique et Spinoza, qui n’avait pas de mots assez durs pour les théologiens rétrogrades. Le colonialisme, le racisme, la discrimination de l’origine sont des abjections, mais l’oppression des femmes, le credo imposé, le marquage identitaire exclusif, la religion convertie en domination politique n’en sont-elles pas aussi ?

Certes, la laïcité ne peut pas tout. Elle fait valoir à la fois des droits et des devoirs, mais il existe des situations sociales qui rendent peu crédibles les droits, et partant, disposent mal ceux qui en sont victimes à assumer leurs devoirs à l’égard de la République laïque. Il serait injustifié d’en tirer la conclusion que les exigences de la laïcité sont illégitimes et de renoncer à les affirmer. D’autant que, dans nombre de cas, ce n’est pas l’injustice sociale qui est en cause, mais un projet politique d’opposition à la laïcité. Il n’en reste pas moins que le souci d’affirmer la laïcité ne peut se désintéresser des conditions sociales qui la rendent crédible.

La lutte politique contre la violence intégriste doit être comprise comme le souci de promouvoir une conscience lucide des vraies causes des problèmes, en lieu et place d’un diagnostic fallacieux qui incrimine la modernité, la République et l’émancipation laïque. Nous sommes devant une situation assez similaire à celle que décrivait Marx lorsqu’il s’en prenait non à toute conscience religieuse, mais à la religion utilisée comme « supplément d’âme ». En Grande Bretagne le retrait de l’Etat des services publics hors des banlieues difficiles a eu pour effet de « déléguer » la question sociale aux intégrismes religieux, qui se paient le luxe de tenir un discours anticapitaliste. Exemple à retenir afin d’en tirer les conséquences pour notre pays.

Les intégrismes religieux sont en réalité complices de la dérégulation libérale outrancière qui fait aujourd’hui des ravages et qui évite de remettre en cause le capitalisme. Le maintien d’une conscience mystifiée qui fatalise la mondialisation capitaliste libérale en voulant y voir d’une façon malhonnête la seule manifestation de la modernité, produit du désespoir et invalide toute alternative sociale en ne proposant que la charité comme solution.

Il est temps de réactiver les authentiques leviers de l’émancipation humaine. La lutte sociale et politique contre toutes les dérégulations capitalistes et pour la promotion des services publics, qui produisent de la solidarité et non de la charité : la lutte pour une émancipation intellectuelle et morale de tous, afin qu’une conscience éclairée des vraies causes permette de résister aux fatalités idéologiques ; la lutte pour l’émancipation laïque du droit, gage de liberté de tous les êtres humains, liberté de choisir son mode de vie, sa sexualité, son type de relation à autrui dans le respect des lois communes, accéder sans entrave à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse. En contradiction avec cette émancipation des mœurs et du droit, la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) veut faire reconnaître des droits particuliers pour le mariage ; et « un droit à la vie » comme obstacle juridique à l’IVG.

On objectera que les inégalités sociales et culturelles des familles hypothèquent l’égalité des chances à laquelle l’école publique et laïque contribue. Certes. Mais le diagnostic ne met pas en cause l’école, il renvoie aux injustices sociales et appelle à une action appropriée.

L’existence de discriminations, reflet d’un racisme ordinaire persistant, doit être évoqué comme toile de fond de la réflexion, comme tout ce qui fragilise la laïcité ; la discrimination à l’embauche, souvent subie sans recours, peut conduire ceux qui en sont victimes à désespérer du modèle républicain et des valeurs qui lui sont liées. Il ne faut pas s’étonner ensuite qu’une sorte de conscience victimaire conduise à valoriser l’origine ainsi stigmatisée par le fanatisme de la différence. Le risque de la dérive communautariste n’est pas loin.

Aujourd’hui, les expressions de « laïcité ouverte » ou de « pacte laïc » utilisées par certains penseurs protestants sont très dangereuses, elle font du droit laïc un compromis provisoire qui semble suggérer qu’on puisse indéfiniment le renégocier au gré des modifications du paysage religieux. C’est bien de cela que se sert aujourd’hui Nicolas Sarkozy avec la volonté de brouiller cultuel et culturel.

L’idéal laïc s’oppose ainsi à toute tentative de restauration cléricale. Réduire la laïcité à l’hostilité à la religion, c’est superposer le souvenir des luttes historiques qui ont été nécessaires pour la reconnaissance de la laïcité à l’idéal lui-même.

Ainsi comprise, la laïcité n’est pas définissable négativement, c’est-à-dire par l’opposition à quelque chose. Elle n’est pas antireligieuse. Ce qui pose problème et qui a conduit à la laïcité, ce n’est pas la démarche spirituelle de nature religieuse, mais la volonté de domination dans l’ordre temporel, au nom de cette démarche.

L’anticléricalisme fut une réponse historique à un certain refus de l’Eglise de reconnaître la stricte égalité des croyants, des agnostiques et des athées dans les institutions publiques, mais ce refus n’était pas la cause principale dans la définition de l’idéal laïque, qui visait d’abord ce qui unit tous les humains.

 V.- L’ETAT

L’exercice par excellence de la souveraineté populaire, le lieu où elle peut s’exprimer, c’est l’Etat. La souveraineté populaire est la puissance du peuple, elle est sa puissance politique à s’établir comme peuple. C’est le peuple qui instaure l’Etat comme son instrument. Il se donne un Etat, son Etat, manifestation de son organisation collective et outil de son projet politique. L’Etat-providence, par exemple, né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est l’expression de cette puissance politique du peuple qui s’est manifestée à travers des luttes de classe intenses.

C’est pourquoi il faut repolitiser l’Etat, c’est-à-dire en refaire un objectif de conquête par le peuple. Repolitiser l’Etat – ce qui implique de rejeter dans les ténèbres la notion néolibérale de « réforme de l’Etat » – c’est s’opposer à l’administration des choses pour la remplacer par le gouvernement des hommes. C’est réinstaller des organes de décision politique là où ont été mises en place des structures techniques, des agences « indépendantes » ou de prétendues « hautes autorités ». C’est replacer l’Etat au centre de l’économie.

La désacralisation de l’Etat et des institutions pendant la Révolution – qui n’émanaient plus du souverain, représentant de Dieu sur terre – a permis de mettre la raison là ou avant il n’y avait que religion, celle-ci ayant auparavant remplacé la pensée magique. Or, la révolution conservatrice prétend organiser un grand bond en arrière en promouvant « le marché » comme nouvelle pensée magico-religieuse. Le marché, comme nouvelle croyance, surplomberait désormais les souverainetés nationales et populaires, puisqu’il ne permettrait pas d’autre choix.

Les politiques de mondialisation ne peuvent se déployer qu’en détruisant cette conception de la nation et du peuple issue de la Révolution. Le moyen principal pour y parvenir a été le cheval de Troie qu’est le système de Bruxelles. Son but : soustraire à la souveraineté des nations et des peuples l’essentiel des instruments de la politique économique, la monnaie en premier lieu. L’insistance mise sur les fondements théologiques de l’Europe est une stratégie au long cours visant à acclimater les esprits à la délaïcisation de l’Union européenne. A ce propos, l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne serait un joli pied de nez à la conception de l’Europe comme continuation de l’Empire chrétien.

Le M’PEP considère qu’il ne faut pas opposer la souveraineté nationale et l’action nécessaire au niveau international pour favoriser la coopération entre les peuples. Cependant, sous l’effet de l’idéologie de la « contrainte extérieure », l’échelon national a été négligé, comme en témoignent vingt-cinq années de politiques gouvernementales d’inspiration néolibérale. Une nouvelle pensée magique s’est installée, la croyance selon laquelle l’interdépendance des économies n’offrirait plus de « marges de manœuvre » nationales. Elle a anesthésié les gouvernements et impressionné une partie de l’opinion publique.

C’est pourquoi le M’PEP considère qu’un gouvernement « bien intentionné » devrait prendre des mesures unilatérales pour s’émanciper des politiques de mondialisation, en s’inspirant de l’Histoire socialiste de la Révolution française de Jean Jaurès : « quelles qu’aient été les imprudences volontaires ou forcées de la Révolution […] elle a animé, secoué, violenté les nations attardées. Elle les a obligées à sortir de l’ornière des siècles. Elle a rendu pour elles impossibles à jamais les somnolences et les lenteurs de l’Ancien Régime. Elle a précipité, pour toutes, le rythme de la vie. […] debout, peuples belges si lourdement endormis sous l’épais manteau catholique. Debout, penseurs et étudiants d’Allemagne qui suivez du regard au ciel profond de la Germanie le vol lent des nuées pâles. »

Si l’on considère que la souveraineté, sous ses deux facettes – souveraineté nationale et souveraineté populaire – est bien LA question politique, une série de conséquences doivent en être tirées : il faut réinstaller la souveraineté là où elle a été ôtée. C’est en effet le seul moyen de mener des politiques sociales, environnementales, économiques et démocratiques favorables au peuple français, dans une perspective universaliste.

 VI.- INTERNATIONALISME ET SOUVERAINETES

L’internationalisme est l’un des fondements du mouvement ouvrier et de la pensée de gauche depuis le XIXème siècle. Il est parfois résumé par la formule célèbre de Marx « Prolétaires (ou travailleurs) de tous les pays, unissez-vous ! » et symbolisé par un chant : « L’Internationale ». On se souvient que les empires et les bourgeoisies nationales de l’époque luttaient pour les conquêtes territoriales, notamment coloniales, en utilisant le peuple comme chair à canon. On peut alors comprendre que la solidarité était de beaucoup plus forte entre les ouvriers des différents pays, qu’entre les ouvriers et la bourgeoisie à l’intérieur d’un pays donné.

Utopie de rassemblement du mouvement ouvrier, l’internationalisme a été aussi, au cours du XXème siècle, un sujet de divergences majeures en son sein. Au point qu’au moins quatre Internationales, sans compter divers mouvements à prétention mondialiste, ont été constitués avant de disparaître, de se fractionner ou de s’éloigner considérablement de leurs origines.

La première internationale a été créée en 1864, sous le nom d’Association internationale des travailleurs. Après les dissensions entre « collectivistes » et « mutuellistes », puis entre Marxistes et Bakouniniens, elle se sépare définitivement en 1877 sans avoir jamais pu réunir des délégations de plus d’une dizaine de pays.

La deuxième internationale a été fondée à Paris en 1889 et acquiert dans certains pays une puissance, notamment électorale, indéniable. Elle se réclame notamment de la dictature du prolétariat et du pacifisme. Mais les courants réformistes s’y développeront rapidement, avant de triompher (définitivement ?) à l’époque de la guerre froide. Elle existe encore, sous le nom d’Internationale socialiste. Mais l’internationalisme dont elle se réclame à l’occasion n’est guère que l’acceptation de la mondialisation… Elle n’a plus grand-chose à voir avec l’Internationale ouvrière d’Engels et de Jaurès. Son ancrage chez les ouvriers et employés, parfois réelle, est très variable selon les pays mais la solidarité internationale n’a que peu de poids dans les programmes électoraux de ces partis. Seul « l’européisme » y figure de manière importante, mais il n’a que peu à voir avec l’internationalisme des origines !

Mais, plus que le réformisme, l’échec de la IIème Internationale, c’est surtout l’impuissance de la social-démocratie à empêcher la guerre de 1914. Le ralliement de la social-démocratie allemande puis de la SFIO à « l’Union sacrée », en août 1914, a concrétisé cette impuissance. Elle provoquera la création de la IIIème internationale (Komintern) et les scissions de 1919-1921 entre partis socialistes et partis communistes. Dès l’échec de l’armée rouge face à la Pologne (1921) et l’échec de la révolution allemande de 1923, cette Internationale devient en fait un réseau de partis dotés d’une direction clandestine, constitué autour de la « patrie du socialisme », l’URSS. Etendue aux « démocraties populaires » dans la sphère de domination de l’armée rouge après 1945, puis à quelques pays dont la Chine, l’internationale « communiste » se sépare après la rupture sino-soviétique et disparaît de fait en 1991 avec l’URSS, même si 29 partis l’ont formellement reconstituée en 1995 à Sofia.

La IVème Internationale a été fondée en France par Trotsky en 1938. Après plusieurs scissions et une réunification partielle, elle est divisée entre ceux qui veulent maintenir la IVème internationale, ceux qui désirent la « reconstruire » (en opposition avec ceux qui estiment qu’elle n’a jamais été construite !) et les partisans d’une Vème Internationale. En France, il y a de multiples fractions dont trois « grandes » tendances : la LCR, Lutte Ouvrière et le Parti des travailleurs. Ces deux derniers n’ayant pas ou très peu de correspondants dans d’autres pays.

Le mouvement ouvrier, c’est aussi les syndicats. Ceux-ci – ou plutôt quelques-uns d’entre eux, naissants – avaient participé à l’Association internationale des travailleurs. Mais ils n’avaient pu trouver place dans la IIème internationale, regroupement de partis politiques. Des tentatives de créer une fédération internationale, timides avant 1914, ont prospéré après 1918 mais n’ont jamais pu surmonter durablement les oppositions entre socialistes et communistes dans l’entre deux-guerres puis pendant la guerre froide. Après 1947, la Fédération syndicale mondiale (FSM), la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération mondiale du travail (CMT) ont quand même rassemblé des courants internationaux significatifs. La Confédération syndicale internationale, créée en 2006, regroupe l’essentiel des organisations affiliées auparavant à la FSM, à la CISL et à la CMT. Elle revendique 168 millions de travailleurs au sein de 311 organisations affiliées nationales dans 155 pays. Mais son influence est – pour le moment ? – éloignée de sa puissance numérique. Elle est très faible, voire nulle, dans les pays « émergents » (Chine, Inde…)

Aujourd’hui, après plus d’un siècle de clivages, on observe une certaine confusion entre l’internationalisme, le mondialisme, ou encore l’altermondialisme, dont se réclament divers courants. Et cet ensemble hétéroclite apparaît en opposition, elle-même peu claire, avec le nationalisme, le souverainisme, ou le patriotisme. Cette opposition et cette confusion s’expliquent en partie par la profonde modification du rôle des nations dans le capitalisme au cours du XXème siècle et au début du XXIème.

Le M’PEP, qui se réclame de l’internationalisme, se doit d’en préciser le contenu et de lever quelques ambiguïtés.

Tout d’abord : l’internationalisme est un humanisme. Il procède de l’idée fondamentale selon laquelle les êtres humains de tous les pays sont égaux. Ajoutons qu’ils sont profondément solidaires au-delà de leurs différences. Mais ajoutons aussi que les individus ne peuvent constituer spontanément une instance politique mondiale unique, ni s’abstraire immédiatement de toutes les solidarités qui les ont à la fois regroupés et divisés historiquement.

L’internationalisme (comme son nom l’indique !) associe des nations. Et on doit préciser : des nations souveraines, car un citoyen ne peut être libre dans un pays subordonné à d’autres.

L’internationalisme se distingue du mondialisme, où les nations devraient s’effacer devant un prétendu « gouvernement mondial », gouvernement qui serait dangereux s’il n’était illusoire. Où pourrait-on se réfugier si on était proscrit d’une telle « nation-monde », car potentiellement totalitaire ?

L’internationalisme requiert des lieux de dialogue, de coopération, d’arbitrage entre les intérêts parfois contradictoires des différentes nations ; mais on ne saurait, en son nom, accepter le « droit d’ingérence » militaire des plus forts chez les plus faibles au nom d’une très hypothétique « communauté internationale ».

Diverses nations ont donc vocation à exister, y compris dans un avenir très lointain. Mais, si on se réfère à « la nation », il faut en préciser le contenu. Mazzini, puis Renan, Jaurès et d’autres ont en effet développé une distinction entre deux conceptions diamétralement opposées de la Nation : celle, ethnique, de la « nation inconsciente » ; celle, politique, de la « nation consciente ».

La première, la nation inconsciente, obscurantiste, fataliste, pessimiste, enferme l’individu et les groupes sociaux dans les déterminants issus du passé, ceux de la race, du sang et du sol. Elle fonde le chauvinisme.

La seconde, la nation consciente, citoyenne, républicaine, optimiste, invite les citoyens à forger des projets d’avenir en commun ; les citoyens, à travers la nation « consciente » ont vocation à s’élever vers la « commune humanité ».

Mais précisons aussi que personne n’est a priori détenteur de la définition de « l’homme nouveau » ni de la « société idéale » : l’une et l’autre seront des constructions qui ne surgiront pas du néant mais pour lesquelles les citoyens s’appuieront aussi sur les « riches legs de souvenirs » (Renan) que leur apporte l’Histoire.

En ce sens, on ne peut retenir l’idée selon laquelle les travailleurs n’auraient pas de patrie. Formule que Karl Marx a d’ailleurs nuancée, et même contredite. L’Histoire a cruellement démenti cette assertion : gouvernements « d’union sacrée » en 1914 ; constitution d’une « patrie du socialisme » en URSS… Par ailleurs, les multiples luttes de résistance nationale contre des envahisseurs ont démontré que la nation pouvait mériter, notamment aux yeux des travailleurs, qu’on se mobilise pour elle.

Par ailleurs, ce que les socialistes et anarchistes, ou autres internationalistes du XIXème siècle n’avaient pas prévu, c’est que l’Etat ne serait plus au seul « service du capitalisme ». Les institutions, les lois, les impôts ont incorporé progressivement des acquis démocratiques et sociaux. Des services publics et des règlementations se sont développés dans de nombreux pays. La peur de voir le socialisme gagner du terrain, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, n’était pas pour rien dans ce compromis concédé aux travailleurs par les classes dirigeantes des pays industrialisés. Les Etats-Unis et les firmes transnationales dominaient déjà le monde capitaliste, mais les « Etats-nations » jouissaient d’une assez grande latitude pour définir leur politique économique et sociale.

Depuis les années 70, ce « compromis fordiste » et une politique économique « keynésienne » ont permis une forte croissance économique et une certaine réduction des inégalités au sein de chaque pays. Mais ce compromis a été progressivement, puis plus brutalement, remis en cause. Pour cette nouvelle politique de « mondialisation », les nations, les Etats, les services publics, les réglementations devenaient des obstacles à la « libre circulation » des capitaux et des marchandises. Ceci explique que les classes aujourd’hui dominantes, ou celles qui croient tirer profit de la mondialisation, considèrent les nations comme « ringardes » alors que les travailleurs et une grande partie des classes moyennes y sont attachés. Etre patriote, aujourd’hui, c’est être sensible aux aspirations de ces « couches populaires ».

A l’opposé, le M’PEP ne se réclame pas d’une « France éternelle », ni même immortelle. Est-il besoin de développer longuement ce point ? Il n’y avait pas de distinction avant l’an 843 entre la France et l’Allemagne, l’une et l’autre constituées progressivement en plus de dix siècles. Même de Gaulle a préconisé, vers 1941, la fusion de la France et du Royaume-Uni. Qui peut dire ce qui sera souhaitable, y compris d’un point de vue des intérêts nationaux, vers 2843 ?

Le M’PEP ne se place pas non plus sous la bannière du « souverainisme ». Mais comme il en sera vraisemblablement accusé, il est utile de s’arrêter sur cette question quelques instants !

L’accusation de « souverainisme » remplace désormais celle de « nationalisme », notamment pour stigmatiser ceux qui, à gauche, ne pensent pas comme il faudrait. On pourrait se contenter de hausser les épaules. Mais cette accusation mérite d’être analysée et réfutée dans la mesure où elle témoigne, généralement, d’une profonde méconnaissance de « la question nationale » et de la manière dont cette question s’articule avec « la question sociale », et même aujourd’hui avec « la question environnementale ». Ce « malentendu » est un des talons d’Achille de la gauche ; ceci traduit en fait une divergence sérieuse sur « la question de la démocratie ».

Il est vrai que le « souverainisme » pose problème du point de vue de la question sociale. Ce concept, importé du Québec, vise à rendre compte de la « souveraineté populaire » et cherche à articuler celle-ci à la « souveraineté nationale » tout en se démarquant du nationalisme.

Les « souverainistes », qui se situent à droite en France mais s’en défendent généralement, partent de constats justes. Il est vrai, en effet, que la nation reste le lieu principal de la démocratie politique et de la gestion du social. Il est vrai aussi qu’elle s’appuie sur un sentiment de « vouloir-vivre en commun » qu’on ne saurait balayer d’un revers de main au nom d’une société mondiale idéale. La Résistance des années quarante et nombre de combats « anti-impérialistes » se sont réclamés et se réclament d’ailleurs légitimement de la Nation démocratique, pour la défendre, pour la rétablir ou pour la construire. Récemment, la convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée en 2005, montre d’ailleurs que le souci de la souveraineté nationale peut trouver des prolongements et rassembler un grand nombre de peuples. Certains républicains « de droite », dès lors qu’ils ne sont pas totalement fermés à la question sociale, se retrouvent ainsi parfois au coude-à-coude avec des militants de gauche. A l’inverse, l’étiquette de gauche ne garantit pas contre des erreurs tragiques. Faut-il rappeler comment certains, à gauche, se sont conduits pendant l’Occupation ?

On peut rappeler ici la distinction établie par Mao-Tsé-Toung dans son langage, entre « contradictions principales » (entre la bourgeoisie et le prolétariat) et « contradictions secondaires » (entre nations). Dans certaines circonstances, celles d’une lutte de libération nationale, les contradictions « secondaires » peuvent devenir provisoirement principales…

Fuyons donc le sectarisme à l’encontre des « souverainistes ». Mais n’oublions pas que le nécessaire constat de la légitimité démocratique et sociale de la Nation ne saurait suffire. On pourrait même se fourvoyer si ce constat conduisait à accepter les inégalités entre citoyens d’un même pays, à négliger les solidarités internationales, la recherche de compromis et d’arbitrages entre les intérêts nationaux ! C’est l’erreur que commettent souvent les « souverainistes » au nom de l’esprit de solidarité qui doit, aussi, animer les citoyens d’un même pays. Remarquons, en guise de conclusion sur ce point, que les groupes dirigeants s’exonèrent volontiers de la solidarité que requiert le « sentiment national » : exil fiscal, voire solidarité… avec l’ennemi, des émigrés de Coblence pendant la Révolution aux partisans de « Hitler plutôt que le Front populaire » en 1939 !

L’internationalisme, bien qu’il se fonde sur la souveraineté populaire, se distingue donc du souverainisme, si celui-ci subordonne et réduit les aspirations populaires à la souveraineté nationale.

L’internationalisme s’oppose évidemment au nationalisme, si on se réfère à la conception inconsciente de la nation. En revanche, si on considère la nation comme un « marchepied vers l’universel », le lieu principal où s’exerce la volonté politique des citoyens, il n’y a pas opposition mais complémentarité entre l’internationalisme et ce patriotisme-là. Jaurès l’avait vu et exprimé clairement, il y a un siècle :

« … Ce qui est certain, c’est que la volonté irréductible de l’Internationale est qu’aucune patrie n’ait à souffrir dans son autonomie. Arracher les patries aux maquignons de la patrie, aux castes du militarisme et aux bandes de la finance, permettre à toutes les nations le développement indéfini dans la démocratie et dans la paix, ce n’est pas seulement servir l’internationale et le prolétariat universel, par qui l’humanité à peine ébauchée se réalisera, c’est servir la patrie elle-même. Internationale et patrie sont désormais liées. C’est dans l’internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’internationale a ses organes les plus puissants et les plus nobles. On pourrait presque dire : un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » (Jean Jaurès, L’Armée nouvelle, 1911)

D’une autre manière, Romain Gary a établi une distinction fort pertinente entre le nationalisme « haine des autres » et le patriotisme « amour des siens ». C’est avec ce patriotisme humaniste, internationaliste, qu’il s’agit de renouer après un siècle de tâtonnements et d’errements.

 VII.- LA QUESTION LINGUISTIQUE

Elle pose problème au regard de « la question nationale ».

Renan, dans Qu’est-ce qu’une nation ? en 1882, range les langues parmi les attributs de la « nation inconsciente ». Renan s’exprimait dans les conditions de l’époque – la légitimité du rattachement de l’Alsace et de la Moselle à la France ou à l’empire germanique – mais il a mal vieilli notamment sur ce point.

En effet, la défense et la promotion des langues nationales sont indissociables de la souveraineté nationale et populaire, au même titre que la souveraineté alimentaire. Et au moins autant que la défense d’autres « chefs d’œuvre en péril » ! C’est évident pour la langue française. Et pas seulement au Québec !

Ajoutons, au risque de surprendre, que la sauvegarde de la langue bretonne, par exemple, est aussi un combat que les républicains devraient mener.

Concernant les relations internationales, la bonne approche pourrait être la suivante :
- combattre bec et ongles l’impérialisme de l’anglo-américain ;
- apprendre à comprendre plusieurs langues (et non seulement l’anglais), ce qui est plus facile que d’apprendre à les parler.

A l’occasion des échanges culturels entre des ressortissants de deux ou trois pays, chacun parlerait sa propre langue en étant compris. Toutefois, pour les réunions internationales, ou pour des rencontres bilatérales où l’enjeu de négociations est fortement présent, des interprètes resteraient indispensables : « La langue de l’Europe, c’est la traduction » (Umberto Ecco).

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