Résultats pour 'nouveau fillon arriva'

Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?

Chevènement : « Hollande et Sarkozy me semblent prisonniers de l’horizon du triple A »

Créé par le 09 nov 2011 | Dans : Battre campagne

Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen, candidat à l’élection présidentielle | LEMONDE | 07.11.11 | 15h34   •  Mis à jour le 08.11.11 | 21h06

 Jean-Pierre Chevènement, le 22 août 2010, à la 38e fête de la rose d'Arnaud Montebourg.

Jean-Pierre Chevènement, le 22 août 2010, à la 38e fête de la rose d’Arnaud Montebourg.AFP/JEFF PACHOUD

L’intégralité du débat avec Jean-Pierre Chevènement, président du Mouvement républicain et citoyen, candidat à l’élection présidentielle, mardi 8 novembre 2011

Antoine : Soutenez-vous les indignés qui manifestent à la Défense ?

Jean-Pierre Chevènement : Oui, je suis de cœur avec eux. Cette crise fait beaucoup de victimes. Y compris, souvent, chez les jeunes. Pour beaucoup, l’avenir s’est rétréci. Il est scandaleux que l’Europe soit enkystée dans une stagnation économique de longue durée. L’euro devait nous protéger mais dans la zone euro, il y a plus de 10 % de chômeurs.

Est-il normal que la Banque centrale européenne puisse prêter des centaines de milliards d’euros aux banques à 1,25 %, que les banques puissent acheter des titres d’Etat qui leur rapportent entre 2 et 7 %, et que la Banque centrale ne puisse pas intervenir sur les marchés de la dette pour casser d’emblée la spéculation?

Si on savait que la Banque centrale pouvait casser une spéculation à la hausse, les spéculateurs y perdraient leurs chemises, ils renonceraient. Pour moi, la seule manière de sauver la monnaie unique serait de donner à la Banque centrale européenne les mêmes prérogatives que celles de la Banque centrale américaine, la Fed. Cette dernière a acheté près de 2 000 milliards de bons du trésor américain.

Visiteur :  Quel est votre avis sur la façon avec laquelle Nicolas Sarkozy (et ses ministres de l’intérieur) a (ont) traité la question des minorités en France ?

Jean-Pierre Chevènement : Ils ont oublié que le peuple français se définit comme un peuple de citoyens. Je suis hostile à la stigmatisation aussi bien qu’à l’instrumentalisation de telle ou telle minorité ou communauté.

J’aimerais dire quelque chose à propos de M. Sarkozy. Tel Tarzan qui saute de liane en liane, il ébaubit le peuple. Mais jusqu’à quand ? Prenons le sommet de Bruxelles. Le Fonds de stabilité européen se révélait insuffisant. On allait créer un véhicule spécial pour attirer les investisseurs internationaux, chinois, brésiliens, américains, etc… et M. Sarkozy de tendre la sébile à M. Hu Jintao [le président chinois] et à Mme Tilma Roussef [la présidente brésilienne].

Que croyez-vous qu’il arriva ? La sébile resta vide. Le mendiant aurait dû ravaler son humiliation. Heureusement, M. Obama, lui-même en mal de réélection, l’a couvert d’éloges. Ceux-ci ont fait oublié l’échec sensationnel du G20 dont personne ne semble encore s’être avisé. Mais maintenant, c’est M. Fillon qui a saisi une autre liane, nous entraînant dans un ballet torride dont les Français commencent à se demander s’il ne serait pas temps de l’arrêter.

Guest : Comment jugez-vous les résultats de la politique industrielle menée ces dernières années ? Que proposez-vous pour les années à venir ?

Jean-Pierre Chevènement : La France a abandonné sa politique industrielle depuis une trentaine d’années. Elle a choisi la monnaie forte et celle-ci a favorisé les délocalisations industrielles.

Une monnaie moins chère est une condition essentielle de la réindustrialisation de la France. Ce n’est évidement pas la seule. Il faut mettre le paquet sur les technologies nouvelles et, d’abord, sur celle du numérique. Sans oublier aucun des secteurs que vous avez mentionnés.

Car comme me le disait un de mes prédécesseurs, Pierre Dreyfus, il n’y a pas de vieilles industries, il n’y a que des technologies obsolètes. Bien entendu, il faudrait canaliser notre épargne très importante, 17 % de notre revenu, vers l’industrie plutôt que vers des placements à l’étranger.

Savez-vous que ceux-ci étaient de 80 milliards d’euros quand j’étais ministre de l’industrie en 1982, et qu’ils dépassent aujourd’hui 1 600 milliards ?

Minitel  : La crise financière, la crise de l’Euro vous donne en grande partie raison. Comment se fait-il alors que votre parti soit si marginal et votre candidature jugée illégitime ?

Jean-Pierre Chevènement : Je ne sais pas si j’ose vous répondre par une citation de Barrès : « Le ventre et l’esprit se nourrissent à des sources différentes ».

AutrePolitique : Peut-on réindustrialiser la France sans quitter l’Union Européenne, qui interdit le protectionnisme ?

Jean-Pierre Chevènement : L’Europe doit se protéger des concurrences déloyales. Elle le pourrait mieux déjà si sa monnaie n’était pas surévaluée de 25 % par rapport au dollar et bien davantage par rapport au yuan. Il sera difficile d’aller vers un protectionnisme européen, compte tenu de l’opposition de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et des PECO. Mais on peut sans doute créer une taxe carbone et maintenir des droits anti-dumpings sur un fondement social ou environnemental.

Ce sont les Etats-Unis qui donneront le la en matière de protection. L’Europe en est malheureusement incapable.

Franck : Vous critiquez l’horizon du triple A, mais quelle alternative proposez vous pour pouvoir continuer a emprunter ?

Jean-Pierre Chevènement : Je propose une action politique vigoureuse auprès de l’ensemble des acteurs politiques et sociaux, en Allemagne d’abord, mais aussi dans les autres pays d’Europe. Le but serait d’élaborer un plan de relance à l’échelle européenne se substituant à la conjugaison d’un grand nombre de plans d’austérité dans pratiquement tous les pays d’Europe.

Pour cela, il faudrait admettre que la Banque centrale puisse faire des avances au Fonds européen de stabilité financière. Les moyens de celui-ci sont dramatiquement insuffisants, avec 250 milliards d’euros disponibles alors que la dette des cinq pays sous tension dépasse 3 000 milliards. L’Italie, aujourd’hui, emprunte à 6,7 % à dix ans.

Ces échéances de dettes en 2012 atteindront 300 milliards d’euros. C’est intenable. On nous a beaucoup parlé de la Grèce, mais l’arbre grec nous cache la forêt de l’euro et d’abord l’arbre italien, sans parler de l’arbre espagnol, de l’arbre portugais et peut-être un jour de l’arbre français.

La deuxième préconisation, c’est un emprunt européen pour financer, par exemple, un plan de transition énergétique, la construction de transports et de villes durables, un grand effort de recherche dans toutes les technologies de l’avenir (biotechnologie, nanotechnologie, énergies nouvelles, etc.).

Marini : L’écologie est-elle un concept incompatible avec la croissance et donc toute sortie de crise ?

Jean-Pierre Chevènement : Non. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle écologie. Si on entend par là la conscience des limites physiques de notre planète, je suis pour. Mais trop souvent, l’écologie sur le plan culturel se présente comme une idéologie de la peur. Cette idéologie s’est développée en Allemagne après la fin de la deuxième guerre mondiale. Un philosophe allemand, Hans Jonas, avait parlé de l’heuristique de la peur. En français, la peur est bonne conseillère.

Cela a donné la société du risque d’Ulrich Beck et puis le principe de précaution qui a été introduit dans notre constitution en 2004, alors que ce principe n’a rien de scientifique. Pour ma part, je reste cartésien, je crois aux ressources de la raison. Je suis pour la liberté de la recherche et je crois que celle-ci peut apporter beaucoup de solutions aux problèmes que nous nous posons et qui peuvent rester provisoirement irrésolus.

L’homme n’a vraiment volé qu’avec Clément Ader puis Louis Blériot. Il a attendu pour cela quelques millénaires.

Lazzuli  : Que pensez-vous de la déclaration de François Hollande qui veut préserver la construction d’un EPR de Flammanville ?

Jean-Pierre Chevènement : C’est l’intérêt de la France. L’électricité d’origine nucléaire est deux fois moins chère que celle qui provient de l’éolien marin. Et cinq à six fois moins cher que celle qui vient du solaire photovoltaïque, dont les panneaux sont fabriqués en Chine. Nous sommes en négociation avec la Grande-Bretagne (six EPR), la Chine (deux EPR), l’Inde (deux EPR), la Finlande, la Pologne, la République tchèque et d’autres pays encore.

Ginette Dugeno  : Voulez-vous faire sortir la France de l’Union européenne ?

Jean-Pierre Chevènement : Non. Mais je pense que l’Union européenne n’est pas mûre pour le fédéralisme. Elle peut être une confédération car les nations européennes sont une famille de peuples.

Il faut faire évoluer avec pragmatisme la construction européenne sans jamais perdre de vue l’objectif qu’avait fixé jadis le général de Gaulle. Une Europe européenne, actrice de son destin qui soit elle-même un pôle dans le monde de demain qu’on nous décrit comme multipolaire. Bien entendu, cette Europe sera à géométrie variable. Il faut avancer avec ceux qui le veulent, conformément à la doctrine posée par la jurisprudence de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Je regrette que trop peu de Français ne connaissent pas ses attendus. Ceux-ci sont pourtant lumineux. L’Union européenne est une organisation internationale, elle juxtapose une trentaine de peuples et la souveraineté réside dans chacun d’eux. C’est pourquoi les droits du Parlement, en l’occurrence le Bundestag doivent être respectés. Il faut réconcilier l’Europe avec le progrès et avec la démocratie. Voilà ma ligne, elle n’est pas nationaliste, ni souverainiste, elle est tout simplement républicaine.

sim :  Vous êtes candidat à l’élection présidentielle, qu’est-ce qui vous distingue de Nicolas Dupont-Aignan ?

Jean-Pierre Chevènement : Nous n’avons pas le même itinéraire, même si nous pouvons converger sur de nombreux points. J’ai de l’estime pour M. Dupont-Aignan. Je pense néanmoins que sa préconisation de sortie de l’euro a besoin d’être sérieusement étayée, nuancée. Autant, on pouvait être contre le traité de Maastrich, qui a créé la monnaie unique en 1992, autant, aujourd’hui, la monnaie unique est un fait, certes fragile, attaqué de toute part par la spéculation. Mais quand un avion a pris de la hauteur, on ne saute pas par le hublot, on cherche à en prendre les commandes pour atterrir en douceur.

Je me résume. Je souhaite que de cette période très difficile, les peuples d’Europe puissent se sortir à moindres frais.

CMC  : Pourquoi n’avez vous pas été candidat à la primaire socialiste ?

Jean-Pierre Chevènement : Parce que c’étaient des primaires socialistes. Ouvertes, certes, mais le centre de gravité devait inévitablement déboucher sur la désignation d’un candidat social libéral. Sur ce point, François Hollande et Martine Aubry ne se distinguent guère. Arnaud Montebourg est arrivé troisième avec un score remarquable de 17 % qui m’a impressionné.

Je ne suis pas sûr que je l’aurais fait, même si j’aurais fait mieux que 0,6 % comme M. Baylet. Bref, je ne voulais pas me mettre à la merci de l’opinion majoritaire au sein du Parti socialiste ou dans sa mouvance. Je représente une sensibilité républicaine. Je suis un homme de gauche indépendant. Je préfère avoir un dialogue avec les autres partis de gauche. Sans me fondre d’emblée dans une absence épaisse.

Yoann : Que répondez-vous à ceux qui pensent que votre candidature risque de nous faire revivre le même scénario que le 21 avril 2002 ?

Jean-Pierre Chevènement : Le 21 avril 2002, c’est l’extincteur du débat politique. Une fois que l’on a crié « 21-avril », il n’y a plus de place pour argumenter. En 2002, je critiquais déjà l’omnipotence des marchés financiers, je préconisais le redressement de l’Europe, l’élargissement des missions de la Banque centrale européenne au soutien à la croissance et à l’emploi, le renouveau de la politique industrielle, l’affirmation de repères clairs en matière d’éducation, de sécurité et d’intégration. Je n’avais que le tort d’avoir raison trop tôt.

Louloutte : Que pensez-vous de la candidature de Mélenchon ?

Jean-Pierre Chevènement : M. Mélenchon a fait beaucoup de progrès depuis le traité de Maastricht. J’ai de la sympathie pour son effort qui est méritoire. Mais je ne crois pas qu’il sera présent au second tour.

Sim : Quels sont vos points de désaccord avec le Front de Gauche ?

Jean-Pierre Chevènement : Mon principal désaccord est le suivant. Je pense qu’il faut s’appuyer sur la souveraineté nationale pour exercer un effet de levier, en Europe et dans le monde. Accessoirement, bien que ces sujets soient importants, je ne suis pas pour la sortie du nucléaire, qui renchérirait de 50% la facture de l’électricité des couches populaires, auxquelles M. Mélenchon et moi-même nous nous adressons. Et je n’ai jamais été pour une régularisation générale des sans-papiers.

Relique : Quelles mesures soutenues par Hollande ou par Mélenchon pourraient vous permettre de les soutenir ?

Jean-Pierre Chevènement : Je pense que M. Hollande a défini deux axes qui me paraissent justes. La priorité à la jeunesse et à l’éducation et la nécessité d’une réforme fiscale qui réponde au souci de la justice sociale. L’effort est nécessaire, mais il doit être équitablement partagé. Et surtout, il doit avoir un sens. Or, aujourd’hui, M. Hollande comme M. Sarkozy me paraissent prisonniers de l’horizon du triple A.

Jean Bar : Arnaud Montebourg propose que les députés ne puissent être investis après 67 ans. Vous qui le soutenez, ne devriez-vous pas renoncer ?

Jean-Pierre Chevènement : Oui, c’est un léger point de divergence que j’ai avec lui. Beaucoup de nos grands hommes d’Etat avaient dépassé cet âge. Je ne suis pas pour des limites d’âge. Il y a des jeunes qui sont déjà vieux et des vieux qui restent jeunes très longtemps.

Aurélien  : Quel regard portez-vous sur le ralliement de plusieurs de vos anciens soutiens à Marine Le Pen ?

Jean-Pierre Chevènement : C’est le cas d’un seul, Bertrand Dutheil de La Rochère, qui a été exclu dans l’Eure et n’a entraîné absolument aucun militant derrière lui. Dutheil a oublié qu’entre le MRC et le FN, il y a une différence, c’est 1789, la citoyenneté, l’égalité humaine. Valeurs auxquelles nous avons la faiblesse de tenir.

Modeste : Vous engagerez vous à quitter votre appartement du parc social de la Ville de Paris que vous occupez depuis de nombreuses années afin qu’une personne plus nécessiteuse puisse en profiter à juste titre ?

Jean-Pierre Chevènement : Je ne suis pas dans un appartement HLM. Ma situation est parfaitement légale. Je paie le loyer que le bailleur me demande puisque je suis dans un appartement ILN, immeuble à loyer normal. Un homme politique doit s’attendre à toutes les attaques. Et celle-là ne me surprend pas.

Chat Modéré par Eric Nunès et Thomas Wieder

La gauche doit savoir où elle habite par Jean-Pierre Chevènement

Créé par le 10 sept 2007 | Dans : Blog du Che, Débats autour de la refondation de la gauche, Le Che

Intervention de Jean-Pierre Chevènement en clôture de l’université d’été du MRC, Saint-Pol sur Mer – 9 septembre 2007 retransmise sur le blog de Jean Pierre Chevènement (voir nos liens)


Merci d’abord à Christian Hutin, député-maire de Saint-Pol sur Mer, à Claude Nicolet et aux équipes du Nord, pour leur accueil qui contribue au remarquable succès de cette Université d’été. Merci également à nos invités, à Vincent Peillon dont nous avons apprécié l’acuité républicaine du discours. Merci aussi à Bernard Cassen qui a fait se lever des générations nouvelles de militants. Merci à nos trois rapporteurs, Claude Nicolet, Sami Naïr et Patrick Quinqueton pour leur travail et leurs exposés remarquables. C’est l’absence d’un projet véritable qui a conduit, pour la troisième fois depuis 1995, la gauche à la défaite aux élections présidentielles. Cette défaite n’a rien d’inéluctable.


I – Une gauche républicaine capable d’élaborer un projet à la hauteur des défis du temps demain peut l’emporter.

A) Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste pour l’avenir d’une telle gauche républicaine, mais je ne crois pas que le parti socialiste puisse trouver seul la force d’un sursaut salvateur. Il peut le favoriser ce qui serait déjà beaucoup. Et cela demande à ses dirigeants une certaine hauteur de vues. C’est ce que semble proposer François Hollande aux partenaires du parti socialiste avec la tenue d’ « Assises » avant même les prochaines municipales. Il faudra aller beaucoup plus loin dans la refondation si on veut que la gauche revienne au pouvoir avant dix ans. Il faudra un « événement » aujourd’hui indescriptible (de type 1936 ou 1968) et surtout une structure politique capable d’accueillir cet évènement, structure dans laquelle puissent se retrouver les jeunes générations, se brasser des militants issus des couches populaires aussi bien que des couches nouvelles et surtout s’élaborer un nouveau logiciel. Là est l’essentiel. Car le logiciel élaboré à Epinay en 1971 a été déclassé par les socialistes eux-mêmes, à partir de 1983, au profit d’une politique social-libérale qui les a mis en porte-à-faux avec leur électorat. Ils ne lui ont pas substitué un nouveau logiciel, j’entends par là à la fois une grille de lecture du monde cohérente prenant en compte les défis extérieurs et l’évolution de la société française, et une feuille de route permettant de dépasser les réponses au coup par coup, sans principes. Ce nouveau logiciel ne peut se réduire à la conversion libérale entamée en 1983, aboutissant, au prétexte de l’Europe, à une ringardisation de la nation que celle-ci n’accepte plus. Ce nouveau logiciel doit signifier une conversion républicaine capable de réconcilier la gauche et la France et de mettre la première en phase avec les besoins et les intérêts essentiels de la seconde. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour opérer cette conversion républicaine et revaloriser le rôle de la nation pour mettre la gauche au service de la France, selon une expression employée par François Hollande lui-même à La Rochelle. C’est un immense travail, tout à fait exaltant pour ceux qui sont prêt à s’y engager. Et le MRC est prêt pour cette refondation républicaine. François Hollande m’a indiqué qu’il souhaitait que nous participions à un Comité de liaison de la gauche. Pour ma part je ne vois pas a priori d’inconvénient à accepter cette proposition à condition bien entendu de préserver la liberté de nos analyses et nos intérêts politiques essentiels. Et il faudra que les Assises soient précédées et suivies de débats décentralisés où vous aurez à prendre toute votre place. Ensuite doit venir un congrès de refondation et pas un simple congrès socialiste.

B) Notre identité est claire. Le MRC doit savoir ce qui le rapproche et ce qui le distingue du Parti socialiste.

Issu historiquement du CERES, de « Socialisme et République », puis du Mouvement des Citoyens, le MRC n’est pas seulement un rameau du socialisme français. Il a entendu constituer dès l’origine un courant républicain civique qui est nécessaire à la gauche et au pays. De ce point de vue, nous devons mieux préciser notre rapport historique au courant socialiste auquel nous appartenons sans pour autant nous confondre avec lui. Ce n’est pas seulement la guerre du golfe et le traité de Maastricht qui nous ont éloignés du parti socialiste. C’est plus profondément notre conception républicaine, dont les racines, à bien y réfléchir, sont déjà présentes dans la pensée de Jaurès et qui ont fait du CERES dès sa création un « empêcheur de tourner en rond ». Notre regard sur l’Histoire nous différencie du courant socialiste traditionnel auquel nous appartenons cependant.

1. D’abord le combat socialiste nous paraît plus nécessaire aujourd’hui que jamais. En effet, le socialisme a d’abord été, selon le mot de Durkheim, un « cri de douleur ». Face à l’exploitation sans frein des travailleurs par le capitalisme naissant, ceux-ci ont cherché et réussi à s’organiser pour améliorer leur sort. A ce travail d’organisation près de deux fois séculaire revient le mérite d’avancées sociales que l’augmentation de la productivité seule n’aurait pas assurées.

Sans l’organisation et la combativité des organisations ouvrières, aucun progrès social n’eût été possible. Il est de l’essence même du capital d’aller au bout de sa logique : celle de l’exploitation maximale de la force de travail. Résistance, équilibre, progrès enfin, ces trois mots résument la vocation du socialisme face à cette logique d’exploitation toujours à l’œuvre dans l’Histoire : ce qu’on appelle « mondialisation libérale » aujourd’hui ne se manifeste-t-il pas d’abord par la mise en concurrence, à l’échelle mondiale, des territoires et des mains d’œuvre par les multinationales et les fonds d’investissement ?

Pour contrarier la logique du capital, plusieurs voies ont été explorées : action syndicale, réformes parlementaires, tentatives révolutionnaires, dont je ne prétends pas refaire la théorie.

Il y a plusieurs manières de combattre la logique d’exploitation inhérente au système capitaliste, mais quelles qu’en soient les formes, le combat est nécessaire. Cela ne suffit pas, pour autant, à définir le socialisme.

2. Le socialisme c’est d’abord une critique du capitalisme.

Que reste-t-il de l’ambition démiurgique affirmée par Marx il y a cent cinquante ans, de faire du prolétariat l’acteur d’une Histoire rompant avec des siècles d’oppression ?

Lire la suite »

La stratégie mortifère des socialistes, par Michel Noblecourt

Créé par le 23 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle, Elections

Alerte rue de Solférino : à moins de trois semaines des élections législatives, les socialistes n’ont plus de boussole. Tout se passe comme si se déployait de fait une stratégie mortifère risquant, à l’arrivée, d’ajouter à leur défaite présidentielle une déroute législative. Depuis le 6 mai, l’enchaînement des faits est surréaliste. Le 15 mai, trois jours après un conseil national destiné à afficher l’unité mais n’arrivant pas à masquer les déchirements internes, le bureau national du Parti socialiste a appelé, « à l’unanimité », à un cessez-le-feu. La direction du PS a pris trois engagements, réitérés par François Hollande le 21 mai à Lyon : « remobiliser les troupes » et donc « éviter les petites phrases » ; aller aux législatives des 10 et 17 juin « avec l’objectif d’obtenir le maximum de députés et de conquérir la majorité à l’Assemblée nationale » ; dénoncer « avec force les débauchages en cours » de personnalités socialistes par Nicolas Sarkozy. Vaine parade. Le mal était déjà fait.

Depuis le 6 mai, et la défaite de Ségolène Royal, que la candidate n’a toujours pas reconnue, la guerre des chefs bat son plein. En public d’abord, en coulisses ensuite, les socialistes jouent chaque jour « règlement de comptes à OK Corral ». Mme Royal fustige le « manque de discipline au PS » et réclame la désignation du candidat à l’élection présidentielle de 2012 « dès le prochain congrès » (en principe en novembre 2008). Au risque de troubler ses amis par la dureté et l’impétuosité de son ton, Dominique Strauss-Kahn se déchaîne contre François Hollande, « principal responsable » de la défaite de 2007, brandit le spectre d’« un parti de vieux croûtons » et plaide, ici au diapason de Mme Royal, pour une rénovation autour d’un « socialisme du réel ».

Laurent Fabius, dont le courant n’a plus vraiment le vent en poupe, se moque de l’analyse de M. Hollande attribuant l’échec présidentiel à une droitisation de la société, jugée « très, très superficielle ». Mais, d’accord ici avec le premier secrétaire, il prône le rassemblement et qualifie la social-démocratie, que prétend incarner M. Strauss-Kahn, de « recette d’il y a trente ou cinquante ans ». Bertrand Delanoë parle de défaite collective et François Hollande conclut que le PS est « en ordre de marche »

Le bateau socialiste affronte la bourrasque avec des chefs qui se disputent le gouvernail face à un nouveau président qui cherche à le faire chavirer. L’ »ouverture » de M. Sarkozy est du même ordre que celle de François Mitterrand en 1988. Après sa réélection, l’ancien président avait fait entrer dans le gouvernement de Michel Rocard des ministres venus de l’UDF, de Michel Durafour à Jean-Marie Rausch, en passant par Jean-Pierre Soisson. Le second gouvernement Rocard comptait ainsi 23 non-socialistes sur 49 ministres. Aucun pacte n’avait été conclu entre le PS et l’UDF. La méthode avait consisté à « débaucher » des personnalités. La technique de M. Sarkozy est similaire, mais elle risque de faire plus mal. Elisabeth Guigou y voit « une manoeuvre qui vise purement et simplement à laminer la gauche » en juin. L’entrée de trois hommes de gauche dans le gouvernement de François Fillon déstabilise le PS. Eric Besson avait déjà renié son parti, y compris dans les meetings de l’UMP, et se trouve remercié pour services rendus. Longtemps ami du couple Royal-Hollande, formé comme eux à l’école de Jacques Delors, Jean-Pierre Jouyet s’était distingué – au nom des « Gracques », un groupe d’anciens haut fonctionnaires socialistes – en plaidant, comme M. Rocard et Bernard Kouchner, pour un rapprochement avec l’UDF, afin d’assurer… la victoire de la candidate du PS face à M. Sarkozy. Quant à M. Kouchner, s’il a toujours été en marge du PS, il s’est impliqué jusqu’au bout dans la campagne de Mme Royal et a bâti sa forte popularité sur son image de rénovateur potentiel du « logiciel » socialiste. Ainsi, même illustrée par des « débauchages » individuels, l’« ouverture » fait mal. Elle empêche le PS de faire campagne contre un gouvernement uniformément UMP et un Etat « monocolore ».

Pis encore : au moment où M. Hollande imagine, après les législatives, « des assises pour refonder un grand parti de la gauche », qui couvrirait l’espace « qui va de la gauche, sans aller jusqu’à l’extrême gauche, jusqu’au centre gauche ou au centre », ses partenaires lui filent entre les doigts. Du haut des 1,57 % de Dominique Voynet le 22 avril, les Verts, qui n’ont que trois sortants, refusent les 14 circonscriptions que voulait lui réserver le PS. Au nom de « la force communiste » (1,93 %), Marie-George Buffet décide de faire cavalier seul, comptant sur les désistements républicains du second tour pour garder un groupe à l’Assemblée nationale. Quant au Parti radical de gauche (PRG), l’allié fidèle auquel le PS a accordé 32 circonscriptions, il a des fourmis dans les jambes. Reçu par M. Sarkozy, Jean-Michel Baylet, son président, tourne la page de l’union de la gauche et rêve de constituer « une grande force centrale » en réunifiant le PRG et le Parti radical valoisien, associé à l’UMP. Rappelé à l’ordre par M. Hollande, M. Baylet s’est défendu d’avoir « changé de camp ». Mais les grandes manoeuvres radicales risquent de reprendre au lendemain du 17 juin.

AU MOINS « PERMETTRE UN ÉQUILIBRE »

En 2002, après le « séisme » du 21 avril, le PS, conduit à la bataille par M. Hollande, avait fait semblant de croire qu’il pouvait prendre sa revanche aux législatives, conquérir la majorité et imposer une nouvelle cohabitation malgré une inversion du calendrier – la présidentielle avant les législatives – voulue par Lionel Jospin pour l’éviter. Il s’était retrouvé avec 149 élus. Cette fois, il a du mal à entretenir la même illusion. « Je pense que les Français donneront une majorité à Nicolas Sarkozy », observait dès le 12 mai Bruno Le Roux, secrétaire national chargé des élections. Le PS, qui paraissait en ordre de marche avant la présidentielle, se mobilise aujourd’hui dans le désordre. Des candidats dissidents resurgissent, ce qui n’est jamais bon signe.

La plate-forme législative, élaborée à la va-vite, comme pour faire oublier le « pacte présidentiel » de Ségolène Royal, avec le slogan « La gauche qui agit, la gauche qui protège », invite les électeurs à « donner une force aux idées de progrès » et à élire « le plus grand nombre de députés socialistes » au moins pour « permettre un équilibre dans nos institutions ». Le PS joue petit bras, comme s’il avait intégré l’idée qu’un président de la République bien élu, et jouant de surcroît la carte de l’« ouverture », ne pouvait pas être désavoué, à travers une nouvelle cohabitation, cinq semaines plus tard. Cette stratégie mortifère, qui rendra toute rénovation encore plus douloureuse après les législatives, peut échouer. Les projections des sondages donnent entre 150 et 200 élus au PS, soit un gain éventuel de 50 sièges. Mais un tel résultat nécessiterait un sursaut qu’on ne voit guère poindre. Depuis le 6 mai, un vent de lourde défaite souffle avec persistance sur la rue de Solférino.

Michel Noblecourt

Article paru dans l’édition du Monde du 23.05.07.

Nouveau regard, nouvelle Ec... |
democratia |
Mers El-Kébir Franc-Tireur |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les emprunts russes
| mouvement de soutien "waaxu...
| HYPERDEMOCRACY