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Entretien avec Danielle Mitterrand, présidente de la Fondation France Libertés, sur le blog citoyen, socialiste et républicain

Créé par le 19 jan 2008 | Dans : Articles de fond, Non classé, Une autre mondialisation

Entretien avec Danielle Mitterrand, présidente de la Fondation France Libertés, sur le blog citoyen, socialiste et républicain  dans Articles de fond avatar-danielle-2.1192875522.miniature Plus qu’un témoignage, « Le livre de ma mémoire » interpelle et ouvre des horizons, loin des conformismes et du prêt à penser… Danielle Mitterrand propose une alternative complète au néolibéralisme et appelle les citoyens à s’engager dans les combats majeurs. Elle puise dans la force de ses convictions sa capacité d’agir pour affirmer ses valeurs humanistes et œuvrer aux côtés des plus humbles pour l’avenir de l’Humanité.

Xavier Dumoulin – Je voudrais vous poser quelques questions après la lecture de votre livre très captivant et très instructif aussi. On pourrait commencer tout  simplement par la chronologie. Vous évoquez votre histoire familiale, une illustration d’une réalité historique : ces milieux républicains, socialistes, ces vignerons, ce père principal de collège… Quel enseignement principal retirez-vous de cet héritage de votre milieu familial et de ces valeurs dans lesquelles vous avez été éduquée ?

« Une continuité dans le choix de société de ma famille de mettre l’Homme en priorité… celui d’une société harmonieuse ! »

Danielle Mitterrand – Je crois qu’ il y avait une continuité dans le choix de société de ma famille de mettre l’Homme en priorité dans l’organisation de la société – l’autre terme, c’est de mettre la richesse et l’argent comme priorités dans le choix de société chez ceux qui pensent que l’argent donne le pouvoir et la domination. Le premier choix, l’Homme comme priorité avec l’intelligence, les dons qui ont été faits à l’Humanité de pouvoir parler et évoluer et surtout la solidarité : c’est celui d’une société harmonieuse !

Xavier Dumoulin – Et tout cela constitue la trame de votre livre dans lequel on retrouve toutes ces valeurs. Alors passons à vos années de jeunesse. Vous traversez l’Histoire, une histoire difficile car votre père souffre beaucoup à cause de ses idées. Ca va jusqu’à la période du maréchal quand il est sanctionné. Vous évoquez tout cela  On sent que vous gardez de votre jeunesse un sentiment agréable, malgré ces épisodes du pensionnat et ces difficultés. Ce qui ressort en tout cas c’est que vous avez été heureuse. Tous ces épisodes, vous ont-ils  perturbée en fait ou pas du tout ? est-ce que vous avez souffert ? car ça ne paraît pas trop.

Danielle Mitterrand – Ca m’a construite surtout ! C’est-à-dire que ce refus de l’injustice qui a présidé à toute ma vie est dû à ces premières souffrances, à l’injustice et à la mauvaise foi dont j’ai souffert étant toute petite fille parce que j’étais devenue l’otage de deux opinions opposées. Et surtout à la souffrance de mon père que l’on accusait à tort parce qu’il avait des opinions politiques et philosophiques qui ne correspondaient ni au lieu dans lequel nous vivions – qu’était la Bretagne – ni au dogme de l’époque qui nous amenait insidieusement au nazisme.

« J’ai vécu mes premières années jusqu’à l’adolescence dans un nid douillet »

Xavier Dumoulin – Oui et d’ailleurs, vous racontez la vengeance de cette institutrice qui réagissait méchamment à cette arrivée du nouveau principal… Mais vous gardez de votre  famille cette chaleur humaine.

Danielle Mitterrand – Parce que dans ma famille il y avait un climat chaleureux. Nous étions très liés les uns aux autres, très proches les uns des autres. J’ai vécu mes premières années jusqu’à l’adolescence dans un nid douillet avec des parents attentifs et tout cela fait que j’étais heureuse et privilégiée.

Xavier Dumoulin – Revenons donc à cette période difficile mais avant une question sur ce bac. C’est un épisode à la fois amusant mais difficile quand même à encaisser ?

Danielle Mitterrand – En définitive, je ne l’ai pas passé parce que j’étais déjà dans cette mouvance de la Résistance depuis quelque temps. Du fait que je suivais François partout, mon nom était repéré et évidemment, aller me chercher à la sortie du bac, c’était tellement facile… Quelqu’un est venu me chercher avant mais c’était un ami de François… Si bien que je n’ai pas passé mon bac ! J’ai passé les deux premières épreuves…

« Mon premier fait de résistance, il est quand j’avais six ans »

Xavier Dumoulin – Et alors tout se déroule finalement dans cette période très difficile – je passe sur les détails, ils sont dans votre livre pour comprendre justement cette période. Et finalement tout s’enchaîne rapidement. C’est presque naturellement que vous rentrez dans la Résistance. Quel est votre premier fait de résistance en réalité ?  En avez-vous eu conscience ?

Danielle Mitterrand – Non, mon premier fait de résistance, il est quand j’avais six ans et quand j’ai répondu à cette directrice par un acte de rébellion devant son injustice : elle m’avait privée des bonbons que je méritais donc je me suis servie moi-même et ça m’a valu évidemment des sanctions dont je n’oublierai jamais la cruauté.

Xavier Dumoulin – Et votre petit malin dont vous parlez toujours qu’est-ce qu’il disait à ce moment là ?

Danielle Mitterrand – Mon petit malin c’est un peu le «Durito» de Marcos – du sous-commandant Marcos – et cette petite conscience qui est toujours là et qui nous rappelle qu’elle existe et qu’elle est là pour vous guider.

« Il fallait détruire la réputation de François et sa réputation de Résistant… »

Xavier Dumoulin – Alors cette conscience justement… On est dans la Résistance. Vous rencontrez François Mitterrand. Tout vous amène à le rencontrer : il y a ses amis qui sont cachés à Cluny, enfin, il y a force témoignages et, justement c’est très nourri sur ce plan factuel de la Résistance et notamment celle de François Mitterrand. Et pourquoi finalement cette histoire a-t-elle été entourée de tant de suspiscions ? Pourquoi, finalement ne pas avoir pu la raconter comme vous la racontez ? On comprend tout cet enchaînement, cette histoire est simple à comprendre comme vous la racontez.

Danielle Mitterrand – Parce que c’est la vérité. Moi je raconte la vérité. Il fallait détruire la réputation de François et sa réputation de Résistant… La Résistance intérieure a été très minimisée parce que tout s’est organisé à l’extérieur. Bien sûr dans la paix c’est plus facile que quand on a les fusils ou la gestapo derrière soi !

Pourquoi j’insiste tellement sur la Libération de Paris ? C’est parce que justement, personne n’en parle ! Personne n’en parle ! Tout le monde pense que le général Leclerc – qui évidemment a été très utile – et De Gaulle ont libéré Paris. Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! C’est la résistance intérieure qui a libéré Paris et je voulais rendre hommage à tous ceux qui à cette époque là se sont faits tuer pour libérer Paris !

Xavier Dumoulin – Votre contribution grandit encore plus la France finalement. Et alors justement le gaullisme ? Nous arrivons dans cette période de l’après-guerre. Bon je passe rapidement. Je voulais quand même vous interpeller sur votre sévérité à l’égard du Général De Gaulle. Non pas sévérité par rapport aux évènements de Charonne quand vous vous révoltez à juste raison contre ce qui s’est passé. Par contre, je trouve une sévérité excessive – moi qui suis pourtant tout à fait enclin à suivre le déroulement de votre pensée -! Parce que par exemple, sur le plan de la diplomatie, on peut penser que l’œuvre du général n’est quand même pas négative.

Danielle Mitterrand – Non, elle est loin d’être négative. Mais je le dis. Mais vous savez moi je n’ai témoigné en mon nom que ce que j’ai vécu moi-même. Si vous remarquez, chaque fois que c’est un évènement que je n’ai pas vécu moi-même, je fais parler l’intéressé.

C’est De Gaulle qui, lui, parle de son pouvoir. C’est De Gaulle, ce sont des textes de De Gaulle qui décrivent un pouvoir personnel qu’il a évidemment pratiqué. C’est lui-même qui raconte sa propre histoire, j’ai toujours fait témoigner des gens qui étaient sur place, qui étaient présents, qui pouvaient témoigner.

Donc ma sévérité ce sont les faits, ce n’est pas ma sévérité, c’est la sévérité des faits. Et ces faits, ils sont têtus. Ils sont là. On peut les interpréter. On ne peut pas les reconstituer. Ce sont eux que je mets sur le papier. Ce ne sont pas les interprétations.

Xavier Dumoulin – On est en tout cas très instruit des mille tracasseries et complots qui se trament, évidemment pour des raisons de refus d’accepter l’opposition politique.

Danielle Mitterrand – Il n’y a jamais eu autant d’assassinats politiques qu’à cette période là. Il n’y a jamais eu autant d’injustice politique – quelque soit le milieu – que pendant cette période.

Xavier Dumoulin – C’est une période d’ailleurs qui a été dure pour vous personnellement. Vous racontez tout ceci dans votre livre et on comprend qu’elle soit chargée d’émotion cette période parce qu’on a touché aussi quelque part à des choses fortes quand on a voulu s’attaquer à…

Danielle Mitterrand – A l’honneur…

Xavier Dumoulin – A l’honneur d’un homme . Tout à fait !

Alors tout cela nous ramène à Mai 68. Dans ces évènements de 68, finalement, j’ai vu un François Mitterrand plus distant qu’on ne le pensait par rapport à ce qui se passait.

Qu’est-ce qu’il y a de positif dans cette situation de 68 dont on va fêter le quarantième anniversaire cette année?

Danielle Mitterrand – Ca a été un tournant. Ca a été une prise de conscience. François a tout de suite vu que ceux qui étaient les meneurs rentreraient dans le rang et deviendraient très vite des soumis. Alors que lui, il voyait peut être plus rapidement en tout cas l’évolution vers cette résistance au système. Et il a pensé – il s’est peut être trompé, je n’en sais rien – que les évènements de 68 freinaient un mouvement qui était déjà en marche, peut être encore  inconsciemment, mais déjà en marche. Il a été nécessaire. Et puis on ne refait pas l’Histoire. C’est comme ça. 68 est arrivé, ça devait être ainsi. Ensuite, il fallait réfléchir à ce que l’on ferait de cette Histoire.

Ne croyez pas qu’il était absent. Il était très très présent pendant toute cette période. Il l’a analysée mais il a…

Xavier Dumoulin – Il n’était pas à Charlety !

Danielle Mitterrand – Il n’était pas à Charlety mais pour cause. Il ne croyait pas à Charlety. Il a sans doute eu raison parce que Charlety n’a rien donné !

« Mais la gauche, elle existe ! Elle travaille ! Elle est là ! Ce n’est pas parce qu’elle a des représentants qui ne la représentent pas qu’elle n’existe plus ! »

Xavier Dumoulin – Hélas oui, oui, tout à fait.

Vous êtes aussi sévère – je partage profondément votre sévérité envers tous ceux qui se sont récemment retournés – , vous avez des mots durs et très clairs envers eux et ce n’est pas la peine d’insister, tout est dit dans le livre.

Cela m’amène à parler de la gauche. Le livre respire la nostalgie de cette gauche des années soixante dix, cette gauche dynamique, capable de poser des débats d’idées, féconde, cette gauche conquérante avec François Mitterrand à sa tête, l’Unité … Cette réalité à laquelle on aspirerait mais qu’on n’arrive plus à trouver !

Mais que peut-on espérer de raisonnable aujourd’hui à gauche, justement en regard de tout ce qui s’est passé, et en regard de cette atonie actuelle ? Est-ce que vous avez envie de dire deux petits mots là-dessus ?

Danielle Mitterrand – Mais la gauche, elle existe ! Elle travaille ! Elle est là ! Ce n’est pas parce qu’elle a des représentants qui ne la représentent pas qu’elle n’existe plus !

Je vous assure qu’elle travaille et elle travaille bien ! Pas seulement en France, mais dans le monde entier.

Et c’est justement parce qu’elle travaille dans le reste du monde qu’elle avance. Et quand je vois les progrès qu’il y a sur le statut de l’eau par exemple – l’eau qui ne peut pas être une marchandise alors que les grandes entreprises internationales de l’eau sont françaises et que dans le reste du monde, elles sont combattues parce que des pays entiers reprennent leur gestion de l’eau publique -, c’est le travail de la gauche et de la gauche française aussi avec les autres.

Croyez moi, le mouvement, il est parti ! Il est irréversible !

La seule inquiétude, c’est de savoir où en sont les dégats. Et s’il n’y a pas une situation irréversible dans les dégats et dans le processus de la destruction de l’humanité. Actuellement, le régime, le système actuel, il est à bout de souffle. Cet argent qui a étouffé tout le monde, il s’étouffe lui-même aujourd’hui. Et il ne faut pas le laisser mourir tout seul. Il faut l’aider à mourir et le combattre mais la relève est là et croyez moi, l’alternative elle est prête, elle est là !

Xavier Dumoulin – Elle est prête. Vous posez les choses avec beaucoup de sens : sur la monnaie par exemple, c’est très fort ce que vous dites ! Vous ne vous érigez pas en expert économique mais vous ramenez les choses à leur juste dimension. Mais la gauche quand même se laisse impressionner par un discours qui devrait être un discours désuet, tant la réalité est à l’opposé de l’idéologie dans ses effets tout à fait néfastes. Cette capacité d’indignation, la gauche semble l’avoir perdue – enfin la gauche, peut être pas la base… On dirait qu’il y a une banalisation, une intériorisation de l’idéologie de la droite, des néo-conservateurs ! et c’est d’autant plus révoltant qu’on a besoin de ce discours que vous tenez !

Danielle Mitterrand – Mais oui, c’est sans doute parce que nos représentants ne représentent pas la gauche. Ils représentent une ambition du pouvoir dont la gauche n’est pas du tout- comment dirais-je? – inspiratrice.

Quand on parle de démocratie participative, bien sûr on ne veut pas implanter une démocratie directe parce que ça serait l’anarchie mais on veut avoir des représentants, mais des représentants qui entendent les aspirations ! Or aujourd’hui, nos représentants ils ne pensent qu’à leur ambition carriériste ! Donc c’est pour ça, que l’on ne se reconnaît pas du tout en eux !

« Mais, en tout cas, l’Europe telle qu’on nous la propose actuellement, elle est inacceptable ! C’est vraiment l’Europe de l’argent »

Xavier Dumoulin – Une question – et je conçois bien qu’elle est peut être délicate-. Vous avez beaucoup parlé de l’Europe dans votre livre, vous avez parlé de votre position lors du référendum de mai 2005. Aujourd’hui, analysez-vous comme un déni de démocratie le fait qu’il n’y ait pas de référendum pour l’adoption de ce prétendu nouveau traité ?

Danielle Mitterrand – Je crois que les premiers intéressés sont quand même les populations ! Et si on ne leur demande pas leur avis, ça n’a plus rien de démocratique. C’est un point de vue à débattre. On peut dire aussi que les assemblées sont des représentations du peuple. Bon, ça c’est un autre débat. Mais, en tout cas, l’Europe telle qu’on nous la propose actuellement, elle est inacceptable ! C’est vraiment l’Europe de l’argent essentiellement, l’Europe économique. Moi l’Europe dont j’ai rêvé pendant la guerre et dont rêvaient ceux qui l’ont inspirée – les Schuman, les Monnet, François, c’était une Europe des peuples, ce n’était pas une Europe de l’argent, ce n’était pas une Europe des banques, ce n’était pas une Europe des entreprises, ce n’était pas une europe économique.

L’économie vient au service de la politique. Elle ne peut pas diriger la politique. Aujourd’hui c’est ce qui se passe. On est dans une telle aberration que ça ne peut pas durer, ça ne peut pas durer ! On peut se leurrer encore pendant quelque temps…

Le même discours est tenu depuis des années et des années et on s’aperçoit que ça donne les mêmes effets négatifs.

L’Homme est intelligent – il est réputé comme tel-. Il va bien se dire à un moment ce n’est pas cette politique, ce n’est pas ce système qui peut nous amener à une organisation de la société possible. Je crois en l’instinct de conservation de la vie.  C’est ça qui va permettre de relever le défi. Quand on va voir que tout ce qu’on organise c’est pour la mort, il arrivera bien un moment où on se dira mais on veut vivre !

Xavier Dumoulin – En vous lisant, on s’en convainc et ça nous donne de la force pour contiuer. Alors, c’est ma dernière question : qu’est-ce qu’on peut faire aux côtés de votre fondation très concrètement pour ceux qui voudraient agir. ?

Danielle Mitterrand – Il faut tenir un discours qui entraîne les gens à résister au système actuel et puis pas seulement en mots mais en actions. Et aujourd’hui tous les jours il y a une possibilité de réagir contre ce système. Moi je ne spécule pas. Je n’ai pas une action. Eh bien, que beaucoup de gens fassent comme moi et ils verront que ça finira par changer !

Cet entretien exclusif a été accordé au « blog citoyen, socialiste et républicain » à Mont de Marsan à l’occasion des rencontres dédicaces du samedi 5 janvier 2008.

« Le livre de ma mémoire »; éditions Jean-Claude Gawsewitch; novembre 2007

Danielle Mitterrand cède ses droits d’auteur à la Fondation France Libertés

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Prochaines rencontres dédicaces 30 janvier à la FNAC Montparnasse à 17h30 suivi d’un débat sur l’eau ; 8 février à la Maison du livre d’Othis à 17h00

Danielle Mitterrand met en vente des objets familiaux pour financer les actions de sa fondation. Sur son blog, elle nous fait à tous un petit clin d’oeil ! Allez y lire son billet du jour et voir ce dessin de Wolinski…

  dans Non classé

Los indios guaranies (suite)

Créé par le 07 sept 2007 | Dans : a-le quartier libre de XD, Amérique Latine, Indiens Guarani

Les indiens cultivent le manioc, la patate douce et le maïs dont ils extraient l’alcool. Ils élèvent aujourd’hui des poules. Mais l’indien Guarani aime toujours chasser et utilise encore de nombreux pièges. Il prélève dans la jungle – la « selva »- de nombreuses plantes médicinales qu’il sait fort bien utiliser. Le chamane, guide spirituel et guérisseur, est présent dans chaque village. Les indiens Guarani ne vivent plus en autarcie. Ils fabriquent des produits artisanaux avec les bois de la « selva » qui entoure leurs villages et dont ils reproduisent les animaux. Ce sont les crocodiles, serpents, coatis, tatous, singes macaques, pumas, toucans et perroquets que nous avons surpris et observés de nos propres yeux, dans les sentiers de la « selva » – parcourus à pied et à cheval – et dans les grandes étendues d’eaux aux abords des fameuses chutes d’Iguazu – les plus réputées du monde avec celle du lac Victoria et du Niagara. Les produits artisanaux de la communauté – armes fabriquées par les hommes : arcs, flèches, lances, harpons, sarbacannes ; instruments de musique, colliers, bracelets,  et autres ornements confectionnés par les femmes et les enfants – sont revendus sur place et beaucoup plus largement à la ville sur les trottoirs. Là, femmes et enfants abordent les passants pour leur proposer ces articles. Compte tenu des nombreux points de vente et de leur fréquentation ( les indiens offrent leurs produits aux visiteurs des « misiones » et du parc naturel d’Iguazu), on peut en déduire une abondante production qui reste cependant d’un très modeste rapport.

Dans cette économie et ce mode de vie, les indiens Guarani mènent une existence misérable. Exhibés à des fins publicitaires, les aborigènes de « la tierra sin mal » qui décorent les dépliants, affiches et panneaux publicitaires, restent relégués dans un statut de dominés et de discriminés. Dans les deux villages visités, les enfants scolarisés sur place pourront peut être accéder au collège et plus exceptionnellement à l’université. Mais à ce jour, beaucoup vont par les rues des villes quémander quelques « moneditas ».

La vie communautaire entretient la culture orale des Guarani. Elle présente cependant de graves inconvénients pour ces jeunes filles – trop vite mères de familles nombreuses et misérables – qui  mettent au monde leur progéniture avec l’aide de leurs mères et aînées. Leurs enfants souffrent de malnutrition et de conditions de vie précaires qui expliquent la surmortalité infantile. L’alcoolisme se répand chez les hommes attirés par la consommation de la bière achetée à la ville quand ils savaient, il y a encore peu de temps, modérer leurs besoins avec leur propre alcool de maîs fabriqué sur place. La tuberculose reste une pathologie fréquente.

Dans un des villages, l’expérience de rénovation de l’habitat, promue par les pouvoirs publics, semble tourner court. Aux dires de notre accompagnateur d’origine Guarani, cet échec s’expliquerait par le nomadisme des aborigènes.

Attaché à sa culture et à son mode de vie, l’indien Guarani se bat pour la reconnaissance de son identité et de ses droits  au travers de l’action de ses représentants. Ces droits sont aujourd’hui formellement mieux reconnus. Mais dans cet univers paranéen en butte au désatre écologique de la déforestation, le message utopique Guarani résonne comme une alerte. Il mériterait cependant plus de considération qu’une furtive attitude condescendande de touristes émotionnés. C’est dans cet esprit que nous écrivons ce billet sous l’emprise d’une certaine fascination pour le prophétisme Guarani à peine entrevu. Puisse-t-il forcer les « bonnes consciences » pour contribuer à l’avènement d’un monde plus harmonieux !

Xavier DUMOULIN, depuis l’Argentine, ce 6 septembre 2007.

Infirmières bulgares: la gauche veut dissiper les zones d’ombre

Créé par le 08 août 2007 | Dans : Gouvernement

Par Gérard Bon Reuters – Mardi 7 août, 12h56

PARIS (Reuters) – Peu satisfaits des explications de Nicolas Sarkozy, des élus de gauche insistent sur la nécessité de faire toute la lumière sur les conditions de la libération des infirmières bulgares par la Libye.

Le Monde s’interroge pour sa part, dans son édition parue mardi, sur plusieurs « zones d’ombre » du dossier, notamment le contenu exact de l’accord de coopération militaire signé le 25 juillet lors de la visite du président français à Tripoli.

« Nous voulons comprendre ce qui s’est passé. La vérité est loin d’être dite et faite sur cette affaire », a déclaré le député PS Jean Glavany sur Europe 1.

Il a estimé que les déclarations du fils du colonel Kadhafi, Saïf al Islam, étaient « suffisamment floues » pour justifier la demande de commission d’enquête parlementaire formulée par le PS et acceptée par Nicolas Sarkozy et l’ensemble de la droite.

« Il ne peut pas y avoir de diplomatie secrète dans une grande démocratie comme la nôtre », a souligné Jean Glavany.

Il a souligné que les parlementaires n’ont pas constitutionnellement le droit d’entendre Nicolas Sarkozy mais que la question du contrôle de l’action du chef de l’Etat pourrait être abordée dans le cadre de la réflexion sur la réforme des institutions.

Démentant un quelconque marchandage avec le colonel Kadhafi, l’Elysée s’est efforcé de désamorcer la polémique en distinguant la libération des infirmières bulgares détenues en Libye d’éventuelles contreparties, en particulier des contrats d’armement signés avec Tripoli.

« Le contrat n’était pas lié avec la libération des infirmières », a répété Nicolas Sarkozy lors d’une rencontre avec des journalistes, dimanche, sur son lieu de vacances aux Etats-Unis.

AVENTURE NUCLÉAIRE ?

Mais Jean Glavany souligne les « contradictions » du chef de l’Etat. « Voilà que le président déclare innocemment : ‘Qu’est-ce qu’on me reproche ? D’avoir ramené du travail pour les ouvriers français ? Je l’assume’. Il faut que M. Sarkozy assume aussi ses contradictions », avance-t-il.

Le responsable socialiste avait déjà épinglé la veille le commentaire du président sur un pays « en voie de démocratisation ». »Un pays qui torture et viole des infirmières indûment emprisonnées en voie de démocratisation ? », demandait-il.

Outre la question de l’accord de coopération militaire signé avec Tripoli, Le Monde s’interroge sur le rôle joué par le Qatar qui aurait contribué à résoudre la question de l’indemnisation financière des familles libyennes, selon les propos de Saïf al Islam.

« Pour les spécialistes, il est peu probable que le Qatar ait pu consentir un tel geste sans rien obtenir en échange », avance le quotidien.

Il s’interroge également sur la nature réelle de l’aide prévue par la France à l’hôpital de Benghazi.

Dans le même quotidien, le député socialiste Jean-Louis Bianco et Bruno Rebelle, ancien conseiller de Ségolène Royal, dénoncent le choix « géopolitiquement irresponsable et énergétiquement inutile » d’offrir de la technologie nucléaire à la Libye.

Tous deux estiment que l’argument énergétique avancé est « totalement inepte », la Libye n’ayant pas particulièrement besoin, selon eux, d’usines de dessalement et étant riche en pétrole et en gaz.

« Nous ne pouvons accepter que, pour assurer un ‘nouveau coup d’éclat médiatique’ du président Sarkozy, le gouvernement français propose à la Libye de Kadhafi une nouvelle aventure nucléaire », écrivent-ils.

Continuer la lecture de la revue de presse de la semaine et du jour en cliquant sur suivant pour aller sur les autres pages… Pour accéder à nos billets, vous cliquez sur “Billet du jour Xavier DUMOULIN” ou “article de fond” (d’origine non exclusivement rédactionnelle), sans oublier de laisser vos commentaires que nous publierons volontiers.  

Eric Fricot, Xavier Dumoulin et tous les amis du blog citoyen.

Connaissez-vous la révolution française ? Culture-Quiz La Révolution Française et autres sites « culturels »

Créé par le 06 août 2007 | Dans : Articles de fond, Non classé

Attention ! Cet article est un peu long. Il donne accès à des sites historiques intéressants. Pour sauter la page prendre l’ascenseur et faire suivant en bas de page.

Un détail : nous ne sommes pas franchement hébertiste mais le personnage est bien mal connu. Et puis le Père Duschesne – repris plus tard sous l’orthographe Duchêne -, c’est un monument de littérature !

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Eric Fricot, Xavier Dumoulin et tous les amis du blog citoyen.

Pour jouer et vérifier vos résultats allez sur le site Culture- Quiz http://francehistoire.free.fr/quiz/culquiz.php?quiz=2

1) Lequel de ces révolutionnaires ne fait pas parti du club des Cordeliers ?

Danton
Marat
Robespierre
Camille Desmoulins

2) Lequel de ces militaires a combattu en Amérique ?

Rochambeau
Hoche
Marceau
Dumouriez

3) Quel jour a eu lieu la prise des Tuileries ?

14 juillet
4 août
10 août
21 septembre

4) Quel mois ne figure pas sur le calendrier républicain ?

Vendémiaire
Fructose
Prairial
Floréal

5) Qui tenait le journal « Le Patriote Français » ?

Fréron
Desmoulins
Hébert
Brissot

6) Combien d’habitants compte la France à la veille de 1789 ?

16 Millions
26 Millions
36 Millions
46 Millions

7) Quel nom portera le comte d’Artois, frère de Louis XVI, quand il sera roi de France ?

Louis-Philippe Ier
Charles X
Louis XVII
Louis XVIII

8) Quel révolutionnaire siegeait à la Montagne ?

Pétion de Villeneuve
Vergniaud
Brissot
Philippe Égalité

9) Lequel de ces hommes n’est pas un chef vendéen ?

Cathelineau
La Rochejacquelain
Charette
Pichegru

10) Quel jour a eu lieu la fête de la Fédération ?

14 juillet
4 août
10 août
21 septembre

11) Qui est surnommé « L’Organisateur de la Victoire » ?

Dumouriez
Kellermann
Carnot
Jourdan

12) Quel révolutionnaire est un grand chef de la franc-maçonnerie ?

Philippe Égalité
Marat
Barnave
Sieyès

13) Lequel de ces « duo » réprima violemment les révoltes fédéralistes de Lyon ?

Saint-Just et Billaud-Varennes
Sieyès et Mirabeau
Collot d’Herbois et Fouché
Hébert et Desmoulins

14) Durant quel mois se déroula le coup détat qui évinca les royalistes du Directoire ?

Fructidor
Prairial
Vendémiaire
Brumaire

15) Quel révolutionnaire siegeait à la Gironde ?

Marat
Roland
David
Desmoulins

16) Quel abbé proposa l’abolition de l’esclavage ?

Talleyrand
Sieyès
Grégoire
Loménie de Brienne

17) Lequel de ces révolutionnaires ne fait pas parti du club des Feuillants ?

Collot d’Herbois
Sieyès
Barnave
La Fayette

18) Qui assassina Marat dans sa baignoire ?

Ravaillac
Billaud-Varennes
Fouquier-Thinville
Charlotte Corday

19) Qui mena la conjuration des Égaux ?

Gracchus Babeuf
Jacques Roux
Hébert
Danton

20) Lequel de ces « duo » rédigea en grande partie la Déclaration des droits de l’homme ?

Saint-Just et Billaud-Varennes
Sieyès et Mirabeau
Collot d’Herbois et Fouché
Hébert et Desmoulins

Les personnages historiques – Époque contemporaine

La Révolution française  http://francehistoire.free.fr/epoque/act2_epo.html

Hébert Jacques René

(1757 – 1794)

Fondateur du Père Duchesne (1790), journal des révolutionnaires extrémistes. Hébert contribua à la chute de la royauté puis des Girondins. Avec ses partisans, les hébertistes (Chaumette, Chabot, Collot d’Herbois…), il eut une grande influence au sein du club des Cordeliers et de la Commune insurrectionnelle de Paris. Il s’attaque aux factions des Enragés et des Indulgents et organisa la déchristianisation du pays. Robespierre, dont il avait dénoncé la modération, le fit arrêter et guillotiner ainsi que ses partisans.

 

Jacques Guilhaumou, «La pensée politique de Jacques‑René Hébert (1790‑1794).», in Annales historiques de la Révolution française, Numéro 323, [En ligne], mis en ligne le : 21 avril 2004. URL : http://ahrf.revues.org/document1020.html

Antoine Agostini, La pensée politique de Jacques‑René Hébert (1790‑1794), Presses Universitaires d’Aix‑Marseille, 1999, 227 pages.

L’ouvrage du politiste Antoine Agostini étudie le contenu et l’évolution de la pensée politique d’Hébert sur la base d’une lecture attentive de son journal, le Père Duchesne, le plus célèbre des périodiques de la presse pamphlétaire par sa longévité et l’ampleur de sa diffusion.

Nous pouvons ainsi parcourir le contenu de ce journal d’une période à l’autre, et en leur sein d’un thème à l’autre. Ainsi se précise un portrait contrasté, voir contradictoire, d’Hébert penseur politique. D’abord royaliste en 1791, mais d’emblée attaché à la souveraineté du peuple, Hébert devient, au moment de la fuite du roi, un «patriote avancé» dans la lutte contre un pouvoir exécutif royal jugé traître à la nation. C’est à ce titre qu’il occupe un temps la présidence du club des Cordeliers, puis qu’il est élu dirigeant de la Commune de Paris en 1792. Mais, déjà, selon l’auteur, il met en place son «programme terroriste» de 1793, qui va le mener jusqu’à l’élaboration, au cours de l’automne 1793, d’un programme d’organisation révolutionnaire du pouvoir exécutif concurrent de l’établissement du gouvernement révolutionnaire par les Montagnards. Attitude qui sera la cause principale, en l’an II, de son échec politique et de son exécution par les robespierristes. Certes l’auteur ne se risque pas à parler, en ce domaine, de fédéralisme jacobin, comme nous l’avions fait dans nos travaux d’habilitation en partie inédits sur Hébert et le club des Cordeliers en 1793, mais il nous concède le caractère atypique du jacobinisme d’Hébert.

Sans mettre en cause le cliché historiographique d’un Hébert situé au faîte de l’art de la démagogie, l’auteur s’efforce donc de restituer la diversité thématique d’une pensée «jacobine de gauche» et en déduit l’originalité de sa doctrine politique en dépit d’un certain «totalitarisme», emprunt, cela va de soi, à l’idéologie jacobine. Oscillant entre une recherche d’originalité et la réitération des conformismes idéologiques sur le jacobinisme, l’auteur dissocie, en fin de parcours, hébertisme et jacobinisme sur la question de la souveraineté du peuple, et fait ainsi d’Hébert un penseur égalitaire tant sur le plan social que politique.

Cependant, il nous semble manquer, dans la démarche de l’auteur, certains maillons de la recherche. Ne faut‑il pas d’abord dater le Père Duchesne, puis le contextualiser au sein même de l’activité politique d’Hébert? Et plus spécifiquement peut‑on étudier la pensée politique d’Hébert à partir d’une seule source, le Père Duchesne? À vrai dire, faute d’un élargissement des sources, ne serait‑ce qu’aux interventions diversifiées d’Hébert dans le monde de la presse révolutionnaire (autres que le Père Duchesne, bien sûr) puis surtout dans les assemblées révolutionnaires (sections, Commune de Paris, club des Jacobins et club des Cordeliers), l’analyse thématique perd de son originalité en cours de route: elle perd également en précision dans la relation aux événements majeurs, faute d’avoir pris en compte la datation des numéros du Père Duchesne effectuée par Ouzy Elyada et nous‑même. De même, s’il s’en tient en tant que politiste à une stricte analyse de contenu, l’auteur aurait pu malgré tout considérer l’effet du «style populaire» propre au Père Duchesne sur la réception des idées politiques d’Hébert, d’autant plus qu’une partie de ce journal a été numérisée par le laboratoire de lexicologie politique de l’ENS Lyon (ex‑ENS de Saint‑Cloud), et s’avère donc disponible pour des interrogations lexicales automatisées.

Cependant, l’historiographie de la Révolution française a le plus souvent, en ce qui concerne Hébert, privilégié des jugements idéologiques péjoratifs sur l’étude des textes. Dans la lignée des premiers travaux d’Albert Soboul sur Hébert, mais d’un point de vue idéologique fort différent, l’auteur a le mérite d’avoir revisité une source célèbre, mais rarement lu avec attention.

Le discours d’Hébert au Club des Jacobins le 21 juillet 1793 – Textes

http://revolution-francaise.net/2006/01/01/17-le-discours-dhebert-au-club-des-jacobins-le-21-juillet-1793

Par Jacques Guilhaumou, CNRS/UMR « Triangle. Action, discours, pensée politique et économique », ENS-LSH Lyon

Dans le cadre d’une recherche sur la formation et la propagation des mots d’ordre à Paris pendant l’été 1793, nous avons collecté l’ensemble des notes prises par les journalistes sur le plus important discours d’Hébert : son « foudroyant réquisitoire » contre le Général Custine le 21 juillet 1793 au club des Jacobins. Ainsi le Journal de la Montagne souligne « l’intérêt le plus vif » des Jacobins au cours d’une des plus belles séances de la société, « tous les membres de la société, tous les citoyens des tribunes se levant à la fois par un mouvement simultané, agitant leurs chapeaux et couvrant à trois reprises l’orateur de leur applaudissement ». A défaut de disposer d’un discours publié par les soins d’Hébert lui-même, comme le font nombre de dirigeants Jacobins, nous proposons une reconstitution de son discours du 21 juillet 1793 sur la base des principaux comptes-rendus disponibles dans la presse.

Ce travail de reconstitution s’appuie également sur l’organisation rhétorique d’un discours de facture très classique en la matière, dont nous présentons les principales articulations dans notre étude en cours de publication sur « Le discours de salut public d’Hébert au club des Jacobins les 21 juillet 1793. Une rhétorique de la minorité politique » où ce discours d’Hébert est également reproduit. Sur la pensée politique d’Hébert, voir notre compte-rendu du livre d’Antoine Agostini sur http://ahrf.revues.org/document1020.html

Au nom du salut public (1)

« Hébert s’élance à la tribune et réclame la parole au nom du salut public.

Ce n’est pas sans étonnement que je vois qu’on veut détourner la vue de la société, par une dénonciation contre Byron, de dessus un homme qui ne respira jamais que le crime, qui ne vit que pour le malheur de la patrie. Un scélérat consommé, un homme qui n’était connu dans l’assemblée constituante que par ses principes aristocratiques, un homme qui tient la plus belle armée de la république dans une oisiveté criminelle, un homme qui est le plus intime ami de Dumouriez, vient d’arriver à Paris (2) pour consommer son crime, en achevant de vous tromper par ses mensonges. Il est un homme dangereux et qui peut perdre facilement la république, cet homme a succédé aussi à ses projets perfides. Son nom nous est que trop connu, ses crimes vous l’ont rendu odieux ; et à ce portrait fidèle, il n’est aucun de vous qui ne reconnaisse Custine. L’homme qui réunit tous les vices, l’homme qui perd insensiblement la république, c’est Custine !

(Hébert, après fait entrevoir, par cette exorde, une dénonciation importante, cherche à se concilier l’attention et la croyance de ses auditeurs (3))

Hélas ! Je n’oublierai jamais les dernières paroles que Marat prononçait dans les derniers jours de son illustre vie… Je suis, disait-il, le Cassandre de la révolution. Ces paroles mémorables ont été pour nous comme le dernier chant du cygne. On a fait trop peu de cas des dénonciations de ce grand homme (4). Reconnaissons notre faute enfin, et soyons plus authentique désormais. Marat composait un ouvrage qui dévoilait les crimes de Custine (5) ; il succombe au moment où il achevait la première partie de cet important travail : puisque nous lui survivons, mettons la dernière main à l’œuvre, à ce sublime ouvrage qui aurait sauvé la république. Je suis à la tête… Et moi aussi, je veux dévoiler les intrigues et faire tomber la tête des grands scélérats. O Marat ! Tu m’as tracé le sentier. Je marcherai sur tes pas (6). Si Marat, après avoir consacré sa vie et ses travaux à la liberté, n’eut pas toute la croyance qu’il méritait, accordons à ceux qui veulent vivre et mourir comme lui la justice qui lui a été refusée, et que ceux qui veulent dénoncer les ennemis du peuple soient plus heureux que lui.

Un homme né dans une caste qui a précipité la république dans tous les malheurs actuels, un homme qui s’était démasqué il y a déjà longtemps, Custine, a été appelé par le Comité de Salut Public pour rendre compte de sa conduite. Questionné, dit-on ; trouvé innocent et renvoyé (7). S’il est vrai, il est bien incroyable ; sont-ce les faits qui ont manqués ? Et certes, il n’était pas besoin d’un compte pour le connaître, il ne fallait que comparer sa conduite, ses propos, sa correspondance et ses moyens avec ceux de Dumouriez pour le juger digne d’un décret d’accusation.

Cet ex-noble qui a brillé sur le théâtre politique (8), suivons le pas à pas dans sa vie publique et privée. Je l’ai vu à l’assemblée constituante en 1790 défendant l’aristocratie, toujours vendu à la royauté ou au parti feuillant dont il était souvent l’organe (9) ; il savait se ménager un asile auprès des uns et des autres, se réservant un appui jusque parmi vous, et il comptait sur tous en cas de besoin. Si quelqu’un pouvait le nier, les journaux du temps à la main, je confondrais Custine lui-même. Après cela, il est incroyable que Custine ait pu être à la tête des armées de la république. Qu’on se rappelle le temps qui précéda la chute de Dumouriez, qu’on se rappelle le temps où je dénonçais ce général à cette tribune et que j’avertis le peuple de sa défection prochaine (10) ; des écrivains stipendiés dirent fort haut que je voulais désorganiser l’armée, pendant ce temps là Dumouriez trahissait et projetait de livrer nos magasins. On nous accusait alors de perdre l’Etat, de poursuivre les meilleurs patriotes, eûmes-nous raison contre ceux qui nous appelaient anarchistes ?

Si j’examine la conduite de Custine par comparaison avec celle de Dumouriez, je la trouve exactement semblable (11). Dumouriez ayant un rival en tête se mit à la tête des patriotes pour le supplanter ; Custine ayant Dumouriez pour rival sembla se réunir aux patriotes pour terrasser ce traître. Général en chef de toutes les troupes sur la frontière, à la tête de la plus belle armée de la république, d’une armée de jacobins qui ne demande qu’à vaincre, qu’a-t-il fait ? Rien du tout ou le mal. Custine reste dans l’inaction, il ne songe pas à porter des secours à Mayence qui renferme nos magasins, il laisse prendre Condé et se flatte que Valenciennes sera prise. Revêtu de la toute puissance, il laisse une garnison de vingt-deux mille hommes dans Mayence qu’il voulait faire périr ; à la merci des ennemis, faute de secours, de munitions ou de vivres, ils seront obligés de capituler (12). Il a surtout tenté de perdre la république en attirant toutes les subsistances, les munitions du peuple depuis la frontière jusqu’à Compiègne, au-delà de ces mêmes frontières, afin de les livrer à l’ennemi, comme avait fait Dumouriez dans la Belgique, son prédécesseur et son modèle (13). Custine commet à son armée des actes de rigueur dont les plus grands despotes n’ont pas eu idée, il persécute les sociétés populaires de la république…. Quant il envoie des lettres à la Convention où il prêche d’égalité, chez lui, à l’armée, oubliant la dignité de républicain, il conserve tout l’orgueil et le faste du courtisan. Il vit splendidement comme un pacha. Je ne lui reprocherai pas de faire servir sa table comme un lâche, au milieu d’une armée qui, souvent, n’a que le pain qui lui est strictement nécessaire ; mais je lui reprocherai d’avoir une nombreuse argenterie, encore armoiriée, et qui pourtant n’est pas vieille, car elle date de 92. C’est donc en ce temps que Custine ose faire apposer ses armes sur de la vaisselle, ce qui prouve qu’il s’attend à une contre-révolution. Et c’est le patriote au civisme duquel on fait semblant de faire croire !

Ces traits ne sont rien en comparaison de plus d’un trait d’insolence et de rébellion qu’offre sa correspondance avec les ministres. Tantôt il ne veut plus correspondre avec un ministre ignorant (je cite ses expressions), tantôt il a l’audace de dire que, quand un décret de la convention ne lui plaisait pas, il en faisait des papillotes.

Citoyens, Custine est un scélérat. Depuis qu’il est à Paris, la Chronique et autres feuilles à la dévotion de l’aristocratie (14) n’ont pas manqué de répandre que Custine avait cru devoir répondre enfin à toutes les calomnies qu’on n’a cessé de diriger contre lui, mais qu’il rendrait un compte éclatant de sa conduite, et ressortirait plus brillant du creuset de l’examen et vainqueur de la lutte dans laquelle on l’engage. Aujourd’hui cette même Chronique dit positivement qu’il retourne à son armée avec des pouvoirs plus étendus que dans le passé, et que le Comité de salut public, indigné, avait rendu un témoignage éclatant à son innocence (15).

(Plusieurs voix ; « Non, non, cela n’est pas »)

Citoyens, je n’ai pas dit que cela fût, mais que cela a été dit et écrit et qu’on ne répandait ce bruit que pour endormir les citoyens sur le compte de ce traître (16). Je n’attendais, en montant à cette tribune, à l’attention que vous prêtez à une dénonciation aussi grave, et j’en prévois l’effet. Je m’attendais à cet élan sublime de la société, et si je n’en eusse pas été persuadé, si je n’eus pas trouvé la société ainsi disposée, rien n’eut pu m’arrêter, j’aurai couru dans les rues, dans les places publiques, dénoncer ce traître au peuple lui-même. Je lui aurai dit qu’il sera vendu tant qu’il y aura des nobles à la tête des armées

(Vivement applaudi)

Custine est un traître. Il se sentait si peu sûr de sa conscience, en venant à Paris, qu’il a cru devoir s’entourer des hommes de son état-major, qui ont servi Dumouriez, et de ses satellites ordinaires. Hier, aujourd’hui, je n’ai pu faire un pas sans en rencontrer sous tous les costumes. Ces coquins sont disséminés dans tous les lieux publics pour y faire l’éloge de leur général. Ils se répandent dans les rues, les cafés, les groupes et se mêlent dans le peuple pour accréditer cette assertion des gazettes brissotines (17) que Custine est innocent, et connu hautement tel par le comité de salut public, tandis qu’il ne fut jamais suspect. Tandis que si on lui rendait justice, alors qu’il est convaincu même des crimes les plus graves, je vois déjà sa tête sous la guillotine.

IL n’y a pas de moyens que le crime n’emploie pour assassiner la vertu. Le peuple, depuis deux jours, se presse à la porte des boulangers pour avoir du pain (18) ; on rejette la faute sur la municipalité, cette disette factice est encore un tour de Custine. Citoyens, ne vous y trompez pas, j’ai de fortes raisons de croire que c’est à ses amis, à ses adhérents que nous devons la disette qui se fait entendre depuis quelques jours à Paris, qui désole la capitale. C’est une de leurs ruses pour détourner l’attention du peuple, occupé de ses moyens de subsistance, de dessus de Custine qu’on se propose d’innocenter.

(On murmure et quelques signes d’improbation donnent à entendre à l’orateur que ses conjectures portent à faux, puisqu’il n’y a plus de trois semaines que la disette de pain factice ou réelle désole la ville de Paris, Hébert, sans se déconcerter prouve ce qu’il avance).

La capitale est abondamment fournie en vivres, mais les ennemis du peuple font tout ce qu’ils peuvent pour les faire disparaître. Vous en doutez, et on a trouvé à l’arche Marion des voitures de pain qui avaient été jetées à l’eau.

(A ces mots, il se fait un grand bruit et tous les auditeurs entrent en colère)

Ce sont les moyens qu’on emploie pour nous faire perdre le fruit de nos soins. C’est ainsi qu’on veut amener le peuple au dégoût de la liberté. C’est comme cela qu’on imagine qu’on fatiguera le peuple, c’est comme cela que les amis de Custine sont les amis de Cobourg, parce que partout les scélérats se tiennent par la main.

Citoyens, laissons toute discussion pour nous occuper que de ce serpent tellement insidieux que, si nous ne coupons pas la tête, nous périrons certainement de ses piqûres, et de nos blessures.

(Applaudi)

Jamais, je ne sentis plus vivement la perte de l’Ami du Peuple que dans cette circonstance. Marat, lorsqu’il est tombé sous le fer des aristocrates, s’occupait d’un travail qui eût infailliblement conduit Custine à la guillotine. il avait sur ce brigand les notions les plus claires ; il avait recueilli sur ce monstre un grand nombre de faits qui démontraient sa trahison ; il se proposait enfin d’en rajouter beaucoup d’autres. Ses découvertes, fruit d’un travail immense, lui avait procuré tous les renseignements qui pouvaient le démasquer. La première partie de ce travail est faite, il ne reste plus que la seconde. Il faut que ce travail soit achevé (19). Je demande que la société supplée Marat et qu’elle nomme une commission chargée de terminer ce travail, que la discussion s’engage sur Custine, et que tous ceux qui auront des dénonciations à faire contre lui soient entendus (Applaudi).

Quand il y a dans la campagne un loup enragé, une bête féroce et scélérate qui dévaste les troupeaux, sur le champ on sonne le tocsin de toutes parts, on se jette sur la bête enragé et l’on ne lâche point prise qu’un n’en ait délivré le pays. C’est là l’exemple de notre conduite envers un conspirateur.

Eh bien ! Levons-nous et demandons à la Convention l’acte d’accusation contre Custine.

(Oui ! Oui ! s’écrie unanimement toute l’assemblée)

Si Custine nous échappe, nous sommes perdus ; il ne faut rien ménager ici et j’ose le dire avec franchise, s’il y avait plus d’énergie dans la convention, nous n’aurions pas besoin de pérorer ici pour échauffer les esprits. Custine serait destitué, arrêté et décrété d’accusation. Je ne dissimule pas que des hommes, amis secrets de Custine dans la Convention, chercheront à soustraire cet illustre scélérat à la vengeance des lois, à la juste punition qu’il a encourue. Il se trouvera peut-être dans la montagne quelques hommes assez lâches pour le défendre (20). Mais s’ils sont susceptibles de quelques sentiments, d’honneur et de probité, qu’ils tremblent ! Ils le croient ou veulent le croire innocent ; qu’ils se souviennent que Danton et Lacroix, en élevant la voix pour Dumouriez, nous ont plongé le couteau dans le sein. Cet exemple ne doit-il pas effrayer tous ceux qui défendent un homme généralement suspect. Quoi ! des hommes qui furent si constamment dupes de Dumouriez, que je crus égaré, comme je le crois encore, ne prouvent-ils pas combien il faut être réservé sur le compte de ceux dont on répond ? C’est ainsi que ces législateurs égarés, s’ils ne furent vraiment qu’égarés, sont responsables à la république de tous les maux que lui a fait leur protégé (21) (Très applaudi).

Je veux croire que ces deux hommes se sont trompés. Mais aujourd’hui, il ne faut plus être dupes. Rappelez aux députés cet exemple terrible, qu’ils frémissent d’une responsabilité si effrayante : les temps ne sont plus les mêmes, il faut être vrai, il faut dévoiler enfin de grandes vérités.

Citoyens, ne vous y trompez pas, quand Dumouriez nous a trahi, la somme de nos ressources était si grande encore. De toutes parts, des dons offerts à la patrie, des citoyens courant se ranger sous ses drapeaux nous assurraient la victoire. Mais si Custine trahissait dans la crise où nous nous trouvons aujourd’hui, la république ne pourrait peut-être plus s’en relever. Nos ressources sont épuisées et, je le dis, non tristement mais avec confiance, que c’est de là que nous tirerons notre salut s’aujourd’hui ; pour me servir d’une expression populaire (22), nous jouons de notre reste, il faut triompher ou périr. La liberté est perdue si Custine nous échappe. Il faut le conduire à l’échafaud.

(Oui, oui s’écrièrent plusieurs voix)

Oui, Custine est un scélérat, dont il faut avant tout punir les crimes. Nous serons tous anéantis si nous le renvoyons à son poste. Mais fut-il un homme vertueux, la loi de l’ostracisme lui sera applicable en ce moment, et se serait surtout celui de sauver la patrie, dont il a perdu la confiance aux dépens d’un seul homme. La prudence veut que nous ne remettions pas nos destinées entre ses mains ; il est suspect, cela doit suffire. Je me résume et je demande que la société nomme dans son sein une commission composée de douze membres intelligents, patriotes qui, après la levée des scellées (23), s’emparent du travail de Marat et le continuent pour nous servir en cas de besoin.

2° Qu’on prenne toutes les précautions pour s’assurer de lui, et qu’on ne lâche point ce scélérat qu’on ne l’ait conduit) la guillotine

(Vifs applaudissements)

(Le cordelier Vincent (24) intervient à la suite d’Hébert et soumet aux jacobins des preuves écrites de la scélératesse de Custine depuis qu’il a pris le commandement de l’armée du Rhin. Il promet de les communiquer soit à la commission que la société nommera, soit à la tribune. Hébert prend alors de nouveau la parole)

Citoyens, il reste encore un abus à détruire. Ce n’est plus seulement Custine qu’il faut bannir et destituer, ce ne serait qu’un remède imparfait au mal, ce sont tous les nobles qui figurent dans nos armées, dans la magistrature, partout !, que nous devons proscrire. Le temps est venu de nous débarrasser des traîtres qui ont surpris notre confiance, et nous ont toujours si cruellement abusé. Votons leur destitution générale, leur nullité absolue. Que le peuple la demande, le peuple lui-même ; il l’obtiendra à coup sûr. Qu’il se rende en foule à la Convention, et qu’après avoir exposé tous leurs attentats, il se borne à demander leur expulsion. Qu’il se tienne en permanence jusqu’à ce qu’il l’obtienne. Il faut que le peuple encore une fois reprenne son caractère.

( Tout le monde : « Oui, oui, nous irons tous »).

S’il faut un successeur à Marat (25), s’il faut une seconde victime à l’aristocratie, elle est toute prête et bien résignée : c’est moi. Pourvu que j’emporte au tombeau la certitude d’avoir sauvé ma patrie, je suis trop heureux. Mais obtenons justice, réunissons nous tous et crions : plus de nobles… plus de nobles, les nobles nous assassinent.

Tout le monde se lève, et par un mouvement unanime promet d’appuyer cette juste demande.

Jacobins, peuple qui m’entendez, je m’attendais à ce sublime élan. Je savais bien qu’il existe parmi vous d’excellents patriotes, de zélés défenseurs de la liberté, aussi je ne désespérai point de ma patrie, tant qu’il existera des Jacobins. Je prédis que la république sera sauvée. Courage, union pour tous ! Guerre ouverte aux intrigants, aux aristocrates ! Destitution des nobles ! et nous aurons triomphé, tous les ennemis de la liberté seront vaincus.

(Vifs applaudissements)

Je demande donc que douze ou six de vos membres soient nommés pour aller sur le champ au comité de salut public demander la destitution des nobles des emplois civils et militaire.

Je demande que tout le peuple se porte à la Convention pour demander la destitution de Custine et celle de tous les nobles.

(A ces mots, chacun se lève et promet d’appuyer la pétition proposée par Hébert (26))

Je demande donc que Custine soit mis en état d’arrestation, qu’il soit traduit devant le tribunal révolutionnaire et que sa tête tombe ; qu’à l’instant on nomme une commission pour recueillir tous les faits qui sont contre ce scélérat ; que des commissaires aillent sur le champ au comité de salut public pour lui faire part des sollicitudes qui agitent le peuple et que sur le champ Custine soit mis en état d’arrestation afin qu’il ne puisse échapper (27).

Les trois propositions suivantes sont adoptées :

- que le peuple en masse aille à la Convention demander la destitution de tous les nobles ;

- qu’une commission de six membres soit nommée pour continuer l’ouvrage de Marat sur Custine ;

- que toutes les précautions possibles pour s’assurer, dans le jour même, de Custine, soient assurées (28). »

 

1 La version « longue » de ce discours a été établie principalement à l’aide des comptes-rendus du Journal des débats des Jacobins, du Journal de la Montagne, du Journal de Sablier et de la Correspondance politique de Paris et des départements. Mais nous avons également pris en compte des apports, plus ponctuels, d’autres comptes-rendus journalistiques.

2 D’après la presse, Custine arrive à Paris vers la mi-juillet.

3 Voilà un bel exemple de conscience rhétorique de la part du Journal de Sablier. Elle justifie pleinement notre commentaire rhétorique, en préalable à l’édition de ce discours tout emprunt d’une éloquence de salut public.

4 Le portrait de Marat en dénonciateur est repris par d’autres jacobins, puis amplifié par Etienne Barry dans son Essai sur la dénonciation politique rédigé dans la semaine qui suit. , Voir sur ce point notre étude « Fragments of a Discourse of Denunciation (1789-1794) », The Terror, The French Revolution and the creation of modern political culture, volume 4, K. M. Baker ed. Pergamon, Nex-York-Oxford, 1994, p. 139-156.

5 Dans le dernier numéro du Publiciste de la République française, le N°242 du dimanche 14 juillet 1793, donc diffusé avec son assassinat le 13 juillet, Marat fournit une preuve de la trahison de Custine et de son état-major. Il précise également que Custine est en train de prendre la place de Dumouriez, préparant ainsi l’argumentaire d’Hébert. Voir le tome X des Œuvres politiques de Marat, éd. J. de Cock et C. Goetz, Bruxelles, Pôle Nord, 1995.

6 Une telle invocation à Marat est traduite de manière fictionnelle par Hébert, quelques jours plus tard, dans une prosopopée (« figure par laquelle l’orateur prête de l’action, des sentiments et un langage » présentement à Marat mort) durant laquelle Marat s’adresse en songe au Père Duchesne (N°264) pour l’adouber son successeur. Ce numéro du Père Duchesne est diffusé dans les rues de Paris pendant plusieurs jours – entre le 30 juillet et le 2 août -, preuve de sa forte diffusion. Sur la datation du Père Duchesne, non daté sur le pamphlet lui-même, par son écho majeur dans la presse, voir notre étude, « Dater le Père Duchesne (juillet 1793 – mars 1794), Annales Historiques de la Révolution française, 1996, N°1, p. 68-75.

7 De fait, les partisans de Custine font circuler des Observations pour servir de réponse aux inculpations faites contre Custine, Archives Nationales, AD I 51.

8 Custine, député noble libéral à l’Assemblée constituante a fait une brillante carrière parlementaire entre 1789 et 1791. Il est l’un des 53 députés qui parlent le plus souvent. Ses interventions, plutôt modérées, portent sur la nécessaire « conservation de la société », tout particulièrement en matière de « respect des propriétés ». Il se présente également comme l’un des grands spécialistes des affaires de défense nationale. Voir sa biographie dans le Dictionnaire des Constituants d’E. H. Lemay, Paris, Universitas, 1991, p. 254-257.

9 Dans le numéro 266 du Père Duchesne, diffusé dans les rues de Paris le 31 juillet, Hébert écrit : « J’avais vu ce fanfaron à l’assemblée constituante faisant toujours chorus avec les aboyeurs de la liste civile pour écraser le peuple et donner au conard Capet tous les pouvoirs et l’autorité possible, afin d’écraser la liberté ». Sur le Père Duchesne, voir notre étude http://www.cavi.univ-paris3.fr/lexicometrica/article/numero0/jgadlex.htm.

10 Nous l’avons vu, Hébert avait déjà prononcé, le 8 mars 1793, « un éloquent discours » à la tribune des Jacobins « pour rappeler les Dumouriez, les Dillon, les Custine et tous les généraux qui trahissent la liberté » (Annales de la République française). Et il ajoute en direction du peuple : « Il est temps de s’occuper du bonheur public ; il faut que le peuple, qui a fait la révolution, jouisse des fruits de cette révolution ; il est temps que les intrigants rentrent dans le néant ; il faut les exterminer » (Journal des débats des Jacobins).

11 Cette comparaison a valeur de lieu commun, ce qui explique la vigueur de la réponse des partisans de Custine à ce parallèle : « Quand on répond aux détracteurs de Custine, en citant une foule de faits qui établissent avec évidence les sentiments purs et la conduite irréprochable de ce Général, ils ont l’audace et la mauvaise foi de répondre que Dumouriez se conduisait ainsi avant d’avoir manifesté sa trahison », Observations…, op.cit.

12 La presse parle de la capitulation de Mayence. L’événement est donc dans tous les esprits.

13 Hébert développe de nouveau cette comparaison dans le Père Duchesne diffusé le 31 juillet dans les rues de Paris, en y ajoutant une nouvelle preuve : « Revenons à ce garnement de Custine et prouvons aux incrédules (puisqu’il faut des preuves) que ce viédase est le second tome de Dumouriez Il existe un billet signé de la main du traître Custine dans lequel il engageait le général Doiré à négocier la reddition de Mayence avec nos ennemis » (N°266).

14 Après la dénonciation des journalistes qui ont dressé un portrait flatteur de Charlotte Corday, leur bienveillance à l’égard de Custine les désigne comme modérés, et entame une campagne politique contre une partie de la presse parisienne pendant l’été 1793. Sur le cas de Charlotte Corday, voir G. Dermenjian et J. Guilhaumou, « le ‘crime héroïque’ de Charlotte Corday », Le Panthéon des femmes. Figures et représentation des héroïnes, sous la dir. de G. Dermenjian, J. Guilhaumou et M. Lapied, Paris, Publisud, 2004.

15 Le texte de la Chronique de Paris du 21 juillet, incriminé par Hébert, est le suivant : « Il paraît que l’annonce de la destitution du Général Custine n’était nullement fondée, ou qu’il a su se disculper entièrement des reproches dirigés contre lui. On assure qu’il retourne à son poste avec un pouvoir assez étendu pour ne pas craindre d’être contrarié dans les mesures qu’il croire devoir prendre ».

16 L’effet de cette dénonciation du journaliste de la Chronique de Paris est perceptible dès le lendemain dans la presse. Ainsi, le journaliste de L’Abréviateur Universel écrit le 23 juillet : « Nous disions hier que Custine était parti avec carte blanche pour repousser hors de nos frontières du Nord les satellites des tyrans. Mais cette nouvelle, répandue la veille avec affectation, ne se confirme pas », tout en faisant référence « au patriotisme qui dévoile les traîtres », en l’occurrence Hébert et le Père Duchesne.

17 Là encore, Hébert s’en prend à la presse modérée, à vrai dire une presse d’opinion prise sous l’emprise grandissante de la presse de salut public comme nous le montrons dans « Les journaux parisiens dans les luttes révolutionnaires en 1793. Presse d’opinion, presse de salut public et presse pamphlétaire », in La Révolution du journal (1788-1794), sous la dir. de P. Rétat, Paris, Editions du CNRS, 1989, p. 275-284.

18 Le journaliste des Annales de la République Française, note, à la date du 21 juillet : « Hier, la foule était si grande auprès de quelques boutiques de boulangers, l’empressement pour se procurer du pain était tel que plusieurs personnes furent frappés et renversées, et que l’on craignait pour ces boulangers ».

19 Quelques jours plus tard, dans le Père Duchesne N°264, Hébert légitime cette exigence de la bouche même de Marat par les termes suivants : « Il faut que tu fasses ce que je n’ai pu faire ».

20 Hébert revient sur ce point dans le Père Duchesne N°266, diffusé le 31 juillet, dans les termes suivants : « Ainsi donc, foutre tandis que cet infâme brigand jetait de la poudre aux yeux de la Convention, et que certains badauds de la Montagne, dupes de ses singeries patriotiques, l’élevaient au-dessus des nous, il travaillait sourdement la ruine de la France. »

21 Hébert entame ici une campagne contre les montagnards modérés qui se précise dans le Père Duchesne N°264, par les propos de Marat en songe (« Il en est encore dans la convention, il en est de même à la Montagne quelques-uns que je démasquerai ») et culmine dans son Père Duchesne N°275 (22 août) à propos de « l’accaparement de savon que l’on fait pour blanchir Custine ». Hébert s’en prend non seulement aux montagnards qui « mitonnent la contre-révolution », en particulier « le bateleur Lacroix », mais aussi aux comités de la Convention, usurpateurs de « tous les pouvoirs ». La dénonciation contre Custine marque ainsi le point de départ d’une campagne pour la réorganisation du pouvoir exécutif à l’horizon de la mise à l’ordre du jour de la terreur.

22 Expression populaire, familière qu’Hébert utilise, avec d’autres, dans le Père Duchesne. Ainsi il se réjouit, suite à son intervention que Custine soit en prison, et donc « siffle la linotte » sans plus pouvoir « mettre les Sans-culottes à chien et à chat » (N°266, 31 juillet).

23 A vrai dire, les scellés sur les papiers de Marat seront levés le 26 juillet (Archives de la Seine, D 12 U (1) 6).

24 Autre dirigeant important du club des Cordeliers admis aux Jacobins, Vincent répercute le mot d’ordre énoncé ci-après par Hébert de destitution des nobles dès le 23 juillet aux Cordeliers dans les termes suivants : « Un des premiers commis de Bouchotte le ministre de la guerre, Vincent s’engage à demander à tout individu qui se présentera pour demander une place, s’il est noble et à le faire exclure de tous les emplois de la république, quand il tiendra à cette infâme caste qu’il faut anéantir » (Nouvelles politiques).

25 De fait, la presse soulignera fortement, dans les jours suivants, l’identification d’Hébert et du Père Duchesne à Marat : « Le Père Duchesne, qui s’est chargé du rôle pénible de dénonciateur public, au lieu et place de Marat, dénonce les généraux » (Thermomètre du jour du 30 juillet).

26 Plus largement, les Annales de la République française du 27 juillet précise « qu’on est disposé à suivre les moyens proposés par le Père Duchesne : tous les orateurs des groupes parlent dans ce sens », en particulier au sein du Club des Cordeliers.

27 Custine est arrêté le lendemain du réquisitoire d’Hébert. Il devient l’objet de toutes les conversations comme le note Dugas, l’agent du ministère de l’intérieur (Archives Nationales, F 1c III Seine 27) : « On ne cesse de s’entretenir de Custine. Partout il est accusé d’avoir trahi les intérêts de la chose publique. Les aristocrates seuls font semblant d’en douter. Aux Jacobins, on demande que sa tête tombe, et les tribunes applaudissent ». Il passera devant le Tribunal révolutionnaire et sera exécuté le 25 août à la grande joie du Père Duchesne : « Enfin le traître Custine joue à la main chaude » (N°278 diffusé dans les rues de Paris le 29 août). La campagne hébertiste de dénonciation contre Custine se termine donc le jour même de la mise à l’ordre du jour de la terreur au club des Jacobins. Elle s’avère ainsi exemplaire de mise à l’ordre du jour de la dénonciation, puis de la terreur pendant l’été 1793.

28 Précautions nécessaires si l’on en croît le récit d’Hébert au club des Jacobins le 24 juillet : « Hébert prend ensuite la parole sur Custine, et reproduit la motion qu’il avait fait dimanche. Nous avons gagné une grande victoire, dit le Père Duchesne, cas Custine était prévenu par des Jacobins, et si nous n’eussions pas été au Comité de Salut Public, il allait nous échapper. Des chevaux étaient préparés et l’on conduisait Custine à son armée, à laquelle, se prétendant innocenté aux yeux de la Convention, il aurait parlé en maître et régné par la terreur » (Journal historique et littéraire, Journal de la Montagne)

La révolution française http://www.diagnopsy.com/Revolution/Rev_064.htm

Robespierre et les Factions

Disparition des Hébertistes

L’hiver de 1794 est affreux. Le peuple manque de tout. Il se bat devant les boulangeries, les boucheries. Plus de beurre ni d’œufs, de légumes frais ou secs. Le maximum a fait disparaître les denrées les plus communes, comme le bois. Les trafiquants s’en donnent à cœur joie. Mais partout des pillages. Partout aussi des fermetures d’ateliers par défaut de matières premières, des grèves pour obtenir un relèvement des salaires. Paris n’est plus qu’une multitude tourmentée par la faim et que traversent de sauvages remous. Las de manger de l’herbe, certains proposent d’égorger les suspects dans les prisons, de les faire rôtir et de les dévorer. Une telle misère favorise l’action des Hébertistes. Ils dénoncent comme responsables les « endormeurs des Comités », les corrompus de la Convention, ils demandent d’autres charrettes. C’est l’échafaud qui sauvera tout.

Une nouvelle « journée », un nouveau 5 septembre brisera la résistance de l’Assemblée et des Comités. Le moment semble propice: Robespierre et Couthon sont alités et vont garder la chambre pendant près d’un mois.

En minorité aux Jacobins, les Hébertistes s’appuient sur le club des Cordeliers qu’ils tiennent par Vincent et Ronsin, comme ils tiennent l’armée révolutionnaire. Ils croient avoir aussi avec eux les ouvriers des faubourgs, mieux encore les bandes mouvantes des sans-travail. Leur plan est simple : l’affaire commencera par un massacre dans les prisons, l’invasion de l’Assemblée suivra.

Mais depuis l’expérience de septembre les choses Ont bien changé. L’ère de la rue a passé, le pavé n’est plus roi. Les trublions ont à présent devant eux non une Assemblée débile, mais le solide gouvernement des Comités à qui la loi du 14 frimaire (4 décembre 1793), véritable charte de la Terreur, a imposé ses formes et ses règles. Au moins Hébert et sa bande devraient-ils agir par surprise, mais ils laissent percer leurs intentions et traîner leurs préparatifs et Saint-Just, rappelé par Robespierre de la frontière, les prévient.

Le 8 ventôse (26 février) il monte à la tribune. Le menton dressé sur sa cravate de linon, la voix âpre et hautaine, il prononce au nom du Comité de Salut public, plus encore au nom de Robespierre qui lui a donné blanc-seing, un discours capital. D’abord l’apologie de la Terreur : elle est légitime, elle doit être maintenue comme un système régulier et nécessaire, un régime permanent. Point d’impunité pour les grands coupables « qui veulent briser l’échafaud parce qu’ils craignent d’y monter».

Ici, il regarde Danton. Puis, relevant ses larges yeux pensifs, il propose de donner à la Révolution une portée inattendue. Les biens des ennemis de la République seront confisqués et distribués aux patriotes indigents. Les Comités de Salut public et de Sûreté recevront à cet effet tout pouvoir. Qu’est-ce à dire? En raison même de la poussée hébertiste, Saint-Just, encore plus que Robespierre, croit nécessaire d’accomplir ce qu’il appelle la Révolution totale et d’assurer au gouvernement, au moyen d’une véritable loi agraire, une garde prétorienne formée des prolétaires enfin nantis.

Jusqu’ici ils ont été oubliés; rien d’étonnant à ce qu’ils marchent avec les gens d’outrance et de désordre. La bourgeoisie, les paysans ont fait leur main sur les biens nationaux. Au tour des sans-culottes pauvres : ils auront les biens des suspects, la fortune de trois cent mille familles. Ainsi, juge-t-il, Hébert dépassé perdra d’un coup sa clientèle. La République assise sur le vrai peuple, celui des « malheureux », n’aura plus à craindre les excitations anarchistes qui peut-être n’ont d’autre objet que de préparer, que de légitimer la contre-révolution.

La Convention a-t-elle sondé le profond dessein de Saint-Just et de Robespierre ? Sur l’heure il ne semble pas. Elle ne le comprendra que plus tard. A présent, ne voyant guère que le moyen de balayer les deux factions hébertiste et dantoniste, elle acquiesce, livre aux Comités l’arme monstrueuse exigée par Saint-Just. Comment lui résister? Ce jeune homme pâle, inflexible, est aujourd’hui son maître, bien plus que Robespierre lui-même ne l’a jamais été. « Il y a en lui du Charles IX », disait Maximilien. Mais Charles IX n’était qu’un enfant fiévreux, fuyant devant ses fantômes.

Saint-Just a une autre taille, une autre ampleur. Peut-être est-il après tout la figure dominante de ce temps. Un tyran parfait, un être de métal, sans pitié, sans remords, à l’occasion héroïque, qui peut plier comme une lame, mais ne s’émoussera pas. Là est le secret de sa prise soudaine sur l’Assemblée. Il n’a point de sentiments personnels, aucun scrupule, mais aucun vice Volonté, courage, foi, il réunit toutes les qualités des fanatiques. Robespierre peut encore parfois sourire; Saint-Just ne sourit jamais. Il est affreusement décapé et pur.

La principale faiblesse des révolutions, c’est que leurs chefs n’accordent pas assez leur vie à leurs principes, qu’ils demeurent des hommes agités de besoins et rongés d’envies, quand ils devraient se hausser hors d’eux-mêmes et ne plus vivre que pour ce qu’ils croient l’intérêt général. Cette espèce de désincarnation, Robespierre l’a accomplie et Saint-Just à son tour, avec plus de rigueur encore. ils en gardent, malgré le sombre de leur carrière, un singulier relief et un ascendant qui dans toute cette période ne sera pas égalé.

Ainsi attaqués, les Hébertistes, que le système de Saint-Just doit priver de leur base, réagissent brusquement. Le 14 ventôse (4 mars) aux Cordeliers, Hébert accuse les Comités, il accuse le ci-devant Amar, l’intrigant Carnot, le ministre Deforgues, dont Danton fut le patron, le général Westermann. Sans nommer Robespierre, il l’incrimine comme le défenseur de Desmoulins. Et il finit par un cri de guerre: « L’insurrection, oui, l’insurrection, et les Cordeliers ne seront pas les derniers à en donner le signal! » Le lendemain 15 ventôse ses amis essaient de soulever le peuple. Mais les sans-culottes, charmés par l’idée de la manne qui, grâce à Saint-Just, va leur tomber du ciel révolutionnaire, ne les suivent pas.

L’échec des extrémistes est complet. Sans attendre, le Comité de Salut public contre-attaque. Barère et Tallien font décider par la Convention – que les conspirateurs seront poursuivis. Lâchés par leurs troupes, les chefs hébertistes s’abandonnent. Pour les tirer d’affaire Collot d’Herbois tente de réconcilier Jacobins et Cordeliers. Hébert se rétracte, puis Carrier. Collot lui-même, rendu à la prudence, ne tarde pas à les désavouer. Robespierre et Couthon sont enfin sortis de leur lit.

Tant qu’a duré leur absence, le Comité de Salut public n’a pas pris de mesures décisives. Mais le 23 ventôse, à peine rétablis, ils assistent à la séance avec Billaud-Varenne qui revient de mission. Saint-Just fait approuver le rapport qui demandera à la Convention l’envoi des principaux Hébertistes au Tribunal révolutionnaire. Il les accuse de conspiration royaliste. Fouquier-Tinville, appelé au Comité, reçoit ses ordres. Dans la nuit, Hébert, Momoro, Ronsin, Vincent sont arrêtés. Paris demeure indifférent. Bien plus, la Commune, très humble, députe à la Convention pour la féliciter.

Le Tribunal révolutionnaire frappe. Tous, sauf un mouchard, sont condamnés à mort. Sous le soleil de mars dont la place de la Révolution se dore, passant devant un peuple goguenard que transporte une gaieté de carnaval, les Hébertistes gagnent l’échafaud. Pour mieux voir, des royalistes ont payé fort cher leurs places. Hébert, le « Père Duchêne » est hué: il se lamente. Il a eu dans son cachot des accès de désespoir. Les autres meurent mieux. L’une des factions qui menaçaient le gouvernement révolutionnaire a disparu. A la vérité Robespierre n’a joué qu’un tôle second dans sa catastrophe. Les Hébertistes ont été abattus par Saint-Just et par les Comités. Mais c’est Maximilien qui doit en bénéficier.

Désormais l’Incorruptible n’a plus devant soi, pour le séparer du pouvoir entier; qu’une poignée de corrompus.

 

 

 

 

 

 

 

 

Au Chili, la cavale d’un général réveille les fantômes du passé

Créé par le 04 août 2007 | Dans : Amérique Latine

En fuite, l’ancien numéro 2 de la police secrète a été arrêté jeudi.

Par Calire MARTIN

QUOTIDIEN LIBERATION : samedi 4 août 2007

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C’est en pyjama que les enquêteurs ont appréhendé, jeudi matin, l’ex-général Raúl Iturriaga Neumann dans un appartement prêté par une amie dans la luxueuse cité balnéaire de Viña del Mar (120 km à l’ouest de Santiago). En cavale depuis cinquante-deux jours, l’ancien numéro deux de la Dina, la police secrète d’Augusto Pinochet, a d’abord expliqué aux enquêteurs qu’ils faisaient erreur, puis a fini par se rendre sans opposer de résistance.

Disparition.  Le général à la retraite a fui la justice le 11 juin. Au lieu de se présenter à la prison, comme le veut la nouvelle législation, il a pris la poudre d’escampette. Le lendemain, les médias recevaient une vidéo et un mail où il se déclarait innocent. L’ancien général devait passer cinq ans et un jour en prison après avoir été condamné pour la disparition en 1974 du militant d’extrême gauche Luis Dagoberto San Martin.

La dictature chilienne, instaurée après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 contre Salvador Allende, est tenue pour responsable par les organisations de droits de l’homme de la mort ou de la disparition de plus de 3 000 victimes.

La fuite d’Iturriaga, la première d’un ancien tortionnaire, a provoqué l’indignation au Chili. Les familles de disparus ont accusé l’armée de l’avoir aidé. Au moment précis où elle tentait de se faire oublier et de démontrer sa soumission au pouvoir civil, l’institution militaire est de nouveau critiquée pour les violations des droits de l’homme qu’elle a commises sous la dictature de Pinochet (1973-1990). Ces accusations ne sont pas infondées. La police a révélé que le fuyard avait été aidé par des militaires à la retraite.

Le général Iturriaga en prison, c’est une épine dans le pied de moins pour la présidente Michelle Bachelet qui se veut « particulièrement attentive aux droits de l’homme». Elle est elle-même la fille d’un général assassiné sous la dictature. Raúl Iturriaga était alors à la tête de la Brigade Púren, en charge d’un centre de torture surnommé le «bandage sexy», en référence aux femmes abusées sexuellement, les yeux bandés.

L’ancien numéro deux de la Dina est impliqué dans cinq autres affaires de violations des droits de l’homme. Il est soupçonné d’avoir participé aux assassinats de l’ex-ministre des Affaires étrangères Orlando Letelier et de sa secrétaire à Washington, de l’ex-commandant en chef de l’armée de terre Carlos Prats et de son épouse, ou encore de l’ex-ministre Allende Bernardo Leighton.

Bourreaux.  Il est poursuivi en Argentine et en Italie, où il a été condamné à dix-huit ans de prison. Au Chili, il n’est pour le moment condamné qu’à cinq ans de prison. Une peine qu’il doit au pénitencier Cordillera, réservé aux anciens bourreaux, qui jouissent, dixit la Cour d’appel, d’«excellentes conditions de vie, sans équivalent avec les détenus d’autres établissements pénitenciaires».

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