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Une évolution à rebours du service républicain de l’Education nationale, par Francis Daspe

Posté par sr07 le 09 jan 2010 | Dans : Education, Gouvernement, Front de gauche

Tribune & idées  Article paru le 8 janvier 2010 dans l'Humanité

Par Francis DASPE, président de
la Commission nationale Enseignement primaire et secondaire du Parti de Gauche (*)

La communication sarkozyste s’emploie à faire passer les différentes réformes gouvernementales comme des avancées indispensables à toute entreprise de modernisation et d’adaptation de notre pays. En dépit de ces manipulations de circonstance, les acteurs du mouvement social et les salariés ne se font pas abuser par ces discours dilatoires. Ils savent pertinemment qu’il s’agit de « contre-réformes » régressives, voire franchement réactionnaires au sens premier et plein du terme. Le secteur de l’enseignement illustre parfaitement ce qui traduit à la fois une imposture consternante et une dérive préoccupante. La connaissance du passé peut permettre de percevoir avec clarté le présent immédiat afin d’alerter nos concitoyens de cette réalité malheureusement sans équivoque. Quelques rappels historiques comparatifs sur les conditions d’organisation du corps des instituteurs en fournissent à cet égard un exemple édifiant. Cette organisation s’effectua principalement en s’émancipant, progressivement et non sans mal, de la tutelle de l’Église. Une étape véritablement déterminante est à retenir dans ce processus. À partir de 1854, le recteur d’académie nomma seul les instituteurs, les dégageant de la sorte du contrôle de l’Église et du « certificat de bonnes mœurs » que cette dernière délivrait.

On ne peut s’empêcher de rapprocher cette mesure du discours du Latran du président de
la République dans lequel il théorisait la supériorité intrinsèque du prêtre sur l’instituteur dans la transmission des valeurs, au motif qu’il manquera toujours au second « la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». C’était aussi dégager les instituteurs de l’ingérence des notables locaux par une mise à distance salutaire des intérêts privés et des agissements clientélistes dans le fonctionnement de l’école. Force est de constater que l’on se dirige aujourd’hui dans la direction inverse avec les projets d’autonomie qui voient le jour au travers de la mise en place des Epep (Établissements publics d’enseignement primaire) s’orientant vers un mode managérial ou avec la présidence des conseils d’administration des lycées confiée à des personnalités extérieures dites « qualifiées » (par exemple élus locaux ou chefs d’entreprise). Le prestige qui s’attacha aux instituteurs découla pour partie de la solide formation spécifique qui leur fut peu à peu accordée. Si les prémices datèrent de la loi Guizot de 1833 créant les Écoles normales, l’accélération décisive se produisit sous la 
IIIe République, sous laquelle l’acte d’enseigner devint un métier qui devait faire l’objet d’un apprentissage. La récente loi de recrutement et de formation des enseignants, connue sous le terme de « mastérisation », contrevient gravement à cette garantie élémentaire et à ce principe de bon sens en réduisant à la portion congrue le temps de formation, sous couvert d’économies budgétaires.
La IIIe République octroya également aux instituteurs un statut qui participa grandement à façonner leur image de « hussards noirs » de
la République.

En 1889, le corps des instituteurs intégra la fonction publique, portant à son terme le processus de sécularisation de l’institution scolaire. Cette fonctionnarisation représentait la condition sine qua non pour un exercice empreint de sérénité de leur métier. Depuis quelques années, nous assistons au contraire à une gigantesque entreprise de destitution de l’enseignant qui passe notamment par une volonté sourde de casser les statuts (les décrets de mai 1950 sont régulièrement dans le collimateur, que ce soit avec celui de Robien de 2006, le rapport Pochard de 2008 ou les versions successives de la réforme du lycée). Le recours de plus en plus systématique à des précaires (les fameux vacataires recrutés pour un contrat de droit privé de 200 heures, sous-payés pour être ensuite congédiés sans autre préavis) s’inscrit dans cette logique dévastatrice d’abaissement. Il est vrai que les libéraux ont fait du démantèlement de la « forteresse enseignante », une priorité.

La quasi-totalité des dernières dispositions ou intentions gouvernementales se situe résolument à rebours de l’évolution séculaire qui avait permis la structuration du service public de l’éducation nationale, institution de la République par excellence. Elles dessinent en creux un projet de société sans contestation possible rétrograde. Certes, nous ne sommes pas encore revenus au temps de Vichy qui décida de supprimer les Écoles normales considérées comme des foyers de sédition. Mais il convient d’affirmer avec autant de force qu’il existe davantage que de simples relents réactionnaires dans la politique éducative de l’actuelle majorité. Les remises en cause du droit de grève et la criminalisation de la contestation ne risquent-elles pas de donner des idées aux nostalgiques du serment d’allégeance que Vichy imposa aux enseignants ? Sans verser dans la dramatisation et l’anachronisme de mauvais aloi, contentons-nous de dire qu’il y a tout de même matière à s’alarmer.

(*) Secrétaire général de l’Agaureps-Prométhée (Association pour la Gauche républicaine et sociale – Prométhée). 



Les cinq ressorts d’une “égoprésidence”, par Laurent Fabius

Posté par sr07 le 15 jan 2010 | Dans : Gouvernement, Parti socialiste

Plutôt que d'une méthode, je parlerai volontiers de ressorts. Au commencement, il y a chez M. Sarkozy le mouvement, le culte du mouvement permanent. Chaque journée qui passe, chaque événement, personnalité ou dossier qui surgit lui fournit matière à mouvement.

Côté positif, une énergie incontestable. Côté négatif, un sentiment de tournis. A partir de l'idée juste que la France doit évoluer et qu'il revient au chef de l'Etat de donner l'impulsion, s'est installée une sorte de quinquennat de l'agitation, sans objectifs bien hiérarchisés ni vrais progrès constatés, en particulier dans le domaine économique et social.

Précarité, chômage, rapetissement du pays, qui ne sont pas dus qu'à la crise : voilà le constat. Conséquence : une confusion s'établit entre réforme et régression, qui éloigne les Français des changements pourtant indispensables. Le sarkozysme est d'abord un bougisme.

Deuxième ressort, l'importance des mots et leur détournement. Comme M. Berlusconi, M. Sarkozy s'est emparé des codes et des outils de la démocratie médiatique. Sa technique est double. D'une part, tenir toujours sur le feu trois ou quatre thèmes pour pouvoir, en fonction de la conjoncture et des sondages, privilégier l'un et passer les autres à la trappe. D'autre part, ramener toute décision à un principe apparemment incontestable, également testé par sondage puis martelé, fût-il sans rapport avec cette décision ou même en contradiction avec elle.

Ainsi la subordination de l'Assemblée nationale à la volonté présidentielle se transforme paradoxalement en “revalorisation du Parlement”. En réalité, quand l'opposition propose, la majorité n'écoute pas ; et quand la majorité s'affirme, l'Elysée généralement ne le tolère pas. De même la prise en mains directe de l'audiovisuel public par le président est rebaptisée “arrêt de l'hypocrisie”. La réintégration dans le commandement de l'OTAN est qualifiée de “fin d'une anomalie”. Quant aux cadeaux fiscaux envers les privilégiés, ils s'abritent derrière le principe faussement évident du “bouclier fiscal”. L'important n'est plus le vrai, le juste, l'efficace, mais de pilonner l'opinion. Le sarkozysme est aussi un - parfois talentueux - verbalisme.

Affidés et adversaires

Un troisième ressort, véritable colonne vertébrale du régime, consiste à favoriser les principaux intérêts financiers privés. A l'étranger, M. Sarkozy peut être audacieux. A l'intérieur, pas question de folâtrer : ce sont les fortunes dominantes et les banques - et non l'indispensable esprit entrepreneurial - qui sont choyées. De tous les présidents de la Ve République, il est celui qui aura le mieux protégé les énormes intérêts financiers privés et le moins l'argent public : les déficits sont abyssaux. Financièrement, le sarkozysme est un néoconservatisme.

Quant aux hommes, sa pratique consiste à les classer en affidés et adversaires, et à considérer que tout responsable peut être, sinon “acheté”, du moins neutralisé. Cela s'appelle en politique intérieure “l'ouverture”, en l'occurrence le débauchage, révélant une conception contestable de la politique. A l'extérieur, à côté de quelques initiatives bienvenues, les embardées se terminent souvent en échecs : difficile de changer trimestriellement d'allié privilégié. Un trimestre c'est l'Allemagne, un autre la Grande-Bretagne, tantôt les Etats-Unis, la Chine puis le Brésil. Le problème, c'est qu'on ne mène pas une politique étrangère comme un avocat d'affaires conclut des “deals”. Alors que le long terme existe et que la mise en perspective est indispensable, le sarkozysme est un court termisme.

Le chef de l'Etat recourt enfin périodiquement à de fructueuses ficelles électorales, à partir d'une réalité que la gauche n'a pas assez méditée : la France vieillit. Il est piquant que ce dirigeant prétendument hypermoderne soit surtout l'élu des plus de 65 ans. Quand approchent les échéances, peu lui importent certaines valeurs, notre tradition historique et les exigences du XXIe siècle ; il revient aux trois piliers sur lesquels ses victoires électorales ont été bâties : insécurité, immigration, identité.

Au total, la méthode de M. Sarkozy, c'est surtout… M. Sarkozy. L'intérêt général a cédé la place à une égoprésidence, de qui toute légitimité procède. Cette approche, qui n'a rien d'une gestion moderne, a fonctionné au début. Elle peut faire illusion un temps. Elle n'évitera pas, au nom même de la culture des résultats vantée par le chef de l'Etat, que de nombreux Français finalement constatent : beaucoup d'agitation, peu de résultats.


Laurent Fabius est député (PS) de la Seine-Maritime, ancien premier ministre, ancien président de l'Assemblée nationale.

Identité nationale: que doit dire la gauche?

Posté par sr07 le 19 nov 2009 | Dans : Projet politique, Articles de fond, Gouvernement

 

Mercredi, 18 Novembre 2009 13:37

Tribune publiée sur le site de Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/181109/identite-nationale-que-doit-dire-la-gauche#

Pour les deux anciens ministres socialistes Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, la gauche ne doit pas déserter le débat. Même si la manœuvre est électoraliste.

Tout a été dit sur la grossièreté de la manœuvre : le moment choisi pour parler de ce sujet sérieux et complexe -à quelques mois d'élections difficiles pour la droite- ; la problématique -des thèmes sélectionnés pour plaire à l'électorat d'extrême droite- ; la méthode -une fausse consultation, ignorant le Parlement, à partir d'un questionnement faussé et tendancieux- ; son maître d'œuvre - un renégat socialiste, ancien pourfendeur du sarkozysme et de ses inquiétantes dérives… Bref, tout concourt à disqualifier l'opération, dont la finalité électoraliste ne fait aucun doute.

La gauche a raison de ne pas se prêter au jeu politicien qui consiste à organiser des réunions dont le caractère superficiel et la finalité ne font aucun doute. Pour autant, elle ne doit pas se contenter de dénoncer la manœuvre, car elle peut la retourner contre ses auteurs, en requalifiant les enjeux et en refusant de se placer sur le terrain erroné et dangereux choisi par le « ministre de l'identité nationale et de l'immigration ». Héritière des conceptions universalistes et progressistes de notre histoire, elle doit répondre aux incertitudes nationales et démontrer que la politique du gouvernement est fondée sur l'exaltation des différences, la compétition entre groupes et communautés, le creusement des inégalités. La devise de la République, liberté, égalité, fraternité est vidée de sa force propulsive. 

Une crise d'identité ? Plutôt un manque de perspective d'avenir

Nos concitoyens voient bien que cette opération est un dérivatif pour éviter le débat sur les sujets brûlants: le chômage, les difficultés sociales, la désindustrialisation, les inégalités croissantes, la fiscalité et l'endettement, la remise en cause des services publics, la montée de la violence… Ils veulent des solutions concrètes à leurs problèmes, mais ils s'inquiètent de l'avenir de leur pays et de leurs enfants,  ils regrettent la perte de cohésion de la société et l'affaiblissement de la transmission des valeurs républicaines -auxquelles ils adhèrent très majoritairement- et ils aspirent à un projet commun qui porte une vision d'avenir, une perspective de progrès.

Car ils savent que l'identité nationale -si ce concept a réellement un sens- est d'abord la construction d'un espace politique autour de principes partagés, qui évoluent au cours du temps en s'enrichissant et autour d'une langue commune. Quand ce pacte n'est plus explicite, quand les promesses de progrès s'éloignent et que se creuse un fossé entre les principes et la réalité, le pays connait un lourd malaise et, d'une certaine façon, une crise d'identité.

La mondialisation libérale et la politique de Sarkozy menacent plus l'identité nationale que l'immigration

Expliquer ce malaise et cette crise à partir de la question de l'immigration est inacceptable et erroné. En réalité, c'est plutôt la mondialisation libérale qui tend à contester et à remettre en cause les principes républicains, fondateurs de notre identité nationale. Ceux-ci se sont forgés au cours de l'histoire, se développant et s'élargissant, souvent grâce à l'apport décisif de la gauche. Ces éléments majeurs du pacte républicain, qui constituent l'identité française aujourd'hui, s'appellent :
- la devise de la République: liberté, égalité, fraternité ;
- les droits de l'homme et du citoyen ;
- l'Etat, qui incarne l'intérêt général, garantit la cohésion nationale, prépare et garantit l'avenir du pays ;
- le peuple souverain, qui entend maitriser son destin ;
- la délibération collective, contre le pouvoir personnel ;
- le droit du sol;
- la laïcité ;
- l'école publique et l'attention au développement et aux droits de l'enfant
- la protection et la sécurité sociale ;
- les services publics, acteurs essentiels de l'égalité et garants des biens communs, en particulier des ressources naturelles
Qui ne voit que ces conceptions ont été mises à mal par la montée du libéralisme économique et la domination des conceptions anglo-saxonnes ?

Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs clairement annoncé, au cours de sa campagne présidentielle, qu'il fallait rompre avec le modèle social français. Il s'est fait depuis le chantre de ces thèses, en sapant d'autres piliers de cette identité ou en prétendant la rénover : remise en cause de la laïcité (discours de Latran, Loi Carle, accord Kouchner/Vatican …) ; discrimination positive (tentative d'inscrire dans la constitution la reconnaissance des diversités !) ; accroissement de la dérive monarchique du pouvoir ; utilisation fréquente de propos « provocateurs », qui mettent à mal la vision humaniste que devrait promouvoir le chef de l'Etat. La Présidence de Nicolas Sarkozy est donc bien une menace pour l'identité française.

L'identité de la France, c'est la République

Plus largement, le problème vient surtout du fait que nos valeurs républicaines s'incarnent de moins en moins dans le réel et ne semblent plus orienter l'évolution de la société française. Comment convaincre que la devise inscrite sur nos frontons est notre ambition commune, quand les inégalités sociales s'accroissent, le racisme s'installe, la promotion sociale est stoppée, certains quartiers dérivent en ghettos, quand se développent les privilèges pour certains et se multiplient les handicaps pour les autres, quand l'héritage et la fortune transmise comptent plus que le travail et le talent de chacun, quand le mauvais exemple vient du haut et que la République est sans cesse convoquée pour imposer des contraintes, des limitations et de moins en moins  pour favoriser l'émancipation de tous ! Certains enragent, d'autres se résignent. Le pays est désorienté.Il est évident que l'intégration des populations immigrées est plus difficile, si le pays doute de lui-même, perd ses repères  et ne se donne pas les moyens de la réussir.

La France n'est ni un territoire unique, ni une nation ethnique

Le choix du terme « identité » est contestable, car il privilégie une vision intemporelle et statique de la nation : approche partagée par ceux qui nient l'apport permanent des immigrés à notre pays et ceux qui valorisent la référence à la terre « éternelle ». Tenter de rattacher cette identité à la terre est d'ailleurs assez cocasse. De quelle terre parle-t-on ? Celle de Philippe Auguste? De Louis XIV, qui lui ajouta quelques provinces étrangères comme l'Artois ou le Roussillon? De Napoléon Bonaparte, qui crut pouvoir l'étendre à toute l'Europe? Des colonies, de l'Algérie d'avant 1962?….Cela n'a pas de sens. La France n'a jamais été une réalité achevée, une donnée figée de la nature et de l'histoire. Ni territoire ni « esprit d'un peuple », la France est, comme l'a rappelé Fernand Braudel, un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges.

Géographiquement, la France hexagonale est un carrefour entre des mondes  - continental, océanique, méditerranéen-, fait de centaines de micro-milieux, d'une mosaïque de paysages marqués par l'homme, lui-même contraint par la diversité des milieux. Il n'existe pas une France naturelle, mais des France géographiquement différentes. C'est encore plus vrai aujourd'hui, avec l'apport de l'outre mer.

La réalité démographique et ethnologique est, elle aussi, complexe et artificielle, faisant cohabiter les trois principaux mondes de l'Europe occidentale: germanique, celte et méditerranéen. La population française est - sur notre continent - celle qui a le plus précocement et le plus complètement brassé les ethnies.
Le pacte républicain est devenu le fondement déterminant de notre destin commun et le socle de l'unité de notre nation. C'est le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, à Paris, que les représentants des provinces décidèrent de créer ce que Renan définissait comme “cette grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, qui crée une conscience morale qui s'appelle une nation”.

La gauche a une responsabilité historique

La France naît à chaque instant d'un contrat collectif et d'un combat permanent qui, s'il s'interrompait, ferait tout s'écrouler. Peut être cette «  fragilité » apparente inquiète-t-elle nos concitoyens, surtout lorsque personne n'éclaire plus l'avenir. Là est la tâche de la gauche.

Elle a imposé l'égalité dans notre devise, alors que la droite l'a toujours contestée, en tentant, récemment encore, de lui substituer l'équité. Elle a promu la fraternité, en alliant reconnaissance des droits individuels, des droits fondamentaux avec l'indispensable solidarité, la mutualisation des risques, le brassage social. Elle a porté en permanence l'élargissement de l'idéal républicain à l'ensemble des champs de la vie collective et singulièrement dans l'économie et le social.

Elle a toujours occupé une place déterminante dans les combats pour la liberté, dont certains reprennent, hélas, une singulière acuité, comme celui pour la laïcité, l'humanisme ou le développement des libertés publiques. Quant à l'internationalisme, c'est un des grands apports de la gauche, qui n'a jamais confondu la nation et le nationalisme, l'amour de la patrie et le repli sur soi ou le rejet des autres. Elle sait que, lorsque le nationalisme s'installe dans notre pays, il s'affaiblit, il recule et les problèmes intérieurs, les difficultés sociales s'accroissent. Elle sait aussi que la citoyenneté française n'exclut en rien la revendication de participer à une citoyenneté européenne et même l'espérance d'une citoyenneté mondiale.

L'épopée républicaine de notre pays n'est pas achevée. Elle constitue toujours un moteur  puissant pour nos concitoyens et elle conserve une force d'attraction indéniable dans le monde. On le voit bien, la crise et les bouleversements actuels requalifient  le modèle français, que le cycle ultralibéral a tant malmené. Y a- t- il dans notre pays une volonté politique suffisante pour engager cette reconquête ? Aurons-nous l'audace et le courage d'affronter le grand défi de l'égalité ?  Sans progrès vers l'égalité, le doute prendra le pas sur l'espoir. La gauche a, là, une responsabilité majeure et doit porter cette vision mobilisatrice de l'avenir. L'identité nationale a moins besoin de débat que d'action.

Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, anciens ministres, animateurs du club Gauche Avenir

Entre les voix du Front national et celle d’un écrivain libre, il faut choisir

Posté par sr07 le 16 nov 2009 | Dans : Articles de fond, Gouvernement

Ne nous y trompons pas. La dernière saillie du député Eric Raoult contre l'écrivain Marie NDiaye est d'une extrême gravité. Elle aurait pu passer en d'autres temps pour le dérapage isolé d'un député en mal de réélection.

Mais son parti, majoritaire à l'Assemblée nationale, lui a aussitôt emboîté le pas. Et le ministre de la culture qui concevait, il y a quelques semaines encore, que son rôle était de prendre la défense des artistes, s'est lavé les mains de cette polémique “anecdotique” et “dérisoire”, mettant au même plan l'offense et l'offensé et renvoyant dos à dos l'écrivain et le député… Pourtant le député ne s'était pas contenté d'exprimer “ce qu'il avait sur le coeur”, mais il avait écrit une véritable lettre de dénonciation au ministre pour lui demander “ce qu'il comptait entreprendre en la matière” contre l'écrivain. 

Eric Raoult n'en est pas à son coup d'essai. Le 31 octobre, déjà, il avait justifié l'expulsion de Tunisie d'une journaliste du Monde, Florence Beaugé, sous le prétexte qu'il ne faut pas s'étonner “quand on fait de la provocation à l'égard du président Ben Ali”, d'être “remis dans l'avion” à l'arrivée à Tunis. Eric Raoult, qui préside le groupe d'amitié France-Tunisie à l'Assemblée nationale, légitimait ainsi, selon Le Monde, “les attaques personnelles les plus farfelues et les plus ignobles, quotidiennement formulées dans la presse tunisienne” à l'encontre de la journaliste accusée tour à tour, d'être : “psychotique”, “hystérique”, “bonne pour la psychanalyse”, “maléfique”, et par-dessus le marché “idiote”, sans compter, “c'est bien connu, volage”…

A l'encontre de Marie NDiaye, les propos d'Eric Raoult sont sans précédent. “Nous lui avons accordé le prix Goncourt parce qu'elle a du talent, a-t-il déclaré. Qu'elle soit moins militante. Maintenant qu'elle a le Goncourt, elle peut penser comme elle veut, mais, en l'occurrence, il faut qu'elle soit un peu l'ambassadrice de notre culture.”

Il faut entendre ce que recèle ce “nous”, et ce qu'il exclut. Marie NDiaye visiblement n'en fait pas partie. Et nous alors ? Mais qui, nous ? Nous, les Blancs ? Nous, la droite ? Nous, l'Occident ? Ce “nous” “menacé par la haine de soi”, selon les mots de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, jeudi 12 novembre ? Ce “nous” n'est-il pas cet obscur objet du débat sur l'identité française ? Qui fait partie de votre “nous”, M. Raoult ?

Cette déclaration porte atteinte non pas seulement à la liberté d'expression d'un écrivain, comme on l'a dit ces derniers jours. Mais il met en cause la liberté tout court, celle qu'a tout citoyen de trouver en effet “monstrueux” - c'est l'adjectif employé par Marie NDiaye - de reconduire manu militari des Afghans dans leurs pays en guerre, “monstrueux” de traquer des enfants sans papiers dans les écoles maternelles. “Monstrueux” de criminaliser ceux qui prennent leur défense, comme aux pires heures de l'histoire de France. “Monstrueux” d'avoir tant valorisé l'expulsion, le rejet de l'autre, la clôture sur soi, qu'il est désormais plus coûteux pour la communauté nationale d'expulser que d'accueillir, d'honorer les statistiques de reconduites aux frontières que de respecter les lois de l'hospitalité.

Doit-on poursuivre ? “Monstrueuse” la législation sur les malades mentaux, la responsabilité pénale des mineurs, le tout-sécuritaire, les tentatives réitérées de fichage de la population, la traque des délinquants dès le plus jeune âge, la criminalisation des banlieues, la culpabilisation des chômeurs, la sanctuarisation du profit, la garde à vue pendant plusieurs mois de Julien Coupat, le culte de l'argent drapé dans la méritocratie…

“Monstrueux”, encore, d'entendre le président de la République parler des liens charnels qui lient “l'identité nationale française” avec… la “terre” ! Et marteler le mot “terre” cinq fois en dix lignes de discours de peur que ne passe inaperçue cette référence explicite à “la terre qui, elle, ne ment pas”, chère au maréchal Pétain en juin 1940. A force de chercher les “racines” introuvables de l'identité, on tombe sur les vieux cadavres, ceux d'une histoire mal enterrée, celle de Vichy.

L'anti-intellectualisme, le mépris des artistes et des intellectuels, font partie du code génétique de ce régime qui a besoin pour imposer ses réformes de traquer la critique jusque dans la langue… Un écrivain n'a pas d'autre citoyenneté que sa langue maternelle. Pas d'autre patrie que le langage dans sa diversité. Pas d'autre territoire à défendre que le pays sans frontières de sa langue. Comment s'étonner alors qu'il soit sensible aux déformations qu'on lui fait subir ? Marie NDiaye ne s'inscrit en rien dans la tradition de l'écrivain engagé, qui “dit le droit pour les autres” dans la lignée de Zola, Camus ou Sartre. Son engagement est “écoute” et “attention”, un souci extrême pour la langue. Un gardien du vocabulaire, comme le disait André Breton.

Ce n'est désormais un secret pour personne : la langue du pouvoir s'est abaissée à des niveaux sans précédent. Le sarkozysme, comme l'inconscient lacanien, est structuré comme un langage. Ou plutôt il est “déstructuré” comme un langage ; c'est une zone de langage effondrée.

Ses attentats syntaxiques sont quotidiens. La liste est longue de ces violences verbales et de ses outrances, de ses lapsus et jeux de mots. Des métaphores guerrières (le “Karcher”, la “racaille”, le “croc de boucher”) en vulgarités (“casse-toi pauvre con”), de lapsus (les fameux “coupables” du procès Clearstream) en plaisanteries machistes ou racistes (les Arabes d'Hortefeux acceptables en petit nombre exclusivement ou Rama Yade qui ferait bien plus “couleur locale” dans le Val-d'Oise).

Cher Eric Raoult, entre la “culture” et la “terre”, il faut choisir. Entre les voix du Front national et celle d'un écrivain rétif à tout embrigadement, il faut savoir celle qu'on veut entendre. Récemment le mur de Berlin est tombé et, avec lui, croyait-on, la tentation d'embrigader les artistes et les écrivains. La guerre froide est terminée depuis vingt ans, mais votre langage et sa rhétorique de la responsabilité, du patriotisme, des ambassadeurs culturels, continue à lui appartenir… comme lui appartient la “prudence” (de chat ou d'apparatchik ?) de notre ministre de la culture.

Nicolas Sarkozy voulait supprimer, dit-on, le ministère de la culture. Que ne l'a-t-il fait ? Il semble qu'il ne soit pas compatible avec son voisin de l'identité nationale et de l'immigration. Pourquoi ne pas lui donner un intitulé nouveau : “ministère de la réserve et de la modération” ? On le confierait à Eric Besson. Il aurait pour mission de récompenser les écrivains “modérés”, amis du régime, envoyés dans des ambassades ou conviés à déjeuner, à qui l'on confierait des missions, des émissions de radio et des chroniques dans les journaux. L'élection du prix Goncourt serait soumise à son approbation. Alors la France, comme Marie NDiaye, n'habiterait plus la France. p


Christian Slamon est écrivain, ex-directeur du Parlement international des écrivains.

Christian Salmon



«Le principe d’un détenu par cellule ne sera pas respecté»

Posté par sr07 le 17 oct 2009 | Dans : Santé-social-logement, Gouvernement

INTERVIEW dans Libé du 15/10/09

La loi pénitentiaire, censée «en finir avec la honte de la République», d'après le gouvernement, a définitivement été votée par le Parlement cette semaine. Entretien avec l'universitaire Martine Herzog-Evans.

RECUEILLI PAR SONYA FAURE

Martine Herzog Evans est spécialiste du droit pénitentiaire, professeur à l’université de Reims. Elle donne son analyse sur la loi pénitentiaire définitivement votée cette semaine au Parlement, alors qu’un livre collectif sort la semaine prochaine qu’elle a dirigé, «La prison dans la ville» (Editions Eres).

Dans notre société, dans nos villes, la prison est «occultée», la prison est «invisible» écrivez-vous dans votre livre. Le débat autour de la loi pénitentiaire qui vient de s’achever a-t-il fait mieux «voir» la prison?

Oui… mais de manière temporaire. L’opinion publique retiendra sans doute davantage l’assassinat de Marie-Christine Hodeau par un récidiviste que les débats à l’Assemblée sur les conditions de détention des détenus. Au début des années 2000 [au moment notamment, de la parution du livre de Véronique Vasseur «Médecin-chef à la prison de la santé», ndlr], droite et gauche s’accordaient sur l’importance de voter une grande loi pour améliorer les prisons françaises. Mais ce mois-ci à l’Assemblée, on est finalement resté dans des débats trop idéologiques pour pouvoir rééllement avancer. Ca faisait 10 ans qu’une loi pénitentiaire devait voir le jour, le gouvernement a décidé de faire passer ce texte pourtant important en «urgence» au Parlement [une lecture dans chaque chambre, ndlr], sans donner le temps aux députés de bien préparer leurs amendements. Tout ça pour commencer en mars au Sénat… et finir seulement cette semaine à l’Assemblée. C’est ce qui me rend le plus amère.

Cette loi comporte tout de même des éléments positifs?

Oui, le principe d’un détenu par cellule reste gravé dans la loi, contre l’avis du gouvernement. Certes ce principe n’est pas appliqué en maison d’arrêt et ne le sera pas plus après la loi à cause de la surpopulation. Mais ça permet de fixer un standard honorable et d’un point de vue juridique, c’est un repère en cas de recours des détenus etc… Bonne surprise aussi: le débat qui a eu lieu à l’Assemblée nationale sur les fouilles intégrales et les fouilles corporelles internes. Un silence général couvrait d’habitude cette pratique qui terrifie et humilie les détenus. La violence que représentent ces pratiques est enfin sortie en plein jour et la loi l’encadre plus fortement. Espérons que ça sera effectif. Mais sur le reste…

Quels points vous ont déçue?

Les droits fondamentaux des détenus sont évoqués du bout des lèvres, et prévoient systématiquement des exceptions. Le législateur s’est en grande partie abstenu de décider sur le fond, laissant à l’administration pénitentiaire le soin de rédiger des décrets, que le gouvernement signera. Plus grave, l’instauration d’un «système différencié» en fonction de la «personnalité» du détenu va en réalité aboutir à un durcissement de la détention pour les plus difficiles à gérer par l’administration pénitentiaire. Ils passeront infiniment plus de temps en celule, et bénécieront moins facilement d’activités, de formation… ce qui ne facilitera pas leur insertion.

Vous êtes réticente sur la manière dont seront décidés les aménagements de fin de peine…

Augmenter la pratique des aménagements de peine est une bonne chose: pour beaucoup de gens, la prison n’est pas la solution. Mais la loi instaure des aménagements quasi automatiques pour les personnes condamnées à une peine moyenne et à qui il ne reste que 4 mois de détention à faire. Ils seront munis d’un bracelet électronique et pourront vivre la fin de leur peine hors de l’établissement. Mais en réalité, c’est surtout une revanche de l’administration pénitentiaire (AP) sur la judiciarisation: ce ne sera plus le juge d’application des peines qui décidera mais le service d’insertion et de probation de l’administration pénitentiaire, sous contrôle du parquet.

Mais ces aménagements «quasi-automatiques» sont en contradiction avec les discours du gouvernement sur les récidivistes?

Absolument. On va faire sortir des gens qui n’auront pas été assez préparés à la vie à l’extérieur. Au moins, dans le cas des libérations conditionnelles, dont on a tant parlé récemment, le juge d’application des peines décide de faire sortir, ou pas, un détenu en fonction du logement et du travail qu’il a pu trouver à l’extérieur, de ses liens familiaux… Certes les aménagements prévus par la loi pénitentiaire qui vient d’être votée ne concernent pas les condamnés à des peines longues, donc a priori pas les plus dangereux. Le risque, c’est surtout que, faute de préparation, les détenus violent les conditions de leur aménagement: qu’ils sortent de chez eux à des heures interdites par exemple, tentés par des amis en bas de chez eux, ou le débit de boisson pour les dépendants à l’alcool. Et là, ça sera le retour à la case prison. Pour le gouvernement, c’est juste une manière de gérer la surpopulation qu’il a lui même créé avec sa politique pénale.

Patients pauvres: «les retards d’accès aux soins augmentent»

Posté par sr07 le 16 oct 2009 | Dans : Santé-social-logement, Gouvernement

Médecins du Monde publie ce jeudi son rapport annuel sur l'accès aux soins des plus démunis. Et dénonce les récentes entraves à l'action des humanitaires sur le terrain.

Par MARIE PIQUEMAL  dans Libé du 15/10/09

L'accès aux soins ne doit pas devenir un privilège, c'est un droit fondamental. Il n'est pas inutile de le rappeler à la lecture du rapport annuel de Médecins du monde sur l'accès aux soins des populations les plus démunies, publié aujourd'hui (Télécharger en pdf). Un baromètre qui a une résonance particulière cette année, dix ans après la création de la Couverture maladie universelle (CMU) et de l'Aide médicale d'Etat (AME) pour les étrangers en situation irrégulière. Deux dispositifs censés garantir le droit à la santé pour tous. Pourtant dix ans après, des progrès restent à faire.

«Le vrai problème aujourd'hui, c'est l'accès aux droits, commence le Dr Olivier Bernard, le président de Médecins du Monde. 8 patients sur 10 que l'on reçoit dans nos centres n'ont aucune couverture maladie alors qu'ils y ont droit !» Pourquoi ? Manque d'information et de connaissance des dispositifs, d'abord. De fait, le dispositif CMU, prévu pour 6 millions de personnes, ne touche aujourd'hui que 4,8 millions de patients. «Les démarches administratives sont de plus en plus compliquées. Par exemple, pour bénéficier de la complémentaire gratuite, il faut faire une demande en plus de la CMU de base…», explique le Dr Jeannine Rochefort, responsable du Centre d'accueil, de soins et d'orientation (Caso) de Saint-Denis, l'une des 22 antennes de Médecins du monde dispatchées sur le territoire. Au total, près de 25.000 patients démunis ont été pris en charge dans ces centres l'année dernière: «on les soigne, on les aide à ouvrir leurs droits et on les réoriente vers le système médical classique», résume une bénévole.

La peur des dénonciations

A la complexité administrative s'ajoute souvent la barrière de la langue. 80% des patients pris en charge dans les Caso sont des étrangers en situation irrégulière. La plupart ignorent qu'ils peuvent bénéficier de l'Aide médicale d'Etat à partir du troisième mois passé en France. Pire. «Même ceux qui connaissent leurs droits ne viennent pas facilement, ils ont peur des dénonciations», déplore Olivier Bernard. «C'est un constat, fait par nos équipes de terrain, au quotidien. Il y a une pression sur les bénéficiaires potentiels. Par exemple, à Marseille, il y a régulièrement un car de police à l'angle de la rue, près du centre…»

Du coup, les sans-papiers hésitent à franchir la porte des centres, et repoussent l'ouverture de leurs droits. Ils attendent le dernier moment pour se faire soigner. Voilà le deuxième motif d'inquiétude, pointé du doigt ce matin lors de la conférence de presse. «Les recours tardifs aux soins sont en augmentation, représentant 18% des consultations en 2008 (contre 11% en 2007)», souligne le président. Le Dr Claude Martine, responsable du centre d'accueil à Paris, insiste sur «l'absurdité» économique et sanitaire d'une telle situation: «Les patients arrivent de fait avec des pathologies lourdes et donc coûteuses à prendre en charge… Bien plus que s'ils avaient été pris en charge plus tôt. Les freins à l'accès aux soins sont vraiment irrationnels.»

Plus généralement, les représentants de Médecins du Monde présents ce matin à la conférence de presse, ont dénoncé avec véhémence le contexte de répression ambiant. Et les entraves à l'action des humanitaires sur le terrain, devenues monnaies courantes ces derniers mois. Dernier exemple en date: l'expulsion des migrants à Calais en pleine épidémie de gale, rendant très difficile le travail des médecins bénévoles, les expulsions entraînant des ruptures de soins.

Demain, le président de l'ONG, Olivier Bernard doit rencontrer la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Avec une pile de revendications sous le bras et un mot d'ordre : «La santé ne peut être assujettie à la seule logique sécuritaire.»

Non, ma fille, tu n’iras plus avorter à l’hôpital public !

Posté par sr07 le 16 oct 2009 | Dans : Santé-social-logement, Gouvernement

Bientôt la loi du 30 novembre 1979 aura trente ans. Elle symbolise le mépris dans lequel sont tenues les femmes dès lors qu'il s'agit de disposer de leur corps, puisque la loi de 1975, dite loi Veil, n'a été votée que pour une durée de cinq ans, à l'essai.

Il fallait que les femmes, ces éternelles irresponsables, fassent leurs preuves ; qu'elles fassent montre d'une saine modération après la scandaleuse audace qu'elles avaient eue en descendant dans la rue, en signant des manifestes magnifiques, en pratiquant des avortements au sein du mouvement social exemplaire que fut le Mouvement pour la libération de l'avortement et la contraception (MLAC) ; il fallait qu'elles prouvent, évaluation démographique à l'appui, qu'elles n'avorteraient pas “par commodité”. 

En 1979, les parlementaires estimèrent donc que les femmes avaient donné satisfaction et mérité d'être confirmées dans leur nouveau droit. Ils votèrent la loi dite Veil-Pelletier, qui impose “l'obligation hospitalière” : chaque hôpital public doit créer une structure pour pratiquer les interruptions volontaires de grossesse. Il s'agit de faire d'un droit formel un droit réel, accessible à toutes (ce qui ne sera le cas qu'en 1982 avec le remboursement par la Sécurité sociale).

Aujourd'hui, la principale menace contre le droit à l'avortement ne vient plus de ses traditionnels opposants religieux, mis politiquement à genoux, mais du démantèlement de l'hôpital public. La situation de l'IVG à l'Assistance publique- Hôpitaux de Paris (AP-HP) en Ile-de-France est exemplaire de la dégradation rampante mais planifiée des capacités de réponse du service public aux besoins de santé de la population.

Alors que les délais d'attente pour avorter sont de trois semaines et que plus de la moitié des IVG en Ile-de-France sont réalisées par le secteur privé qui ne respecte pas toujours les tarifs réglementaires et refuse parfois de prendre en charge les mineures ou les étrangères sans papiers, l'AP-HP n'a rien trouvé de mieux à faire que de fermer trois structures IVG depuis le mois de mai 2009 : celles des hôpitaux Jean-Rostand (Ivry-sur-Seine), Tenon (Paris-20e) et Broussais (Paris-14e). Le centre d'IVG de l'hôpital Avicenne (Bobigny) fermera bientôt. Ces quatre structures réalisaient environ 2 800 IVG, sur les 12 000 pratiquées chaque année à l'AP-HP en Ile-de-France.

L'AP-HP assure que cette activité sera transférée sur ses autres hôpitaux. Ces fusions de services sont superposables aux autres restructurations orchestrées par l'AP-HP dans d'autres domaines.

Dans la novlangue qu'elle pratique à merveille, cela s'appelle des “économies d'échelle”. Le principe est simple et familier au monde de l'entreprise, et ce depuis qu'existe l'exploitation de l'homme par l'homme : il s'agit de faire faire le même travail par moins de monde. Le risque est grand que l'AP-HP profite de ces divers déménagements pour assouvir sa principale passion : supprimer des postes.

Autre échantillon de ce vocabulaire pittoresque qui s'apparente à la forêt amazonienne tellement il relève de la langue de bois : l'AP-HP jure ses grands dieux que l'IVG fait partie de ses “activités socles”. En d'autres termes, elle considère qu'il s'agit d'un service de proximité. Chacun peut constater ce que devient la proximité et la qualité de l'accueil du public quand on supprime quatre structures IVG pour les agréger à d'autres plus lointaines. Il est permis de se faire du souci pour d'autres activités qui ne font pas partie dudit “socle”…

Cette politique supprime les centres d'IVG autonomes (produits de la lutte et de la pratique du MLAC) et les unités fonctionnelles d'IVG dont les personnels et les locaux sont dédiés à cette activité. Il s'agit de les noyer dans les services de gynécologie-obstétrique dont l'IVG est parfois la dernière des préoccupations, et d'en finir ainsi avec des équipes militantes et motivées, sous prétexte de réintégrer l'IVG dans le “droit commun” hospitalier - langage cette fois juridique qui vient rappeler à qui l'aurait oublié que le combat pour la légitimité de l'avortement n'est jamais définitivement gagné. Ce processus de normalisation répond donc à des objectifs économiques autant qu'idéologiques.

D'autre part, l'argument relatif à la nécessaire réduction des délais d'attente pour avorter est parfois utilisé à mauvais escient, notamment contre le service public. La possibilité d'avorter hors de l'hôpital par la méthode médicamenteuse doit être défendue comme un moyen d'élargir la palette de choix des femmes, non comme un prétexte pour dédouaner le service public de ses responsabilités en matière d'avortement.

Et pendant que le service public de santé se saborde, le privé se désengage progressivement de la pratique des IVG, jugée peu rentable.

Le gouvernement et la direction de l'AP-HP présentent cette évolution comme inéluctable, ce qui correspond à une technique de communication largement éprouvée pour désarmer les luttes et toute velléité de contestation de la part des professionnels et des usagers. Pourtant, il s'agit bien d'une politique consciente, entamée depuis plusieurs années sous la houlette des gouvernements successifs et qui concerne l'ensemble du système de santé, et son échec est patent : depuis 1987, la moitié des maternités françaises ont été fermées, et avec elles leur activité IVG.

L'argument selon lequel ces fermetures sont liées à des impératifs de sécurité est un mensonge, et loin de réduire les inégalités sociales, cette politique les creuse : la très riche ville de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) a conservé trois maternités pour ses 70 000 habitants, tandis que l'ouest du Val-de-Marne n'a plus que deux maternités pour 400 000 habitants et quatorze agglomérations. Un des résultats de cette politique désastreuse, c'est que la situation actuelle de l'avortement à l'hôpital public correspond à un recul grave par rapport à l'obligation hospitalière incluse dans la loi de 1979.

Cette dégradation du service public de santé n'est pas inévitable, elle résulte de décisions politiques. La politique, c'est le rapport de forces. Ce que le pouvoir politique a fait, les luttes sociales peuvent le défaire. La lutte paie, en 1979 comme en 2009, et c'est pour cette raison parmi d'autres que nous manifesterons nombreuses et nombreux le 17 octobre, pour les droits des femmes, pour leur liberté, pour leur autonomie, pour la défense de l'hôpital public et de ses structures IVG autonomes (en termes de personnel, de budget et de direction), et pour la création d'autres structures dédiées à l'IVG dans les hôpitaux où elles n'existent pas.

Pour que le droit à l'avortement ne soit pas un article de loi sans contenu ni garantie, mais un droit réel, pour toutes. En 1979 comme en 2009.


Maud Gelly, Béatrice Fougeyrollas et Emmanuelle Lhomme, médecins au centre d'IVG de l'hôpital de Colombes (Hauts-de-Seine). Maya Surduts et Nora Tenenbaum, militantes de la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception.



Succès populaire de la “votation” sur La Poste

Posté par sr07 le 05 oct 2009 | Dans : Gauche anti-libérale, Santé-social-logement, Gouvernement

Pari gagné pour la soixantaine d'organisations et d'associations regroupées dans le Comité national contre la privatisation de La Poste. Près de 2,1 millions de personnes se sont prononcées “contre la privatisation de La Poste” (et 31 700 pour) lors de la “votation citoyenne” sur le changement de statut qui s'est achevée samedi 3 octobre. Le comité qui organisait ce scrutin demande à être reçu par le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, et réclame la tenue d'un référendum. Lundi 5 octobre, ses membres réfléchissaient à une nouvelle initiative : une manifestation décentralisée ou une seconde votation.  

Le ministre de l'industrie, Christian Estrosi, a ironisé sur la consultation qui rappelle, à ses yeux, “les grandes heures de l'Union soviétique”. “Que les Français disent “Sauvez La Poste”, je trouve ça très bien”, a-t-il déclaré, sous-entendant que le service postal pour lequel se sont mobilisés les votants n'est pas différent de celui que propose le gouvernement dans le projet de loi qui doit être examiné au Parlement avant la fin de l'année. En s'exprimant contre le changement de statut, les citoyens se sont aussi prononcés sur le rôle du service public.

Le gouvernement prévoit la transformation de La Poste en société anonyme à capitaux publics à partir de 2010. “La Poste restera 100 % publique”, jure M. Estrosi. Ces assurances maintes fois répétées n'ont pas suffi à juguler les craintes d'une soumission accrue à des obligations de résultats financiers et d'une privatisation à terme des activités les plus rentables. Les participants au scrutin rappellent les précédents de France Telecom, d'Air France et de Gaz de France, les engagements pris sous les précédentes législatures n'ayant pas été tenus.

Type de consultation inédit

Quelles conséquences pour le débat à venir ? En choisissant cette forme de consultation inédite, l'ensemble des composantes de la gauche a, en quelque sorte, fait ce que Nicolas Sarkozy avait dit qu'il ferait et qui n'a pas été fait : donner aux citoyens la possibilité de s'exprimer sur “tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent”, comme il est désormais inscrit dans la Constitution (Le Monde du 28 septembre).

Votée lors de la révision constitutionnelle de juillet 2008, cette disposition permet à un cinquième des parlementaires - soit 184 élus -, si leur initiative est soutenue par un dixième des électeurs inscrits - soit environ 4,5 millions de personnes -, de demander au chef de l'Etat que le projet de loi soit soumis à un référendum. Mais cette procédure suppose l'adoption d'une loi organique en précisant les modalités, que le gouvernement n'a toujours pas présentée. L'opposition, qui voulait s'appuyer sur cette disposition pour solliciter la population sur l'avenir de La Poste, en a ainsi été privée.

La gauche demande à présent que soit organisé un “vrai” référendum. Faute de texte d'application de la réforme constitutionnelle, reste l'actuel article 11 de la Constitution qui permet au président de la République, sur proposition du gouvernement, de soumettre un projet de loi au référendum. Ce n'est pas l'intention du chef de l'Etat, ni celle du gouvernement. L'approbation du projet de loi restera donc du seul ressort du Parlement, qui devra cependant tenir compte d'un sentiment qui s'est massivement exprimé.

Patrick Roger

“Votation citoyenne” sur La Poste: deux millions de votes

Posté par sr07 le 04 oct 2009 | Dans : Gouvernement

Selon Associed Press, “le nombre de personnes ayant participé à la “votation citoyenne” sur le statut de La Poste devrait “frôler voire dépasser les de millions”…

La consultation a eu lieu entre le 26 septembre et le 3 octobre à l'initiative du collectif national contre la privatisation de l'entreprise publique qui regroupe plusieurs dizaines d'associations, d'élus locaux et de partis de gauche opposés à l'ouverture du capital et au changement de statut de La Poste…

“A l'occasion de cette votation, les citoyens étaient invités à répondre par “oui” ou par “non” à la question suivante: “Le gouvernement veut changer le statut de La Poste pour la privatiser. Etes-vous d'accord avec ce projet?” Le vote se faisait en direct, devant l'urne, avec signature de listes d'émargement. Les résultats seront annoncés lundi lors d'une conférence de presse à Paris. “

AP

Poste :Le syndicat Force Ouvrière communication de la Gironde dénonce les directives contre la votation citoyenne

Posté par sr07 le 01 oct 2009 | Dans : Gouvernement

Votation citoyenne contre la privatisation de la Poste. 

Le préfet de la Gironde a donné des directives aux Forces de Gendarmerie, afin de  dresser des procès verbaux pour toutes les communes qui organisent des votations dans leur Mairies. 

Les Maires qui ont pris des délibérations au sein de leur Conseil Municipal, sur l’avenir de la Poste, sont assignés en référé au Tribunal Administratif. 

Il y a deux poids, deux mesures : Il s’agit plus particulièrement des communes rurales de la Gironde. 

Ex : POMEROL.  Les Mairies importantes ne sont pas concernées !!! 

Nous sommes en droit de nous poser des questions quant à l’état de la Démocratie dans notre pays, le Peuple a-t-il encore le droit de s’exprimer ou allons-nous devenir  un pays totalitaire ?

Focom.postes33@wanadoo.fr 

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